Texte
Osée 10:12
En bref
« Défrichez-vous un champ nouveau! » On ne peut forcer les sentiments, dit Finney, mais ils suivent l’attention. Il met donc l’Église au travail, plume et papier en main : dresser la liste de ses péchés un à un, de l’ingratitude et de la négligence de la Bible jusqu’à l’orgueil et à la médisance, les confesser et réparer chaque tort — « enfoncez la charrue jusqu’au fond ».
Défrichez-vous un champ nouveau! Il est temps de chercher l’Éternel, Jusqu’à ce qu’il vienne, et répande pour vous la justice.
LES Juifs étaient un peuple de cultivateurs ; aussi est-il fréquent que les Écritures empruntent leurs images à leur métier et aux scènes familières aux laboureurs et aux bergers. Le prophète Osée s’adresse à eux comme à une nation de rétrogrades ; il les reprend de leur idolâtrie et les menace des jugements de Dieu. Je vous ai montré, dans ma première conférence, ce qu’un réveil n’est pas — ce qu’il est — et les agents à employer pour le favoriser ; et dans la deuxième, quand il est nécessaire — son importance — et quand on peut l’attendre. Mon dessein, dans cette conférence, est de montrer
COMMENT IL FAUT FAVORISER UN RÉVEIL.
Un réveil comprend deux parties : celle qui regarde l’Église, et celle qui regarde les impies. Je parlerai ce soir du réveil dans l’Église. Une terre en friche est une terre qui a été autrefois labourée, mais qui maintenant demeure inculte, et qu’il faut défoncer et ameublir avant qu’elle soit propre à recevoir le grain. Je montrerai, en ce qui concerne le réveil dans l’Église,
1. Ce que c’est que défricher le champ en friche, au sens du texte.
2. Comment il faut s’y prendre.
I. QU’EST-CE QUE DÉFRICHER LE CHAMP EN FRICHE ?
Défricher le champ en friche, c’est briser vos cœurs — préparer vos esprits à porter du fruit pour Dieu. La Bible compare souvent l’esprit de l’homme à une terre, et la parole de Dieu à la semence qu’on y jette ; et le fruit représente les actions et les affections de ceux qui la reçoivent. Défricher le champ en friche, c’est donc amener l’esprit dans un état tel qu’il soit propre à recevoir la parole de Dieu. Il arrive que vos cœurs se tassent, durs et secs, et retournent tout entiers à l’abandon, au point qu’il n’y a plus moyen d’en tirer aucun fruit tant qu’ils n’ont pas été entièrement brisés, ameublis et rendus propres à recevoir la parole de Dieu. C’est cet attendrissement du cœur, qui le rend sensible à la vérité, que le prophète appelle défricher votre champ en friche.
II. COMMENT FAUT-IL DÉFRICHER LE CHAMP EN FRICHE ?
1. Ce n’est point par des efforts directs pour éprouver des sentiments. On se trompe à ce sujet, faute de faire des lois de l’esprit l’objet de sa réflexion. Il règne de grandes erreurs touchant les lois qui gouvernent l’esprit. On parle du sentiment religieux comme si l’on pensait pouvoir, par un effort direct, faire naître l’affection religieuse. Mais ce n’est pas ainsi qu’agit l’esprit. Nul ne peut s’amener à sentir de cette manière, simplement en s’efforçant de sentir. Les sentiments de l’esprit ne sont pas directement soumis à notre pouvoir. Nous ne pouvons, par le vouloir ou par une volition directe, faire naître des sentiments religieux. Autant vaudrait prétendre évoquer les esprits de l’abîme. Ce sont des états de l’esprit purement involontaires. Ils naissent dans l’esprit, naturellement et nécessairement, dans certaines circonstances propres à les exciter. Mais on peut les gouverner indirectement. Sans quoi il n’y aurait aucun caractère moral dans nos sentiments, s’il n’existait pas un moyen de les gouverner. Nous ne pouvons pas dire : « Maintenant je vais éprouver tel ou tel sentiment envers tel objet. » Mais nous pouvons y appliquer notre attention, et le regarder fixement, jusqu’à ce que les affections involontaires s’élèvent. Qu’un homme éloigné de sa famille se la représente en esprit : n’éprouvera-t-il rien ? Mais ce n’est pas en se disant : « Maintenant je vais éprouver une profonde tendresse pour ma famille. » Un homme peut diriger son attention vers tout objet à l’égard duquel il devrait éprouver et souhaite éprouver quelque chose, et de cette manière il fera naître les émotions qui conviennent. Qu’un homme se représente son ennemi, et ses sentiments d’inimitié s’élèveront. De même, si un homme pense à Dieu, et attache son esprit à quelque trait du caractère de Dieu, il sentira — des émotions monteront en lui, par les lois mêmes de l’esprit. S’il est ami de Dieu, qu’il contemple Dieu comme un être saint et plein de grâce, et des émotions d’amitié s’allumeront dans son esprit. S’il est ennemi de Dieu, qu’il place seulement devant son esprit le vrai caractère de Dieu, qu’il le regarde, qu’il y attache son attention, et son inimitié se soulèvera contre Dieu, ou bien il se brisera et donnera son cœur à Dieu.
