Texte
Job 10:2
I will say to God: Do not condemn me; tell me what charges you have against me.
Open Word Bible
En bref
Que Dieu prenne l’homme à partie, voilà qui stupéfie Spurgeon — le Tout-Puissant prenant les armes contre l’insecte d’un jour — et la requête de Job, « Fais-moi savoir pourquoi tu me prends à partie! », devient une question à laquelle il répond séparément pour l’enfant de Dieu et pour le pécheur. L’affliction y est lue comme un dessein, non comme un accident, et l’auditeur est envoyé contempler Christ sur le bois.
« Fais-moi savoir pourquoi tu me prends à partie! »—Job 10:2.
DIEU ENTRERA-T-IL DONC en contestation avec l’homme ? Si Dieu est irrité, ne peut-il pas lui retirer le souffle de ses narines et le coucher dans la poussière de la terre ? Si le cœur du Tout-Puissant s’émeut d’un ardent courroux, ne peut-il pas parler dans sa colère, et l’âme de l’homme ne sombrera-t-elle pas au plus profond de l’enfer ? Dieu entrera-t-il en lutte — se rangera-t-il en bataille contre sa créature ? et contre une telle créature ? — la créature d’une heure — un rien, qui est ici aujourd’hui et disparu demain ? Le Tout-Puissant va-t-il disputer avec le néant de l’homme ? Le Dieu éternel prendra-t-il les armes de la guerre pour sortir combattre l’insecte d’un jour ? Nous pourrions bien lui crier : Contre qui mon Seigneur le Roi s’est-il mis en marche ? « Qui poursuis-tu? Un chien mort, une puce. » Chasseras-tu la perdrix sur les montagnes avec une armée, et marcheras-tu contre un moucheron avec le bouclier et la lance ? Le Dieu éternel, qui ne se fatigue point et ne se lasse point, et devant la menace duquel les colonnes de la voûte étoilée des cieux tremblent et s’ébranlent — deviendra-t-il le combattant d’une créature ? C’est pourtant ce que dit notre texte. Il parle de Dieu prenant l’homme à partie. Ah ! assurément, mes frères, il ne faut guère de logique pour comprendre que ce n’est pas là une contestation de colère, mais une contestation d’amour. Il ne faut, me semble-t-il, qu’une vue bien courte pour découvrir que, si Dieu entre en contestation avec l’homme, ce doit être une contestation de miséricorde. Il doit y avoir là un dessein d’amour. S’il était irrité, il ne daignerait pas raisonner avec sa créature ni engager avec elle une dispute de paroles ; bien moins encore revêtirait-il son bouclier et saisirait-il son épée pour se dresser au combat et lutter contre une créature telle que l’homme. Vous percevrez tous aussitôt qu’il doit y avoir de l’amour jusque dans cette parole en apparence courroucée ; que cette contestation doit, après tout, avoir quelque chose à voir avec le contentement, et que cette bataille ne doit être, après tout, qu’une miséricorde déguisée, une autre forme de l’étreinte du Dieu d’amour. Gardez cette pensée consolante dans votre esprit pendant que je vous prêche ; et si quelques-uns d’entre vous disent aujourd’hui : « Fais-moi savoir pourquoi tu me prends à partie », le fait même que Dieu entre en contestation avec vous, le fait qu’il ne vous a pas consumés, qu’il ne vous a pas précipités au plus profond de l’enfer, peut ainsi, dès l’abord, vous apporter consolation et espérance.
Je me propose donc de m’adresser aux deux catégories de personnes qui font usage de cette question. D’abord, je parlerai à l’enfant de Dieu éprouvé ; puis je parlerai au pécheur qui cherche, qui a cherché la paix et le pardon par Christ, mais ne les a pas encore trouvés, et qui, au contraire, a été battu par la loi et repoussé du propitiatoire dans le désespoir.
