La première prière de Paul
Charles H. Spurgeon

Sermon · 37 min de lecture· 1855 · Accessible

La première prière de Paul

Portrait de Charles H. Spurgeon Charles H. Spurgeon

Texte

Actes 9:11

En bref

Le ciel date la première prière de Saul de la route de Damas — alors que ce pharisien montait au temple deux fois par jour depuis des années. Spurgeon lit « Voici, il prie » à la fois comme une annonce et comme un argument : le signe qui envoya Ananias dans la maison d’un persécuteur, et une preuve de sincérité qu’aucune profession ne saurait contrefaire. La prière fera cesser un homme de pécher, ou le péché le fera cesser de prier.

« Car voici, il prie » — Actes 9:11.

DIEU a bien des moyens d’éteindre la persécution. Il ne permettra pas que son Église soit blessée par ses ennemis ni submergée par ses adversaires ; et les moyens ne lui manquent pas pour détourner la voie des méchants, ou pour la renverser. Il parvient d’ordinaire à ses fins de deux manières : tantôt par la confusion du persécuteur, tantôt, d’une manière plus bénie, par sa conversion. Parfois il confond et déconcerte ses ennemis ; il proclame insensés les devins ; il laisse l’homme qui s’élève contre lui être entièrement détruit, il le laisse courir à sa propre perte, puis enfin il se retourne, dans une dérision triomphante, contre l’homme qui espérait crier à l’Église de Dieu : « Ah! Ah! » Mais d’autres fois, comme ici, il convertit le persécuteur. Ainsi il change l’ennemi en ami ; de l’homme qui guerroyait contre l’Évangile, il fait un soldat de l’Évangile. Des ténèbres il fait jaillir la lumière ; de celui qui mange il tire le miel ; oui, de cœurs de pierre il suscite des enfants à Abraham. Tel fut le cas de Saul. Il est impossible d’imaginer un fanatique plus furieux. Il avait été éclaboussé du sang d’Étienne, quand on le lapida ; il mettait tant de zèle dans sa cruauté que les hommes laissèrent leurs vêtements à la garde d’un jeune homme nommé Saul. Vivant à Jérusalem, à l’école de Gamaliel, il se trouvait sans cesse en contact avec les disciples de l’Homme de Nazareth ; il se moquait d’eux, il les insultait quand ils passaient dans la rue ; il obtint des décrets contre eux, et les fit mettre à mort ; et maintenant, pour couronner le tout, ce loup-garou, ayant goûté le sang, devient furieux à l’excès et résout d’aller à Damas, afin de s’y rassasier du sang des hommes et des femmes, afin de lier les chrétiens et de les ramener à Jérusalem, pour y subir ce qu’il tenait pour le juste châtiment de leur hérésie et de leur abandon de l’ancienne religion. Mais oh ! que la puissance de Dieu fut merveilleuse ! Jésus arrête cet homme dans sa course insensée, au moment même où, la lance en arrêt, il fondait sur Christ. Christ vint à sa rencontre, le désarçonna, le jeta à terre et l’interrogea : « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu? » Puis, dans sa grâce, il lui ôta son cœur rebelle — lui donna un cœur nouveau et un esprit bien disposé — changea son but et son dessein — le conduisit à Damas — le tint prosterné trois jours et trois nuits — lui parla — fit passer en murmurant à ses oreilles des sons mystérieux — embrasa toute son âme ; et lorsque enfin il se releva de cette extase de trois jours et se mit à prier, c’est alors que Jésus descendit du ciel, vint en vision à Ananias et lui dit : « Lève-toi, va dans la rue qu’on appelle la droite, et cherche, dans la maison de Judas, un nommé Saul de Tarse ; car voici, il prie. »

Premièrement, notre texte était une annonce ; « Voici, il prie. » Deuxièmement, c’était un argument ; « Car voici, il prie. » Puis, pour conclure, nous essaierons de faire de notre texte une application à vos cœurs. Bien que l’application soit l’œuvre de Dieu seul, nous espérons qu’il voudra bien la faire pendant que la Parole sera prêchée ce matin.

I. Premièrement, il y avait ici UNE ANNONCE : « Va à la maison de Saul de Tarse ; car voici, il prie. » Sans préambule, laissez-moi dire que c’était l’annonce d’un fait qui fut remarqué dans le ciel, qui réjouit les anges, qui stupéfia Ananias, et qui était une nouveauté pour Saul lui-même.

C’était l’annonce d’un fait qui fut remarqué dans le ciel. Le pauvre Saul avait été amené à crier miséricorde, et dès l’instant où il se mit à prier, Dieu se mit à l’écouter. Ne remarquez-vous pas, en lisant ce chapitre, quelle attention Dieu porta à Saul ? Il connaissait la rue où il logeait : « Va dans la rue qu’on appelle la droite. » Il connaissait la maison où il demeurait : « Cherche, dans la maison de Judas. » Il connaissait son nom : c’était Saul. Il savait d’où il venait : « Cherche un nommé Saul de Tarse. » Et il savait qu’il avait prié : « Voici, il prie. » Oh ! c’est un fait glorieux que les prières soient remarquées dans le ciel. Le pauvre pécheur au cœur brisé monte à sa chambre, plie le genou, mais ne peut exhaler sa plainte que dans le langage des soupirs et des larmes. Voici ! ce gémissement a fait vibrer de musique toutes les harpes du ciel ; cette larme, Dieu l’a recueillie et l’a mise dans le lacrymatoire du ciel, pour qu’elle y soit conservée à jamais. Le suppliant dont les craintes étouffent les paroles sera bien compris du Très-Haut. Il ne versera peut-être qu’une larme hâtive ; mais « la prière, c’est une larme qui tombe ». Les larmes sont les diamants du ciel ; les soupirs font partie de la musique du trône de Jéhovah ; car si les prières sont

