L’esprit de prière
Charles G. Finney

Sermon · 40 min de lecture · Accessible

L’esprit de prière

Portrait de Charles G. Finney Charles G. Finney

Texte

Romains 8:26-27

En bref

« L’Esprit lui-même intercède par des soupirs inexprimables. » Finney montre ce que signifie, pour un chrétien, être conduit par le Saint-Esprit dans la prière : le fardeau pour les âmes qui vient de lui, la manière dont on l’attriste et l’éloigne, et pourquoi une Église qui le possède ne peut manquer de voir un réveil. Le discours qui fait suite à « La prière qui prévaut ».

De même aussi l’Esprit nous aide dans notre faiblesse, car nous ne savons pas ce qu’il nous convient de demander dans nos prières. Mais l’Esprit lui-même intercède par des soupirs inexprimables; et celui qui sonde les cœurs connaît quelle est la pensée de l’Esprit, parce que c’est selon Dieu qu’il intercède en faveur des saints.

Mon avant-dernier discours portait sur la prière efficace ; j’y faisais remarquer que l’un des caractères les plus importants de la prière efficace, ou qui prévaut, est la FOI. Le sujet était si vaste que je l’ai réservé pour un examen à part. C’est ainsi que vendredi soir dernier j’ai parlé de la foi dans la prière, ou, comme on l’appelle, de la prière de la foi. Mon intention était de traiter la question en un seul discours. Mais comme je me suis vu obligé de beaucoup condenser sur certains points, il m’est venu à l’esprit — et d’autres me l’ont fait remarquer — que l’on pourrait se poser des questions auxquelles il faudrait répondre plus complètement, d’autant que ce sujet est enveloppé de tant d’obscurité. L’un des grands buts de la prédication est de présenter la vérité de manière à répondre aux questions qui naissent naturellement dans l’esprit de ceux qui lisent la Bible avec attention et qui veulent savoir ce qu’elle signifie, afin de la mettre en pratique. En expliquant ce texte, je me propose de montrer :

I. De quel Esprit il est ici parlé : « l’Esprit nous aide dans notre faiblesse ».

II. Ce que cet Esprit fait pour nous.

III. Pourquoi il fait ce que le texte déclare qu’il fait.

IV. Comment il l’accomplit.

V. Dans quelle mesure il agit sur l’esprit de ceux qui sont sous son influence.

VI. Comment distinguer son influence de celle des mauvais esprits, ou des suggestions de notre propre esprit.

VII. Comment nous pouvons obtenir cette action du Saint-Esprit.

VIII. Qui a le droit de s’attendre à jouir de son influence en cette matière — autrement dit, pour qui l’Esprit fait ce dont parle le texte.

I. De quel Esprit est-il parlé dans le texte ?

Certains ont supposé que l’Esprit dont parle le texte désigne notre propre esprit — notre propre intelligence. Mais un peu d’attention au texte montre clairement que tel n’est pas le sens. « L’Esprit nous aide dans notre faiblesse » se lirait alors : « Notre propre esprit aide notre propre esprit dans sa faiblesse », — et : « Notre propre esprit intercède de même pour notre propre esprit. » Vous voyez qu’avec une telle supposition on n’y trouve plus aucun sens. Il ressort de la manière même dont le texte est introduit que l’Esprit dont il s’agit est le Saint-Esprit. « Si vous vivez selon la chair, vous mourrez; mais si par l’Esprit vous faites mourir les actions du corps, vous vivrez, car tous ceux qui sont conduits par l’Esprit de Dieu sont fils de Dieu. Et vous n’avez point reçu un esprit de servitude, pour être encore dans la crainte; mais vous avez reçu un Esprit d’adoption, par lequel nous crions: Abba! Père! L’Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. » Et le texte parle manifestement du même Esprit.

II. Ce que fait l’Esprit.

Réponse — Il intercède en faveur des saints. « Il intercède » pour nous, et « nous aide dans notre faiblesse », quand « nous ne savons pas ce qu’il nous convient de demander dans nos prières ». Il aide les chrétiens à prier selon la volonté de Dieu, c’est-à-dire pour les choses que Dieu désire qu’ils demandent.

III. Pourquoi le Saint-Esprit est-il ainsi à l’œuvre ?

À cause de notre ignorance. Parce que nous ne savons pas ce qu’il nous convient de demander dans nos prières. Nous ignorons tant la volonté de Dieu révélée dans la Bible que sa volonté non révélée, telle que nous devrions l’apprendre par sa providence. Les hommes ignorent prodigieusement les promesses comme les prophéties de la Bible, et sont aveugles à la providence de Dieu. Et ils sont plus encore dans les ténèbres au sujet des points sur lesquels Dieu n’a rien dit, sinon par les directions de son Esprit. Vous vous rappelez que j’ai nommé ces quatre sources d’évidence sur lesquelles fonder la foi dans la prière : les promesses, les prophéties, les providences et le Saint-Esprit. Quand tous les autres moyens échouent à nous faire connaître ce que nous devons demander, l’Esprit le fait.

IV. Comment intercède-t-il en faveur des saints ? De quelle manière agit-il pour nous aider dans notre faiblesse ?

Non pas en rendant inutile l’usage de nos facultés. Il ne prie pas à notre place pendant que nous ne faisons rien. Il prie pour nous en mettant en mouvement nos propres facultés. Non qu’il nous suggère directement des mots ou qu’il dirige notre langage. Mais il éclaire notre intelligence et fait que la vérité saisit notre âme. Il nous conduit à considérer l’état de l’Église et la condition des pécheurs qui nous entourent. La manière dont il place la vérité devant l’esprit et l’y maintient jusqu’à ce qu’elle produise son effet, nous ne saurions le dire. Mais nous pouvons savoir ceci : il nous amène à considérer profondément l’état des choses ; et le résultat — le résultat naturel et philosophique — en est une émotion profonde. Quand l’Esprit place la vérité devant l’esprit d’un homme, celui-ci n’a qu’un seul moyen de ne pas en être profondément ému : c’est de détourner ses pensées et de porter son esprit sur d’autres choses. Les pécheurs, quand l’Esprit de Dieu place la vérité devant eux, ne peuvent qu’éprouver quelque chose. Ils éprouvent ce qu’il ne faut pas, aussi longtemps qu’ils restent impénitents. De même, si un homme est chrétien et que le Saint-Esprit met un sujet en contact brûlant avec son cœur, il lui est tout aussi impossible de ne rien sentir qu’il serait impossible à votre main de ne rien sentir si vous la mettiez dans le feu. Si l’Esprit de Dieu l’amène à s’arrêter sur des choses propres à éveiller des sentiments ardents et irrésistibles, et qu’il n’en soit pas ému, cela prouve qu’il n’a aucun amour pour les âmes, rien de l’Esprit de Christ, et qu’il ne sait rien de l’expérience chrétienne.

