Texte
Luc 14:23
En bref
Trop pressé pour une introduction — l’ordre est de contraindre, et Spurgeon entend y obéir dans le sermon même. Il avance en deux temps : d’abord trouver l’auditeur, en nommant tour à tour l’ivrogne, le moraliste et le désespéré, puis le presser par tous les moyens, hormis la force. Il termine en remettant l’issue entre les mains de son Maître.
« Contrains-les d’entrer. »—Luc 14:23.
JE ME SENS si pressé, ce matin, d’aller obéir à ce commandement, en contraignant d’entrer ceux qui s’attardent encore dans les chemins et le long des haies, que je ne puis attendre de faire une introduction ; il me faut sans tarder me mettre à mon œuvre.
Écoutez donc, ô vous qui êtes étrangers à la vérité telle qu’elle est en Jésus, écoutez donc le message que j’ai à vous apporter. Vous êtes tombés, tombés en votre père Adam ; vous êtes tombés aussi en vous-mêmes, par votre péché de chaque jour et votre iniquité constante ; vous avez provoqué la colère du Très-Haut ; et aussi assurément que vous avez péché, aussi certainement Dieu doit-il vous punir si vous persévérez dans votre iniquité, car le Seigneur est un Dieu de justice, et il n’épargnera en aucune manière le coupable. Mais n’avez-vous pas entendu, ne vous a-t-on pas dit depuis longtemps à l’oreille, que Dieu, dans son infinie miséricorde, a imaginé un moyen par lequel, sans porter la moindre atteinte à son honneur, il peut vous faire miséricorde, à vous, coupables et indignes ? C’est à vous que je parle ; c’est à vous que s’adresse ma voix, ô fils des hommes : Jésus-Christ, vrai Dieu de vrai Dieu, est descendu du ciel, et il a été fait semblable à une chair de péché. Conçu du Saint-Esprit, il est né de la vierge Marie ; il a vécu en ce monde une vie d’une sainteté exemplaire et de la plus profonde souffrance, jusqu’à ce qu’enfin il se livrât à la mort pour nos péchés, « lui juste pour des injustes, afin de nous amener à Dieu. » Et maintenant le plan du salut vous est simplement annoncé : « Quiconque croit au Seigneur Jésus-Christ sera sauvé. » Pour vous qui avez violé tous les préceptes de Dieu, qui avez dédaigné sa miséricorde et bravé sa vengeance, il y a encore une miséricorde proclamée, car « quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé. » « C’est une parole certaine et entièrement digne d’être reçue, que Jésus-Christ est venu dans le monde pour sauver les pécheurs, dont je suis le premier » ; il ne mettra point dehors quiconque vient à lui, car « il peut sauver parfaitement ceux qui s’approchent de Dieu par lui, étant toujours vivant pour intercéder en leur faveur. » Or, tout ce que Dieu vous demande, et cela même il vous le donne, c’est que vous regardiez simplement à son Fils sanglant et mourant, et que vous remettiez vos âmes entre les mains de celui dont le nom seul peut sauver de la mort et de l’enfer. N’est-ce pas une chose étonnante que la proclamation de cet Évangile ne reçoive pas l’assentiment unanime des hommes ? On penserait qu’aussitôt qu’on aurait prêché cette parole : « afin que quiconque croit en lui ait la vie éternelle », chacun de vous, « rejetant loin de lui ses péchés et ses iniquités », saisirait Jésus-Christ et ne regarderait plus qu’à sa croix. Mais hélas ! tel est le mal désespéré de notre nature, telle la pernicieuse dépravation de notre caractère, que ce message est méprisé, que l’invitation au festin de l’Évangile est repoussée, et que beaucoup d’entre vous sont aujourd’hui ennemis de Dieu par leurs œuvres mauvaises, ennemis du Dieu qui vous prêche Christ aujourd’hui même, ennemis de celui qui a envoyé son Fils donner sa vie comme la rançon de plusieurs. Étrange, je le dis, qu’il en soit ainsi ; c’est pourtant un fait, et de là vient la nécessité du commandement de notre texte : « Contrains-les d’entrer. »
Enfants de Dieu, vous qui avez cru, je n’aurai que peu ou rien à vous dire ce matin ; je vais droit à mon œuvre : je m’en vais chercher ceux qui ne veulent pas venir, ceux qui sont dans les sentiers et le long des haies, et, Dieu marchant avec moi, mon devoir est maintenant d’accomplir ce commandement : « Contrains-les d’entrer. »
Premièrement, il me faut vous chercher ; secondement, je me mettrai à l’œuvre pour vous contraindre d’entrer.
I. Premièrement, il me faut VOUS CHERCHER. Si vous lisez les versets qui précèdent le texte, vous y trouverez ce commandement développé : « Va promptement dans les places et dans les rues de la ville, et amène ici les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux » ; puis, ensuite : « Va dans les chemins », amène les vagabonds, les brigands de grand chemin, « et le long des haies », amène ceux qui n’ont pas où reposer leur tête et qui sont couchés sous les haies pour s’y reposer, amène-les aussi, et « contrains-les d’entrer. » Oui, je vous vois ce matin, vous qui êtes pauvres. Je dois vous contraindre d’entrer. Vous êtes pauvres quant à votre condition, mais ce n’est point là une barrière qui vous ferme le royaume des cieux, car Dieu n’a pas exclu de sa grâce l’homme qui grelotte dans ses haillons et qui manque de pain. À vrai dire, s’il y a quelque distinction, la distinction est de votre côté et à votre avantage : « c’est à vous que cette parole de salut a été envoyée » ; car « la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres. » Mais c’est surtout à vous que je dois parler, vous qui êtes pauvres spirituellement. Vous n’avez point de foi, vous n’avez point de vertu, vous n’avez point de bonne œuvre, vous n’avez point de grâce, et, pauvreté pire encore, vous n’avez point d’espérance. Ah ! mon Maître vous a envoyé une gracieuse invitation. Venez, soyez les bienvenus au festin des noces de son amour. « Que celui qui veut, prenne de l’eau de la vie, gratuitement. » Venez, il faut que je mette la main sur vous ; quand même vous seriez souillés de la plus immonde fange, quand même vous n’auriez que des haillons sur le dos, quand même votre propre justice serait devenue comme un vêtement souillé, il faut pourtant que je mette la main sur vous, que je vous invite d’abord, et même que je vous contraigne d’entrer.
