Chapitre 23 · 45 min de lecture · 58 min d’écoute
L’Écosse, Londres et l’appel pour l’Inde
Ce fut, je crois, en septembre 1878. J’avais rencontré Mlle Amars, de Galishields, en Écosse, à la conférence de Keswick. C’était une dame de haute naissance, une Écossaise typique ; et je crois n’avoir jamais rencontré de dame plus entièrement consacrée, plus oublieuse d’elle-même. Sa mère, elle aussi, était une chrétienne fervente et une fidèle inébranlable de l’Église d’Écosse. Mlle Amars tenait une grande réunion de mères et faisait tout ce qu’elle pouvait, de toutes les manières, pour aider les pauvres. Et comme c’était une dame d’une grande influence, qui la mettait au service de Dieu, elle faisait beaucoup de bien.
On la consultait d’ordinaire lorsqu’un évangéliste devait venir dans la ville ; elle lui accordait son appui et se jetait tout entière dans l’œuvre pour l’aider de toutes les manières, en visitant les gens et en les invitant. Il y avait une grande salle où se tenaient des réunions d’évangélisation tous les dimanches et pendant la semaine. Aussi, lorsque Mlle Amars fut rentrée chez elle après la conférence de Keswick, où elle avait reçu une onction nouvelle de l’Esprit, elle se mit aussitôt à l’œuvre et prépara le chemin pour ma venue.
C’était merveilleux, car les presbytériens écossais sont si conservateurs ; et qu’une femme parlât devant une assemblée mixte d’hommes et de femmes, cela ne se concevait pas en Écosse. Quoi qu’on fît en Angleterre ou aux États-Unis, en Écosse on ne pouvait se risquer jusque-là.
Le frère qui avait la charge des réunions d’évangélisation dans la salle était plus large d’esprit que la plupart des frères ; et puis, connaissant Mlle Amars comme il la connaissait, il ne pouvait guère lui opposer un refus lorsqu’elle lui parla de moi. Il consentit à me laisser parler dans sa salle. Je m’y rendis au moment convenu. On m’avait trouvé l’hospitalité dans une maison fort agréable, tout près de la salle, car eux-mêmes habitaient assez loin.
Naturellement, pour commencer, j’étais une vraie curiosité. La salle était comble. Elle pouvait contenir environ trois cents ou quatre cents personnes. Lors des deux premières réunions, je vis qu’ils craignaient un peu que je ne sache pas ce que j’allais faire. Mais je fus prudente et réfléchie, et le Seigneur m’aida merveilleusement. Au moment où je tins la troisième réunion, on n’aurait pu deviner, à leur attitude et à la cordiale collaboration écossaise et à la sympathie avec lesquelles ils me soutenaient, qu’ils n’avaient pas été habitués toute leur vie non seulement à entendre prêcher des femmes, mais des femmes noires.
Chaque soir, il y avait des foules. Beaucoup devaient repartir ; ils ne pouvaient pas entrer. Le Seigneur me donna une grande liberté pour parler de lui, et beaucoup, pendant les réunions, déclarèrent avoir trouvé la paix en croyant. Les trois premiers soirs, je m’adressai plus directement aux croyants ; je voyais qu’ils étaient pleins de la connaissance de la vérité, ce qui est un trait marqué du peuple écossais. Ils connaissent leur Bible ; mais ils ont besoin de connaître le Saint-Esprit, pour qu’il vivifie la Parole et lui donne vie et puissance.
Un soir, à la fin de la réunion, un bon vieux frère me dit doucement, avec son bel accent écossais : « Sœur Smith, je crois que vous feriez mieux de parler davantage aux pécheurs. »
« Oui, dis-je, mais vous savez qu’il y a beaucoup de pécheurs en Sion, et je veux qu’ils se réveillent. »
Je remarque souvent que, lorsque la vérité touche juste, quelqu’un tient beaucoup à ce que vous vous en preniez aux pauvres pécheurs. C’est généralement le signe qu’il voudrait qu’on le laisse tranquille. Mais quand c’est le Seigneur qui conduit, tout va bien.
Un matin, une dame vint s’entretenir avec moi du grand salut. Elle connaissait bien sa Bible, elle était un membre fidèle de l’Église, et cela depuis des années ; mais elle n’avait aucune assurance d’avoir jamais été convertie. Tandis qu’elle me décrivait son état, en larmes, je demandai au Saint-Esprit de m’aider ; et pendant que je lui parlais, le Seigneur fit entrer la lumière dans son cœur ; et là, dans le salon de Mme Amars, le Saint-Esprit rendit témoignage à son cœur qu’elle était née de Dieu. Nous nous agenouillâmes ensemble, et pour la première fois de sa vie elle ouvrit la bouche pour prier et remercier Dieu de sa grande miséricorde, et, avant de partir, elle témoigna devant la famille qu’elle avait l’assurance de son salut. Gloire au Seigneur ! Ce fut une merveilleuse victoire.
Ma dernière réunion eut lieu dans l’une des chapelles. Il y eut une grande foule, et bien que ce fût un matin de semaine, vers neuf heures, la chapelle était presque comble. Oh, quel temps béni nous eûmes !
Si j’avais pu rester plus longtemps, d’autres lieux m’étaient ouverts. C’était un premier coin enfoncé. On n’avait jamais rien vu de tel qu’une femme parlant à une assemblée mixte, et que cela se fît dans la salle était déjà remarquable ; mais qu’une chapelle ouvrît ses portes, c’était une véritable rupture avec l’usage. Telles furent quelques-unes des œuvres du Seigneur dans la belle Écosse.
Pendant que j’étais là-bas, comme l’hiver approchait, et que c’était mon premier hiver en Angleterre, j’avais besoin d’un manteau, et j’y avais réfléchi. Je devais envoyer de l’argent chez moi à ma fille, et je ne voyais pas comment je pourrais épargner de quoi m’acheter un manteau. Alors je priai, et je demandai au Seigneur d’ouvrir un chemin pour que je puisse avoir une jaquette, ou quelque chose de chaud, pour l’hiver. Un manteau doublé de fourrure, voilà ce que j’aurais aimé avoir ; mais ils coûtaient quatre, cinq et six guinées, et je savais que je ne pouvais pas me permettre de payer cela. Personne ne savait que ces pensées étaient dans mon esprit, sinon le Seigneur. Mlle Amars et Mlle Knowles, son amie venue d’Angleterre, proposèrent de m’emmener passer une journée à Édimbourg. Comme les réunions n’avaient lieu que le soir, je pouvais aller où je voulais pendant la journée. Édimbourg était à environ une heure et demie de train de Galishields. J’étais très heureuse d’y aller.
C’était une belle matinée. Nous partîmes vers huit heures. J’avais lu des choses sur John Knox et sur la persécution que lui fit subir Marie, reine d’Écosse, et je pensais que j’aimerais voir la maison où il avait vécu, car j’avais entendu dire qu’elle était encore debout.