2. L’Esprit fait sentir au chrétien le prix des âmes, ainsi que la culpabilité et le danger des pécheurs dans leur condition présente. Il est étonnant de voir combien les chrétiens sont souvent aveugles et engourdis à cet égard. Des parents chrétiens laissent leurs enfants descendre tout droit en enfer sous leurs yeux, sans paraître éprouver le moindre sentiment ni faire le moindre effort pour les sauver. Et pourquoi ? Parce qu’ils sont si aveugles sur ce qu’est l’enfer, si incrédules à l’égard de la Bible, si ignorants des précieuses promesses que Dieu a faites aux parents fidèles. Ils attristent l’Esprit de Dieu et le chassent, et c’est en vain qu’on essaie de les faire prier pour leurs enfants tant que l’Esprit de Dieu s’est éloigné d’eux.

3. Il conduit les chrétiens à comprendre et à appliquer les promesses de l’Écriture. Chose étonnante, à aucune époque les chrétiens n’ont su appliquer pleinement les promesses de l’Écriture aux événements de la vie, à mesure qu’ils se présentent. Ce n’est pas que les promesses elles-mêmes soient obscures : elles sont assez claires. Mais il y a toujours eu une étrange disposition à négliger l’Écriture comme source de lumière sur les événements de chaque jour. Quel fut l’étonnement des apôtres quand Christ s’appliqua à lui-même tant de prophéties ! Ils semblaient sans cesse prêts à s’écrier : « C’est étonnant ! Est-ce possible ? Nous ne l’avions jamais compris. » Qui, ayant vu la manière dont les apôtres, mus et inspirés par le Saint-Esprit, appliquaient des passages de l’Ancien Testament aux temps de l’Évangile, n’a pas été frappé de la richesse de sens qu’ils trouvaient dans les Écritures ? Il en a été ainsi pour bien des chrétiens : profondément engagés dans la prière, ils ont vu que des passages de l’Écriture convenaient à leur situation, alors qu’ils n’avaient jamais pensé qu’ils pussent s’y appliquer.

J’ai connu autrefois quelqu’un qui était dans de grandes ténèbres spirituelles. Il s’était retiré pour prier, résolu à ne pas cesser avant d’avoir trouvé le Seigneur. Il se mit à genoux et essaya de prier. Tout était sombre, et il ne put prier. Il se releva et resta debout quelque temps, mais il ne pouvait y renoncer, car il avait promis de ne pas laisser le soleil se coucher avant de s’être donné à Dieu. Il s’agenouilla de nouveau, mais tout était toujours sombre, et son cœur aussi dur qu’auparavant. Il était presque au désespoir, et dit dans son angoisse : « J’ai attristé l’Esprit de Dieu, je l’ai chassé, et il n’y a point de promesse pour moi. Je suis exclu de la présence de Dieu. » Mais il était résolu à ne pas abandonner, et il s’agenouilla encore. Il n’avait prononcé que quelques mots lorsque ce passage lui vint à l’esprit, aussi frais que s’il venait de le lire ; il lui semblait qu’il venait tout juste de lire ces paroles : « Vous me chercherez, et vous me trouverez, si vous me cherchez de tout votre cœur. » (Jérémie 29:13.) Bien que cette promesse se trouvât dans l’Ancien Testament et fût adressée aux Juifs, elle s’appliquait à lui tout autant qu’à eux. Et elle brisa son cœur en un instant, comme le marteau du Seigneur. Il pria, et se releva heureux en Dieu. C’est ce qui arrive souvent quand ceux qui font profession de religion prient pour leurs enfants. Parfois ils prient dans les ténèbres et le doute, comme s’il n’y avait aucun fondement pour la foi, ni aucune promesse particulière pour les enfants des croyants. Mais pendant qu’ils plaident, Dieu leur a montré toute la portée de quelque promesse, et leur âme s’y est reposée comme sur le bras puissant de Dieu. J’ai entendu parler d’une veuve qui était dans une grande angoisse au sujet de ses enfants, jusqu’à ce que ce passage s’impose avec force à son esprit : « Laisse tes orphelins, je les ferai vivre ». Elle vit qu’il avait un sens étendu, et elle put le saisir, pour ainsi dire, de ses mains ; alors elle prévalut dans la prière, et ses enfants furent convertis. Le Saint-Esprit a été envoyé dans le monde par le Sauveur pour guider son peuple, l’instruire et lui rappeler les choses, aussi bien que pour convaincre le monde de péché.

4. L’Esprit conduit les chrétiens à désirer et à demander des choses dont la parole de Dieu ne dit rien de précis. Prenez le cas d’un individu. Que Dieu veuille sauver est une vérité générale. C’est de même une vérité générale qu’il veut exaucer la prière. Mais comment connaîtrai-je la volonté de Dieu au sujet de cet individu, et saurai-je si je puis, ou non, prier avec foi, selon la volonté de Dieu, pour sa conversion et son salut ? C’est ici qu’intervient l’action de l’Esprit, qui conduit l’esprit du peuple de Dieu à prier pour ces personnes-là, et à ces moments-là, où Dieu est prêt à les bénir. Quand nous ne savons pas ce que nous devons demander, le Saint-Esprit amène l’esprit à s’arrêter sur quelque objet, à considérer sa situation, à en saisir le prix, à éprouver de la compassion pour lui, à prier et à être dans les douleurs de l’enfantement jusqu’à ce que l’objet soit obtenu. Ce genre d’expérience, je le sais, est moins commun dans les villes que dans certaines régions de la campagne, à cause de la multitude infinie de choses qui, dans les villes, détournent l’attention et attristent l’Esprit. J’ai eu bien des occasions de savoir comment les choses se sont passées dans certaines contrées. J’ai connu un homme qui tenait une liste des personnes pour lesquelles il était particulièrement en souci ; et j’ai eu l’occasion de connaître une multitude de gens auxquels il s’était ainsi intéressé et qui furent aussitôt convertis. Je l’ai vu prier pour des personnes de sa liste alors qu’il était littéralement à l’agonie pour elles ; et je l’ai vu parfois appeler quelqu’un d’autre pour l’aider à prier pour l’une d’elles. J’ai vu son esprit s’attacher à un homme endurci, perdu, que l’on ne pouvait atteindre par aucun moyen ordinaire. Dans une ville du nord de cet État, où il y avait un réveil, se trouvait un homme qui était un adversaire des plus violents et des plus outrageants. Il tenait une taverne et prenait plaisir à jurer de façon effroyable chaque fois que des chrétiens pouvaient l’entendre, exprès pour les blesser. Il était si mauvais qu’un homme déclara qu’il croyait devoir vendre sa propriété, ou la donner, et quitter la ville, car il ne pouvait vivre près d’un homme qui jurait ainsi. Le saint homme dont je parlais traversait la ville ; il entendit parler de ce cas et en fut profondément affligé et angoissé. Il inscrivit cet homme sur sa liste de prière. Le cas pesait sur son esprit, qu’il dorme ou qu’il veille. Il ne cessait de penser à lui et pria pour lui pendant des jours. Et la première chose que nous apprîmes, c’est que cet impie entra dans une réunion, se leva, confessa ses péchés et répandit son âme. Sa salle de bar devint aussitôt le lieu où l’on tenait les réunions de prière. C’est ainsi que l’Esprit de Dieu conduit des chrétiens à prier pour des choses qu’ils ne demanderaient pas s’ils n’étaient conduits par l’Esprit. Et c’est ainsi qu’ils prient pour des choses selon la volonté de Dieu.

