Amanda Smith : une autobiographie
En route pour l’Inde

Chapitre 24 · 33 min de lecture · 43 min d’écoute

En route pour l’Inde

Samedi 4 septembre. Nous faisons le tour de Paris pour en voir quelque chose. Mon Dieu ! Que de merveilles ! Rien d’étrange, peut-être, pour d’autres, mais pour moi, si ; les statues, les parcs et les monuments étaient un ravissement pour les yeux.

Dimanche 5. Une belle et lumineuse matinée. Mon cœur était plein de louange quand je me suis réveillée et que j’ai contemplé toute cette beauté. Mais combien je suis devenue triste, peu après, en voyant les bâtiments qui s’élevaient, les hommes qui charriaient des pierres, les blanchisseries ouvertes, tout exactement comme un samedi. D’autres allaient à l’église.

« Oh ! ai-je dit, est-ce donc là Paris, le Paris élégant et corrompu, vers lequel les regards du monde chrétien se tournent pour y chercher ses premières modes et ses modèles ? » Et à cette pensée, j’ai été attristée. À l’heure du culte, nous sommes allées à l’église wesleyenne. C’était un dimanche de communion. Le pasteur a prêché un magnifique sermon sur ces paroles : « Christ s’est livré lui-même. »

Lundi 6. Nous voilà de nouveau à visiter. L’un des endroits qui m’ont le plus intéressée a été la manufacture de porcelaine. J’y ai vu où l’on fabrique cette belle vaisselle. Et tandis que l’homme tournait les différents objets qu’il voulait façonner, depuis la plus fine petite tasse jusqu’au plus grand vase, je pensais au pouvoir absolu que le potier avait sur l’argile. L’argile ne dictait rien. Le potier en était entièrement maître. Tantôt il prenait un morceau d’argile et en faisait un certain objet ; puis, de ce même morceau d’argile, il faisait un tout autre objet ; tantôt une belle cruche, puis une chope, puis une cuvette ; et il donnait à l’argile toutes les formes qu’il voulait. Puis il nous en a montré quelques-uns, couverts des fleurs les plus exquises, qui devaient être mis au four à un moment donné ; et le feu ferait ressortir tous ces jolis traits délicats et toutes ces couleurs.

Tandis que j’étais là à écouter ses explications, mon cœur s’est enflammé, et j’ai pensé combien cela ressemble à ce que fait le Maître béni. Parfois, ce qui fait ressortir la beauté du caractère, c’est la fournaise. Et j’ai dit : « Oh ! Seigneur, aide-moi à être entre tes mains comme cette argile est entre les mains du potier ; et même quand vient la fournaise, à me soumettre, et non à dicter. »


« Douleurs, fournaise, ardeur, en moi frémissent ;
Le souffle de Dieu attise la flamme ;
Et tout mon cœur au-dedans de moi frémit,
Et tremble devant l’ardent brasier.
Pourtant je dis : fie-toi à lui comme Dieu le veut,
Et dans son feu le plus ardent, tiens-toi tranquille. »

Dans l’une des avenues non loin de cet endroit (je regrette de ne pas me rappeler son nom), une avenue très large, bordée de chaque côté de beaux arbres qui formaient presque une voûte, il y avait de longues files de roulottes de bohémiens, où l’on vendait de tout ; une sorte de foire — « la Foire aux vanités ». Dès que j’ai vu cela, il m’est revenu à l’esprit un rêve que j’avais fait vingt-trois ans auparavant. Oh ! que c’est merveilleux ! Tout était presque exactement tel que je l’avais rêvé, vingt-trois ans plus tôt !

Nous quittons Paris à deux heures de l’après-midi, et nous voyageons toute la nuit.

Mardi 7 septembre. Arrivée à Turin ce soir à huit heures et demie.

Mercredi 8. Départ ce matin pour Florence. Arrivée à neuf heures du soir. Nous passons le lendemain à visiter. Comme nous voyagions selon ce qu’on appelle le système des coupons de Cook, qui est très commode et vous fournit tous les renseignements sur les curiosités, etc., et comme Mlle Drake avait à s’occuper de toute cette partie des arrangements, je n’ai même pas noté dans mon journal le nom des hôtels où nous descendions, sauf peut-être une fois, bien que tous ces noms et ces lieux me fussent familiers à l’époque.

On nous a donné un guide. Nous avons d’abord visité la grande galerie des Offices, avec sa merveilleuse collection d’œuvres d’art, comme je n’en avais jamais vu auparavant et comme je n’en reverrai jamais. C’est là que, pour la première fois à ma connaissance, j’ai entendu le nom du grand peintre Michel-Ange.

Il y avait tant de belles choses que je ne pouvais en saisir qu’une toute petite partie. J’ai été extraordinairement frappée par le buste et la tête de Néron enfant, à l’âge de dix ou quatorze ans. Son visage

était maussade, et je pouvais presque le voir prendre sa décision contre les chrétiens.