Dès que nous fûmes arrivées à Édimbourg, ces dames me dirent : « Nous voudrions faire quelques achats avant d’aller visiter. » Elles me demandèrent si j’aimerais entrer dans le magasin. Je répondis : « Oh, oui. »
Elles avaient projeté de m’acheter un manteau, mais je ne le savais pas. Elles m’emmenèrent donc dans l’un des grands magasins, au rayon des manteaux, et avant que j’aie compris quoi que ce soit, elles se mirent à m’essayer des manteaux. Je retins mon souffle ; car je pensais que ce n’était pas possible, que j’allais avoir un manteau de fourrure. Mais Mlle Knowles me dit qu’elle voulait m’offrir un manteau de fourrure. Et elles m’achetèrent ainsi un fort joli manteau qui coûtait six guinées. Ma foi ! je sortis de là sur mon trente-et-un !
Ensuite, il s’agissait de voir la maison de John Knox ; pour apercevoir cette vieille demeure, nous remontâmes High Street et entrâmes dans la célèbre Canongate. C’est le meilleur chemin. De part et d’autre se dressent de hautes et vieilles maisons étranges, et parmi elles l’étroite demeure de John Knox ; un bâtiment d’aspect bizarre, attenant à une église ; il y avait
des marches qui montaient par l’extérieur, des marches de bois à l’air branlant. Une enseigne pendait au-dehors, avec le portrait de John Knox dans l’attitude de la prière. Je m’arrêtai pour la regarder, et je pensai : « Est-il possible qu’après toutes ces années Dieu ait permis à quelqu’un comme moi de se trouver sur le sol même où cet homme a marché, et de s’arrêter devant sa maison pour la regarder ? » Et je pensai à ce que Dieu avait fait par cet homme puissant dans la foi et la prière, et à la faveur qu’il m’avait accordée en me donnant un tel privilège.
Puis nous visitâmes Saint-Giles et la vieille abbaye, le palais de Holyrood et le château. Le palais est ouvert aux visiteurs et renferme bien des objets intéressants. Parmi eux se trouvent les appartements de l’infortunée reine Marie. En parcourant ces appartements et en écoutant les explications sur leurs différentes parties, je fus extrêmement intéressée ; ils étaient d’un style ancien comparé à ce qui se fait aujourd’hui, et pourtant les restes de la grandeur et de la splendeur y étaient. Le lit où dormait la reine, avec ses dentelles et ses rideaux, était, disait-on, tel qu’autrefois.
De là nous allâmes au musée. Parmi les choses intéressantes que nous y vîmes, il y avait le cadre de la chaire où prêchait John Knox. C’est là que je vis pour la première fois des ceps. J’avais lu que Paul avait eu les pieds pris dans les ceps en prison, mais je n’avais jamais su ce que cela voulait dire avant de les voir à Édimbourg. Une autre chose que nous y vîmes était un tabouret, lié à un incident à la fois historique et amusant. Lorsque la liturgie de l’archevêque Laud fut introduite en Écosse, l’extrémité sud du transept, qui servait d’église paroissiale, fut le théâtre de cet incident. L’évêque d’Édimbourg y célébrait le culte selon la forme prescrite par Laud. Il venait de demander au doyen de lire la collecte du jour, lorsqu’une femme nommée Jennie Geddes tenta de l’arrêter en lui lançant à la tête le tabouret sur lequel elle était assise. Il l’esquiva, mais le coup fut fatal à l’effort pour imposer l’épiscopat à l’Écosse réformée.
La principale curiosité d’Édimbourg est le château. Il se dresse au sommet d’une colline élevée et escarpée, et domine la ville et la campagne environnante. Que de choses j’appris de tout ce qu’on me raconta à leur sujet ! Les dames écossaises, tout comme les Anglaises, connaissent si bien l’histoire de leur pays qu’elles peuvent raconter avec aisance presque n’importe quel événement de n’importe quelle époque. Je n’avais jamais rencontré personne qui sût le faire d’une manière aussi satisfaisante qu’elles le firent pour moi. Si seulement ma mémoire avait pu retenir ce qu’elles me dirent, j’aurais amassé une jolie petite réserve d’histoire. Tous les fragments
d’histoire que j’avais lus me furent expliqués encore et encore. Comme tout cela était beau, et quel agréable moment !
Tout cela m’intéressait beaucoup, tandis que ces dames décrivaient et expliquaient les choses au fur et à mesure. Elles connaissaient bien les noms, et je les connaissais assez bien moi-même, à force de les entendre si souvent là-bas, et je pensais que je ne les oublierais jamais. Mais après avoir eu si souvent la fièvre africaine, je trouve que ma mémoire est bien faible, et je regrette tant d’avoir oublié les noms de tant de lieux et de choses.
Il était alors midi, et Mlle Knowles proposa que nous allions à la YMCA. Elle avait un désir tout particulier d’y aller pour se tenir une fois de plus à l’endroit où elle s’était levée pour la première fois, lors des réunions que tenait M. Moody, et s’était décidée pour Christ.
C’était une belle jeune fille, d’une haute position, ayant à portée de main tous les plaisirs et toutes les jouissances du monde, et fort admirée comme femme du monde ; et lorsque M. Moody tenait des réunions à Édimbourg, elle pensa qu’elle irait l’entendre. Elle était alors en visite en Écosse. Elle habitait Southport, en Angleterre. Et tandis que M. Moody poursuivait son discours, l’Esprit du Seigneur la saisit, et elle livra pleinement son cœur à Dieu ; et dès cette heure-là elle renonça à tout ce qui semblait lui être si cher, comme dirait le monde. Mais elle n’eut jamais un regret. Elle s’en détourna aussitôt, sans un regard d’attachement en arrière. Que c’est beau ! Elle venait souvent dans ma chambre me demander de prier pour elle. Que de fois nous nous sommes agenouillées pour prier ensemble !
« Quand nous consentons à nous séparer de tout,
Il nous donne sa largesse : son amour dans notre cœur. »
Louez-le, louez-le, Jésus, notre merveilleux Rédempteur.
Nous entrâmes donc dans la salle. Il n’y avait pas de réunion ce jour-là. Mlle Knowles me conduisit à l’endroit et me montra où elle s’était assise et où elle s’était levée, à l’endroit même. Son visage rayonnait de lumière et de joie, comme si elle revivait tout cela. Et comme elle remercia et loua le Seigneur de lui avoir donné le courage de faire ce pas ce jour-là !
Puis nous rendîmes visite à des amis et prîmes un déjeuner élégant ; et après cette belle journée de visites, nous rentrâmes à Galishields, et après un peu de repos nous repartîmes pour la réunion. J’étais très fatiguée, mais le Seigneur nous accorda une grande bénédiction ce soir-là dans la réunion.
