Chapitre 19 · 8 min de lecture · 11 min d’écoute
La fondation de la Mission à l’intérieur de la Chine
C’EST ainsi qu’en l’année 1865 la Mission à l’intérieur de la Chine fut organisée, et que les ouvriers déjà sur le terrain y furent incorporés. M. W. T. Berger, qui résidait alors à Saint Hill, près d’East Grinstead, et sans l’aide et les encouragements duquel je n’aurais pu aller de l’avant, se chargea de diriger la branche de l’œuvre en Angleterre pendant mon absence prévue en Chine ; et je me proposais, dès que les dispositions pourraient être prises, de partir avec les volontaires et de prendre la direction de l’œuvre sur le terrain. Pour l’entretien des ouvriers déjà en Chine, nos amis d’Angleterre envoyaient de temps à autre des dons non sollicités, et il était pourvu à chaque besoin.
Mais nous avions maintenant à envisager le départ d’un groupe de seize ou dix-sept personnes, et nous estimions qu’il faudrait de 1500 à 2000 livres pour couvrir les équipements, le prix des passages et les premières dépenses. J’écrivis une petite brochure, que j’intitulai « Occasional Paper, n° I » (me proposant de donner, dans les numéros suivants, aux donateurs et aux amis des comptes rendus de l’œuvre accomplie par notre moyen en Chine), et dans cet écrit j’exposai les besoins prévus pour lancer l’entreprise. Je m’attendais à ce que Dieu disposât le cœur de quelques lecteurs à envoyer des dons : j’avais résolu de ne jamais recourir à la sollicitation personnelle, de ne jamais faire de collectes ni de distribuer de carnets de quête. Les tirelires missionnaires parurent ne soulever aucune objection, et nous en fîmes préparer quelques-unes pour ceux qui pourraient en demander ; nous avons continué à nous en servir depuis lors.
Ce fut le 6 février 1866 que j’envoyai à l’imprimeur mon manuscrit de l’« Occasional Paper, n° I », avec un projet de couverture. Par suite de retards dans la gravure et l’impression, ce ne fut que le 12 mars que les ballots de brochures furent livrés chez moi. Or, le 6 février, on avait commencé une réunion de prière quotidienne, de midi à une heure, pour demander les fonds nécessaires. Et que nous n’avions pas demandé en vain, l’extrait suivant de l’« Occasional Paper, n° II » le montrera :—
« Les recettes pour 1864 furent de £51:14s. ; pour 1865, de janvier à juin, de £221:12:6, outre deux passages gratuits ; de juin à décembre, de £923:12:8. Des empêchements étant survenus, le manuscrit de l’“Occasional Paper, n° I” ne fut achevé que le 6 février 1866. Jusqu’à cette date, nous avions reçu (depuis le 30 décembre) £170:8:3.
« Nous fûmes très encouragés de recevoir tant d’argent en un peu plus d’un mois, d’autant que nous ne l’avions nullement sollicité — sinon auprès de Dieu. Mais il était évident aussi que nous devions demander au Seigneur de faire pour nous de plus grandes choses encore, faute de quoi il serait impossible à un groupe de dix à seize personnes de partir à la mi-mai. Une prière commune fut donc adressée chaque jour à Dieu pour obtenir les fonds nécessaires à l’équipement et au passage de tous ceux qu’il voudrait envoyer en mai.
« Par suite des retards mentionnés plus haut dans l’impression de l’“Occasional Paper”, celui-ci ne fut prêt pour l’éditeur que le 12 mars. Ce jour-là, j’examinai de nouveau le livre de caisse de la mission, et la comparaison des résultats de deux périodes semblables d’un mois et six jours chacune, l’une avant et l’autre après une prière particulière pour obtenir de 1500 à 2000 livres, fut très frappante :—
« Recettes du 30 décembre au 6 février,£170 8 3 « du 6 févr. au 12 mars£1774 5 11 « Fonds annoncés, reçus depuis200 0 0 —————£1974 5 11« On remarquera que cela fut antérieur à la diffusion de l’“Occasional Paper”, et que ce n’en fut donc pas le résultat. Ce fut la réponse d’un Dieu fidèle aux prières unies de ceux qu’il avait appelés à le servir dans l’Évangile de son Fils bien-aimé.
« Nous pouvons maintenant comparer à ces deux périodes une troisième de même durée. Du 12 mars au 18 avril, les recettes furent de £529, ce qui montre que, lorsque Dieu eut pourvu au besoin particulier, l’apport particulier cessa lui aussi. En vérité, il y a un Dieu vivant, et c’est lui qui entend et qui exauce la prière. »
Mais cette réponse si bienveillante à la prière rendit quelque peu délicate la diffusion de l’« Occasional Paper, n° I », car il présentait comme un besoin ce à quoi il avait déjà été pourvu. On obvia à la difficulté en joignant à chaque exemplaire un encart de couleur annonçant que les fonds pour l’équipement et le passage étaient déjà en main, en réponse à la prière. Nous nous rappelâmes l’embarras de Moïse — assez peu commun de nos jours — et la proclamation qu’il dut faire publier dans le camp pour que le peuple n’apportât plus rien pour la construction du Tabernacle, les dons reçus étant déjà plus que suffisants. Nous sommes convaincus que s’il y avait moins de sollicitations d’argent et plus de dépendance à l’égard de la puissance du Saint-Esprit et de l’approfondissement de la vie spirituelle, l’expérience de Moïse deviendrait courante dans toutes les branches de l’œuvre chrétienne.
