Texte
Job 23:3,4
En bref
Le cri de Job ne réclame pas le soulagement, mais une audience : « Oh! Si je savais où le trouver! » Spurgeon y voit une leçon sur l’art de la prière — ordonnez votre cause comme le prêtre disposait son sacrifice, et demandez clairement, en disant Ismaël si vous voulez dire Ismaël — puis il dresse le catalogue des supplications qui ont prévalu : les attributs de Dieu, ses promesses, son grand nom, les grâces passées, et même notre propre indignité.
« Oh! Si je savais où le trouver, Si je pouvais arriver jusqu’à son trône, Je plaiderais ma cause devant lui, Je remplirais ma bouche d’arguments. »—Job 23:3,4
Dans l’extrême détresse de Job, il cria après le Seigneur. Le désir ardent d’un enfant de Dieu affligé est de voir une fois encore la face de son Père. Sa première prière n’est pas : « Oh! Que je sois guéri de la maladie qui suppure maintenant en chaque partie de mon corps! », ni même : « Oh! Que je voie mes enfants arrachés aux mâchoires du tombeau, et mes biens repris une fois encore de la main du spoliateur! », mais le cri premier et suprême est : « Oh! Si je savais où LE trouver, lui qui est mon Dieu! Si je pouvais arriver jusqu’à son trône! » Les enfants de Dieu courent à la maison quand l’orage éclate. C’est l’instinct venu du ciel d’une âme pieuse que de chercher un abri contre tous les maux sous les ailes de Jéhovah. « Celui qui a fait de Dieu son refuge » pourrait servir de titre au vrai croyant. L’hypocrite, lorsqu’il se sent affligé par Dieu, s’irrite du coup reçu et, comme un esclave, s’enfuirait loin du maître qui l’a fouetté ; mais il n’en va pas ainsi du véritable héritier du ciel : il baise la main qui l’a frappé, et cherche un abri contre la verge dans le sein de ce Dieu même qui l’a regardé avec courroux. Vous remarquerez que le désir de communier avec Dieu s’intensifie à mesure que toutes les autres sources de consolation font défaut. Lorsque Job aperçut d’abord ses amis au loin, il put nourrir l’espoir que leurs conseils bienveillants et leur tendre compassion émousseraient le tranchant de sa douleur ; mais ils n’eurent pas longtemps parlé qu’il s’écria dans l’amertume : « Vous êtes tous des consolateurs fâcheux. » Ils versèrent du sel dans ses plaies, ils entassèrent du combustible sur la flamme de sa tristesse, ils ajoutèrent le fiel de leurs reproches à l’absinthe de ses chagrins. Au soleil de son sourire ils avaient jadis brûlé de se chauffer, et voici qu’ils osent jeter des ombres sur sa réputation, chose bien peu généreuse et bien peu méritée. Malheur à l’homme lorsque sa coupe de vin le raille avec du vinaigre, et que son oreiller le pique d’épines! Le patriarche se détourna de ses tristes amis et leva les yeux vers le trône céleste, tout comme un voyageur se détourne de son outre vide et se hâte de tout son pas vers le puits. Il dit adieu aux espérances nées de la terre, et s’écrie : « Oh! Si je savais où trouver mon Dieu! » Mes frères, rien ne nous enseigne autant le prix du Créateur que d’apprendre le vide de tout le reste. Quand vous aurez été transpercé de part en part par cette sentence : « Maudit soit l’homme qui se confie dans l’homme, Qui prend la chair pour son appui », alors vous puiserez une douceur inexprimable dans cette assurance divine : « Béni soit l’homme qui se confie dans l’Éternel, Et dont l’Éternel est l’espérance! » Vous détournant avec un mépris amer des ruches de la terre, où vous n’avez trouvé nul miel, mais bien des dards acérés, vous vous réjouirez en celui dont la parole fidèle est plus douce que le miel et que les rayons de miel.