Dimanche 8 novembre 1878. Mon premier dimanche à Londres. Je vais à la chapelle Wesley, et, oh, voir quelqu’un prier en lisant dans un livre, dans l’Église méthodiste, c’était si différent de tout ce à quoi je m’étais jamais attendue. Je n’oublierai jamais le texte ni le sermon. Tout paraissait si formaliste et si mort, comparé à ce dont j’avais l’habitude dans nos Églises méthodistes d’Amérique. Même la façon dont les gens étaient assis semblait formaliste ; ou, en d’autres termes, cela me paraissait mort. Ce qui me confirma davantage dans cette impression, ce fut quand le pasteur prit pour texte Apocalypse 14:13 : « Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur! Oui, dit l’Esprit, afin qu’ils se reposent de leurs travaux, car leurs œuvres les suivent » ; et je me dis : « Je suppose qu’il va y avoir une oraison funèbre. » Et je pensais qu’il ferait quelque allusion à la personne décédée, bien que je ne visse aucun signe de personnes que l’on pût prendre pour des gens ayant perdu des parents, si ce n’est qu’ici et là, dans l’assemblée, quelqu’un était vêtu de noir. Mais il poursuivit, et quand il eut fini, je conclus qu’il n’y avait plus qu’à les enterrer, car ils étaient tous morts, et l’oraison funèbre avait été prononcée.
Mercredi 11 décembre 1878. Le professeur Harris, de Cambridge, est passé aujourd’hui. Nous avons eu un bon moment de prière ensemble. Il m’invite à Cambridge.
Mardi 24. J’écris un certain nombre de lettres aujourd’hui. Vers six heures, on frappe à ma porte. Une domestique vient me dire que le messager a apporté un panier pour moi.
« Non, dis-je, ce ne peut pas être pour moi. Personne ne m’enverrait un panier. Personne ne me connaît ici. C’est une erreur. »
« Si, c’est bien pour vous, Amanda Smith. »
« Non, dis-je, ce n’est pas possible. Descendez dire à cet homme que c’est une erreur. Je n’attends rien. »
La voilà donc partie. Au bout d’un moment, elle revint en riant. Elle dit : « L’homme dit que vous devez venir signer le registre. C’est pour vous. Il devait le laisser ici. »
Eh bien, je descendis, et, ô surprise, il était bien là. C’était la première fois de ma vie qu’on m’envoyait un panier de Noël. Et il était rempli des plus jolies choses de Noël que j’aie jamais eues. Je fus étonnée au-delà de toute expression. Nous nous mîmes à en sortir les choses. Il y avait un beau gâteau, de fines confiseries françaises, des amandes, des noix, des raisins secs, tout était de choix ; et sur le côté, au fond, j’aperçus un bel album, et quand je le sortis, je découvris le secret, car il y avait la photographie de Mlle Morris et une lettre, avec ses compliments
de saison. Alors je sus que c’était elle qui l’avait envoyé. Comme c’était bien d’elle de penser aux besoins de chacun, et de penser à moi, une étrangère dans un pays étranger ! Je ne puis dire ce que je ressentis. Je n’ai pas de mots pour décrire ma profonde reconnaissance et mon action de grâces. Elle me rencontra d’abord à Keswick, et j’appris à l’aimer dès ce moment ; et après avoir séjourné chez elle et partagé son hospitalité, ainsi que l’amitié de sa sœur, Mlle Anna, et de Mme Richard Morris, je ne l’oublierai jamais. Que Dieu bénisse à jamais sa mémoire.
Une fois, à Londres, un jeune vicaire vint s’entretenir avec moi. Il voulait me convaincre au sujet de la transsubstantiation. Il dit qu’il était un assez bon membre de la Haute Église. Il dit que les dissidents se trompaient. Il croyait que certains d’entre eux étaient de braves gens, et c’était tellement dommage qu’ils se trompent autant dans leurs vues ou leur connaissance au sujet de la sainte cène.
« Voyez-vous, dit-il, vous prenez le vin et le pain au sens figuré, mais ne savez-vous pas que vous devez les prendre comme le corps réel et littéral de Jésus et le sang de Jésus ? Mais votre foi doit les prendre de telle sorte qu’ils soient réellement changés, au moment même où on les prend, en corps réel du Seigneur Jésus et en sang réel. »
Eh bien, je ne pouvais pas le comprendre. Il expliqua, expliqua et expliqua encore ! Je lui dis que je ne pouvais pas voir les choses ainsi. Alors il entreprit, d’une manière fort recherchée, de produire des illustrations et des preuves pour démontrer et prouver. J’écoutai. Il me parla pendant deux heures.
Je ne savais plus quoi dire, ou du moins je sentais que je ne voulais rien dire, car j’étais vraiment fatiguée et toute cette affaire me semblait n’être que du charabia ; mais je restais patiente, et je priais le Seigneur de me donner la grâce de me tenir tranquille. Finalement, après une grande explication, je lui dis : « Oh, c’est ainsi que vous le comprenez. »
Alors il rapprocha sa chaise, croyant m’avoir parfaitement convaincue, pour formuler sa conclusion finale.
« Eh bien, lui dis-je, il n’y a qu’une seule chose là-dedans qui me soit difficile. »
« Et qu’est-ce donc, madame Smith ? » demanda-t-il, d’un tel air de suffisance, comme s’il pouvait bientôt la dissiper.
« Eh bien, il m’a toujours été si difficile de croire ce que je sais n’être pas vrai. »
Ma foi ! il en resta foudroyé !
« Eh bien, dit-il, madame Smith, je suis bien peiné de penser qu’une brave femme comme vous soit dans l’erreur ; mais je reviendrai
m’entretenir de nouveau avec vous ; j’aime parler avec vous. Parfois, quand je parle à certaines personnes, elles ont l’air de se lasser et de s’irriter ; mais vous, vous êtes si patiente et si calme. »
Je le remerciai très aimablement, et il s’en alla. Alors je me mis à genoux et je dis : « Oh, Seigneur, Seigneur, ne laisse jamais plus cet homme revenir, car je ne veux plus parler ; je suis fatiguée. Amen. »
« Eh bien, pensai-je, si vous saviez à quel point j’étais écœurée au-dedans, vous penseriez que je me suis irritée, de toute façon. »
Ainsi le bon vicaire ne revint jamais, et je fus libre.
Je rencontrai bien des choses étranges en divers endroits d’Angleterre, des vues étranges de toutes sortes. Je ne sais si c’est pire là-bas qu’ici, mais les -ismes et les schismes et les fanatiques — mon Dieu, où n’y en a-t-il pas ? Ils sont comme les mouches et les grenouilles d’Égypte, partout ; mais ceux qui se confient en l’Éternel seront comme la montagne de Sion: elle ne chancelle point.