I. Tout d’abord, donc, à L’ENFANT DE DIEU. Il y a — je sais qu’il y a — dans cette grande assemblée des âmes qui en sont venues à la situation de Job. Elles disent : « Mon âme est dégoûtée de la vie! Je donnerai cours à ma plainte, Je parlerai dans l’amertume de mon âme. Je dis à Dieu: Ne me condamne pas! Fais-moi savoir pourquoi tu me prends à partie! » Il est parfois coupable de questionner Dieu. Comme les gens de Beth-Schémesch furent frappés de mort pour avoir osé soulever le couvercle de l’arche et regarder dans ses mystères sacrés, de même questionner Dieu est souvent la mort de notre foi. Il arrive souvent que les plus cruels fléaux fondent sur nous à cause d’une impudente curiosité, qui brûle de fouiller entre les feuillets repliés du grand livre des conseils de Dieu, et de découvrir la raison de ses mystérieuses dispensations. Mais, me semble-t-il, cette question-ci peut être posée. Ici, s’enquérir ne sera pas pure curiosité, car il en découlera un effet pratique. Saint éprouvé, suis-moi tandis que je cherche à sonder ce mystère et à répondre à ta question ; et je t’en prie, parmi les diverses réponses que je vais te proposer, choisis celle qui, à ton jugement éclairé par le Saint-Esprit, te paraîtra la bonne. Vous avez été éprouvés par épreuve sur épreuve : les affaires tournent contre vous ; la maladie ne quitte jamais votre maison ; et, dans votre propre personne, vous êtes continuellement en proie à un triste abattement d’esprit. Il semble que Dieu soit en contestation avec vous, et vous demandez : « Pourquoi cela ? “Fais-moi savoir pourquoi tu me prends à partie!” »
1. Ma première réponse, de la part de Dieu, mon frère, est celle-ci : il se peut que Dieu te prenne à partie afin de montrer sa propre puissance en te soutenant. Dieu met ses délices dans ses saints ; et lorsqu’un homme met ses délices dans son enfant, si c’est un enfant remarquable par la vivacité de son intelligence, il aime à le voir soumis à des questions difficiles, parce qu’il sait qu’il sera capable de répondre à toutes. Ainsi Dieu se glorifie en ses enfants. Il aime à les entendre éprouver, afin que le monde entier voie qu’il n’y en a point de semblables à eux sur la face de la terre, et que Satan lui-même soit contraint, avant de pouvoir trouver une accusation contre eux, de recourir à son inépuisable réserve de mensonges. Parfois Dieu place à dessein ses enfants au milieu des épreuves de ce monde. À droite, à gauche, devant, derrière, ils sont cernés. Au dedans et au dehors, la bataille fait rage. Mais voici l’enfant de Dieu qui se tient debout, calme au milieu de la clameur qui étourdit, assuré de la victoire. Et alors le Seigneur montre avec joie son saint, et il dit : « Vois, Satan, il est plus fort que toi. Tout faible qu’il est, par ma puissance il peut toutes choses. » Et parfois Dieu permet à Satan lui-même de venir contre l’un de ses enfants ; et le noir démon de l’enfer, sur ses ailes de dragon, rencontre un pauvre chrétien au moment même où il est las et épuisé d’avoir trébuché dans la vallée de l’humiliation. Le combat est long et terrible, et il peut bien l’être, car c’est un ver qui lutte contre le dragon. Mais voyez ce que ce ver peut faire. Il est foulé aux pieds, et pourtant il détruit le talon qui l’écrase. Quand le chrétien est terrassé, il pousse ce cri : « Ne te réjouis pas à mon sujet, mon ennemie! Car si je suis tombée, je me relèverai ». Et ainsi Dieu montre son enfant et dit : « Voyez là ! voyez ce que je puis faire : je puis rendre la chair et le sang plus puissants que l’esprit le plus rusé ; je puis rendre l’homme, pauvre, faible et insensé, plus fort que toute la ruse et toute la puissance de Satan. » Et que direz-vous de cette troisième épreuve par laquelle Dieu nous fait passer ? Parfois Dieu entre pour ainsi dire lui-même dans la lice ; oh ! émerveillons-nous en le racontant. Dieu, pour éprouver la force de la foi, fait parfois lui-même la guerre à la foi. Ne pensez pas que ce soit là un écart de l’imagination. C’est un fait pur et simple. N’avez-vous jamais entendu parler du gué de Jabbok, et de ce Dieu vêtu en ange qui y lutta avec Jacob, et permit à Jacob de l’emporter ? Pourquoi cela ? Voici : Dieu en avait ainsi décidé : « Je fortifierai la créature à tel point que je lui permettrai de vaincre son Créateur. » Oh ! quelle noble œuvre que celle-ci : que Dieu, tandis qu’il terrasse son enfant d’une main, le soutienne de l’autre ; laissant tomber sur lui une mesure de toute-puissance pour l’écraser, tandis qu’une égale toute-puissance le soutient sous ce fardeau effroyable. Le Seigneur montre au monde : « Voyez ce que peut la foi ! » Hart chante bien de la foi :
« Elle foule aux pieds le monde et l’enfer ;
Elle triomphe de la mort et du désespoir ;
Et, ô merveille qu’il nous faut redire,
Elle l’emporte sur le ciel par la prière. »
Voilà pourquoi Dieu te prend à partie : pour se glorifier lui-même, en montrant aux anges, aux hommes et aux démons comment il peut mettre une telle force dans l’homme, pauvre et chétif, que celui-ci peut lutter avec son Créateur et devenir un prince victorieux comme Israël, qui, tel un prince, lutta avec Dieu et fut vainqueur. Telle peut donc être la première raison.
