Amanda Smith : une autobiographie
L’église Pittman, à Philadelphie

Chapitre 20 · 34 min de lecture · 44 min d’écoute

L’église Pittman, à Philadelphie

Ce fut en 78. Je tenais des réunions, d’abord à Manayunk, chez frère Rakestraw ; puis à Holmesburg, chez frère Gillingham ; puis à Camden, puis à Norristown, chez frère Day. Nous eûmes une belle œuvre dans tous ces endroits. Beaucoup d’âmes furent sauvées et les croyants furent édifiés.

Puis on m’appela à Horton Street. Frère Robinson en était le pasteur. Là, le Seigneur nous bénit puissamment. Ce fut un réveil qui emporta tout sur son passage. Chaque soir, pendant plus de deux semaines, l’église fut comble, jusqu’à l’autel et à la chaire. Quelques-unes des bonnes gens furent vraiment mises à l’épreuve, tant la foule se pressait. Je me souviens qu’un dimanche soir les allées et les marches de la chaire étaient envahies. Le pauvre vieux frère Tasks — maintenant au ciel — eut bien du mal à gagner la chaire, et quand il y fut parvenu, il dut rester debout. Il déclara qu’il ne reviendrait plus dans une pareille cohue.

Après l’allocution, nous essayâmes de faire de la place pour le service à l’autel. L’autel ne tarda pas à se remplir de chercheurs, les uns en quête de pardon, les autres de pureté. Je remarquai un jeune homme assis sur une chaise dans l’allée, qui semblait profondément touché. Il avait l’air de vouloir s’avancer ; et puis, il y avait une jeune femme avec lui. Je l’observai. Tout à coup il se leva, posa son chapeau et son manteau, et s’avança ; et au moment même où il mettait la main sur la balustrade de l’autel et allait s’agenouiller, le Seigneur le bénit si puissamment qu’il battit des mains et s’écria : Gloire à Dieu, je suis sauvé. Comme le pauvre homme de l’Évangile, le lépreux qui vint à Jésus, il avait dit : « Seigneur, si tu le veux, tu peux me rendre pur », et Jésus lui avait répondu : « Je le veux, sois pur. »

Comme il se retournait pour faire face à l’assemblée, sa sœur, qu’il n’avait pas vue depuis des années, se trouvait juste derrière lui. Elle avait prié pour lui, mais elle ne savait pas qu’il était là, et lui ne savait pas non plus qu’elle y était. Elle s’élança vers lui et lui jeta les bras autour du cou, et ils se réjouirent ensemble de tout leur cœur. Cela produisit un effet merveilleux sur l’assemblée. Plusieurs s’avancèrent, et beaucoup déclarèrent ce soir-là avoir été sauvés.

Une chère femme que j’ai rencontrée l’automne dernier à la réunion de sainteté du samedi soir m’a dit qu’elle avait été convertie à cette réunion-là, ainsi que son mari et deux de ses enfants. Elle m’a raconté combien elle me détestait parce que j’étais une femme de couleur ; comment elle était allée à l’église pleine de préjugés, mais que, quand Dieu l’avait sauvée, il lui avait tout ôté, et que maintenant elle m’aime comme une sœur et trouve que j’ai une belle couleur ! Bien sûr, j’appelle cela une bonne conversion pour commencer.

Certaines personnes ne reçoivent pas assez de la bénédiction pour en être débarrassées de leurs préjugés, même après avoir été sanctifiées.

Quelque temps après, j’allai à l’église Pittman. Le pasteur en était le révérend George McLaughlin. L’église n’était pas achevée. Nous tînmes les réunions dans la salle de conférences, une belle et grande salle qui pouvait contenir plus de trois cents personnes, je suppose, et chaque soir elle était comble. Là, nous eûmes de magnifiques moments dès le début. Le dimanche après-midi, nous eûmes une réunion merveilleuse. À cette réunion, le cher frère Alkhorn reçut la bénédiction de la sanctification, après l’avoir cherchée pendant trente ans, comme il le dit dans son témoignage quand il se leva. Je n’oublierai jamais cet après-midi de sabbat. Le Seigneur m’aida merveilleusement à parler pour lui.

Frère McLaughlin était un homme excellent et bon avec qui travailler, bien qu’il ne fût pas très net sur la question de la sainteté ; mais il me dit : « Sœur Smith, allez de l’avant ; je suis avec vous. » Il ne me mit donc aucune entrave, et j’eus une entière liberté, Dieu soit loué.

Frère Alkhorn était prédicateur local ; c’était un homme converti, et depuis des années, et il avait toujours aspiré à la bénédiction du salut complet. Il était parfaitement wesleyen, aussi bien que scripturaire, dans sa manière de voir la doctrine. Il disait qu’il la prêcherait, et parfois il croyait la posséder ; puis il rencontrait des ministres qui ne la voyaient pas comme lui et qui déclaraient que tout s’accomplit à la conversion. Alors il retombait dans les ténèbres, et c’est ainsi qu’il continua pendant des années.

