Texte
Ésaïe 9:5
En bref
L’un des discours de Newton sur les textes de l’oratorio Le Messie. Il remarque qu’on peut être ému par la musique tout en ayant honte d’être ému par les paroles, puis il parcourt chacun des noms : Admirable, Conseiller, Dieu puissant, Père éternel, Prince de la paix. Il termine en pressant les indécis de ne pas tarder : « Pourquoi craignez-vous d’être heureux trop tôt ? »
Car un enfant nous est né, un fils nous est donné, Et la domination reposera sur son épaule; On l’appellera Admirable, Conseiller, Dieu puissant, Père éternel, Prince de la paix.
Tel était le chant de triomphe de l’Église de l’Ancien Testament ! Ses plus nobles espérances reposaient sur la promesse du MESSIE ; ses cantiques les plus sublimes naissaient de la perspective de sa venue. Par la foi, qui est une ferme assurance des choses qu’on espère, les croyants d’alors tenaient pour déjà accomplies les déclarations pleines de grâce du Dieu fidèle et immuable, bien que l’accomplissement réel regardât une époque encore future et lointaine. D’autant plus que les croyants, sous cette économie, ressentaient déjà l’efficace de la rédemption que le MESSIE devait consommer dans la plénitude des temps. C’était la connaissance de l’engagement qu’il avait pris en faveur des pécheurs qui donnait vie et signification à toutes les institutions de la loi cérémonielle, laquelle, autrement, bien que d’institution divine, eût été un joug pesant et accablant (Actes 15:10). Ésaïe prépare donc son chant d’allégresse pour les vrais serviteurs de Dieu qui vivaient de son temps ; et, bien que ce fût un jour d’épreuve et de châtiment, ils recevaient une ample compensation de toutes leurs souffrances, puisqu’ils étaient autorisés à dire : Car un enfant nous est né, un fils nous est donné, Et la domination reposera sur son épaule, etc.
Ce chant antique est toujours nouveau. Il a été repris, et il le sera d’âge en âge, par l’Église du Nouveau Testament, avec un avantage plus grand encore. J’ai confiance que beaucoup d’entre vous le comprennent bien et s’en réjouissent chaque jour. Les hommes cherchent naturellement quelque chose dont ils puissent se réjouir et se glorifier. Le sage (Jérémie 9:23) a peu de raisons de se glorifier de sa prétendue sagesse, le fort de sa force qui se flétrit, le riche de sa richesse passagère ; mais voici, pour les vrais chrétiens, un juste et infaillible sujet de gloire : un enfant nous est né, un fils nous est donné, etc.
Lorsqu’un pécheur est éclairé par le Saint-Esprit pour comprendre le caractère et les offices du MESSIE, pour comprendre son pouvoir de sauver ceux qui sont près de périr, et le bonheur de tous ceux qui sont amenés sous son gouvernement plein de grâce ; et lorsqu’il commence à ressentir les effets consolants de la foi en son nom, alors ce chant devient le sien, et répond exactement aux émotions et à la gratitude de son cœur. Mais bien des gens le mépriseront et le prendront en pitié comme un faible enthousiaste [fanatique]. Et pourtant, peut-être, ne jugent-ils pas si défavorablement le ravissement d’Archimède, dont on rapporte qu’ayant soudain découvert la solution d’un problème difficile pendant qu’il était au bain, il fut tellement transporté de joie qu’il oublia où il se trouvait, s’élança aussitôt hors du bain et courut à travers la ville en criant : « Je l’ai trouvé ! Je l’ai trouvé ! » On ne l’accuse pas d’ordinaire de folie pour cela, bien que l’expression de sa joie fût assurément hors de proportion avec sa cause. La vérité est que le monde permet une véhémence voisine de l’extase en presque toute occasion, sauf en la seule qui, plus que toute autre, la justifierait. Celui qui passerait pour dépourvu de goût s’il restait insensible à la musique sur laquelle ce passage est mis risquerait en même temps, auprès de certains juges, sa réputation de bon sens, s’il avouait être touché par le sens tout simple des paroles. Juges incompétents, assurément ! qui veulent bien approuver la chaleur et l’émotion de l’esprit, pourvu que l’objet en soit frivole, et ne les condamnent que dans les choses de la plus haute importance ! Mais, j’en ai confiance, mon auditoire est d’un tout autre caractère, et la plupart d’entre vous désirent entrer dans l’esprit de ce passage, et sentir plus vivement la part que vous y avez. Que le Seigneur exauce votre désir, et accompagne nos méditations de sa puissance et de sa bénédiction !