On peut de plus observer que, bien qu’un homme de bien se hâte vers Dieu dans sa détresse, et coure d’autant plus vite à cause de la dureté de ses semblables, il arrive pourtant que l’âme pieuse demeure privée de la présence consolante de Dieu. C’est là le pire de tous les chagrins ; le texte est l’un des profonds gémissements de Job, bien plus profond qu’aucun de ceux que lui arracha la perte de ses enfants et de ses biens : « Oh! Si je savais où LE trouver! » La pire de toutes les pertes, c’est de perdre le sourire de mon Dieu. Il avait alors un avant-goût de l’amertume du cri de son Rédempteur : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? » La présence de Dieu est toujours avec son peuple en un sens, pour ce qui est de le soutenir secrètement, mais de sa présence manifeste ils ne jouissent pas toujours. Comme l’épouse du Cantique, ils cherchent leur bien-aimé la nuit sur leur couche, ils le cherchent mais ne le trouvent point ; et bien qu’ils s’éveillent et parcourent la ville, ils peuvent ne pas le découvrir, et la question peut être posée tristement, encore et encore : « Avez-vous vu celui que mon cœur aime? » Vous pouvez être aimé de Dieu, et pourtant n’avoir aucune conscience de cet amour dans votre âme. Vous pouvez être aussi cher à son cœur que Jésus-Christ lui-même, et pourtant, pour un court instant, il peut vous abandonner, et dans un peu de courroux il peut se cacher de vous. Mais, chers amis, en de tels moments le désir de l’âme croyante prend une intensité plus grande encore du fait que la lumière de Dieu lui est retirée. Au lieu de dire d’une lèvre orgueilleuse : « Eh bien, s’il me quitte je dois me passer de lui ; si je ne puis avoir sa présence consolante, je dois combattre de mon mieux », l’âme dit : « Non, c’est ma vie même ; il me faut mon Dieu. Je péris, je m’enfonce dans un bourbier profond où l’on ne peut se tenir, et rien que le bras de Dieu ne peut me délivrer. » L’âme pieuse s’applique avec un double zèle à trouver Dieu, et fait monter ses gémissements, ses supplications, ses sanglots et ses soupirs vers le ciel plus fréquemment et plus ardemment. « Oh! Si je savais où le trouver! » La distance ou la peine ne sont rien ; si seulement l’âme savait où aller, elle franchirait bientôt la distance d’un bond. Elle ne pose aucune condition touchant les montagnes ou les fleuves, mais elle jure que, si elle savait où, elle arriverait jusqu’à son trône. Mon âme, dans sa faim, briserait des murs de pierre, ou escaladerait les remparts du ciel pour atteindre son Dieu, et y eût-il sept enfers entre lui et moi, j’affronterais pourtant la flamme si je pouvais l’atteindre, nullement effrayé, pourvu que j’eusse la perspective de me tenir enfin en sa présence et de sentir les délices de son amour. Tel me paraît être l’état d’esprit dans lequel Job prononça les paroles que voici.
Mais nous ne pouvons nous arrêter sur ce point, car l’objet du discours de ce matin nous appelle plus avant. Il apparaît que le but de Job, en désirant la présence de Dieu, était de pouvoir le prier. Il avait prié, mais il voulait prier comme dans la présence de Dieu. Il désirait plaider comme devant celui dont il savait qu’il l’entendrait et le secourrait. Il aspirait à exposer sa propre cause devant le siège du Juge impartial, devant la face même du Dieu infiniment sage ; il en appellerait des tribunaux inférieurs, où ses amis rendaient un jugement inique, à la Cour du Banc du Roi — la Haute Cour du ciel — là, dit-il, « Je plaiderais ma cause devant lui, Je remplirais ma bouche d’arguments. »
Dans ce dernier verset, Job nous enseigne comment il entendait plaider et intercéder auprès de Dieu. Il révèle en quelque sorte les secrets de sa chambre, et dévoile l’art de la prière. Nous voici admis dans la confrérie des suppliants ; on nous montre l’art et le mystère de la supplication ; on nous enseigne ici le béni métier et la science de la prière ; et si nous pouvons ce matin nous mettre en apprentissage auprès de Job, pour l’heure qui vient, et recevoir une leçon du Maître de Job, nous pourrons acquérir une habileté non médiocre pour intercéder auprès de Dieu.
Deux choses sont ici présentées comme nécessaires dans la prière — ordonner notre cause, et remplir notre bouche d’arguments. Nous parlerons de ces deux choses, puis, si nous avons bien appris la leçon, un heureux résultat s’ensuivra.