2. Laissez-moi vous donner une seconde réponse. Peut-être, ô âme éprouvée ! le Seigneur agit-il ainsi pour développer tes grâces. Il est certaines de tes grâces qui ne seraient jamais découvertes, n’étaient tes épreuves. Ne sais-tu pas que ta foi n’a jamais si grand air par le temps d’été que par celui d’hiver ? N’as-tu pas entendu dire que l’amour est trop souvent comme un ver luisant, qui ne donne guère de lumière, sinon au milieu des ténèbres qui l’entourent ? Et ne sais-tu pas que l’espérance elle-même est comme une étoile — qu’on ne voit pas au soleil de la prospérité, et qu’on ne découvre que dans la nuit de l’adversité ? Ne comprends-tu pas que les afflictions sont souvent les feuilles sombres sur lesquelles Dieu sertit les joyaux des grâces de ses enfants, pour les faire mieux briller ? Il y a peu de temps encore, tu disais à genoux : « Seigneur, je crains de n’avoir point de foi ; fais-moi savoir que j’ai la foi. » Mais sais-tu bien que tu demandais des épreuves ? car tu ne peux savoir que tu as la foi tant que ta foi n’est pas exercée. Nos épreuves, pour ainsi dire, sont comme des passants dans un bois. Quand nul intrus ne trouble les clairières silencieuses de la forêt, le lièvre et la perdrix restent tapis ; ils y reposent, et nul œil ne les voit. Mais dès qu’on entend le pas de l’intrus, vous les voyez tressaillir et courir le long de l’allée verdoyante, et vous entendez le bruissement d’ailes du faisan qui cherche à se cacher. Or nos épreuves sont des intrus qui troublent le repos de notre cœur ; nos grâces se lèvent en sursaut, et nous les découvrons. Elles seraient restées dans leur tanière, elles auraient dormi dans leur gîte, elles se seraient reposées dans leur nid, si ces épreuves importunes ne les avaient pas chassées de leur place. Je me souviens d’une simple image champêtre employée par un théologien aujourd’hui disparu. Il dit qu’il n’avait jamais été bien habile à dénicher les nids d’oiseaux en été, mais qu’il en trouvait toujours en hiver. Or il arrive souvent que, lorsqu’un homme n’a que peu de grâce, on peut à peine la voir tant qu’il porte les feuilles de sa prospérité ; mais que vienne le souffle de l’hiver, qu’il balaie ses feuilles flétries, et alors vous découvrez ses grâces. Soyez-en sûrs, Dieu nous envoie souvent des épreuves afin que nos grâces soient découvertes et que nous soyons assurés de leur existence. D’ailleurs, ce n’est pas seulement une découverte : c’est une croissance réelle qui résulte de ces épreuves. Voici une petite plante, petite et rabougrie, qui pousse à l’ombre d’un chêne aux larges branches ; et cette petite plante prise fort l’ombre qui la couvre, et elle estime grandement le paisible repos que lui procure son noble ami. Mais une bénédiction est réservée à cette petite plante. Un jour, voici venir le bûcheron, et de sa hache tranchante il abat le chêne. La plante pleure et s’écrie : « Mon abri s’en est allé : tous les vents rudes souffleront sur moi, et toutes les tempêtes chercheront à me déraciner. » « Non, non, dit l’ange de cette fleur, maintenant le soleil t’atteindra ; maintenant l’ondée tombera sur toi plus abondante qu’auparavant ; maintenant ta forme rabougrie s’élancera dans la beauté, et ta fleur, qui n’aurait jamais pu s’épanouir en perfection, rira désormais au soleil, et les hommes diront : “Comme cette plante a grandi ! combien sa beauté est devenue glorieuse depuis qu’on a ôté ce qui était son ombre et ses délices !” » Ne voyez-vous donc pas que Dieu peut vous ôter vos douceurs et vos privilèges pour faire de vous de meilleurs chrétiens ? Eh quoi ! le Seigneur forme toujours ses soldats, non en les laissant couchés sur des lits de plume, mais en les mettant dehors et en les accoutumant aux marches forcées et au rude service. Il leur fait passer des torrents à gué, traverser des fleuves à la nage, gravir des montagnes et accomplir mainte longue marche avec de lourds havresacs de douleur sur le dos. Voilà comment il fait des soldats — non en les habillant de beaux uniformes pour parader aux portes de la caserne et faire les beaux messieurs aux yeux des flâneurs du parc. Dieu sait que les soldats ne se font que dans la bataille ; on ne les forme pas en temps de paix. Nous pouvons faire croître l’étoffe dont on fait les soldats, mais les guerriers ne s’éduquent réellement qu’à l’odeur de la poudre, au milieu du sifflement des balles et du grondement des canonnades — non dans des temps doux et paisibles. Eh bien, chrétien, cela n’explique-t-il pas tout ? Ton Seigneur n’est-il pas en train de faire paraître tes grâces et de les faire croître ? Voilà pourquoi il te prend à partie.