« La plus simple des paroles

Que puisse essayer la bouche d’un enfant »,

elles sont aussi

« Les plus sublimes accents qui montent Jusqu’à la Majesté d’en haut. »

Laissez-moi m’étendre un instant sur cette pensée. Les prières sont remarquées dans le ciel. Oh ! je sais ce qu’il en est de beaucoup d’entre vous. Vous pensez : « Si je me tourne vers Dieu, si je le cherche, je suis assurément un être si insignifiant, si coupable et si vil, qu’on ne saurait imaginer qu’il fasse attention à moi. » Mes amis, ne nourrissez pas de pareilles idées païennes. Notre Dieu n’est pas un dieu plongé dans un rêve perpétuel ; il ne s’enveloppe pas non plus de ténèbres si épaisses qu’il ne puisse voir ; il n’est pas comme Baal, qui n’entend pas. Il est vrai qu’il peut ne faire aucun cas des batailles ; il ne se soucie pas de la pompe et de l’apparat des rois ; il n’écoute pas l’éclat de la musique martiale ; il ne fait aucun cas du triomphe et de l’orgueil de l’homme ; mais partout où il y a un cœur gonflé de douleur, partout où il y a un œil baigné de larmes, partout où il y a une lèvre tremblante d’angoisse, partout où il y a un profond gémissement ou un soupir de repentance, l’oreille de Jéhovah est grande ouverte ; il l’inscrit dans le registre de sa mémoire ; il place nos prières, comme des pétales de rose, entre les pages de son livre de souvenir, et quand le volume sera enfin ouvert, il s’en exhalera un précieux parfum. Oh ! pauvre pécheur, fusses-tu du caractère le plus noir et le plus vil, tes prières sont entendues, et dès maintenant Dieu a dit de toi : « Voici, il prie. » Où était-ce ? dans une grange ? Où était-ce ? dans ton cabinet ? Était-ce au bord de ton lit ce matin, ou dans cette salle ? Lèves-tu en ce moment les yeux vers le ciel ? Parle, pauvre cœur ; n’ai-je pas entendu tes lèvres murmurer à l’instant : « Ô Dieu, aie pitié de moi, pécheur » ? Je te le dis, pécheur, il est une chose qui devance le télégraphe. Vous savez qu’on peut aujourd’hui envoyer un message et recevoir une réponse en quelques instants ; mais je lis dans la Bible quelque chose de plus rapide que le fluide électrique : « Avant qu’ils m’invoquent, je répondrai; Avant qu’ils aient cessé de parler, j’exaucerai. » Ainsi donc, pauvre pécheur, tu es remarqué ; oui, tu es entendu de celui qui est assis sur le trône.

Ensuite, c’était l’annonce d’un fait qui réjouit le ciel. Notre texte s’ouvre sur « Voici », car sans doute notre Sauveur lui-même le considéra avec joie. Une seule fois nous lisons qu’un sourire reposa sur le visage de Jésus, lorsque, levant les yeux au ciel, il s’écria : « Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et de ce que tu les as révélées aux enfants. Oui, Père, je te loue de ce que tu l’as voulu ainsi. » Le berger de nos âmes se réjouit à la vue de ses brebis en sûreté dans la bergerie ; il triomphe en esprit quand il ramène un égaré au bercail. J’imagine que, lorsqu’il dit ces paroles à Ananias, l’un des sourires du Paradis dut briller dans ses yeux. « Voici », j’ai gagné le cœur de mon ennemi, j’ai sauvé mon persécuteur ; en ce moment même il plie le genou à mon marchepied ; « voici, il prie. » Jésus lui-même entonna le cantique, se réjouissant avec chants du nouveau converti. Jésus-Christ fut dans la joie, et il se réjouit davantage pour cette brebis perdue que pour les quatre-vingt-dix-neuf qui ne se sont pas égarées. Et les anges se réjouirent aussi. Car lorsque naît un des élus de Dieu, les anges se tiennent autour de son berceau. Il grandit et se jette dans le péché : les anges le suivent, le pistant tout au long de son chemin ; ils contemplent avec tristesse ses nombreux égarements ; la belle Péri verse une larme chaque fois que pèche celui qu’elle aime. Bientôt l’homme est amené à entendre l’Évangile. L’ange dit : « Voici, il commence à écouter. » Il attend un peu ; la Parole pénètre dans son cœur, une larme coule sur sa joue, et enfin il crie du plus profond de son âme : « Ô Dieu, aie pitié de moi ! » Voyez ! l’ange bat des ailes, il s’envole vers le ciel et dit : « Anges mes frères, écoutez-moi : “Voici, il prie.” » Alors ils font sonner les cloches du ciel ; il y a jubilé dans la gloire ; de nouveau ils poussent des cris d’allégresse, car en vérité je vous le dis, « il y a de la joie dans le ciel, devant les anges de Dieu, pour un seul pécheur qui se repent ». Ils nous observent jusqu’à ce que nous priions, et quand nous prions, ils disent : « Voici, il prie. »