I. Premièrement, IL EST NÉCESSAIRE QUE NOTRE REQUÊTE SOIT ORDONNÉE DEVANT DIEU.
Il existe une notion vulgaire selon laquelle la prière serait une chose fort aisée, une sorte d’affaire ordinaire que l’on peut expédier n’importe comment, sans soin ni effort. Les uns pensent qu’il suffit de prendre un livre sur son rayon et de débiter un certain nombre de mots fort excellents, et vous voilà ayant prié et pouvant remettre le livre en place ; les autres supposent qu’user d’un livre est superstitieux, et qu’il faut plutôt répéter des phrases improvisées, des phrases qui se précipitent à l’esprit comme un troupeau de pourceaux ou une meute de chiens, et que, lorsqu’on les a prononcées avec un tant soit peu d’attention à ce que l’on disait, on a prié. Or, aucun de ces modes de prière ne fut adopté par les saints d’autrefois. Ils semblent avoir pensé bien plus sérieusement à la prière que beaucoup ne le font de nos jours. Elle paraît avoir été pour eux une grande affaire, un exercice longuement pratiqué, où quelques-uns atteignirent une haute éminence, et en furent singulièrement bénis. Ils moissonnèrent d’abondantes récoltes dans le champ de la prière, et trouvèrent que le propitiatoire était une mine de trésors incalculables.
Les saints d’autrefois avaient coutume, avec Job, d’ordonner leur cause devant Dieu ; c’est-à-dire que, tel un requérant se présentant au tribunal ne vient pas là sans réflexion pour exposer son affaire au débotté, mais entre dans la salle d’audience avec sa requête bien préparée, ayant de plus appris comment il doit se comporter en présence du grand personnage auquel il en appelle. Il est bon d’approcher le siège du Roi des rois autant que possible avec préméditation et préparation, sachant ce que nous faisons, où nous nous tenons, et ce que nous désirons obtenir. Aux temps de péril et de détresse, nous pouvons voler vers Dieu tels que nous sommes, comme la colombe entre dans la fente du rocher, quand bien même son plumage serait ébouriffé ; mais aux temps ordinaires, nous ne devrions pas venir d’un esprit mal préparé, de même qu’un enfant ne vient pas trouver son père le matin avant de s’être lavé le visage. Voyez là-bas ce prêtre ; il a un sacrifice à offrir, mais il ne se précipite pas dans le parvis des sacrificateurs pour hacher le taureau avec la première hache qui lui tombe sous la main ; au contraire, lorsqu’il se lève, il se lave les pieds à la cuve d’airain, il revêt ses habits, et se pare de ses vêtements sacerdotaux ; puis il vient à l’autel avec sa victime dûment partagée selon la loi, et prend soin d’agir selon le commandement, jusque dans un détail aussi simple que la disposition de la graisse, du foie et des rognons ; il prend le sang dans un bassin et le répand en un lieu convenable au pied de l’autel, sans le jeter au hasard de sa fantaisie, et allume le feu non d’une flamme commune, mais du feu sacré pris de dessus l’autel. Or ce rituel est aujourd’hui entièrement aboli, mais la vérité qu’il enseignait demeure la même ; nos sacrifices spirituels doivent être offerts avec un saint soin. À Dieu ne plaise que notre prière ne soit qu’un simple saut hors du lit et une génuflexion, en disant la première chose venue ; au contraire, puissions-nous attendre le Seigneur avec une sainte crainte et un respect sacré. Voyez comment David priait lorsque Dieu l’avait béni — il entra devant le Seigneur. Comprenez bien cela ; il ne se tint pas dehors, à distance, mais il entra devant le Seigneur et s’assit — car s’asseoir n’est pas une mauvaise posture pour prier, quoi qu’en dise qui voudra — et, assis paisiblement et calmement devant le Seigneur, il commença alors à prier, mais non avant d’avoir médité d’abord sur la bonté divine, et d’être ainsi parvenu à l’esprit de prière. Alors, par l’assistance du Saint-Esprit, il ouvrit la bouche. Oh! Que ne cherchons-nous plus souvent le Seigneur de cette manière! Abraham peut nous servir de modèle : il se leva de bon matin — voilà son empressement ; il fit trois jours de marche — voilà son zèle ; il laissa ses serviteurs au pied de la colline — voilà son recueillement ; il porta le bois et le feu avec lui — voilà sa préparation ; et enfin, il bâtit l’autel et rangea le bois, puis