Aux pieds du Maître
La prière

Chapitre 6 · 21 min de lecture · 27 min d’écoute

La prière

Section I

Le Disciple, —On pose parfois cette question : « Puisque Dieu connaît parfaitement nos besoins et sait comment y pourvoir de la meilleure manière, non seulement pour les bons mais aussi pour les méchants, pourquoi devrions-nous le prier à leur sujet ? Que nos nécessités soient temporelles ou spirituelles, pouvons-nous, par nos prières, changer la volonté de Dieu ? »

Le Maître, — 1. Ceux qui posent une telle question montrent clairement qu’ils ne savent pas ce qu’est la prière. Ils n’ont pas vécu une vie de prière, sinon ils sauraient que prier Dieu n’est pas une manière de mendier. La prière ne consiste pas à s’efforcer d’obtenir de Dieu les choses nécessaires à cette vie. La prière est un effort pour saisir Dieu lui-même, l’Auteur de la vie ; et lorsque nous avons trouvé Celui qui est la source de la vie et que nous sommes entrés en communion avec lui, alors la vie tout entière est à nous, et avec lui tout ce qui rendra la vie parfaite. Aux méchants, Dieu, par amour pour eux, donne ce qui est nécessaire à leur vie en ce monde ; mais leurs besoins spirituels, il ne les leur montre même pas, car ils n’ont pas de vie spirituelle.

S’il leur accordait de telles bénédictions spirituelles, ils seraient incapables de les apprécier. Mais à ceux qui croient sont accordés des dons des deux sortes, et surtout des bénédictions spirituelles, si bien que très vite ils font peu de cas des bénédictions temporelles et attachent leur amour à ce qui est invisible et spirituel. Nous ne pouvons pas changer la volonté de Dieu, mais l’homme de prière peut découvrir la volonté de Dieu à son propre égard. Car à de tels hommes Dieu se manifeste dans la chambre secrète du cœur et il est en communion avec eux ; et lorsque ses desseins pleins de grâce se révèlent être pour leur bien, alors les doutes et les difficultés dont ils se plaignent disparaissent pour toujours.

2. La prière est, pour ainsi dire, une inspiration du Saint-Esprit, et Dieu répand si bien son Saint-Esprit dans la vie de ceux qui prient qu’ils deviennent des « êtres vivants » (Gen. ii.7 ; Jean xx.22). Ils ne mourront jamais, car le Saint-Esprit se répand lui-même, par le moyen de la prière, dans leurs poumons spirituels, et remplit leur esprit de santé, de vigueur et de vie éternelle.

Dieu, qui est amour, a libéralement accordé à tous les hommes ce qui est nécessaire à la vie spirituelle comme à la vie temporelle ; mais parce qu’il offre à tous tout aussi gratuitement le salut et son Saint-Esprit, on en fait peu de cas. La prière, elle, nous apprend à leur donner leur prix, car ils sont aussi nécessaires que l’air et l’eau, la chaleur et la lumière, sans lesquels la vie est impossible. Ce qu’il faut à notre vie spirituelle, Dieu l’a pourvu gratuitement, mais les hommes en font si peu de cas qu’ils n’en rendent aucune grâce à leur Créateur ; en revanche, ses dons d’or, d’argent et de pierres précieuses, qui sont rares et s’obtiennent à grand-peine, ils les estiment hautement, bien qu’avec de telles choses on ne puisse apaiser ni la faim ni la soif du corps, ni satisfaire les aspirations du cœur. C’est avec une pareille folie que les hommes du monde agissent à l’égard des choses spirituelles, mais à l’homme de prière sont données la vraie sagesse et la vie éternelle.

3. Ce monde est comme un vaste océan où les hommes s’enfoncent et se noient ; mais les animaux marins poursuivent leur vie dans les eaux les plus profondes, parce que de temps à autre ils montent à la surface et, ouvrant la bouche, prennent une certaine quantité d’air qui leur permet de vivre dans les profondeurs. Ainsi ceux qui montent à la surface de cet océan de la vie respirent, par le moyen de la prière secrète, l’Esprit vivifiant de Dieu, et trouvent dès ce monde la vie et la sécurité.