Il tenait une boulangerie dans Lumber Street. J’appris à très bien le connaître, lui et sa famille. Il était membre de l’église

méthodiste Western, et je crois que le Dr Patterson en était le pasteur à l’époque de sa mort.

Ce dimanche après-midi-là, il était assis à environ trois bancs de l’autel, tandis que de nombreux témoignages étaient rendus — beaucoup d’entre eux très nets et très clairs — sur l’expérience et la puissance de ce grand salut. Puis nous eûmes un service à l’autel, et je pressai ceux qui désiraient vraiment connaître cette expérience par eux-mêmes de s’avancer, de s’agenouiller à l’autel et de régler la question sur-le-champ. Plusieurs s’avancèrent. Je vis frère A. se lever posément, ôter son pardessus, le plier, puis prendre son chapeau et sa canne, s’avancer et les remettre à quelques-uns des frères. Et comme il s’agenouillait à l’autel, il dit : « Frères, je veux la bénédiction. » Et il se mit à prier comme quelqu’un qui la voulait vraiment ; et au bout de peu de temps, il s’apaisa dans un grand calme et dit : « C’est fait, gloire au Seigneur. Le sang purifie ; gloire à Jésus. » Il se releva et rendit le témoignage que j’ai déjà rapporté.

Environ un an plus tard, je crois, il fut victime d’un triste accident ; il fut projeté hors de sa voiture, et mourut quelques jours après. Mais, oh ! il triomphe de la mort, de l’enfer et du tombeau !

Je perdis un ami véritable quand il fut repris — du moins, comme dirait le monde —, mais j’ai en Jésus un ami qui ne meurt jamais. Loué soit à jamais son nom bien-aimé.

Au même autel, agenouillé un peu plus loin que l’endroit où frère Alkhorn s’était agenouillé, se trouvait un grand et gros homme, un Hollandais. Il cherchait le Seigneur depuis quinze ans, par intermittence, sans jamais parvenir à une lumière claire. Les gens à l’autel recevaient tous la bénédiction et se relevaient l’un après l’autre ; il se faisait tard, et il était temps de clore la réunion. Ce pauvre homme entra dans une lutte terrible. Il s’écria : « Seigneur, sauve-moi. » Il ne voulait pas se relever.

« Tenez bon, criai-je, vous en êtes presque sorti. »

Je sentais que les choses cédaient, et je dis : « Tout ce qu’il vous faut, tout ce qui vous manque, c’est un peu plus de foi en Jésus » ; et sa pauvre femme sentit qu’elle ne pouvait plus se retenir. Elle entra dans l’enceinte de l’autel et allait lui jeter les bras autour du cou. Elle était bouleversée de compassion pour lui. Je la saisis et lui dis : « Oh ! quoi que vous fassiez, ne le touchez pas ; vous le gêneriez. »

« Oh ! dit-elle, j’ai prié si longtemps. »

Je la retins et l’empêchai d’avancer, pendant que les frères encourageaient sa foi. Au bout de quelques minutes, il se dressa d’un bond,

criant à pleine voix : « Je suis sauvé, je suis sauvé. Gloire à Jésus ! Gloire à Jésus ! »

Je lâchai sa femme, et il la souleva dans ses bras, puis il la lâcha et empoigna quelques-uns des frères. Oh ! comme il criait sa joie ! Je me tins à l’écart ; bien sûr, je n’allais pas m’en mêler. Ce fut donc un bon départ pour notre semaine de réunions.

Nous continuâmes pendant dix jours, et il y eut des dizaines de conversions. Pendant tout ce temps, l’intérêt ne faiblit pas un seul soir.

Frère M. voulait que je reste plus longtemps, mais je ne le pouvais pas. J’avais un engagement à Long Island, avec frère Hollis. C’est à ce moment-là que l’on forma, à mon insu, le projet de ma maison de Philadelphie. Environ deux semaines plus tard, je reçus une lettre de Mme James Orr. Elle disait : « Des amis projettent de vous acheter une maison, mais ils ne veulent pas que vous le sachiez ; alors ne laissez pas voir que je vous l’ai dit. »

J’eus terriblement peur, et dès que j’eus lu la lettre, je me mis à genoux et priai le Seigneur de ne pas les laisser réussir à obtenir la maison qu’ils projetaient. Je trouvais que c’était trop pour moi. Je me disais : quelle idée, une pauvre femme comme moi à qui l’on donnerait une maison ! Il doit y avoir là quelque chose qui ne va pas. Oh ! comme je priai !

Quelques jours plus tard, je reçus une autre lettre disant que la maison qu’ils avaient en vue et qu’ils voulaient, ils ne pouvaient pas l’obtenir. Il y avait quelque chose qui n’était pas tout à fait satisfaisant au sujet de l’acte de propriété ; je pensai donc que le Seigneur avait exaucé ma prière, et que tout était bien.