Certains diront peut-être que c’est là une révélation de Dieu. Je ne doute pas que l’on ait fait beaucoup de mal en disant que ce genre d’influence équivaut à une nouvelle révélation. Et bien des gens en auront peur s’ils l’entendent appeler une nouvelle révélation, au point de ne pas prendre le temps de chercher ce que cela signifie, ni si les Écritures l’enseignent ou non. Ils pensent que cela suffit à réfuter l’idée. Mais la simple vérité, c’est que l’Esprit conduit un homme à prier. Et si Dieu conduit un homme à prier pour un individu, la conclusion que l’on tire de la Bible est que Dieu se propose de sauver cet individu. Si, en comparant notre état d’esprit avec la Bible, nous trouvons que nous sommes conduits par l’Esprit à prier pour quelqu’un, nous avons de bonnes raisons de croire que Dieu est prêt à le bénir.

6. En donnant aux chrétiens un discernement spirituel au sujet des mouvements et des développements de la Providence. Des chrétiens consacrés et qui prient voient souvent ces choses si clairement, et regardent si loin devant eux, qu’ils scandalisent fort les autres. On dirait parfois presque qu’ils prophétisent. Sans doute on peut s’égarer, et cela arrive, en s’appuyant sur sa propre intelligence quand on se croit conduit par l’Esprit. Mais il n’est pas douteux qu’un chrétien puisse être rendu capable de voir et de discerner clairement les signes des temps, de manière à comprendre, par la providence, à quoi il doit s’attendre, et à le demander ainsi avec foi. C’est ainsi que de tels chrétiens sont souvent amenés à attendre un réveil et à le demander avec foi, quand personne d’autre n’en aperçoit le moindre signe.

Il y avait dans le New Jersey une femme qui habitait un endroit où il y avait eu un réveil. Elle était tout à fait certaine qu’il allait y en avoir un autre. Elle soutenait qu’ils avaient eu la première pluie et qu’ils allaient maintenant avoir la pluie de l’arrière-saison. Elle voulait que l’on fixe des réunions d’édification. Mais le pasteur et les anciens ne voyaient rien qui y encourageât, et ne voulurent rien faire. Elle vit qu’ils étaient aveugles ; elle alla donc de l’avant et fit faire des bancs par un charpentier, car, disait-elle, elle tiendrait des réunions dans sa propre maison. Il allait certainement y avoir un réveil. À peine eut-elle ouvert ses portes pour les réunions que l’Esprit de Dieu descendit avec une grande puissance. Et ces membres d’Église endormis se trouvèrent tout à coup entourés de pécheurs convaincus de péché. Ils ne purent que dire : « Certainement, l’Éternel était en ce lieu, et nous, nous ne le savions pas ! » Si de telles personnes comprennent les indications de la volonté de Dieu, ce n’est pas à cause d’une sagesse supérieure qui serait en elles, mais parce que l’Esprit de Dieu les conduit à voir les signes des temps. Et cela, non par révélation ; mais elles sont amenées à voir ces providences converger vers un seul point, ce qui produit en elles l’attente confiante d’un certain résultat.

V. Dans quelle mesure devons-nous attendre que l’Esprit de Dieu agisse sur l’esprit des croyants ? Le texte dit : « l’Esprit lui-même intercède par des soupirs inexprimables ». J’entends par là que l’Esprit éveille des désirs trop grands pour s’exprimer autrement que par des soupirs. Quelque chose que le langage ne peut dire — l’âme est trop pleine pour exprimer ses sentiments par des mots, et la personne ne peut que les exhaler en soupirs devant Dieu, qui comprend le langage du cœur.