Si vous voulez défricher le champ en friche de vos cœurs, et rendre vos esprits sensibles aux choses de la religion, il faut vous mettre à l’œuvre exactement comme vous le feriez pour être touchés par tout autre sujet. Au lieu de garder vos pensées sur toute autre chose, puis de vous imaginer qu’en assistant à quelques réunions vos sentiments seront gagnés, prenez le chemin du bon sens, comme vous le feriez pour n’importe quel autre sujet. Il est aussi facile de rendre vos esprits sensibles aux choses de la religion qu’à toute autre chose. Dieu a placé ces états de l’esprit sous votre pouvoir. Si les gens étaient aussi peu philosophes pour mouvoir leurs membres qu’ils le sont pour régler leurs émotions, vous ne seriez jamais parvenus jusqu’à cette réunion ce soir.
Si vous entendez défricher le champ en friche de vos cœurs, il vous faut commencer par regarder vos cœurs — examiner et noter l’état de vos esprits, et voir où vous en êtes. Beaucoup ne semblent jamais y songer. Ils ne prêtent aucune attention à leur propre cœur, et ne savent jamais s’ils prospèrent ou non dans la religion — s’ils gagnent du terrain ou s’ils reculent — s’ils portent du fruit, ou s’ils demeurent incultes comme le champ en friche. Il vous faut maintenant détourner votre attention des autres choses et regarder de ce côté. Faites-en votre affaire. Ne vous pressez pas. Examinez à fond l’état de vos cœurs, et voyez où vous en êtes — si vous marchez chaque jour avec Dieu, ou si vous marchez avec le diable — si c’est Dieu que vous servez le plus, ou le diable — si vous êtes sous la domination du prince des ténèbres, ou du Seigneur Jésus-Christ.
Pour faire tout cela, il faut vous mettre à l’œuvre pour considérer vos péchés. Il faut vous examiner vous-mêmes. Et par là je ne veux pas dire qu’il faille vous arrêter et regarder directement au-dedans de vous pour voir quel est l’état présent de vos sentiments. C’est justement le moyen de mettre fin à tout sentiment. Ce serait aussi absurde que si un homme fermait les yeux devant la lampe et tâchait de tourner son regard vers l’intérieur pour découvrir si quelque image est peinte sur la rétine. Cet homme se plaint de ne rien voir ! Et pourquoi ? Parce qu’il a détourné les yeux des objets de la vue. La vérité est que nos sentiments moraux sont un objet de conscience tout autant que nos sensations. Et le moyen de les exciter, c’est de continuer d’agir et d’exercer notre esprit. Alors nous pouvons connaître nos sentiments moraux par la conscience, tout comme je connaîtrais mes sensations naturelles par la conscience si je mettais la main dans le feu.
L’examen de soi-même consiste à regarder votre vie, à considérer vos actions, à rappeler le passé et à en apprendre le vrai caractère. Retournez-vous sur votre histoire passée. Prenez vos péchés particuliers un à un, et regardez-les. Je ne veux pas dire que vous deviez simplement jeter un coup d’œil sur votre vie passée, voir qu’elle a été pleine de péchés, puis aller à Dieu, faire une sorte de confession générale et demander pardon. Ce n’est pas ainsi qu’il faut faire. Il faut les prendre un à un. Il sera bon de prendre une plume et du papier, à mesure que vous les passerez en revue, et de les écrire tels qu’ils vous reviennent. Passez-les en revue aussi soigneusement qu’un marchand vérifie ses livres ; et chaque fois qu’un péché se présente à votre mémoire, ajoutez-le à la liste. Les confessions générales du péché ne suffiront jamais. Vos péchés ont été commis un à un ; et, autant que vous pouvez les atteindre, c’est un à un qu’il faut les repasser et s’en repentir. Commencez donc maintenant ; et prenez d’abord ce que l’on appelle communément, mais improprement, vos
PÉCHÉS D’OMISSION.