On se mit aussitôt aux préparatifs du départ pour la Chine. Vers ce temps-là, on me demanda de faire une conférence sur la Chine dans un village non loin de Londres, et j’acceptai à condition qu’il n’y eût pas de collecte et que cela fût annoncé sur les affiches. Le monsieur qui m’avait invité, et qui eut l’amabilité de présider la réunion, me dit qu’on ne lui avait jamais imposé cette condition auparavant. Il l’accepta néanmoins, et les affiches furent imprimées en conséquence pour le 2 ou le 3 mai. À l’aide d’une grande carte, je présentai quelque chose de l’étendue, de la population et du profond besoin spirituel de la Chine, et beaucoup furent visiblement impressionnés.
À la fin de la réunion, le président dit qu’à ma demande on avait indiqué sur les affiches qu’il n’y aurait pas de collecte ; mais il sentait que beaucoup des personnes présentes seraient peinées et chargées d’un poids si elles n’avaient pas l’occasion de contribuer en quelque chose à la belle œuvre proposée. Il espérait que, la proposition émanant entièrement de lui-même et exprimant, il en était sûr, les sentiments de beaucoup dans l’assistance, je n’y ferais pas objection. Je le priai toutefois de s’en tenir à la condition convenue, en faisant remarquer, entre autres raisons de ne pas faire de collecte, que la raison même qu’alléguait notre aimable président était, à mon sens, l’une des plus fortes pour ne pas la faire. Mon désir était, non que les personnes présentes fussent soulagées en donnant ce qu’il leur serait commode de donner sur-le-champ, sous l’effet d’une émotion passagère, mais que chacune rentrât chez elle chargée du profond besoin de la Chine, et demandât à Dieu ce qu’il voulait qu’elle fît. Si, après réflexion et prière, elles étaient persuadées que c’était une contribution en argent qu’il attendait d’elles, elles pourraient la donner à n’importe quelle société missionnaire ayant des agents en Chine, ou l’envoyer par la poste à notre bureau de Londres ; mais peut-être que, dans bien des cas, ce que Dieu voulait, ce n’était pas une contribution en argent, mais une consécration personnelle à son service à l’étranger, ou le don d’un fils ou d’une fille — plus précieux que l’argent ou l’or — à son service. J’ajoutai que la collecte tendait, me semblait-il, à laisser l’impression que la chose capitale était l’argent, alors qu’aucune somme d’argent ne pouvait convertir une seule âme ; que ce qu’il fallait, c’étaient des hommes et des femmes remplis du Saint-Esprit qui se donnent eux-mêmes à l’œuvre : pour l’entretien de tels ouvriers, les fonds ne manqueraient jamais. Comme mon désir était visiblement très fort, le président eut l’obligeance d’y céder, et il clôtura la réunion. Il me dit cependant, au souper, qu’il pensait que je m’étais trompé et que, malgré tout ce que j’avais dit, quelques personnes lui avaient remis de petites contributions.
Le lendemain matin, au petit déjeuner, mon aimable hôte arriva un peu en retard et reconnut n’avoir pas très bien dormi. Après le repas, il me fit venir dans son cabinet de travail et, me remettant les contributions qu’on lui avait confiées la veille, il me dit : « Je pensais hier soir, monsieur Taylor, que vous aviez tort au sujet de la collecte ; je suis maintenant convaincu que vous aviez tout à fait raison. Comme je pensais, dans la nuit, à ce flot d’âmes qui, en Chine, s’en vont sans cesse dans les ténèbres, je ne pouvais que crier, comme vous l’aviez suggéré : “Seigneur, que veux-tu que je fasse?” Je crois avoir obtenu la direction que je cherchais, et la voici. » Il me tendit un chèque de 500 livres, ajoutant que s’il y avait eu une collecte, il y aurait mis quelques livres, mais que ce chèque était le fruit d’une bonne partie de la nuit passée dans la prière.
Je n’ai guère besoin de dire combien je fus surpris et reconnaissant de ce don. J’avais reçu au petit déjeuner une lettre de MM. Killick, Martin et Cie, agents maritimes, qui nous offraient toutes les places de passagers du navire Lammermuir. Je me rendis directement au navire, le trouvai à tous égards convenable, et versai le chèque en acompte. Comme je l’ai dit plus haut, les fonds jugés nécessaires étaient déjà en main depuis quelque temps ; mais la coïncidence de l’offre simultanée des places sur le navire et de ce don magnifique — l’« infiniment au-delà » de Dieu — encouragea grandement mon cœur.
Le 26 mai, nous fîmes voile pour la Chine sur le Lammermuir, groupe missionnaire de 16 personnes (outre mes quatre enfants et leur bonne, et Miss Bausum (plus tard Mme Barchet)) ; en tout 22 passagers. M. Berger prit la direction de la branche anglaise, et ainsi la M. I. C. fut pleinement inaugurée.
Chapitre 19 terminé
La fondation de la Mission à l’intérieur de la Chine