Moyen court et très facile de faire oraison
Le repos en la présence de Dieu

Chapitre 10 · 3 min de lecture · 4 min d’écoute

Le repos en la présence de Dieu

L’âme, étant parvenue à ce point, n’a besoin d’aucune autre préparation que le repos : car la présence de Dieu pendant le jour, qui est le grand fruit de l’oraison, ou plutôt l’oraison elle-même, commence à être intuitive et presque continuelle. L’âme sent en elle un profond bonheur intérieur, et sent que Dieu est en elle plus véritablement qu’elle n’est en elle-même. Elle n’a qu’une seule chose à faire pour trouver Dieu, c’est de se retirer au-dedans d’elle-même. Dès que les yeux se ferment, elle se trouve en oraison.

Elle s’étonne de ce bonheur infini ; il se poursuit en elle un entretien que les choses extérieures ne peuvent interrompre. On pourrait dire de cette manière de prier ce qui a été dit de la Sagesse : « Tous les biens me sont venus avec elle » (Sg 7.11), car la vertu coule naturellement dans l’âme, et se pratique si facilement qu’elle semble lui être toute naturelle. Elle a en elle un germe de vie et de fécondité, qui lui donne une facilité pour tout bien et une insensibilité pour tout mal. Qu’elle demeure donc fidèle, et qu’elle ne cherche point d’autre disposition que celle du simple repos. Elle n’a rien d’autre à faire que de se laisser remplir de cette effusion divine.

« L’Éternel est dans son saint temple. Que toute la terre fasse silence devant lui! » (Ha 2.20). La raison pour laquelle le silence intérieur est si nécessaire, c’est que Jésus-Christ étant le Verbe éternel et essentiel, il faut, pour qu’il soit reçu dans l’âme, une disposition qui corresponde à ce qu’il est. Or il est certain que, pour recevoir des paroles, il faut écouter. L’ouïe est le sens qui nous a été donné pour nous permettre de recevoir les paroles qui nous sont communiquées. L’ouïe est un sens passif plutôt qu’actif, qui reçoit et ne communique pas. Jésus-Christ étant le Verbe qui doit être communiqué, l’âme doit être attentive à ce Verbe qui lui parle au-dedans.

C’est pourquoi nous sommes si souvent exhortés à écouter Dieu et à être attentifs à sa voix. Il serait possible de citer bien des passages. Je me contenterai d’en rapporter quelques-uns : « Mon peuple, sois attentif! Ma nation, prête-moi l’oreille! » (És 51.4). « Écoutez-moi, maison de Jacob, et vous tous, restes de la maison d’Israël » (És 46.31). « Écoute, ma fille, vois, et prête l’oreille; oublie ton peuple et la maison de ton père. Le roi porte ses désirs sur ta beauté » (Ps 45.10, 11).

Nous devons écouter Dieu et être attentifs à lui, en nous oubliant nous-mêmes ainsi que tout intérêt propre. Ces deux actions, ou plutôt ces deux passions — car cet état est essentiellement passif —, éveillent en Dieu ces « désirs » qu’il porte sur la « beauté » qu’il a lui-même communiquée.

Le silence extérieur est extrêmement nécessaire pour cultiver le silence intérieur, et il est impossible d’acquérir le silence intérieur sans avoir l’amour du silence et de la solitude.

Dieu nous dit par la bouche de son prophète : « Je veux l’attirer et la conduire au désert, et je parlerai à son cœur » (leçon marginale d’Osée 2.14).


Être occupé de Dieu au-dedans, et occupé au-dehors d’une infinité de bagatelles, c’est là une chose impossible.

Ce sera peu de chose de prier et de nous retirer en nous-mêmes pendant une demi-heure ou une heure, si nous ne conservons pas l’onction et l’esprit d’oraison pendant le reste du jour.

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