L’endroit suivant où nous sommes allées a été le Musée national et la galerie des beaux-arts. Là encore, on nous a montré le buste du grand sculpteur et peintre Michel-Ange, dont on garde un souvenir affectueux, pour ne pas dire sacré. C’est lui qui a fourni le modèle de la grande coupole de Saint-Pierre de Rome. Tout cela était nouveau pour moi, et de certaines choses je n’avais entendu parler que par ouï-dire. Mais se pouvait-il que moi, Amanda Smith, je fusse réellement en vie, et à Florence, en Italie ? Bien des fois, pendant qu’ils parlaient et que l’homme expliquait les choses, j’étais perdue dans l’émerveillement, l’amour et la louange devant les voies du Seigneur, qui m’accordait le privilège de jouir de tant de choses que je n’aurais jamais cru pouvoir échoir à quelqu’un comme moi. Assurément, c’est son œuvre, et c’est une chose merveilleuse.

Notre visite suivante a été pour le baptistère Saint-Jean. Il y avait là ces belles portes de bronze. Quelle magnificence ! Il me semble presque les voir encore quand je repense à tout cela. Juste au moment où nous arrivions, un prêtre s’apprêtait à célébrer le baptême de deux adorables bébés. Deux voitures se sont arrêtées. Dans la première se trouvaient le père et la mère, avec le bébé, et le prêtre. Dans la seconde, le groupe qui accompagnait l’autre bébé. Ils étaient habillés à ravir. Je crois que je n’ai jamais vu d’aussi beaux bébés de ma vie. J’aurais aimé les prendre tout simplement dans mes bras et les embrasser. Ils ressemblaient plus à des anges qu’à des enfants. On n’a paru faire aucune objection à ce que nous regardions. Quand cela a été fini, j’ai vu les pères remettre au prêtre une assez jolie somme en or. Mon cœur était triste pour ces petits, malgré tout ; car je pensais qu’ils vivraient et mourraient sans la vraie lumière ni la connaissance du glorieux Évangile du Fils de Dieu.

Jeudi 9 septembre. Nous partons ce matin pour Rome. Arrivée vers cinq heures du soir. Qu’on est obligeant et courtois à l’hôtel ! Nous nous sommes fort bien tirées d’affaire. Ici, dans cette grande et vieille cité historique, il y a beaucoup à admirer, et beaucoup à déplorer. La pauvreté et la richesse semblent rivaliser. Je crois avoir compris un peu ce que c’est, pour un pays, d’être sous la coupe des prêtres. Partout où l’on va, en haut, en bas, toutes les quelques gares du chemin de fer, à chaque train d’où l’on descend ou dans lequel on monte, des prêtres ; dans toutes les rues, à chaque tournant, on voit un prêtre qui vient ou qui s’en va ; ou deux, ou trois, ou quatre ; éparpillés dans toutes les directions, des prêtres. Je n’ai jamais vu tant de prêtres et de moines de ma vie. De vieux hommes aux cheveux gris,

qui n’avaient jamais fait une journée de travail de leur vie ; de grands hommes, bien portants, à l’air robuste. Certains avaient presque l’air d’idiots ; leur cerveau, leurs muscles et leur pensée ne s’étaient jamais développés. Ils n’avaient jamais porté de bas ni de souliers. Ils portaient des sandales et de simples robes droites de l’étoffe la plus grossière, avec une corde — un bout de vulgaire corde à linge — autour de la taille ; et les bouts, qu’on avait noués pour l’empêcher de se défaire, pendaient presque jusqu’au bas de la robe ; les manches étaient longues et leur recouvraient les mains, un peu comme celles des Chinois que nous voyons ici.

On pouvait voir ces hommes, en n’importe quel nombre, se promener. Parfois, on les voyait mener un âne chargé d’herbe qu’ils avaient ramassée et qu’ils apportaient en ville pour la vendre. Ils passaient d’ordinaire dans les hôtels avec une petite botte de persil, un oignon et une carotte, qu’ils vendaient comme herbes potagères. Comme ils m’ont fait pitié la première fois que je les ai vus ! Je leur ai donné quelques sous. Bien entendu, je n’ai pas pris les herbes potagères ; je n’en avais pas besoin. Mais j’ai bientôt découvert que c’était là leur métier. Je n’en ai jamais vu un seul qui eût l’air propre. Oh ! quelle horreur !

Et ce sont là les hommes qu’on appelle saints, parce qu’ils renoncent au monde et pratiquent un si rigoureux renoncement à eux-mêmes. Combien je suis heureuse que Dieu n’enseigne nulle part qu’il faille tomber dans la saleté et la paresse pour être saint ! Mais il dit bien : « Purifiez-vous de toute souillure de la chair et de l’esprit, en achevant votre sanctification dans la crainte du Seigneur. » Il en est toujours ainsi quand les hommes changent la vérité de Dieu en mensonge, et se mettent à adorer et à servir la créature au lieu du Créateur.