prit le couteau — voilà le soin pieux de son adoration. David le dit ainsi : « Le matin je me tourne vers toi, et je regarde » ; ce que je vous ai fréquemment expliqué comme signifiant qu’il rangeait ses pensées en ordre de bataille, ou qu’il visait ses prières comme des flèches. Il ne prenait pas la flèche pour la poser sur la corde et tirer, tirer, tirer n’importe où ; mais après avoir tiré le trait choisi et l’avoir ajusté à la corde, il visait avec application. Il regardait — regardait bien — le blanc de la cible ; il y tenait l’œil fixé, dirigeant sa prière, puis bandait son arc de toute sa force et laissait voler la flèche ; et alors, quand le trait avait quitté sa main, que dit-il? « Et je regarde. » Il levait les yeux pour voir où allait la flèche, pour voir quel effet elle avait produit ; car il attendait une réponse à ses prières, et n’était pas comme tant d’autres qui songent à peine à leurs prières une fois qu’ils les ont prononcées. David savait qu’il avait devant lui une entreprise qui réclamait toutes ses facultés mentales ; il rangeait ses facultés en bon ordre et se mettait à l’ouvrage en homme de métier, en homme qui y croyait et entendait réussir. Nous devrions labourer avec soin et prier avec soin. Meilleur est l’ouvrage, plus il mérite d’attention. Être empressé à la boutique et distrait dans la chambre secrète, ce n’est guère moins qu’un blasphème, car c’est insinuer que n’importe quoi convient pour Dieu, tandis que le monde, lui, doit avoir notre meilleur.
Si quelqu’un demande quel ordre doit être observé dans la prière, je ne vais pas vous donner un schéma tel que beaucoup en ont tracé, où l’adoration, la confession, la requête, l’intercession et l’action de grâces sont disposées l’une après l’autre. Je ne suis pas persuadé qu’un tel ordre soit d’autorité divine. Ce n’est nullement à un ordre mécanique que je me référais, car nos prières seront également agréées, et peut-être également convenables, sous quelque forme que ce soit ; car on trouve des modèles de prières, de toutes les formes, dans l’Ancien et le Nouveau Testament. Le véritable ordre spirituel de la prière me paraît consister en quelque chose de plus qu’un simple agencement. Il nous convient d’abord de sentir que nous faisons maintenant quelque chose de réel ; que nous allons nous adresser à Dieu, que nous ne pouvons voir, mais qui est réellement présent ; que nous ne pouvons ni toucher ni entendre, ni saisir par nos sens, mais qui, néanmoins, est aussi véritablement avec nous que si nous parlions à un ami de chair et de sang comme nous. Sentant la réalité de la présence de Dieu, notre esprit sera conduit par la grâce divine à un état d’humilité ; nous nous sentirons comme Abraham, lorsqu’il dit : « Voici, j’ai osé parler au Seigneur, moi qui ne suis que poudre et cendre. » Par conséquent, nous ne débiterons pas notre prière comme des écoliers récitant leurs leçons, par pure routine, et moins encore parlerons-nous comme si nous étions des rabbins instruisant nos élèves, ou comme j’en ai entendu certains le faire, avec la grossièreté d’un brigand arrêtant un passant sur la route et lui réclamant sa bourse ; mais nous serons des suppliants humbles et pourtant hardis, implorant humblement la miséricorde par le sang du Sauveur. Nous n’aurons pas la réserve d’un esclave, mais le respect aimant d’un enfant ; non toutefois un enfant effronté et impertinent, mais un enfant docile et obéissant, honorant son Père, et demandant donc avec ardeur, mais avec une soumission déférente à la volonté de son Père. Lorsque je sens que je suis en présence de Dieu, et que je prends la place qui m’y revient, la chose suivante que je voudrai reconnaître, c’est que je n’ai aucun droit à ce que je cherche, et que je ne puis espérer l’obtenir que comme un don de la grâce ; et je dois me rappeler que Dieu limite le canal par lequel il me fera miséricorde — il me la fera par son Fils bien-aimé. Que je me place donc sous le patronage du grand Rédempteur. Que je sente que ce n’est plus moi maintenant qui parle, mais Christ qui parle avec moi, et que, tandis que je plaide, je plaide ses blessures, sa vie, sa mort, son sang, lui-même. C’est là véritablement se mettre en ordre.