Et maintenant je vous vois encore. Vous n’êtes pas seulement pauvres, vous êtes aussi estropiés. Il fut un temps où vous pensiez pouvoir opérer votre propre salut sans l’aide de Dieu, où vous pouviez accomplir de bonnes œuvres, observer des cérémonies et parvenir au ciel par vous-mêmes ; mais maintenant vous êtes estropiés : l’épée de la loi vous a coupé les mains, et vous ne pouvez plus travailler ; vous dites, avec une amère douleur :
« Les meilleures œuvres de mes mains
N’osent paraître devant ton trône. »
Vous avez maintenant perdu tout pouvoir d’obéir à la loi ; vous sentez que, quand vous voulez faire le bien, le mal est attaché à vous. Vous êtes estropiés ; vous avez abandonné, comme une cause désespérée, toute tentative de vous sauver vous-mêmes, parce que vous êtes estropiés et que vos bras ne sont plus. Mais vous êtes en plus triste état encore, car si vous ne pouviez gagner le ciel par vos œuvres, du moins pourriez-vous y marcher par la foi le long de la route ; mais vous êtes estropiés des pieds aussi bien que des mains ; vous sentez que vous ne pouvez croire, que vous ne pouvez vous repentir, que vous ne pouvez obéir aux conditions de l’Évangile. Vous vous sentez entièrement perdus, impuissants à tous égards à faire quoi que ce soit qui puisse être agréable à Dieu. À vrai dire, vous vous écriez :
« Oh ! si seulement je pouvais croire,
Alors tout me serait aisé ;
Je le voudrais, mais ne le puis : Seigneur, secours-moi,
C’est de toi que doit venir mon aide. »
C’est à vous aussi que je suis envoyé. C’est devant vous que je dois élever la bannière de la croix teinte de sang, c’est à vous que je dois prêcher cet Évangile, que « quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé » ; et c’est à vous que je dois crier : « que celui qui veut, prenne de l’eau de la vie, gratuitement. »
Il y a encore une autre classe. Vous êtes boiteux. Vous clochez des deux côtés. Tantôt vous êtes sérieusement disposés, et tantôt les plaisirs du monde vous entraînent ailleurs. Le peu de progrès que vous faites dans la religion n’est qu’une marche boiteuse. Vous avez un peu de force, mais si peu que vous n’avancez qu’avec peine. Ah ! frère boiteux, c’est à vous aussi que la parole de ce salut est envoyée. Bien que vous clochiez des deux côtés, le Maître m’envoie vers vous avec ce message : « Jusqu’à quand clocherez-vous des deux côtés? Si l’Éternel est Dieu, allez après lui; si c’est Baal, allez après lui! » Considère attentivement tes voies. Donne tes ordres à ta maison, car tu vas mourir, et tu ne vivras plus. Puisque je te traiterai de la même manière, prépare-toi à la rencontre de ton Dieu, ô Israël ! Ne clochez plus, mais décidez-vous pour Dieu et pour sa vérité.
Et je vois encore une autre classe : les aveugles. Oui, vous qui ne pouvez vous voir vous-mêmes, qui vous croyez bons alors que vous êtes pleins de mal, qui changez l’amertume en douceur et la douceur en amertume, les ténèbres en lumière et la lumière en ténèbres, c’est à vous que je suis envoyé. Vous, âmes aveugles qui ne pouvez voir votre état de perdition, qui ne croyez pas que le péché soit aussi extrêmement coupable qu’il l’est, et qui ne voulez pas vous laisser persuader que Dieu est un Dieu juste et droit, c’est à vous que je suis envoyé. À vous aussi qui ne pouvez voir le Sauveur, qui ne voyez en lui aucune beauté qui vous le fasse désirer ; qui ne voyez aucune excellence dans la vertu, aucune gloire dans la religion, aucun bonheur à servir Dieu, aucune joie à être ses enfants : à vous aussi je suis envoyé. Oui, vers qui ne suis-je pas envoyé, si je prends mon texte ? Car il va plus loin encore : non seulement il donne une description particulière, afin que chaque cas individuel soit atteint, mais ensuite il fait une vaste rafle et dit : « Va dans les chemins et le long des haies. » Ici nous amenons tous les rangs et toutes les conditions d’hommes : milord sur son cheval dans le grand chemin, et la femme qui trotte à ses affaires, et le voleur qui guette le voyageur ; tous sont dans le chemin, et tous doivent être contraints d’entrer ; et là-bas, le long des haies, gisent de pauvres âmes dont les refuges de mensonge ont été balayés et qui cherchent à trouver quelque petit abri pour leur tête lasse : c’est à vous aussi que nous sommes envoyés ce matin. Voilà le commandement universel : contrains-les d’entrer.