VI. Comment savoir si c’est l’Esprit de Dieu qui agit sur notre esprit ou non ?

1. Non pas en sentant qu’une influence ou une action extérieure s’exerce sur nous. Nous ne devons pas nous attendre à sentir notre esprit en contact physique direct avec Dieu. Si une telle chose est possible, nous ne connaissons aucun moyen par lequel elle puisse être rendue sensible. Nous savons que nous exerçons librement nos facultés, et que nos pensées s’appliquent à quelque chose qui éveille nos sentiments. Mais nous ne devons pas nous attendre à ce qu’un miracle s’accomplisse, comme si nous étions conduits sensiblement par la main, ou comme si quelque chose nous était murmuré à l’oreille, ni à quelque manifestation miraculeuse de la volonté de Dieu. Souvent les gens attristent l’Esprit et le chassent parce qu’ils ne l’accueillent pas et ne chérissent pas son influence. Les pécheurs le font souvent par ignorance. Ils s’imaginent que, s’ils étaient convaincus de péché par l’Esprit, ils éprouveraient tels et tels sentiments mystérieux, qu’une secousse les saisirait, à laquelle ils ne pourraient se méprendre. Beaucoup de chrétiens connaissent si mal l’influence de l’Esprit, et ont si peu pensé à recevoir son aide dans la prière, que lorsqu’ils l’ont, ils ne le savent pas, et ainsi ne la chérissent pas, ne s’y abandonnent pas et ne la conservent pas. Nous n’avons conscience de rien d’autre, en ce cas, que du mouvement de notre propre esprit. Il n’y a rien d’autre que l’on puisse sentir. Nous nous rendons simplement compte que nos pensées sont intensément occupées d’un certain sujet. Les chrétiens sont souvent inutilement égarés et tourmentés sur ce point, de peur de ne pas avoir l’Esprit de Dieu. Ils éprouvent des sentiments intenses, mais ils ne savent pas ce qui les leur fait éprouver. Ils sont angoissés au sujet des pécheurs ; mais pourquoi ne le seraient-ils pas, quand ils pensent à leur condition ? Ils ne cessent de penser à eux, et pourquoi n’en seraient-ils pas angoissés ? Or, la vérité est que le fait même que vous pensiez à eux est la preuve que l’Esprit de Dieu vous conduit. Ne savez-vous pas que la plupart du temps ces choses ne vous touchent pas ainsi ? La plupart du temps vous ne pensez guère à l’état des pécheurs. Vous savez que leur salut est toujours d’une égale importance. Mais à d’autres moments, même quand vous êtes tout à fait de loisir, votre esprit est entièrement obscur et vide de tout sentiment pour eux. Maintenant, au contraire, bien que vous soyez peut-être occupé d’autres choses, vous pensez à eux, vous priez et vous éprouvez pour eux des sentiments intenses, même au milieu d’affaires qui, en d’autres temps, absorberaient toutes vos pensées. Maintenant, presque chacune de vos pensées est : « Dieu, aie pitié d’eux ! » Pourquoi cela ? Eh bien, parce que leur cas est placé sous une vive lumière devant votre esprit. Vous demandez ce qui conduit votre esprit à exercer la bienveillance envers les pécheurs et à lutter dans l’agonie de la prière pour eux ? Que peut-ce être, sinon l’Esprit de Dieu ? Il n’est point de démons qui vous conduiraient ainsi. Si vos sentiments sont vraiment bienveillants, vous devez considérer que c’est le Saint-Esprit qui vous conduit à prier pour des choses selon la volonté de Dieu.

2. Éprouvez les esprits par la Bible. Les gens se laissent parfois entraîner par d’étranges fantaisies et des impulsions insensées. Si vous les comparez fidèlement avec la Bible, vous n’avez jamais à vous égarer. Vous pouvez toujours savoir si vos sentiments sont produits par l’influence de l’Esprit, en comparant vos désirs avec l’esprit et le caractère de la religion tels que la Bible les décrit. La Bible vous ordonne d’éprouver les esprits : « Bien-aimés, n’ajoutez pas foi à tout esprit; mais éprouvez les esprits, pour savoir s’ils sont de Dieu ». Observez non seulement vos propres sentiments à l’égard de vos semblables, mais aussi, et plus particulièrement, les enseignements de l’Esprit en vous au sujet de notre Seigneur Jésus-Christ. « Reconnaissez à ceci l’Esprit de Dieu: tout esprit qui confesse Jésus-Christ venu en chair est de Dieu; et tout esprit qui ne confesse pas Jésus n’est pas de Dieu, c’est celui de l’antéchrist, dont vous avez appris la venue, et qui maintenant est déjà dans le monde. »

VII. Comment obtenir cette influence de l’Esprit de Dieu ?

1. Il faut la rechercher par une prière fervente et pleine de foi. Christ dit : « Si donc, méchants comme vous l’êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison le Père céleste donnera-t-il le Saint-Esprit à ceux qui le lui demandent. » Quelqu’un dit-il : « J’ai prié pour l’obtenir, et il ne vient pas » ? C’est que vous ne priez pas comme il faut. « Vous demandez, et vous ne recevez pas, parce que vous demandez mal, dans le but de satisfaire vos passions. » Vous ne priez pas par de justes motifs. Un homme qui faisait profession de religion, l’un des principaux membres d’une Église, demanda un jour à un pasteur ce qu’il pensait de son cas : il avait prié semaine après semaine pour recevoir l’Esprit, et ne l’avait pas reçu. Le pasteur lui demanda quel était son motif en priant. Il répondit qu’il voulait être heureux. Il savait que ceux qui avaient l’Esprit étaient heureux, et il voulait jouir de la même paix d’esprit qu’eux. Eh bien, le diable lui-même pourrait prier ainsi. Ce n’est là que pur égoïsme. L’homme se détourna avec colère. Il vit qu’il n’avait jamais su ce que c’est que prier. Il fut convaincu qu’il était un hypocrite, et que ses prières étaient toutes égoïstes, dictées seulement par le désir de son propre bonheur. David demandait à Dieu de le soutenir par son esprit de bonne volonté, afin qu’il enseignât les voies de Dieu à ceux qui les transgressent et que les pécheurs revinssent à lui. Un chrétien doit demander l’Esprit afin d’être plus utile et de glorifier davantage Dieu, et non afin d’être lui-même plus heureux. Cet homme vit clairement où il s’était trompé, et il fut converti. Peut-être beaucoup d’entre vous ont-ils été exactement dans ce cas. Vous devriez vous examiner et voir si toutes vos prières ne sont pas égoïstes.

2. Employez les moyens propres à réveiller votre esprit sur ce sujet et à y maintenir votre attention fixée. Si un homme prie pour recevoir l’Esprit et qu’ensuite il détourne son esprit vers d’autres objets, s’il n’emploie aucun autre moyen et s’en va tout droit à ses affaires mondaines, il tente Dieu, il lâche prise sur son objet, et ce serait un miracle qu’il obtienne ce qu’il demande. Comment un pécheur parviendra-t-il à être convaincu de péché ? Eh bien, en pensant à ses péchés. C’est ainsi qu’un chrétien parvient à des sentiments profonds : en pensant à l’objet de sa prière. Dieu ne va pas répandre ces choses sur vous sans aucun effort de votre part. Vous devez chérir les moindres impressions. Prenez la Bible et parcourez les passages qui montrent la condition et l’avenir du monde. Regardez le monde, regardez vos enfants et vos voisins, voyez leur condition tant qu’ils demeurent dans le péché, et persévérez dans la prière et dans l’effort jusqu’à ce que vous obteniez la bénédiction de l’Esprit de Dieu demeurant en vous. C’est sans doute de cette manière que le docteur Watts en vint à éprouver les sentiments qu’il a décrits dans le deuxième cantique du deuxième livre, que vous feriez bien de lire en rentrant chez vous.

Mon esprit roule en sujets redoutables,

La damnation, les morts :

Quelle horreur saisit l’âme coupable

Quand vient l’heure de la mort !

Sur ces rivages mortels attardée,

Elle tarde à s’en aller,

Jusqu’à ce que la mort, en flot déchaînée,

Vienne la malheureuse emporter.

Alors, prompte et terrible, elle descend

Vers la côte embrasée,

Parmi d’abominables démons,

Ombre elle-même épouvantée.

