Aux pieds du Maître
La manifestation de la présence de Dieu

Chapitre 4 · 15 min de lecture · 20 min d’écoute

La manifestation de la présence de Dieu

Section I

Le Disciple,— Ô Maître, Source de vie ! Pourquoi te caches-tu à ceux qui t’adorent, et ne réjouis-tu pas les yeux de ceux qui aspirent à te contempler ?

Le Maître,— 1. Mon véritable enfant, le vrai bonheur ne dépend pas de la vue des yeux ; il vient par la vision spirituelle et dépend du cœur. En Palestine, des milliers de gens m’ont regardé, mais tous n’ont pas obtenu par là le vrai bonheur. Les yeux mortels ne peuvent percevoir que les choses mortelles, car des yeux de chair ne peuvent contempler un Dieu immortel ni des êtres spirituels. Ainsi, toi-même, tu ne peux voir ton propre esprit ; comment donc pourrais-tu contempler son Créateur ? Mais quand les yeux spirituels sont ouverts, alors tu peux assurément voir celui qui est Esprit (Jean iv. 24), et ce que tu vois maintenant de moi, tu ne le vois pas avec des yeux de chair, mais avec les yeux de l’esprit.

Si, comme tu le dis, des milliers de gens m’ont vu en Palestine, leurs yeux spirituels étaient-ils donc tous ouverts, ou bien suis-je moi-même devenu mortel ? La réponse est : non ! J’ai pris un corps mortel afin de pouvoir, en lui, donner une rançon pour les péchés du monde ; et quand l’œuvre du salut fut accomplie pour les pécheurs (Jean xix. 30), ce qui était immortel transfigura dans la gloire ce qui était mortel. C’est pourquoi, après la résurrection, seuls purent me voir ceux qui avaient reçu la vue spirituelle (Act. x. 40,41).

2. Il y en a beaucoup dans ce monde qui savent des choses sur moi, mais qui ne me connaissent pas ; c’est-à-dire qu’ils n’ont avec moi aucune relation personnelle ; c’est pourquoi ils n’ont de moi ni véritable compréhension ni véritable foi en moi, et ne m’acceptent pas comme leur Sauveur et leur Seigneur.

De même, si l’on parle à un aveugle de naissance des différentes couleurs, comme le rouge, le bleu, le jaune, il demeure absolument ignorant de leur charme et de leur beauté ; il ne peut leur attacher aucune valeur, parce qu’il ne fait que savoir des choses à leur sujet et connaître leurs divers noms. Quant aux couleurs, il ne peut s’en faire aucune idée véritable tant que ses yeux ne sont pas ouverts. De la même manière, tant que les yeux spirituels d’un homme ne sont pas ouverts, si savant qu’il soit, il ne peut me connaître, il ne peut contempler ma gloire, et il ne peut comprendre que je suis Dieu incarné.

3. Il y a beaucoup de croyants qui ont conscience de ma présence dans leur cœur, laquelle leur apporte la vie et la paix spirituelles, mais qui ne peuvent me voir clairement. C’est ainsi que l’œil peut voir bien des choses ; pourtant, quand quelqu’un y verse un remède, l’œil ne voit pas ce remède, mais on sent sa présence qui nettoie l’œil intérieur et fortifie la faculté de voir.

4. La vraie paix qui naît de ma présence dans le cœur des vrais croyants, ceux-ci ne peuvent la voir ; mais, sentant sa puissance, ils y trouvent leur bonheur. Ils ne peuvent pas davantage voir ce bonheur de l’esprit ou du cœur par lequel ils jouissent de la paix de ma présence. Il en est de même de la langue et des friandises. La faculté du goût qui réside dans la langue et la douceur qu’elle perçoit sont l’une et l’autre invisibles. Ainsi, moi aussi, je donne à mes enfants la vie et la joie au moyen de la manne cachée, que le monde, avec toute sa sagesse, ne connaît pas et ne peut connaître (Apoc. ii. 7).

5. Parfois, pendant une maladie, la faculté du goût est troublée dans la langue, et pendant ce temps, si savoureuse que soit la nourriture qu’on donne au malade, elle lui paraît avoir mauvais goût. Tout de même, le péché trouble le goût des choses spirituelles. En pareil cas, ma Parole, mon service et ma présence perdent leur attrait pour le pécheur, et au lieu d’en tirer profit, il se met à les discuter et à les critiquer.