1. L’ingratitude. Prenez ce péché, par exemple, et inscrivez dessous tous les cas dont vous pouvez vous souvenir, où vous avez reçu de Dieu des faveurs dont vous ne lui avez jamais témoigné de reconnaissance. Combien de cas pouvez-vous vous rappeler ? Quelque providence remarquable, quelque tournure merveilleuse des événements, qui vous a sauvés de la ruine. Notez les marques de la bonté de Dieu envers vous lorsque vous étiez dans le péché, avant votre conversion. Puis la miséricorde de Dieu dans les circonstances de votre conversion, dont vous n’avez jamais été à moitié assez reconnaissants. Les nombreuses grâces que vous avez reçues depuis. Qu’il est long, le catalogue des cas où votre ingratitude est si noire que vous êtes contraints de cacher votre visage dans la confusion ! Maintenant, mettez-vous à genoux, confessez-les un à un à Dieu, et demandez-lui pardon. L’acte même de la confession, par les lois de l’association des idées, en ramènera d’autres à votre mémoire. Inscrivez-les aussi. Repassez-les ainsi trois ou quatre fois, et vous découvrirez une somme étonnante de grâces dont vous n’avez jamais remercié Dieu. Prenez ensuite un autre péché. Que ce soit
2. Le manque d’amour pour Dieu. Écrivez cela, et passez en revue tous les cas dont vous pouvez vous souvenir où vous n’avez pas donné au Dieu béni l’amour cordial que vous lui deviez.
Pensez combien vous seriez affligés et alarmés si vous découvriez quelque refroidissement d’affection à votre égard chez votre femme, votre mari ou vos enfants ; si vous voyiez quelqu’un d’autre accaparer leur cœur, leurs pensées et leur temps. Peut-être, en pareil cas, mourriez-vous presque d’une jalousie juste et vertueuse. Or, Dieu se nomme lui-même un Dieu jaloux ; et n’avez-vous pas donné votre cœur à d’autres amours, ne vous êtes-vous pas prostitués, et ne l’avez-vous pas infiniment offensé ?
3. La négligence de la Bible. Notez les cas où, pendant des jours, et peut-être des semaines — oui, peut-être même des mois entiers, vous n’avez pris aucun plaisir à la parole de Dieu. Peut-être ne lisiez-vous pas un chapitre, ou, si vous le lisiez, c’était d’une manière plus déplaisante encore à Dieu. Bien des gens lisent un chapitre entier de telle sorte que, si on les mettait sous serment une fois leur lecture achevée, ils ne pourraient dire ce qu’ils viennent de lire. Ils lisent avec si peu d’attention qu’ils ne peuvent se rappeler, du matin au soir, où ils en sont restés, à moins d’y glisser un signet ou de corner une page. Cela démontre qu’ils n’ont pas pris à cœur ce qu’ils lisaient, qu’ils n’en ont pas fait un sujet de réflexion. Si vous lisiez un roman, ou quelque autre écrit qui vous intéressât vivement, ne vous souviendriez-vous pas de ce que vous avez lu en dernier ? Et le fait même que vous cornez une page ou y glissez un signet démontre que vous lisez plutôt par corvée que par amour ou par respect pour la parole de Dieu. La parole de Dieu est la règle de votre devoir. Et vous en faites si peu de cas que vous ne vous rappelez pas ce que vous avez lu ? S’il en est ainsi, il n’est pas étonnant que vous viviez tellement au hasard, et que votre religion soit un si misérable échec.
4. L’incrédulité. Les cas où vous avez en fait accusé de mensonge le Dieu de vérité, en refusant de croire ses promesses et ses déclarations formelles. Dieu a promis de donner le Saint-Esprit à ceux qui le lui demandent. Or, l’avez-vous cru ? Vous attendiez-vous à ce qu’il vous exauce ? N’avez-vous pas en fait dit dans votre cœur, lorsque vous priiez pour recevoir le Saint-Esprit : « Je ne crois pas que je le recevrai » ? Si vous n’avez ni cru ni attendu de recevoir la bénédiction que Dieu a formellement promise, vous l’avez accusé de mensonge.
5. La négligence de la prière. Les fois où vous avez omis la prière secrète, la prière en famille et les réunions de prière, ou bien avez prié de telle manière que vous avez offensé Dieu plus gravement que si vous l’aviez entièrement négligée.
6. La négligence des moyens de grâce. Lorsque vous avez laissé de futiles prétextes vous empêcher d’assister aux réunions, que vous avez négligé et couvert de mépris les moyens du salut, uniquement par dégoût des devoirs spirituels.