La chose suivante est de considérer ce que je dois demander. Il est tout à fait convenable, dans la prière, de viser une grande netteté dans la supplication. On a bien des raisons de se plaindre de certaines prières publiques, à savoir que ceux qui les prononcent ne demandent réellement rien à Dieu. Je dois avouer que je crains d’avoir moi-même ainsi prié, et assurément d’avoir entendu bien des prières de ce genre, où je ne sentais qu’on cherchât rien à obtenir de Dieu — beaucoup d’excellente matière doctrinale et expérimentale y était exprimée, mais peu de véritable requête, et ce peu dans une sorte d’état nébuleux, chaotique et informe. Mais il me semble que la prière doit être précise : demander quelque chose définitivement et distinctement, parce que l’esprit a pris conscience de son besoin distinct d’une telle chose, et doit donc plaider pour l’obtenir. Il est bon de ne pas tourner autour du pot dans la prière, mais d’aller droit au but. J’aime cette prière d’Abraham : « Oh! Qu’Ismaël vive devant ta face! » Voilà le nom et la personne pour qui l’on prie, et la bénédiction désirée, le tout dit en peu de mots — « Qu’Ismaël vive devant ta face! » Bien des gens auraient usé d’une expression détournée de ce genre : « Oh! Que notre progéniture bien-aimée soit regardée avec la faveur que tu portes à ceux qui », etc. Dites « Ismaël », si vous voulez dire « Ismaël » ; mettez-le en mots simples devant le Seigneur. Certaines personnes ne peuvent même pas prier pour le pasteur sans user de descriptions si détournées qu’on croirait qu’il s’agit du bedeau de la paroisse, ou de quelqu’un qu’il ne convenait pas de mentionner trop précisément. Pourquoi ne pas être précis, et dire ce que nous pensons aussi bien que penser ce que nous disons? Ordonner notre cause nous amènerait à une plus grande netteté d’esprit. Il n’est pas nécessaire, mes chers frères, dans la chambre secrète, de demander tout bien imaginable ; il n’est pas nécessaire de passer en revue le catalogue de chaque besoin que vous pouvez avoir, avez eu, pouvez avoir ou aurez. Demandez ce dont vous avez besoin maintenant, et, en règle générale, tenez-vous-en au besoin présent ; demandez votre pain quotidien — ce que vous voulez maintenant — demandez cela. Demandez-le simplement, comme devant Dieu, qui n’a nul égard à vos belles expressions, et pour qui votre éloquence et votre art oratoire seront moins que rien et vanité. Vous êtes devant le Seigneur ; que vos paroles soient peu nombreuses, mais que votre cœur soit fervent.
Vous n’avez pas tout à fait achevé l’ordonnance lorsque vous avez demandé ce que vous voulez par Jésus-Christ. Il faut examiner de tous côtés la bénédiction que vous désirez, pour voir si c’est assurément une chose qu’il convient de demander ; car certaines prières ne seraient jamais offertes si les hommes voulaient bien réfléchir. Un peu de réflexion nous montrerait que certaines choses que nous désirons vaudraient mieux d’être laissées de côté. De plus, nous pouvons avoir, au fond de notre désir, un motif qui n’a rien du Christ, un motif égoïste, qui oublie la gloire de Dieu et ne pourvoit qu’à notre aise et à notre confort. Or, bien que nous puissions demander des choses qui sont à notre profit, nous ne devons pourtant jamais laisser notre profit contrarier en quoi que ce soit la gloire de Dieu. Il faut mêler à la prière agréée le saint sel de la soumission à la volonté divine. J’aime ce mot de Luther : « Seigneur, je veux avoir de toi ma volonté cette fois-ci. » « Quoi! » dites-vous, « aimer une telle expression? » Oui, je l’aime, à cause de la phrase qui suit, laquelle était : « Je veux avoir ma volonté, car je sais que ma volonté est ta volonté. » Voilà qui est bien dit, Luther ; mais sans ces derniers mots, c’eût été une méchante présomption. Lorsque nous sommes sûrs que ce que nous demandons est pour la gloire de Dieu, alors, si nous avons de la puissance dans la prière, nous pouvons dire : « Je ne te laisserai point aller, que tu ne m’aies béni » ; nous pouvons en venir à traiter de près avec Dieu, et, comme Jacob avec l’ange, nous pouvons même engager la lutte et chercher à terrasser l’ange plutôt que d’être renvoyés sans la bénédiction. Mais nous devons voir bien clairement, avant d’en venir à de tels termes, que ce que nous cherchons est réellement pour l’honneur du Maître.