6. Beaucoup de croyants encore — comme l’aveugle de naissance lorsqu’il eut recouvré la vue — sont capables de voir en Jésus un prophète et le Fils de l’homme, mais ne le tiennent pas pour le Christ et le Fils de Dieu (Jean ix. 17, 35-37), jusqu’à ce que je me révèle à eux une seconde fois avec puissance.

7. Une mère se cacha un jour dans un jardin, parmi des arbustes touffus, et son petit garçon partit à sa recherche, de-ci de-là, en pleurant tout le long du chemin. Il parcourut tout le jardin, mais ne put la trouver. Un serviteur lui dit : « Mon petit, ne pleure pas ! Regarde les mangues de cet arbre et toutes les jolies, jolies fleurs du jardin. Viens, je vais t’en cueillir. » Mais l’enfant s’écria : « Non ! Non ! Je veux ma maman. La nourriture qu’elle me donne est meilleure que toutes les mangues, et son amour est bien plus doux que toutes ces fleurs ; et d’ailleurs tu sais bien que tout ce jardin est à moi, car tout ce qu’a ma maman est à moi. Non ! Je veux ma maman ! » Quand la mère, cachée dans les buissons, entendit cela, elle accourut, saisit son enfant, le serra contre son sein et le couvrit de baisers ; et ce jardin devint un paradis pour l’enfant. De la même manière, mes enfants ne peuvent trouver, dans ce grand jardin qu’est le monde, si plein de choses charmantes et belles, aucune joie véritable tant qu’ils ne m’ont pas trouvé. Je suis leur Emmanuel, qui est toujours avec eux, et je me fais connaître à eux (Jean xiv. 21).

8. De même que l’éponge est plongée dans l’eau et que l’eau remplit l’éponge, sans que l’eau soit l’éponge ni l’éponge l’eau, mais qu’elles demeurent toujours des choses distinctes, ainsi mes enfants demeurent en moi et moi en eux. Ce n’est pas du panthéisme, c’est le royaume de Dieu, qui est établi dans le cœur de ceux qui demeurent en ce monde ; et comme l’eau dans l’éponge, je suis en tout lieu et en toute chose, mais ces choses ne sont pas moi (Luc xvii. 21).

9. Prends un morceau de charbon de bois : tu auras beau le laver, sa noirceur ne disparaîtra pas ; mais que le feu y pénètre, et sa couleur sombre s’évanouit. Ainsi en est-il quand le pécheur reçoit le Saint-Esprit (qui procède du Père et de moi, car le Père et moi nous sommes un), qui est le baptême de feu : toute la noirceur du péché est chassée, et il devient une lumière pour le monde (Matth. iii. 11, 14). Comme le feu dans le charbon, ainsi je demeure en mes enfants et eux en moi, et par eux je me manifeste au monde.

Section II

Le Disciple,— Maître, si tu voulais te manifester au monde d’une manière particulière, les hommes ne douteraient plus de l’existence de Dieu ni de ta propre divinité ; tous croiraient au contraire et entreraient dans le chemin de la justice.

Le Maître,— 1. Mon fils, je connais bien l’état intérieur de chaque homme, et je me fais connaître à chaque cœur selon ses besoins ; et pour amener l’homme dans le chemin de la justice, il n’est pas de meilleur moyen que la manifestation de moi-même. Pour l’homme, je me suis fait homme, afin qu’il connaisse Dieu non comme un être terrible et étranger, mais comme plein d’amour et semblable à lui-même, car l’homme lui ressemble et a été fait à son image.

L’homme a aussi ce désir naturel de voir celui en qui il croit et qui l’aime. Mais le Père ne peut être vu, car il est par nature incompréhensible, et celui qui voudrait le comprendre devrait avoir la même nature. Or l’homme est une créature compréhensible, et, étant telle, il ne peut voir Dieu. Mais puisque Dieu est amour et qu’il a donné à l’homme cette même faculté d’aimer, il a pris, afin que ce besoin d’amour puisse être satisfait, une forme d’existence que l’homme pouvait comprendre. Ainsi il s’est fait homme, et ses enfants, avec tous les saints anges, peuvent le voir et jouir de lui (Col. i. 15, ii. 9). C’est pourquoi j’ai dit : celui qui m’a vu a vu le Père (Jean xiv. 9-10). Et bien que, sous la forme humaine, je sois appelé le Fils, je suis le Père éternel et sans fin (És. ix. 6).

