Moyen court et très facile de faire oraison
La souffrance, les mystères et la vertu

Chapitre 7 · 4 min de lecture · 5 min d’écoute

La souffrance, les mystères et la vertu

Contentez-vous de toutes les souffrances que Dieu voudra vous imposer. Si vous voulez l’aimer purement, vous serez aussi disposé à le suivre au Calvaire qu’au Thabor.

Il faut l’aimer autant sur le Calvaire que sur le Thabor, puisque c’est là qu’il donne la plus grande manifestation de son amour.

N’agissez donc pas comme ces personnes qui se donnent à un moment et se reprennent à un autre. Elles se donnent pour être caressées, et se reprennent quand elles sont crucifiées ; ou bien elles cherchent leur consolation dans la créature.

Vous ne pouvez trouver de consolation que dans l’amour de la croix et dans un abandon complet. Celui qui n’a point d’amour pour la croix n’a point d’amour pour Dieu (voyez Mt 16.24). Il est impossible d’aimer Dieu sans aimer la croix ; et un cœur qui a appris à aimer la croix trouve de la douceur, de la joie et du plaisir jusque dans les choses les plus amères. « celui qui a faim trouve doux tout ce qui est amer » (Pr 27.7), parce qu’il a aussi faim de la croix qu’il a faim de Dieu.

La croix donne Dieu, et Dieu donne la croix. L’abandon et la croix vont ensemble. Dès que vous sentez qu’une chose vous répugne, qui se présente à vous sous l’aspect de la souffrance, abandonnez-vous aussitôt à Dieu pour cette chose même, et offrez-vous à lui en sacrifice : vous verrez que, lorsque la croix viendra, elle aura perdu beaucoup de son poids, parce que vous la désirerez. Cela ne vous empêchera pas d’en sentir le poids. Certaines personnes s’imaginent que ce n’est pas souffrir que de sentir la croix. Le sentiment de la souffrance est l’une des parties principales de la souffrance elle-même. Jésus lui-même a bien voulu la souffrir dans toute son intensité.

Souvent la croix est portée avec faiblesse, d’autres fois avec force : tout doit être égal dans la volonté de Dieu.

Des mystères : Dieu les donne ici en réalité

On objectera que, par cette voie, les mystères ne seront pas connus. C’est tout le contraire : ils sont donnés à l’âme en réalité. Jésus-Christ, à qui elle est abandonnée, qu’elle suit comme le Chemin, qu’elle écoute comme la Vérité, et qui l’anime comme la Vie, s’imprimant en elle, lui communique ses propres états.

Porter les états de Jésus-Christ est quelque chose de bien plus grand que de simplement considérer ces états. Paul portait les états de Christ sur son corps. « je porte sur mon corps les marques de Jésus », dit-il (Ga 6.17). Mais il ne dit pas qu’il raisonnait sur eux.

Souvent, dans cet état d’abandon, Jésus-Christ donne des vues de ses états d’une manière frappante. Nous devons recevoir également toutes les dispositions dans lesquelles il lui plaira de nous mettre, choisissant pour nous-mêmes de demeurer près de lui et d’être anéantis devant lui, mais recevant également tout ce qu’il nous donne : lumière ou ténèbres, facilité ou sécheresse, force ou faiblesse, douceur ou amertume, tentations ou distractions, douleur, souci, incertitude ; aucune de ces choses ne doit nous ébranler.

Il y a des personnes à qui Dieu révèle continuellement ses mystères : qu’elles y soient fidèles. Mais lorsque Dieu juge bon de les leur retirer, qu’elles souffrent qu’ils leur soient ôtés.

D’autres se troublent de ce qu’aucun mystère ne leur est découvert : c’est inutile, puisqu’une attention amoureuse à Dieu renferme toute dévotion particulière, et que l’âme unie à Dieu seul, par son repos en lui, est instruite d’une manière très excellente de tous les mystères. Celui qui aime Dieu aime tout ce qui est de lui.

De la vertu : toutes les vertus sont données avec Dieu dans ce degré de l’oraison du cœur

C’est là le moyen court et sûr d’acquérir la vertu ; car, Dieu étant le principe de toute vertu, nous possédons toute vertu en possédant Dieu.

Bien plus, je dis que toute vertu qui n’est pas donnée intérieurement n’est qu’un masque de vertu, et comme un vêtement qu’on peut ôter et qui s’usera. Mais la vertu communiquée dans le fond est essentielle, vraie et permanente. « Toute resplendissante est la fille du roi dans l’intérieur du palais » (Ps 45.13). Et il n’en est point qui pratiquent la vertu plus constamment que ceux qui l’acquièrent de cette manière, bien que la vertu ne soit pas un objet distinct de leur pensée.

Comme ces âmes aimantes ont faim de souffrances ! Elles ne pensent qu’à ce qui peut plaire à leur Bien-Aimé, et elles commencent à se négliger elles-mêmes et à penser moins à elles-mêmes. Plus elles aiment Dieu, plus elles se haïssent elles-mêmes.

Oh ! si tous pouvaient apprendre cette méthode, si facile qu’elle convient à tous, aux plus ignorants comme aux plus savants, avec quelle facilité l’Église tout entière serait réformée ! Il vous suffit d’aimer. Saint Augustin dit : « Aime, et fais ce que tu veux » ; car lorsque nous aimons parfaitement, nous ne désirerons rien faire qui puisse déplaire à notre Bien-Aimé.

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