Texte
Psaumes 147:9
En bref
Si Dieu nourrit les petits du corbeau quand ils croassent, repoussera-t-il une âme qui crie vers lui? Spurgeon développe l’argument de six manières, faisant remarquer que l’Écriture nomme non pas la colombe, mais le corbeau, l’oiseau impur que nul n’estime, afin que personne ne puisse invoquer sa propre noirceur comme une raison d’être exclu. À la crainte de mal prier, il répond par Christ, qui recopie au propre la requête mal orthographiée et la signe lui-même.
« Il donne la nourriture au bétail, Aux petits du corbeau quand ils crient. » Psaumes 147:9.
J’OUVRIRAI ce sermon par une citation. Il me faut vous donner, dans les propres termes de Caryl, sa note sur les corbeaux. « Les naturalistes nous apprennent que lorsque le corbeau a nourri ses petits au nid jusqu’à ce qu’ils soient bien emplumés et capables de voler au loin, il les pousse hors du nid et ne les laisse plus y demeurer, mais les met dehors pour qu’ils gagnent eux-mêmes leur vie. Or, quand ces petits en sont à leur premier envol hors du nid et ne savent guère encore comment se procurer leur nourriture, c’est alors que le Seigneur pourvoit à leur subsistance.
« Des autorités dignes de foi rapportent que le corbeau est merveilleusement strict et sévère sur ce point: dès que ses petits sont capables de pourvoir à eux-mêmes, il ne va plus leur chercher de nourriture. Certains affirment que les vieux ne souffrent pas qu’ils restent dans la contrée où ils ont été élevés, et s’il en est ainsi, il leur faut errer. Nous disons en proverbe: “Besoin fait vieille trotter.” Nous pouvons ajouter: “et les jeunes aussi.” »
Il a été, et il est peut-être encore, dans l’usage de certains parents envers leurs enfants, dès que ceux-ci peuvent se débrouiller et sont tant soit peu en état de gagner leur pain, de les mettre à la porte, comme le corbeau jette ses petits hors du nid. Or, dit le Seigneur dans notre texte, quand les petits du corbeau se trouvent dans cette extrémité, chassés du nid et errant faute de nourriture, qui donc pourvoit à leurs besoins? « N’est-ce pas moi, le Seigneur? Moi qui pourvois au vieux corbeau, ne pourvois-je pas aussi à ses petits, et tandis qu’ils demeurent au nid, et quand ils errent faute de nourriture? »
Salomon envoyait le paresseux vers la fourmi, et lui-même apprit des leçons des damans, des lévriers et des araignées! Soyons disposés à nous laisser instruire par n’importe quelle créature de Dieu, et allons ce soir au nid des corbeaux pour y apprendre comme à l’école. Pour ceux qui sont purs, rien n’est impur, et pour le sage, rien n’est insignifiant. Que les superstitieux redoutent le corbeau comme un oiseau de mauvais augure, et que les étourdis ne voient en lui qu’une chose ailée d’un noir lustré: nous voulons y voir davantage, et nous ne resterons sans doute pas sans récompense, si seulement nous sommes dociles.
Le corbeau de Noé ne lui rapporta point de rameau d’olivier, mais le nôtre le pourra! Et il se peut même que des corbeaux nous apportent ce soir de la nourriture, comme autrefois ils nourrirent Élie près du torrent de Kerith. Notre bien-aimé Seigneur tira un jour des corbeaux un argument très puissant, un argument destiné à consoler et à réconforter ceux de ses serviteurs qui étaient accablés d’inquiétudes inutiles au sujet de leur situation temporelle. Il leur dit: « Considérez les corbeaux: ils ne sèment ni ne moissonnent, ils n’ont ni cellier ni grenier; et Dieu les nourrit. Combien ne valez-vous pas plus que les oiseaux! »
Suivant la logique du Maître, dont vous conviendrez tous qu’elle devait être juste, car il ne fut jamais plus infidèle à la vérité dans ses raisonnements que dans ses affirmations, je raisonnerai ce soir de cette manière: considérez les corbeaux quand ils crient! Par des cris rauques, inarticulés, croassants, ils font connaître leurs besoins, et votre Père céleste exauce leur prière et leur envoie de la nourriture! Vous aussi, vous avez commencé à prier et à rechercher sa faveur: ne valez-vous pas beaucoup plus qu’eux? Dieu prend-il soin des corbeaux, et ne prendra-t-il pas soin de vous? N’est-il pas attentif aux cris des petits corbeaux encore sans plumes, dans leurs nids, quand ils ont faim et crient vers lui pour être nourris?
Oui, je le demande, pourvoit-il à leurs besoins en réponse à leurs cris, et ne vous répondra-t-il pas, à vous, pauvres enfants des hommes, tout tremblants, qui recherchez sa face et sa faveur par Jésus-Christ? Toute l’affaire de ce soir sera tout simplement de développer cette seule pensée. Je chercherai ce soir, sous la conduite du Saint-Esprit, à dire quelque chose à ceux qui ont prié pour obtenir miséricorde, mais ne l’ont pas encore reçue; qui se sont mis à genoux, peut-être depuis des mois, poussant un seul cri, extrêmement fort et amer, mais qui ne connaissent pas encore le chemin de la paix.
Leur péché pend encore à leur cou comme une meule. Ils sont assis dans la vallée de l’ombre de la mort. Aucune lumière ne s’est encore levée sur eux, et ils se tordent les mains en gémissant: « Dieu a-t-il oublié d’avoir compassion? A-t-il fermé son oreille aux prières des âmes qui le cherchent? Ne se souviendra-t-il plus des cris pitoyables des pécheurs? Les larmes des pénitents tomberont-elles à terre sans plus émouvoir sa compassion? » Satan, lui aussi, vous dit, chers amis qui êtes maintenant dans cet état d’esprit, que Dieu ne vous entendra jamais. Qu’il vous laissera crier jusqu’à la mort! Que vous exhalerez votre vie en soupirs et en larmes, et qu’à la fin vous serez jetés dans l’étang de feu!
