Moyen court et très facile de faire oraison
Préface de l’auteur

Chapitre 2 · 5 min de lecture · 6 min d’écoute

Préface de l’auteur


Lorsque j’ai écrit ce petit ouvrage, je n’avais nullement la pensée qu’il dût un jour être livré au public. Il avait été préparé pour venir en aide à quelques chrétiens qui désiraient aimer Dieu de tout leur cœur. Mais tant de personnes en ont demandé des copies, à cause du profit qu’elles avaient retiré de sa lecture, que l’on m’a demandé de le publier.

Je l’ai laissé tel qu’il était, dans sa simplicité naturelle. Je ne condamne les opinions de personne : au contraire, j’estime celles que d’autres professent, et je soumets tout ce que j’ai écrit à la censure des personnes d’expérience et de savoir. Je demande seulement à tous de ne pas se contenter d’en examiner l’extérieur, mais de pénétrer l’intention de celle qui l’a écrit, qui n’est autre que de porter les autres à AIMER Dieu et à le servir avec plus de bonheur et de succès, en leur donnant le moyen de le faire d’une manière simple et facile, qui convienne aux petits qui ne sont pas capables de choses extraordinaires, mais qui désirent sincèrement se donner à Dieu.

Je prie tous ceux qui le liront de le lire sans prévention ; et ils découvriront, sous des expressions communes, une onction cachée qui les portera à rechercher un bonheur que tous doivent espérer posséder.

J’emploie le mot de facilité, disant que la perfection est facile, parce qu’il est facile de trouver Dieu quand on le cherche au-dedans de soi. On pourra citer le passage qui dit : « Vous me chercherez et vous ne me trouverez pas » (Jn 7.34). Cela ne doit pourtant faire naître aucune difficulté ; car le même Dieu, qui ne peut se contredire, a dit : « celui qui cherche trouve » (Mt 7.8). Celui qui cherche Dieu, et qui ne veut pourtant pas quitter le péché, ne le trouvera pas, parce qu’il le cherche là où il ne peut être trouvé ; c’est pourquoi il est ajouté : « vous mourrez dans votre péché ». Mais celui qui désire sincèrement quitter le péché pour s’approcher de Dieu le trouvera infailliblement.

Beaucoup de gens se figurent la piété si effrayante, et l’oraison si extraordinaire, qu’ils ne veulent pas s’efforcer d’y parvenir, parce qu’ils n’espèrent jamais pouvoir y atteindre. Mais comme la difficulté que nous voyons en une chose nous fait désespérer d’y réussir, et nous ôte en même temps le désir de l’entreprendre ; et comme, lorsqu’une chose paraît à la fois désirable et facile à obtenir, nous nous y adonnons avec plaisir et la poursuivons hardiment, je me suis vue contrainte de mettre en lumière l’avantage et la facilité de cette voie.

Oh ! si nous étions persuadés de la bonté de Dieu envers ses pauvres créatures, et du désir qu’il a de se communiquer à elles, nous ne nous figurerions pas tant d’obstacles, et nous ne désespérerions pas si facilement d’obtenir un bien qu’il désire si infiniment nous accorder.

Et s’il n’a pas épargné son propre Fils, mais l’a livré pour nous tous, y a-t-il quelque chose qu’il puisse nous refuser ? Assurément, il ne le peut pas. Il ne nous faut rien de plus qu’un peu de courage et de persévérance. Nous avons tant de l’un et de l’autre pour de misérables intérêts temporels, et nous n’en avons aucun pour « la seule chose nécessaire ».

Quant à ceux qui ont de la peine à croire qu’il soit facile de trouver Dieu de cette manière, qu’ils ne croient pas tout ce qu’on leur en dit, mais qu’ils en fassent plutôt l’essai, afin d’en juger par eux-mêmes ; et ils verront que ce que j’en dis est bien peu de chose en comparaison de ce qui est en réalité.

Cher lecteur, étudiez ce petit ouvrage avec un cœur simple et sincère, avec humilité d’esprit, sans vouloir le critiquer, et vous verrez qu’il vous fera du bien. Recevez-le dans le même esprit où il est donné, qui n’est autre que le désir ardent que vous soyez amené à vous donner sans réserve à Dieu. Mon désir est qu’il soit le moyen de conduire les simples et les enfants à leur Père, qui aime leur humble confiance, et à qui la défiance déplaît tant. Ne cherchez rien d’autre que l’amour de Dieu ; ayez un désir sincère de votre salut, et vous le trouverez assurément, en suivant cette petite méthode sans méthode.

Je ne prétends pas élever mes sentiments au-dessus de ceux des autres, mais je rapporte simplement ce qu’a été ma propre expérience, aussi bien que celle d’autres personnes, et l’avantage que j’ai trouvé dans cette manière simple et naturelle d’aller à Dieu.

Si ce livre ne traite de rien d’autre que du moyen court et facile de faire oraison, c’est qu’étant écrit uniquement pour cela, il ne peut parler d’autre chose. Il est certain que, si on le lit dans l’esprit où il a été écrit, on n’y trouvera rien qui puisse choquer l’esprit. Ceux qui en feront l’expérience seront les plus assurés de la vérité qu’il contient.

C’est à toi, ô saint Enfant Jésus, qui aimes la simplicité et l’innocence, et qui trouves tes délices parmi les enfants des hommes, c’est-à-dire parmi ceux d’entre les hommes qui veulent bien devenir enfants ; — c’est à toi, dis-je, de donner prix et valeur à ce petit ouvrage, en l’imprimant dans le cœur, et en portant ceux qui le liront à te chercher au-dedans d’eux-mêmes, où tu prendras ton repos, recevant les marques de leur amour et leur donnant des preuves du tien.

C’est ton œuvre, ô divin Enfant ! ô Amour incréé ! ô Verbe silencieux ! de te faire aimer, goûter et entendre. Tu as le pouvoir de le faire ; et j’ose même dire que tu le feras, par le moyen de ce petit ouvrage, qui est tout à toi, tout de toi et tout pour toi.

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