Moyen court et très facile de faire oraison
De la conversion parfaite

Chapitre 8 · 3 min de lecture · 3 min d’écoute

De la conversion parfaite

« Revenez à celui dont on s’est profondément détourné, enfants d’Israël! » (És 31.6). La conversion n’est rien d’autre que le fait de se détourner de la créature pour se tourner vers Dieu. La conversion n’est pas parfaite, bien qu’elle soit nécessaire au salut, lorsqu’elle consiste seulement à se détourner du péché pour se tourner vers la grâce. Pour être complète, elle doit être un retour du dehors vers le dedans.

L’âme, étant tournée du côté de Dieu, trouve une grande facilité à demeurer convertie à lui. Plus elle demeure convertie, plus elle s’approche de Dieu et s’attache à lui ; et plus elle s’approche de Dieu, plus elle est nécessairement éloignée de la créature, qui est opposée à Dieu.

Mais cela ne peut se faire par un effort violent de la créature ; tout ce qu’elle peut faire, c’est de demeurer tournée du côté de Dieu dans une adhérence perpétuelle.

Dieu a une vertu attirante, qui attire l’âme de plus en plus fortement vers lui ; et en l’attirant, il la purifie : comme nous voyons le soleil attirer une vapeur épaisse, et peu à peu, sans aucun autre effort de la part de la vapeur que celui de se laisser attirer, le soleil, en l’approchant de lui-même, la subtilise et la purifie.

Il y a cependant cette différence, que la vapeur n’est pas attirée librement et ne suit pas de bon gré, comme c’est le cas pour l’âme.

Cette manière de se tourner au-dedans est très simple, et fait avancer l’âme naturellement et sans effort, parce que Dieu est son centre. Le centre a toujours une forte puissance d’attraction ; et plus le centre est grand, plus sa force d’attraction est puissante.

Outre cette attraction du centre, il est donné à tous les objets naturels une forte tendance à s’unir à leur centre. Dès qu’une chose est tournée du côté de son centre, à moins qu’elle ne soit arrêtée par quelque obstacle invincible, elle s’y précipite avec une extrême vitesse. Une pierre en l’air n’est pas plus tôt lâchée et tournée vers la terre qu’elle y tend par son propre poids, comme vers son centre. Il en est de même du feu et de l’eau, qui, n’étant plus retenus, courent sans cesse vers leur centre.

Or je dis que l’âme, par l’effort qu’elle a fait dans le recueillement intérieur, étant tournée vers son centre, sans aucun autre effort, mais simplement par le poids de l’amour, tombe vers son centre ; et plus elle demeure tranquille et en repos, sans faire aucun mouvement propre, plus elle avancera rapidement, parce qu’elle laisse ainsi cette vertu attirante l’entraîner.

Tout le soin que nous devons avoir est donc de favoriser ce recueillement intérieur autant qu’il est possible, sans nous étonner de la difficulté que nous pourrons trouver dans cet exercice, qui sera bientôt récompensée par une merveilleuse coopération de la part de Dieu, laquelle le rendra très facile. Lorsque les passions s’élèvent, un regard vers Dieu, qui est présent au-dedans de nous, les amortit aisément. Toute autre résistance les irriterait plutôt qu’elle ne les apaiserait.

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