Ici, après avoir décrit ces caractères, je m’arrête ; je m’arrête pour contempler le labeur herculéen qui s’ouvre devant moi. Melanchthon disait bien : « Le vieil Adam était trop fort pour le jeune Melanchthon. » Autant vaudrait qu’un petit enfant cherchât à contraindre un Samson, que moi je cherche à conduire un pécheur à la croix de Christ. Et pourtant mon Maître m’envoie faire ce message. Voici, je vois se dresser devant moi la grande montagne de la dépravation humaine et de l’indifférence stupide ; mais par la foi je m’écrie : « Qui es-tu, grande montagne, devant Zorobabel? Tu seras aplanie. » Mon Maître dit-il : contrains-les d’entrer ? Alors, quand le pécheur serait comme Samson et moi un enfant, je le conduirai avec un fil. Si Dieu dit : fais-le, si je l’entreprends par la foi, cela se fera ; et si, d’un cœur qui gémit, qui lutte et qui pleure, je cherche en ce jour à contraindre des pécheurs à venir à Christ, les douces contraintes du Saint-Esprit accompagneront chaque parole, et quelques-uns, en vérité, seront contraints d’entrer.
II. Et maintenant à l’œuvre — droit à l’œuvre. Hommes et femmes non convertis, non réconciliés, non régénérés, j’ai à VOUS CONTRAINDRE D’ENTRER. Permettez-moi d’abord de vous aborder sur les grands chemins du péché et de vous redire mon message. Le Roi du ciel vous adresse ce matin une invitation pleine de grâce. Il dit : « je suis vivant! Dit le Seigneur, l’Éternel, ce que je désire, ce n’est pas que le méchant meure, c’est qu’il change de conduite et qu’il vive. » « Venez et plaidons! Dit l’Éternel. Si vos péchés sont comme le cramoisi, ils deviendront blancs comme la neige; S’ils sont rouges comme la pourpre, ils deviendront comme la laine. » Cher frère, mon cœur se réjouit à la pensée d’avoir une si bonne nouvelle à vous annoncer ; et pourtant, je le confesse, mon âme est accablée, parce que je vois que vous ne la tenez pas pour une bonne nouvelle, mais que vous vous en détournez, et que vous ne lui accordez pas l’attention qu’elle mérite. Permettez-moi de vous dire ce que le Roi a fait pour vous. Il connaissait votre culpabilité, il prévoyait que vous vous perdriez vous-même. Il savait que sa justice réclamerait votre sang ; et afin que l’on pût échapper à cette difficulté, que sa justice reçût tout ce qui lui est dû, et que vous pussiez pourtant être sauvé, Jésus-Christ est mort. Voulez-vous seulement jeter un instant les yeux sur ce tableau ? Vous voyez cet homme, là, à genoux dans le jardin de Gethsémané, suant des gouttes de sang. Vous voyez ensuite celui-ci : vous voyez ce malheureux supplicié, attaché à un poteau et déchiré de fouets terribles, jusqu’à ce que les os de ses épaules apparaissent comme des îles blanches au milieu d’une mer de sang. Vous voyez encore ce troisième tableau ; c’est le même homme, suspendu à la croix, les mains étendues et les pieds cloués, mourant, gémissant, saignant ; il me sembla que le tableau parlait et disait : « Tout est accompli. » Or, tout cela, Jésus-Christ de Nazareth l’a fait afin que Dieu pût, sans renier sa justice, pardonner le péché ; et voici le message qui vous est adressé ce matin : « Crois au Seigneur Jésus, et tu seras sauvé ». C’est-à-dire : confie-toi en lui, renonce à tes œuvres et à tes voies, et attache ton cœur à cet homme seul, qui s’est donné lui-même pour les pécheurs.
Eh bien, frère, je t’ai dit le message ; qu’en dis-tu ? Vous détournez-vous ? Vous me dites que cela ne vous regarde pas ; que vous ne pouvez l’écouter ; que vous m’entendrez plus tard ; mais vous allez aujourd’hui suivre votre chemin et vaquer à votre champ et à votre négoce. Arrête, frère ; il ne m’a pas été dit de te l’annoncer simplement, puis de m’en aller à mes affaires. Non ; il m’est dit de te contraindre d’entrer ; et permettez-moi de vous faire remarquer, avant d’aller plus loin, qu’il est une chose que je puis dire — et Dieu m’en est témoin ce matin — c’est que je suis sincère envers vous dans mon désir de vous voir obéir à ce commandement de Dieu. Vous pouvez mépriser votre propre salut, mais moi je ne le méprise pas ; vous pouvez vous en aller et oublier ce que vous allez entendre, mais vous voudrez bien vous souvenir que les choses que je dis maintenant m’ont coûté bien des gémissements avant que je vinsse ici pour les prononcer. C’est le plus profond de mon âme qui vous parle, mon pauvre frère, quand je vous conjure, par celui qui est le vivant, qui était mort, et qui est vivant aux siècles des siècles, de considérer le message de mon Maître, qu’il m’ordonne maintenant de vous adresser.