2. Moi, le Père et le Saint-Esprit, nous sommes un. De même que dans le soleil il y a à la fois la chaleur et la lumière, mais que la lumière n’est pas la chaleur et que la chaleur n’est pas la lumière, et que pourtant toutes deux ne font qu’un, bien qu’elles prennent dans leur manifestation des formes différentes, ainsi moi et le Saint-Esprit, procédant du Père, nous apportons au monde la lumière et la chaleur. L’Esprit, qui est le feu du baptême, réduit en cendres dans le cœur des croyants toute espèce de péché et d’iniquité, les rendant purs et saints. Moi, qui suis la véritable lumière (Jean i. 9, viii. 12), je dissipe tous les désirs ténébreux et mauvais, et, les conduisant dans le chemin de la justice, je les amène enfin à leur demeure éternelle. Pourtant nous ne sommes pas trois, mais un, de même que le soleil n’est qu’un.

3. Toute valeur, toute puissance et toute faculté élevée dont Dieu a doté l’homme doivent être mises en action ; autrement elles dépérissent peu à peu et meurent. Ainsi la foi, si elle n’est pas véritablement fixée sur le Dieu vivant, se brise sous le choc du péché et se change en doute. On entend souvent quelque chose comme ceci : « Si tel ou tel de mes doutes était levé, je serais prêt à croire. » C’est comme si un homme qui a un membre cassé demandait au médecin de lui ôter la douleur avant de remettre le membre en place. C’est assurément une folie, car la douleur vient de la fracture du membre, et quand celui-ci sera remis, la douleur passera d’elle-même. Ainsi, par l’acte du péché, le lien de l’homme avec Dieu s’est rompu, et des doutes, qui sont des douleurs spirituelles, sont apparus. Il faut donc de toute nécessité que l’union avec Dieu soit renouvelée ; alors les doutes qui se sont élevés au sujet de ma divinité et de l’existence de Dieu disparaîtront d’eux-mêmes. Alors, à la place de la douleur, viendra cette paix merveilleuse que le monde ne peut ni donner ni ôter. C’est ainsi que je me suis fait chair, afin qu’il y ait union entre Dieu et les pauvres hommes brisés, et qu’ils puissent être heureux avec lui dans le ciel pour toujours.

4. Dieu est amour, et il a mis en toute créature vivante cette faculté d’aimer, mais surtout en l’homme. Il n’est donc que juste que celui qui aime, et qui nous a donné la vie, la raison et l’amour même, reçoive le tribut d’amour qui lui est dû. Son désir se porte vers tout ce qu’il a créé ; et si cet amour n’est pas bien employé, si nous n’aimons pas de tout notre cœur, de toute notre âme, de toute notre pensée et de toute notre force celui qui nous a dotés de l’amour, alors cet amour déchoit de son haut rang et devient égoïsme. Il en résulte un désastre à la fois pour nous-mêmes et pour les autres créatures de Dieu. Chose étrange, tout homme égoïste devient son propre meurtrier.

J’ai dit aussi : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Or, bien qu’en un sens tous les hommes soient le prochain les uns des autres, il s’agit surtout de ceux qui vivent habituellement près les uns des autres ; car il est facile de vivre en paix avec quelqu’un qui n’est près de nous que pour quelques jours, même s’il est malveillant ; mais quand il s’agit de quelqu’un qui a sa demeure près de toi et qui, jour après jour, est pour toi une cause d’ennuis, il est très difficile de le supporter et de l’aimer comme toi-même. Mais quand tu auras vaincu dans ce grand combat, il te sera plus facile d’aimer tous les autres comme toi-même.

Quand l’homme aime Dieu de tout son cœur, de toute sa pensée et de toute son âme, et son prochain comme lui-même, il n’y a plus de place pour les doutes ; mais en lui s’établit ce royaume de Dieu qui ne doit pas avoir de fin, et, fondu et façonné dans le feu de l’amour, il est transformé à l’image de son Père céleste, qui, au commencement, l’a fait semblable à lui-même.

5. Je me manifeste aussi par le moyen de ma Parole (la Bible) à ceux qui me cherchent d’un cœur sincère. De même que pour le salut des hommes j’ai pris un corps humain, de même ma Parole, qui est esprit et vie (Jean vi.63), est écrite dans la langue des hommes ; c’est-à-dire qu’en elle sont unis des éléments inspirés et des éléments humains. Mais de même que les hommes ne me comprennent pas, ainsi ils ne comprennent pas ma Parole. Pour la comprendre, la connaissance de l’hébreu et du grec n’est pas une nécessité ; ce qui est nécessaire, c’est la communion de ce Saint-Esprit en qui demeuraient les prophètes et les apôtres quand ils l’ont écrite. Sans aucun doute, le langage de cette Parole est spirituel, et celui qui est né de l’Esprit est seul capable de la comprendre pleinement, qu’il soit au fait des critiques du monde ou qu’il ne soit qu’un enfant ; car ce langage spirituel, il le comprend bien, puisque c’est sa langue maternelle. Mais souviens-toi que ceux dont la sagesse n’est que de ce monde ne peuvent la comprendre, car ils n’ont point de part au Saint-Esprit.