7. La manière dont vous vous êtes acquittés de ces devoirs — le manque de sentiment, le manque de foi, l’esprit mondain —, de sorte que vos paroles n’étaient rien de plus que le simple babillage d’un misérable qui ne méritait pas que Dieu prît le moindre soin de lui. Lorsque vous êtes tombés à genoux et avez récité vos prières d’une manière si insensible et si négligente que, si l’on vous avait fait prêter serment cinq minutes après avoir quitté votre cabinet, vous n’auriez pu dire pour quoi vous aviez prié.
8. Votre manque d’amour pour l’âme de vos semblables. Regardez autour de vous vos amis et vos parents, et rappelez-vous combien peu de compassion vous avez éprouvé pour eux. Vous êtes restés là à les regarder aller tout droit en enfer, et il semble qu’il vous était bien égal qu’ils y allassent. Combien de jours y a-t-il eu où vous n’avez pas fait de leur condition le sujet d’une seule prière fervente, ni même d’un ardent désir pour leur salut ?
9. Votre manque de souci pour les païens. Peut-être ne vous êtes-vous pas assez soucié d’eux pour chercher à connaître leur condition, peut-être pas même pour vous abonner à un journal missionnaire. Considérez cela, et voyez combien vous vous souciez réellement des païens ; notez honnêtement la mesure réelle de vos sentiments envers eux et de votre désir de leur salut. Mesurez votre désir de leur salut au renoncement que vous pratiquez en donnant de vos biens pour leur envoyer l’Évangile. Vous privez-vous seulement des superfluités nuisibles de la vie, comme le thé, le café et le tabac ? Réduisez-vous votre train de vie, et vous imposez-vous réellement quelque incommodité pour les sauver ? Priez-vous chaque jour pour eux dans votre cabinet ? Assistez-vous régulièrement au concert de prière mensuel ? Mettez-vous de côté, de mois en mois, quelque chose à verser dans le trésor du Seigneur lorsque vous montez pour prier ? Si vous ne faites pas ces choses, et si votre âme n’est pas à l’agonie pour les pauvres païens plongés dans les ténèbres, pourquoi êtes-vous assez hypocrite pour prétendre être chrétien ? Eh quoi, votre profession de foi est une insulte à Jésus-Christ !
10. Votre négligence des devoirs envers votre famille. Comment vous avez vécu devant les vôtres, comment vous avez prié, quel exemple vous leur avez donné. Quels efforts directs faites-vous habituellement pour leur bien spirituel ? Quel devoir n’avez-vous pas négligé ?
11. La négligence des devoirs envers la société.
12. La négligence de la vigilance sur votre propre vie. Les cas où vous avez expédié vos devoirs privés, sans vous demander des comptes à vous-même, ni régler honnêtement vos comptes avec Dieu. Ceux où vous avez entièrement négligé de surveiller votre conduite, où vous n’étiez pas sur vos gardes, et où vous avez péché devant le monde, devant l’Église et devant Dieu.
13. La négligence de veiller sur vos frères. Combien de fois avez-vous rompu votre alliance, par laquelle vous vous étiez engagés à veiller sur eux dans le Seigneur ! Combien peu vous connaissez l’état de leur âme, et combien peu vous vous en souciez ! Et pourtant, vous êtes liés par un serment solennel à veiller sur eux. Qu’avez-vous fait pour apprendre à les connaître ? Pour combien d’entre eux vous êtes-vous intéressés, afin de connaître leur état spirituel ? Parcourez la liste, et partout où vous trouvez qu’il y a eu négligence, écrivez-le. Combien de fois avez-vous vu vos frères se refroidir dans la religion sans leur en parler ? Vous les avez vus commencer à négliger un devoir après l’autre, et vous ne les avez pas repris fraternellement. Vous les avez vus tomber dans le péché, et vous les avez laissés continuer. Et pourtant, vous prétendez les aimer. Quel hypocrite ! Verriez-vous votre femme ou votre enfant aller au déshonneur, ou dans le feu, sans rien dire ? Non, vous ne le feriez pas. Que pensez-vous donc de vous-même, vous qui prétendez aimer les chrétiens et aimer Christ, alors que vous pouvez les voir aller au déshonneur sans leur rien dire ?