3. Une autre raison peut se trouver en ceci. Il se peut que le Seigneur te prenne à partie parce que tu as quelque péché secret qui te cause un grave dommage. Te souviens-tu de l’histoire de Moïse ? Jamais homme ne fut plus aimé que lui de l’Éternel son Dieu, car il fut fidèle dans toute sa maison comme serviteur. Mais te souviens-tu comment le Seigneur vint à sa rencontre sur le chemin, alors qu’il se rendait en Égypte, et lutta contre lui ? Et pourquoi ? Parce qu’il avait dans sa maison un enfant incirconcis. Cet enfant, aussi longtemps qu’il ne portait pas le sceau de Dieu, était un péché en Moïse ; c’est pourquoi Dieu lutta contre lui jusqu’à ce que la chose fût faite. Or, trop souvent, nous avons dans notre maison quelque chose d’incirconcis, quelque joie mauvaise, quelque divertissement coupable, quelque poursuite qui n’est pas agréable à sa volonté. Et le Seigneur vient souvent à notre rencontre comme il le fit pour Moïse, dont il est écrit—« Pendant le voyage, en un lieu où Moïse passa la nuit, l’Éternel l’attaqua et voulut le faire mourir. »—Exode 4:24. Sonde donc et regarde, car si les consolations de Dieu sont peu de chose pour toi, il y a au-dedans quelque péché secret. Ôte-le, de peur que Dieu ne te frappe plus durement encore, et ne te tourmente dans son ardent courroux. Les épreuves découvrent souvent des péchés—des péchés que nous n’aurions jamais découverts sans elles. Nous savons que les maisons de Russie sont fort infestées de rats et de souris. Peut-être un étranger les remarquerait-il à peine au premier abord ; mais le moment où on les découvre, c’est quand la maison est en feu : alors ils sortent en multitudes. Ainsi Dieu brûle-t-il parfois nos consolations pour faire sortir nos péchés cachés ; et alors il nous rend capables de les assommer et de nous en débarrasser. Telle est peut-être la raison de votre épreuve : mettre fin à quelque péché longtemps entretenu. Il se peut aussi que, de cette manière, Dieu veuille prévenir quelque péché futur, quelque péché caché à tes propres yeux, dans lequel tu tomberais bientôt s’il ne te troublait par sa providence. Il y avait un beau navire qui appartenait au grand Maître des mers ; il allait faire voile du port de la grâce vers le havre de la gloire. Avant qu’il quittât le rivage, le grand Maître dit : « Matelots, soyez vaillants ! Capitaine, sois hardi ! car pas un cheveu de votre tête ne périra ; je vous conduirai sains et saufs au port désiré. L’ange des vents a mission de prendre soin de vous en chemin. » Le navire partit bien joyeusement, ses banderoles flottant au vent. Il vogua à vive allure, par un vent favorable, pendant bien des jours. Mais un jour s’éleva un ouragan qui les écarta de leur route et fatigua leur mât jusqu’à le faire ployer comme s’il allait se rompre en deux. La voile s’en était allée en lambeaux ; les matelots étaient effrayés, et le capitaine lui-même tremblait. Ils avaient perdu leur route. « Ils étaient sortis du bon chemin », disaient-ils ; et ils se lamentaient extrêmement. Quand le jour parut, les vagues étaient calmes, et l’ange des vents apparut ; ils lui parlèrent et dirent : « Ô ange, n’avais-tu pas reçu l’ordre de prendre soin de nous et de nous préserver dans nos voyages ? » Il répondit : « Il en était bien ainsi, et je l’ai fait. Vous gouverniez en toute assurance, et vous ne saviez pas qu’un peu en avant de votre vaisseau se trouvait un sable mouvant sur lequel il se serait brisé et aurait été englouti tout vivant. Je vis qu’il n’y avait pour vous aucun moyen d’échapper, sinon de vous écarter de votre route. Voyez, j’ai fait comme il m’avait été commandé : poursuivez votre chemin. » Ah ! c’est là une parabole de la manière dont notre Seigneur agit envers nous. Il nous écarte souvent de la route unie que nous pensions être le bon chemin vers le ciel. Mais il y a à cela une raison secrète : il y a devant nous un sable mouvant qui n’est pas marqué sur la carte. Nous n’en savons rien ; mais Dieu le voit, et il ne permettra pas que ce beau vaisseau, qu’il a lui-même assuré, s’échoue où que ce soit ; il le conduira sain et sauf au port désiré.
