Aux pieds du Maître
Introduction

Chapitre 3 · 5 min de lecture · 7 min d’écoute

Introduction

Première vision

Une nuit, alors qu’il faisait sombre, je m’en allai seul dans la forêt pour prier ; m’étant assis sur un rocher, j’exposai à Dieu mes profonds besoins et implorai son secours. Peu après, voyant un pauvre homme venir vers moi, je pensai qu’il venait me demander quelque aide parce qu’il avait faim et froid. Je lui dis : « Je suis un pauvre homme, et hormis cette couverture je ne possède absolument rien. Vous feriez mieux d’aller au village voisin et d’y demander de l’aide. » Et voici, tandis même que je parlais ainsi, il jaillit comme un éclair et, répandant une pluie de bénédictions, disparut aussitôt. Hélas ! Hélas ! il était clair à présent pour moi que c’était mon Maître bien-aimé, venu non pour mendier auprès d’une pauvre créature comme moi, mais pour me bénir et m’enrichir (2 Cor. viii. 9) ; et je restai là, pleurant et déplorant ma folie et mon manque de discernement.

Deuxième vision

Un autre jour, mon travail achevé, je m’en allai de nouveau dans la forêt pour prier, et, assis sur ce même rocher, je commençai à réfléchir aux bénédictions que je devais demander. Tandis que j’étais ainsi occupé, il me sembla qu’un autre personnage venait se tenir près de moi ; à en juger par son maintien, son vêtement et sa façon de parler, il paraissait être un serviteur de Dieu vénéré et dévoué ; mais ses yeux brillaient de ruse et de fourberie, et, quand il parlait, il semblait exhaler une odeur d’enfer.

Il s’adressa à moi en ces termes : « Saint et honoré Maître, pardonnez-moi d’interrompre vos prières et de troubler votre solitude ; mais c’est le devoir de chacun de chercher à servir l’intérêt d’autrui, et c’est pourquoi je suis venu vous soumettre une affaire importante. Votre vie pure et désintéressée a fait une profonde impression, non seulement sur moi, mais sur un grand nombre de personnes pieuses. Pourtant, bien qu’au nom de Dieu vous vous soyez sacrifié corps et âme pour les autres, vous n’avez jamais été vraiment apprécié à votre juste valeur. Je veux dire que, parce que vous êtes chrétien, seuls quelques milliers de chrétiens ont subi votre influence, et certains d’entre eux même se méfient de vous. Combien il vaudrait mieux que vous deveniez hindou ou musulman, et que vous deveniez ainsi un grand chef, véritablement ! Ils cherchent un tel guide spirituel. Si vous acceptez ma suggestion, trois cent dix millions d’hindous et de musulmans deviendront vos disciples et vous rendront un hommage plein de révérence. »

Dès que j’eus entendu cela, ces paroles jaillirent de mes lèvres : « Toi, Satan ! retire-toi. J’ai su aussitôt que tu étais un loup déguisé en brebis ! Ton unique désir est que j’abandonne la croix et le chemin étroit qui mène à la vie, pour choisir la route large de la mort. Mon Maître lui-même est mon lot et mon partage, lui qui a lui-même donné sa vie pour moi ; et il me convient d’offrir en sacrifice ma vie et tout ce que je possède à celui qui est tout en tous pour moi. Allez-vous-en donc, car je n’ai rien à faire avec vous. »

À ces mots, il s’éloigna en grommelant et en grondant de rage. Et moi, en larmes, je répandis ainsi mon âme devant Dieu dans la prière : « Mon Seigneur Dieu, mon tout en tous, vie de ma vie et esprit de mon esprit, regarde-moi avec miséricorde et remplis-moi tellement de ton Saint-Esprit que mon cœur n’ait plus de place pour l’amour de quoi que ce soit hormis toi. Je ne te demande aucun autre don que toi-même, toi qui es le Donateur de la vie et de toutes ses bénédictions. Je ne te demande ni le monde ni ses trésors, je ne te demande pas même le ciel ; c’est toi seul que je désire et après qui je soupire, et là où tu es, là est le ciel. La faim et la soif de ce cœur qui est le mien ne peuvent être rassasiées que par toi, qui lui as donné naissance. Ô mon Créateur ! Tu as créé mon cœur pour toi seul et non pour un autre ; c’est pourquoi ce cœur qui est le mien ne peut trouver ni repos ni paix qu’en toi, en toi qui l’as créé et qui as mis en lui ce désir même du repos. Ôte donc de mon cœur tout ce qui s’oppose à toi, et entre, demeure et règne à jamais. Amen. »

Quand je me relevai de cette prière, je vis un Être resplendissant, vêtu de lumière et de beauté, qui se tenait devant moi. Bien qu’il ne prononçât pas une parole, et que, mes yeux étant baignés de larmes, je ne le visse pas très distinctement, il émanait de lui, pareils à des éclairs, des rayons d’un amour vivifiant, avec une telle puissance qu’ils pénétrèrent en moi et inondèrent mon âme même. Je sus aussitôt que mon cher Sauveur se tenait devant moi. Je me levai sur-le-champ du rocher où j’étais assis et tombai à ses pieds. Il tenait dans sa main la clef de mon cœur. Ouvrant la chambre intérieure de mon cœur avec sa clef d’amour, il la remplit de sa présence, et partout où je regardais, au-dedans comme au-dehors, je ne voyais que lui.

Alors je compris que le cœur de l’homme est le trône même et la citadelle de Dieu, et que, lorsqu’il y entre pour y demeurer, le ciel commence. En ces quelques secondes, il remplit tellement mon cœur et prononça des paroles si merveilleuses que, même si j’écrivais beaucoup de livres, je ne pourrais pas les rapporter toutes. Car ces choses célestes ne peuvent s’expliquer que dans un langage céleste, et les langues de la terre n’y suffisent pas. Je m’efforcerai pourtant de consigner quelques-unes de ces choses célestes qui me sont venues du Maître par voie de vision. Sur le rocher où j’étais assis auparavant, il s’assit lui-même, et, tandis que je me tenais à ses pieds, commença entre le Maître et le disciple l’entretien qui suit.

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