De plus, mes chers amis, il se peut qu’il y ait dans le ciel, outre les anges, d’autres esprits qui se réjouissent. Ce sont nos amis qui nous ont précédés. Je n’ai pas beaucoup de parents au ciel, mais j’en ai une que j’aime tendrement, qui, je n’en doute pas, a souvent prié pour moi, car elle m’a soigné quand j’étais enfant et m’a élevé pendant une partie de mon jeune âge ; et maintenant elle est assise devant le trône dans la gloire — enlevée soudainement. Je me figure qu’elle regardait son petit-fils bien-aimé, et que, le voyant dans les voies du péché, du vice et de la folie, elle ne pouvait le regarder avec tristesse, car il n’y a point de larmes dans les yeux des glorifiés ; elle ne pouvait le regarder avec regret, car on ne peut connaître un tel sentiment devant le trône de Dieu ; mais ah ! à ce moment où, par la grâce souveraine, je fus contraint de prier, où, tout seul, je pliai le genou et luttai, il me semble la voir disant : « Voici, il prie ; voici, il prie. » Oh ! je puis me représenter son visage. Elle sembla avoir un instant deux cieux, une double félicité, un ciel en moi aussi bien qu’en elle-même — quand elle put dire : « Voici, il prie. » Ah ! jeune homme, voici ta mère qui marche dans les rues d’or. Elle abaisse son regard sur toi à cette heure. Elle t’a soigné ; tu reposais sur son sein quand tu n’étais qu’un enfant, et elle t’a consacré à Jésus-Christ. Du ciel, elle t’a observé avec cette intense sollicitude qui est compatible avec le bonheur ; ce matin, elle te regarde. Que dis-tu, jeune homme ? Christ, par son Esprit, dit-il dans ton cœur : « Venez à moi » ? Verses-tu la larme de la repentance ? Il me semble voir ta mère s’écrier : « Voici, il prie. » Une fois encore elle s’incline devant le trône de Dieu et dit : « Je te rends grâces, ô toi qui es toujours plein de grâce, de ce que celui qui fut mon enfant sur la terre est maintenant devenu ton enfant dans la lumière. »

Mais s’il est quelqu’un dans le ciel qui se réjouisse plus qu’un autre de la conversion d’un pécheur, c’est un ministre, un des vrais ministres de Dieu. Ô mes auditeurs, vous ne pensez guère combien les vrais ministres de Dieu aiment vos âmes. Peut-être croyez-vous que c’est une tâche facile de se tenir ici et de vous prêcher. Dieu le sait, si ce n’était que cela, ce serait une tâche facile ; mais quand nous pensons que, lorsque nous vous parlons, votre salut ou votre damnation dépend en quelque mesure de ce que nous disons — quand nous songeons que, si nous sommes des sentinelles infidèles, Dieu nous redemandera votre sang — ô Dieu bon ! quand je songe que j’ai prêché à des milliers de personnes au cours de ma vie, à bien des milliers, et que j’ai peut-être dit bien des choses que je n’aurais pas dû dire, cela me saisit, cela me fait frémir et trembler. Luther disait qu’il pouvait affronter ses ennemis, mais qu’il ne pouvait gravir l’escalier de sa chaire sans que ses genoux s’entrechoquent. La prédication n’est pas un jeu d’enfant ; ce n’est pas une chose qui se fait sans peine et sans angoisse ; c’est une œuvre solennelle ; c’est une œuvre redoutable, si on la considère dans son rapport avec l’éternité. Ah ! comme le ministre de Dieu prie pour vous ! Si vous aviez pu écouter sous la fenêtre de sa chambre, vous l’auriez entendu gémir chaque dimanche soir sur ses sermons, parce qu’il n’avait pas parlé avec plus d’effet ; vous l’auriez entendu plaider auprès de Dieu : « Qui a cru à ce qui nous était annoncé? Qui a reconnu le bras de l’Éternel? » Ah ! quand, de son repos dans le ciel, il vous observera — quand il vous verra prier, comme il battra des mains en disant : « Voici l’enfant que tu m’as donné ! Voici, il prie. » Je suis sûr que, lorsque nous voyons quelqu’un amené à connaître le Seigneur, nous éprouvons tout à fait ce qu’éprouve celui qui a sauvé un de ses semblables de la noyade. Voici un pauvre homme dans le flot ; il coule, il s’enfonce, il va se noyer ; mais je m’élance, je le saisis fermement, je le hisse sur la rive et je l’étends à terre ; le médecin arrive ; il le regarde, il pose la main sur lui et dit : « Je crains qu’il ne soit mort. » Nous employons tous les moyens en notre pouvoir, nous faisons ce que nous pouvons pour le ramener à la vie. Je sens que j’ai été le libérateur de cet homme, et oh ! comme je me penche pour mettre mon oreille contre sa bouche ! Enfin je dis : « Il respire ! il respire ! » Quel plaisir dans cette pensée ! Il respire ; il y a encore de la vie. De même, quand nous trouvons un homme qui prie, nous nous écrions : il respire ; il n’est pas mort, il est vivant ; car tant qu’un homme prie, il n’est pas mort dans ses offenses et dans ses péchés, mais il est ramené à la vie, vivifié par la puissance de l’Esprit. « Voici, il prie. » C’était une joyeuse nouvelle dans le ciel, en même temps qu’un fait remarqué de Dieu.