Réunissez ces trois choses : la profonde spiritualité qui reconnaît dans la prière une réelle conversation avec le Dieu invisible — une grande netteté, qui est la réalité de la prière, demandant ce que nous savons vouloir — et avec cela une grande ferveur, croyant la chose nécessaire, et résolvant donc de l’obtenir si elle peut s’obtenir par la prière, et par-dessus tout cela une complète soumission, s’en remettant toujours à la volonté du Maître ; — mêlez tout cela ensemble, et vous aurez une idée claire de ce que c’est qu’ordonner sa cause devant le Seigneur.
La prière elle-même est pourtant un art que seul le Saint-Esprit peut nous enseigner. C’est lui qui donne toute prière. Priez pour la prière — priez jusqu’à ce que vous puissiez prier ; priez pour être aidés à prier, et ne renoncez pas à prier parce que vous ne pouvez prier, car c’est lorsque vous pensez ne pouvoir prier que vous priez le plus ; et parfois, lorsque vous n’avez aucune sorte de consolation dans vos supplications, c’est alors que votre cœur, tout brisé et abattu, lutte réellement et prévaut véritablement auprès du Très-Haut.
II. La seconde partie de la prière consiste à REMPLIR LA BOUCHE D’ARGUMENTS — non pas remplir la bouche de mots, ni de belles phrases, ni de jolies expressions, mais remplir la bouche d’arguments, qui sont les coups du heurtoir par lesquels la porte s’ouvre.
Pourquoi faut-il donc user d’arguments? telle est la première question ; et la réponse est : Certainement pas parce que Dieu est lent à donner, ni parce que nous pouvons changer le dessein divin, ni parce que Dieu aurait besoin d’être informé de quelque circonstance nous concernant, ou de quoi que ce soit touchant la miséricorde demandée : les arguments dont il faut user sont pour notre propre bien, non pour le sien. Il exige de nous que nous plaidions auprès de lui et que nous produisions nos raisons fortes, comme le dit Ésaïe, parce que cela montrera que nous sentons le prix de la miséricorde. Quand un homme cherche des arguments en faveur d’une chose, c’est qu’il attache de l’importance à ce qu’il recherche. De plus, l’usage des arguments nous enseigne le fondement sur lequel nous obtenons la bénédiction. Si un homme venait avec l’argument de son propre mérite, il ne réussirait jamais ; l’argument qui réussit est toujours fondé sur la grâce, et ainsi l’âme qui plaide de la sorte est amenée à comprendre intensément que c’est par la grâce, et par la grâce seule, qu’un pécheur obtient quoi que ce soit du Seigneur. En outre, l’usage des arguments est destiné à exciter notre ferveur. L’homme qui emploie un argument auprès de Dieu trouvera plus de force à en employer un second, et emploiera le suivant avec une puissance plus grande encore, et le suivant avec plus de force encore. Les meilleures prières que j’aie jamais entendues dans nos réunions de prière ont été celles qui étaient les plus pleines d’arguments. Parfois mon âme a été tout à fait fondue en écoutant des frères qui venaient devant Dieu sentant que la miséricorde était réellement nécessaire, et qu’il la leur fallait, car ils plaidaient d’abord auprès de Dieu de l’accorder pour telle raison, puis pour une deuxième, puis pour une troisième, puis pour une quatrième et une cinquième, jusqu’à réveiller la ferveur de l’assemblée tout entière. Mes frères, il n’est nul besoin de prière, pour autant qu’il s’agisse de Dieu ; mais quel besoin en avons-nous pour notre propre compte! Si nous n’étions pas contraints de prier, je doute que nous puissions même vivre en chrétiens. Si les miséricordes de Dieu nous venaient sans être demandées, elles ne seraient pas à moitié aussi utiles qu’elles le sont maintenant, où il faut les chercher ; car maintenant nous recevons une double bénédiction : une bénédiction dans l’obtention, et une bénédiction dans la recherche. L’acte même de prier est une bénédiction. Prier, c’est en quelque sorte se baigner dans un frais ruisseau murmurant, et échapper ainsi aux ardeurs du soleil d’été de la terre. Prier, c’est monter sur les ailes de l’aigle au-dessus des nuées et pénétrer dans le ciel serein où Dieu habite. Prier, c’est entrer dans la maison au trésor de Dieu et s’enrichir à un magasin inépuisable. Prier, c’est saisir le ciel dans ses bras, embrasser la Divinité au-dedans de son âme, et sentir son corps fait un temple du Saint-Esprit. Indépendamment de la réponse, la prière est en elle-même une bénédiction. Prier, mes frères, c’est rejeter vos fardeaux, c’est arracher vos haillons, c’est secouer vos maladies, c’est être rempli de vigueur spirituelle, c’est atteindre le plus haut point de la santé chrétienne. Que Dieu nous donne de nous adonner beaucoup au saint art d’argumenter avec Dieu dans la prière.
