Chapitre 16 · 8 min de lecture · 10 min d’écoute
Secours au moment voulu
IL n’est pas rare que notre Dieu conduise à dessein les siens dans des difficultés, afin qu’ils apprennent à le connaître comme ils ne le pourraient autrement. Il se révèle alors comme « un secours qui ne manque jamais dans la détresse », et réjouit vraiment le cœur à chaque nouvelle révélation de la fidélité d’un Père. Nous qui ne voyons qu’une si petite part des douces issues de l’épreuve, nous sentons souvent que nous ne voudrions pour rien au monde les avoir manquées ; combien plus bénirons-nous et magnifierons-nous son nom lorsque toutes les choses cachées seront mises en lumière !
À l’automne de 1857, une année tout juste après mon installation à Ningbo, survint un petit incident qui contribua beaucoup à fortifier notre foi en la bonté et en la sollicitude toujours vigilante de Dieu.
Un frère dans le Seigneur, le Rév. John Quarterman, de la Mission presbytérienne américaine (Nord), fut atteint d’une petite vérole maligne, et j’eus le triste privilège de le soigner durant sa douloureuse maladie jusqu’à son issue fatale. Quand tout fut fini, il devint nécessaire de mettre de côté les vêtements que j’avais portés en le soignant, de peur de transmettre la contagion à d’autres. N’ayant pas en main assez d’argent pour acheter ce qu’il fallait afin de les remplacer, je n’avais d’autre ressource que la prière. Le Seigneur y répondit par l’arrivée inattendue d’une caisse de vêtements longtemps perdue, venue de Swatow, qui était restée aux soins du Rév. William Burns lorsque je l’avais quitté pour Shanghai, au début de l’été de l’année précédente. L’arrivée de ces affaires à ce moment précis fut aussi opportune que remarquable, et me donna le doux sentiment que le Père lui-même y avait pourvu.
Environ deux mois plus tard, j’écrivis ce qui suit :——
18 novembre 1857.
Beaucoup semblent penser que je suis très pauvre. C’est assurément assez vrai en un sens, mais, grâce à Dieu, c’est « comme pauvres, et nous en enrichissons plusieurs; comme n’ayant rien, et nous possédons toutes choses ». Et mon Dieu pourvoira à tous mes besoins ; à lui soit toute la gloire. Je ne voudrais pas, quand bien même je le pourrais, être autrement que je ne suis — entièrement dépendant moi-même du Seigneur, et employé comme un canal de secours pour les autres.
Le samedi 4 de ce mois, notre courrier ordinaire d’Angleterre arriva. Ce matin-là, nous avions servi comme d’habitude un petit déjeuner aux pauvres sans ressources, qui vinrent au nombre de soixante-dix. Parfois ils ne sont pas quarante, d’autres fois ils dépassent quatre-vingts. Ils viennent chez nous chaque jour, sauf le jour du Seigneur, car nous ne pouvons alors nous occuper d’eux tout en accomplissant aussi toutes nos autres tâches. Or, ce samedi matin, nous réglâmes toutes les dépenses et nous pourvûmes au lendemain, après quoi il ne nous resta pas un seul dollar à nous deux. Comment le Seigneur pourvoirait-il pour le lundi, nous ne le savions pas ; mais au-dessus de notre cheminée étaient suspendus deux rouleaux en caractères chinois — Ében-Ézer, « Jusqu’ici l’Éternel nous a secourus » ; et Jehova-Jiré, « L’Éternel pourvoira » — et il nous garda de douter un seul instant. Ce jour-là même, le courrier arriva, une semaine plus tôt qu’on ne l’attendait, et M. Jones reçut une traite de deux cent quatorze dollars. Nous rendîmes grâces à Dieu et prîmes courage. La traite fut portée chez un négociant et, bien qu’il faille d’ordinaire attendre plusieurs jours pour en obtenir la monnaie, il dit cette fois : « Envoyez quelqu’un lundi. » Nous envoyâmes, et quoiqu’il n’eût pas pu se procurer tous les dollars, il nous en remit soixante-dix en acompte ; ainsi tout alla bien. Oh ! qu’il est doux de vivre ainsi directement dépendants du Seigneur, qui ne nous fait jamais défaut !
Le lundi, les pauvres eurent leur petit déjeuner comme d’habitude, car nous ne leur avions pas dit de ne pas venir, assurés que c’était l’œuvre du Seigneur et que le Seigneur y pourvoirait. Nous ne pûmes retenir des larmes de reconnaissance en voyant non seulement nos propres besoins comblés, mais la veuve et l’orphelin, l’aveugle et le boiteux, celui qui était sans ami et celui qui était sans ressources, tous ensemble nourris par la libéralité de celui qui nourrit les corbeaux. « Exaltez avec moi l’Éternel! Célébrons tous son nom! . . . Sentez et voyez combien l’Éternel est bon! Heureux l’homme qui cherche en lui son refuge! Craignez l’Éternel, vous ses saints! Car rien ne manque à ceux qui le craignent. Les lionceaux éprouvent la disette et la faim, Mais ceux qui cherchent l’Éternel ne sont privés d’aucun bien » — et si ce n’est pas un bien, pourquoi le désirer ?
