Chapitre 1 · 10 min de lecture · 12 min d’écoute
La puissance de la prière
LE récit qui suit, celui de quelques-unes des expériences qui aboutirent à la fondation de la China Inland Mission (Mission à l’intérieur de la Chine) et lui donnèrent la forme sous laquelle elle s’est développée, parut d’abord dans les pages de China’s Millions. Beaucoup de ceux qui l’y lurent demandèrent qu’il fût publié à part. Miss Guinness l’incorpora dans l’Histoire de la Mission à l’intérieur de la Chine, ouvrage qui retraçait la bonté de Dieu jusqu’au début de 1894. Mais comme des amis le réclamaient encore sous forme de brochure, pour une plus large diffusion, nous publions la présente édition.
Une grande partie de ces pages est tirée de notes prises lors d’allocutions données en Chine pendant une conférence de nos missionnaires ; c’est ce qui explique leur tour direct et narratif, que l’on n’a pas jugé nécessaire de modifier.
Il nous est toujours salutaire de fixer notre attention sur le côté de l’œuvre chrétienne qui regarde vers Dieu ; de bien comprendre que l’œuvre de Dieu n’est pas tant l’œuvre de l’homme pour Dieu que l’œuvre de Dieu lui-même par l’homme. De plus, dans la position privilégiée qui est la nôtre, celle d’ouvriers avec lui, tout en reconnaissant pleinement les bienfaits et les bénédictions que la proclamation de l’Évangile et la diffusion de la Vérité doivent apporter à un monde frappé par le péché, nous ne devrions jamais perdre de vue l’aspect plus élevé de notre œuvre : l’obéissance à Dieu, la gloire rendue à son Nom, la joie donnée au cœur de notre Dieu et Père par une vie et un service dignes de ses enfants bien-aimés.
Bien des circonstances de ma jeunesse et de mes premières années de service m’ont rendu cet aspect de l’œuvre très vivant ; et quand je songe à certaines d’entre elles, je me rappelle combien la cause des missions est redevable à beaucoup de personnes qui ne verront jamais elles-mêmes le champ de mission — beaucoup peut-être qui ne peuvent donner largement de leurs biens, et qui seront fort surprises, au grand Jour, de voir combien l’œuvre aura été avancée par leur amour, leur sympathie et leurs prières.
Pour ma part, et pour l’œuvre qu’il m’a été donné d’accomplir pour Dieu, j’ai une dette de reconnaissance inexprimable envers mes parents bien-aimés et vénérés, qui sont partis et sont entrés dans le repos, mais dont l’influence ne passera jamais.
Il y a bien des années, vers 1830 probablement, le cœur de mon cher père, alors lui-même évangéliste fervent et béni dans son propre pays, fut profondément remué au sujet de l’état spirituel de la Chine par la lecture de plusieurs livres, et surtout d’un récit des voyages du capitaine Basil Hall. Sa situation lui interdisait tout espoir d’aller jamais servir lui-même en Chine, mais il fut conduit à demander dans la prière que, si Dieu lui donnait un fils, celui-ci fût appelé et eût le privilège de travailler dans ce vaste empire si nécessiteux, qui semblait alors si bien fermé à la vérité. Je ne connus moi-même ce désir et cette prière qu’à mon retour en Angleterre, plus de sept ans après mon départ pour la Chine ; mais il me fut alors très intéressant d’apprendre comment une prière offerte avant ma naissance avait été exaucée sur ce point.
Pendant bien des années, mes chers parents abandonnèrent toute pensée de me voir devenir missionnaire, à cause de la faiblesse de ma santé. Le moment venu, cependant, Dieu me donna une santé plus robuste ; ma vie a été épargnée, et la force m’a été donnée pour un service souvent pénible, tant sur le champ de mission qu’en Angleterre, alors que bien des hommes et des femmes plus vigoureux ont succombé.