Mais le repoussez-vous ? Le refusez-vous encore ? Alors je dois changer de ton un instant. Je ne me contenterai pas de vous dire le message et de vous inviter, comme je le fais, avec tout mon zèle et une sincère affection — j’irai plus loin. Pécheur, au nom de Dieu, je te commande de te repentir et de croire. Me demandez-vous d’où me vient mon autorité ? Je suis un ambassadeur du ciel. Mes lettres de créance, les unes sont secrètes et dans mon propre cœur ; les autres sont ouvertes devant vous en ce jour, dans les sceaux de mon ministère, assis et debout dans cette salle, où Dieu m’a donné bien des âmes pour salaire. Comme Dieu, l’Éternel, m’a donné mission de prêcher son Évangile, je vous commande de croire au Seigneur Jésus-Christ ; non de ma propre autorité, mais de l’autorité de celui qui a dit : « Allez par tout le monde, et prêchez la bonne nouvelle à toute la création. » Et qui y a joint cette sanction solennelle : « Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné. » Rejetez mon message, et souvenez-vous : « Celui qui a violé la loi de Moïse meurt sans miséricorde, sur la déposition de deux ou de trois témoins; de quel pire châtiment pensez-vous que sera jugé digne celui qui aura foulé aux pieds le Fils de Dieu ». Un ambassadeur n’a pas à se tenir au-dessous de l’homme avec lequel il traite, car nous nous tenons plus haut. Si le ministre veut prendre le rang qui lui revient, ceint de la toute-puissance de Dieu et oint de sa sainte onction, il doit commander aux hommes, et parler avec toute autorité, en les contraignant d’entrer : « reprends, censure, exhorte, avec toute douceur ».
Mais vous détournez-vous en disant que vous ne voulez pas recevoir d’ordres ? Alors je changerai encore une fois de note. Si cela ne sert de rien, tous les autres moyens seront essayés. Mon frère, je viens à toi avec des paroles simples, et je t’exhorte à fuir vers Christ. Ô mon frère, sais-tu quel Christ plein d’amour il est ? Laisse-moi te dire, du fond de mon âme, ce que je sais de lui. Moi aussi, autrefois, je l’ai méprisé. Il frappait à la porte de mon cœur, et je refusais d’ouvrir. Il vint à moi des fois sans nombre, matin après matin, et soir après soir ; il me reprenait dans ma conscience et me parlait par son Esprit ; et lorsque enfin les tonnerres de la loi l’emportèrent dans ma conscience, je pensai que Christ était cruel et sans bonté. Oh ! je ne pourrai jamais me pardonner d’avoir eu de lui une si mauvaise pensée. Mais quel accueil plein d’amour je reçus quand j’allai à lui ! Je croyais qu’il me frapperait ; mais sa main n’était pas serrée par la colère : elle était grande ouverte dans la miséricorde. Je croyais, à coup sûr, que ses yeux lanceraient sur moi les éclairs de son courroux ; mais au lieu de cela, ils étaient pleins de larmes. Il se jeta à mon cou et me baisa ; il m’ôta mes haillons et me revêtit de sa justice, et fit chanter mon âme à pleine voix de joie ; tandis que, dans la maison de mon cœur et dans la maison de son Église, il y avait de la musique et des danses, parce que son fils qu’il avait perdu était retrouvé, et que celui qui était mort était rendu à la vie. Je vous exhorte donc à regarder à Jésus-Christ et à être éclairés. Pécheur, tu ne le regretteras jamais — je me porte garant pour mon Maître que tu ne le regretteras jamais — tu n’auras pas un soupir pour retourner à ton état de condamnation ; tu sortiras d’Égypte, tu entreras dans la terre promise, et tu la trouveras ruisselante de lait et de miel. Les épreuves de la vie chrétienne, tu les trouveras pesantes, mais tu verras que la grâce les rendra légères. Et quant aux joies et aux délices d’être un enfant de Dieu, si je mens aujourd’hui, vous pourrez me le reprocher dans les jours à venir. Si vous voulez sentir et voir combien l’Éternel est bon, je ne crains pas que vous ne trouviez qu’il est non seulement bon, mais meilleur que jamais lèvres humaines ne sauraient le décrire.
Je ne sais plus quels arguments employer avec vous. J’en appelle à votre propre intérêt. Oh, mon pauvre ami, ne vaudrait-il pas mieux pour toi être réconcilié avec le Dieu du ciel que d’être son ennemi ? Que gagnes-tu à t’opposer à Dieu ? Es-tu plus heureux d’être son ennemi ? Réponds, toi qui cours après le plaisir : as-tu trouvé des délices dans cette coupe ? Réponds-moi, homme qui te crois juste : as-tu trouvé, dans toutes tes œuvres, un lieu de repos pour la plante de ton pied ? Ô toi qui cherches à établir ta propre justice, je t’adjure de laisser parler ta conscience. As-tu trouvé que ce fût un heureux sentier ? Ah, mon ami, « Pourquoi pesez-vous de l’argent pour ce qui ne nourrit pas? Pourquoi travaillez-vous pour ce qui ne rassasie pas? Écoutez-moi donc, et vous mangerez ce qui est bon, Et votre âme se délectera de mets succulents. » Je vous exhorte par tout ce qui est sacré et solennel, par tout ce qui est grave et éternel : sauvez-vous, pour votre vie ; ne regardez pas derrière vous, ne vous arrêtez pas dans toute la plaine, ne vous arrêtez pas avant d’avoir éprouvé et trouvé votre part dans le sang de Jésus-Christ, ce sang qui nous purifie de tout péché. Êtes-vous encore froids et indifférents ? L’aveugle ne me permettra-t-il pas de le conduire au festin ? Mon