Je désire ardemment, ce soir, vous apporter quelque consolation et quelque encouragement. Je veux vous presser de crier plus fort encore! Venez à la croix, saisissez-la, et faites le vœu de ne jamais quitter son ombre avant d’avoir trouvé le don que votre âme convoite. Je voudrais vous émouvoir, si Dieu le Saint-Esprit veut bien m’aider, de sorte que vous disiez en vous-mêmes, comme la reine Esther: « J’entrerai chez le roi, et si je dois périr, je périrai. » Et puissiez-vous y ajouter le vœu de Jacob: « Je ne te laisserai point aller, que tu ne m’aies béni! » Voici donc la question qui nous occupe: DIEU ENTEND LES PETITS DU CORBEAU. NE VOUS ENTENDRA-T-IL PAS?
I. Je soutiens qu’il vous entendra, d’abord, quand je me souviens qu’il entend le cri de l’humble corbeau, et que vous, en un certain sens, vous valez beaucoup plus qu’un corbeau. Le corbeau n’est qu’un pauvre oiseau impur dont la mort subite ne laisserait aucun vide douloureux dans la création. Si des milliers de corbeaux avaient le cou tordu demain, je ne sais pas s’il y aurait dans l’univers le moindre chagrin, la moindre douleur à leur sujet! Ce serait simplement un certain nombre de pauvres oiseaux morts, et ce serait tout.
Mais vous, vous êtes une âme immortelle! Le corbeau n’est plus quand sa vie est finie: il n’y a plus de corbeau. Mais quand votre vie présente sera passée, vous n’aurez pas cessé d’être: vous serez seulement lancés sur l’océan de la vie, vous aurez seulement commencé à vivre pour toujours. Vous verrez les vieilles montagnes de la terre s’effondrer dans le néant avant que votre esprit immortel expire! La lune aura vu pâlir sa faible lumière, et les feux plus puissants du soleil se seront éteints dans une obscurité perpétuelle, et votre esprit poursuivra encore sa marche dans sa course éternelle, une course éternelle de misère, à moins que Dieu n’entende votre cri:
« Oh! vérité immense: Ce mortel revêtira l’immortalité! Le pouls de l’esprit ne cessera jamais de battre; Éveillé par Dieu, il palpite à jamais, Éternel comme sa propre éternité! Au-dessus des anges, ou plus bas que les démons, Monter dans la gloire, ou descendre dans la honte: Tel est le sort de l’homme, par un irrésistible décret. » Pensez-vous donc que Dieu entendra le pauvre oiseau qui est et n’est plus, qui est ici un instant puis se trouve effacé de l’existence, et qu’il ne vous entendra pas, vous, âme immortelle, dont la durée doit égaler la sienne? Il me semble que vous devez être frappés de cette évidence: s’il entend le corbeau qui meurt, il entendra aussi l’homme qui ne meurt pas. Les anciens disaient de Jupiter qu’il n’avait pas le loisir de s’occuper des petites choses, mais l’Éternel s’abaisse jusqu’à prendre soin de la moindre de ses créatures, et regarde même dans les nids des oiseaux! Ne prendra-t-il pas soin, dans sa miséricorde, d’esprits qui sont héritiers d’une redoutable éternité?
De plus, je n’ai jamais entendu dire que les corbeaux aient été faits à l’image de Dieu! Mais je trouve bien que, toute souillée, défigurée et avilie qu’est notre race, Dieu a pourtant dit à l’origine: « Faisons l’homme à notre image. » Il y a dans l’homme quelque chose qui ne se trouve pas chez les créatures inférieures, dont les meilleures et les plus nobles sont incommensurablement au-dessous du plus humble enfant d’Adam. Un conseil fut tenu au sujet de la création de l’homme, et dans son esprit, et même dans la manière dont son corps est adapté pour servir l’esprit, se déploie merveilleusement la sagesse du Très-Haut.
Amenez ici le plus difforme, le plus obscur et le plus méchant de la race humaine, et, bien que je n’ose flatter la nature humaine sur le plan moral, il y a pourtant dans le simple fait d’être homme une dignité qui ne se trouve chez aucune des bêtes des champs, quelles qu’elles soient. Béhémoth et Léviathan sont soumis sous le pied de l’homme. L’aigle ne peut s’élever aussi haut que monte l’âme de l’homme, ni le lion se nourrir d’un mets aussi royal que celui dont l’esprit de l’homme a faim. Et pensez-vous que Dieu entendra une créature aussi basse et aussi vile qu’un corbeau, et qu’il ne vous entendra pas, vous qui êtes de la race formée à sa propre image?
Oh! ne pensez pas si durement et si follement de celui dont les voies sont toujours droites! Je m’en remets à vous-mêmes. La nature elle-même n’enseigne-t-elle pas qu’il faut prendre soin de l’homme plus que des oiseaux du ciel? Si vous entendiez les cris de jeunes corbeaux, vous pourriez éprouver assez de compassion pour ces oiseaux pour leur donner à manger, si vous saviez comment les nourrir. Mais je ne puis croire qu’aucun de vous secourrait les oiseaux, et ne volerait pas sur les ailes de la compassion au secours d’un petit enfant en train de périr, dont vous entendriez les cris depuis l’endroit où une cruelle négligence l’aurait abandonné! Si, dans le silence de la nuit, vous entendiez le cri plaintif d’un homme expirant de maladie dans la rue, sans que personne en ait pitié, ne vous lèveriez-vous pas pour le secourir?
Je suis sûr que vous le feriez, si vous êtes de ceux qui secourraient un corbeau. Si vous avez quelque compassion pour un corbeau, à plus forte raison auriez-vous pitié d’un homme! Je sais qu’on murmure qu’il existe des simples d’esprit qui se soucient davantage des chiens sans abri que des hommes et des femmes sans abri; et pourtant il est bien plus probable que ceux qui ont de la sensibilité pour les chiens sont précisément ceux qui prennent le soin le plus tendre des hommes. En tout cas, si j’avais besoin d’aide, je serais fortement prévenu en leur faveur. Et ne pensez-vous pas que Dieu, le Tout-Sage, puisqu’il prend soin de ces oisillons sans plumes dans leur nid, prendra soin de vous aussi, à coup sûr?