6. Dans le livre de la nature, dont je suis aussi l’Auteur, je me manifeste librement. Mais pour lire ce livre aussi, il faut un discernement spirituel, afin que les hommes m’y trouvent ; sinon, il est à craindre qu’au lieu de me trouver, ils ne s’égarent.

Ainsi l’aveugle se sert du bout de ses doigts comme d’yeux et lit un livre par le seul toucher, mais par le seul toucher il ne peut se faire aucune juste idée de sa vérité. Les recherches des agnostiques et des sceptiques le prouvent, car au lieu de la perfection ils ne voient que des défauts. Les critiques qui cherchent à redire demandent : « S’il existe un Créateur tout-puissant du monde, pourquoi y a-t-il en lui des défauts tels que les ouragans, les tremblements de terre, les éclipses, la douleur, la souffrance, la mort, et autres choses semblables ? » La folie de cette critique ressemble à celle d’un ignorant qui trouve à redire à un bâtiment inachevé ou à un tableau incomplet. Au bout de quelque temps, quand il les voit entièrement achevés, il a honte de sa folie et finit par chanter leurs louanges. De même, Dieu n’a pas donné en un jour à ce monde sa forme actuelle, et ce n’est pas non plus en un jour qu’il atteindra la perfection. La création tout entière avance vers la perfection, et s’il était possible à l’homme de ce monde de voir de loin, avec les yeux de Dieu, le monde parfait où n’apparaît aucun défaut, lui aussi s’inclinerait devant lui pour le louer et dirait : « Tout cela est très bon » (Gen. i.31).

7. L’esprit humain demeure dans le corps à peu près comme le poussin dans la coquille. S’il était possible de dire à l’oiseau qui est dans la coquille qu’au-dehors s’étend un monde vaste et immense, avec toutes sortes de fruits et de fleurs, avec des rivières et de grandioses montagnes, que sa mère aussi s’y trouve, et qu’il verra tout cela quand il sera délivré de sa coquille, il ne pourrait ni le comprendre ni le croire. Même si quelqu’un lui disait que ses plumes et ses yeux, désormais prêts à servir, lui permettraient de voir et de voler, il ne le croirait pas, et aucune preuve ne serait possible jusqu’à ce qu’il sorte de sa coquille.

De la même manière, il y en a beaucoup qui sont incertains quant à la vie future et à l’existence de Dieu, parce qu’ils ne peuvent voir au-delà de ce corps de chair semblable à une coquille, et que leurs pensées, comme des ailes délicates, ne peuvent les porter au-delà des étroites limites du cerveau. Leurs yeux faibles ne peuvent découvrir ces trésors éternels et inaltérables que Dieu a préparés pour ceux qui l’aiment (És. lxiv. 4, lxv. 17). La condition nécessaire pour parvenir à cette vie éternelle, c’est que, tandis que nous sommes encore dans ce corps, nous recevions du Saint-Esprit, par la foi, cette chaleur vivifiante que le poussin reçoit de sa mère ; sinon il y a danger de mort et de perte éternelle.

8. Beaucoup disent encore que la chose ou la vie qui a eu un commencement doit nécessairement avoir une fin. Cela n’est pas vrai ; car le Tout-Puissant, qui peut à son gré tirer du néant une chose qui existe, ne peut-il pas aussi, par la parole de sa puissance, conférer l’immortalité à ce qu’il a fait ? S’il ne le pouvait pas, on ne pourrait l’appeler Tout-Puissant. La vie en ce monde paraît sujette à la corruption et à la destruction, parce qu’elle est assujettie à des choses qui sont elles-mêmes sujettes au changement et à la corruption. Mais si cette vie était affranchie de ces influences changeantes et corruptrices, et placée sous la garde du Dieu éternel et immuable, qui est la fontaine et la source de la vie éternelle, elle échapperait à l’étreinte de la mort et parviendrait à l’éternité.

Quant à ceux qui croient en moi, « je leur donne la vie éternelle ; et ils ne périront jamais, et personne ne les ravira de ma main » (Jean x. 28). « Je suis le Seigneur Dieu, celui qui est, qui était, et qui vient, le Tout-Puissant » (Apoc. i. 8).

Chapitre 4 terminé

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