frère estropié ne voudra-t-il pas poser sa main sur mon épaule et me permettre de l’aider à gagner le banquet ? Le pauvre ne me laissera-t-il pas marcher à ses côtés ? Faut-il que j’emploie des paroles plus fortes ? Faut-il que j’use d’une autre contrainte pour vous contraindre d’entrer ? Pécheurs, voici une chose que j’ai résolue ce matin : si vous n’êtes pas sauvés, vous serez sans excuse. Vous tous, depuis les têtes blanchies jusqu’à l’âge tendre de l’enfance, si vous ne saisissez pas Christ aujourd’hui, votre sang retombera sur votre propre tête. S’il y a dans l’homme un pouvoir d’amener son semblable (et il y en a un, quand l’homme est aidé par le Saint-Esprit), ce pouvoir s’exercera ce matin, Dieu m’étant en aide. Allons, je ne me laisserai pas éconduire par vos rebuffades ; si mon exhortation échoue, il faut que j’en vienne à autre chose. Mon frère, je vous supplie, je vous supplie de vous arrêter et de réfléchir. Savez-vous bien ce que vous rejetez ce matin ? Vous rejetez Christ, votre seul Sauveur. « Car personne ne peut poser un autre fondement » ; il n’y a « aucun autre nom qui ait été donné parmi les hommes, par lequel nous devions être sauvés ». Mon frère, je ne puis supporter que vous fassiez cela, car je me souviens de ce que vous oubliez : le jour vient où vous aurez besoin d’un Sauveur. Il ne faudra pas longtemps pour que les mois de lassitude s’achèvent et que vos forces commencent à décliner ; votre pouls vous fera défaut, votre vigueur s’en ira, et vous vous trouverez face à face avec le monstre sinistre, la mort. Que ferez-vous sur les rives orgueilleuses du Jourdain, sans Sauveur ? Les lits de mort sont des choses dures comme la pierre sans le Seigneur Jésus-Christ. C’est de toute façon une chose redoutable que de mourir ; celui qui a la meilleure espérance et la foi la plus triomphante découvre que la mort n’est pas une chose dont on puisse rire. C’est une chose terrible que de passer du visible à l’invisible, du mortel à l’immortel, du temps à l’éternité, et vous trouverez qu’il est dur de franchir les portes de fer de la mort sans les douces ailes des anges pour vous conduire jusqu’aux portiques des cieux. Ce sera une chose dure que de mourir sans Christ. Je ne puis m’empêcher de penser à vous. Je vous vois ce matin vous conduire en suicidé, et je me représente debout à votre chevet, entendant vos cris et sachant que vous mourez sans espérance. Je ne puis supporter cela. Il me semble que je me tiens maintenant près de votre cercueil, que je regarde votre visage froid comme l’argile, et que je dis : « Cet homme a méprisé Christ et négligé le grand salut. » Je pense aux larmes amères que je verserai alors, si je pense avoir été infidèle envers vous, et à ces yeux fermés par la mort qui sembleront me reprocher et me dire : « Pasteur, j’allais au Music Hall, mais vous n’étiez pas sérieux avec moi ; vous m’avez diverti, vous m’avez prêché, mais vous n’avez pas plaidé avec moi. Vous ne saviez pas ce que Paul voulait dire lorsqu’il disait : “comme si Dieu exhortait par nous; nous vous en supplions au nom de Christ: Soyez réconciliés avec Dieu!” »
Je vous supplie de laisser ce message entrer dans votre cœur pour une autre raison encore. Je me représente debout à la barre de Dieu. Aussi vrai que le Seigneur est vivant, le jour du jugement vient. Vous le croyez, n’est-ce pas ? Vous n’êtes pas un incrédule ; votre conscience ne vous permettrait pas de douter de l’Écriture. Peut-être avez-vous feint d’en douter, mais vous ne le pouvez pas. Vous sentez qu’il doit y avoir un jour où Dieu jugera le monde selon la justice. Je vous vois debout au milieu de cette foule, et l’œil de Dieu est fixé sur vous. Il vous semble qu’il ne regarde nulle part ailleurs, mais seulement sur vous ; il vous cite devant lui, il lit vos péchés, et il s’écrie : « Retirez-vous de moi, maudits; allez dans le feu éternel », dans l’enfer ! Mon auditeur, je ne puis supporter de vous imaginer dans cette situation ; il me semble que chaque cheveu de ma tête doit se dresser à la pensée qu’un de mes auditeurs puisse être damné. Voulez-vous vous représenter dans cette situation ? La parole est sortie : « Retirez-vous de moi, maudits ». Voyez-vous l’abîme qui s’ouvre pour vous engloutir ? Entendez-vous les cris aigus et les hurlements de ceux qui vous ont précédés dans cet éternel étang de tourments ? Au lieu de peindre la scène, je me tourne vers vous avec les paroles du prophète inspiré, et je dis : « Qui de nous pourra rester auprès d’un feu dévorant? Qui de nous pourra rester auprès de flammes éternelles? » Oh ! mon frère, je ne puis vous laisser rejeter ainsi la religion ; non, je pense à ce qui doit venir après la mort. Je serais dépourvu de toute humanité si je voyais quelqu’un sur le point de s’empoisonner et que je n’écartais pas la coupe d’un revers de main ; ou si j’en voyais un autre sur le point de se jeter du haut du pont de Londres et que je n’aidais pas à l’en empêcher ; et je serais pire qu’un démon si je ne vous suppliais maintenant, avec tout mon amour, toute ma bonté et tout mon sérieux, de saisir « la vie éternelle », et de travailler « non pour la nourriture qui périt, mais pour celle qui subsiste pour la vie éternelle ».