4. Bien que les poissons passent toute leur vie dans l’eau salée de la mer, ils ne deviennent pourtant pas salés eux-mêmes, parce qu’ils ont la vie en eux ; ainsi l’homme de prière, bien qu’il doive vivre dans ce monde souillé par le péché, demeure exempt de la souillure du péché, parce que sa vie est entretenue par le moyen de la prière.

5. De même que l’eau salée de la mer est attirée vers le haut par les rayons brûlants du soleil, prend peu à peu la forme de nuages, et, changée ainsi en une eau douce et rafraîchissante, retombe en averses sur la terre (car l’eau de mer, en s’élevant, laisse derrière elle son sel et son amertume), de même, quand les pensées et les désirs de l’homme de prière s’élèvent comme des vapeurs de l’âme, les rayons du Soleil de justice les purifient de toute souillure du péché, et ses prières deviennent une grande nuée qui descend du ciel en une pluie de bénédictions, apportant le rafraîchissement à beaucoup sur la terre.

6. De même que l’oiseau aquatique passe sa vie à nager dans l’eau, et que pourtant, lorsqu’il vole, ses plumes sont parfaitement sèches, de même les hommes de prière ont leur demeure en ce monde ; mais quand vient pour eux le temps de prendre leur envol, ils quittent ce monde souillé par le péché et parviennent sans tache ni souillure à leur demeure éternelle de repos.

7. Le navire a fort justement sa place sur l’eau, mais que l’eau pénètre dans le navire est à la fois inconvenant et dangereux. De même, il est juste et bon, pour lui-même et pour les autres, que l’homme ait sa demeure en ce monde, car en se maintenant à flot il pourra les aider à parvenir avec lui au port de la vie. Mais que le monde trouve le chemin de son cœur, cela signifie la mort et la ruine. C’est pourquoi l’homme de prière réserve toujours son cœur à Celui qui l’a formé pour être son temple, et ainsi, dans ce monde comme dans celui qui est à venir, il repose dans la paix et la sécurité.

8. Nous savons tous qu’il est impossible de vivre sans eau ; mais si nous nous enfonçons sous elle, nous suffoquons et nous mourons. Si nous avons besoin de nous servir de l’eau et d’en boire, nous ne devons pas y tomber et y sombrer. C’est pourquoi il faut user avec discernement du monde et des choses du monde, car sans eux la vie n’est pas seulement difficile, mais impossible. C’est précisément dans ce but que Dieu a créé le monde, afin que les hommes en fassent usage ; mais les hommes ne doivent pas s’y noyer, car alors le souffle de la prière s’arrête et ils périssent.

9. Si, parce qu’on cesse de mener une vie de prière, la vie de l’esprit commence à défaillir, alors les choses du monde qui sont destinées à être utiles deviennent nuisibles et destructrices. Le soleil, par sa lumière et sa chaleur, fait vivre et prospérer tous les végétaux, et il les fait aussi se flétrir et mourir. L’air, de même, donne la vie et la vigueur à tous les êtres vivants, mais il est lui-même la cause de leur décomposition. C’est pourquoi : « Veillez et priez. »

10. Nous devrions vivre en ce monde de telle sorte que, tout en y étant, nous ne soyons pas du monde ; et alors les choses de ce monde, au lieu d’être nuisibles, seront utiles et aideront à la croissance de la vie spirituelle ; mais à une seule condition : que l’esprit garde toujours la face tournée vers le Soleil de justice. Ainsi il arrive parfois que, dans un terrain impur et immonde, des fleurs poussent et s’épanouissent, et que le doux parfum des fleurs l’emporte sur la mauvaise odeur du lieu. Les plantes, se tournant vers le soleil, en reçoivent la lumière et la chaleur, et l’ordure, au lieu de nuire aux plantes, les fertilise et les aide à croître et à s’épanouir. De même aussi, l’homme de prière, lorsqu’il prie, tourne son cœur vers moi et reçoit de moi la lumière et la chaleur ; et au milieu des mauvaises odeurs de ce monde mauvais, le doux parfum de sa vie nouvelle et sainte me glorifie, et il se produit en lui non seulement de doux parfums, mais aussi un fruit qui demeurera éternellement.