Le 9 août 1879, je quitte Keswick pour Darlington avec Mlle Fothergil. Mlle Fothergil a une très grande et très intéressante classe biblique de jeunes gens. C’est une grande ouvrière et une organisatrice d’œuvres chrétiennes. À neuf heures du matin, nous nous rendîmes donc à cette classe biblique. Je suppose qu’il y avait deux cents hommes. Naturellement, d’autres ouvriers y étaient employés comme aides. C’était un beau spectacle de voir ces hommes — des ouvriers — tous occupés à étudier la Parole de Dieu pendant une heure le dimanche matin.
À onze heures, nous assistâmes à la réunion des Amis, dans leur maison de réunion ; ni chant, ni prière, ni prédication, à moins que l’Esprit ne pousse quelqu’un. Mais je me sentis tout à fait à l’aise, assise là en silence.
Lundi 11 août. Je quitte Darlington aujourd’hui pour la conférence de Broadlands, chez lord Mount Temple. Comme j’avais été déçue de ne pas pouvoir y aller l’année précédente, lord Mount Temple fut très aimable : lorsque je tenais des réunions à Charington Hall, à Stepney, à Londres, il vint un soir à la réunion avec plusieurs de ses amis, et il m’invita personnellement à venir à la conférence l’année suivante. Il sembla bien que, cette fois encore, je serais empêchée d’y aller, comme je l’avais été auparavant. Mais mon cher ami, M. Edward Clifford, était si sûr que le Seigneur voulait que j’y aille, qu’il ne cessait de m’écrire et de me presser de venir ; et j’étais bien persuadée qu’il ne se trompait pas.
Je fus reçue royalement chez lord Mount Temple. Et Dieu me donna de trouver faveur auprès des gens, et m’accorda une grande bénédiction dans
le chant et le témoignage. Bien que tout, dans les réunions, se fît d’une manière très différente de celle à laquelle j’étais habituée en Amérique, le Seigneur sembla pourtant me faire passer au travers.
Je me souviens du premier jour de la réunion. C’était une belle journée, et il y avait une grande foule ; et comme nous revenions de la belle orangerie, la salle où se tenait la réunion, et entrions dans la maison pour le dîner, tandis que je me tenais dans le grand et vaste vestibule, où les dames et les messieurs attendaient de passer à table, lady Mount Temple descendit l’escalier, vint à moi, me jeta les bras autour du cou et m’embrassa devant tout le monde.
Je fus un peu embarrassée, quoique je sentisse que c’était sincère. Mais personne ne put savoir si je rougissais ou non, ni si j’étais vraiment embarrassée ; vu ma couleur, ils ne pouvaient s’en apercevoir. Voilà au moins une bonne chose : je n’ai rien du caméléon !
Puis, quand nous fûmes prêts à passer à table, lord Mount Temple vint à moi et me dit : « Madame Smith, prenez mon bras. » Et nous ouvrîmes la marche vers la salle à manger.
Ma foi ! pensai-je. C’était la première fois de toute ma vie qu’un monsieur me conduisait à table en si grand style.
Le dîner, j’avais toujours réussi à m’y rendre sans l’aide de personne ! Mais enfin, c’était l’usage. Je découvris bientôt que c’était la coutume en Angleterre, car bien des fois par la suite j’eus cet honneur, et le même honneur m’a aussi été fait en Amérique.
Comme je me souviens bien de la première fois ! C’était lorsque le Dr Newman, aujourd’hui l’évêque Newman, était pasteur de l’Église métropolitaine de Washington, et que frère Inskip tint cette grande réunion sous la tente ; j’étais à cette réunion. Le Dr Newman invita frère Inskip à tenir leur service de clôture dans son église. Ce qu’ils firent. On avait organisé une réunion à neuf heures du matin, dans la salle de conférences, pour les dames ; à midi, les pasteurs étaient invités à une réunion en haut, dans la grande salle de culte, et le soir frère Inskip prêcha. Puis ils partirent le lendemain matin.
Le lendemain, Mme Newman m’invita à dîner chez eux. Je m’y rendis à l’heure convenue. Mme Newman fut très aimable, et après que je fus montée déposer mes affaires, nous descendîmes dîner. Frère McDonald et quelques autres frères étaient aussi invités. Quand nous fûmes descendus au salon, le Dr Newman vint me dire : « Prenez mon bras, madame Smith » ; et nous ouvrîmes la marche ; et il me donna la place d’honneur, à sa droite.
Comme je me souviens bien de l’agréable moment que nous passâmes, et de l’excellent dîner ! Quel esprit doux et paisible semblait régner dans leur foyer à cette époque ! Le dîner terminé, nous restâmes à table à causer. Le Dr Newman me dit : « Voyez, Amanda, voici notre William » (il parlait du maître d’hôtel, un homme de couleur) ; « nous nous intéressons beaucoup à notre William ; il n’est pas converti, et je voudrais que vous lui parliez. J’ai enterré sa sœur il y a environ une semaine. C’était une bonne chrétienne. Et William devrait se convertir. »
Alors je me tournai vers William et me mis à lui parler. Nous causâmes un moment, et William restait debout, l’air très sérieux ; puis le Dr Newman proposa que je chante, et frère McDonald suggéra ce qui lui semblait convenir, et nous nous joignîmes tous pour chanter.
Juste au milieu de notre chant, la sonnette retentit, et William dut aller ouvrir. Quand il revint, il parla à Mme Newman et lui dit qui c’était ; Mme Newman passa au salon, et peu après elle revint, amenant avec elle une dame qu’elle présenta comme son amie, Mme C. J’avais rencontré Mme C. la veille. Mme Newman me l’avait présentée et m’avait dit qu’elle cherchait le Seigneur. Quand elle fut assise, le Dr Newman dit : « Maintenant, Amanda, je crois que vous feriez bien de nous chanter encore un morceau. » On proposa donc autre chose, et nous nous joignîmes pour chanter.
Pendant que nous chantions, je remarquai que Mme C. avait peine à maîtriser son émotion. Je savais que l’Esprit du Seigneur avait saisi son cœur. Alors le Dr Newman dit : « Nous allons maintenant avoir un moment de prière. »
Et là, dans la salle à manger, nous nous agenouillâmes simplement et priâmes à tour de rôle ; chacun pria. Et quand vint mon tour, il me sembla que je n’avais jamais été autant aidée dans la prière. Je priai surtout pour cette dame. Je sentais que Dieu la bénirait. Effectivement, quand nous nous relevâmes, son fardeau avait entièrement disparu et elle était heureuse. Elle m’écrivit une belle lettre pendant que j’étais en Afrique, et me dit que la bénédiction qu’elle avait reçue ce jour-là lui était restée ; et que, bien qu’elle eût traversé beaucoup d’épreuves, elle n’avait jamais perdu la paix et la bénédiction qui lui étaient venues ce jour-là.
Je pensai alors combien il était merveilleux que Mme Newman eût fait entrer cette dame dans sa salle à manger alors que j’y étais. Je connais certaines dames qui auraient eu honte de laisser savoir que j’étais dans leur salle à manger.