Dimanche 12. Mlle Drake était fatiguée ; aussi n’est-elle pas sortie pour aller à l’église le matin. Mais moi, je voulais pouvoir dire que j’étais allée à l’église à Rome. Je suis donc partie seule pour l’église anglaise la plus proche. La liste des principaux hôtels et des églises est affichée au bureau ; je n’ai donc eu aucune peine à la trouver. Et j’y suis allée.

J’ai découvert que c’était une église de la Haute Église, presque catholique romaine. Il y avait des cierges et des enfants de chœur, on se tournait vers l’orient pour s’incliner, et l’atmosphère était comme celle d’un caveau. Tout cela était nouveau pour moi, car je n’étais jamais entrée auparavant dans une église protestante de la Haute Église. Que tout cela est peu satisfaisant pour qui connaît Christ ! Rien ne peut le remplacer.

Lundi 13. Une grande journée de visites. Nous avions notre voiture et notre guide. Ce que j’avais le plus hâte de voir, c’était Saint-

Pierre. C’est donc là que nous sommes allées d’abord. La magnificence de cette grande et vieille église historique, je suis incapable de la décrire. Tandis que nous parcourions ses grands couloirs et ses salles, et que je me tenais debout à regarder la grande coupole, j’étais presque saisie de crainte. On aurait dit qu’elle était à un mille de là, dans le ciel. Quelle prodigieuse pensée on avait mise dans son architecture, ses couleurs et ses statues !

Un peu à droite de l’entrée principale se trouvait une statue de saint Pierre, en bronze, grandeur nature. J’avais entendu dire que des milliers de gens étaient venus la voir, et que le gros orteil du pied droit avait été baisé jusqu’à en être tout usé et lisse. Je me suis approchée pour l’examiner, et j’ai constaté que ce poli était bien réel ; mais était-ce le résultat de baisers incessants ou de quelque autre cause, je ne saurais le dire. Je n’avais pas la moindre envie de baiser cet orteil ; mais j’y ai posé la main droite, et il était froid. En voyant beaucoup de gens entrer, se tenir devant la statue, se signer et prier, je me suis dit : « Voilà tout ce qu’ils reçoivent en retour de leurs longs pèlerinages, de leurs prières et de leurs larmes. » Que c’est triste ! Combien je suis heureuse que le cordeau me soit échu dans un lieu plus agréable, et que j’aie un bel héritage ! Gloire au Seigneur !

La visite suivante a été pour le Vatican ; nous avons parcouru les grands couloirs, nous avons admiré les statues et les tableaux, et la tête me faisait mal à force de voir tant de choses. Comme nous descendions une belle allée, nous avons entendu quelqu’un nous crier quelque chose dans une langue que nous ne comprenions pas ; mais on nous a fait signe de nous écarter du chemin, et nous nous sommes rangées ; et voici que le pape est passé dans sa chaise à porteurs, avec sa garde du corps de sept ou huit hommes ; il revenait de sa promenade du matin ; certains marchaient devant lui, d’autres à ses côtés, et d’autres derrière. Et je me suis dit : « Il n’y a que quelques années, j’ai entendu dire qu’on avait proclamé l’infaillibilité du pape. » Et j’ai pensé que si l’infaillibilité devait être gardée de la sorte, quelle sécurité trouverais-je à m’y fier ? Non. Ma foi est dans l’infaillibilité de Dieu seul.

Ensuite, il y a eu le Colisée, avec ses murs en ruine. Tandis que l’homme poursuivait ses grands récits, montrant les curiosités et donnant ses explications, je me demandais parfois si tout ce qu’il disait était, en chaque cas, la pure vérité. Mais personne ne met en doute la véracité des guides quand on fait du tourisme. Ils sont censés tout savoir de ce qu’on leur demande, bien entendu.

Il nous a parlé de la grande arène où l’on jetait les chrétiens pour qu’ils fussent dévorés par les lions affamés, tandis que des milliers de spectateurs

étaient rassemblés dans l’amphithéâtre pour regarder avec délices. Et alors j’ai pensé au Livre des martyrs de Fox, que je me souviens d’avoir lu quand j’étais toute jeune fille ; et parfois je me demande si l’esprit de notre époque n’a pas beaucoup de parenté avec celui-là. Le christianisme a fait des merveilles. Alléluia !

Puis on nous a montré la voie Appienne, et le guide a dit : « C’est la route même par laquelle on a amené Paul de la prison au tribunal. » Il y avait là le sol même, incrusté de marbre comme un dallage, sur lequel, disait-il, Paul avait comparu devant Néron.