Là gisent des pécheurs en foule infinie,

Les ténèbres pour chaînes ;

Dans un âpre désespoir ils crient,

Et attendent de pires peines.

Ni leur angoisse ni tout leur sang

N’expient leur faute passée,

Et la compassion d’un Dieu

N’écoutera point leurs gémissements.

Grâce étonnante, qui m’a gardé le souffle

Sans rappeler mon âme,

Jusqu’à ce que j’aie connu la mort de mon Sauveur

Et bien assuré son amour !

Regardez, pour ainsi dire, à travers un télescope qui rapprochera de vous ces réalités ; regardez dans l’enfer, et entendez-les gémir ; puis tournez la lunette vers le haut, regardez le ciel, voyez-y les saints dans leurs robes blanches, la harpe à la main, et entendez-les chanter le cantique de l’amour rédempteur ; et demandez-vous : « Est-il possible que je l’emporte auprès de Dieu, au point de faire monter là le pécheur ? » Faites cela, et si vous n’êtes pas un méchant homme et un étranger à Dieu, vous aurez bientôt autant d’esprit de prière que votre corps peut en supporter.

3. Vous devez veiller dans la prière. Vous devez faire le guet, et voir si Dieu accorde la bénédiction quand vous la lui demandez. Il arrive que des gens prient et ne regardent jamais si leur prière est exaucée. Prenez garde aussi de ne pas attrister l’Esprit de Dieu. Confessez vos péchés et abandonnez-les. Dieu ne vous conduira jamais comme l’un de ses protégés, il ne vous fera jamais entrer dans ses secrets, à moins que vous ne confessiez et n’abandonniez vos péchés. Non pas confesser toujours sans jamais abandonner, mais confesser et abandonner aussi. Réparez le tort partout où vous avez causé un dommage. Vous ne pouvez espérer recevoir d’abord l’esprit de prière, et vous repentir ensuite. Vous ne pouvez pas en venir à bout de cette façon. Ceux qui font profession de religion, et qui sont orgueilleux, inflexibles, prompts à se justifier, n’obligeront jamais Dieu à demeurer avec eux.

4. Visez à obéir parfaitement à la loi écrite. En d’autres termes, n’ayez aucune communion avec le péché. Visez à être entièrement au-dessus du monde : « Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait. » S’il vous arrive de pécher, que ce soit votre douleur de chaque jour. L’homme qui ne vise pas à cela a l’intention de vivre dans le péché. Un tel homme n’a pas à attendre la bénédiction de Dieu, car il n’est pas sincère dans son désir de garder tous ses commandements.

VIII. Pour qui l’Esprit intercède-t-il ?

Réponse — Il intercède en faveur des saints, de tous les saints, de quiconque est saint. « De même aussi l’Esprit nous aide dans notre faiblesse, car nous ne savons pas ce qu’il nous convient de demander dans nos prières. Mais l’Esprit lui-même intercède par des soupirs inexprimables; et celui qui sonde les cœurs connaît quelle est la pensée de l’Esprit, parce que c’est selon Dieu qu’il intercède en faveur des saints. » — Romains 8:26-27.

REMARQUES.

1. D’où vient, à votre avis, que l’on insiste si peu sur l’influence de l’Esprit dans la prière, quand on parle tant de son influence dans la conversion ? Bien des gens ont une crainte extraordinaire que l’on oublie l’influence de l’Esprit. Ils insistent fortement sur l’influence de l’Esprit dans la conversion des pécheurs. Mais combien peu l’on dit, combien peu l’on imprime, sur son influence dans la prière ! Combien peu l’on se plaint que les gens ne fassent pas assez de cas de l’influence de l’Esprit qui conduit les chrétiens à prier selon la volonté de Dieu ! Qu’on ne l’oublie jamais : aucun chrétien ne prie jamais comme il faut s’il n’est conduit par l’Esprit. Il a le pouvoir naturel de prier, et, dans la mesure où la volonté de Dieu est révélée, il est capable de le faire ; mais il ne le fait jamais si l’Esprit de Dieu n’agit sur lui. Exactement comme les pécheurs sont capables de se repentir, mais ne le font jamais s’ils ne sont mus par l’Esprit.

2. Ce sujet met à nu le fondement de la difficulté que beaucoup de personnes éprouvent au sujet de la prière de la foi. Elles rejettent l’idée que la foi dans la prière consiste à croire que nous recevrons les choses mêmes que nous demandons, et soutiennent qu’il ne peut y avoir aucun fondement ni aucune évidence sur quoi faire reposer une telle croyance. Dans un sermon publié sur ce sujet il y a quelques années, l’auteur avance cette difficulté et la présente dans toute sa force. Je n’ai, dit-il, aucune évidence que la chose demandée sera accordée avant d’avoir prié avec foi, parce que prier avec foi est la condition à laquelle elle est promise. Et je ne puis évidemment réclamer la promesse avant d’avoir rempli la condition. Or, si la condition est que je dois croire que je recevrai la bénédiction même que je demande, il est évident que la promesse est faite à une condition impossible à remplir, et qu’elle est par conséquent nulle et non avenue. La promesse reviendrait simplement à ceci : Vous aurez tout ce que vous demanderez, à condition de croire d’abord que vous le recevrez. Or, je dois remplir la condition avant de pouvoir réclamer la promesse. Mais je ne puis avoir aucune évidence que je le recevrai avant d’avoir cru que je le recevrai. Cela me réduit à la nécessité de croire que je le recevrai avant d’avoir aucune évidence que je le recevrai — ce qui est impossible.

Toute la force de cette objection vient de ce que l’on perd entièrement de vue l’influence de l’Esprit, qu’il exerce pour amener quelqu’un à exercer la foi. On a supposé que le passage de Marc 11:22 et 24, avec d’autres promesses semblables sur la prière de la foi, se rapporte exclusivement aux miracles. Mais supposons que cela soit vrai. Je demanderais : que devaient croire les apôtres quand ils priaient pour un miracle ? Devaient-ils croire que le miracle précis qu’ils demandaient serait accompli ? Il est évident que oui. Dans les versets auxquels je viens de faire allusion, Christ dit : « Je vous le dis en vérité, si quelqu’un dit à cette montagne: Ote-toi de là et jette-toi dans la mer, et s’il ne doute point en son cœur, mais CROIT QUE CE QU’IL DIT ARRIVE, il le verra s’accomplir. C’est pourquoi je vous dis: Tout ce que vous demanderez en priant, CROYEZ QUE VOUS L’AVEZ REÇU, et vous le verrez s’accomplir. » Il est évident ici que la chose à croire, et dont ils ne devaient pas douter en leur cœur, était qu’ils obtiendraient la bénédiction même qu’ils demandaient. Or, l’objection exposée plus haut porte de toute sa force contre ce genre de foi, quand on prie pour l’accomplissement d’un miracle. S’il est impossible de croire cela en priant pour une autre bénédiction, il l’était tout autant en priant pour un miracle. Je pourrais demander : un apôtre pouvait-il croire que le miracle serait accompli avant d’avoir rempli la condition ? puisque la condition était qu’il crût qu’il recevrait ce qu’il demandait. Ou bien la promesse est nulle et trompeuse, ou bien il est possible de remplir la condition.