Ensuite, c’était un événement des plus étonnants pour les hommes. Ananias leva les deux mains de stupeur. « Ô mon Seigneur, j’aurais cru que n’importe qui prierait, sauf cet homme-là ! Est-ce possible ? » Je ne sais ce qu’il en est des autres ministres, mais il m’arrive de regarder telles ou telles personnes de l’assemblée et de me dire : « Eh bien, ceux-là donnent beaucoup d’espoir ; je pense que je les gagnerai. J’espère qu’une œuvre se fait en eux, et j’espère bientôt les entendre raconter ce que le Seigneur a fait pour leur âme. » Bientôt, peut-être, je ne les vois plus, ils disparaissent tout à fait ; mais à leur place, mon bon Maître m’envoie quelqu’un dont je n’espérais rien — un réprouvé, un ivrogne, un dépravé — à la louange de la gloire de sa grâce. Alors je lève les mains d’étonnement, en pensant : « J’aurais pensé à n’importe qui plutôt qu’à toi. » Je me souviens d’un fait qui s’est passé il y a peu de temps. Il y avait un pauvre homme d’environ soixante ans ; c’était un rude marin, l’un des pires hommes du village ; il avait coutume de boire, et il semblait se délecter à maudire et à jurer. Il entra cependant dans la chapelle un jour de sabbat, alors qu’un de mes proches parents prêchait sur le texte où Jésus pleure sur Jérusalem. Et le pauvre homme pensa : « Quoi ! Jésus-Christ a-t-il jamais pleuré sur un misérable tel que moi ? » Il se croyait trop mauvais pour que Christ se souciât de lui. Enfin il vint trouver le prédicateur et lui dit : « Monsieur, voilà soixante ans que je navigue sous le pavillon du diable ; il est temps que j’aie un nouveau propriétaire ; je veux saborder le vieux navire et le couler tout à fait ! alors j’en aurai un neuf, et je naviguerai sous les couleurs du Prince Emmanuel. » Depuis ce moment, cet homme est un homme de prière, marchant devant Dieu en toute sincérité. Et pourtant c’était bien le dernier homme auquel vous auriez pensé. D’une manière ou d’une autre, Dieu choisit bel et bien les derniers ; il ne se soucie pas du diamant, mais il ramasse les cailloux, car « de ces pierres Dieu peut susciter des enfants à Abraham ». Dieu est plus sage que l’alchimiste : non seulement il affine l’or, mais il change le vil métal en joyaux précieux ; il prend les plus souillés et les plus vils, et il en façonne des êtres glorieux ; il en fait des saints, eux qui étaient des pécheurs, et il les sanctifie, eux qui étaient profanes.

La conversion de Saul fut une chose étrange ; mais, bien-aimés, était-elle plus étrange que le fait que vous et moi soyons devenus chrétiens ? Laissez-moi vous demander : si quelqu’un vous avait dit, il y a quelques années, que vous seriez membre d’une Église et compté parmi les enfants de Dieu, qu’auriez-vous répondu ? « Sornettes et balivernes ! Je ne suis pas un de vos méthodistes cafards ; je ne veux pas de religion ; j’aime à penser et à faire comme il me plaît. » Vous et moi, ne parlions-nous pas ainsi ? Et comment donc en sommes-nous venus là ? Quand nous considérons le changement qui s’est opéré en nous, cela nous paraît un rêve. Dieu a laissé dans nos familles beaucoup de gens qui valaient mieux que nous, et pourquoi nous a-t-il choisis ? Oh ! n’est-ce pas étrange ? Ne pourrions-nous pas lever les mains d’étonnement, comme Ananias, et dire : « Voici, voici, voici : c’est un miracle sur la terre, une merveille dans le ciel » ?

La dernière chose que j’aie à dire ici, la voici — ce fait était une nouveauté pour Saul lui-même. « Voici, il prie. » Qu’y a-t-il de nouveau en cela ? Saul montait au temple deux fois par jour, à l’heure de la prière. Si vous aviez pu l’accompagner, vous l’auriez entendu parler admirablement, en des termes comme ceux-ci : « Seigneur, je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes ; je ne suis ni ravisseur ni publicain ; je jeûne deux fois la semaine, je donne la dîme de tous mes revenus », et ainsi de suite. Oh ! vous auriez pu le trouver déversant un beau discours devant le trône de Dieu. Et pourtant il est dit : « Voici, il prie. » Quoi ! n’avait-il donc jamais prié auparavant ? Non, jamais. Tout ce qu’il avait fait jusque-là ne comptait pour rien ; ce n’était pas de la prière. J’ai entendu parler d’un vieux monsieur à qui l’on avait appris, enfant, à prier : « Mon Dieu, bénis mon père et ma mère », et il continua de prier la même chose pendant soixante-dix ans, alors que ses parents étaient morts l’un et l’autre. Après cela, il plut à Dieu, dans sa miséricorde infinie, de toucher son cœur, et il fut amené à voir que, malgré sa fidélité à ses formules, il n’avait pas prié du tout ; il avait souvent récité ses prières, mais il n’avait jamais prié. Ainsi en était-il de Saul. Il avait prononcé ses discours grandiloquents, mais ils ne valaient tous rien. Il avait fait pour l’apparence de longues prières ; tout cela avait été un échec. Maintenant vient une vraie requête, et il est dit : « Voici, il prie. » Voyez-vous cet homme qui cherche à se faire écouter de son Créateur ? Quelle attitude ! Il parle latin et vers blancs devant le trône du Tout-Puissant ; mais Dieu demeure assis dans une calme indifférence, sans y prêter attention. Alors l’homme essaie d’un autre style ; il se procure un livre et, pliant de nouveau le genou, il prie, dans une forme charmante, la meilleure des vieilles prières qu’on ait jamais pu composer ; mais le Très-Haut ne fait aucun cas de ses vaines formalités. Enfin la pauvre créature jette le livre, oublie ses vers blancs et dit : « Ô Seigneur, écoute, pour l’amour de Christ. » « Écoutez-le, dit Dieu, je l’ai entendu. » Voilà la miséricorde que tu as cherchée. Une seule prière du cœur vaut mieux que dix mille formules. Une seule prière qui vient de l’âme vaut mieux qu’une myriade de lectures froides. Quant aux prières qui ne sortent que de la bouche et de la tête, Dieu les a en horreur ; il aime celles qui viennent du fond du cœur. Peut-être serais-je impertinent si je disais qu’il y a ici ce matin des centaines de personnes qui n’ont jamais prié une seule fois de leur vie. Il y en a parmi vous qui ne l’ont jamais fait. Il y a là-bas un jeune homme qui a dit à ses parents, en les quittant, qu’il ferait toujours sa prière, matin et soir. Mais il a honte, et il l’a abandonnée. Eh bien, jeune homme, que ferez-vous quand vous viendrez à mourir ? Aurez-vous « le mot de passe aux portes de la mort » ? « Entrerez-vous au ciel par la prière » ? Non, vous n’y entrerez pas ; vous serez chassé de sa présence et rejeté.