Un jour ou deux après, je repartis tenir des réunions. Au bout de dix jours, je rentrai chez moi. Plusieurs lettres m’attendaient — dont deux de Philadelphie. Je les ouvris et les lus. La première était de la même personne. Elle disait : « Ne dites pas que je vous l’ai dit, car ils veulent vous faire la surprise. Ils ont vu une autre maison, ils ont pris leurs dispositions pour l’acheter, et ils verseront telle somme pour conclure le marché, tel jour. »

Tout cela s’était fait deux jours avant mon retour, comme je le vis à la date de la lettre. Alors je réfléchis à tout cela. Je me dis : je n’ai jamais demandé au Seigneur de me donner une maison, et je me demande s’il veut vraiment que je l’aie. Cela doit signifier quelque chose, car pourquoi ces gens s’obstineraient-ils à acquérir cette maison pour moi ? Je suis une femme de couleur, ils sont tous blancs, et ce sont des étrangers. Alors je me mis à genoux et priai le Seigneur de bénir et de faire prospérer ceux qui avaient

entrepris la chose. La dame qui m’avait écrit m’avait raconté que tout le monde y était favorable, combien l’aumônier Gibben et sa femme s’y intéressaient, et qu’ils avaient donné une jolie somme pour commencer. Eh bien, il semblait vraiment que le Seigneur fût dans la chose.

Puis j’ouvris les autres lettres. Il y en avait une du monsieur même qui avait fait la proposition et lancé l’affaire, frère Andrew Marshall. Il était bien connu à Philadelphie, l’un des hommes en vue de l’église Pittman à l’époque, un homme qui faisait de grosses affaires dans la boulangerie et la confiserie, et un homme de bien ; je ne pouvais donc que sentir que le Seigneur était dans la chose. Il me raconta tout. La maison coûtait trois mille dollars, grevée d’une rente foncière de soixante dollars par an. Deux mille dollars de cette somme avaient déjà été fournis par des amis de M. Marshall, de sorte que je n’avais absolument rien à voir avec cette partie de l’affaire ; je devais seulement être prête à venir au moment qu’ils diraient. Je repartis donc pour deux semaines encore.

À mon retour, il y avait des lettres. La maison était achetée, l’acte était établi à mon nom, et je n’avais plus qu’à venir. Ils disaient que je n’avais besoin de rien apporter si je ne le voulais pas. Quelques-unes des dames de Pittman, avec Mme Orr, s’étaient mises à l’œuvre et avaient meublé deux pièces, la chambre de devant à l’étage et le salon de devant au rez-de-chaussée ; tout était joli et confortable. Je me préparai donc et partis.

J’emportai très peu de choses ; je n’en avais pas beaucoup. Mes chers vieux fers et ma planche à repasser, qui m’avaient tirée de tant de mauvais pas à New York, je ne pouvais ni les oublier ni les laisser derrière moi ! Puis la petite chaise, basse et vieille, près de laquelle je m’étais agenouillée et avais livré une si rude bataille, au souvenir de l’émeute de New York, après ma sanctification ! Je dis : « Il faut que j’emporte ces choses-là, coûte que coûte. »

Il était tard, ce samedi soir, quand je pus partir, si bien que je n’arrivai à la maison que vers sept heures du soir. Et voilà, bien sûr, au 1817 Addison Street, une jolie petite maison de briques à trois étages, avec de jolies marches de marbre blanc sur le devant, toute éclairée au gaz !

C’était très joli. Il y avait là plusieurs amis réunis, et un bon feu bien chaud. Je ne savais que faire ni que dire ; je louai le Seigneur, je remerciai les gens, et je dis : « Est-elle vraiment à moi ? » Alors ils me remirent l’acte. Puis je dis : « Prions. »

Cela sembla hors de propos, car nous étions tous trop heureux pour prier ; nous chantâmes donc la doxologie.

« Laissez-moi la parcourir de haut en bas », dis-je ; nous montâmes donc à l’étage dans toutes les pièces ; je regardai dans tous les placards, partout ; puis nous descendîmes au sous-sol, et puis on me servit le plus délicieux des thés ! Les dames avaient tout prévu.

Tout semblait très beau. Tout alla bien pendant environ un an, puis vint une épreuve.

La grande Exposition du Centenaire avait fait naître chez beaucoup des espérances et des attentes qui ne se réalisèrent jamais ; il en fut ainsi de frère M. Dans cette extrémité, il obtint de frère Robinson, l’un des membres en vue de l’église méthodiste épiscopale Salem, qu’il l’aide à faire face à des engagements pressants, ce qu’il fit. Puis il apparut que frère M. manqua à ses engagements de son côté, ce qui causa beaucoup de mécontentement et de désagrément entre ces amis.

J’en savais bien peu de chose. Je ne cherchais pas à en savoir davantage. Je sentais que ce qu’ils avaient fait, ils l’avaient fait par pure bonté envers moi, même s’il en était sorti de la malchance, comme il arrive souvent avec nos meilleures intentions. Cela me mit dans une situation très embarrassante. C’étaient tous deux des gentlemen chrétiens et des hommes d’affaires, et qui étais-je pour leur dicter leur conduite dans ce qu’ils faisaient si aimablement pour moi.