14. La négligence du renoncement à soi-même. Il y a beaucoup de chrétiens de profession qui sont disposés à faire presque n’importe quoi en matière de religion, pourvu que cela n’exige pas de renoncement. Mais lorsqu’ils sont appelés à faire quoi que ce soit qui exige qu’ils renoncent à eux-mêmes, oh ! c’en est trop. Ils pensent faire beaucoup pour Dieu, et faire à peu près tout ce qu’il pourrait raisonnablement demander, s’ils font seulement ce qu’ils peuvent faire tout aussi bien que ne pas faire ; mais ils ne sont pas disposés à se refuser le moindre confort ni la moindre commodité, pour l’amour du service du Seigneur. Ils ne souffriront pas de bon gré l’opprobre pour le nom de Christ. Ils ne se refuseront pas non plus les luxes de la vie pour sauver un monde de l’enfer. Ils sont si loin de se souvenir que le renoncement est une condition pour être disciple, qu’ils ne savent même pas ce qu’est le renoncement. Jamais ils ne se sont réellement refusé un ruban ou une épingle pour Christ et pour l’Évangile. Oh ! combien vite de tels chrétiens de profession seront en enfer ! Certains donnent de leur abondance, et donnent beaucoup, et sont prompts à se plaindre que d’autres ne donnent pas davantage ; alors qu’en vérité, ils ne donnent rien dont ils aient besoin, rien dont ils pourraient jouir s’ils le gardaient. Ils ne donnent que de leur richesse superflue ; et peut-être cette pauvre femme qui verse douze cents et demi au concert de prière mensuel a-t-elle exercé plus de renoncement qu’eux en donnant des milliers.
De ces péchés, nous passons maintenant aux
PÉCHÉS DE COMMISSION.
1. L’esprit mondain. Quel a été l’état de votre cœur à l’égard de vos biens terrestres ? Les avez-vous regardés comme réellement vôtres — comme si vous aviez le droit d’en disposer comme de votre propriété, selon votre propre volonté ? Si oui, écrivez-le. Si vous avez aimé les biens et les avez recherchés pour eux-mêmes, ou pour satisfaire la convoitise, l’ambition ou un esprit mondain, ou pour les amasser pour vos familles, vous avez péché, et vous devez vous repentir.
2. L’orgueil. Rappelez-vous tous les cas que vous pourrez, où vous vous êtes surpris à faire preuve d’orgueil. La vanité est une forme particulière de l’orgueil. Combien de fois vous êtes-vous surpris à consulter votre vanité au sujet de votre toilette et de votre apparence ? Combien de fois avez-vous pensé davantage, pris plus de peine et passé plus de temps à parer votre corps pour aller à l’église qu’à préparer votre esprit pour le culte de Dieu ? Vous êtes allés à la maison de Dieu en vous souciant davantage de l’air que vous auriez au-dehors aux yeux des hommes mortels, que de l’état de votre âme aux yeux du Dieu qui sonde les cœurs. Vous vous êtes en fait posés en objet du culte des autres, au lieu de vous préparer à rendre vous-mêmes un culte à Dieu. Vous êtes venus pour partager le culte de la maison de Dieu, pour détourner l’attention du peuple de Dieu et l’amener à regarder votre jolie apparence. Il est vain de prétendre maintenant qu’il vous est indifférent que les gens vous regardent. Soyez honnêtes là-dessus. Prendriez-vous toute cette peine pour votre apparence si tout le monde était aveugle ?
3. L’envie. Considérez les cas où vous avez été envieux de ceux que vous pensiez au-dessus de vous à quelque égard. Ou peut-être avez-vous envié ceux qui avaient plus de talents ou étaient plus utiles que vous. N’avez-vous pas envié certains au point de souffrir de les entendre louer ? Il vous a été plus agréable de vous attarder sur leurs fautes que sur leurs vertus, sur leurs échecs que sur leurs succès. Soyez honnêtes avec vous-mêmes, et si vous avez abrité cet esprit de l’enfer, repentez-vous profondément devant Dieu, ou il ne vous pardonnera jamais.
4. L’esprit de censure. Les cas où vous avez eu un esprit amer, et parlé des chrétiens d’une manière entièrement dépourvue de charité et d’amour — de cette charité qui vous demande d’espérer toujours le meilleur que le cas permette, et de donner la meilleure interprétation à toute conduite ambiguë.
5. La médisance. Les fois où vous avez parlé, derrière leur dos, des défauts réels ou supposés des gens, de membres de l’Église ou d’autres, inutilement ou sans bonne raison. C’est là de la médisance. Vous n’avez pas besoin de mentir pour être coupable de médisance ; dire la vérité dans le dessein de nuire, c’est de la médisance.
6. La légèreté. Combien de fois avez-vous badiné devant Dieu, comme vous n’auriez pas osé badiner en présence d’un souverain terrestre ? Ou bien vous avez été athées et avez oublié qu’il y avait un Dieu, ou bien vous avez eu moins de respect pour lui et pour sa présence que vous n’en auriez eu pour un juge terrestre.