Votre cœur répond: « Oui. » Alors, désormais, répondez à l’incrédulité de votre cœur en retournant contre elle son propre et juste raisonnement. Mais je vous entends dire: « Ah! mais le corbeau n’est pas pécheur comme je le suis! C’est peut-être un oiseau impur, mais il ne peut être aussi impur que je le suis moralement. Il a peut-être le plumage noir, mais moi, je suis noir de péché! Un corbeau ne peut violer le sabbat, ne peut jurer, ne peut commettre l’adultère! Un corbeau ne peut être un ivrogne! Il ne peut se souiller de vices comme ceux dont je suis pollué. »
Je sais tout cela, mon ami, et il peut vous sembler que votre cas en devient plus désespéré, mais je ne crois pas qu’il en soit réellement ainsi. Réfléchissez-y une minute. Qu’est-ce que cela prouve? Eh bien, que vous êtes une créature capable de pécher, et par conséquent que vous êtes un esprit intelligent, vivant d’une vie que le corbeau ne connaît pas. Vous êtes une créature qui se meut dans le monde des esprits! Vous appartenez au monde des âmes, où le corbeau n’a aucune part. Le corbeau ne peut pécher, parce qu’il n’a ni esprit ni âme. Mais vous êtes un agent intelligent dont la meilleure part est l’âme. Or, puisque l’âme est infiniment plus précieuse que le corps! Et puisque le corbeau (je parle ici selon l’usage commun) n’est rien d’autre qu’un corps, tandis que vous êtes manifestement une âme aussi bien qu’un corps, sans quoi vous ne seriez pas capable de pécher, je vois jusque dans cette sombre et décourageante pensée briller quelque lueur!
Dieu prend-il soin de la chair, du sang, des os et des plumes noires, et ne prendra-t-il pas soin de votre raison, de votre volonté, de votre jugement, de votre conscience, de votre âme immortelle? Oh! si seulement vous voulez y réfléchir, vous devez voir qu’il n’est pas possible que le cri d’un corbeau obtienne audience auprès de l’oreille de la Bonté divine, et que votre prière soit méprisée et dédaignée par le Très-Haut:
« L’insecte qui, de ses frêles ailes, File le long d’un rayon d’été; La fleur que le souffle du printemps Éveille à la vie pour une demi-journée; Le plus petit atome, le cheveu le plus fin, Tous sentent les soins de notre Père céleste. » Assurément donc, il sera attentif au cri de l’humble, et il ne dédaignera pas sa prière!
Je ne puis guère quitter ce point sans faire remarquer que la mention d’un corbeau devrait encourager le pécheur. Comme l’écrit un vieil auteur: « Parmi les oiseaux, il ne nomme pas l’épervier ou le faucon, qui sont hautement prisés et nourris par les princes. Mais il choisit cet oiseau odieux et malfaisant, le corbeau croassant, que nul n’estime, sinon parce qu’il dévore les charognes qui pourraient l’incommoder. Voyez donc, et admirez la providence et la bonté de Dieu, qui pourvoit à la nourriture du corbeau, créature d’une couleur si lugubre et d’une voix si discordante, créature si odieuse à la plupart des hommes, et de mauvais augure pour quelques-uns. On voit une grande providence de Dieu dans le soin qu’il prend de la fourmi, qui amasse sa nourriture en été; mais une plus grande dans le soin du corbeau, qui, bien qu’il oublie de pourvoir à lui-même ou ne s’en soucie pas, voit Dieu pourvoir pour lui et faire des réserves à son intention. »
On croirait que le Seigneur devrait dire des corbeaux: qu’ils se débrouillent seuls ou qu’ils périssent! Non, le Seigneur Dieu ne méprise aucune œuvre de ses mains. Le corbeau tient son être de Dieu, et c’est pourquoi Dieu pourvoira au corbeau. Non seulement la belle et innocente colombe, mais aussi le vilain corbeau reçoit de Dieu sa nourriture. Ce qui montre clairement que le manque de mérite en vous, pécheur noir comme le corbeau, n’empêchera pas votre cri d’être entendu au ciel! Le sang de Jésus ôtera votre indignité, et il lavera entièrement votre souillure. Croyez seulement en Jésus, et vous trouverez la paix!
II. Ensuite, il y a une grande différence entre votre cri et le cri d’un corbeau. Quand les petits du corbeau crient, je suppose qu’ils savent à peine ce qu’ils veulent. Ils ont un instinct naturel qui les fait crier pour avoir de la nourriture, mais leur cri, en lui-même, n’exprime pas leur besoin. Vous comprendriez bien vite, je suppose, qu’ils réclament à manger, mais ils n’ont pas de langage articulé: ils ne prononcent pas un seul mot! Ce n’est qu’un cri continu, croassant, avide, et voilà tout.
Mais vous, vous savez ce dont vous avez besoin, et si peu nombreuses que soient vos paroles, votre cœur connaît sa propre amertume et sa détresse profonde. Vos soupirs et vos gémissements ont un sens évident. Votre intelligence se tient à la droite de votre cœur affamé. Vous savez qu’il vous faut la paix et le pardon. Vous savez que vous avez besoin de Jésus, de son sang précieux, de sa parfaite justice. Or, si
Dieu entend un cri aussi étrange, aussi confus et indistinct que celui d’un corbeau, ne pensez-vous pas qu’il entendra aussi la prière raisonnable et expressive d’une pauvre âme indigente et coupable qui crie vers lui: « O Dieu, sois apaisé envers moi, qui suis un pécheur »? Assurément, votre raison vous le dit!