Chaque membre de ce passage pourrait fournir le sujet d’un long discours ; mais mon plan ne me permet que de toucher brièvement aux divers points, ce qui nous conduira à une récapitulation, ou un résumé, de ce que nous avons déjà considéré plus amplement touchant la Personne, les Offices et la Gloire du MESSIE. Nous avons,
I.
Son incarnation. Car un enfant nous est né. Né dans notre nature, né d’une femme : un fils nous est donné ; non pas simplement un enfant mâle, mais, avec emphase, un Fils, le Fils de Dieu. Ce fut là le don le plus précieux, la plus haute preuve et le plus haut témoignage de l’amour divin. La distinction et l’union de ces deux natures si prodigieusement éloignées, qui constituent la Personne de Christ, l’Homme-Dieu, le Médiateur, est, au jugement et selon le langage de l’apôtre, le grand mystère de la piété (1 Timothée 3:16), la colonne et l’appui de la vérité. Je ne répéterai pas ce que j’ai déjà dit sur ce point dans le cinquième sermon. C’est la vérité centrale de la révélation, qui, comme le soleil, répand sa lumière sur tout l’ensemble, dont aucune partie ne peut être bien comprise sans elle. Ainsi le Seigneur de toutes choses s’est abaissé jusqu’à paraître sous une forme de serviteur, à cause des pécheurs.
II.
Son exaltation. Et la domination reposera sur son épaule. Dans notre nature il a souffert, et dans cette même nature il règne. Lorsqu’il eut vaincu l’amertume, l’aiguillon de la mort, il prit possession du royaume de gloire comme du sien propre, et l’ouvrit à tous ceux qui croient en lui. Maintenant nous pouvons dire : Celui qui gouverne dans le ciel et sur la terre, et à qui toutes choses obéissent, est l’Enfant qui est né, le Fils qui a été donné pour nous. Quelques passages suivants nous conduiront, plus tard, à contempler plus directement la gloire de l’administration du Rédempteur dans les royaumes de la providence et de la grâce. Pour le moment, je me bornerai donc à observer que l’exaltation du Rédempteur implique la dignité et la sécurité du peuple qui lui est uni par la foi. Ce peuple a, à un certain égard, un honneur qui lui est propre, et auquel les anges ne peuvent avoir part. Son meilleur ami, qui lui est apparenté par la même nature, est assis sur le trône de gloire. Puisqu’il est pour eux, qui sera contre eux ? Que ne peuvent-ils pas attendre, quand celui qui les a tant aimés qu’il les a rachetés de son propre sang a reçu tout pouvoir, dans le ciel et sur la terre ! Car,
III.
Les noms et les titres qui lui sont ici attribués n’expriment pas seulement ce qu’il est en lui-même, mais ce qu’il s’est engagé à être pour eux.
(1.)
On l’appellera Admirable. Ailleurs, le même mot est rendu par Secret (Juges 13:18). Cela est vrai de lui dans les deux sens. Il est Admirable dans sa personne, son obéissance et ses souffrances ; dans sa grâce, son gouvernement et sa gloire. Pour autant que nous comprenons son nom, c’est-à-dire la révélation par laquelle, comme par un nom, il se fait connaître, nous pouvons, nous devons croire, admirer et adorer. Mais combien notre connaissance est bornée et imparfaite ! Son nom est Secret. Qui peut, en le sondant, parvenir à le connaître ? (Job 11:7) Sa grandeur est incompréhensible, sa sagesse insondable, sa plénitude inépuisable, sa puissance infinie ; personne ne connaît le Fils, si ce n’est le Père ! Mais ceux-là ont de lui une vraie connaissance, qui se confient en lui, l’aiment et le servent ; et à leurs yeux il est Admirable ! L’apôtre exprime le sentiment de leur cœur lorsqu’il dit : Et même je regarde toutes choses comme une perte, à cause de l’excellence de la connaissance de Jésus-Christ mon Seigneur… et je les regarde comme de la boue.
(2.)