Il parut dans les journaux, par l’intermédiaire de frère Wallace, que les amis de Philadelphie avaient donné une maison à Amanda Smith, et aussi une à Ocean Grove. M. M. attira mon attention là-dessus. Je dis : « C’est une erreur ; tout ce que j’ai à Ocean Grove, c’est ceci : le comité est toujours très bienveillant et ne me fait pas payer ma tente et mon emplacement pendant le temps de mon séjour, mais c’est tout. »

« Frère M., dis-je, vous pouvez rectifier cela ; voyez frère Wallace et dites-le-lui », car il était alors rédacteur du « Home Journal », et c’était dans ce journal qu’avait paru l’affirmation.

« Si je le fais moi-même, dis-je, on croira que je suis mécontente, ou que je jette quelque blâme sur votre manière de conduire les affaires. »

« Oui, dit-il, je verrai frère Wallace » ; mais je ne sais pas s’il le fit ou non. À partir de ce moment, d’après ce que je pus apprendre de plus sûr, les dons destinés à achever le paiement de la maison cessèrent ; mais pour ce qui était de cela, je n’avais rien du tout à y faire. J’avais en main juste cent cinquante dollars. Le Seigneur me les avait donnés dans différents camp-meetings au cours de l’été. J’en avais donné cent à M. M. Je gardai le reste. Je fis tapisser et peindre l’intérieur de ma maison, et poser un toit de fer-blanc ; tout fut achevé en peu de temps.

Jusque-là, je m’étais toujours débrouillée, et j’avais eu assez pour

me tirer d’affaire sans peine ; et je pensais que, puisque la maison était à moi, il était juste que je la mette en bon état ; ainsi je n’aurais plus à le faire de longtemps. Mais cette affirmation des journaux me fit personnellement beaucoup de tort. Je continuai à tenir des réunions comme d’habitude, mais je ne reçus que bien peu en comparaison de ce que j’avais reçu auparavant. Les gens disaient : « Elle est à l’aise, elle a deux maisons, une à Ocean Grove, une à Philadelphie » ; alors, bien sûr, si j’avais deux maisons, j’étais riche et n’avais besoin ni de manger ni de boire !

Eh bien, je ne savais que faire, mais le Seigneur m’aida à rester tranquille. Je rentrai d’une tournée dans l’Ohio et me rendis au camp-meeting d’Ocean Grove. J’y étais depuis deux jours quand arriva un télégramme disant :

« Revenez immédiatement. Marshall. »

« Que se passe-t-il donc ? » me demandai-je.

Je me préparai et partis, vers dix heures du matin. J’allai au magasin et vis frère M. Il était gai et content.

« Qu’y a-t-il ? » demandai-je.

Alors il me dit qu’il était gêné, et qu’il lui fallait honorer un billet à telle date.

« Eh bien, dis-je, que voulez-vous que je fasse ? »

« J’ai pensé vous demander si vous voudriez signer une hypothèque ; nous pourrions alors emprunter l’argent à l’Association de crédit immobilier jusqu’à telle date, et je me remettrais à flot. »

« Vous savez, frère M., répondis-je, je ne connais rien du tout à l’Association de crédit immobilier, je n’ai jamais pu me le mettre dans la tête, je n’ai jamais rien fait d’autre que payer mon loyer, voilà tout. Je peux diriger une réunion de prière de temps en temps, et c’est à peu près tout ce que je sais. »

« Tout ira bien », dit-il.

« Eh bien, si vous le dites, je le ferai. »

Il alla donc faire établir les papiers. Je m’étais engagée envers l’Association de crédit immobilier pour quinze dollars par mois. Je n’avais jamais payé un loyer aussi lourd ; puis cinq dollars par mois de rente foncière, cela faisait vingt dollars par mois, sans compter les autres dépenses ; mais je fis de mon mieux.

M. Cleg, qui était le secrétaire de l’Association de crédit immobilier, fut très bienveillant, et je lui dis que je ne savais vraiment pas comment je pourrais jamais porter cette charge. Il me dit de tenir bon, et que cela irait mieux d’ici quelque temps.

Quelques mois s’étaient écoulés, je ne sais combien, quand frère M. revint me demander de l’aider à faire face à un autre engagement. J’y allai donc de nouveau ; on établit les papiers.

Quand M. Marshall eut exposé à l’avocat l’objet de cette nouvelle visite, l’avocat se tourna vers moi, me regarda droit dans les yeux et me dit : « Voulez-vous signer ce papier ? »

« Eh bien, dis-je, je suppose qu’il le faut. »

Alors il grommela tout bas, pour lui-même pour ainsi dire, et se mit à écrire, et on me demanda de signer. Le regard qu’il m’avait lancé semblait exprimer à peu près ceci : « Eh bien, vous êtes une sotte », et c’est à peu près ce que je ressentais moi-même ; mais je signai quand même les papiers, et je m’engageai encore davantage envers l’Association de crédit immobilier.

Désormais, avec ma rente foncière et les impôts, il me fallait payer quarante dollars par mois. Je dis à M. M. que je ne le pouvais pas, mais il me répondit qu’il s’y mettrait et m’aiderait dès qu’il aurait fait face à ces demandes pressantes.