Mais deux cents dollars même ne peuvent durer toujours et, au jour de l’An, nos ressources baissaient de nouveau. Enfin, le 6 janvier 1858, il ne restait plus qu’une seule sapèque — la vingtième partie d’un penny — en la possession commune de M. Jones et de moi-même ; mais, quoique éprouvés, nous regardâmes une fois encore à Dieu pour qu’il manifestât sa bienveillante sollicitude. Il se trouva assez de provisions dans la maison pour un maigre petit déjeuner ; après quoi, n’ayant ni nourriture pour le reste de la journée ni argent pour en acheter, nous ne pûmes que nous tourner vers celui qui pouvait pourvoir à tous nos besoins, avec cette requête : « Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien. »
Après avoir prié et délibéré, nous pensâmes que nous devrions peut-être nous défaire de quelque objet nous appartenant afin de faire face à nos besoins immédiats. Mais en regardant autour de nous, nous ne vîmes rien dont nous pussions bien nous passer, et peu de choses que les Chinois achèteraient argent comptant. Nous aurions pu obtenir autant de crédit que nous l’aurions voulu, si nous avions pu en conscience en profiter ; mais nous sentions que ce serait contraire à l’Écriture en soi, aussi bien qu’incompatible avec la position où nous nous trouvions. Nous avions bien un objet — un poêle en fonte — que les Chinois, nous le savions, achèteraient volontiers ; mais nous regrettions beaucoup d’être obligés de nous en séparer. Finalement, toutefois, nous partîmes chez le fondeur et, après une assez longue marche, nous arrivâmes au fleuve, que nous avions l’intention de traverser par un pont flottant fait de bateaux ; mais là, le Seigneur nous ferma le chemin. Le pont avait été emporté pendant la nuit précédente, et l’on ne pouvait passer le fleuve qu’au moyen d’un bac, dont le prix était de deux sapèques par personne. Comme nous n’en possédions qu’une, il était clair que nous devions rentrer et attendre que Dieu lui-même intervînt en notre faveur.
En arrivant à la maison, nous trouvâmes que Mme Jones était allée avec les enfants dîner chez des amis, selon une invitation acceptée quelques jours auparavant. M. Jones, bien que compris lui aussi dans l’invitation, refusa alors d’y aller et de me laisser jeûner seul. Nous nous mîmes donc à fouiller soigneusement les placards ; et bien qu’il n’y eût rien à manger, nous trouvâmes un petit paquet de cacao qui, avec un peu d’eau chaude, nous ranima quelque peu. Après quoi, nous criâmes de nouveau au Seigneur dans notre détresse, et le Seigneur nous entendit et nous sauva de toutes nos angoisses. Car, tandis que nous étions encore à genoux, une lettre arriva d’Angleterre, contenant un envoi d’argent.
Ce secours opportun ne fit pas que répondre au besoin immédiat et pressant du jour ; car dans la ferme assurance que Dieu, à qui nous appartenions et que nous servions, ne confondrait pas ceux qui avaient placé en lui seul toute leur confiance. Mon mariage avait été fixé auparavant, pour avoir lieu quatorze jours exactement après cette date. Et cette attente ne fut pas déçue ; car « Quand les montagnes s’éloigneraient, Quand les collines chancelleraient, Mon amour ne s’éloignera point de toi, Et mon alliance de paix ne chancellera point ». Et bien que, durant les années qui suivirent, notre foi ait souvent été exercée, et parfois rudement, il se montra toujours fidèle à sa promesse et ne permit jamais que nous fussions privés d’aucun bien.
Jamais peut-être union ne réalisa plus pleinement cette vérité bénie : « Celui qui trouve une femme trouve le bonheur; C’est une grâce qu’il obtient de l’Éternel. » Ma chère femme ne fut pas seulement pour moi un don précieux ; Dieu la rendit une bénédiction pour beaucoup d’autres au cours des douze années mouvementées durant lesquelles elle fut conservée à ceux qui l’aimaient et à la Chine.
Sa vie avait toujours été liée à l’œuvre missionnaire dans ce grand empire ; car son père, le bien-aimé et dévoué Samuel Dyer, fut l’un des tout premiers représentants de la Mission de Londres en Orient. Il atteignit les Détroits dès 1827 et, pendant seize ans, travailla assidûment parmi les Chinois de Penang et de Singapour, achevant en même temps une précieuse fonte de caractères chinois en métal, la première de ce genre qu’on eût alors tentée. Mort en 1843, M. Dyer n’eut jamais le privilège de voir se réaliser son espoir de pouvoir enfin s’établir sur le sol chinois ; mais ses enfants vécurent assez pour voir le pays s’ouvrir à l’Évangile, et pour prendre leur part de la grande œuvre qui avait été si chère à son cœur. Au moment de son mariage, ma chère femme vivait déjà depuis plusieurs années à Ningbo avec son amie, Miss Aldersey, à qui elle était bien qualifiée pour apporter une aide précieuse dans ses diverses activités missionnaires.
Chapitre 16 terminé
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