Puis je descendis et fis une petite visite à la vieille
domestique. Elle aussi rendit témoignage à la bonté de Mme Newman envers eux. Elle me dit : « J’ai été au service de la mère de Mme Newman. Mlle — (l’appelant par son nom de jeune fille) a toujours été bonne. Elle n’a pas changé d’un pouce. Parfois, quand ils donnent de petites soirées et qu’il y a de la glace, une fois tous les invités partis, Mme Newman descend demander s’il est resté de la glace pour William et pour moi ; et s’il n’en reste pas, elle en envoie chercher, fût-il dix heures du soir, pour que nous ayons notre part. Cette façon de vous traiter n’est pas de la comédie. Je les connais. » Bien entendu, tout cela se passait avant que le Dr Newman fût évêque.
Jeudi 14 août. Je quitte Broadlands pour Salisbury. Le révérend M. Thwaites m’invite à venir à Salisbury tenir quelques réunions. Je fus reçue au presbytère de Fisherton.
Lundi 18. Je pars pour Eastbourne, pour la maison de repos de Mlle Mason. J’y rencontre beaucoup d’ouvriers qui sont là pour une semaine de repos, ou davantage. Comme le Seigneur est bon de m’accorder ce privilège, et ces quelques jours de calme et de repos !
Vendredi 29. Je quitte Eastbourne. Je passe la soirée avec Mlle Drake, chez le Dr Bordman, à Rochester Square, à Londres. Elle est sur le chemin du retour vers l’Inde.
Dimanche 31. M. Richard Morris organise une réunion à la YMCA. Le Seigneur me donna une grande liberté pour parler, et nous eûmes un bon moment.
Le 1er septembre 1879. Je quitte Doncaster pour la grande conférence de Perth, en Écosse. Ces réunions se tiennent chaque année et sont fort remarquables par la bénédiction qu’elles apportent. On m’avait demandé de venir une semaine avant l’ouverture de la conférence pour tenir quelques réunions préparatoires, afin d’accroître l’intérêt et la bénédiction de la conférence. Mme Gordon, de Park Hill, à Aberdeen, et Mme Douglas comptaient parmi les dames en vue de l’Église, et elles avaient pourvu à mon hébergement. Trois ouvriers chrétiens vinrent m’accueillir à la gare. Quand je descendis du train, ils vinrent droit à moi, et furent si cordiaux et si aimables que je me sentis tout de suite chez moi avec eux. Ils ne vous laissent jamais rien porter ; ils prennent votre sac de voyage et s’occupent aussitôt de vos bagages, si bien que tout vous est rendu facile. Pour cela, je loue toujours le Seigneur.
Je remarquai qu’ils avaient des paquets de prospectus et qu’ils en distribuaient à tout le monde. Je dis donc : « Vous vous efforcez de faire une bonne publicité. »
« Oh, oui, dirent-ils : les gens sont très difficiles à faire venir à une réunion d’évangélisation. »
« Vraiment ? dis-je. Je croyais que les Écossais venaient nombreux. »
« Le fait est, madame Smith, que nous autres, nous avons tant eu l’Évangile que nous y sommes devenus insensibles, je crois. Quand un évangéliste vient, il doit toujours travailler une semaine avant que les gens s’y intéressent et viennent en nombre. Il ne faut donc pas vous décourager, madame Smith. M. Scrogey, d’Irlande, est venu ici il y a quelque temps, lui qui attire toujours plus de monde que quiconque, et pourtant il a fallu une semaine avant qu’un intérêt marqué se manifeste dans les réunions. Les gens étaient si lents à venir. »
« Vraiment. »
« Nous avons une petite salle, qui peut contenir une centaine de personnes, et nous avons pensé commencer par là ; ensuite, si les réunions grandissent, nous avons tout près une salle plus grande ; elle contient environ trois cent cinquante personnes. »
« Oh, mon Dieu, dis-je, je croyais que les Écossais étaient des gens d’une grande foi ; mais vous n’avez de la foi que pour deux cents personnes. Il faut faire mieux que cela. »
Ils rirent et dirent : « Mais, madame Smith, vous ne connaissez pas les gens. »
« Non, dis-je, mais je connais le Seigneur, et il dit : “Demandez largement.” »
« Eh bien, dirent-ils, nous verrons ce soir. »
« Ils ne savent pas, pensai-je, que je suis le tableau d’affichage de Dieu, et qu’être ne serait-ce qu’un poteau indicateur pour Dieu a sa récompense. Mais je ne le leur dirai pas. Nous verrons. »
Tandis que nous marchions, ils me dirent donc, comme pour me préparer et m’encourager : « Bien sûr, madame Smith, vous ne serez pas embarrassée, car on ne laissera entrer que des femmes à la réunion. »
« Pourquoi ? »
« Eh bien, nous avons supposé que vous n’aviez pas l’habitude de parler devant des hommes ; aussi on ne laissera entrer aucun homme. »
« Oh, dis-je, cela ne me gêne pas du tout de parler devant des hommes. Dans certains de nos camp-meetings en Amérique, j’ai parlé à deux et trois mille personnes — hommes et femmes, filles et garçons, jeunes et vieux. »
Ils furent étonnés au-delà de toute mesure. Aussi n’en dit-on pas davantage sur ce sujet.
Le soir venu, nous allâmes à la salle. Elle était pleine à craquer ; et il y avait du monde tout autour de la porte et le long de la rue, si bien que je ne pus pas du tout entrer. On me conduisit dans une maison voisine pour attendre
qu’on éclaire la grande salle, ce qui prit une vingtaine de minutes, jusqu’à ce que tout fût en ordre. Alors j’entrai.
En descendant l’allée, je vis que trois hommes s’étaient glissés à l’intérieur, et qu’ils se penchaient en avant pour que je ne les voie pas ; et je fis semblant de rien. Les pauvres ! Ils s’attendaient à tout instant à ce qu’on leur dise de sortir, et ils y étaient tout prêts ; ils seraient sortis sur un mot.
Je continuai, j’annonçai mon cantique et j’ouvris la réunion ; après la prière, je commençai mon allocution. Je ne fis aucune allusion aux hommes et ne dis pas un mot de ce dont j’avais l’habitude en Amérique. À mesure que je parlais, les hommes commencèrent à se redresser et à s’asseoir droit. Ma foi ! je n’oublierai jamais leurs visages. Ils avaient l’air heureux. Le Seigneur m’aida à parler.