Il me fallait continuer ; Dieu seul sait comment j’y parvins. Parfois je n’avais même pas assez d’argent pour m’acheter un pain. J’allai trouver M. Cleg et lui dis qu’il devait reprendre la maison, que je ne pouvais pas payer les cotisations. Il fut très bienveillant.

« Tenez bon, madame Smith, payez ce que vous pourrez, nous ne vous presserons pas, dit-il ; les affaires sont au ralenti en ce moment », etc.

On me donnait si peu pour mes services que je ne pouvais pas m’en sortir, et il y avait cette pensée constante qu’il me fallait porter tout le temps : que je m’endettais toujours davantage envers l’Association de crédit immobilier. J’avais honte d’en parler à qui que ce fût ; aux yeux des Blancs, cela aurait eu l’air d’une mauvaise gestion de la part de ceux qui étaient mes amis. Et puis je savais ce que diraient certains des miens, et ce qu’ils avaient déjà dit : que j’étais une espèce de « négresse des Blancs » ; et je savais qu’ils diraient : « C’est justement ce que je vous avais dit, que tout ça finirait comme ça ; on ne me la fait pas, avec les Blancs. » Ils ne verraient Dieu dans rien de tout cela ; j’en étais donc là. Que faire, je ne le savais pas. Je ne pouvais pas en parler publiquement, pour la raison que j’ai déjà indiquée.

Un jour, je rentrai chez moi dans une grande détresse d’esprit. J’étais partie dans le New Jersey aider un bon frère qui tenait tant à ce que je l’aide. J’y allai. Il me dit que les gens étaient très pauvres et ne pourraient pas me donner grand-chose ; et bien que j’eusse plusieurs autres appels où j’aurais pu espérer davantage, je choisis d’aller à cet endroit aider ce frère.

Après deux semaines de rude travail, ils me donnèrent six dollars ; et mes frais de chemin de fer étaient de trois dollars aller-retour. Les gens étaient pauvres, mais aimables et bons, et le pasteur était un homme de bien qui avait une nombreuse famille, mais ils étaient pauvres. Que Dieu les bénisse.

Ils me trouvèrent un logement chez une sœur, où j’étais aussi bien qu’il était possible, quoiqu’il fît parfois très froid.

J’arrivai chez moi vers dix heures du matin. Je me glissai dans la maison, laissai fermées les fenêtres de devant, ouvris une fenêtre dans la pièce de derrière, et me mis à genoux. Je dis : « Maintenant, Seigneur, il faut que tu m’aides, car je ne peux pas passer un jour de plus avec ce fardeau. » Il faisait sombre. Je ne mangeai pas. Je réfléchissais, j’échafaudais des plans dans ma tête, et je réfléchissais encore. Puis je priais de nouveau. Quand je n’en pouvais plus, je me levais, je m’étendais sur le sofa et je cherchais quel parti prendre. « Si je vais trouver M. Marshall, il me dira exactement ce qu’il m’a dit la dernière fois. Si je vais trouver M. C., il est si bienveillant, il me dira la même chose. » Puis, de nouveau à genoux. Je me vis mise à la porte de la maison sans aucun endroit où aller. J’étais assise, mes affaires tout autour de moi, et les gens regardaient ; quelques-uns riaient et disaient : « Je vous l’avais bien dit. »

Oh ! quelle lutte ce fut. Tout cela paraissait aussi réel que la vie même. Je mourus entièrement à moi-même sur ce point, et quand la dernière angoisse fut passée, je me sentis chanter le cantique de frère John Parker : —


« Je suis plus que vainqueur par son sang,
Jésus me sauve maintenant.
Je me repose sous le bouclier de Dieu,
Jésus me sauve maintenant. »


REFRAIN. — « Les ennemis ont beau être forts,
Et les murailles hautes,
Je crierai : il donne la victoire,
Je crierai : il donne la victoire,
Jésus me sauve maintenant. »

C’était vers deux heures de l’après-midi. Je me relevai de cette place et ôtai mes affaires, car je n’avais fait qu’enlever mon chapeau. J’ouvris la maison en haut et en bas, je levai les fenêtres et chantai tous les cantiques que je savais par cœur ; je chantai fort et avec vigueur. Oh ! quelle victoire ! Peu de temps après, le Seigneur m’ouvrit merveilleusement le chemin de l’Angleterre ; oui, je dis merveilleusement, car, à tout prendre, ce fut vraiment merveilleux.

J’étais en Angleterre depuis environ six mois — et pourtant j’avais écrit à M. Marshall et à M. Robinson, ainsi qu’à M. Cleg, le secrétaire de l’Association de crédit immobilier — quand arriva une lettre de M. Robinson disant que je devais rentrer immédiatement, que les impôts n’avaient pas été payés ; et, pour me presser, je suppose, il ajoutait que la maison pourrait être vendue pour les impôts s’ils n’étaient pas payés avant telle date.