7. Le mensonge. Comprenez maintenant ce qu’est le mensonge. Toute espèce de tromperie délibérée pour une raison égoïste est un mensonge. Si la tromperie n’est pas délibérée, ce n’est pas un mensonge. Mais si vous avez le dessein de produire une impression contraire à la vérité toute nue, vous mentez. Notez tous les cas dont vous pouvez vous souvenir. Ne les appelez par aucun nom adouci. Dieu les appelle des MENSONGES, il vous accuse de MENTIR, et vous feriez bien de vous accuser vous-mêmes comme il convient.
Combien innombrables sont les faussetés commises chaque jour dans les affaires et dans les relations sociales, par des paroles, des regards et des actions, dans le dessein de produire sur autrui, pour des raisons égoïstes, une impression contraire à la vérité !
8. La fraude. Notez tous les cas où vous avez eu affaire à quelqu’un et lui avez fait ce que vous n’aimeriez pas qu’on vous fît. Cela, c’est de la fraude. Dieu a établi une règle en la matière : « Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux. » Voilà la règle ; et maintenant, si vous n’avez pas agi ainsi, vous êtes un fraudeur. Remarquez-le bien, la règle n’est pas que vous fassiez ce que vous pourriez raisonnablement attendre qu’ils vous fassent. Ce serait là une règle qui admettrait tous les degrés de méchanceté. Non, elle dit : « Tout ce que vous VOULEZ que les hommes fassent pour vous. »
9. L’hypocrisie. Par exemple, dans vos prières et dans vos confessions à Dieu. Notez les occasions où vous avez demandé dans la prière des choses que vous ne désiriez pas réellement. La preuve en est que, votre prière achevée, vous n’auriez su dire ce que vous aviez demandé. Combien de fois avez-vous confessé des péchés que vous n’aviez nulle intention d’abandonner, sans aucune résolution solennelle de ne pas y retomber ? Oui, vous avez confessé des péchés alors que vous saviez fort bien que vous vous attendiez à y retomber tout aussi sûrement que vous vous attendiez à vivre.
10. Avoir volé Dieu. Les occasions où vous avez mal employé votre temps, et gaspillé, en vains amusements ou en conversations frivoles, à lire des romans ou à ne rien faire, des heures que Dieu vous avait données pour le servir et sauver des âmes ; les cas où vous avez fait mauvais usage de vos talents et des facultés de votre esprit ; où vous avez dilapidé de l’argent pour vos convoitises, ou l’avez dépensé pour des choses dont vous n’aviez pas besoin, et qui n’ont contribué ni à votre santé, ni à votre bien-être, ni à votre utilité. Peut-être quelques-uns d’entre vous, ici ce soir, ont-ils dépensé l’argent de Dieu en TABAC. Je ne parlerai pas du rhum, car je présume qu’il n’y a ici ce soir personne, parmi ceux qui font profession de religion, qui voudrait boire du rhum. J’espère qu’il n’y a personne qui fasse usage de ce poison immonde, le tabac. Pensez-y : un homme qui fait profession de religion, et qui se sert de l’argent de Dieu pour s’empoisonner avec du tabac !
11. Le mauvais caractère. Peut-être avez-vous maltraité votre femme, ou vos enfants, ou votre famille, ou vos domestiques, ou vos voisins. Mettez tout cela par écrit.
12. Avoir empêché les autres d’être utiles. Peut-être avez-vous affaibli leur influence par des insinuations contre eux. Non seulement vous avez frustré Dieu de vos propres talents, mais vous avez lié les mains de quelqu’un d’autre. Quel méchant serviteur que celui qui flâne lui-même et retient les autres ! On le fait tantôt en leur prenant inutilement leur temps, tantôt en ruinant la confiance chrétienne qu’on leur portait. Ainsi vous avez fait le jeu de Satan ; non seulement vous vous êtes montré un vagabond oisif, mais vous avez empêché les autres de travailler.
Si vous découvrez que vous avez commis une faute envers quelqu’un, et que cette personne est à votre portée, allez la confesser immédiatement, et ôtez cela du chemin. Si celui à qui vous avez fait tort est trop loin pour que vous puissiez aller le voir, asseyez-vous, écrivez-lui une lettre, confessez-lui le tort que vous lui avez fait, affranchissez la lettre, et mettez-la à la poste sur-le-champ. Je dis bien : affranchissez-la, sans quoi vous ne ferez qu’aggraver les choses. Vous ajouterez au tort précédent en lui imposant une dépense. L’homme qui écrit une lettre pour ses propres affaires et l’envoie à un autre sans l’affranchir est malhonnête, et l’a volé d’autant. Et s’il est prêt à voler quelqu’un de six pence ou d’un shilling quand la tentation est si petite, que ne ferait-il pas si la tentation était plus grande et qu’il eût l’espoir de l’impunité ? Si vous avez fait tort à quelqu’un de son argent, envoyez-lui la somme, le montant entier avec les intérêts.