De plus, les petits corbeaux ne peuvent faire valoir des arguments, car ils n’ont pas d’intelligence. Ils ne peuvent dire, comme vous le pouvez:
« Il sait quels arguments je prendrais Pour lutter avec mon Dieu: J’invoquerais sa propre miséricorde, Et le sang d’un Sauveur. »
Ils ont un seul argument, à savoir leur extrême nécessité, qui leur arrache leur cri, mais ils ne peuvent aller au-delà. Et même cela, ils ne peuvent l’exposer avec ordre ni le décrire par des mots. Mais vous, vous avez une multitude d’arguments à portée de main, et vous avez une intelligence pour les ranger en bataille et les disposer en ordre pour assiéger le trône de la grâce. Assurément, si le simple plaidoyer du besoin inexprimé du corbeau a du poids auprès de Dieu, à plus forte raison l’emporterez-vous auprès du Très-Haut si vous pouvez plaider votre cause devant lui et venir à lui avec des arguments dans la bouche! Venez, âme désespérée, et mettez mon Seigneur à l’épreuve! Je vous en supplie, laissez maintenant monter cette plainte lugubre jusqu’aux oreilles de la miséricorde! Ouvrez ce cœur qui éclate et laissez-le s’épancher en larmes, si les mots sont au-dessus de vos forces!
Je crains pourtant que le corbeau n’ait parfois un grand avantage sur certains pécheurs qui cherchent Dieu par la prière, et le voici: les petits corbeaux sont plus ardents pour leur nourriture que certains ne le sont pour leur âme. Ce n’est pas là, toutefois, un découragement pour vous, mais plutôt une raison d’être plus ardents que vous ne l’avez été. Quand les corbeaux ont besoin de nourriture, ils ne cessent de crier qu’ils ne l’aient obtenue. Il n’y a pas moyen de faire taire un jeune corbeau affamé tant qu’il n’a pas le bec plein, et il n’y a pas moyen de faire taire un pécheur vraiment ardent tant qu’il n’a pas le cœur rempli de la miséricorde divine. Je voudrais que certains d’entre vous prient avec plus de véhémence! « Le royaume des cieux est forcé, et ce sont les violents qui s’en emparent. »
Un vieux puritain disait: « La prière est un canon pointé contre la porte du ciel pour en faire sauter les portes. » Il vous faut prendre la cité d’assaut si vous voulez l’avoir! Vous n’irez pas au ciel couchés sur un lit de plume. Il vous faut partir en pèlerinage: on ne va pas au pays de la gloire en dormant profondément, et les paresseux rêveurs auront à se réveiller en enfer! Si Dieu vous a fait sentir dans votre âme le besoin du salut, criez comme quelqu’un qui est éveillé et vivant! Soyez ardents! Criez à plein gosier! Ne vous retenez pas! Et alors, je pense, vous trouverez que mon argument est tout à fait juste: à tous égards, une prière raisonnable, argumentée, intelligente a plus de chances de l’emporter auprès de Dieu que le simple bruit criard et confus du corbeau, et, s’il entend un cri tel que celui du corbeau, il est bien plus certain encore qu’il entendra le vôtre.
III. Souvenez-vous que l’objet de votre prière est plus agréable à l’oreille de Dieu que le cri du corbeau qui réclame sa pâture. Tout ce que demandent les petits du corbeau, c’est de la nourriture: donnez-leur un peu de charogne, et c’en est fini. Votre cri doit être bien plus agréable à l’oreille de Dieu, car vous implorez le pardon par le sang de son Fils bien-aimé. C’est une occupation plus noble pour le Très-Haut de dispenser des dons spirituels que des dons naturels. Les ruisseaux de la grâce divine coulent des sources supérieures. Je sais qu’il est si condescendant qu’il ne se déshonore pas, même lorsqu’il laisse tomber la nourriture dans le bec du jeune corbeau; mais il y a pourtant plus d’honneur dans l’œuvre qui consiste à donner la paix, le pardon et la réconciliation aux fils des hommes.
L’Amour éternel a établi un chemin de miséricorde dès avant la fondation du monde, et la Sagesse infinie s’emploie, avec une puissance sans bornes, à accomplir le dessein divin. Assurément, le Seigneur doit prendre un grand plaisir à sauver les fils des hommes! S’il plaît à Dieu de pourvoir aux bêtes des champs, ne pensez-vous pas qu’il prend bien plus de plaisir encore à pourvoir aux besoins de ses propres enfants? Je crois que vous trouveriez une occupation plus agréable à instruire vos propres enfants qu’à simplement donner le fourrage à votre bœuf ou à répandre de l’orge aux volailles devant la porte de la grange, parce qu’il y aurait dans la première tâche quelque chose de plus noble, qui mettrait plus pleinement en jeu toutes vos facultés et ferait ressortir votre être intérieur.
Je n’en suis pas réduit ici aux conjectures. Il est écrit: « Il prend plaisir à la miséricorde. » Quand Dieu use de sa puissance, il ne peut être triste, car il est un Dieu bienheureux. Mais s’il est possible que la Divinité infinie soit plus heureuse à un moment qu’à un autre, c’est quand elle pardonne aux pécheurs par le sang précieux de Jésus. Ah! pécheur, quand vous criez à Dieu, vous lui donnez l’occasion de faire ce qu’il aime le plus faire! Il prend plaisir à pardonner, à presser son Éphraïm sur son sein, à dire de son fils prodigue: « Il était perdu, et il est retrouvé. Il était mort, et il est revenu à la vie. » Cela réjouit davantage le cœur du Père que de nourrir le veau gras ou de soigner le bétail de mille collines.
Puisque donc, chers amis, vous demandez une chose que Dieu est bien plus honoré de donner que le simple don de la nourriture aux corbeaux, je pense que mon marteau d’arguments frappe ce soir un coup très puissant pour briser en morceaux votre incrédulité! Que Dieu le Saint-Esprit, le vrai Consolateur, agisse puissamment en vous! Assurément, le Dieu qui donne la nourriture aux corbeaux ne refusera pas la paix et le pardon aux pécheurs qui le cherchent. Mettez-le à l’épreuve! Mettez-le à l’épreuve à l’instant même! Non, ne bougez pas! Mettez-le à l’épreuve maintenant!