Ensuite, il y a eu les catacombes. Nous sommes descendus à environ six pieds sous terre, nous sommes entrés dans un petit passage étroit, puis il a allumé des cierges et en a donné un à chacun de nous. Nous sommes alors entrés dans une très grande salle ; et sur la paroi lisse et compacte étaient magnifiquement peints une chaire et un autel, et presque tout le rituel d’un office de l’Église anglicane. Les couleurs étaient aussi parfaites que si on les avait posées depuis peu ; et pourtant cela avait plus de deux cents ans. Il y avait des étagères, ou des niches, taillées dans le roc, où l’on déposait les morts ; puis on les murait. Un certain nombre de corps avaient été retirés par des parents, et ces emplacements étaient ouverts ; mais quelques-uns restaient encore murés. Il leur fallait entrer et sortir par ces passages souterrains, sans bruit. Combien ils ont dû souffrir pour son nom en ces sombres jours de persécution ! En repensant à tout cela, j’ai dit : « Oh ! l’histoire va-t-elle se répéter ? Que Dieu, dans sa miséricorde, nous en délivre ! »

J’ai eu la sottise de partir seule dans une autre direction que les autres, bien que le guide m’eût dit, au moment où nous étions entrés : « Surtout, restez tout près de moi » ; mais, pendant qu’il était là à expliquer et à parler avec Mlle Drake, je suis entrée dans ce que je croyais être une autre salle. Mais les détours étaient très compliqués pour qui ne les connaît pas. Tout me semblait être le même couloir. Mais quand je me suis ressaisie, j’étais tout à fait hors de portée de voix des autres. Je tournais et retournais, mais je ne semblais pas me rapprocher d’eux. Alors j’ai commencé à avoir peur. Puis j’ai pensé que je resterais immobile ; c’est ce que j’ai fait, et j’ai prié le Seigneur de m’aider. Au bout d’un moment, ils sont arrivés, à ma recherche.

Le guide m’a dit que j’avais très bien fait de m’arrêter, car ainsi ils étaient venus me trouver. Si j’avais continué à tourner, ils auraient pu ne jamais me retrouver.

Mon Dieu ! Je frémis quand j’y pense. Mais il n’a plus jamais eu besoin de me dire de rester près de lui après cela. Quelle leçon j’ai apprise ! Je ne l’oublierai

jamais. J’avais le cierge allumé à la main, mais j’aurais dû obéir à mon guide et rester près de lui, comme il me l’avait dit. Dieu nous donne son Esprit, mais il nous faut marcher à la lumière de l’Esprit ; alors nous n’accomplirons pas les désirs de la chair en suivant notre propre chemin. Qu’il nous vienne en aide ! Amen !

Mercredi 15 septembre. Nous quittons Rome aujourd’hui pour Naples. La petite prière que j’ai murmurée au moment même du départ a été : « Oh ! Dieu, pour l’amour de Christ, envoie sur Rome la grande puissance du Saint-Esprit. Que le peuple soit réveillé ! »

Nous sommes arrivées à Naples vers cinq heures et demie ou six heures du soir. L’hôtel où nous sommes descendues était très beau. Nous préférions descendre dans un hôtel où l’on parlait surtout anglais, car ni Mlle Drake ni moi ne connaissions la langue française. Nous avons remarqué que la ville regorgeait d’églises ; et, en montant de la gare dans l’omnibus, comme nous passions devant plusieurs d’entre elles, dont les portes étaient ouvertes, selon l’usage, nous pouvions voir des gens dans les confessionnaux ; les uns en sortaient, d’autres y entraient ; et tant de pauvres gens semblaient aller çà et là ; et des moines allaient et venaient, comme nous l’avions vu à Rome. Après le souper, comme nous étions très lasses, nous nous sommes bientôt retirées.

Jeudi 16. Levées de bonne heure ce matin, bien reposées de notre voyage. Comme nous n’avions qu’une journée à passer ici, nous avons pensé faire un peu de tourisme ; nous avons donc pris une voiture et un guide, et nous nous sommes fait conduire à quelques-uns des principaux lieux dignes d’intérêt. Le plus intéressant, pour moi, a été le grand musée, qui est situé sur une hauteur ; et au loin nous pouvions voir très distinctement le Vésuve. On le voit très bien par une journée claire ; mais il se montre bien mieux encore par une nuit claire. On dirait une grande fournaise ardente dans le lointain. Puis nous avons parcouru le musée, et nous y avons vu Pompéi en statues, telle qu’elle était, et telle qu’elle est, en ruine.

J’avais entendu parler des fouilles de Pompéi, et j’en avais lu un petit peu, mais maintenant je me tenais devant elles. Bien des choses qu’on nous a expliquées se sont effacées de ma mémoire depuis lors, mais certaines sont restées très nettes. Je me souviens d’une figure qui représentait un boulanger ; il se tenait là, près du four, apparemment juste en train d’enfourner le pain ; il y avait la table, avec le pain et les moules, tout cela intact. Une autre était une personne couchée sur un sofa, endormie. Il y avait des agents de police debout aux portes qui donnaient accès à la ville, tout cela intact. Tout cela me semblait si merveilleux ; et pendant que l’homme nous expliquait toutes ces choses, parfois une tristesse me traversait de part en part.

