Chapitre 2 · 10 min de lecture · 13 min d’écoute
L’appel au service
LES premières joies de la conversion s’évanouirent au bout d’un temps et firent place à une période de pénible torpeur spirituelle, mêlée de beaucoup de combats. Mais celle-ci aussi prit fin, laissant un sentiment plus profond de ma propre faiblesse et de ma dépendance à l’égard du Seigneur, seul Gardien aussi bien que Sauveur de son peuple. Qu’il est doux à l’âme, lassée et déçue dans ses luttes contre le péché, le calme repos de la confiance dans le berger d’Israël !
Peu de mois après ma conversion, ayant un après-midi de loisir, je me retirai dans ma chambre pour le passer en grande partie dans la communion avec Dieu. Je me souviens bien de ce moment. Avec quelle joie au cœur je répandis mon âme devant Dieu ; et, confessant encore et encore mon amour reconnaissant à celui qui avait tout fait pour moi — qui m’avait sauvé alors que j’avais renoncé à tout espoir et même à tout désir de salut —, je le suppliai de me donner quelque chose à faire pour lui, comme un exutoire à mon amour et à ma reconnaissance ; quelque service de renoncement, peu importait lequel, si pénible ou si humble qu’il fût ; quelque chose qui lui fût agréable et que je pusse faire pour celui qui avait tant fait pour moi. Je me souviens bien, tandis que, dans une consécration sans réserve, je mettais sur l’autel ma personne, ma vie, mes amis, mon tout, de la profonde solennité qui envahit mon âme avec l’assurance que mon offrande était acceptée. La présence de Dieu devint indiciblement réelle et bénie ; et, bien que je ne fusse qu’un enfant de moins de seize ans, je me souviens de m’être étendu à terre, et d’être resté là, silencieux devant lui, dans une crainte et une joie inexprimables.
Pour quel service j’étais accepté, je ne le savais pas ; mais une conscience profonde de ne plus m’appartenir s’empara de moi, et elle ne s’est jamais effacée depuis. Ce fut une conscience très pratique. Deux ou trois ans plus tard, on me fit, au sujet d’études de médecine, des propositions d’une nature exceptionnellement favorable, à condition que je devinsse l’apprenti du médecin qui était mon ami et mon maître. Mais je sentis que je n’osais accepter aucun engagement qui me liât, comme celui qu’on me suggérait. Je ne m’appartenais pas pour me donner moi-même ; car je ne savais ni quand ni comment celui à qui seul j’appartenais, et pour la disposition duquel je sentais devoir toujours me garder libre, pourrait m’appeler à le servir.
Quelques mois après ce temps de consécration, la conviction se grava dans mon âme que c’était en Chine que le Seigneur me voulait. Il me sembla très probable que l’œuvre à laquelle j’étais ainsi appelé pourrait me coûter la vie ; car la Chine n’était pas alors ouverte comme elle l’est aujourd’hui. Peu de sociétés missionnaires avaient à cette époque des ouvriers en Chine, et je ne pouvais me procurer que peu de livres sur les missions en Chine. J’appris cependant que le pasteur congrégationaliste de ma ville natale possédait un exemplaire de la China de Medhurst, et j’allai le voir pour lui demander de me prêter le livre. Il me l’accorda aimablement, en me demandant pourquoi je désirais le lire. Je lui dis que Dieu m’avait appelé à passer ma vie au service missionnaire dans ce pays. « Et comment vous proposez-vous d’y aller ? » demanda-t-il. Je répondis que je n’en savais rien ; qu’il me semblait probable que je devrais faire comme les Douze et les Soixante-dix l’avaient fait en Judée — partir sans bourse, sans sac, comptant sur celui qui m’avait appelé pour pourvoir à tous mes besoins. Posant aimablement la main sur mon épaule, le pasteur répliqua : « Ah ! mon garçon, en grandissant vous deviendrez plus sage que cela. Une telle idée convenait fort bien au temps où Christ lui-même était sur la terre, mais non pas aujourd’hui. »
J’ai grandi depuis, mais je ne suis pas devenu plus sage. Je suis plus convaincu que jamais que, si nous prenions plus pleinement pour guide les instructions de notre Maître et les assurances qu’il donna à ses premiers disciples, nous les trouverions tout aussi adaptées à notre temps qu’à celui où elles furent données à l’origine.
Le livre de Medhurst sur la Chine soulignait la valeur des missions médicales dans ce pays, et c’est ce qui tourna mon attention vers les études de médecine comme un précieux moyen de préparation.
Mes parents bien-aimés ne découragèrent ni n’encouragèrent mon désir de m’engager dans l’œuvre missionnaire. Ils me conseillèrent, puisque j’avais de telles convictions, d’employer tous les moyens en mon pouvoir pour développer les ressources du corps, de l’esprit, du cœur et de l’âme, et de m’attendre à Dieu dans la prière, tout disposé, s’il me montrait que je m’étais trompé, à suivre sa direction, ou à aller de l’avant si, en temps voulu, il m’ouvrait la voie du service missionnaire. J’ai souvent eu l’occasion depuis d’éprouver l’importance de ce conseil. Je me mis à prendre davantage d’exercice au grand air pour fortifier mon corps. Je fis enlever mon lit de plumes, et je cherchai à me passer d’autant d’autres commodités de la maison que je le pus, afin de me préparer à un genre de vie plus rude. Je commençai aussi à faire, dans la mesure de mes moyens, l’œuvre chrétienne qui m’était possible : distribuer des traités, enseigner à l’école du dimanche, visiter les pauvres et les malades, selon que l’occasion s’en présentait.