IV. Nous ne devons nous arrêter sur aucun point en particulier, quand le sujet tout entier est si fécond. Voici pour vous une autre source de consolation: nulle part il n’est commandé aux corbeaux de crier. Quand ils crient, leur requête ne s’appuie sur aucune exhortation précise sortie de la bouche divine. Mais vous, pour vous approcher du trône de Dieu dans la prière, vous avez un droit fondé sur des exhortations divines!
Si un homme riche ouvrait sa maison à ceux qui n’étaient pas invités, il recevrait assurément ceux qui l’étaient. Les corbeaux viennent sans y être conviés, et pourtant ils ne sont pas renvoyés à vide! Vous, il vous est commandé de venir comme un invité: comment seriez-vous repoussé? Pensez-vous n’être pas convié? Écoutez ceci: « Quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé. » « Invoque-moi au jour de la détresse; Je te délivrerai, et tu me glorifieras. » « Allez par tout le monde, et prêchez la bonne nouvelle à toute la création. Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné. » « Crois au Seigneur Jésus, et tu seras sauvé. » « Repentez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ. »
Ce sont là des exhortations adressées sans aucune restriction quant au caractère. Elles vous invitent librement; que dis-je? elles vous ordonnent de venir. Oh! après cela, pouvez-vous penser que Dieu vous repoussera? La fenêtre est ouverte, le corbeau entre à tire-d’aile, et le Dieu de miséricorde ne le chasse pas! La porte est ouverte, et la Parole de promesse vous presse de venir. Ne pensez pas qu’il vous repoussera, mais croyez plutôt qu’il « vous recevra favorablement et vous aimera d’un amour sincère », et qu’alors vous lui « offrirez l’hommage de vos lèvres ». En tout cas, mettez-le à l’épreuve! Mettez-le à l’épreuve dès maintenant!
V. Mais voici encore un autre argument, bien plus puissant. Le cri d’un petit corbeau n’est que le cri naturel d’une créature; mais votre cri, s’il est sincère, est le fruit d’une œuvre de la grâce divine dans votre cœur. Quand le corbeau crie vers le ciel, ce n’est rien d’autre que le corbeau lui-même qui crie; mais quand vous criez: « O Dieu, sois apaisé envers moi, qui suis un pécheur », c’est Dieu le Saint-Esprit qui crie en vous!
C’est la vie nouvelle que Dieu vous a donnée qui crie vers la source d’où elle est venue, pour entrer en communion et en relation avec son grand Auteur. Il ne faut rien de moins que Dieu lui-même pour amener un homme à prier avec sincérité et en vérité! Nous pouvons, si nous y veillons, apprendre à nos enfants à « réciter leurs prières », mais nous ne pouvons pas leur apprendre à « prier ». Vous pouvez composer un « livre de prières », mais vous ne pouvez pas mettre un grain de « prière » dans un livre, car c’est une chose trop spirituelle pour être enfermée entre des pages. Certains d’entre vous, peut-être, « lisent des prières » en famille. Je ne condamnerai pas cet usage, mais j’en dirai du moins ceci: vous pouvez lire ces « prières » pendant soixante-dix ans sans jamais prier une seule fois, car la prière est tout autre chose que de simples paroles.
La vraie prière, c’est le commerce du cœur avec Dieu; et le cœur n’entre jamais en commerce spirituel avec les ports du ciel tant que Dieu le Saint-Esprit ne met pas le vent dans les voiles et ne pousse pas le navire vers son havre. « Il faut que vous naissiez de nouveau. » S’il y a dans votre cœur une prière réelle, même si vous n’en connaissez pas le secret, Dieu le Saint-Esprit est là! Or, s’il entend des cris qui ne viennent pas de lui, combien plus entendra-t-il ceux qui viennent de lui! Peut-être vous êtes-vous tourmenté pour savoir si votre cri est naturel ou spirituel. Cela peut paraître très important, et l’est sans doute; mais que votre cri soit l’un ou l’autre, continuez de chercher le Seigneur!
Peut-être doutez-vous que Dieu entende les cris naturels. Laissez-moi vous assurer qu’il les entend. Je me souviens d’avoir dit quelque chose à ce sujet, une fois, dans un certain lieu de culte ultra-calviniste. Je prêchais alors à des enfants et les exhortais à prier. Il m’arriva de dire que, bien avant toute conversion véritable, j’avais prié pour obtenir des bienfaits ordinaires, et que Dieu avait exaucé mes prières. Cela ne fut pas du goût de mes bons frères de l’école des puristes! Ensuite, ils m’entourèrent tous, soi-disant pour savoir ce que j’avais voulu dire, mais en réalité pour chicaner et ergoter, selon leur nature et leur habitude.
« Ils m’environnaient comme des abeilles; oui, comme des abeilles ils m’environnaient! » Au bout d’un moment, comme je m’y attendais, ils en vinrent à leur divertissement habituel: les injures. Ils se mirent à dire que c’était là de l’arminianisme de la pire espèce! Et il leur plut encore de m’honorer d’un autre titre, celui de « fulleriste », titre d’ailleurs si honorable que j’aurais pu les remercier de tout cœur de l’avoir attaché à ce que j’avais avancé! Mais dire que Dieu pût entendre la prière des hommes naturels, c’était pour eux quelque chose de pire que l’arminianisme, si toutefois quelque chose pouvait être pire! Ils citèrent ce passage contrefait: « La prière des méchants est en horreur à l’Éternel. » Je leur répondis promptement en leur demandant de me trouver ce texte dans la Parole de Dieu, car j’osai affirmer que le diable était l’auteur de cette parole et qu’elle ne se trouvait nulle part dans la Bible.
« Le sacrifice des méchants est en horreur à l’Éternel » se trouve dans la Bible, mais c’est tout autre chose que « la prière des méchants ». De plus, il y a une différence marquée entre les méchants dont il est question là et l’homme naturel au sujet duquel nous discutions. Je ne pense pas qu’un homme qui commence à prier, en quelque sens que ce soit, puisse être compté tout à fait parmi « les méchants » dont parle Salomon; et il n’est certainement pas de ceux qui détournent l’oreille pour ne pas écouter la loi, et dont il est écrit que leur prière même est une abomination.