Naples est située au fond de la baie du même nom. La baie a une forme magnifique, un peu comme un fer à cheval. Les alentours sont assez montagneux ; si bien qu’à certains endroits, quand on gravit ces montagnes et qu’on arrive au sommet, on peut regarder au loin, tout autour, et voir toute la grande ville en bas et autour de soi. J’ai trouvé cela très beau ; et j’ai gardé le grand Vésuve dans mon esprit et dans mes pensées pendant des jours entiers. Quand on m’a parlé de la lave rouge et brûlante que ce mont historique vomissait et faisait rouler sur ses flancs, je me suis demandé comment il se faisait que les gens semblaient vivre dans une telle paix et une telle tranquillité. Il y avait des maisons tout près du pied de la montagne, à ce que nous voyions au loin, avec des carrés de verdure qu’on avait cultivés en jardins, ou que sais-je encore.

Personne ne semblait s’en inquiéter ni s’en soucier ; et j’ai pensé combien il nous est facile de nous habituer aux horreurs et aux tristesses.

Après avoir beaucoup circulé, nous sommes rentrées à notre hôtel, nous avons déjeuné et pris un peu de repos, puis nous avons fait une autre petite promenade en voiture ; mais les nuages se sont amoncelés, et une petite pluie fine est tombée, si bien que nous ne sommes pas allées très loin. Alors Mlle Drake a commencé à s’inquiéter un peu de savoir quand partirait le vapeur pour Alexandrie, bien qu’on nous eût dit qu’on nous en avertirait ; mais, comme nous étions dehors, nous sommes allées nous renseigner, et c’est là que j’ai perdu mon beau parapluie. Une dame, en Angleterre, m’avait donné un souverain en me disant : « Madame Smith, il faut vous acheter un beau parapluie » ; aussi, pendant que j’étais à Eastbourne, j’ai vu un très joli parapluie, et j’ai pensé que je devais faire ce qu’on m’avait dit ; je l’ai donc acheté, bien que je ne l’aie pas payé tout à fait cette somme.

Après être passées au bureau et nous être renseignées sur le vapeur, une fois satisfaites, nous sommes rentrées à l’hôtel. La pluie avait cessé, bien que le temps ne fût pas encore dégagé ; j’ai donc posé mon parapluie dans la voiture, à côté de moi, et quand je suis descendue, je n’y ai plus pensé. Le lendemain, juste au moment où nous montions à bord du vapeur pour partir pour Alexandrie, j’ai pensé à mon parapluie. J’ai payé un homme un dollar pour qu’il aille le chercher. Il restait une heure ou deux avant le départ du vapeur. Il était très poli et très aimable, et il allait sûrement le rapporter ; mais quand il est revenu, il a dit qu’il n’avait pas pu trouver le cocher, mais que si je lui donnais un autre dollar, il irait là où il pensait que l’homme était allé ! Mais j’ai vu qu’il y avait du manège dans cet arrangement ; je lui ai donc dit de ne pas s’en donner la peine. Alors il a dit qu’il me l’enverrait, et j’ai vu qu’il y avait encore plus de manège. J’étais bien fâchée de perdre mon beau parapluie, mais c’était si bon de voir que le Seigneur gardait mon cœur bien tranquille.

Vendredi 17 septembre 1879. Nous sommes sur le vapeur pour Alexandrie. On disait que si l’on était bien décidé à ne pas avoir le mal de mer, on ne l’aurait pas ; je me suis donc bien décidée, mais mon estomac, lui, s’est décidé à ne pas rester tranquille, et j’ai eu le mal de mer autant qu’on peut l’avoir.

Dimanche 19. Une belle matinée ; tout est si calme. Je vais mieux, gloire au Seigneur. On nous avait dit, à notre départ de Paris, qu’il ne fallait pas toucher à l’eau sur le continent ; que l’eau était très mauvaise et que tout le monde buvait du vin. Et sur le vapeur, on buvait du vin comme de l’eau ; les enfants et tous buvaient du vin ; je m’attendais à voir tout le monde ivre, et un drôle de petit sentiment m’a envahie. Je me suis dit : « Mon Dieu, quelle affaire si ces gens-là se mettent à se quereller ! »

Dames et messieurs, enfants, pères et mères, tous buvaient du vin, mais ils ne semblaient pas perdre la tête. Quand nous étions à table et que nous choisissions l’eau plutôt que le vin, ils nous regardaient avec stupeur. Alors j’ai demandé comment il se faisait qu’ils pussent tous boire tant de vin sans s’enivrer. Ils ont dit que c’était un vin léger et qu’il n’enivrait pas. Et alors je me suis demandé si ce n’était pas là le piège où tant de gens se laissent prendre ; on commence par l’innocent petit vin léger, et l’on finit par celui qui est plein de poids qui vous retiennent à terre, si bien que lorsqu’on voudrait se relever, on ne le peut plus.

Eh bien, Mlle Drake et moi nous en sommes tirées sans toucher ni au vin léger ni au vin plus fort, et nous n’avons pas eu un instant de maladie, en dehors du simple mal de mer, malgré toute notre fatigue et notre lassitude ; car le tourisme est fatigant, surtout quand on le fait au pas de course, comme nous l’avons fait, et je ne veux plus jamais rien faire de pareil. Notre vapeur était attendu le vingt-quatre ; nous n’avions donc pas de temps à perdre.