Or, comme je l’ai dit, toute la difficulté vient de ce que l’on perd entièrement de vue l’influence de l’Esprit, et que l’on écarte de la question cette foi qui est l’œuvre de Dieu. Si l’objection vaut contre la prière pour un objet quelconque, elle vaut tout autant contre la prière de foi pour l’accomplissement d’un miracle. Le fait est que l’Esprit de Dieu pouvait donner une évidence permettant de croire que tel miracle particulier serait accordé ; il pouvait conduire l’esprit à s’appuyer fermement sur Dieu et à se confier que la bénédiction recherchée serait obtenue. Et de même, aujourd’hui encore, il peut donner la même assurance quand nous prions pour toute bénédiction dont nous avons besoin. Ni dans un cas ni dans l’autre, l’influence de l’Esprit n’est miraculeuse. La prière est la même chose, que vous priiez pour la conversion d’une âme ou pour un miracle. La foi est la même chose dans un cas comme dans l’autre ; elle porte seulement sur un objet différent : dans l’un sur la conversion d’une âme, dans l’autre sur l’accomplissement d’un miracle. Et la foi ne s’exerce pas davantage dans l’un que dans l’autre sans se rapporter à une promesse ; et une promesse générale peut, avec la même convenance, s’appliquer à la conversion d’une âme qu’à l’accomplissement d’un miracle. Et il est également vrai, dans l’un et l’autre cas, que personne ne prie jamais avec foi sans être sous l’influence de l’Esprit de Dieu. Et si l’Esprit pouvait conduire l’esprit d’un apôtre à exercer la foi au sujet d’un miracle, il peut conduire l’esprit d’un autre chrétien à exercer la foi au sujet de toute autre bénédiction à recevoir, en se rapportant à la même promesse générale.

Si quelqu’un demande : « Quand sommes-nous dans l’obligation de croire que nous recevrons la bénédiction que nous demandons ? » je réponds :

(1.) Quand il y a une promesse particulière, qui précise la bénédiction particulière : par exemple quand nous prions pour recevoir le Saint-Esprit. Cette bénédiction est expressément nommée dans la promesse ; nous avons ici une évidence, et nous sommes tenus de croire, que nous ressentions ou non une influence divine ; de même que les pécheurs sont tenus de se repentir, que l’Esprit lutte ou non avec eux. Leur obligation ne repose pas sur l’influence de l’Esprit, mais sur les facultés d’agents moraux qu’ils possèdent, sur leur capacité de faire leur devoir. Et s’il est vrai que pas un d’entre eux ne se repentira jamais sans l’influence de l’Esprit, ils ont pourtant le pouvoir de le faire, et sont dans l’obligation de le faire, que l’Esprit lutte ou non avec eux. Il en est de même du chrétien. Il est tenu de croire là où il a une évidence. Et bien qu’il ne croie jamais, même quand il a une promesse expresse, sans l’Esprit de Dieu, son obligation de croire repose cependant sur sa capacité, et non sur l’influence divine.

(2.) Quand Dieu fait une révélation par sa providence, nous sommes tenus de croire dans la mesure où l’indication providentielle est claire.

(3.) De même, quand il y a une prophétie, nous sommes aussi tenus de croire. Mais dans aucun de ces cas nous ne croyons, en fait, sans l’Esprit de Dieu.

Mais là où il n’y a ni promesse, ni providence, ni prophétie sur quoi faire reposer notre foi, nous ne sommes pas obligés de croire, à moins que, comme je l’ai montré dans ce discours, l’Esprit ne nous donne une évidence, en faisant naître des désirs et en nous conduisant à prier pour un objet particulier. Dans le cas des promesses de nature générale, où nous sommes honnêtement embarrassés de savoir à quels cas particuliers les appliquer, on peut considérer que c’est, dans bien des cas, notre privilège plutôt que notre devoir de les appliquer à des cas particuliers ; mais chaque fois que l’Esprit de Dieu nous conduit à les appliquer à un objet particulier, il devient alors notre devoir de les appliquer ainsi. En ce cas, Dieu explique sa propre promesse et montre comment il entendait qu’elle fût appliquée. Et dès lors notre obligation de faire cette application, et de croire au sujet de cet objet particulier, demeure entière.

3. Certains ont supposé que Paul pria avec foi pour que l’écharde dans la chair lui fût ôtée, et que cela ne lui fut pas accordé. Mais ils ne peuvent prouver que Paul pria avec foi. La présomption est tout entière du côté contraire, comme je l’ai montré dans un précédent discours. Il n’avait ni promesse, ni prophétie, ni providence, ni l’Esprit de Dieu pour l’amener à croire. Toute l’objection suppose que l’apôtre pouvait prier avec foi sans être conduit par l’Esprit. C’est là vraiment une façon expéditive de se débarrasser de l’influence de l’Esprit dans la prière. Assurément, supposer qu’il pria avec foi, c’est supposer ou bien qu’il pria avec foi sans être conduit par l’Esprit, ou bien que l’Esprit de Dieu le conduisit à demander ce qui n’était pas selon la volonté de Dieu.

Je me suis arrêté d’autant plus sur ce sujet que je veux le rendre si clair que vous preniez tous garde de ne pas attrister l’Esprit. Je veux que vous ayez une haute idée du Saint-Esprit, et que vous sentiez que rien de bon ne se fera sans son influence. Aucune prière, aucune prédication ne servira de rien sans lui. Si Jésus-Christ descendait ici et prêchait aux pécheurs, pas un ne serait converti sans l’Esprit. Prenez donc garde de ne pas le chasser en l’attristant, en méprisant ou en négligeant son influence céleste quand il vous invite à prier.

4. Quand on prie pour un objet, il faut persévérer jusqu’à ce qu’on l’obtienne. Oh ! avec quelle ardeur les chrétiens poursuivent parfois un pécheur dans leurs prières, quand l’Esprit de Dieu a fixé sur lui leurs désirs ! Aucun avare ne poursuit son or avec une détermination aussi arrêtée.