Quelque hypercalviniste me dirait que j’ai tort d’agir ainsi. Je n’y puis rien. Il faut que je le fasse. Comme je dois comparaître enfin devant mon Juge, je sens que je ne remplirai pas bien mon ministère si je ne vous supplie avec beaucoup de larmes d’être sauvés, de regarder à Jésus-Christ et de recevoir son glorieux salut. Mais cela ne sert-il à rien ? toutes nos supplications sont-elles perdues pour vous ; faites-vous la sourde oreille ? Alors, encore une fois, je change de ton. Pécheur, j’ai plaidé avec toi comme un homme plaide avec son ami, et s’il s’agissait de ma propre vie, je ne pourrais parler avec plus d’ardeur que je ne le fais ce matin au sujet de la tienne. J’ai été plein d’ardeur pour ma propre âme, mais pas un iota de plus que je ne le suis ce matin pour les âmes de mon auditoire ; c’est pourquoi, si vous repoussez ces supplications, j’ai autre chose encore : il faut que je vous menace. Vous n’aurez pas toujours des avertissements comme ceux-ci. Un jour vient où se taira la voix de tout ministre de l’Évangile, du moins pour vous ; car votre oreille sera glacée par la mort. Ce ne sera plus la menace ; ce sera l’accomplissement de la menace. Il n’y aura plus de promesse, plus de proclamation de pardon et de miséricorde, plus de sang qui parle de paix ; mais vous serez dans le pays où le sabbat est tout englouti dans des nuits éternelles de misère, et où la prédication de l’Évangile est interdite, parce qu’elle y serait inutile. Je vous adjure donc d’écouter cette voix qui s’adresse maintenant à votre conscience ; sinon, Dieu vous parlera dans sa colère et vous dira dans son ardent courroux : « Puisque j’appelle et que vous résistez, Puisque j’étends ma main et que personne n’y prend garde » … « je rirai quand vous serez dans le malheur, Je me moquerai quand la terreur vous saisira ». Pécheur, je te menace encore. Souviens-toi que ce n’est peut-être que peu de temps qu’il te reste pour entendre ces avertissements. Tu t’imagines que ta vie sera longue, mais sais-tu combien elle est courte ? As-tu jamais essayé de penser combien tu es fragile ? As-tu jamais vu un corps disséqué par l’anatomiste ? As-tu jamais vu chose aussi merveilleuse que la charpente humaine ?
« Étrange qu’une harpe aux mille cordes
Garde si longtemps son accord. »
Qu’une seule de ces cordes se torde, qu’une seule bouchée de nourriture prenne le mauvais chemin, et vous pouvez mourir. Le moindre hasard, comme nous disons, peut vous envoyer promptement à la mort, quand Dieu le veut. Des hommes vigoureux ont été tués par le plus petit, le plus insignifiant des accidents, et il peut en être ainsi de vous. Dans la chapelle, dans la maison de Dieu, des hommes sont tombés morts. Combien de fois n’entendons-nous pas parler d’hommes qui tombent dans nos rues — roulant hors du temps dans l’éternité, frappés d’un coup soudain ! Et êtes-vous sûr que ce cœur qui est le vôtre soit parfaitement sain ? Le sang circule-t-il avec toute la régularité voulue ? En êtes-vous bien sûr ? Et s’il en est ainsi, combien de temps cela durera-t-il ? Oh ! peut-être y en a-t-il ici quelques-uns parmi vous qui ne verront jamais le jour de Noël ; peut-être l’ordre est-il déjà parti : « Donne tes ordres à ta maison, car tu vas mourir, et tu ne vivras plus. » De cette vaste assemblée, je pourrais dire avec exactitude combien seront morts dans un an ; mais ce qui est certain, c’est que nous ne nous retrouverons jamais plus tous ensemble réunis dans une même assemblée. Quelques-uns de cette foule immense, peut-être deux ou trois, s’en iront avant que la nouvelle année ait fait son entrée. Je vous rappelle donc, mon frère, que, ou bien la porte du salut peut être fermée, ou bien vous pouvez être hors du lieu où se tient la porte de la miséricorde. Allons, que la menace ait donc du pouvoir sur vous. Je ne menace pas parce que je voudrais vous alarmer sans raison, mais dans l’espoir que la menace d’un frère vous poussera vers le lieu où Dieu a préparé le festin de l’Évangile. Et maintenant, dois-je me détourner sans espoir ? Ai-je épuisé tout ce que je puis dire ? Non, je reviendrai encore à vous. Dites-moi, mon frère, ce qui vous retient loin de Christ. J’en entends un qui dit : « Oh ! monsieur, c’est que je me sens trop coupable. » Cela ne peut être, mon ami, cela ne peut être. « Mais, monsieur, je suis le premier des pécheurs. » Ami, vous ne l’êtes pas. Le premier des pécheurs est mort et est allé au ciel il y a bien des années ; son nom était Saul de Tarse, appelé plus tard Paul l’apôtre. C’était lui le premier des pécheurs ; je sais qu’il disait la vérité. « Non, » dites-vous pourtant encore, « je suis trop vil. » Vous ne pouvez pas être plus vil que le premier des pécheurs. Vous devez, à tout le moins, n’être que le second des pires. Même à supposer que vous