Chapitre 16 · 5 min de lecture · 7 min d’écoute
Un mot aux prédicateurs
Si tous ceux qui travaillent à la conquête des âmes cherchaient à les gagner par le cœur, en les conduisant avant tout à l’oraison et à la vie intérieure, ils verraient des conversions nombreuses et durables. Mais tant qu’ils ne s’adresseront qu’à l’extérieur, et qu’au lieu d’attirer les gens à Christ en occupant leur cœur de lui, ils ne leur donneront que mille préceptes pour des observances extérieures, ils ne verront que peu de fruit, et ce fruit ne durera pas.
Une fois le cœur gagné, les autres défauts se corrigent aisément. C’est pourquoi Dieu demande particulièrement le cœur. Par ce seul moyen, on préviendrait l’ivrognerie, les blasphèmes, l’impureté, les inimitiés et les vols qui règnent dans le monde. Jésus-Christ régnerait partout, et l’Église serait partout renouvelée.
L’erreur ne s’empare de l’âme qu’en l’absence de la foi et de l’oraison. Si l’on pouvait apprendre aux hommes à croire simplement et à prier, au lieu de disputer entre eux, ils seraient doucement conduits à Christ.
Oh ! que la perte de ceux qui négligent la vie intérieure est inestimable ! Oh ! quel compte auront à rendre à Dieu ceux qui ont la charge des âmes, pour n’avoir pas découvert ce trésor caché à tous ceux qu’ils servent dans le ministère de la Parole !
On s’en excuse en disant qu’il y a du danger dans cette voie, ou que les gens simples sont incapables des choses spirituelles. L’oracle de la vérité nous assure que Dieu a caché ces choses aux sages et aux prudents, et qu’il les a révélées aux petits. Et quel danger peut-il y avoir à marcher dans la seule vraie voie, qui est Jésus-Christ, à nous donner à lui, à le regarder sans cesse, à mettre toute notre confiance en sa grâce, et à tendre de toutes les forces de notre âme à son pur amour ?
Bien loin que les simples soient incapables de cette perfection, ils y sont les plus propres, parce qu’ils sont plus dociles, plus humbles et plus innocents ; et comme ils ne raisonnent pas, ils ne sont pas si attachés à leurs propres lumières. N’ayant point de science, ils se laissent plus facilement conduire par l’Esprit de Dieu, tandis que d’autres, aveuglés par leur propre suffisance, résistent à l’inspiration divine.
Dieu nous dit aussi que c’est aux simples qu’il donne l’intelligence par la révélation de sa parole (Ps 119.130). « Le témoignage de l’Éternel est véritable, il rend sage l’ignorant. » (Ps 19.7). « L’Éternel garde les simples; J’étais malheureux, et il m’a sauvé. » (Ps 116.6).
Ô vous qui avez la conduite des âmes ! prenez garde de ne pas empêcher les petits d’aller à Christ. Il disait à ses disciples : « Laissez venir à moi les petits enfants, et ne les en empêchez pas; car le royaume de Dieu est pour ceux qui leur ressemblent. » (Lc 18.16). Jésus ne dit cela à ses disciples que parce qu’ils voulaient écarter de lui les enfants. Souvent on applique le remède au corps, quand le mal est au cœur. Si nous avons si peu de succès à réformer les hommes, c’est que nous portons nos efforts sur l’extérieur, et tout ce que nous pouvons y faire passe bientôt. Mais si nous leur donnions d’abord la clef de l’intérieur, l’extérieur se réformerait aussitôt avec une facilité naturelle.
Et cela est très facile. Leur apprendre à chercher Dieu dans leur cœur, à penser à lui, à revenir à lui lorsqu’ils s’aperçoivent qu’ils s’en sont détournés, à tout faire et tout souffrir pour lui plaire — c’est les conduire à la source de toute grâce, et leur y faire trouver tout ce qui est nécessaire à leur sanctification. Ô vous qui servez les âmes ! je vous conjure de les mettre avant tout dans cette voie, qui est Jésus-Christ ; et c’est lui-même qui vous en conjure par le sang qu’il a versé pour les âmes qu’il vous confie. « Parlez au cœur de Jérusalem » (És 40.2, en marge.) Ô dispensateurs de sa grâce, prédicateurs de sa Parole, ministres des sacrements ! établissez son royaume ; et, pour l’établir véritablement, faites-le régner sur les CŒURS. Car, comme c’est le cœur seul qui peut s’opposer à son empire, c’est par la soumission du cœur que sa souveraineté est le plus honorée. Hélas ! nous voulons faire des prières étudiées ; et, à force de vouloir trop les arranger, nous les rendons impossibles. Nous avons éloigné les enfants du meilleur des Pères en voulant leur apprendre un langage poli. Allez, pauvres enfants, parlez à votre Père céleste dans votre langage naturel : si grossier qu’il soit, il ne l’est point pour lui. Un père aime mieux un discours que l’amour et le respect mettent en désordre, parce qu’il voit qu’il vient du cœur : cela vaut plus pour lui qu’une harangue sèche, vaine et stérile, quoique bien étudiée. Oh ! que certains regards d’amour le charment et le ravissent ! Ils expriment infiniment plus que tout langage et tout raisonnement. En voulant enseigner à aimer l’Amour même avec méthode, on a perdu beaucoup de cet amour. Oh ! il n’est pas nécessaire d’enseigner l’art d’aimer. Le langage de l’amour est barbare pour celui qui n’aime pas ; et l’on ne peut mieux apprendre à aimer Dieu qu’en L’aimant. L’Esprit de Dieu n’a pas besoin de nos arrangements ; il prend des bergers quand il lui plaît pour en faire des prophètes ; et, loin de fermer à quiconque le palais de l’oraison, comme on se l’imagine, il en laisse les portes ouvertes à tous, et la Sagesse reçoit l’ordre de crier sur les places publiques : « Que celui qui est stupide entre ici! Elle dit à ceux qui sont dépourvus de sens: Venez, mangez de mon pain, Et buvez du vin que j’ai mêlé » (Pr 9.4, 5). Christ n’a-t-Il pas rendu grâces à son Père de ce qu’il avait caché ces choses aux sages et aux prudents, et de ce qu’il les avait révélées aux petits ? (Mt 11.25.)
Chapitre 16 terminé
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