J’eus dès mes premières années bien des occasions d’apprendre la valeur de la prière et de la Parole de Dieu ; car mes chers parents se plaisaient à me montrer que, s’il existait un Être tel que Dieu, se confier en lui, lui obéir et se donner entièrement à son service devait nécessairement être la voie la meilleure et la plus sage, pour moi comme pour les autres. Mais en dépit de ces exemples et de ces préceptes salutaires, mon cœur n’était pas changé. Souvent j’avais essayé de me faire chrétien moi-même ; et, échouant naturellement dans de tels efforts, j’en vins enfin à penser que, pour une raison ou pour une autre, je ne pouvais pas être sauvé, et que le mieux que j’eusse à faire était de jouir de ce monde tout mon soûl, puisqu’il n’y avait pour moi aucune espérance au-delà du tombeau.
Tandis que j’étais dans cet état d’esprit, j’entrai en contact avec des personnes qui professaient des opinions sceptiques et incrédules, et j’adoptai leurs enseignements, trop heureux de trouver quelque espoir d’échapper au sort qui, si mes parents avaient raison et si la Bible était vraie, attendait les impénitents. Cela peut sembler étrange à dire, mais j’ai souvent été reconnaissant de l’expérience de ce temps de scepticisme. Les inconséquences des chrétiens qui, tout en déclarant croire à leur Bible, se contentaient de vivre exactement comme ils l’auraient fait si ce livre n’avait pas existé, avaient été l’un des arguments les plus forts de mes compagnons sceptiques ; et je pensais souvent à cette époque, et je le disais, que si je prétendais croire à la Bible, je tâcherais du moins d’en vivre, de la mettre loyalement à l’épreuve, et que, si elle ne se montrait pas vraie et digne de confiance, je la jetterais par-dessus bord une fois pour toutes. Je gardai ces vues lorsque le Seigneur voulut bien m’amener à lui ; et je crois pouvoir dire que, depuis, j’ai mis la Parole de Dieu à l’épreuve. À coup sûr, elle ne m’a jamais fait défaut. Je n’ai jamais eu lieu de regretter la confiance que j’ai placée dans ses promesses, ni de déplorer d’avoir suivi la direction que j’ai trouvée dans ses instructions.
Laissez-moi vous raconter comment Dieu exauça les prières de ma chère mère et de ma sœur bien-aimée, aujourd’hui Mme Broomhall, pour ma conversion. Un jour que je n’oublierai jamais, alors que j’avais environ quinze ans, ma chère mère étant absente de la maison, j’avais congé, et dans l’après-midi je fouillai la bibliothèque de mon père pour y trouver quelque livre qui m’aidât à tuer ces heures désœuvrées. Rien ne m’attirant, je retournai une petite corbeille de brochures et j’y choisis un traité d’évangélisation qui paraissait intéressant, en me disant : « Il y aura une histoire au commencement, et un sermon ou une morale à la fin : je prendrai la première et laisserai la seconde à ceux qui l’aiment. »
Je m’assis pour lire le petit livre dans un état d’esprit parfaitement indifférent, persuadé d’ailleurs à ce moment-là que, s’il existait un salut, il n’était pas pour moi, et bien résolu à mettre le traité de côté dès qu’il me semblerait ennuyeux. Je puis dire qu’il n’était pas rare en ce temps-là d’appeler la conversion « devenir sérieux » ; et à en juger par le visage de certains de ceux qui en faisaient profession, c’était en effet une affaire très sérieuse. Ne serait-il pas bon que le peuple de Dieu eût toujours des visages qui le trahissent, montrant si clairement les bénédictions et la joie du salut que les inconvertis dussent appeler la conversion « devenir joyeux » au lieu de « devenir sérieux » ?