Le lendemain soir, six hommes entrèrent. Je poursuivis sans rien leur dire du tout. Le troisième jour, deux dames vinrent me voir. Elles s’intéressaient beaucoup à la réunion, elles étaient fort riches, et c’étaient elles qui assuraient la plus grande partie des finances de la mission. Elles furent vraiment très bonnes pour moi. C’étaient deux sœurs, demoiselles. Elles vinrent donc dans leur voiture pour me protéger, et veiller à ce que je ne sois pas importunée par des hommes qui entreraient. Quand nous arrivâmes à la salle, il y avait sept ou huit hommes. Je vis que ces dames avaient l’air sévère et surpris. Je poursuivis, et j’ouvris la réunion par un cantique entraînant ; et les Écossais savent chanter, croyez-moi. Puis je demandai à quelqu’un de diriger la prière ; une des ouvrières le fit, mais d’une voix très faible. La pauvre, je savais que c’était une lutte ; heureusement, ce ne fut pas long. Nous nous levâmes donc, et j’annonçai le cantique suivant.
Pendant qu’ils chantaient, je remarquai beaucoup de chuchotements discrets et d’agitation ; ces bonnes dames étaient très nerveuses ; cela m’amusa beaucoup. Juste avant que je commence mon allocution, l’une d’elles me dit : « Voyez, madame Smith, il y a ces hommes ; et ils savent très bien que c’est une réunion pour les femmes seulement ; et ils savent qu’ils ne devraient pas être ici. Si vous voulez, je vais leur parler et les faire sortir. »
« Oh, non, dis-je, cela ne me gêne pas ; je pense qu’ils sont venus avec leurs femmes ; j’ai vu un homme apporter le bébé et le donner à la mère ; et s’ils se tiennent bien, tout va bien ; je veux parler aux femmes de leur âme et de leur salut ; et c’est aussi ce dont les hommes ont besoin. »
« Alors ça ne vous gêne pas que les hommes soient là ? »
« Pas le moins du monde », dis-je. Et elle se rassit, agréablement surprise ; et je n’eus plus aucun ennui au sujet des hommes qui venaient à la réunion avec les femmes. Ils semblaient vraiment contents. Ils me serraient la main en disant : « Que le Seigneur vous bénisse », et ils souriaient, et je suppose qu’ils pensaient que je leur avais donné la meilleure occasion qu’ils aient jamais eue d’entrer dans une réunion mixte.
Le dimanche soir de la grande conférence, dans le vaste hôtel de ville, qui contenait onze cents ou douze cents personnes, lady Hope, épouse de sir James Hope, excellente dame chrétienne, connue dans toute l’Angleterre et l’Écosse pour son œuvre chrétienne zélée parmi les terrassiers et les ouvriers, s’adressa pour la première fois de sa vie, après que j’eus chanté « Whosoever », à un vaste auditoire d’hommes et de femmes.
Ils écoutèrent l’allocution évangélique avec le plus profond intérêt. C’était une ère nouvelle dans l’histoire de l’Écosse, qu’une femme parlât devant une assemblée de ce genre, en une telle occasion. Je tins des réunions pendant une semaine après la clôture de la conférence ; et dans cette même salle, le dimanche soir suivant, cent personnes se levèrent pour demander la prière, des hommes pour la plupart, les larmes coulant sur leur visage, tout tremblants tandis qu’ils se tenaient debout. Ils ne se levaient pas pour se rasseoir aussitôt, comme nous le voyons souvent ici ; ils se levaient et restaient debout. Oh, quelle soirée ce fut ! Les ouvriers, bien qu’ils fussent très nombreux, semblaient stupéfaits et ne savaient que faire. L’Éternel des armées était avec nous et nous aida.
Je me souviens d’une chère vieille femme, coiffée d’un bonnet blanc, sa Bible ouverte sur les genoux. J’allai lui parler. Elle pleurait amèrement. Elle connaissait sa Bible presque par cœur ; il n’y avait pas une promesse que je pusse citer qu’elle ne connût. Elle dit : « Oui, madame Smith, je sais cela, et je l’ai lu et relu ; mais je n’ai jamais eu l’assurance de mon salut, et je ne sais pas si je suis sauvée. Je veux le savoir. »
« Eh bien, dis-je, Dieu veut que vous le sachiez ; et vous connaissez bien sa Parole ; mais c’est l’esprit qui vivifie ; demandez donc au Seigneur de vous donner son Esprit, et de vivifier la Parole dans votre cœur. »
« Oui, dit-elle, je crois que c’est peut-être cela. »
« Avez-vous jamais loué le Seigneur pour sa précieuse Parole ? »
« Eh bien, dit-elle, j’essaie d’être reconnaissante, mais je ne sais pas si je l’ai jamais vraiment loué. »
« Eh bien, dis-je, louez-le pour ce qu’il a fait, et confiez-vous en lui pour qu’il vous donne son Esprit d’assurance. »
Et c’est ce qu’elle fit sur-le-champ, et en peu de temps elle fut heureuse comme une jeune mariée. Ma foi ! que c’était beau ! Oh, comme le bienheureux Esprit vint dans son cœur ! il la remplit de paix et de joie. Gloire au Seigneur pour sa miséricorde !
Ensuite, le révérend M. Blank me demanda de tenir une semaine de services dans son église. Il avait un pasteur adjoint, et lui-même devait s’absenter.
C’était une chose toute nouvelle ; se trouver dans une kirk écossaise, une femme, et une femme noire : qui avait jamais entendu parler d’une chose pareille ? Mais le pasteur adjoint était un ouvrier chrétien très zélé, il prit l’affaire bien en main, et le Seigneur était avec nous. Chaque soir, l’église était comble ; il y avait des galeries tout autour, et elles étaient pleines. On chantait dans les Gospel Hymns, et puis on avait aussi le livre des Psaumes en usage chez eux. Que de chers vieillards, hommes et femmes ! Comme ils m’encourageaient ! Ils se joignaient tous à ces cantiques et chantaient de bon cœur.
Le troisième soir de la réunion, un vieux monsieur vint à moi, me prit à part et me murmura doucement, dans son bel écossais aux sonorités larges : « Madame Smith, les vieilles gens seraient bien plus contents si vous ouvriez la réunion et la terminiez par un psaume. Nous avons l’habitude de chanter les Psaumes. Les jeunes aiment les Gospel Hymns ; mais, rien que pour les plus âgés, je vous glisse cela à l’oreille. »
Puis, me donnant un petit pincement au bras, il s’éloigna. Je compris en un instant. Je ne dis rien, mais le lendemain soir j’ouvris le service en annonçant un psaume. Je n’avais jamais fait une chose pareille, je n’en avais même jamais entendu parler, et je savais à peine lequel annoncer ; mais eux les connaissaient tous, aussi je me risquai. Je crois que ce fut le psaume cent trois. En tout cas, ce fut, semble-t-il, exactement celui qu’il fallait ; et le visage de ces vieilles gens s’illumina ; ils pensèrent que j’étais la plus charmante des femmes ! Et moi qui croyais avoir déjà entendu chanter ! Mais quand j’entonnai ce psaume, ce fut la plus belle chose que j’aie jamais entendue. Je fus donc convertie sur-le-champ au chant des psaumes, sans pour autant avoir rétrogradé à l’égard d’aucun des vieux cantiques que j’avais appris au temps jadis. Et si je vivais en Écosse, j’apprendrais à chanter les Psaumes.