4. J’ai maintenant une autre raison à donner, mais c’est une raison que quelques-uns d’entre vous ne comprendront pas ; quelques-uns cependant la comprendront. Bien-aimés, vous vous souvenez qu’il est écrit que nous « porterons aussi l’image du céleste », c’est-à-dire l’image de Christ. Tel il a été dans ce monde, tels nous devons être aussi. Il nous faut avoir communion avec lui dans ses souffrances, afin de devenir conformes à lui dans sa mort. N’as-tu jamais pensé que nul ne peut ressembler à l’Homme de douleur s’il n’a, lui aussi, des douleurs ? Comment pouvez-vous être semblables à celui dont la sueur devint comme de grosses gouttes de sang, si vous ne dites pas quelquefois : « Mon âme est triste jusqu’à la mort » ? Ne pense pas, ô bien-aimé, que tu puisses être semblable à la tête couronnée d’épines sans jamais sentir l’épine. Peux-tu être semblable à ton Seigneur mourant, et pourtant n’être pas crucifié ? Ta main doit-elle être sans clou, et ton pied sans blessure ? Peux-tu être semblable à lui, à moins que, comme lui, tu ne sois contraint de dire : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? » Dieu vous cisèle—vous n’êtes qu’un bloc brut—il fait de vous l’image de Christ ; et ce ciseau tranchant enlève bien des choses qui vous empêchent de lui ressembler. Celui qui est notre chef aura-t-il le visage défiguré par la douleur, et nous, devrions-nous à jamais nous réjouir et chanter ? Cela ne se peut.
« Les héritiers du salut, je le sais par sa Parole,
Par bien des tribulations doivent suivre leur Seigneur. »
Douce est l’affliction qui nous donne communion avec Christ. Bénie la charrue qui creuse de profonds sillons, si ces sillons sont semblables aux siens. Bénie la bouche qui crache sur nous, si le crachat vient de la même cause que celui qui souilla sa face. Bénis les clous et les épines, le vinaigre et la lance, s’ils nous rendent seulement quelque peu semblables à lui, dont nous partagerons la gloire quand nous le verrons tel qu’il est. C’est là une chose que tous ne peuvent comprendre, car c’est un sentier qu’aucun pied profane n’a foulé, et qu’aucun œil insouciant n’a même aperçu. Mais le vrai croyant peut s’en réjouir, car il a eu communion avec Christ dans ses souffrances.
5. À l’enfant de Dieu je ne donnerai plus qu’une seule raison. Le Seigneur, peut-être, te prend à partie, mon frère, pour t’humilier. Nous sommes tous trop orgueilleux ; les plus humbles d’entre nous ne font qu’approcher du seuil de la véritable humilité. Nous sommes trop orgueilleux, car l’orgueil, je le suppose, coule dans nos veines mêmes, et l’on ne peut pas plus nous l’arracher que la moelle de nos os. Il nous faudra bien des coups avant d’être ramenés au juste niveau ; et c’est parce que nous nous relevons si continuellement que Dieu nous rabaisse si continuellement. D’ailleurs, ne sentez-vous pas, en jetant un regard sur vos épreuves passées, qu’après tout vous avez été meilleurs lorsque vous aviez des épreuves ? Je puis dire en vérité qu’il y a de la tristesse dans la joie, et qu’il y a une douce joie dans la douleur. Je ne sais comment cela se fait, mais ce vin amer de la douleur, une fois avalé, donne à l’homme intérieur une chaleur que le vin même du Liban peut à peine procurer. Il agit sur tout l’organisme avec une vertu si tonique que les veines mêmes se mettent à frémir, tandis que le sang y bondit. Étrange influence ! Je ne suis pas médecin, et pourtant je sais que ma coupe douce laisse souvent de l’amertume au palais, et que ma coupe amère laisse toujours une saveur douce dans la bouche. Il y a dans la douleur une douce joie que je ne puis comprendre. Il y a de la musique dans cette harpe aux cordes toutes détendues et brisées. Il y a quelques notes que j’entends sortir de ce luth plaintif et que je ne tire jamais de la trompette retentissante. La douceur et la mélodie, nous les recevons de la plainte de la douleur, et jamais du chant de la joie. Ne faut-il pas l’expliquer par le fait que, dans nos épreuves, nous vivons plus près de Dieu ? Notre joie est comme la vague qui se brise sur le rivage—elle nous jette sur la terre. Mais nos douleurs sont comme cette vague qui se retire et nous aspire de nouveau dans le grand abîme de la Divinité. Nous serions restés échoués, laissés à sec sur le rivage, n’eût été cette vague qui se retire, ce reflux de notre prospérité, qui nous a ramenés à notre Père et à notre Dieu. Bénie affliction ! elle nous a conduits au propitiatoire ; elle a donné vie à la prière ; allumé l’amour ; fortifié la foi ; amené Christ dans la fournaise avec nous, puis elle nous a fait sortir de la fournaise pour vivre avec Christ plus joyeusement qu’auparavant.