Section II

1. Prier ne signifie pas que, sans la prière, Dieu ne nous donnerait rien ou qu’il ignorerait nos besoins ; mais la prière a ce grand avantage que, dans l’attitude de la prière, l’âme est le mieux disposée à recevoir le Dispensateur des bénédictions aussi bien que les bénédictions qu’il désire accorder. C’est ainsi que la plénitude de l’Esprit ne fut pas répandue sur les apôtres le premier jour, mais après dix jours de préparation particulière.

Si une bénédiction était accordée à quelqu’un sans qu’il y soit spécialement préparé, il ne l’apprécierait pas assez et ne la garderait pas longtemps. Par exemple, parce que Saül obtint le Saint-Esprit et la royauté sans les avoir cherchés, il les perdit très vite l’un et l’autre ; car il était parti de chez lui non pour obtenir le Saint-Esprit, mais pour chercher ses ânesses perdues (1 Sam. ix.3 ; x. 11 ; v. 13-14 ; xxxi.4).

2. Seul l’homme de prière peut adorer Dieu en esprit et en vérité. Les autres sont comme la sensitive : pendant le culte, touchés par l’enseignement et la présence du Saint-Esprit, ils se recroquevillent pour ainsi dire et, baissant la tête, deviennent graves ; mais à peine ont-ils quitté l’église qu’ils retrouvent leur entrain et continuent comme auparavant.

3. Si nous ne prenons pas soin d’un arbre ou d’un arbuste qui porte de bons fruits ou de belles fleurs, il dégénérera et retournera à l’état sauvage. De même, si le croyant, par négligence de la prière et de la vie spirituelle, cesse de demeurer en moi, il tombera, à cause de cette insouciance, de cet état de félicité, et, retombant dans ses anciennes habitudes de péché, il sera perdu.

4. Quand nous voyons un héron se tenir immobile au bord d’un étang ou d’un lac, nous pourrions supposer, à son attitude, qu’il médite sur la gloire de Dieu ou sur l’excellente qualité de l’eau. Mais il n’en est rien ! Il reste là immobile pendant des heures, mais dès qu’il aperçoit une grenouille ou un petit poisson, il s’élance dessus et l’avale d’un coup. Telle est exactement l’attitude et la méthode de beaucoup à l’égard de la prière et de la méditation religieuse. Assis au bord de l’océan sans limites de Dieu, ils ne pensent ni à sa majesté et à son amour, ni à sa nature divine qui purifie du péché et rassasie l’âme affamée ; ils sont tout absorbés par la pensée d’acquérir quelque objet particulièrement désiré, grâce auquel ils pourront s’abandonner plus pleinement aux délices de ce monde passager. Ainsi ils se détournent de la source de la vraie paix et, se plongeant dans les joies fanées de ce monde, ils meurent et passent avec elles.

5. L’eau et le pétrole viennent tous deux de la terre, et bien qu’ils paraissent semblables et même identiques, ils sont, par leur nature et leur usage, exactement opposés, car l’un éteint le feu et l’autre l’alimente. De même, le monde et ses trésors, le cœur et sa soif de Dieu sont également sa création. Or chercher à satisfaire le cœur par les richesses, l’orgueil et les honneurs de ce monde revient à vouloir éteindre un feu avec du pétrole, car le cœur ne peut trouver repos et satisfaction qu’en Celui qui l’a créé, lui et le désir ardent dont il a conscience (Ps. xlii.1,2). C’est pourquoi quiconque vient maintenant à moi, je lui donnerai cette eau vive, de sorte qu’il n’aura jamais plus soif, mais qu’elle deviendra en lui une source d’eau qui jaillira jusque dans la vie éternelle (Jean iv.14).

6. Les hommes cherchent en vain la paix dans le monde et dans les choses du monde, car l’expérience montre clairement que la vraie paix et la vraie satisfaction ne s’y trouvent pas. Ils sont comme le garçon qui, ayant trouvé un oignon, se mit à en ôter les pelures dans l’espoir de trouver quelque chose à l’intérieur, comme on trouve quelque chose dans une boîte en ôtant le couvercle. Mais son attente était tout à fait vaine, puisqu’il ne trouva rien que la dernière pelure, car un oignon n’est rien d’autre qu’un assemblage de pelures. Et ce monde, avec tout ce qui lui appartient, s’est révélé n’être que vanité des vanités (Eccl. xii.8), jusqu’à ce que les hommes découvrent la vraie source de la paix (És. lv.1 ; Jér. ii.13 ; Apoc. xxii.17).