Nous poursuivîmes cette réunion pendant une semaine. Le Seigneur nous donna une grande bénédiction. Beaucoup d’âmes furent fortifiées et bénies, tandis que certains se décidèrent pour Christ pour la première fois.
Le 20 septembre 1879. Je quitte Perth pour Aberdeen. Dimanche
après-midi, chapelle de Park Hill, celle de M. Gordon. M. Gordon avait bâti une grande chapelle dans la ville et employait un évangéliste du nom de M. Anderson, un homme excellent et bon. Il faisait souvent venir des évangélistes pour aider M. Anderson dans les réunions. C’était donc un champ nouveau pour une femme que de travailler dans une assemblée mixte, comme c’était aussi le cas à Perth.
Et puis l’esprit des Frères de Plymouth était très fort de tous côtés. Bien entendu, le père Anderson lui-même était dans la droite ligne.
Je me souviens qu’un après-midi j’eus beaucoup de peine à entrer dans l’église ; on tenait des réunions l’après-midi, et les foules étaient tout simplement énormes. Je devais donner une lecture biblique cet après-midi-là. Le Seigneur nous avait accordé de grandes bénédictions dans les réunions du soir. Un certain nombre d’âmes déclarèrent avoir trouvé la paix en croyant. Nous eûmes des moments glorieux.
L’œuvre semblait être bénie de Dieu d’une manière signalée. Mais les bons Frères de Plymouth ne le voyaient pas du tout ainsi, parce que j’étais une femme ; non pas parce que j’étais une femme noire, mais une femme. Paul avait dit : « que les femmes se taisent dans les assemblées », et c’était une grave violation des enseignements de Paul. Ils essayaient, d’une manière aimable, de m’entraîner dans une discussion ; mais j’évitais toujours toute chose de ce genre ; car il en va comme de l’exercice corporel, qui est utile à peu de chose.
Un après-midi, alors que j’étais dans la foule à essayer de me frayer un passage, plusieurs de ces frères m’attendaient à la porte, et ils me remirent une grande épître, avec des passages de l’Écriture cités presque toutes les deux lignes. Ma foi ! ils sont terribles pour citer l’Écriture ! Je pris les lettres et, à leur surprise, au lieu de les lire avant de commencer à parler, je les mis dans ma poche et poursuivis. Leur idée était que je devais lire les lettres, et ils avaient ensuite toutes leurs questions prêtes. Mais je poursuivis simplement. Ma foi ! comme le Seigneur m’aida cet après-midi-là, et nous eûmes une bonne réunion. Je pense donc qu’ils renoncèrent à moi, dégoûtés, car je n’entendis plus parler d’eux après cela.
Et ici, laissez-moi raconter comment il se fit que je pus partir par voie de terre, et voir ainsi Paris et le continent.
Ce fut grâce à ma chère amie, Mlle Morris, et à cet homme excellent et bon, lord Mount Temple, et à mon fidèle ami, M. E. Clifford, avec qui j’avais travaillé à la conférence de Broadlands, et à Londres, chez M. Charrington, à Victoria Hall. Il avait fait une tournée en Écosse, et, apprenant que j’avais l’intention de
quitter l’Angleterre pour l’Inde, il passa par Galishields en rentrant chez lui et s’y arrêta pour me voir. Je n’oublierai jamais son inlassable bonté. Mais il me dit qu’il craignait que je ne fasse une erreur en quittant l’Angleterre, car le Seigneur m’y avait si grandement bénie ; partout où j’allais, il m’avait accordé sa bénédiction, ce qui, pensait-il, devait être une indication claire que mon œuvre en Angleterre n’était pas encore achevée.
J’en convins entièrement, car c’était vrai ; mais, au fond de mon cœur, Dieu avait mis une conviction claire ; et puis, en réponse à la prière, il avait rendu les circonstances extérieures très nettes, et je savais bien que c’était lui qui me conduisait, quoique je ne pusse l’expliquer.
Aussi, quand il vit que ma décision était prise, et quand je lui dis que Mlle Drake, la dame avec qui je partais, voyageait par voie de terre, il dit : « Allez par voie de terre, sans faute ; et il faut que vous voyiez tout ce que vous pourrez de Paris, de Rome et du continent. »
Quand il se leva pour partir, il me donna un billet de cinq livres et dit : « Voici, je vous donne ceci pour vos dépenses en chemin, afin que vous puissiez voir tout ce que vous pourrez. Vous n’aurez peut-être jamais d’autre occasion. »
C’était vrai. Je ne m’attends pas à avoir jamais une autre occasion pareille. Je le remerciai bien aimablement, mais je me dis en moi-même : « Je n’ai pas l’intention de dépenser vingt-cinq dollars à faire du tourisme. »
Nous voyageâmes d’une façon plus économique. Mais je vis ce que j’appelais bien des choses merveilleuses, grâce à la bonté de ce monsieur et d’autres amis, car j’avais demandé expressément au Seigneur de m’ouvrir un chemin pour que je puisse voir Paris et Rome, dont j’avais tant entendu parler.
Voici comment se fit mon départ pour l’Inde. J’étais à Eastbourne, en Angleterre. La chère Mlle Mason a une fort jolie maison à Eastbourne, au bord de la mer, où les ouvriers chrétiens fatigués peuvent aller pour un peu de changement et de repos, comme elle en a une à Londres. Elle m’y invita pour me reposer un peu, car j’étais lasse et j’avais besoin de changer d’air. Le prix était très modéré, et puis il y avait le secours spirituel, dont on a tant besoin. Gloire au Seigneur pour cette oasis dans le désert ! Et penser que je fusse ainsi hautement favorisée ! Mais c’est de l’Éternel que cela est venu, c’est un prodige à nos yeux.