Assurément, je ne puis mieux répondre à cette question. Si je n’ai pas trouvé la vraie raison, sondez et regardez, mes bien-aimés ; car la raison n’est pas loin, si seulement vous la cherchez—la raison pour laquelle il vous prend à partie.
II. J’en ai ainsi fini avec les saints ; je vais maintenant me tourner vers LE PÉCHEUR QUI CHERCHE, et qui s’étonne de n’avoir trouvé ni paix ni consolation. En passant — et m’écartant un peu du sujet — j’entendais l’autre soir un frère qui, racontant son expérience, disait qu’avant sa conversion il n’avait jamais été malade, n’avait jamais connu la moindre affliction, mais que dès l’heure même où il fut converti, épreuves et tribulations s’abattirent sur lui en grand nombre. J’y ai pensé depuis lors, et je crois en avoir trouvé la raison. Quand nous sommes convertis, c’est le temps du chant des oiseaux ; mais savez-vous que le temps du chant des oiseaux est aussi le temps de la taille des vignes ? Et aussi sûrement que vient le temps du chant des oiseaux, vient aussi le temps de la taille des vignes. Dieu commence à nous éprouver dès qu’il commence à faire chanter notre âme. Ce n’est pas là m’éloigner du sujet. Je le croyais. Cela vient justement de m’amener à m’adresser au pécheur. Vous êtes venu ici ce matin en vous disant : « Monsieur, il n’y a pas longtemps, j’ai été réveillé au sentiment de mon état de perdition. Comme on me l’avait conseillé, je suis rentré chez moi et j’ai cherché miséricorde dans la prière. Depuis ce jour jusqu’à maintenant, je n’ai jamais cessé de prier. Mais, hélas ! je ne trouve aucune consolation, monsieur ; je vais plus mal que jamais — je veux dire que je deviens plus abattu, plus triste. Si vous m’aviez demandé, avant que je fusse convaincu de péché, monsieur, si le chemin du ciel était facile, je vous aurais répondu “oui”. Mais à présent il me semble jonché de cailloux tranchants. Cela, je ne m’en soucierais pas ; mais, hélas ! il me semble que la porte qui se trouve au bout du chemin est fermée ; car j’ai frappé, et elle ne s’est jamais ouverte ; j’ai demandé, et je n’ai pas reçu ; j’ai cherché, et je n’ai pas trouvé. En fait, au lieu d’obtenir la paix, je ne reçois que la terreur. Dieu me prend à partie. Pouvez-vous me dire, monsieur, pourquoi il en est ainsi ? » Je vais essayer de répondre à cette question, Dieu m’aidant.
1. Ma première réponse sera celle-ci. Peut-être, mon cher auditeur, Dieu vous prend-il à partie pour un temps parce que vous n’êtes pas encore pleinement réveillé. Souvenez-vous que Christ ne guérira pas votre plaie avant de l’avoir sondée jusqu’au fond. Christ n’est pas un médecin sans science, ni un chirurgien insensé qui refermerait une plaie où demeurent des chairs fongueuses ; mais il prendra la lancette, et il taillera, et taillera, et taillera encore en travers ; il ouvrira la plaie, la mettra à nu, l’examinera, la fera cuire ; et ensuite seulement il en refermera les lèvres et la rendra saine. Peut-être n’as-tu pas encore connu ta propre bassesse, ton propre état de perdition. Or Christ veut que tu connaisses ta pauvreté avant de te rendre riche. Son Saint-Esprit te convaincra de péché, de justice et du jugement à venir. Il te dépouillera, et quand bien même arracher ta propre justice serait comme t’écorcher et t’arracher la peau de la poitrine, il le fera pourtant ; car il ne te revêtira pas de la robe de sa propre justice tant que le dernier lambeau de ta propre suffisance n’aura pas été arraché. Voilà pourquoi Dieu te prend à partie. Tu t’es mis à genoux. Descends plus bas, homme — descends plus bas ; tombe la face contre terre. Tu as dit : « Seigneur, je ne suis rien. » Descends plus bas, homme ; dis : « Seigneur, je suis moins que rien, et le tout premier des pécheurs. » Tu as éprouvé quelque chose ; va demander d’éprouver davantage ; d’être plus pleinement encore convaincu de péché — d’apprendre à le haïr d’une haine plus parfaite, et à pleurer ton état de perdition d’une lamentation pareille à celle de Rama, quand Rachel pleurait ses enfants et refusait d’être consolée, parce qu’ils n’étaient plus. Cherche à connaître le fond de ton cas. Fais-toi un cas de conscience de regarder tes péchés en face, et laisse aussi l’enfer flamboyer devant toi : prends conscience de ce fait, que tu mérites d’être perdu pour toujours. Assieds-toi souvent pour tenir conseil avec le Seigneur ton Dieu, que tu as gravement offensé. Pense à tes privilèges, et à la façon dont tu les as méprisés ; rappelle-toi les invitations que tu as entendues, et combien de fois tu les as rejetées ; acquiers un juste sentiment du péché, et il se peut que Dieu cesse de te prendre à partie, parce que tout le bien qu’il cherchait à te donner par cette longue et douloureuse contestation aura été obtenu.
