Chapitre 6 · 8 min de lecture · 10 min d’écoute
Fortifié par la foi
UN jour, le docteur, en entrant, me trouva sur le canapé, et fut surpris d’apprendre qu’avec de l’aide j’avais descendu l’escalier. « Maintenant, dit-il, ce que vous avez de mieux à faire, c’est de partir pour la campagne dès que vous vous sentirez de force à faire le voyage. Il faut vous mettre au vert jusqu’à ce que vous ayez recouvré une bonne part de votre santé et de vos forces, car si vous reprenez votre travail trop tôt, les conséquences pourraient encore être graves. » Quand il fut parti, tandis que j’étais étendu sur le canapé, à bout de forces, je dis simplement tout au Seigneur : je m’abstenais de faire connaître ma situation à ceux qui auraient été heureux de pourvoir à mon besoin, afin que ma foi fût fortifiée en recevant son secours à lui, en réponse à la prière seule. Que devais-je faire ? Et j’attendis sa réponse.
Il me sembla qu’il orientait ma pensée vers cette conclusion : retourner au bureau de l’armateur et m’informer des gages que je n’avais pu toucher. Je rappelai au Seigneur que je n’avais pas les moyens de prendre une voiture, qu’il ne paraissait guère probable que je parvinsse à obtenir l’argent, et je lui demandai si cette impulsion n’était pas simplement le geste de celui qui se raccroche à un fétu de paille, quelque opération de mon propre esprit, plutôt que sa direction et son enseignement. Après avoir prié, cependant, et m’être de nouveau attendu à Dieu, je fus affermi dans la conviction que c’était bien lui qui m’enseignait à me rendre au bureau.
La question suivante fut : « Comment vais-je y aller ? » J’avais dû demander de l’aide pour descendre l’escalier, et l’endroit se trouvait à deux milles au moins. Il me fut donné de saisir avec force cette assurance que tout ce que je demanderais à Dieu au nom de Christ serait fait, afin que le Père soit glorifié dans le Fils ; que ce que j’avais à faire, c’était de demander la force pour cette longue marche, de la recevoir par la foi, et de me mettre en route. Sans hésiter, je dis au Seigneur que j’étais tout à fait disposé à faire la marche s’il voulait bien m’en donner la force. Je demandai au nom de Christ que la force me fût donnée sur-le-champ ; et, ayant envoyé la servante chercher dans ma chambre mon chapeau et ma canne, je partis, non pour essayer de marcher, mais pour marcher jusqu’à Cheapside.
Bien que fortifié par la foi sans aucun doute, je ne pris jamais autant d’intérêt aux vitrines des boutiques que pendant ce trajet. Tous les deux ou trois pas, j’étais heureux de m’appuyer un peu contre la glace, et de prendre le temps d’examiner ce qui était exposé avant de poursuivre. Il me fallut un effort de foi particulier, arrivé au bas de Farringdon Street, pour entreprendre la pénible montée de Snow Hill : il n’y avait pas de viaduc de Holborn en ce temps-là, et il fallait bien la gravir. Dieu m’aida merveilleusement, et je finis par atteindre Cheapside, m’engageai dans la rue latérale où se trouvait le bureau, et m’assis, très épuisé, sur les marches qui menaient au premier étage, où j’allais. Je sentais que ma position était un peu singulière — assis là sur les marches, si visiblement à bout —, et les messieurs qui montaient et descendaient l’escalier en toute hâte me regardaient d’un air interrogateur. Après un peu de repos, cependant, et un nouveau moment de prière, je parvins à gravir l’escalier, et, à ma grande consolation, je trouvai au bureau l’employé avec qui j’avais eu affaire jusque-là dans cette question. Me voyant pâle et épuisé, il s’informa aimablement de ma santé, et je lui dis que j’avais eu une grave maladie, qu’on m’envoyait à la campagne, mais que j’avais jugé bon de passer d’abord pour me renseigner davantage, de peur qu’il n’y eût quelque erreur au sujet du second qui se serait enfui vers les mines d’or. « Oh ! dit-il, je suis si content que vous soyez venu, car il se trouve que c’est un matelot du même nom qui s’est sauvé. Le second est toujours à bord ; le navire vient d’arriver à Gravesend, et sera ici très bientôt. Je serai heureux de vous remettre la demi-solde jusqu’à ce jour, car elle parviendra sans doute plus sûrement à sa femme par votre intermédiaire. Nous savons tous quelles tentations assaillent les hommes quand ils rentrent chez eux après un voyage. »
Avant de me remettre la somme, toutefois, il insista pour que j’entre et partage son déjeuner. Je sentis que c’était vraiment le Seigneur qui pourvoyait à mes besoins, et j’acceptai son offre avec reconnaissance. Quand je fus restauré et reposé, il me donna une feuille de papier pour écrire quelques lignes à la femme et l’informer des circonstances. Sur le chemin du retour, je pris à Cheapside un mandat pour le reste qui lui était dû, et le mis à la poste ; puis, rentrant chez moi, je me sentis désormais pleinement autorisé à prendre un omnibus aussi loin qu’il pouvait me mener.