Mettez-vous à tout cela avec sérieux et jusqu’au bout. Faites-le maintenant. Ne le remettez pas à plus tard ; cela ne ferait qu’aggraver les choses. Confessez à Dieu les péchés qui ont été commis contre Dieu, et aux hommes les péchés qui ont été commis contre les hommes. Ne songez pas à vous en tirer en contournant les pierres d’achoppement. Enlevez-les du chemin. En défrichant votre champ en friche, il vous faut ôter tout obstacle. Il se peut qu’il reste des choses que vous jugez peut-être insignifiantes, et vous vous étonnerez de ne pas éprouver en religion ce que vous souhaiteriez, alors que la raison en est que votre esprit orgueilleux et charnel a dissimulé quelque chose que Dieu vous demandait de confesser et d’ôter. Défrichez tout le terrain et retournez-le. Ne laissez pas de bandes non labourées, comme disent les cultivateurs ; ne vous détournez pas pour de petites difficultés ; poussez la charrue droit à travers, aussi profond que le soc peut aller, et retournez tout le sol, afin qu’il soit tout entier meuble et tendre, et propre à recevoir la semence et à porter du fruit au centuple.
Lorsque vous aurez ainsi passé en revue toute votre histoire, à fond, si vous reprenez alors le terrain une seconde fois, en y fixant une attention solennelle et soutenue, vous verrez que les choses que vous avez notées vous en rappelleront d’autres dont vous vous êtes rendus coupables, liées à celles-là ou voisines d’elles. Puis reprenez-le une troisième fois, et vous vous souviendrez d’autres choses encore liées à celles-ci. Et vous finirez par découvrir que vous pouvez vous rappeler, dès cette vie même, une part de votre histoire et des actions particulières dont vous ne pensiez pas que vous vous souviendriez dans l’éternité. À moins que vous ne preniez ainsi vos péchés un à un et ne les examiniez en détail, vous ne pouvez vous faire aucune idée de leur nombre. Vous devriez faire cette revue aussi à fond, aussi soigneusement et aussi solennellement que vous le feriez si vous vous prépariez à comparaître au jugement.
À mesure que vous parcourez le catalogue de vos péchés, ne manquez pas de vous résoudre à une réforme présente et entière. Partout où vous trouvez quelque chose de mal, résolvez aussitôt, dans la force de Dieu, de ne plus pécher de cette manière. Il ne vous servira de rien de vous examiner, à moins que vous ne soyez déterminés à vous corriger en chaque point que vous trouverez mauvais dans votre cœur, votre caractère ou votre conduite.
Si vous découvrez, en poursuivant ce devoir, que votre esprit demeure encore tout obscur, regardez autour de vous, et vous trouverez qu’il y a quelque raison pour que l’Esprit de Dieu se retire de vous. Vous n’avez pas été fidèles, ni allés jusqu’au bout. Dans le cours d’une telle œuvre, il vous faut vous faire violence, vous amener, en être raisonnable, à ce travail, la Bible devant vous, et sonder votre cœur jusqu’à ce que vous ressentiez enfin. Ne vous attendez pas à ce que Dieu fasse un miracle pour défricher à votre place votre champ en friche. Cela doit se faire par des moyens. Attachez fermement votre attention au sujet de vos péchés. Vous ne pouvez regarder longuement et à fond vos péchés, et voir combien ils sont mauvais, sans être ému, et profondément ému. L’expérience prouve abondamment le bienfait de passer ainsi en revue notre histoire. Mettez-vous à l’œuvre dès maintenant ; résolvez de ne jamais vous arrêter avant d’avoir découvert que vous pouvez prier. Jamais vous n’aurez l’esprit de prière tant que vous ne vous serez pas examinés, que vous n’aurez pas confessé vos péchés et défriché votre champ en friche. Jamais vous n’aurez l’Esprit de Dieu demeurant en vous tant que vous n’aurez pas démêlé tout ce mystère de l’iniquité et étalé vos péchés devant Dieu. Qu’il y ait cette œuvre profonde de repentance, cette confession entière, ce brisement devant Dieu, et vous aurez de l’esprit de prière autant que votre corps en pourra supporter. La raison pour laquelle si peu de chrétiens savent quoi que ce soit de l’esprit de prière, c’est qu’ils n’ont jamais voulu prendre la peine de s’examiner comme il faut, et qu’ainsi ils n’ont jamais su ce que c’est que d’avoir le cœur entièrement brisé de cette manière.