soyez le pire de ceux qui vivent aujourd’hui, vous n’êtes que le second, car il était le premier. Mais supposons que vous soyez le pire : n’est-ce pas là précisément la raison pour laquelle vous devriez venir à Christ ? Plus un homme est mal en point, plus il a de raisons d’aller à l’hôpital ou chez le médecin. Plus vous êtes pauvre, plus vous avez de raisons d’accepter la charité d’autrui. Or Christ ne veut aucun mérite de votre part. Il donne gratuitement. Plus vous êtes mauvais, plus vous êtes le bienvenu. Mais permettez-moi de vous poser une question : pensez-vous que vous deviendrez jamais meilleur en vous tenant éloigné de Christ ? Si oui, vous ne connaissez encore que bien peu de chose du chemin du salut. Non, monsieur, plus vous attendrez, pire vous deviendrez ; votre espérance s’affaiblira, votre désespoir se fortifiera ; le clou avec lequel Satan vous a fixé sera plus solidement rivé, et vous aurez moins d’espoir que jamais. Venez, je vous en supplie ; souvenez-vous qu’il n’y a rien à gagner à tarder, mais qu’à tarder on peut tout perdre. « Mais, » s’écrie un autre, « je sens que je ne puis croire. » Non, mon ami, et vous ne croirez jamais si vous regardez d’abord à votre foi. Souvenez-vous que je ne suis pas venu vous inviter à la foi, mais que je suis venu vous inviter à Christ. Mais vous dites : « Quelle est la différence ? » Eh bien, la voici : si vous commencez par dire : « Je veux croire une chose, » vous n’y parvenez jamais. Mais votre première question doit être : « Quelle est cette chose que je dois croire ? » Alors la foi viendra comme la conséquence de cette recherche. Notre première affaire ne regarde pas la foi, mais Christ. Venez, je vous en supplie, sur le mont du Calvaire, et voyez la croix. Contemplez le Fils de Dieu, celui qui a fait les cieux et la terre, mourant pour vos péchés. Regardez-le : n’y a-t-il pas en lui la puissance de sauver ? Regardez son visage si plein de pitié. N’y a-t-il pas dans son cœur un amour qui prouve qu’il est disposé à sauver ? Assurément, pécheur, la vue de Christ t’aidera à croire. Ne crois pas d’abord pour aller ensuite à Christ, sinon ta foi sera chose sans valeur ; va à Christ sans aucune foi, et jette-toi sur lui, que tu coules ou que tu nages. Mais j’en entends un autre s’écrier : « Oh ! monsieur, vous ne savez pas combien de fois j’ai été invité, depuis combien de temps je rejette le Seigneur. » Je ne le sais pas, et je ne veux pas le savoir ; tout ce que je sais, c’est que mon Maître m’a envoyé pour vous contraindre d’entrer ; venez donc maintenant. Vous avez peut-être rejeté mille invitations ; ne faites pas de celle-ci la mille et unième. Vous êtes monté à la maison de Dieu, et vous n’y avez gagné que d’être endurci par l’Évangile. Mais ne vois-je pas une larme dans votre œil ? Venez, mon frère, ne vous laissez pas endurcir par le sermon de ce matin. Ô Esprit du Dieu vivant, viens et fonds ce cœur, car il n’a jamais été fondu, et contrains-le d’entrer ! Je ne puis vous laisser aller sur des excuses aussi vaines que celle-là ; si vous avez vécu tant d’années en méprisant Christ, ce sont autant de raisons pour que maintenant vous ne le méprisiez plus. Mais vous ai-je entendu murmurer que ce n’était pas un moment favorable ? Que dois-je donc vous dire ? Quand viendra ce moment favorable ? Viendra-t-il quand vous serez en enfer ? Ce moment-là sera-t-il favorable ? Viendra-t-il quand vous serez sur votre lit de mort, et que le râle de la mort sera dans votre gorge — viendra-t-il alors ? Ou quand la sueur brûlante vous ébouillantera le front ; et puis encore, quand la sueur froide et visqueuse y perlera, seront-ce là des moments favorables ? Quand les douleurs vous tortureront, et que vous serez au bord du tombeau ? Non, monsieur, c’est ce matin le moment favorable. Dieu veuille qu’il en soit ainsi ! Souvenez-vous que je n’ai aucune autorité pour vous demander de venir à Christ demain. Le Maître ne vous a adressé aucune invitation à venir à lui mardi prochain. L’invitation est : « Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, N’endurcissez pas vos cœurs, comme lors de la révolte, » car l’Esprit dit : « Aujourd’hui. » « Venez et plaidons! » — venez maintenant ; pourquoi remettriez-vous la chose à plus tard ? C’est peut-être le dernier avertissement que vous recevrez jamais. Remettez à plus tard, et peut-être ne pleurerez-vous plus jamais dans la chapelle. Peut-être ne vous adressera-t-on jamais plus un discours si pressant. Peut-être ne vous suppliera-t-on plus comme je voudrais vous supplier maintenant. Vous pouvez vous en aller, et Dieu peut dire : il « est attaché aux idoles: laisse-le! » Il vous lâchera la bride sur le cou ; et alors, remarquez-le — votre course est certaine, mais c’est une damnation certaine et une prompte destruction.