2. Une autre réponse que je vous donnerai est celle-ci : peut-être Dieu vous prend-il à partie afin d’éprouver votre sérieux. Il y a bien des M. Facile qui se mettent en route vers le ciel pour un peu de temps, et, au premier endroit marécageux du chemin, sortent en rampant par le côté le plus proche de leur maison, et s’en retournent. Or Dieu vient à la rencontre de chaque pèlerin sur le chemin du ciel, et lutte avec lui. Si vous pouvez tenir bon, et dire avec Job que, dût-il vous tuer, vous espérerez encore en lui ; si vous osez le faire, et être importun auprès de Dieu, et dire : « Dût-il ne jamais m’exaucer, si je péris, je prierai, et ne périrai que là » ; alors vous avez remporté la victoire, et vous réussirez. L’Esprit de Dieu vous enseigne à lutter et à combattre dans la prière. J’ai vu un homme, devenu solennellement sérieux au sujet de son âme, prier comme s’il était un véritable Samson, tenant dans ses mains les deux battants des portes de la miséricorde, les ébranlant de-ci de-là comme s’il eût mieux aimé les arracher — portes, barre et tout — que de s’en aller sans obtenir une bénédiction. Dieu aime voir un homme puissant dans la prière, résolu à obtenir la bénédiction, déterminé à avoir Christ, ou à périr en le cherchant. Allons, soyez sérieux. Criez à plein gosier ! ne vous retenez pas ! Levez-vous pendant les veilles de la nuit ! répandez votre cœur comme de l’eau en présence du Seigneur, car il vous exaucera dès qu’il aura entendu la voix de votre cri ; il prêtera l’oreille à votre supplication et vous donnera ce que votre cœur désire.
3. Et encore, autre chose. « Ne se peut-il pas, mes chers auditeurs, que la raison pour laquelle Dieu vous prend à partie et ne vous donne pas la paix soit que vous abritez quelque péché ? » Je ne dirai pas lequel ; j’ai connu un homme solennellement convaincu de péché, mais la compagnie qu’il fréquentait les jours de marché était d’une telle espèce que, tant qu’il ne serait pas entièrement séparé de ses compagnons, il lui était impossible d’avoir la paix. Je ne sais quel peut être le péché particulier qui vous enveloppe si facilement. Ce peut être l’amour de la frivolité ; ce peut être le désir de fréquenter ceux qui vous divertissent ; ce peut être pire encore. Mais souvenez-vous-en : Christ et ton âme ne seront jamais un tant que toi et tes péchés ne serez pas deux. Tes désirs et tes aspirations doivent faire place nette du diable et de toute sa bande, sans quoi Christ ne viendra pas habiter avec toi. « Eh bien, dit quelqu’un, mais je ne puis être parfait. » Non, mais vous ne pouvez trouver la paix tant que vous ne désirez pas l’être. Partout où vous abritez un péché, là vous abritez la misère. Un seul péché auquel on s’abandonne volontairement, et qu’on ne délaisse pas par une vraie repentance, perdra l’âme. Les péchés abandonnés sont comme les marchandises que les matelots jettent à la mer aux jours de tempête ; ils allègent le navire, et le navire ne flottera jamais tant que vous n’aurez pas jeté tous vos péchés par-dessus bord. Il n’y a aucune espérance pour vous tant que vous ne pouvez dire en vérité :
« Tout ce qui ne s’accorde point avec ton amour,
Oh ! aide-moi à y renoncer. »
« La plus chère idole que j’aie connue,
Quelle que soit cette idole,
Aide-moi à l’arracher de son trône,
Et à n’adorer que toi. »