Vous le voyez, je n’ai fait ce soir que commencer à ouvrir ce sujet. Je veux l’exposer devant vous, au cours de ces conférences, de telle sorte que, si vous voulez bien commencer et continuer à faire ce que je dis, les résultats soient aussi certains qu’ils le sont lorsque le cultivateur défriche un champ en friche, l’ameublit et y sème son grain. Il en sera ainsi, si seulement vous commencez de cette manière et persévérez jusqu’à ce que tous vos cœurs endurcis et insensibles soient brisés.
REMARQUES.
1. Il ne sert à rien de vous prêcher tant que vos cœurs sont dans cet état d’endurcissement, de désolation et de friche. Le cultivateur pourrait tout aussi bien semer son grain sur le roc. Il ne produira aucun fruit. Voilà pourquoi il y a dans l’Église tant de chrétiens de profession qui ne portent pas de fruit, et pourquoi il y a dans l’Église tant de mécanique extérieure et si peu de sentiment profond. Regardez l’école du dimanche, par exemple, et voyez combien il y a de mécanique et combien peu de la puissance de la piété. Si vous continuez ainsi, la parole de Dieu continuera de vous endurcir, et vous irez de mal en pis, exactement comme la pluie et la neige sur un vieux champ en friche rendent le gazon plus épais et les mottes plus dures.
2. Voyez pourquoi tant de prédications sont perdues, et pire que perdues. C’est parce que l’Église ne veut pas défricher son champ en friche. Un prédicateur peut user sa vie et ne faire que très peu de bien, tant qu’il y a tant d’auditeurs semblables au sol pierreux, qui n’ont jamais vu défricher leur champ en friche. Ils ne sont convertis qu’à moitié, et leur religion est plutôt un changement d’opinion qu’un changement dans les sentiments de leur cœur. Il y a bien assez de religion mécanique, mais fort peu de chose qui ressemble à une œuvre profonde du cœur.
3. Ceux qui font profession de religion ne devraient jamais se contenter, ni s’attendre à un réveil, simplement parce qu’ils sortent en sursaut de leur sommeil, s’agitent bruyamment, font du bruit et parlent aux pécheurs. Il faut que leur champ en friche soit défriché. Il est tout à fait contraire à la raison de penser qu’on puisse s’engager dans la religion de cette manière. Si votre champ en friche est défriché, alors le moyen d’éprouver davantage de sentiment est d’aller voir les pécheurs qui sont sur le chemin de l’enfer, de leur parler, et de guider les âmes qui cherchent, et vous éprouverez davantage de sentiment. Vous pouvez entrer dans une sorte d’excitation sans ce défrichement ; vous pouvez montrer une espèce de zèle, mais il ne durera pas longtemps, et il n’aura pas de prise sur les pécheurs, à moins que vos cœurs ne soient brisés. La raison en est que vous vous y prenez mécaniquement, et que vous n’avez pas défriché votre champ en friche.
4. Et maintenant, pour finir, voulez-vous défricher votre champ en friche ? Voulez-vous entrer dans la voie qui vient de vous être indiquée, et persévérer jusqu’à ce que vous soyez pleinement réveillés ? Si vous échouez ici, si vous ne faites pas cela et ne vous préparez pas, vous ne pourrez aller plus loin avec moi dans ce cours de conférences. Je suis allé avec vous aussi loin qu’il soit utile d’aller, tant que votre champ en friche n’est pas défriché. Maintenant, il vous faut faire une œuvre complète sur ce point, sinon tout ce que j’ai encore à dire ne vous fera guère de bien. Bien plus, cela ne fera que vous endurcir et vous rendre pires. Si vendredi soir prochain, en arrivant, vous trouve le cœur non brisé, ne vous attendez pas à tirer profit de ce que je dirai. Si vous ne vous mettez pas immédiatement à cette œuvre, je tiendrai pour acquis que vous ne voulez pas être ranimés, que vous avez abandonné votre pasteur et que vous entendez le laisser monter seul au combat. Si vous ne le faites pas, je vous accuse d’avoir abandonné Christ, de refuser de vous repentir et de pratiquer vos premières œuvres. Mais si vous voulez être prêts à entreprendre cette œuvre, je me propose, si Dieu le veut, vendredi soir prochain, de vous conduire dans l’œuvre du salut des pécheurs.
Domaine public. Texte source de l’édition originale.
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