II. Deuxièmement, nous avons ici UN ARGUMENT. « Car voici, il prie. » C’était un argument, tout d’abord, pour la sécurité d’Ananias. Le pauvre Ananias avait peur d’aller vers Saul ; il pensait que ce serait tout à fait comme entrer dans la fosse aux lions. « Si je vais chez lui, pensait-il, dès qu’il me verra, il m’emmènera sur-le-champ à Jérusalem, car je suis un des disciples de Christ ; je n’ose pas y aller. » Dieu dit : « Voici, il prie. » « Eh bien, dit Ananias, cela me suffit. S’il est un homme de prière, il ne me fera pas de mal ; s’il est un homme d’une piété véritable, je suis en sûreté. » Soyez sûrs que vous pouvez toujours vous fier à un homme qui prie. Je ne sais comment cela se fait, mais même les hommes impies témoignent toujours du respect à un chrétien sincère. Un maître aime avoir, après tout, un serviteur qui prie ; s’il ne fait lui-même aucun cas de la religion, il aime avoir un serviteur pieux, et il se fiera à lui plutôt qu’à tout autre. Il est vrai que, parmi vos gens qui font profession de prier, il en est qui n’ont pas un grain de prière en eux. Mais chaque fois que vous trouvez un homme qui prie vraiment, confiez-lui de l’or sans compter ; car s’il prie vraiment, vous n’avez rien à craindre de lui. Celui qui communie avec Dieu dans le secret mérite qu’on se fie à lui en public. Je me sens toujours en sûreté avec un homme qui fréquente le propitiatoire. J’ai entendu raconter l’histoire de deux messieurs qui voyageaient ensemble, quelque part en Suisse. Bientôt ils arrivèrent au milieu des forêts ; et vous savez les sombres histoires que les gens racontent sur les auberges de ces lieux, combien il est dangereux d’y loger. L’un d’eux, un incrédule, dit à l’autre, qui était chrétien : « Je n’aime pas du tout m’arrêter ici ; c’est vraiment très dangereux. » « Eh bien, dit l’autre, essayons. » Ils entrèrent donc dans une maison ; mais elle avait l’air si suspect que ni l’un ni l’autre ne s’y plaisait, et ils pensaient qu’ils aimeraient mieux être chez eux, en Angleterre. Bientôt l’aubergiste dit : « Messieurs, je lis toujours la Bible et je prie avec ma famille avant d’aller au lit ; me permettrez-vous de le faire ce soir ? » « Oui, dirent-ils, avec le plus grand plaisir. » Quand ils furent montés à l’étage, l’incrédule dit : « Maintenant je n’ai plus peur du tout. » « Pourquoi ? » dit le chrétien. « Parce que notre hôte a prié. » « Oh ! dit l’autre, il semble donc qu’après tout vous faites quelque cas de la religion ; parce qu’un homme prie, vous pouvez dormir dans sa maison. » Et ce fut merveille de voir comme ils dormirent tous les deux. Ils firent de doux rêves, car ils sentaient que là où la maison avait pour toit la prière et pour murs la piété, il ne pouvait se trouver personne qui voulût leur faire du mal. C’était donc un argument pour Ananias : il pouvait aller en sûreté à la maison de Saul.

Mais il y a plus. C’était ici un argument en faveur de la sincérité de Paul. La prière secrète est l’une des meilleures pierres de touche d’une religion sincère. Si Jésus avait dit à Ananias : « Voici, il prêche », Ananias aurait répondu : « Cela, il peut le faire, et être pourtant un imposteur. » S’il avait dit : « Il s’est rendu à une réunion de l’Église », Ananias aurait répondu : « Il peut y entrer comme un loup sous une peau de brebis. » Mais quand il dit : « Voici, il prie », cet argument suffisait. Un jeune homme vient me raconter ce qu’il a ressenti et ce qu’il a fait. À la fin je lui dis : « Mettez-vous à genoux et priez. » « J’aimerais bien mieux pas. » « Peu importe, vous le ferez. » Le voilà qui tombe à genoux ; il trouve à peine un mot à dire ; il se met à gémir et à pleurer, et il reste là à genoux, jusqu’à ce qu’enfin il balbutie : « Seigneur, aie pitié de moi, pécheur ; je suis le plus grand des pécheurs ; aie pitié de moi ! » Alors je suis un peu plus satisfait, et je dis : « Je ne faisais pas grand cas de tous vos discours ; c’étaient vos prières que je voulais. » Mais oh ! si je pouvais le suivre jusque chez lui ; si je pouvais le voir aller prier seul, alors je serais sûr ; car celui qui prie en secret est un vrai chrétien. La simple lecture d’un livre de dévotion quotidienne ne prouvera pas que vous êtes un enfant de Dieu ; si vous priez en secret, alors votre religion est sincère ; un peu de religion, si elle est sincère, vaut mieux que des montagnes de faux-semblant. La piété du foyer est la meilleure piété. La prière vous fera cesser de pécher, ou le péché vous fera cesser de prier. La prière dans le cœur prouve la réalité de la conversion. Un homme peut être sincère, mais sincèrement dans l’erreur. Paul était sincèrement dans le vrai. « Voici, il prie » était le meilleur argument que sa religion était la bonne. Si quelqu’un me demandait un abrégé de la religion chrétienne, je dirais qu’il est dans ce seul mot : « prière ». Si l’on me demandait : « Qu’est-ce qui embrasse toute l’expérience chrétienne ? », je répondrais : « la prière ». Un homme doit avoir été convaincu de péché avant de pouvoir prier ; il doit avoir eu quelque espérance qu’il y avait miséricorde pour lui avant de pouvoir prier. En fait, toutes les vertus chrétiennes sont renfermées dans ce mot : prière. Dites-moi seulement que vous êtes un homme de prière, et je vous répondrai aussitôt : « Monsieur, je ne doute ni de la réalité ni de la sincérité de votre religion. »