Je n’avais personne vers qui me tourner, sinon ces deux frères, qui avaient déjà eu assez d’ennuis avec cette affaire. J’étais à Mildmay, à Londres, quand cette lettre arriva. La tête me tourna un instant. J’étais dans la rue quand j’ouvris et lus la lettre. J’avais l’impression que j’aurais pu m’envoler. Je me dis : que puis-je faire ? c’est aujourd’hui jeudi. Je pensai aller faire ma malle, prendre le train de nuit pour Liverpool et m’embarquer ainsi sur le premier paquebot en partance. Mon cœur battait et mes idées étaient si confuses. Je m’arrêtai, fermai les yeux et demandai au Seigneur de me calmer et de me dire quoi faire. En un instant, il ôta de moi toute pensée et tout désir de rentrer. Je me dis : je peux écrire et dire tout ce que j’ai besoin de dire, et le paquebot même que j’aurais pris emportera la lettre.

J’écrivis donc à frère Robinson : « Je ne peux pas venir ; mais vendez la maison ou donnez-la, je n’en veux pas ; retirez votre argent, je ne veux rien. »

Je vois maintenant que j’aurais pu agir autrement, si seulement j’avais su comment ; mais cela aurait quand même été pour moi un grand fardeau et un grand souci, car au lieu de rester trois mois, je fus absente douze ans.

Puis, après mon départ pour l’Inde, alors que j’étais à Naini Tal, dans le nord de l’Inde, ils m’envoyèrent des papiers à signer ; je me présentai devant un magistrat à Naini Tal, en Inde, et, en présence de ces témoins, je renonçai par ma signature à tous mes droits et prétentions. La maison fut donc vendue, et Amanda Smith se retrouva là où elle en était à ses débuts, pour ce qui est d’avoir une maison ; et ce fut la fin de cette maison que tant de gens croient que je possède encore.

J’étais navrée pour les braves gens qui avaient donné l’argent, mais je n’y pouvais rien. Je n’avais rien eu à y voir, du commencement à la fin, sinon d’accepter, comme je l’ai déjà dit. Après la vente de la maison, les gens durent déménager. Je leur écrivis de prendre soin de mes affaires. J’envoyai l’argent pour aider au premier déménagement, mais ils déménagèrent plusieurs fois en douze ans, si bien qu’il me fut difficile de suivre.

Chacun sait que souvent, en déménageant, même quand on est soi-même sur place pour veiller sur ses affaires, il est difficile d’éviter les pertes et de s’en tirer sans dommage ; à quoi devais-je donc m’attendre ? Quand je revins d’Afrique, je n’avais aucun endroit où aller. Les gens avaient mis mes affaires en dépôt et étaient partis pour l’été, et ils n’étaient pas encore rentrés quand j’arrivai. Quand ils revinrent, ils ne purent trouver une maison assez grande pour nous loger tous ; mais un bon ami de Brooklyn, M. Tom Gibson, et sa femme m’avaient écrit en

Angleterre pour m’inviter à venir passer quelque temps chez eux. Le jour de mon arrivée, je lui envoyai un télégramme depuis le paquebot ; M. Gibson vint me chercher et m’emmena chez lui, et je restai deux semaines avec eux.

Mme Gibson était très malade à ce moment-là, et elle est morte depuis. Je les connaissais depuis vingt ans. Mme Titus, sa mère, m’avait fait une place dans sa tente la première fois que je vins au camp-meeting de Round Lake, et, par la suite, les bons frères Hillman et Hartshorn veillèrent toujours à ce que j’eusse une tente à moi seule. Que Dieu les bénisse.

Après ces deux semaines, je sentis qu’il me fallait une chambre ; ma malle et mes affaires encombraient, et par une amie de Mme Gibson j’obtins une petite chambre sur l’arrière, pour laquelle je devais payer dix dollars par mois. Je ne pouvais pas trouver mieux à ce moment-là, mais le Seigneur savait que je ne pourrais pas supporter cela longtemps ; mais, oh ! j’étais si faible et si épuisée, et il me fallait un endroit à moi.

Plusieurs amis, en différents endroits, m’invitèrent aimablement à venir demeurer chez eux, mais tous voulaient que je tienne quelques réunions, et j’étais parfois trop lasse et trop épuisée pour penser ; et alors le Seigneur, ce secours qui ne manque jamais dans la détresse, mit au cœur de cette femme admirable, Mme Mary R. Denman, de Newark, de m’écrire pour me dire de venir à Newark, et qu’elle me donnerait une chambre dans l’une de ses maisons. La maison où habitait son cocher était une jolie petite maison confortable de sept pièces, et Joseph n’avait qu’une petite famille, si bien que je pouvais y avoir une chambre sans payer de loyer. Oh ! comme je louai le Seigneur pour sa merveilleuse et tendre bonté, qui pourvoyait ainsi à mes besoins !

Mme Denman est membre de l’Église épiscopale, mais depuis que je la connais, c’est-à-dire depuis plus de vingt ans, je n’ai jamais eu d’amie plus chaleureuse et plus fidèle qu’elle. Son amitié est si concrète : Dieu seul sait combien de fois elle m’a secourue alors que je savais qu’aucun mortel ne connaissait mon besoin, sinon le Seigneur lui-même.