Après un temps d’études préparatoires à la maison, je me rendis à Hull pour m’y former à la médecine et à la chirurgie. Je devins là l’assistant d’un médecin qui était attaché à l’école de médecine de Hull, et qui était aussi chirurgien de plusieurs usines, ce qui amenait à notre dispensaire de nombreux cas d’accidents et me donnait l’occasion de voir et de pratiquer les petites opérations de la chirurgie.
C’est ici qu’eut lieu un événement que je ne dois pas omettre de mentionner. Avant de quitter la maison, mon attention avait été attirée sur la question de mettre à part pour le service du Seigneur les prémices de tout son revenu et une part proportionnée de ses biens. Je jugeai bon d’étudier la question la Bible à la main avant de quitter la maison et de me trouver placé dans des circonstances où la pression des besoins et des soucis environnants pourrait fausser mes conclusions. Je fus ainsi amené à la résolution de mettre à part pour le service du Seigneur au moins le dixième de tout l’argent que je pourrais gagner ou posséder. Le salaire que je recevais comme assistant médical à Hull, à l’époque dont je parle, m’aurait permis de le faire sans peine. Mais par suite de changements dans la famille de mon bon ami et patron, il me fallut loger au-dehors. On me trouva un logement confortable chez un parent, et, en plus de la somme fixée comme rémunération de mes services, je reçus le montant exact que j’avais à payer pour la pension et le logement.
Alors s’éleva dans mon esprit cette question : cette somme ne devait-elle pas, elle aussi, être soumise à la dîme ? Elle faisait assurément partie de mon revenu, et je sentais que, s’il s’était agi de l’impôt sur le revenu de l’État, elle n’en aurait certainement pas été exclue. D’autre part, prélever la dîme sur le tout ne me laisserait pas assez pour mes autres besoins ; et pendant quelque temps je fus fort embarrassé de savoir que faire. Après beaucoup de réflexion et de prière, je fus conduit à quitter le logement confortable et l’heureux cercle où je demeurais alors, et à prendre une petite chambre dans les faubourgs — salon et chambre à coucher tout ensemble —, en me chargeant de me nourrir moi-même. De cette manière, je pus sans difficulté donner la dîme de tout mon revenu ; et si je ressentis beaucoup ce changement, il s’accompagna d’une bénédiction qui ne fut pas petite.
Dans ma solitude, je consacrai plus de temps que je ne l’aurais fait autrement à l’étude de la Parole de Dieu, à la visite des pauvres et à l’évangélisation pendant les soirées d’été. Mis ainsi en contact avec beaucoup de gens dans la détresse, je vis bientôt le privilège qu’il y avait à économiser plus encore, et je n’eus pas de peine à donner bien davantage que la part de mon revenu que j’avais d’abord prévue.
Vers cette époque, un ami attira mon attention sur la question du retour personnel et prémillénaire de notre Seigneur Jésus-Christ, et me donna une liste de passages qui s’y rapportaient, sans note ni commentaire, en me conseillant de méditer ce sujet. Pendant un temps, je consacrai beaucoup d’heures à étudier là-dessus les Écritures, et le résultat fut que je fus amené à voir que ce même Jésus, qui avait quitté notre terre dans son corps ressuscité, devait revenir de la même manière, que ses pieds devaient se poser sur la montagne des oliviers, et qu’il devait prendre possession du trône temporel de David, son père, qui lui avait été promis avant sa naissance. Je vis de plus que, dans tout le Nouveau Testament, le retour du Seigneur était la grande espérance de son peuple, qu’il était toujours invoqué comme le plus puissant motif de consécration et de service, et comme la plus grande consolation dans l’épreuve et l’affliction. J’appris aussi que le moment de son retour pour les siens n’était pas révélé, et que c’était leur privilège de vivre, de jour en jour et d’heure en heure, comme des hommes qui attendent le Seigneur ; qu’en vivant ainsi, il était pour ainsi dire indifférent qu’il vînt ou ne vînt pas à telle heure précise, l’important étant d’être si bien prêt pour lui que l’on puisse, quel que soit le moment où il paraîtra, rendre compte de son administration avec joie, et non en gémissant.
L’effet de cette bienheureuse espérance fut tout à fait pratique. Elle me conduisit à passer soigneusement en revue ma petite bibliothèque, pour voir s’il s’y trouvait des livres dont je n’avais pas besoin ou qui ne devaient plus guère me servir, et à examiner ma modeste garde-robe, pour bien m’assurer qu’elle ne contenait rien dont je serais fâché d’avoir à rendre compte si le Maître venait sur-le-champ. Le résultat fut que la bibliothèque se trouva considérablement réduite, au profit de quelques pauvres voisins, et à mon profit bien plus grand encore, et que je découvris aussi des vêtements qui pouvaient être mieux employés ailleurs.
Il m’a été très utile, de temps à autre au cours de ma vie, selon que l’occasion s’en présentait, d’agir de nouveau de la même manière ; et je n’ai jamais parcouru ma maison de la cave au grenier dans cette intention sans recevoir un grand surcroît de joie et de bénédiction spirituelles. Je crois que nous sommes tous exposés à accumuler — par irréflexion peut-être, ou sous la pression des occupations — des choses qui seraient utiles à d’autres, alors que nous n’en avons pas besoin nous-mêmes, et dont la conservation entraîne une perte de bénédiction. Si toutes les ressources de l’Église de Dieu étaient bien employées, combien plus ne pourrait-on pas accomplir ! Combien de pauvres pourraient être nourris et de gens nus vêtus, et à combien de ceux qui n’ont pas encore été atteints l’Évangile pourrait être porté ! Laissez-moi vous recommander cette manière de faire comme une habitude constante de l’esprit, et comme une ligne de conduite profitable à adopter concrètement chaque fois que les circonstances le permettent.
Chapitre 2 terminé
L’appel au service