Lundi 20. La matinée est claire et agréable. Ma pensée du matin est : « Oh ! Christ, tu es une réalité ; rends-moi plus semblable à toi. »

Que l’air est doux, et que le soleil est éclatant ! Si différent de l’Angleterre. Les passagers à bord sont très aimables et polis. Je crois que les Français tiennent le premier rang parmi toutes les nations sur ce point. D’après ce que j’ai vu, cela semble leur être naturel, aux enfants comme aux autres. Être poli et courtois ne leur coûte aucun effort. Même à Rome, j’ai remarqué que dans l’omnibus du chemin de fer, qui était plutôt bondé, quand je suis montée, un beau petit garçon s’est levé et, avec un sourire et en soulevant son chapeau, m’a indiqué sa place.

À Paris, je me promenais un jour dans le parc ; il y avait beaucoup d’enfants qui jouaient, et un petit bonhomme assis sur un banc tout près ; et comme je m’étais arrêtée pour contempler la beauté qui m’entourait, il s’est aussitôt levé et, avec beaucoup de grâce et en soulevant son chapeau, m’a offert sa place. C’était si beau, si différent de ce qu’on voit chez nous ! J’ai bien failli crier tout haut : « Gloire au Seigneur ! »

Mardi 21.


« Précieuse promesse que Dieu a donnée
Au passant lassé du chemin. »

Gloire au Seigneur ! « Mon âme, confie-toi en Dieu! Car de lui vient mon espérance. » Nous approchons d’Alexandrie, en Égypte. La grande et vieille Égypte historique ! L’Égypte dont j’ai lu l’histoire dans la Bible ! Est-ce possible ?

Dix heures du matin. Nous voici dans la baie. Gloire au Seigneur. Et qui sont ces hommes qui arrivent dans des barques ? Il y a quatre ou cinq barques, toutes avec leur équipage, chacune de six, huit, dix ou douze hommes — des hommes noirs — ma propre race. Il y avait si longtemps que je n’avais vu aucun des miens que j’avais envie de pousser trois hourras !

Je n’ai jamais vu ramer avec tant d’art de ma vie. Ils se tenaient debout au lieu d’être assis, mais, oh ! avec quelle perfection ils se courbaient sur leurs avirons ! Ils portaient de petites calottes rouges surmontées de glands noirs, et de nettes vestes d’alpaga noir. Je suppose que c’étaient des mahométans, car ils étaient vêtus exactement comme les mahométans de l’Inde. Beaucoup d’entre eux étaient de beaux hommes, noirs comme la soie et droits comme des flèches, bien bâtis, et indépendants comme des rois. Ils allaient et venaient et faisaient leur besogne avec intelligence, promptitude et aisance. Ils ne savaient pas ce que c’était que de ramper devant qui que ce soit. J’étais fière d’appartenir à cette race quand je voyais une telle noblesse dans l’ébène. Puis j’ai pensé à ce passage de l’histoire de l’Ancien Testament : « Des grands viennent de l’Égypte ». Puis je me suis rappelé que c’était le pays natal de Moïse, et le lieu où l’enfant Jésus fut caché pour échapper à la cruauté du roi Hérode. Et de tous les pays du monde, il a plu à Dieu d’accorder ce grand honneur à la race noire, ce qui devrait être gardé en éternelle mémoire. Et je préfère être noire, ne serait-ce que pour partager ce grand honneur avec ma race.

Après une bonne nuit de repos, nous sommes allées visiter les grandes pyramides, ce qui faisait, je crois, une course d’environ quatre milles hors de la ville d’Alexandrie. Nous avions pris toutes nos dispositions la veille au soir.

Le lendemain matin, tout s’est fait ponctuellement : on nous a réveillées à l’heure, et notre petit déjeuner était prêt à cinq heures précises, de sorte que nous avions tout notre temps ; et à six heures, nous étions parties. J’ai trouvé qu’Alexandrie — ce que nous en avons vu — était une belle ville. Beaucoup de maisons étaient grandes et spacieuses, et il y avait de grands et beaux hôtels. J’ai oublié le nom de l’hôtel où nous étions descendues, et dans quelle avenue il se trouvait, mais c’était une large avenue qui traversait le centre de la ville. Juste en face de cet hôtel, il y en avait un beaucoup plus grand ; il couvrait presque la moitié d’un pâté de maisons. Il y avait en bas de grands salons de glaces, et les auvents s’avançaient au-dessus du trottoir. C’était magnifiquement éclairé, on y jouait une musique exquise, et des dames et des messieurs anglais étaient assis dehors autour des tables où l’on servait des glaces ; on se serait vraiment cru en Angleterre ou en Amérique plutôt qu’en Égypte. Combien j’ai été attristée, quand j’étais en Afrique, d’apprendre le sac et l’incendie d’Alexandrie au moment de la grande guerre afghane !