5. La crainte d’être conduit par des impulsions a fait beaucoup de mal, faute d’avoir été dûment examinée. L’esprit d’une personne peut être conduit par un feu follet. Mais nous avons tort si nous laissons la crainte des impulsions nous amener à résister aux bonnes impulsions du Saint-Esprit. Il n’est pas étonnant que des chrétiens n’aient pas l’esprit de prière s’ils ne veulent pas prendre la peine de faire la distinction, et s’ils rejettent ou repoussent ainsi toutes les impulsions et toutes les directions des agents invisibles. On a dit beaucoup de choses sur le fanatisme qui sont très imprudentes, et qui amènent bien des esprits à rejeter les directions de l’Esprit de Dieu. « Tous ceux qui sont fils de Dieu sont conduits par l’Esprit de Dieu. » Et c’est notre devoir d’éprouver les esprits, pour savoir s’ils sont de Dieu. Nous devons exiger un examen attentif et un discernement exact. Il doit exister une chose telle qu’être conduit par l’Esprit. Et quand nous sommes convaincus que cela vient de Dieu, nous devons être sûrs de suivre — de suivre jusqu’au bout, avec une pleine confiance qu’il ne nous égarera pas.

6. Nous voyons par ce sujet l’absurdité de l’emploi de formules de prière. L’idée même d’employer une formule rejette, bien entendu, les directions de l’Esprit. Rien n’est plus propre à détruire l’esprit de prière, et à obscurcir et embrouiller entièrement l’esprit sur ce qui constitue la prière, que l’usage de formules. Les formules de prière ne sont pas seulement absurdes en elles-mêmes, mais elles sont l’invention même du diable pour détruire l’esprit de prière et briser sa puissance. Il ne sert de rien de dire que la formule est bonne. La prière ne consiste pas en des mots. Et peu importe quels sont les mots si le cœur n’est pas conduit par l’Esprit de Dieu. Si le désir n’est pas allumé, les pensées dirigées, et tout le courant des sentiments produit et conduit par l’Esprit de Dieu, ce n’est pas une prière. Et les formules toutes faites sont, de toutes choses, les plus propres à empêcher quelqu’un de prier comme il le doit.

7. Ce sujet fournit une pierre de touche du caractère. L’Esprit intercède — pour qui ? Pour les saints. Ceux qui sont des saints sont ainsi exercés. Si vous êtes des saints, vous savez par expérience ce que c’est que d’être ainsi exercés ; sinon, c’est que vous avez attristé l’Esprit de Dieu, de sorte qu’il ne veut plus vous conduire. Vous vivez de telle manière que ce saint Consolateur ne veut pas demeurer avec vous ni vous donner l’esprit de prière. S’il en est ainsi, vous devez vous repentir. Que vous soyez chrétien ou non, ne vous arrêtez pas à régler cette question, mais repentez-vous comme si vous ne vous étiez jamais repenti. Pratiquez vos premières œuvres. Ne tenez pas pour acquis que vous êtes chrétien, mais allez comme un humble pécheur, et répandez votre cœur devant le Seigneur. Vous ne pouvez avoir l’esprit de prière d’aucune autre manière.

8. L’importance de comprendre ce sujet.

(1.) Pour être utile. Sans cet esprit, il ne peut y avoir entre vous et Dieu une communion telle que vous puissiez soit marcher avec Dieu, soit travailler avec Dieu. Il faut que votre cœur batte fortement avec le sien, sans quoi vous n’avez pas à espérer être d’une grande utilité.

(2.) Il est aussi important que votre sanctification. Sans un tel esprit, vous ne serez pas sanctifiés, vous ne comprendrez pas la Bible, vous ne saurez pas l’appliquer à votre cas. Je veux que vous sentiez combien il importe d’avoir Dieu avec vous en tout temps. Si vous vivez comme vous le devez, il dit qu’il viendra à vous, qu’il fera sa demeure chez vous, qu’il soupera avec vous, et vous avec lui.

9. Si les gens ne connaissent pas l’esprit de prière, ils sont très enclins à l’incrédulité au sujet des résultats de la prière. Ils ne voient pas ce qui arrive, ou n’en voient pas le lien, ou n’en voient pas la preuve. Ils ne s’attendent pas à des bénédictions spirituelles. Quand des pécheurs sont convaincus de péché, ils pensent qu’ils sont seulement effrayés par une prédication si terrible. Et quand des gens sont convertis, ils n’ont aucune confiance et disent seulement : « Nous verrons ce qu’ils deviendront. »

10. Ceux qui ont l’esprit de prière savent quand la bénédiction vient. Il en fut exactement ainsi quand Jésus-Christ parut. Ces docteurs impies ne le reconnurent pas. Pourquoi ? Parce qu’ils ne priaient pas pour la délivrance d’Israël. Mais Siméon et Anne le reconnurent. Comment cela ? Remarquez ce qu’ils dirent, comment ils priaient et comment ils vivaient. Ils priaient avec foi, et ils ne furent donc pas surpris quand il vint. Il en est de même de tels chrétiens. Si des pécheurs sont convaincus de péché ou convertis, ils n’en sont pas surpris. Ils s’attendaient justement à de telles choses. Ils reconnaissent Dieu quand il vient, parce qu’ils guettaient ses visites.

11. Il y a dans l’Église trois classes de personnes qui sont exposées à l’erreur, ou qui ont perdu de vue la vérité, sur ce sujet.

(1.) Ceux qui comptent beaucoup sur la prière et n’emploient aucun autre moyen. Ils s’alarment de tout moyen particulier et parlent de votre manière de « fabriquer un réveil ».

(2.) À l’opposé de ceux-là se trouvent ceux qui emploient les moyens et prient, mais ne pensent jamais à l’influence de l’Esprit dans la prière. Ils parlent de prier pour recevoir l’Esprit, et sentent l’importance de l’Esprit dans la conversion des pécheurs, mais ne saisissent pas l’importance de l’Esprit dans la prière. Et leurs prières ne sont que froids discours, rien que personne puisse sentir, ni qui puisse saisir Dieu.

(3.) Ceux qui ont certaines notions étranges sur la souveraineté de Dieu et attendent que Dieu convertisse le monde sans prière et sans moyens.