Un autre de ses noms est Conseiller. Les grands conseils de la rédemption, dans lesquels tout ce qui concernait la gloire de Dieu et le salut des pécheurs fut réglé, furent arrêtés avec lui et en lui, avant la fondation du monde. Et il est notre Conseiller, ou notre Avocat auprès du Père, qui plaide notre cause et conduit toutes nos affaires en parfaite justice et avec un succès infaillible ; de sorte qu’aucune cause dont il veut bien se charger ne peut échouer. C’est à lui aussi que nous devons nous adresser (et nous ne nous adresserons pas à lui en vain) pour obtenir sagesse et direction en tout ce qui touche à notre devoir et à l’honneur de notre profession dans cette vie présente ; dans toutes nos difficultés, nos dangers et nos soucis, c’est vers lui que nous devons regarder pour être guidés et soutenus. C’est là être sage à salut. Son secret est pour ceux qui le consultent ; de sorte que, bien que le monde les tienne pour faibles et ignorants comme de petits enfants (et il leur apprend à penser ainsi d’eux-mêmes), ils ont une connaissance consolante et pratique de bien des sujets importants, qui sont entièrement cachés à ceux qui sont sages et intelligents à leurs propres yeux.
(3.)
Il est le Dieu puissant. Bien que, dans l’office de Médiateur, il agisse en qualité de serviteur, ses perfections et ses attributs sont véritablement divins. Seul le Dieu puissant pouvait faire une provision capable de répondre aux exigences de la sainte loi que nous avions transgressée ; seul le Dieu puissant pouvait être un Berger capable de conduire à la gloire des millions de créatures faibles et sans secours, à travers les nombreuses difficultés, les dangers et les ennemis auxquels elles sont exposées dans leur passage. Ajoutez à cela que l’honneur, la dépendance et l’obéissance que ce grand Berger réclame de ses brebis sont absolus et suprêmes ; et elles se rendraient coupables d’idolâtrie si elles ne savaient pas qu’il est le Dieu puissant. Bien que les vrais chrétiens, éclairés et enseignés par le Saint-Esprit, puissent différer, et diffèrent en effet, dans leurs vues et leurs explications de quelques vérités révélées, je pense qu’ils doivent tous être d’accord sur ce point. Il n’est pas seulement nécessaire de le connaître comme le seul fondement solide de l’espérance du pécheur, mais il touche immédiatement à l’objet du culte divin. Car si le Rédempteur ne possède pas les perfections incommunicables de la Divinité, le Nouveau Testament, dans son sens le plus évident et le plus littéral, pourrait être accusé, non seulement de favoriser l’idolâtrie, mais de l’enseigner et de la prescrire expressément.
(4.)
En outre, il sera appelé Père éternel. Il n’a pas honte de les appeler frères (Hébreux 2:11) , lui qui a daigné revêtir leur nature humaine. Mais ils sont aussi appelés ses enfants. Ils naissent dans sa famille par l’efficace de sa propre Parole et de son Esprit. C’est de lui qu’ils tiennent leur vie spirituelle, et ils reçoivent, du commencement à la fin, de sa plénitude. Et il est un Père éternel. Nos pères selon la chair sont sujets à la mort ; mais sa relation avec les siens demeure inébranlable, et c’est pourquoi ils ne peuvent être délaissés ; et il l’est également pour eux tous. Ils vivent sur la terre, et en sont retirés, dans une longue suite de siècles ; mais lui est le Père du siècle éternel, le même hier, aujourd’hui, et éternellement. Toutes les générations le diront bienheureux. C’est donc à lui que l’Apôtre nous enseigne à appliquer ce passage sublime du Psalmiste : Toi, Seigneur, tu as au commencement fondé la terre, Et les cieux sont l’ouvrage de tes mains (Psaumes 102:25-27) Ils périront, mais tu subsistes; Ils vieilliront tous comme un vêtement, Tu les rouleras comme un manteau et ils seront changés; Mais toi, tu restes le même, Et tes années ne finiront point. (Hébreux 1:10-12)
(5.)