Beaucoup mieux le lendemain matin, après avoir réglé quelques petites affaires dont j’avais à m’occuper, je me rendis au cabinet du médecin qui m’avait soigné, sentant que, bien que mon oncle fût disposé à payer la note, il était juste, maintenant que j’avais un peu d’argent en main, que je demande moi-même le compte. Le bon chirurgien refusa de me laisser, en ma qualité d’étudiant en médecine, payer quoi que ce soit pour ses visites ; mais il m’avait fourni de la quinine, qu’il me permit de payer, pour un montant de huit shillings. Quand ce fut réglé, je vis que la somme restante suffisait tout juste à me ramener chez moi ; et, à mes yeux, toute l’affaire était une merveilleuse intervention de Dieu en ma faveur.
Je savais que le chirurgien était sceptique, et je lui dis que j’aimerais beaucoup lui parler librement, si je pouvais le faire sans l’offenser ; que je sentais que, après Dieu, je devais la vie à ses bons soins, et que je souhaitais très ardemment qu’il devînt lui-même participant de la même foi précieuse que je possédais. Je lui dis donc la raison de ma présence à Londres, ma situation, et pourquoi j’avais décliné l’aide de mon père aussi bien que celle des responsables de la Société par laquelle il était probable que je partirais pour la Chine. Je lui racontai les récentes dispensations providentielles de Dieu envers moi, et combien ma position avait paru désespérée la veille, quand il m’avait ordonné d’aller à la campagne, à moins de révéler mon besoin, ce que j’avais résolu de ne pas faire. Je lui décrivis les luttes intérieures par lesquelles j’étais passé ; mais quand j’ajoutai que je m’étais effectivement levé du canapé et que j’avais marché jusqu’à Cheapside, il me regarda d’un air incrédule : « Impossible ! Je vous ai laissé étendu là, plus semblable à un fantôme qu’à un homme. » Et je dus lui assurer à plusieurs reprises que, fortifié par la foi, j’avais réellement fait cette marche. Je lui dis aussi quelle somme il me restait, quels paiements j’avais eu à faire, et lui montrai qu’il restait juste de quoi me ramener chez moi dans le Yorkshire, en prévoyant les rafraîchissements nécessaires en chemin et le trajet en omnibus à l’arrivée.
Mon bon ami fut complètement bouleversé, et me dit, les larmes aux yeux : « Je donnerais le monde entier pour une foi comme la vôtre. » J’eus, quant à moi, la joie de lui dire qu’on pouvait l’obtenir sans argent, sans rien payer. Nous ne nous revîmes jamais. Quand je revins en ville, rétabli et en pleine force, j’appris qu’il avait eu une attaque et était parti pour la campagne ; et j’appris par la suite qu’il ne s’en était jamais remis. Je ne pus obtenir aucun renseignement sur l’état de son âme au moment où il fut repris ; mais j’ai toujours été très reconnaissant d’avoir eu l’occasion de rendre ce témoignage pour Dieu, et de l’avoir saisie. Je ne puis m’empêcher de nourrir l’espérance que le Maître lui-même lui parlait par les voies qu’il suivait avec moi, et que je le reverrai dans la Patrie meilleure. Ce ne serait pas une petite joie d’être accueilli par lui, quand mon propre service sera achevé.
Le lendemain me trouva dans la maison de mes chers parents. Ma joie du secours et de la délivrance du Seigneur était si grande que je ne pus la garder pour moi, et avant mon retour à Londres ma chère mère connaissait le secret de ma vie depuis quelque temps. Ai-je besoin de dire que, lorsque je remontai en ville, on ne me permit pas de vivre — et, à vrai dire, je n’étais pas en état de vivre — sur le même pied d’économie qu’avant ma maladie ? Il me fallait davantage à présent, et le Seigneur y pourvut.
Chapitre 6 terminé
Fortifié par la foi