Il faut que l’Église ait un sentiment plus profond du besoin de l’esprit de prière. Le fait est que, en général, ceux qui emploient les moyens avec le plus d’assiduité, qui font les efforts les plus énergiques pour le salut des hommes, et qui ont les notions les plus justes sur la manière d’employer les moyens pour convertir les pécheurs, sont aussi ceux qui prient le plus pour recevoir l’Esprit de Dieu et qui luttent le plus avec Dieu pour obtenir sa bénédiction. Et quel en est le résultat ? Que les faits parlent, et qu’ils disent si ces personnes prient ou ne prient pas, et si l’Esprit de Dieu ne rend pas témoignage à leurs prières et n’accompagne pas leurs travaux de sa puissance.

12. Un esprit très différent de l’esprit de prière semble régner aujourd’hui dans certaines parties de l’Église presbytérienne. Rien ne provoque aussi vite l’agitation et l’opposition que l’esprit de prière. Si quelqu’un se sentait chargé du cas des pécheurs dans la prière au point de gémir en priant, eh bien, les femmes deviennent nerveuses, et il s’attire aussitôt reproches et opposition. Du fond de mon âme, j’abhorre toute affectation de sentiment là où il n’y en a pas, et toute tentative de s’exciter soi-même au sentiment par des gémissements. Mais je me sens tenu de défendre cette position : il existe un état d’esprit dans lequel il n’y a qu’un seul moyen de ne pas gémir, et c’est de résister au Saint-Esprit. J’ai assisté un jour à une discussion sur ce sujet. On disait qu’il fallait décourager les gémissements. On demanda si Dieu ne pouvait pas produire un état de sentiment tel qu’il fût impossible de s’abstenir de gémir, et la réponse fut : « Oui, mais il ne le fait jamais. » Alors l’apôtre Paul s’est grossièrement trompé quand il a écrit au sujet des soupirs inexprimables. Edwards s’est trompé quand il a écrit son livre sur les réveils. Les réveils ne sont que ténèbres. Or, aucun homme qui passe en revue l’histoire de l’Église n’adoptera une telle opinion. Je n’aime pas cette tentative d’exclure, d’étouffer, de réprimer ou de limiter l’esprit de prière. J’aimerais mieux me couper la main droite que de réprimander l’esprit de prière, comme j’ai entendu dire qu’on l’avait fait en disant : « Que je n’entende plus de gémissements. »

Mais je ne sais guère où conclure ce sujet. J’aimerais en parler pendant un mois, jusqu’à ce que toute l’Église puisse le comprendre, de manière à faire la prière de la foi. Bien-aimés, je veux vous demander si vous croyez tout cela. Ou bien vous étonnez-vous que je parle ainsi ? Peut-être certains d’entre vous ont-ils eu quelque aperçu de ces choses. Eh bien, voulez-vous vous livrer à la prière, et vivre de manière à avoir l’esprit de prière, et avoir l’Esprit avec vous en tout temps ? Oh ! qu’il nous faut une Église qui prie ! J’ai connu autrefois un pasteur qui eut un réveil quatorze hivers de suite. Je ne savais comment l’expliquer, jusqu’au jour où je vis l’un de ses membres se lever dans une réunion de prière et faire une confession. « Frères, dit-il, j’ai pris depuis longtemps l’habitude de prier chaque samedi soir jusqu’après minuit pour que le Saint-Esprit descende parmi nous. Et maintenant, frères, — et il se mit à pleurer — je confesse que j’ai négligé de le faire depuis deux ou trois semaines. » Le secret était dévoilé. Ce pasteur avait une Église qui priait. Frères, dans mon état de santé actuel, je trouve impossible de prier autant que j’en avais l’habitude, tout en continuant à prêcher. Cela dépasse mes forces. Faut-il donc que je me livre à la prière et que je cesse de prêcher ? Cela ne se peut pas. Eh bien, vous qui êtes en bonne santé, ne voulez-vous pas vous jeter dans cette œuvre, porter ce fardeau et vous consacrer à la prière, jusqu’à ce que Dieu répande sur nous sa bénédiction ?

Questions pour la réflexion

De quel « Esprit » s’agit-il en Romains 8:26, et que fait-il ?
Le Saint-Esprit, soutient Finney — non pas notre propre esprit, ce qui rendrait le verset absurde. Il « nous aide dans notre faiblesse » en intercédant en faveur des saints, aidant les chrétiens à prier selon la volonté de Dieu quand « nous ne savons pas ce qu’il nous convient de demander dans nos prières ».
Comment l’Esprit nous aide-t-il à prier, selon Finney ?
Non pas en rendant inutiles nos facultés ni en nous dictant des mots, mais « en mettant en mouvement nos propres facultés » : il éclaire l’intelligence, fait que la vérité saisit l’âme et nous amène à considérer l’état des pécheurs et de l’Église, jusqu’à ce qu’en naissent une émotion profonde et la prière.
Comment, selon Finney, l’Esprit se sert-il de l’Écriture dans la prière ?
« Il conduit les chrétiens à comprendre et à appliquer les promesses de l’Écriture » — il fait pénétrer un texte avec une force nouvelle, comme lorsqu’un homme au désespoir fut brisé par « Vous me chercherez, et vous me trouverez, si vous me cherchez de tout votre cœur », ou qu’une veuve saisit « Laisse tes orphelins, je les ferai vivre ».
Que dit Finney du motif pour lequel on recherche l’Esprit ?
Il faut le rechercher par une prière fervente et pleine de foi, mais par un juste motif : un homme qui demandait l’Esprit simplement pour « être heureux » priait par égoïsme — « le diable lui-même pourrait prier ainsi ». David demandait l’Esprit afin d’être utile et de ramener les pécheurs à Dieu, non pour sa propre jouissance.

Vous étudiez ce sermon en groupe ? Voir Ochorus pour les petits groupes

L’Écriture dans ce sermon Romains 8:26-27

Domaine public. Texte source de l’édition originale.

Citer ce sermon

Copiez la référence dans le style dont vous avez besoin.

MLA
Finney, Charles G. “L’esprit de prière.” Sermon. Ochorus, https://ochorus.com/fr/sermons/the-spirit-of-prayer/.
Chicago
Finney, Charles G. “L’esprit de prière.” Sermon. Ochorus. https://ochorus.com/fr/sermons/the-spirit-of-prayer/.
Chicago footnote
Charles G. Finney, “L’esprit de prière,” sermon, Ochorus, https://ochorus.com/fr/sermons/the-spirit-of-prayer/.
BibTeX
@misc{finneylesprit, author = {Finney, Charles G.}, title = {{L’esprit de prière}}, howpublished = {Sermon}, publisher = {Ochorus}, url = {https://ochorus.com/fr/sermons/the-spirit-of-prayer/} }