« Mais enfin, dirent-ils, comment Dieu pourrait-il entendre une prière naturelle? » Et tandis que je marquais un instant d’arrêt, une vieille femme en manteau rouge se fraya un chemin dans le petit cercle qui m’entourait et leur dit avec une grande vigueur, en vraie mère en Israël qu’elle était: « Pourquoi soulevez-vous cette question, en oubliant ce que Dieu lui-même a dit? Que dites-vous là, que Dieu n’entend pas la prière naturelle? Eh quoi! n’entend-il pas les petits du corbeau quand ils crient? Et pensez-vous qu’ils offrent des prières spirituelles? »
Aussitôt les hommes de guerre prirent leurs jambes à leur cou — jamais déroute ne fut plus complète — et, pour une fois dans leur vie, ils ont dû sentir qu’il leur était possible de se tromper! Assurément, frères, voilà de quoi vous encourager et vous consoler! Je ne vais pas vous imposer maintenant la tâche de découvrir si vos prières sont naturelles ou spirituelles, si elles viennent ou non de l’Esprit de Dieu, car cela pourrait peut-être vous décourager. Si la prière part du fond de votre cœur, nous savons comment elle y est venue, même si vous ne le savez pas. Dieu entend les corbeaux, et je crois vraiment qu’il vous entendra; et je crois de plus, sans vouloir soulever maintenant la question dans votre cœur, qu’il entend votre prière parce que, peut-être à votre insu, il se fait en vous une œuvre secrète de l’Esprit de Dieu qui vous apprend à prier.
VI. Mais j’ai des arguments plus puissants encore, et qui touchent de plus près au but. Quand les petits corbeaux crient, ils crient seuls. Mais quand vous priez, vous avez avec vous Quelqu’un de plus puissant que vous, qui prie en même temps! Entendez-vous ce pécheur qui crie: « O Dieu, sois apaisé envers moi, qui suis un pécheur »? Écoutez! Entendez-vous cet autre cri qui monte avec le sien? Non, vous ne l’entendez pas, parce que vos oreilles sont lourdes et dures; mais Dieu l’entend. Il y a une autre voix, bien plus forte et plus douce que la première, et bien plus puissante, qui monte au même moment et qui plaide: « Père, pardonne-leur, par mon sang précieux. »
L’écho qui répond au murmure du pécheur est aussi majestueux que le grondement du tonnerre! Jamais pécheur ne prie vraiment sans que Christ prie en même temps! Vous ne pouvez ni le voir ni l’entendre, mais jamais Jésus ne remue les profondeurs de votre âme par son Esprit sans que son âme à lui en soit remuée aussi. Oh! pécheur, votre prière, quand elle parvient devant Dieu, est tout autre chose que ce qu’elle était en sortant de vos lèvres!
Il arrive que de pauvres gens viennent nous trouver avec des requêtes qu’ils souhaitent adresser à quelque compagnie ou à quelque grand personnage. Ils nous apportent leur requête et nous demandent de la faire présenter pour eux. Elle est fort mal orthographiée, très étrangement rédigée, et c’est à peine si nous pouvons comprendre ce qu’ils veulent dire. Mais il y en a assez, malgré tout, pour nous faire savoir ce dont ils ont besoin. Nous commençons par en faire pour eux une copie au propre; puis, après avoir exposé leur cas, nous apposons notre propre nom au bas. Et si nous avons quelque crédit, ils obtiennent bien sûr ce qu’ils désirent, grâce au poids du nom signé au pied de la requête.
C’est exactement ce que fait le Seigneur Jésus-Christ de nos pauvres prières! Il en fait une copie au propre, les marque du sceau de son propre sang expiatoire, met son propre nom au bas, et c’est ainsi qu’elles montent jusqu’au trône de Dieu. C’est votre prière, mais oh! c’est aussi SA prière! Et c’est parce qu’elle est sa prière qu’elle l’emporte. Voilà un argument massue: si les corbeaux obtiennent gain de cause quand ils crient tout seuls, si leur pauvre croassement leur procure de lui-même ce dont ils ont besoin, combien plus les plaintives requêtes du pauvre pécheur tremblant l’emporteront-elles, lui qui peut dire: « Pour l’amour de Jésus », et qui peut sceller tous ses arguments par ce plaidoyer béni: « Le Seigneur Jésus-Christ le mérite! Ô Seigneur, donne-le-moi à cause de lui »?
J’espère bien que ces âmes en quête auxquelles je viens de parler, qui crient depuis si longtemps et craignent pourtant de n’être jamais entendues, n’auront plus à attendre bien longtemps, mais recevront bientôt une réponse de paix pleine de grâce! Et si elles n’obtiennent pas tout de suite le désir de leur cœur, j’espère qu’elles seront encouragées à persévérer jusqu’à ce que se lève le jour de la grâce. Vous avez une promesse que les corbeaux n’ont pas, et ce pourrait être là un autre argument, si le temps nous permettait de nous y arrêter. Vous qui tremblez, puisque vous avez une promesse à faire valoir, ne craignez pas: vous serez entendu au trône de la grâce!
Et maintenant, laissez-moi dire au pécheur, en terminant: SI VOUS AVEZ CRIÉ SANS SUCCÈS, CONTINUEZ DE CRIER. « Retourne sept fois », oui, et même jusqu’à septante fois sept fois! Souvenez-vous que la miséricorde de Dieu en Jésus-Christ est votre unique espérance!
Cramponnez-vous-y donc, comme un homme qui se noie se cramponne à la seule corde à sa portée. Si vous périssez en implorant miséricorde par le sang précieux, vous serez le premier à périr ainsi! Criez encore! Criez toujours! Mais oh! croyez aussi! Car c’est la foi qui amène l’étoile du matin et le point du jour.