4. Puis, en approchant de la conclusion, accordez-moi votre plus solennelle attention, tandis que je vous donne encore une indication sur la raison pour laquelle vous n’avez pas encore trouvé la paix. Mes chers auditeurs, c’est peut-être parce que vous ne comprenez pas parfaitement le plan du salut. Je sens bien que tous les ministres, — et ici peut-être suis-je aussi grand pécheur que tout autre, et je me condamne moi-même en châtiant les autres — nous tous, d’une manière ou d’une autre, j’en ai peur, contribuons à ternir l’éclat de la grâce de Dieu telle qu’elle est manifestée dans la croix de Christ. Souvent je crains de préférer le calvinisme au Calvaire, de placer le sentiment de besoin du pécheur comme une haie vive autour de la croix, et d’empêcher le pauvre pécheur d’approcher autant qu’il le voudrait de l’Agneau de Dieu tout sanglant. Ah ! mes chers auditeurs, souvenez-vous, si vous voulez être sauvés, que votre salut vient entièrement et uniquement de Jésus-Christ, le Fils de Dieu mourant. Contemple-le là-bas, pécheur, suant dans le jardin ! Vois les gouttes rouges de sang qui tombent de ce cher visage ! Oh ! vois-le, pécheur, vois-le dans le prétoire de Pilate. Contemple les flots de sang qui jaillissent de ces épaules déchirées. Vois-le, pécheur, vois-le sur sa croix ! Contemple cette tête encore marquée des blessures dont les épines lui percèrent les tempes ! Oh ! contemple ce visage amaigri et défiguré ! Vois les crachats qui y sont encore attachés — les crachats de moqueurs cruels ! Vois ces yeux noyés de larmes, pleins d’une pitié languissante ! Regarde aussi ces mains, et contemple-les tandis qu’elles ruissellent comme des sources de sang ! Oh ! arrête-toi et écoute, tandis qu’il s’écrie : « lama sabachthani? » Pécheur, ta vie est en celui qui est mort ; ta guérison est dans ces blessures ; ton salut est dans sa destruction. « Oh ! dit quelqu’un, mais je ne puis croire. » Ah ! frère, ce fut un jour mon cri douloureux. Mais je vais vous dire comment j’en vins à croire. Un jour, je m’efforçais de me forcer à croire, et une voix murmura : « Homme vain, homme vain, si tu veux croire, viens et vois ! » Alors le Saint-Esprit me conduisit par la main en un lieu solitaire. Et tandis que je me tenais là, soudain m’apparut Quelqu’un sur sa croix. Je levai les yeux ; je n’avais alors aucune foi. Je vis ses yeux baignés de larmes, et le sang qui coulait encore ; je vis ses ennemis autour de lui, le pourchassant jusqu’à la tombe ; je considérai ses souffrances indicibles ; j’entendis les gémissements que nulle parole ne saurait décrire ; et tandis que je levais les yeux, lui, qui est venu dans le monde, ouvrit les yeux et me dit : « Car le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. » Je battis des mains, et je dis : « Jésus, je crois, il faut que je croie ce que tu as dit ; je ne pouvais croire auparavant, mais ta vue a fait passer la foi dans mon âme. Je n’ose douter — ce serait une trahison, ce serait une haute trahison que de douter de ta puissance pour sauver. » Fondu par ses agonies, je tombai à terre, et j’embrassai ses pieds ; et quand je tombai, mon péché tomba aussi ! Et je me réjouis dans l’amour divin qui efface le péché et sauve de la mort.
Oh ! mon ami, vous n’obtiendrez jamais la foi en essayant de vous forcer à l’avoir. La foi est le don de Christ ! allez la chercher dans ses veines. Il est un lieu secret où la foi est mise en réserve ; c’est le cœur de Christ ; allez, pécheur, et recueillez-la tandis qu’elle en découle. Entrez dans votre chambre, asseyez-vous et représentez-vous Christ dans une sainte vision, mourant sur le bois ; et tandis que votre œil verra, votre cœur se fondra, votre âme croira, et vous vous relèverez de vos genoux en vous écriant que vous aussi, « je sais en qui j’ai cru, et je suis persuadé qu’il a la puissance de garder mon dépôt jusqu’à ce jour-là. »
Et maintenant, que l’amour de Jésus-Christ, et la grâce de son Père, et la communion de son Esprit, soient avec vous aux siècles des siècles. Amen et Amen.
Domaine public. Texte source de l’édition originale.
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- Spurgeon, Charles H. “Les doux fruits de l’adversité.” Sermon. Ochorus, https://ochorus.com/fr/sermons/the-sweet-uses-of-adversity/.
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