Enfin, il sera appelé le Prince de la paix , dont la souveraine prérogative est celle-ci : il parle de paix à son peuple (Psaumes 85:8) Et il n’est point de paix digne de ce nom, hors celle qu’il accorde. L’Écriture le déclare expressément : Il n’y a point de paix pour les méchants (Ésaïe 57:21) De quelque nom que nous appelions cette sécurité irréfléchie et cette insensibilité dans lesquelles vivent généralement les hommes, tant qu’ils ignorent Dieu et s’ignorent eux-mêmes, nous ne pouvons admettre que ce soit la paix. C’est l’effet de l’aveuglement et de l’endurcissement du cœur ; elle ne supporte ni la réflexion ni l’examen. Peut-on dire qu’ils possèdent la paix, si fatalement insouciants de l’avenir qu’ils soient, ceux qui sont présentement sous l’empire de passions et d’appétits inquiets, insatiables et contradictoires ? Mais le Royaume du MESSIE est un Royaume de paix, et en lui ses heureux sujets jouissent d’une paix qui surpasse toute intelligence (Philippiens 4:7) , telle que le monde ne peut ni la donner ni la ravir. Il a fait la paix par le sang de sa croix (Colossiens 1:20) , pour tous ceux qui s’approchent de Dieu par lui. Tant qu’ils ne sont pas dans la peine et l’angoisse, tant qu’ils ne sentent pas l’amertume de leurs péchés et n’en redoutent pas les suites, tant qu’ils ne voient pas l’impossibilité de se secourir eux-mêmes, ils ne s’adresseront pas à lui ; mais dès qu’ils le cherchent, ainsi fatigués et chargés, il exauce leur prière. Leur âme, pour un temps, est comme la mer dans la tempête ; ils sont accablés par la culpabilité, les craintes et les tentations ; mais quand il révèle à leur cœur son nom puissant et sa grâce sans bornes, et qu’il dit : Silence! Tais-toi! (Marc 4:39) , il se fait un grand calme. Étant justifiés par la foi, ils ont la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ. Il leur donne aussi la paix dans un monde changeant et troublé, en les invitant et en les rendant capables de se décharger sur lui de tous leurs soucis, et de remettre entre ses mains tout ce qui les concerne, sur l’assurance que leur donne sa Parole qu’il prend soin d’eux, et qu’il dirigera et gouvernera toutes choses pour leur bien. À mesure que leur foi s’approprie ses promesses, ils éprouvent du calme et du contentement. Sachant que les cheveux de leur tête sont comptés, que leurs afflictions, non moins que leurs consolations, sont des gages de son amour, qu’il leur donnera la force selon leur jour, qu’il sera leur guide et leur garde jusqu’à la mort ; ils ne sont guère ébranlés par les événements, ni troublés par les appréhensions, parce que leur cœur est ferme (Psaumes 112:7) , confiant en l’Éternel.
En outre, il leur enseigne (ce qu’on ne peut apprendre que de lui) comment rechercher et maintenir la paix parmi les hommes. Son amour dompte la puissance du moi, et les forme à un esprit d’amour des hommes et de bienveillance, qui produit souvent un tel effet que ceux qui les détestent pour leur attachement à lui et à ses préceptes, et qui diraient volontiers du mal d’eux, sont confus et réduits au silence par leur persévérance à faire le bien. Ainsi leur paix grandit comme un fleuve, qui coule d’un cours plus profond et plus large à mesure qu’il approche de l’océan. Car leur paix n’est jamais plus forte ni plus inébranlable que lorsqu’ils approchent de la mort et sont sur le point de remettre leur âme entre ses mains. C’est alors que, si ce n’est plus tôt, la fausse paix de l’homme du monde cède à la terreur et à la consternation. Mais observe celui qui est intègre, et regarde celui qui est droit (Psaumes 37:37) : la fin de cet homme-là, c’est la paix. Il faut reconnaître que beaucoup de ses enfants, par la puissance de la tentation et de l’incrédulité qui demeure en eux, éprouvent en certaines saisons des craintes pénibles au sujet de l’heure de la mort ; mais quand le temps de leur départ arrive réellement, nous les voyons rarement effrayés par l’appel.
Il est une force nécessaire pour soutenir l’âme aux approches de la mort, qui d’ordinaire est retenue jusqu’au moment du besoin. Mais alors elle est octroyée [donnée par grâce] . Ceux qui ont souvent accès au chevet des croyants mourants peuvent rendre témoignage, en témoins oculaires, de la fidélité de leur Seigneur. Que de fois ne les avons-nous pas vus triompher dans la perspective de l’immortalité ! aussi heureux, en dépit de la douleur et de la maladie, qu’on puisse concevoir qu’il soit possible de l’être tant qu’on est dans le corps, et aussi assurés du Ciel que s’ils étaient déjà devant le Trône.
Tel est le caractère du MESSIE ! Tel est le Dieu que nous adorons ; notre Ami tout-puissant et immuable ! Sa grandeur et sa bonté, sa gloire et sa grâce, une fois connues, fixent le cœur pour qu’il n’erre plus, et le remplissent d’admiration, de reconnaissance et de désir. De là jaillissent une obéissance joyeuse et sans réserve à ses commandements, et une soumission réfléchie et volontaire à sa sainte volonté. Car son peuple ne le sert pas et ne se soumet pas à lui par contrainte ; ou du moins ce n’est que la douce contrainte de l’amour, qui fait de leur devoir leurs délices ; et leur fardeau et leur chagrin, c’est de ne pouvoir le servir mieux.