Encore une pensée, et je quitterai ce sujet. C’était une preuve de l’élection de cet homme, car vous lisez aussitôt après : « Voici, c’est un instrument que j’ai choisi. » Je trouve souvent des gens qui se tourmentent au sujet de la doctrine de l’élection. De temps à autre, je reçois une lettre de quelqu’un qui me prend à partie parce que je prêche l’élection. Toute la réponse que je puis donner est celle-ci : « La voilà dans la Bible ; allez demander à mon Maître pourquoi il l’y a mise. Je n’y puis rien. Je ne suis qu’un serviteur, et je vous transmets le message d’en haut. Si j’étais valet de pied, je n’altérerais pas à la porte le message de mon maître. Il se trouve que je suis un ambassadeur du ciel, et je n’ose altérer le message que j’ai reçu. S’il est faux, adressez-vous au quartier général. Le voilà, et je ne puis le changer. » Laissez-moi dire seulement ceci en guise d’explication. Quelques-uns disent : « Comment puis-je découvrir si je suis un élu de Dieu ? Je crains de ne pas être un élu de Dieu. » Priez-vous ? S’il peut être dit : « Voici, il prie », il peut aussi être dit : « Voici, c’est un instrument que j’ai choisi. » Avez-vous la foi ? Si oui, vous êtes élu. Ce sont là les marques de l’élection. Si vous n’en avez aucune, vous n’avez aucun motif de conclure que vous appartenez au peuple acquis de Dieu. Avez-vous le désir de croire ? Avez-vous le souhait d’aimer Christ ? Avez-vous la millionième partie d’un désir de venir à Christ ? Et ce désir est-il pratique ? Vous pousse-t-il à présenter des supplications ardentes et mêlées de larmes ? Si oui, ne craignez jamais de ne pas être élu ; car quiconque prie avec sincérité a été destiné par Dieu, avant la fondation du monde, à être saint et irrépréhensible devant Christ dans l’amour.

III. Venons-en maintenant à l’APPLICATION. Un mot ou deux avec vous, mes chers amis, avant de vous congédier ce matin. Je regrette de ne pouvoir mieux entrer dans le sujet ; mais mon glorieux Maître exige de chacun de nous selon ce qu’il a, et non selon ce qu’il n’a pas. J’ai profondément conscience de ne pas presser la vérité sur vos cœurs aussi solennellement que je le devrais ; néanmoins « mon œuvre est auprès de Dieu, et mon droit auprès de mon Dieu », et le dernier jour révélera que mon erreur fut une erreur de jugement, et non un manque d’affection sincère pour les âmes.

Permettez-moi d’abord de m’adresser aux enfants de Dieu. Ne voyez-vous pas, mes chers frères, que la meilleure marque de notre qualité de fils de Dieu se trouve dans notre piété ? « Voici, il prie. » Eh bien, ne s’ensuit-il pas, comme une conséquence naturelle, que plus nous serons trouvés en prière, plus nos preuves seront éclatantes ? Peut-être avez-vous perdu vos preuves ce matin ; vous ne savez pas si vous êtes un enfant de Dieu ou non ; je vais vous dire où vous avez perdu votre assurance — vous l’avez perdue dans votre cabinet. Je dis ce que j’ai éprouvé. Je me suis souvent éloigné de Dieu — jamais au point de tomber sans retour, je le sais, mais j’ai souvent perdu cette douce saveur de son amour dont je jouissais autrefois. J’ai dû m’écrier :

« Ces heures de paix que j’ai goûtées,

Que leur souvenir m’est doux encore !

Mais elles ont laissé un vide douloureux

Que le monde ne peut jamais combler. »

Je suis monté à la maison de Dieu pour prêcher, sans feu ni énergie ; j’ai lu la Bible, et aucune lumière n’en jaillissait ; j’ai essayé d’avoir communion avec Dieu, mais tout a été un échec. Vous dirai-je où cela a commencé ? Cela a commencé dans mon cabinet. J’avais cessé, dans une certaine mesure, de prier. Me voici, et je confesse mes fautes ; je reconnais que, chaque fois que je m’éloigne de Dieu, c’est là que cela commence. Ô chrétiens, voulez-vous être heureux ? Priez beaucoup. Voulez-vous être victorieux ? Priez beaucoup.