Je ne savais guère alors ce qui se passait dans le cœur de ma chère mère, à soixante-dix ou quatre-vingts milles de là. Elle se leva de table cet après-midi-là avec un désir intense de la conversion de son garçon, et sentant que — loin de la maison, et ayant plus de loisir qu’elle n’en pouvait trouver d’ordinaire — une occasion particulière lui était offerte de plaider auprès de Dieu en ma faveur. Elle alla dans sa chambre et tourna la clef dans la serrure, résolue à ne pas quitter ce lieu avant que ses prières fussent exaucées. Heure après heure, cette chère mère plaida pour moi, jusqu’à ce qu’enfin elle ne pût plus prier, mais fût contrainte de louer Dieu pour ce que son Esprit lui enseignait être déjà accompli : la conversion de son fils unique.
Pendant ce temps, j’avais été conduit, de la manière que j’ai dite, à prendre ce petit traité, et en le lisant je fus frappé par cette expression : « L’œuvre accomplie de Christ. » Cette pensée me traversa l’esprit : « Pourquoi l’auteur emploie-t-il cette expression ? pourquoi ne pas dire l’œuvre expiatoire ou propitiatoire de Christ ? » Aussitôt ces mots se présentèrent à mon esprit : « Tout est accompli. » Qu’est-ce qui était accompli ? Et je répondis sur-le-champ : « Une expiation et une satisfaction pleines et parfaites pour le péché : la dette a été payée par le Substitut ; Christ est mort pour nos péchés, et non seulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux du monde entier. » Puis vint cette pensée : « Si toute l’œuvre a été accomplie et toute la dette payée, que me reste-t-il à faire ? » Et avec elle se leva la joyeuse conviction, tandis que la lumière jaillissait dans mon âme par le Saint-Esprit, qu’il n’y avait rien au monde à faire, sinon tomber à genoux et, acceptant ce Sauveur et son salut, le louer à jamais. Ainsi, tandis que ma chère mère louait Dieu à genoux dans sa chambre, je le louais, moi, dans le vieil entrepôt où j’étais allé seul pour lire à loisir ce petit livre.
Plusieurs jours s’écoulèrent avant que j’osasse faire de ma sœur bien-aimée la confidente de ma joie, et encore ne le fis-je qu’après qu’elle m’eut promis de ne dire à personne le secret de mon âme. Quand notre chère mère rentra quinze jours plus tard, je fus le premier à l’accueillir à la porte et à lui dire que j’avais une si bonne nouvelle à lui annoncer. Je crois presque sentir encore les bras de cette chère mère autour de mon cou, tandis qu’elle me serrait sur son cœur en disant : « Je sais, mon garçon ; voilà quinze jours que je me réjouis de la bonne nouvelle que tu as à m’annoncer. » « Comment, lui demandai-je avec surprise, Amelia a-t-elle manqué à sa promesse ? Elle m’avait dit qu’elle n’en parlerait à personne. » Ma chère mère m’assura que ce n’était d’aucune source humaine qu’elle avait appris la nouvelle, et me raconta le petit incident que j’ai rapporté plus haut. Vous conviendrez avec moi qu’il serait bien étrange que je ne croie pas à la puissance de la prière.
Ce n’était pas tout. Quelque temps après, je ramassai un carnet tout pareil à l’un des miens et, croyant qu’il m’appartenait, je l’ouvris. Les lignes qui frappèrent mes yeux étaient une note de ce petit journal, qui appartenait à ma sœur, portant en substance qu’elle se donnerait chaque jour à la prière jusqu’à ce que Dieu réponde par la conversion de son frère. Un mois exactement plus tard, le Seigneur voulut bien me faire passer des ténèbres à la lumière.
Élevé dans un tel milieu et sauvé dans de telles circonstances, il était peut-être naturel que, dès le commencement de ma vie chrétienne, je fusse amené à sentir que les promesses étaient bien réelles, et que la prière était, en toute simple réalité, traiter des affaires avec Dieu, que ce fût pour soi-même ou pour ceux en faveur de qui l’on recherchait sa bénédiction.
Chapitre 1 terminé
La puissance de la prière