Et maintenant encore, tout cela est-il vain ? Ne voulez-vous pas maintenant venir à Christ ? Que puis-je donc faire de plus ? Il ne me reste qu’une ressource, et je vais l’essayer. Il m’est permis de pleurer pour vous ; il m’est accordé de prier pour vous. Vous mépriserez ce discours si vous le voulez ; vous rirez du prédicateur ; vous le traiterez de fanatique si bon vous semble ; il ne vous grondera pas, il ne portera aucune accusation contre vous devant le grand Juge. Votre offense, pour autant qu’elle le concerne, est pardonnée avant même d’être commise ; mais vous vous souviendrez que le message que vous rejetez ce matin est le message de quelqu’un qui vous aime, et qu’il vous est aussi transmis par les lèvres de quelqu’un qui vous aime. Vous vous rappellerez que vous pouvez perdre votre âme au jeu avec le diable, que vous pouvez nonchalamment la tenir pour une affaire sans importance ; mais il en vit au moins un qui prend votre âme au sérieux, un qui, avant de venir ici, a lutté avec son Dieu pour obtenir la force de vous prêcher, et qui, lorsqu’il aura quitté ce lieu, n’oubliera pas ses auditeurs de ce matin. Je le répète, quand les paroles nous manquent, nous pouvons donner des larmes — car les paroles et les larmes sont les armes avec lesquelles les ministres de l’Évangile contraignent les hommes d’entrer. Vous ne savez pas, et je suppose que vous ne pourriez croire, combien un homme que Dieu a appelé au ministère est inquiet au sujet de son assemblée, et surtout au sujet de certains de ses membres. J’ai entendu parler, l’autre jour encore, d’un jeune homme qui a fréquenté ce lieu pendant longtemps, et l’espérance de son père était qu’il serait amené à Christ. Il fit cependant la connaissance d’un incrédule ; et maintenant il néglige ses affaires et vit chaque jour dans le péché. J’ai vu le pauvre visage blême de son père ; je ne lui ai pas demandé de me raconter lui-même l’histoire, car je sentais que ce serait remuer un chagrin et rouvrir une plaie ; je crains parfois que les cheveux gris de cet homme de bien ne descendent avec douleur au tombeau. Jeunes gens, vous ne priez pas pour vous-mêmes, mais vos mères luttent pour vous. Vous ne voulez pas penser à vos propres âmes, mais l’inquiétude de vos pères s’exerce pour vous. J’ai assisté à des réunions de prière où j’ai entendu des enfants de Dieu prier, et ils n’auraient pu prier avec plus d’ardeur et plus d’intensité d’angoisse si chacun d’eux avait recherché le salut de sa propre âme. Et n’est-il pas étrange que nous soyons prêts à remuer ciel et terre pour votre salut, et que vous n’ayez toujours aucune pensée pour vous-mêmes, aucun égard pour les choses éternelles ?
Maintenant, je me tourne un instant vers quelques-uns d’entre vous. Il y en a ici parmi vous qui sont membres d’Églises chrétiennes, qui font profession de religion, mais, à moins que je ne me trompe sur votre compte — et je serai heureux de me tromper —, votre profession est un mensonge. Vous ne vivez pas à sa hauteur, vous la déshonorez ; vous pouvez vivre dans l’habitude perpétuelle de vous absenter de la maison de Dieu, si ce n’est dans des péchés pires encore. Or je demande à ceux d’entre vous qui ne font pas honorer la doctrine de Dieu votre Sauveur : vous imaginez-vous que vous puissiez m’appeler votre pasteur, sans que mon âme tremble à votre sujet et pleure pour vous en secret ? Je le répète, il vous importe peut-être fort peu de souiller les vêtements de votre christianisme, mais il importe grandement aux cachés de Dieu, qui soupirent, qui crient et qui gémissent à cause des iniquités de ceux qui font profession en Sion.
Reste-t-il donc au ministre autre chose que les larmes et la prière ? Oui, il reste encore une chose. Dieu n’a pas donné à ses serviteurs le pouvoir de régénérer, mais il leur a donné quelque chose qui s’en approche. Il est impossible à quelque homme que ce soit de régénérer son prochain ; et pourtant comment les hommes naissent-ils à Dieu ? L’apôtre ne dit-il pas d’un tel homme qu’il l’avait engendré dans ses chaînes ? Or le ministre a reçu de Dieu un pouvoir qui le fait considérer à la fois comme le père et la mère de ceux qui naissent à Dieu, car l’apôtre disait qu’il éprouvait les douleurs de l’enfantement pour des âmes, jusqu’à ce que Christ fût formé en elles. Que pouvons-nous donc faire ? Nous pouvons maintenant en appeler à l’Esprit. Je sais que j’ai prêché l’Évangile, que je l’ai prêché avec ardeur ; je somme mon Maître d’honorer sa propre promesse. Il a dit que sa parole ne retournerait point à lui sans effet, et elle n’y retournera point. C’est entre ses mains, non entre les miennes. Je ne puis vous contraindre, mais toi, ô Esprit de Dieu, qui as la clef du cœur, toi, tu peux contraindre. Avez-vous jamais remarqué, dans ce chapitre de l’Apocalypse où il est dit : « Voici, je me tiens à la porte, et je frappe », que, quelques versets auparavant, la même personne est décrite comme celui qui a la clef de David ? De sorte que si frapper ne suffit pas, il a la clef, et il peut entrer, et il entrera. Or si les coups d’un ministre ardent ne l’emportent pas sur vous ce matin, il reste encore cette secrète ouverture du cœur par l’Esprit, en sorte que vous serez contraints.
J’ai cru de mon devoir de travailler avec vous comme si c’était moi qui devais le faire ; maintenant je remets la chose entre les mains de mon Maître. Ce ne peut être sa volonté que nous éprouvions les douleurs de l’enfantement sans pourtant mettre au monde des enfants spirituels. Cela dépend de lui ; il est le maître du cœur, et le jour le fera connaître, que quelques-uns d’entre vous, contraints par la grâce souveraine, sont devenus les captifs volontaires de Jésus le tout-conquérant, et lui ont soumis leur cœur par le sermon de ce matin.
[M. Spurgeon conclut par une anecdote fort intéressante ; mais comme son insertion rendrait le sermon trop long pour un numéro à un penny, les éditeurs ont décidé de l’imprimer comme l’un des « Traités de New Park Street ».]
Domaine public. Texte source de l’édition originale.
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- Spurgeon, Charles H. “Contrains-les d’entrer.” Sermon. Ochorus, https://ochorus.com/fr/sermons/compel-them-to-come-in/.
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- Spurgeon, Charles H. “Contrains-les d’entrer.” Sermon. Ochorus. https://ochorus.com/fr/sermons/compel-them-to-come-in/.
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- Charles H. Spurgeon, “Contrains-les d’entrer,” sermon, Ochorus, https://ochorus.com/fr/sermons/compel-them-to-come-in/.
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