Rétrospective
Puissant pour sauver

Chapitre 7 · 6 min de lecture · 8 min d’écoute

Puissant pour sauver

DE retour à Londres quand je fus assez rétabli pour reprendre mes études, je retrouvai la vie affairée de l’hôpital et de l’amphithéâtre, souvent égayée par d’heureux dimanches de communion avec des amis chrétiens, surtout à Londres ou à Tottenham. On trouve des occasions de servir dans tous les milieux, et le mien ne faisait pas exception. Je ne mentionnerai ici qu’un seul cas, qui m’encouragea beaucoup à rechercher la conversion d’une âme, même quand elle semblait de toute apparence désespérée.

Dieu m’avait déjà donné la joie de gagner des âmes, mais non dans un entourage d’une difficulté aussi particulière. À Dieu tout est possible, et aucune conversion n’a jamais lieu autrement que par la toute-puissance du Saint-Esprit. Le grand besoin de tout ouvrier chrétien est donc de connaître Dieu. C’est même dans ce but qu’il nous a donné la vie éternelle, comme le dit notre Sauveur lui-même dans ce verset si souvent mal cité, Jean 17:3 : « C’est ici [le but de] la vie éternelle, [non pas de connaître, mais] qu’ils puissent te connaître, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. » J’allais maintenant éprouver combien Dieu est disposé à exaucer la prière pour une bénédiction spirituelle dans les circonstances les moins prometteuses, et apprendre ainsi à mieux connaître le Dieu qui exauce la prière comme celui qui est « puissant pour sauver ».

Peu de temps avant mon départ pour la Chine, il m’incomba de panser chaque jour le pied d’un malade atteint de gangrène sénile. Le mal avait commencé, comme d’ordinaire, de façon insidieuse, et le malade n’avait guère idée qu’il était un homme condamné, à qui il ne restait probablement plus longtemps à vivre. Je n’étais pas le premier à le soigner, mais quand le cas me fut confié, je devins naturellement très soucieux de son âme. La famille chez qui il vivait était chrétienne, et j’appris d’elle qu’il était un athée déclaré, très hostile à tout ce qui touchait à la religion. Sans lui demander son avis, ils avaient invité un lecteur de la Bible à lui rendre visite, mais, dans un violent accès de colère, il l’avait chassé de la chambre. Le pasteur de la paroisse était venu lui aussi, dans l’espoir de l’aider ; mais il lui avait craché au visage et avait refusé de le laisser lui adresser la parole. On me décrivit son humeur emportée comme très violente, et, à tout prendre, le cas paraissait aussi désespéré qu’on pouvait l’imaginer.

Quand je commençai à le soigner, je priai beaucoup à ce sujet ; mais pendant deux ou trois jours, je ne lui dis rien qui touchât à la religion. En pansant avec un soin particulier son membre malade, je pus soulager considérablement ses souffrances, et il ne tarda pas à montrer qu’il appréciait mes services avec reconnaissance. Un jour, le cœur tremblant, je profitai de ses chaleureux remerciements pour lui dire quelle était la source de ma conduite, et pour lui parler de sa propre situation, si solennelle, et du besoin qu’il avait de la miséricorde de Dieu en Christ. Ce ne fut visiblement qu’au prix d’un puissant effort sur lui-même qu’il garda les lèvres closes. Il se retourna dans son lit, me tournant le dos, et ne prononça pas un mot.

Je ne pouvais chasser ce pauvre homme de mon esprit, et bien des fois chaque jour je suppliai Dieu de le sauver par son Esprit avant de le retirer de ce monde. Après avoir pansé la plaie et soulagé sa douleur, je ne manquais jamais de lui dire quelques mots, que j’espérais voir bénis par le Seigneur. Il me tournait toujours le dos, l’air contrarié, mais ne répondait jamais un mot.

Après avoir continué ainsi quelque temps, je perdis courage. Il me semblait non seulement que je ne faisais aucun bien, mais que peut-être je l’endurcissais réellement et augmentais sa culpabilité. Un jour, après avoir pansé son membre et m’être lavé les mains, au lieu de revenir à son chevet pour lui parler, j’allai vers la porte, et restai là quelques instants, hésitant, avec cette pensée à l’esprit : « Éphraïm est attaché aux idoles: laisse-le! » Je regardai l’homme et vis sa surprise, car c’était la première fois, depuis que je lui avais parlé, que je faisais mine de partir sans m’approcher de son lit pour lui dire quelques mots de la part de mon Maître. Je n’y tins plus. Fondant en larmes, je traversai la chambre et lui dis : « Mon ami, que vous écoutiez ou que vous n’écoutiez pas, il faut que je sauve mon âme », et je continuai à lui parler avec beaucoup d’ardeur, lui disant avec bien des larmes combien je souhaitais qu’il me laissât prier avec lui. À ma joie inexprimable, il ne se détourna pas, mais répondit : « Si cela peut vous soulager, faites-le. » Ai-je besoin de dire que je tombai à genoux et répandis toute mon âme devant Dieu en sa faveur ? Je crois que le Seigneur opéra alors, sur-le-champ, un changement dans son âme.

Il ne refusa plus jamais, par la suite, qu’on lui parlât et qu’on priât avec lui, et en quelques jours il accepta résolument Christ comme son Sauveur. Oh ! quelle joie ce fut pour moi de voir ce cher homme se réjouir dans l’espérance de la gloire de Dieu ! Il me dit que depuis quarante ans il n’avait jamais franchi le seuil d’une église ou d’une chapelle, et qu’alors — il y avait quarante ans — il n’était entré dans un lieu de culte que pour se marier, et qu’on n’avait pu le décider à y entrer quand sa femme avait été enterrée. Maintenant, grâce à Dieu, son âme souillée par le péché avait été, j’avais tout lieu de le croire, lavée, sanctifiée, justifiée au nom du Seigneur Jésus-Christ, et par l’Esprit de notre Dieu. Bien souvent, quand, dans mes débuts en Chine, les circonstances me laissaient presque sans espoir de succès, j’ai pensé à la conversion de cet homme, et j’ai été encouragé à persévérer dans l’annonce de la Parole, qu’ils écoutent ou qu’ils n’écoutent pas.

Le malade, désormais heureux, vécut encore quelque temps après ce changement, et ne se lassait jamais de rendre témoignage à la grâce de Dieu. Bien que son état fût des plus pénibles, la transformation de son caractère et de sa conduite fit du devoir autrefois si douloureux de le soigner un réel plaisir. J’ai souvent pensé depuis, à propos de ce cas et de l’œuvre de Dieu en général, à ces paroles : « Celui qui marche en pleurant, quand il porte la semence, Revient avec allégresse, quand il porte ses gerbes. » Peut-être, s’il y avait davantage de cette intense détresse pour les âmes qui conduit aux larmes, verrions-nous plus souvent les résultats que nous désirons. Il se peut parfois que, tandis que nous nous plaignons de la dureté du cœur de ceux à qui nous cherchons à faire du bien, la dureté de notre propre cœur, et la faiblesse avec laquelle nous saisissons la réalité solennelle des choses éternelles, soient la véritable cause de notre manque de succès.


Page 1 / 1 · 6 min restantes dans le chapitre
Précédent Suivant