On nous avait dit qu’il y avait là quelques missionnaires qui s’étaient assez bien établis et faisaient du bon travail. Mais, oh ! la guerre est si destructrice et si démoralisante dans ses ravages. Et sans doute tout ce qu’on avait gagné jusque-là a-t-il été perdu de nouveau.

Pour aller aux pyramides, nous avons emprunté la route même qui avait été construite tout exprès pour le prince de Galles lorsqu’il avait visité Alexandrie, un an ou deux auparavant ; et sans cette visite royale, notre trajet jusqu’aux pyramides aurait été très cahoteux.

C’est la première fois que j’entendais parler de l’eucalyptus, ou que j’en voyais un. Tout le long de la route royale, de chaque côté, il y avait de ces arbres ; ils avaient poussé jusqu’à former une haute voûte ; c’était très beau, et l’on avait envie de s’attarder à leur ombre, à l’abri du soleil brûlant.

Je crois avoir compris un peu ce que Paul voulait dire quand il a dit : « rejetons tout fardeau, et courons avec persévérance dans la carrière ». Je n’ai jamais vu de ma vie courir avec autant de grâce et d’art que le faisaient certains hommes de là-bas. C’étaient de grands gaillards efflanqués ; ils portaient sur la tête une simple calotte blanche, et autour du corps une étoffe blanche et légère d’environ trois ou quatre yards de long, dont le poids ne devait guère dépasser une livre ; et en dessous, une petite veste à manches longues, bien ajustée au corps, faite de la même étoffe, ou peut-être d’une étoffe un peu plus solide. Leur métier, ou leur profession, c’était la mendicité. Quand notre voiture fut arrivée juste à la sortie de la ville, une demi-douzaine ou plus de ces messieurs se sont élancés à notre poursuite en criant tout en courant : « Bakchich » (donnez-moi un sou), « bakchich, bakchich ».

Notre guide, qui était assis à côté du cocher pour tout nous montrer et nous expliquer, nous a mises en garde : il ne fallait rien donner à ces messieurs. Il a dit que si nous les encouragions le moins du monde, ils nous importuneraient tant que nous ne pourrions plus nous en débarrasser.

Mais c’est qu’ils étaient si polis, ils s’inclinaient avec tant de grâce, ils couraient si joliment, et ils se tapotaient le ventre et ouvraient la bouche pour dire qu’ils avaient faim et que leur estomac était vide ; et ils me faisaient pitié. Le guide a vu que je m’étais plutôt entichée d’eux, et il m’a surveillée de près pendant un moment ; mais il a tourné la tête, pensant que j’étais bel et bien convertie après tout ce qu’il avait dit et expliqué, et j’ai laissé tomber quelques sous pour ces pauvres gens — environ cinq cents de notre monnaie — et je n’ai jamais vu ni entendu pareille ruée ni pareils cris. Alors j’ai vraiment eu un peu peur. Il a dit : « Je vous avais bien dit que si vous leur donniez quelque chose, vous seriez importunées. »

La pauvre Mlle Drake ne savait pas ce que j’avais fait ; elle a déclaré qu’elle ne leur avait pas donné un centime ; et moi, j’essayais de prendre un air étonné et absent. Elle a dit : « Leur avez-vous donné quelque chose, Amanda ? »

« Oh ! j’ai seulement jeté quelques sous », ai-je répondu.

Le chat était donc sorti du sac ; et bien que nos chevaux allassent déjà bon train, notre cocher les a fouettés, et nous sommes allés plus vite ; et ces messieurs ont pressé l’allure, et ils nous ont suivis plus vite, mais ils le faisaient avec tant de grâce et de beauté !

« Eh bien, ai-je pensé, cette fois, c’est fait. »

Finalement, ils ont commencé à abandonner un à un, jusqu’à ce qu’il n’en restât plus que deux ; ceux-là nous ont accompagnées jusqu’aux pyramides, et ont offert de grimper jusqu’au sommet pour six pence, si nous voulions les leur donner. Je trouvais que cela valait bien ce prix de grimper au sommet de cet énorme tas de pierres, car c’est à cela que la pyramide ressemblait ; mais je ne pouvais pas faire l’offre, car j’en avais assez fait ; ils sont donc montés un petit bout et sont redescendus.

Nous en avons fait un peu le tour, et nous avons jeté un coup d’œil dans le tombeau où, disait-on, la femme d’un roi était ensevelie ; il n’y avait rien dans son aspect qui fût particulièrement intéressant.

Puis j’ai vu le grand sphinx. Je m’étais souvent demandé ce que c’était ; mais maintenant ma curiosité était satisfaite. Nous sommes restées environ deux heures, puis nous sommes rentrées à Alexandrie, et à deux heures de l’après-midi nous sommes parties pour Suez.

Suez, Égypte. L’hôtel où nous étions descendues était tenu par un Anglais, et la plupart des clients étaient anglais. Je n’ai eu aucune difficulté

à cause de ma couleur ; tout le monde se conduisait naturellement et avec bon sens.