J’ai joui de ma petite chambre douillette cet hiver, pendant que j’écrivais mon livre, bien que je sois absente une grande partie du temps ; mais il n’y a pas d’endroit comme chez soi quand on y est. Assurément, l’Éternel étend ses regards sur toute la terre, pour soutenir ceux dont le cœur est tout entier à lui ; et maintenant je ne sais pas où je serai conduite ensuite, mais où que j’aille, je n’oublierai jamais le n° 64 de Park Street, à Newark, ni ma

bienfaitrice bien-aimée, Mme Mary R. Denman. Que Dieu la bénisse, elle et sa chère famille.

M. Beecher avait deux églises missionnaires à Brooklyn — Bethany et le Mayflower. Je passai une semaine dans chacune, en 1878. Dans ces deux églises, le Seigneur nous bénit très grandement.

Je me souviens très nettement d’un incident particulier — la réconciliation de deux frères qui avaient été autrefois des amis très chers. Ils avaient grandi ensemble, et ils étaient tous deux dans les affaires, dans le même bureau, à New York. Tous deux faisaient profession d’être chrétiens et étaient membres de l’église. L’un était directeur de l’école du sabbat. Mais ils s’étaient brouillés, et ne s’étaient pas adressé la parole depuis quatre ou cinq ans.

Tous deux voulaient parler, mais chacun avait trop d’amour-propre pour parler le premier, et plus cela durait, plus cela devenait difficile, si bien qu’à la fin M. B. déclara qu’il était si malheureux qu’il avait démissionné de son poste de directeur, qu’il avait cessé d’aller régulièrement à l’église, et qu’il était sur le point de se décider à quitter l’église tout à fait. Sa femme l’avait supplié, pour l’amour des trois beaux enfants qu’ils avaient et de l’influence que cela aurait sur eux, de ne pas partir ; il tenait donc bon, mais sentait qu’il partirait. Oh ! comme le diable ricane de ce genre de choses.

Bien qu’ils ne voulussent pas se parler, ils lançaient l’un contre l’autre des insinuations et des remarques odieuses, de sorte que chacun apprenait ce que l’autre avait dit, sans qu’ils se parlent ; et comme c’est exaspérant ! Mais Dieu, qui est riche en miséricorde, ne permettra pas que nous soyons tentés au-delà de nos forces, mais avec la tentation il préparera aussi le moyen d’en sortir. Il plut au Seigneur que je fusse au Mayflower juste à ce moment-là.

Un soir, alors que je parlais du pardon à accorder à nos ennemis, l’Esprit de Dieu saisit ce jeune homme. À la fin de la réunion, il vint me dire qu’il voulait me parler, et il me raconta son histoire. Je le pressai d’aller trouver son frère et d’avoir un entretien avec lui.

« Je sais qu’il ne me parlera pas. »

« Mais, dis-je, parlez-lui, vous. »

« Mais je le connais si bien, dit-il, que je sais que si je le fais, il m’injuriera, et je ne pourrai pas le supporter. »

Je lui dis que Dieu l’aiderait s’il se décidait à bien faire. Après un long entretien et une prière, il dit qu’il irait le trouver. Je lui dis que je prierais pour lui cette nuit-là et toute la journée du lendemain, et que le soir il viendrait me dire ce qu’il en était.

Et oh ! comme je priai pour ces deux hommes. Comme seule une âme peut prier quand elle sent que Dieu est sur le point de remporter une victoire. Le lendemain matin, je ne sais comment, je me sentis si paisible et si joyeuse. Et pourtant je ne savais pas ce qui s’était passé. Seulement, je croyais que Dieu avait pris leur cause en main.

Le soir arriva. J’allai à l’église, et je vis entrer ce monsieur. Son visage était comme un rayon de soleil. C’était de toute façon un bel homme. Mais, oh ! maintenant il était magnifique. Je sus qu’il s’était passé quelque chose. Cette mine lourde, profonde et sombre avait disparu. À la fin de la réunion, il se fraya un chemin jusqu’à moi et me dit :

« Oh ! sœur Smith, gloire au Seigneur, tout est arrangé. »

« Amen, dis-je. Je vous l’avais bien dit. Eh bien, maintenant, racontez-moi tout. »

« Eh bien, dit-il, j’ai décidé hier soir que je parlerais à Will coûte que coûte, et que s’il ne voulait pas me répondre et qu’il m’injuriait, cela m’était égal. Le Seigneur a si bien arrangé les choses. J’ai prié toute la matinée en chemin. D’habitude, je suis le premier au bureau. Mais ce matin, il y était. Alors je suis entré. Il n’y avait personne d’autre que lui. Je suis allé droit à lui et je lui ai dit : “Écoute, Will, je crois qu’il est temps que toi et moi, nous en finissions avec cette sottise”, et il s’est levé d’un bond, m’a pris la main et m’a dit, avec des larmes : “Oui, Charlie, il y a un mois que je voulais te parler, mais j’avais peur que tu ne me répondes pas.” “Et moi, Will, lui ai-je dit, je voulais te parler, mais je croyais que tu ne tenais pas à me parler et que tu m’injurierais. Mais le Seigneur m’a béni, et maintenant nous voilà de nouveau de vieux amis. Merci, Seigneur !” »

Si rien d’autre ne s’était fait à cette réunion, c’était assurément une grande victoire : cette longue rupture entre ces deux frères guérie, et une réconciliation accomplie. Satan aurait préféré qu’ils se battent en duel. Mais la meilleure manière de se battre en duel, à mon avis, c’est à genoux, en s’abandonnant à Dieu et en recevant un cœur rempli d’amour et de pardon. Amen.