Lorsque la femme de John Ryland, Betty, était sur son lit de mort, elle était en grande détresse d’esprit, bien qu’elle fût chrétienne depuis de longues années. Son mari lui dit, à sa manière originale mais sage: « Eh bien, Betty, qu’as-tu donc? » « Oh! John, je suis mourante, et je n’ai aucune espérance, John! » « Mais alors, ma chère, où vas-tu donc? » « Je vais en enfer! » fut la réponse. « Eh bien, dit-il, cachant sa profonde angoisse sous son humour habituel et voulant porter un coup qui ne manquerait pas de frapper juste et de mettre promptement ses doutes en fuite, que comptes-tu faire quand tu y seras, Betty? » La brave femme ne sut que répondre, et M. Ryland poursuivit: « Penses-tu que tu prieras, une fois là-bas? »
« Oh! John, dit-elle, je prierais n’importe où. Je ne peux pas m’empêcher de prier! » « Eh bien, alors, dit-il, ils diront: “Voici Betty Ryland qui prie ici. Mettez-la dehors! Nous ne voulons personne qui prie ici! Mettez-la dehors!” » Cette étrange façon de présenter les choses apporta la lumière dans son âme, et elle vit aussitôt combien il était absurde de seulement soupçonner qu’une âme qui cherche réellement Christ puisse être rejetée pour toujours loin de sa présence! Criez encore, pauvre âme! Criez toujours! Tant que l’enfant peut crier, il vit. Et tant que vous pouvez assiéger le trône de la miséricorde, il y a de l’espérance pour vous! Mais écoutez autant que vous criez, et croyez ce que vous entendez, car c’est en croyant que l’on obtient la paix.
Mais attendez un peu, j’ai encore quelque chose à dire. Se pourrait-il que vous ayez déjà obtenu la bénédiction même après laquelle vous criez? « Oh! dites-vous, je ne demanderais pas une chose que j’aurais déjà! Si je savais que je l’ai, je cesserais de crier, et je me mettrais à louer et à bénir Dieu. » Je ne sais pas si vous tous qui cherchez êtes dans un état aussi sûr, mais je suis persuadé qu’il y a des âmes en quête qui ont déjà reçu la miséricorde qu’elles demandent. Le Seigneur, au lieu de leur dire ce soir: « Cherchez ma face », leur dit: « Pourquoi ces cris? Je t’ai exaucé au temps favorable, et c’est au temps favorable que je t’ai secouru. J’ai effacé tes péchés comme un nuage, et tes iniquités comme une nuée. Je t’ai sauvé. Tu es à moi. Je t’ai purifié de tous tes péchés. Va, et réjouis-toi. »
En pareil cas, la louange de la foi convient mieux que la prière angoissée. « Oh! dites-vous, mais il n’est guère probable que j’aie reçu la miséricorde alors que je la cherche encore. » Eh bien, je n’en sais rien. Miséricorde tombe parfois évanouie devant la porte. Ne se peut-il pas qu’on la porte à l’intérieur pendant son évanouissement, et qu’elle croie tout ce temps être encore dehors? Elle entend toujours le chien aboyer; mais, pauvre âme, quand elle reviendra à elle, elle s’apercevra qu’elle a franchi le guichet et qu’elle est en sûreté!
Ainsi, il se peut que certains d’entre vous soient tombés dans une défaillance de découragement au moment même où ils venaient à Christ. S’il en est ainsi, que la grâce souveraine vous ranime; et peut-être serai-je, ce soir, l’instrument de ce réveil. Que cherchez-vous donc? Certains d’entre vous s’attendent à voir des visions éclatantes; mais j’espère que vous ne serez jamais exaucés sur ce point, car elles ne valent pas un sou le mille. Toutes les visions du monde depuis l’époque des miracles, mises ensemble, ne sont après tout que de simples songes, et les songes ne sont que vanité! Les gens mangent trop au souper, puis ils rêvent: c’est une indigestion, ou une activité maladive du cerveau, voilà tout! Si c’est là toute la preuve que vous avez de votre conversion, vous ferez bien d’en douter. Je vous en prie, ne vous en contentez jamais: ce sont de misérables décombres sur lesquels bâtir vos espérances éternelles.
Peut-être attendez-vous des sensations fort étranges, pas tout à fait une décharge électrique, mais quelque chose de très singulier et de très particulier. Croyez-moi, vous n’avez nul besoin d’éprouver jamais ces mouvements étranges auxquels vous attachez tant de prix. Toutes ces sensations étranges dont certains parlent à propos de la conversion peuvent leur avoir été utiles ou non; mais je suis certain qu’elles n’ont en réalité rien à voir avec la conversion, au point de lui être en quoi que ce soit nécessaires!
Je vais vous poser une ou deux questions. Croyez-vous être un pécheur? « Oui », dites-vous. Mais supposons que je laisse de côté ce mot de « pécheur »: voulez-vous dire que vous croyez avoir transgressé la loi de Dieu, que vous êtes un coupable bon à rien, en révolte contre le gouvernement de Dieu? Croyez-vous que, dans votre cœur du moins, vous avez transgressé tous les commandements, et que vous méritez en conséquence le châtiment? « Oui, dites-vous, non seulement je le crois, mais je le sens! C’est un fardeau que je porte partout avec moi chaque jour. »
Maintenant, autre chose: croyez-vous que le Seigneur Jésus-Christ peut ôter tout ce péché qui est le vôtre? Oui, vous le croyez. Alors, pouvez-vous vous confier en lui pour qu’il vous sauve? Vous avez besoin d’être sauvé. Vous ne pouvez pas vous sauver vous-même. Pouvez-vous vous confier en lui pour qu’il vous sauve? « Oui, dites-vous, c’est déjà ce que je fais. » Eh bien, mon cher ami, si vous vous confiez réellement en Jésus, il est certain que vous êtes sauvé, car vous avez la seule preuve du salut qui demeure constante chez chacun de nous! Il y a d’autres preuves qui viennent ensuite, comme la sainteté et les grâces de l’Esprit; mais la seule preuve qui demeure constante, même chez les meilleurs des hommes vivants, c’est celle-ci:
« Je n’apporte rien dans mes mains,
À ta croix seule je m’attache. »
Pouvez-vous reprendre le vers de Jack le colporteur:
« Je ne suis qu’un pauvre pécheur, moins que rien,
Mais Jésus-Christ est mon tout en tout »?