Au dîner, j’ai remarqué deux messieurs assis en face de nous ; leurs visages m’étaient familiers. J’ai pensé que c’étaient peut-être des Américains. J’ai remarqué qu’ils me regardaient très attentivement, et comme s’ils avaient envie de me parler, mais ils ne l’ont pas fait ; et moi aussi j’avais envie de leur parler ; mais j’ai pensé : « Ce sont des étrangers ; ils ont l’air de me connaître ; mais se peut-il que quelqu’un, en Égypte, connaisse Amanda Smith ? »

J’ai dit à Mlle Drake : « Je suis sûre de connaître ces messieurs, mais je n’ose pas leur parler. »

Le lendemain matin, nous nous sommes rencontrés de nouveau, et M. Leech (car c’était le nom de l’un de ces messieurs) est venu me parler et m’a dit : « N’est-ce pas Amanda Smith ? »

« Si », ai-je dit.

« J’ai pensé hier soir que c’était vous ; à vrai dire, j’en étais tout à fait sûr ; mais après le dîner, je suis allé au bureau, j’ai regardé le registre et j’ai vu votre nom. » C’étaient deux pasteurs de Newcastle-upon-Tyne ; l’un presbytérien, et l’autre congrégationaliste. Tous deux m’avaient aidée dans les réunions que j’avais tenues à Newcastle, dans la salle de M. Lambert. Je les ai présentés à Mlle Drake, et ils ont été si aimables qu’ils nous ont rendu le séjour très agréable.

Ils étaient allés à Alexandrie, et se trouvaient maintenant à Suez, sur le chemin du retour en Angleterre. Ils faisaient ce petit voyage de deux ou trois semaines pendant leurs vacances. Ils nous ont parlé de la grande école mahométane d’Alexandrie, qu’ils avaient visitée, qui compte huit cents étudiants, tous occupés à étudier le Coran. C’est le plus grand collège du monde où tous les étudiants étudient une seule chose. Ils ont dit que c’était un spectacle extraordinaire de les voir ; ils sont tous assis sur des nattes, par terre (rien que des hommes ou des garçons), et ils se balancent d’avant en arrière en étudiant à haute voix, si bien que le vacarme est effroyable ! Ils sont censés apprendre par cœur le Coran tout entier. Comme j’aurais aimé voir cette école ! Mais nous n’avions guère de temps. Ce fut donc l’une des choses que nous avons manquées.

Ces messieurs dont j’ai parlé ont passé une journée avec nous avant l’arrivée de leur vapeur ; ils sont donc sortis avec nous et nous ont fait voir différents endroits. Ce qui m’a beaucoup intéressée, c’est leur façon d’irriguer. Je n’avais jamais rien vu de pareil auparavant.

Il y avait de grandes parcelles de terre tracées à perte de vue. Il y avait des pompes à l’ancienne, comme on en avait il y a cent ans, je suppose ; puis il y avait de longues auges de bois qui menaient aux rigoles, espacées d’environ cinq et dix pieds ; on pompait l’eau dans ces auges, et elle coulait et remplissait toutes les rigoles ; puis les femmes et les enfants se tenaient de chaque côté des plates-bandes et, avec leurs mains, lançaient l’eau, et arrosaient ainsi les plates-bandes. Oh ! que c’était pénible et fastidieux ! Mais ils n’avaient jamais pensé à faire autrement que leurs pères. C’était tout ce qu’ils tenaient à savoir.

Les oignons, les salades et le cresson qu’on faisait pousser dans ces jardins étaient bien verts et beaux. Comme mon cœur s’est tourné vers Dieu dans la prière pour la pauvre Égypte ! Dieu seul peut changer le cœur de ces gens d’ici, et faire fleurir le désert comme un narcisse. Seigneur, une fois encore, envoie la lumière et le secours à l’Égypte !

Quand Dieu eut appelé Jésus hors d’Égypte, loin de la colère du roi Hérode, et que la lumière se fut éteinte, les ténèbres s’abattirent sur l’Égypte, et elles y demeurent encore. Si la lumière qui est en toi est ténèbres, combien seront grandes ces ténèbres!

Notre vapeur était attendu à Suez le jeudi, mais il n’est arrivé que le dimanche. Nous avons eu ces jours-là à attendre. J’en étais plutôt contente, car je crois que je n’avais jamais été aussi fatiguée de ma vie. Mais, malgré tout, si nous avions su que le vapeur n’arriverait que le dimanche, nous aurions pu monter à Jérusalem. Ces messieurs nous ont dit que nous aurions pu y aller en vingt-quatre heures par la diligence.

Des groupes y montaient souvent par cette voie ; mais ils prenaient toutes leurs dispositions un jour ou deux à l’avance ; c’est ce que nous aurions pu faire, et nous aurions été de retour le samedi soir. C’est le plus près de Jérusalem que j’aie jamais été, et que je serai jamais, je suppose, jusqu’à ce que j’arrive à la Jérusalem d’en haut. Cependant, rien n’est impossible, et maintenant qu’il y a là un chemin de fer, je ne serais pas surprise de me retrouver un jour dans le train qui y monte, surtout si Dieu le disait.

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