Le lundi soir, j’étais à l’église du Dr Cuyler, le mardi à l’église méthodiste, le mercredi soir à l’église baptiste, et nous terminâmes nos services le sabbat suivant chez le Dr Buddington. Les pasteurs s’unirent tous et prêtèrent leurs églises, avec toutes les collectes, si bien que les dames furent généreuses envers moi, que Dieu les bénisse. Elles ne savaient rien de mon projet d’aller en Angleterre ; je voyais donc que tout cela était l’œuvre du Seigneur, et que c’était merveilleux. Je demandais au Seigneur, directement, tout ce dont j’avais besoin.

L’été précédent, ma bonne amie Mme Saunders m’avait donné une très belle robe de soie noire, qu’elle avait fait faire et tout, et j’avais compté qu’elle me durerait toute ma vie ; je l’avais donc rangée sans la porter. Puis, quand j’étais à Fleet Street, les dames m’avaient donné un costume gris, robe et pèlerine ; j’avais donc ces deux bonnes robes, et une autre pour voyager. Quelqu’un me donna une paire de gants de chevreau, puis quelqu’un me donna une ruche pour le col de ma robe ; on me donna quelques mouchoirs, et quelqu’un me donna des bas. Oh ! c’était merveilleux, comme tout semblait arriver. Ma garde-robe était donc complète, quoique sans recherche, et bien sûr il ne me fallut pas longtemps pour la ranger dans ma malle.

Ce soir-là, à l’église du Dr Cuyler, on avait retenu la salle de conférences, tout éclairée et si bien chauffée ; mais il regrettait qu’une réunion eût été fixée au lundi soir dans son église, car il tenait à ce que les dames aient une bonne collecte ; de plus, à cause du concert des vieilles gens qui devait avoir lieu ce soir-là à l’église du Dr Sudder, le moment n’était pas si favorable. Il craignait que cela ne nuise au résultat de la réunion ; mais sa grande surprise fut celle-ci : la réunion devait commencer à sept heures et demie du soir ; j’arrivai à sept heures et quart, et la salle de conférences était bondée, beaucoup de gens étaient dehors, et ils réclamaient à grands cris qu’on ouvrît l’église. Je ne pus entrer du tout avant qu’on eût ouvert l’église et allumé un feu. Dès que l’église fut ouverte, les gens se précipitèrent de la salle de conférences dans l’église. Le Dr Cuyler me dit d’attendre dans la salle de conférences que les gens soient installés.

Cela me troubla un peu, mais je priai d’autant plus que Dieu bénisse les gens et m’aide à parler pour lui, et je dis : « Maintenant, Seigneur, ne laisse personne prendre froid », car l’église ne pouvait pas être chauffée avant quelque temps ; mais comme il y avait eu du feu toute la journée du dimanche, on pensa pouvoir s’y risquer.

Le Seigneur m’aida bel et bien à parler pour lui. Ce fut merveilleux, ce soir-là, comme il m’aida. Quand tout le monde fut installé, que la grande église fut pleine et la tribune bien garnie, le Dr Cuyler dit : « Madame Smith, voulez-vous entrer maintenant ? » Comme il était bon !

Je savais qu’il y avait eu quelque temps auparavant des difficultés à propos d’une dame qui avait parlé dans son église. Je pensai : s’ils ont fait tant d’histoires pour une personne aussi douce, aussi aimable et aussi distinguée que Mlle Sarah Smiley, que feront-ils de moi ? Je me dis donc : « Eh bien, je ferai exactement tout ce qu’on me dira de faire. »

« Ils n’oseront pas me demander d’entrer dans le chœur, pensai-je ; alors s’ils mettent un banc ou une chaise dans l’allée et me demandent de monter dessus pour parler, je le ferai. »

Mme Johnson, Mlle Ludlow et plusieurs autres dames de la tempérance étaient avec moi ; et le Dr Cuyler me demanda si je voulais bien monter en chaire.

« Ma foi ! pensai-je en moi-même ; enfin, je ferai exactement ce qu’on me dit » ; je montai donc, et c’était terriblement haut. Après m’avoir fait asseoir, il me dit : « Madame Smith, aimeriez-vous qu’une des dames s’assoie avec vous ? »

« Si elles le veulent bien, monsieur, j’en serai heureuse. » Il alla donc le leur demander, mais chacune déclina. Alors il vint lui-même s’asseoir à côté de moi et me présenta aux gens si gentiment. Je chantai et donnai une causerie biblique. J’eus une entière liberté, comme si j’avais été dans une église méthodiste. Je parlai une heure, et pas une âme ne bougea pour sortir ; le Dr C. parla de la réunion en termes très élogieux, et les gens donnèrent aux dames une collecte bien rondelette, comme font les gens quand ils ont vraiment été bénis !

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