7. Le monde est comme un mirage : celui qui cherche la vérité, espérant trouver quelque chose qui satisfasse son esprit altéré, se met en route à sa poursuite, mais ne rencontre que déception et désespoir. L’eau de la vie ne se trouve pas dans les bassins faits de main d’homme ni dans les citernes crevassées ; mais ceux qui s’approchent de moi dans la prière avec un cœur pur trouveront en moi, qui suis la source de l’eau vive, ce qui peut leur donner satisfaction, vigueur et vie éternelle (És. lv.1 ; Jér. ii.13 ; Apoc. xxii.17).

Une femme cheminait le long d’un sentier de montagne, portant son enfant dans ses bras, lorsque l’enfant, apercevant une jolie fleur, fit un tel bond hors des bras de sa mère qu’il tomba la tête la première sur le flanc de la montagne, se heurta la tête contre un rocher et mourut sur le coup. Or il est parfaitement clair que la sécurité et la subsistance de l’enfant se trouvaient dans le sein de sa mère, et non dans ces fleurs séduisantes qui furent la cause de sa mort. Ainsi agit le croyant dont la vie n’est pas une vie de prière. Lorsqu’il aperçoit les plaisirs passagers et séduisants du monde, il oublie mon amour et mes soins, qui sont bien plus grands que ceux d’une mère, et, négligeant ce lait spirituel que je lui procure, il s’élance hors de mes bras et il est perdu.

9. La nourriture que procure la mère est disposée de telle sorte qu’elle ne peut être obtenue sans quelque effort de la part du nourrisson. De même, mes enfants, que je porte dans mon sein, ne peuvent obtenir sans le chercher le lait spirituel qui peut sauver leur âme. Et de même que l’enfant n’a pas besoin qu’on l’instruise, mais sait d’instinct où et comment obtenir sa nourriture, ainsi ceux qui sont nés de l’Esprit savent par un instinct spirituel, et non par la philosophie ou la sagesse du monde, comment prier et obtenir de moi, leur Mère spirituelle, le lait de la vie éternelle.

10. J’ai mis dans la nature de l’homme la faim et la soif, afin que, par pure insouciance, il ne se prenne pas pour Dieu, mais que, jour après jour, il se souvienne de ses besoins et de ce que sa vie est liée à la vie et à l’existence de Quelqu’un qui l’a créé. Ainsi, prenant conscience de ses manques et de ses nécessités, il pourra demeurer en moi, et moi en lui, et alors il trouvera toujours en moi son bonheur et sa joie.

Section III

1. Prier, c’est pour ainsi dire être en relation de parole avec moi, et ainsi, en étant en communion avec moi et en demeurant en moi, devenir semblable à moi. Il existe une sorte d’insecte qui se nourrit d’herbe et de feuilles vertes, vit parmi elles et en prend la couleur. De même, l’ours polaire qui vit parmi les neiges blanches a la même blancheur de neige, et le tigre du Bengale porte sur sa peau les marques des roseaux parmi lesquels il vit. Ainsi ceux qui, par le moyen de la prière, demeurent en communion avec moi participent, avec les saints et les anges, à ma nature, et, formés à mon image, deviennent semblables à moi.

2. Lorsque, pour un court moment seulement, j’attirai Pierre, Jacques et Jean dans la communion avec moi sur la montagne, je leur montrai quelque chose de ma gloire, et, de tous les saints, deux seulement, Moïse et Élie, leur apparurent ; ils furent si captivés par ce bref aperçu de la gloire céleste qu’ils voulurent dresser trois tentes pour y demeurer (Matth. xvii.1-5). Combien merveilleux sera donc le bonheur de ceux qui demeurent en moi et qui, avec des saints et des anges innombrables, entrent dans le ciel tant désiré, et partagent avec moi ma pleine gloire, qui ne connaît ni perte ni ombre de variation (Jean xvii.24 ; Jacq. i.17) ! L’homme de prière ne sera jamais seul, mais il demeurera avec moi et avec mes saints pour toujours (Matth. xxviii.20 ; Zach. iii.7-8).