Puissions-nous tous être dans ces dispositions ! Je n’ose espérer qu’il en soit ainsi de nous tous à présent. Mais c’est ici le jour de sa grâce. C’est pour cela qu’il est venu dans le monde, afin d’attirer à lui beaucoup de cœurs (Jean 12:32) Et c’est dans ce dessein qu’il nous favorise de son Évangile, par lequel il dit encore : Tournez-vous vers moi, et vous serez sauvés (Ésaïe 45:22) ; Venez à moi… et je vous donnerai du repos (Matthieu 11:28) . Être trouvés parmi ses fidèles disciples, au grand jour où il viendra juger le monde, voilà la seule chose qui, par-dessus toutes les autres, mérite notre sollicitude.
Écoutez donc sa voix aujourd’hui. Peut-être reconnaissez-vous la nécessité d’un changement de cœur et de vie, à quelque époque future, afin de mourir en paix. Un tel changement est tout aussi nécessaire si vous désirez vivre heureux. Tant que vous n’êtes pas prêts à mourir, vous ne pouvez avoir aucune vraie jouissance de la vie. Il serait aisé de prouver longuement que la procrastination est extrêmement dangereuse. À supposer que, selon vos sentiments présents, vous vous croyiez réellement résolus à chercher le Seigneur à quelque moment futur, considérez-vous sur combien d’incertitudes vous comptez ? Êtes-vous sûrs de ne pas être soudainement retranchés par un coup inattendu et imprévu ; ou visités par une fièvre qui peut promptement vous jeter dans le délire ou la stupeur, et rendre impraticable la repentance que vous projetez ? Oui, en toutes circonstances elle sera impraticable, à moins qu’il ne plaise à Dieu d’agir sur votre esprit par son bon Esprit. Si vous attristez maintenant cet Esprit en résistant à ses opérations, quelle raison avez-vous d’espérer qu’il reviendra alors ? Ne voyons-nous pas maints exemples de ce que le poète appelle, avec une grande justesse, * une mort lente et soudaine ? Combien de gens, tandis qu’ils dépérissent sous l’empire d’une maladie incurable, se bercent de l’espoir de guérir jusqu’au dernier soupir ; et bien que leurs connaissances lisent la mort sur leur visage des semaines ou des mois durant, en dépit de ces avertissements répétés et prolongés, ils meurent aussi soudainement, quant à leurs propres appréhensions, que s’ils étaient frappés de la foudre. Tremblez que telle ne soit votre fin dernière, si vous vous jouez de Dieu, qui maintenant vous appelle par son Évangile à le chercher aujourd’hui, aussi longtemps qu’on peut dire: Aujourd’hui!
* « La Plainte, ou Pensées nocturnes sur la vie, la mort et l’immortalité » d’Edward Young (1856)
Mais je voudrais vous amener à considérer votre retard non seulement comme dangereux, mais comme déraisonnable. Pourquoi craignez-vous d’être heureux trop tôt ? Quelle étrange et dure pensée avez-vous de Dieu, si vous supposez pouvoir trouver plus de plaisir à vivre selon votre propre volonté qu’à obéir à ses commandements ! Le monde peut-il vous donner une paix et un contentement tels que ceux que j’ai tenté de décrire ? Pensez-vous que la ferme persuasion que Dieu est votre Ami, et que le Ciel sera votre demeure, gâtera la saveur de vos jouissances terrestres, ou rendra votre vie pénible ? Quelle chose dure le Seigneur exige-t-il de vous, pour que vous soyez si peu disposés à y consentir ? Si nous laissons de côté, pour un moment, la considération d’un état futur et d’un jugement dernier, même au point de vue temporel vous seriez grandement gagnants si votre esprit et votre conduite étaient réglés par l’Évangile. Que de chagrins déchirants, que de pertes, de querelles, de douleurs du corps et de remords de conscience certains d’entre vous se seraient épargnés, s’ils avaient cru et obéi à la Parole de Dieu ! En quelles détresses vos passions obstinées pourraient bientôt vous précipiter, si vous avez la présomption de continuer dans vos péchés ! Car que la voie des perfides est rude, ce n’est pas seulement l’Écriture qui le déclare, c’est aussi l’histoire et l’observation de chaque jour qui le prouvent.
Ainsi donc : Quittez la stupidité, et vous vivrez. Et tandis que la porte de la miséricorde vous est encore ouverte, priez celui qui peut vous bénir véritablement, en vous délivrant de la culpabilité et de la puissance de vos iniquités. De peur que, souvent repris , et endurcissant toujours vos cœurs, vous ne soyez brisés subitement et sans remède (Proverbes 29:1)
Domaine public. Texte source de l’édition originale.
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