Pendant que j’étais à Eastbourne, je reçus une lettre de mon amie, Mme Dr Bordman, à Londres. Elle disait : « Devinez qui est à Londres, et chez moi ? Lucy Drake. Elle est sur le chemin du retour vers l’Inde. Elle a été ravie d’avoir de vos nouvelles, et voudrait que vous passiez la voir en allant à Doncaster, puisque vous devez traverser Londres. »
J’avais bien connu Mlle Drake des années auparavant ; et j’étais si contente de la revoir. Je passai chez elle, et nous eûmes une bonne causerie à l’ancienne, et un moment de prière. Elle me dit qu’elle avait la conviction que le Seigneur voulait que j’aille en Inde. Je lui dis que je ne voyais pas du tout les choses sous ce jour. Elle me parla de tous ses projets et me dit de prier avec ardeur pour avoir la lumière sur mon propre chemin. « Car, dit-elle, je suis bien sûre que le Seigneur veut que vous veniez. »
« J’ai tant à faire ici, en Angleterre, dis-je, et les appels m’arrivent constamment de toutes les directions, si bien que je ne pourrais pas partir. »
« Si le Seigneur vous veut là-bas, il le rendra clair. »
« Très bien. »
Nous nous séparâmes donc. Je poursuivis jusqu’à Perth, en Écosse. Quelques jours après, je reçus une lettre de Mlle Drake qui disait : « Le Seigneur m’a montré clairement que vous devez venir en Inde, et je l’ai dit à quelques amis, et ils m’ont remis de l’argent pour vous, pour vos frais. »
« Eh bien, dis-je en lisant la lettre, Mlle Drake n’a pas besoin de faire cela, car je ne vais pas du tout en Inde. »
Je n’avais pas prié le moins du monde à ce sujet, bien qu’elle m’eût dit de le faire. Quelques jours plus tard, une lettre arriva, qui disait : « C’est merveilleux de voir comment le Seigneur répond à la prière au sujet de votre départ pour l’Inde. Le Dr Mahan vient d’arriver et m’a remis vingt livres de la part de lord Mount Temple pour vos frais. »
Et je dis, debout près de la cheminée, en lisant la lettre : « Je sais pourquoi Mlle Drake pense que le Seigneur veut que j’aille en Inde avec elle ; elle est seule, et elle n’aime pas voyager seule, et il est facile alors d’y voir la main du Seigneur ; mais peu m’importe, j’ai assez de travail maintenant sans aller courir jusqu’en Inde ; et je n’irai pas. »
Juste à ce moment, une voix sembla me dire, claire et distincte : « Tu n’as cessé de dire que tu n’irais pas en Inde, et tu n’as jamais demandé au Seigneur quelle est sa volonté. »
« C’est vrai, dis-je. Oh, Seigneur, pardonne-moi. »
Il n’y avait personne dans la salle à manger, et juste dans le coin, près de la cheminée, se trouvait un vieux fauteuil écossais à l’ancienne ; je me retournai et m’agenouillai près de lui, et, enfouissant mon visage dans le coussin, en pleurant, je priai le Seigneur de me pardonner mon impertinence, et, s’il voulait que j’aille en Inde, de me le rendre très clair et très net, et je lui obéirais, et je quitterais tout pour partir. Seulement, je voulais être sûre que c’était bien lui qui parlait.
Je ne saurais dire comment, mais tandis que j’attendais devant lui, il me rendit aussi
clair que le jour que je devais partir. Je le louai, et je me relevai, sans l’ombre d’un doute dans l’esprit.
J’avais un engagement à Aberdeen, que je voyais avoir le temps de remplir avant de partir. J’annulai mes autres engagements, en expliquant comment le Seigneur m’avait fait changer d’avis. J’écrivis à Mlle Drake pour lui dire que je viendrais, et que je voulais partir par voie de terre. Alors elle m’écrivit qu’elle avait assez de ressources si je faisais tout le trajet par mer. Je pourrais aller à Liverpool, y prendre le vapeur et la rejoindre à Suez. Je lui écrivis que je croyais que le Seigneur me laisserait partir par voie de terre, et voir ainsi Paris et Rome. Ma foi ! comme les lettres volaient !
Je poursuivis jusqu’à Aberdeen, et commençai ma semaine de services. Puis je reçus une lettre de Mme Bordman qui me conseillait de partir par mer depuis Liverpool, et d’économiser ainsi cent dollars ; mais je devais faire savoir à Mlle Drake, par retour du courrier, si je voyagerais par voie de terre ou par le vapeur de Liverpool, car elle devait télégraphier pour retenir les cabines. Après avoir lu cette lettre et y avoir bien réfléchi, je me levai, pris tout le peu d’argent que j’avais et le comptai ; il y avait quinze ou seize livres.
Je voulais envoyer chez moi, pour ma fille qui était à l’école, trois mois de pension, et cela prendrait presque tout ; et il fallait maintenant que je donne une réponse par retour du courrier. Je pris donc la lettre de Mme Bordman, ainsi que l’argent, je les étalai sur le lit, et je me mis à genoux ; et il sembla venir sur moi un esprit de désespoir et de foi tandis que je parlais au Seigneur. Je dis : « Seigneur, tu connais mon cœur ; tu sais combien j’ai désiré voir ces grandes villes et le continent. Et maintenant, bien qu’il en coûte davantage d’aller par voie de terre que de faire tout le trajet par mer, toutes les ressources sont à toi, et je suis ton enfant ; et si cela peut te plaire, accorde-moi ce désir. »
Et tandis que j’attendais devant le Seigneur, l’Esprit me murmura distinctement ces paroles : « Tout ce que vous demanderez avec foi par la prière, vous le recevrez. » Et je dis : « Seigneur, je crois que tu me donneras l’argent pour aller par voie de terre. »
Et je me relevai, m’assis et écrivis par retour du courrier : « Veuillez dire à Mlle Drake de retenir ma cabine ; je partirai par voie de terre avec elle. »
Mon cœur était léger comme une plume. Ma chère amie, Mlle Morris, en rentrant chez elle à Doncaster, s’arrêta à Londres pour voir Mlle Drake, avant que j’y arrive, et combla tout le déficit ; puis elle m’écrivit pour me dire combien elle regrettait que je ne lui eusse pas fait part de mon besoin.
« Car, disait-elle, vous savez, Amanda, je vous ai toujours dit de me faire savoir quand vous auriez vraiment besoin de quelque chose. Je suis allée voir Mlle Drake ; elle est très gentille, et elle me plaît beaucoup. Tout ce qu’elle m’a raconté de son œuvre en Inde m’a vivement intéressée. Je lui ai demandé de me dire franchement si elle avait besoin d’aide pour vous, de quelque manière que ce soit, et elle m’a dit ce qui manquait pour les frais, et j’ai été si heureuse de le lui donner. »
Ainsi le Seigneur, en cela, accomplit sa promesse : « Tout ce que vous demanderez avec foi par la prière, vous le recevrez. » Je crois voir maintenant que Dieu me voulait en Afrique, et qu’il dut m’envoyer en Inde pour faire un peu mon éducation avant de pouvoir me dire d’aller en Afrique. Je suis sûre que, s’il m’avait dit en Écosse qu’il voulait que j’aille en Afrique, j’aurais filé tout droit vers les États-Unis. Mais oh, que le Seigneur est bon ! Je le louerai à jamais, et je le remercierai pour le grand privilège de voir ce que je vis sur le continent et en Égypte. Comme il répondit merveilleusement à la prière par tous ces instruments : d’abord Mlle Drake, puis lord Mount Temple, et Mlle Morris, et M. Clifford, et d’autres. Comme tout cela paraît merveilleux !
Chapitre 23 terminé
L’Écosse, Londres et l’appel pour l’Inde