3. Ce n’est pas une grande chose que de maîtriser et d’utiliser les bêtes sauvages, la foudre, le vent, la lumière et les autres forces de la nature ; mais se rendre maître du monde, de Satan et de soi-même, avec toutes ses passions, voilà en vérité une chose de la plus haute importance et des plus nécessaires. C’est à ceux-là seuls qui mènent une vie de prière que j’accorde le pouvoir de vaincre toute la puissance de l’ennemi (Luc x.17,20), de sorte que, alors même qu’ils vivent en ce monde, ils demeurent avec moi dans les lieux célestes (Éph. ii.6) ; et Satan étant en bas et eux en haut, il ne peut jamais les atteindre, mais ils demeurent à jamais avec moi, en sûreté et sans le moindre frisson de crainte.

Bien que les hommes se soient maintenant rendus maîtres des forces de la nature, ils ne peuvent voyager au-delà des limites de l’air, tandis que l’homme de prière, s’étant rendu maître de Satan et de lui-même, peut parcourir à son gré les cieux éternels.

4. De même que l’abeille recueille le suc sucré des fleurs et le change en miel sans altérer leur couleur ni leur parfum, ainsi l’homme de prière tire bonheur et profit de toute la création de Dieu sans lui faire aucune violence. Et de même que les abeilles récoltent leur miel sur des fleurs en toutes sortes de lieux différents et l’amassent dans le rayon, ainsi l’homme de Dieu recueille de douces pensées et de doux sentiments dans toutes les parties de la création ; et, en communion avec son Créateur, il amasse dans son cœur le miel de la vérité, et, dans une paix durable avec lui, en tout temps et en tout lieu, il goûte avec délices le doux miel de Dieu.

5. C’est maintenant le temps d’obtenir et de garder dans les vases de nos cœurs l’huile du Saint-Esprit, comme le firent les cinq vierges sages (Matth. xxv.1-13) ; sinon, comme les cinq folles, nous ne rencontrerons que chagrin et désespoir. C’est maintenant aussi que tu dois recueillir la manne pour le vrai sabbat, sinon il ne te restera que tristesse et malheur (Ex. xvi.15,27). « Priez pour que votre fuite n’arrive pas en hiver », c’est-à-dire au temps de la grande détresse ou des derniers jours, « ni un jour de sabbat », c’est-à-dire durant le règne de mille ans du repos éternel, car une telle occasion ne se présentera jamais plus (Matth. xxiv.20).

De même que le climat produit un changement dans la forme, la couleur et le mode de croissance des plantes et des fleurs, ainsi ceux qui demeurent en communion avec moi connaissent un développement de leur nature spirituelle dans leurs habitudes, leur aspect et leurs dispositions ; et, dépouillant le vieil homme, ils sont transformés en ma propre image, glorieuse et incorruptible.

De mon doigt, j’écrivis sur la terre l’état de péché de chacun de ceux qui, sans égard à leur propre souillure intérieure, avaient amené la femme surprise en adultère pour la faire condamner, si bien qu’ils la laissèrent un à un et s’en allèrent confus et honteux. De mon doigt aussi, je montre en secret à mes serviteurs les plaies de leur péché, et lorsqu’ils se repentent, d’une touche de ce même doigt je les guéris ; et de même qu’un enfant saisit le doigt de son père et, grâce à lui, marche à ses côtés, ainsi, de mon doigt, je conduis mes enfants sur le chemin qui va de ce monde à leur demeure de repos et de paix éternelle (Jean xiv.2,3).