« Cesser de prier, c’est cesser de combattre ;

La prière fait briller l’armure du chrétien. »

Mme Berry avait coutume de dire : « Je ne me laisserais pas arracher à mon cabinet pour mille mondes. » M. Jay disait : « Si les douze apôtres vivaient près de vous, et que vous eussiez accès auprès d’eux, si ces relations vous éloignaient de votre cabinet, elles feraient un tort réel à vos âmes. » La prière est le navire qui rapporte au port la plus riche cargaison. C’est le sol qui donne la plus abondante moisson. Frère, quand tu te lèves le matin, tes affaires te pressent tant qu’après un mot ou deux dits à la hâte, te voilà plongé dans le monde ; et le soir, harassé et las, tu donnes à Dieu les restes de la journée. La conséquence, c’est que tu n’as aucune communion avec lui. Si nous n’avons pas aujourd’hui plus de vraie religion, c’est que nous n’avons pas plus de prière. Messieurs, je n’ai aucune estime pour les Églises de notre temps qui ne prient pas. Je vais de chapelle en chapelle dans cette métropole, et je vois d’assez belles assemblées ; mais je me rends à leurs réunions de prière un soir de semaine, et j’y vois une douzaine de personnes. Dieu peut-il nous bénir, peut-il répandre sur nous son Esprit, tant que de telles choses existent ? Il le pourrait, mais ce ne serait pas selon l’ordre de ses dispensations, car il dit : « Quand Sion est en travail, elle enfante ses fils. » Retournez dans vos Églises et vos chapelles avec cette pensée : il vous faut plus de prière. Beaucoup d’entre vous n’ont rien à faire ici ce matin. Vous devriez être dans vos propres lieux de culte. Je ne veux pas dérober les fidèles des autres chapelles ; il y a assez de monde pour m’entendre sans eux. Mais, bien que vous ayez péché ce matin, écoutez, pendant que vous êtes ici, avec le plus de profit possible. Rentrez chez vous et dites à votre pasteur : « Monsieur, il nous faut plus de prière. » Pressez le peuple de prier davantage. Tenez une réunion de prière, même si vous y êtes tout seul ; et si l’on vous demande combien il y avait de personnes présentes, vous pourrez répondre : « Quatre. » « Quatre ! Comment cela ? » « Eh bien, il y avait moi-même, et Dieu le Père, Dieu le Fils et Dieu le Saint-Esprit ; et nous avons eu ensemble une riche et réelle communion. » Il nous faut une effusion de piété véritable, sinon que deviendront beaucoup de nos Églises ? Oh ! que Dieu nous réveille tous et nous excite à prier, car lorsque nous prierons, nous serons victorieux. Je voudrais ce matin vous prendre, comme Samson prit les renards, vous attacher les brandons de la prière et vous lâcher au milieu des gerbes, jusqu’à ce que vous ayez tout embrasé. Je voudrais allumer un incendie par mes paroles et mettre le feu à toutes les Églises, jusqu’à ce que le tout fume comme un sacrifice devant le trône de Dieu. Si vous priez, vous avez une preuve que vous êtes chrétien ; moins vous priez, moins vous avez de raisons de croire à votre christianisme ; et si vous avez entièrement négligé de prier, alors vous avez cessé de respirer, et vous pouvez craindre de n’avoir jamais respiré du tout.

Et maintenant, mon dernier mot est pour les impies. Ô messieurs ! je souhaiterais être partout ailleurs qu’ici ; car si c’est une œuvre solennelle que de s’adresser aux hommes pieux, combien plus quand j’en viens à traiter avec vous. Nous craignons, d’une part, de vous parler de manière à vous faire mettre votre confiance en votre propre force ; tandis que, d’autre part, nous tremblons de vous endormir dans le sommeil de la paresse et de la sécurité. Je crois que la plupart d’entre nous éprouvent quelque difficulté quant à la manière la plus convenable de vous prêcher — non que nous doutions que l’Évangile doive être prêché — mais notre désir est de le faire de telle sorte que nous gagnions vos âmes. Je me sens comme une sentinelle qui, tout en gardant une ville, est accablée de sommeil ; avec quelle ardeur elle s’efforce de se tenir éveillée, tandis que la faiblesse voudrait la vaincre ! Le souvenir de sa responsabilité la stimule. Ce n’est pas la volonté qui lui manque, c’est la force ; et ainsi j’espère que toutes les sentinelles du Seigneur ont à cœur d’être fidèles, tout en connaissant leur imperfection. En vérité, le ministre de Christ se sentira comme le vieux gardien du phare d’Eddystone : sa vie déclinait rapidement, mais, rassemblant toutes ses forces, il fit encore une fois le tour en se traînant pour arranger les feux avant de mourir. Oh ! que le Saint-Esprit nous rende capables d’entretenir le feu du fanal pour vous avertir des rochers, des bas-fonds et des sables mouvants qui vous entourent, et puissions-nous toujours vous conduire à Jésus, et non au libre arbitre ou au mérite de la créature. Si mes amis savaient avec quelle anxiété j’ai cherché la direction divine dans cette importante affaire qu’est la prédication aux pécheurs, ils ne penseraient pas comme certains d’entre eux le font quand ils s’imaginent que je m’adresse mal à eux. Je veux faire ce que Dieu m’ordonne, et s’il me dit de parler aux ossements desséchés et qu’ils vivront, je dois le faire, même si cela ne plaît pas à d’autres ; autrement je serais condamné par ma propre conscience, et condamné de Dieu. Maintenant, avec toute la solennité qu’un homme puisse rassembler, laissez-moi vous dire qu’une âme sans prière est une âme sans Christ. L’Éternel est vivant ! vous qui n’avez jamais prié, vous êtes sans Dieu, sans espérance, et privés du droit de cité en Israël. Vous qui ne savez jamais ce que c’est qu’un gémissement ou une larme qui tombe, vous êtes dépourvus de la piété vivante. Laissez-moi vous demander, messieurs, si vous avez jamais pensé à l’état affreux où vous êtes ? Vous êtes loin de Dieu, et c’est pourquoi Dieu est irrité contre vous ; car « Dieu s’irrite en tout temps » contre le méchant. Ô pécheur ! lève les yeux et vois le visage courroucé de Dieu, car il est irrité contre toi. Et je vous en conjure, si vous vous aimez vous-mêmes, considérez un seul instant ce que vous deviendrez si, vivant comme vous vivez, vous veniez enfin à mourir sans prière. Ne pensez pas qu’une prière sur votre lit de mort vous sauvera. La prière du lit de mort n’est généralement qu’une farce de lit de mort, et ne compte pour rien ; c’est une pièce de monnaie qui ne sonne pas juste au ciel ; elle est frappée au coin de l’hypocrisie et faite d’un vil métal. Prenez garde, messieurs. Laissez-moi vous demander : si vous n’avez jamais prié, que ferez-vous ? Ce serait une bonne chose pour vous si la mort était un sommeil éternel ; mais elle ne l’est pas. Si vous vous trouvez en enfer, oh ! les tortures et les douleurs ! Mais je ne déchirerai pas vos sentiments en essayant de les décrire. Dieu veuille que vous ne sentiez jamais les tourments des perdus ! Représentez-vous seulement ce pauvre misérable dans les flammes, qui dit : « Oh ! une seule goutte d’eau pour rafraîchir ma langue desséchée ! » Voyez comme sa langue pend entre ses lèvres couvertes d’ampoules ! Comme elle écorche et brûle le palais de sa bouche, comme si c’était un tison ! Voyez-le crier pour une goutte d’eau. Je ne peindrai pas la scène. Qu’il me suffise de conclure en disant que l’enfer des enfers sera pour toi, pauvre pécheur, la pensée que ce sera pour toujours. Tu lèveras les yeux vers le trône de Dieu, et il y sera écrit : « Pour toujours ! » Quand les damnés feront cliqueter les fers brûlants de leurs tourments, ils diront : « Pour toujours ! » Quand ils hurleront, l’écho criera : « Pour toujours ! »