J’espère qu’avec le temps vous irez beaucoup plus loin dans l’expérience sur certains points; mais je ne veux pas que vous avanciez d’un pouce de plus quant au fondement de votre assurance et à la raison de votre espérance. Arrêtez-vous là; et si maintenant vous détournez les yeux de tout ce qui est en vous ou hors de vous pour les porter sur Jésus-Christ, et si vous vous confiez en ses souffrances au Calvaire et en toute son œuvre expiatoire comme au fondement de votre acceptation devant Dieu, vous êtes sauvé! Il ne vous faut rien de plus! Vous êtes passé de la mort à la vie. « Celui qui croit en lui n’est point jugé. » « Celui qui croit a la vie éternelle. »
Si, tout à l’heure, en sortant par ma porte pour gagner la sacristie, je rencontrais un ange dans cette allée, et qu’il me dise: « Charles Spurgeon, je viens du ciel pour t’annoncer que tu es pardonné », je lui répondrais: « Je le sais sans que tu aies besoin de me le dire! Je le sais sur une autorité bien meilleure que la tienne. » Et s’il me demandait comment je le sais, je répondrais: « La Parole de Dieu vaut mieux pour moi que la parole d’un ange, et il l’a dit: “Celui qui croit en lui n’est point jugé.” Je crois en lui, et par conséquent je ne suis point jugé; et je le sais sans qu’un ange ait à me le dire. »
Vous qui êtes troublés, ne soyez pas en quête d’anges, de signes, d’indices et de preuves. Si vous vous reposez sur l’œuvre accomplie de Jésus, vous avez déjà la meilleure preuve du monde de votre salut! Vous avez pour cela la parole de Dieu: que faut-il de plus? Ne pouvez-vous pas vous fier à la parole de Dieu? Vous vous fiez bien à la parole de votre père. Vous vous fiez à la parole de votre mère; pourquoi ne pourriez-vous pas vous fier à la parole de Dieu? Oh! quels cœurs vils devons-nous avoir pour soupçonner Dieu lui-même!
Peut-être dites-vous que vous ne feriez jamais une chose pareille. Oh! mais vous doutez de Dieu si vous ne vous confiez pas en Christ, car « celui qui ne croit pas Dieu le fait menteur ». Si vous ne vous confiez pas en Christ, vous dites en fait que Dieu est menteur! Vous ne voulez pas dire cela, n’est-ce pas? Oh! croyez à la véracité de Dieu! Que l’Esprit de Dieu vous presse de croire à la miséricorde du Père, à la puissance du sang du Fils, et à la bonne volonté du Saint-Esprit d’amener les pécheurs à lui!
Venez, mes chers auditeurs, joignez-vous à moi pour demander que vous soyez conduits par la grâce divine à voir en Jésus tout ce dont vous avez besoin:
« La prière est la force de la créature, son souffle même et son être.
La prière est la clé d’or qui peut ouvrir le guichet de la miséricorde.
La prière est le son magique qui a dit au destin: Ainsi soit-il.
La prière est le nerf délié qui meut les muscles de la Toute-Puissance;
Prie donc, ô créature, car tes besoins sont nombreux et grands.
Ton esprit, ta conscience et ton être, tes besoins te recommandent à la prière,
Remède de tous les soucis, grande panacée de toutes les douleurs,
Destructeur du doute, remède de la ruine, antidote de toutes les angoisses. »
Questions pour la réflexion
- Quel est l’argument central que Spurgeon tire des petits du corbeau?
- « Dieu entend les petits du corbeau. Ne vous entendra-t-il pas? » Si Dieu répond au cri rauque et instinctif du corbeau qui réclame sa nourriture, il entendra sûrement un pécheur qui le cherche (« Dieu prend-il soin des corbeaux, et ne prendra-t-il pas soin de vous? »), une âme immortelle, faite à l’image de Dieu, qui crie pour obtenir miséricorde par Christ.
- Pourquoi Spurgeon soutient-il que le cri du pécheur a encore plus de chances d’être entendu que celui du corbeau?
- Parce que le pécheur « vaut beaucoup plus qu’un corbeau »: il est immortel et fait à l’image de Dieu; son cri est intelligent et plein d’arguments que le corbeau ne peut formuler; son objet, « le pardon par le sang de son Fils bien-aimé », est « plus agréable à l’oreille de Dieu »; et il a reçu un ordre exprès et une promesse de venir, ce que le corbeau n’a pas.
- En quoi, selon Spurgeon, la vraie prière diffère-t-elle du cri du corbeau dans sa source même?
- Le cri du corbeau « n’est rien d’autre que le cri naturel d’une créature », mais une prière sincère « est le fruit d’une œuvre de la grâce divine dans votre cœur… C’est Dieu le Saint-Esprit qui crie en vous. » Et Christ prie avec elle: « Jamais pécheur ne prie vraiment sans que Christ prie en même temps », signant la pauvre requête de son propre nom et de son sang.
- Que dit Spurgeon au pécheur qui crie depuis longtemps sans recevoir de réponse?
- « Continuez de crier… oui, jusqu’à soixante-dix fois sept fois! », car « tant que l’enfant peut crier, il vit ». Mais « écoutez aussi bien que vous criez, et croyez ce que vous entendez », en vous reposant uniquement sur l’œuvre accomplie de Christ: « Si vous vous reposez sur l’œuvre accomplie de Jésus, vous avez déjà la meilleure preuve du monde de votre salut », à savoir la Parole de Dieu.
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- Spurgeon, Charles H. “Le cri des corbeaux.” Sermon. Ochorus, https://ochorus.com/fr/sermons/the-ravens-cry/.
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