7. Souvent les hommes prient le Père en mon nom, mais ne demeurent pas en moi ; c’est-à-dire qu’ils prennent mon nom dans leur bouche et sur leurs lèvres, mais non dans leur cœur et dans leur vie. Voilà pourquoi ils n’obtiennent pas ce qu’ils demandent dans la prière. Mais lorsque je demeure en eux et eux en moi, alors tout ce qu’ils demandent au Père, ils le reçoivent, parce que, dans cet état, ils prient sous la direction du Saint-Esprit. Le Saint-Esprit leur montre ce qui glorifiera le Père et ce qui sera le meilleur pour eux-mêmes et pour les autres. Autrement, ils recevront une réponse semblable à celle qu’un mauvais fils reçut d’un gouverneur que son père avait servi avec beaucoup de courage et d’honneur. Lorsque le fils présenta une requête au nom de son père et sollicita quelque emploi et quelque faveur, le gouverneur lui fit remarquer sa mauvaise vie et ses mauvaises habitudes, et lui dit : « Ne m’adresse pas de requête au nom de ton père, mais va d’abord et agis selon son exemple. Que son grand mérite ne soit pas seulement sur tes lèvres, mais porte-le dans ta vie, et alors ta requête sera agréée. »

8. Entre les prières de ceux qui m’adorent et me louent seulement des lèvres et celles de ceux qui le font du fond du cœur, il y a une très grande différence. Par exemple, un homme qui était un vrai adorateur priait sans cesse pour un autre, afin que ses yeux s’ouvrent et qu’il accepte la vérité, tandis que l’autre, qui n’était adorateur que de nom, priait souvent, dans son inimitié contre mon vrai adorateur, pour qu’il soit frappé de cécité. Finalement, les prières du vrai adorateur furent exaucées par la volonté pleine d’amour de Dieu, et celui qui auparavant n’était qu’un hypocrite reçut la vue spirituelle. Le cœur rempli de joie, cet homme devint un vrai croyant, et un frère sincère et fidèle de mon vrai serviteur.

9. La prière rend possibles aux hommes des choses qu’ils jugent impossibles par d’autres moyens, et ils font dans leur vie des expériences si merveilleuses qu’elles ne sont pas seulement contraires aux règles et aux opinions de la sagesse du monde, mais qu’elles sont tenues pour tout à fait impossibles. Les savants ne reconnaissent pas que Celui qui a mis en ordre toutes les choses créées et leur a donné des lois ne peut être emprisonné derrière les barreaux de ses propres lois. Les voies du grand Législateur sont insondables, parce que sa volonté et son dessein éternels sont la bénédiction et la prospérité de toutes ses créatures ; et si l’homme naturel ne peut saisir ce fait, c’est que c’est spirituellement qu’on juge des choses spirituelles (1 Cor. ii.14).

Le plus grand de tous les miracles est la nouvelle naissance de l’homme, et pour l’homme qui a fait l’expérience de ce miracle, tous les autres deviennent possibles. Or, dans les pays très froids, un pont d’eau est un spectacle courant : lorsque la surface d’une rivière est gelée et dure, l’eau continue de couler librement en dessous, mais les hommes traversent le pont de glace avec facilité et sécurité. Mais si l’on parlait d’un pont d’eau enjambant une rivière qui coule à des gens qui transpirent sans cesse dans la chaleur d’un climat tropical, ils diraient aussitôt qu’une telle chose est impossible et contraire aux lois de la nature. Il y a la même grande différence entre ceux qui sont nés de nouveau et entretiennent leur vie spirituelle par la prière, et ceux qui mènent une vie mondaine et n’estiment que les choses matérielles, et qui ignorent ainsi totalement la vie de l’âme.

10. Celui qui désire obtenir de Dieu par la prière la bénédiction d’une vie spirituelle doit croire et obéir sans discuter. L’homme qui vint à moi avec une main sèche, lorsque je lui commandai d’étendre la main, obéit à l’instant, et ainsi sa main devint saine comme l’autre (Matth. xii.10-13). Mais supposons qu’au lieu de cette obéissance immédiate il se soit mis à discuter et à dire : « Comment puis-je étendre la main ? Si j’avais pu le faire, pourquoi serais-je venu à toi ? Guéris d’abord ma main, et alors je pourrai l’étendre. » Tout cela aurait été jugé fort raisonnable et pertinent, mais sa main n’aurait jamais été guérie.

Celui qui prie doit croire et obéir, et tendre vers moi dans la prière ses mains faibles et desséchées ; alors ce sera à moi de lui donner la vie spirituelle, et selon son besoin il lui sera accordé (Matth. xxi.22).

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