« “Pour toujours” est écrit sur leurs chevalets,

“Pour toujours” sur leurs chaînes ;

“Pour toujours” brûle dans le feu,

“Pour toujours” règne à jamais. »

Pensée lugubre ! « Si seulement je pouvais sortir, alors je serais heureux. S’il y avait un espoir de délivrance, alors je pourrais être en paix ; mais je suis ici pour toujours ! » Messieurs, si vous voulez échapper aux tourments éternels, si vous voulez être trouvés au nombre des bienheureux, le chemin du ciel ne se trouve que par la prière — par la prière à Jésus, par la prière pour obtenir l’Esprit, par la supplication devant son propitiatoire. « Revenez, revenez ; et pourquoi mourriez-vous, maison d’Israël? Je suis vivant ! dit le Seigneur, je ne désire pas la mort de celui qui meurt, mais plutôt qu’il revienne à moi et qu’il vive. » « L’Éternel est miséricordieux et compatissant. » Allons à lui et disons : « Il guérira nos infidélités, il nous aimera d’un amour gratuit et nous pardonnera par grâce, pour l’amour du nom de son Fils. » Oh ! si seulement je puis gagner une âme aujourd’hui, je rentrerai chez moi content. Si seulement j’en puis gagner vingt, alors je me réjouirai. Plus j’en aurai, plus je porterai de couronnes. Porter ! Non, je les prendrai toutes à la fois, je les jetterai aux pieds de Jésus et je dirai : « Non pas à moi, mais à ton nom soit toute la gloire, pour toujours. »

« La prière fut instituée pour transmettre

Les bénédictions que Dieu veut donner ;

Tant qu’ils vivent, les chrétiens doivent prier,

Car ils ne vivent que tant qu’ils prient.

« Et resteras-tu encore couché dans le silence,

Quand Christ attend ta prière ?

Mon âme, tu as un ami là-haut,

Lève-toi, et fais-y valoir tes droits.

« C’est la prière qui soutient l’âme faible,

Quand la pensée est brisée, la parole boiteuse ;

Prie, que tu puisses parler ou non,

Et prie avec foi au nom de Jésus. »

Questions pour la réflexion

Que révèle l’annonce « Voici, il prie » sur la manière dont le ciel considère la prière ?
Que « les prières sont remarquées dans le ciel » : Dieu connaissait la rue de Saul, sa maison, son nom et sa ville — et il savait qu’il priait. « Avant qu’ils m’invoquent, je répondrai » ; le gémissement ou la larme du pécheur brisé « a fait vibrer de musique toutes les harpes du ciel », et Dieu la recueille et la garde.
Pourquoi « Voici, il prie » était-il une nouveauté, puisque Saul priait chaque jour en pharisien ?
Parce que « tout ce qu’il avait fait jusque-là ne comptait pour rien ; ce n’était pas de la prière ». Ses longs discours grandiloquents avaient été faits « pour l’apparence », comme ce vieillard qui « avait souvent récité ses prières, mais il n’avait jamais prié ». « Une seule prière du cœur vaut mieux que dix mille formules. »
Pourquoi Spurgeon dit-il que « Voici, il prie » était un argument convaincant pour Ananias ?
Parce que « vous pouvez toujours vous fier à un homme qui prie », et que « la prière secrète est l’une des meilleures pierres de touche d’une religion sincère ». Un imposteur peut prêcher ou se joindre à une Église, mais « quand il dit : “Voici, il prie”, cet argument suffisait » — c’était même la preuve que Saul était « un instrument que j’ai choisi ».
Que Spurgeon presse-t-il les chrétiens et les impies de conclure au sujet de la prière ?
Pour les chrétiens, que la joie perdue commence dans un cabinet négligé — « Voulez-vous être victorieux ? Priez beaucoup. » Pour les impies, qu’« une âme sans prière est une âme sans Christ », et que « la prière du lit de mort n’est généralement qu’une farce de lit de mort » — « le chemin du ciel ne se trouve que par la prière ».

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L’Écriture dans ce sermon Actes 9:11

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Spurgeon, Charles H. “La première prière de Paul.” Sermon. Ochorus, https://ochorus.com/fr/sermons/pauls-first-prayer/.
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