La partie la plus intéressante de notre sujet reste à venir ; c’est un résumé et un catalogue fort rapides de quelques-uns des arguments qui ont été employés avec grand succès auprès de Dieu. Je ne puis vous en donner la liste complète ; il y faudrait un traité tel que Maître John Owen pourrait en produire. Il est bon, dans la prière, de plaider auprès de Jéhovah ses attributs. Abraham le fit lorsqu’il saisit la justice de Dieu. Il s’agissait d’intercéder pour Sodome, et Abraham commence : « Peut-être y a-t-il cinquante justes au milieu de la ville: les feras-tu périr aussi, et ne pardonneras-tu pas à la ville à cause des cinquante justes qui sont au milieu d’elle? Faire mourir le juste avec le méchant, en sorte qu’il en soit du juste comme du méchant, loin de toi cette manière d’agir! Loin de toi! Celui qui juge toute la terre n’exercera-t-il pas la justice? » Ici commence la lutte. Ce fut un puissant argument par lequel le patriarche saisit la main gauche du Seigneur, et l’arrêta au moment même où la foudre allait tomber. Mais une réponse vint. Il lui fut donné à entendre que cela n’épargnerait pas la ville, et vous remarquez comment cet homme de bien, pressé vivement, recula pouce par pouce ; et enfin, ne pouvant plus se saisir de la justice, il saisit la main droite de la miséricorde de Dieu, et cela lui donna une prise merveilleuse lorsqu’il demanda que, s’il ne s’y trouvait que dix justes, la ville fût épargnée. Ainsi, vous et moi pouvons en tout temps nous saisir de la justice, de la miséricorde, de la fidélité, de la sagesse, de la patience, de la tendresse de Dieu, et nous trouverons que chaque attribut du Très-Haut est comme un grand bélier avec lequel nous pouvons ouvrir les portes du ciel.
Une autre puissante pièce d’artillerie dans la bataille de la prière, c’est la promesse de Dieu. Lorsque Jacob était de l’autre côté du torrent du Jabbok, et que son frère Ésaü venait avec des hommes armés, il pria Dieu de ne pas laisser Ésaü détruire la mère et les enfants, et, comme raison maîtresse, il plaida : « Et toi, tu as dit: Je te ferai du bien. » Oh! la force de cette supplication! Il tenait Dieu à sa parole : « Tu as dit. » L’attribut est une splendide corne de l’autel à laquelle se saisir ; mais la promesse, qui renferme l’attribut et quelque chose de plus, est une prise plus puissante encore. « Tu as dit. » Rappelez-vous comment David l’exprima. Après que Nathan eut prononcé la promesse, David dit à la fin de sa prière : « agis selon ta parole. » C’est là un argument légitime auprès de tout honnête homme ; et lui, l’a-t-il dit, et ne le fera-t-il pas? « Que Dieu, au contraire, soit reconnu pour vrai, et tout homme pour menteur. » Lui, ne sera-t-il pas véridique? Lui, ne tiendra-t-il pas sa parole? Chaque parole qui sort de ses lèvres ne demeurera-t-elle pas ferme et ne s’accomplira-t-elle pas? Salomon, à la dédicace du temple, usa de cette même puissante supplication. Il prie Dieu de se souvenir de la parole qu’il avait dite à David son père, et de bénir ce lieu. Lorsqu’un homme donne un billet à ordre, son honneur est engagé. Il y appose sa signature, et il doit l’acquitter quand l’échéance vient, sous peine de perdre son crédit. Il ne sera jamais dit que Dieu déshonore ses billets. Le crédit du Très-Haut ne fut jamais mis en doute, et ne le sera jamais. Il est ponctuel à l’instant même ; il n’est jamais avant son heure, mais il n’est jamais en retard. Vous aurez beau parcourir ce Livre d’un bout à l’autre, et le comparer avec l’expérience du peuple de Dieu, les deux concordent du premier au dernier ; et maint patriarche chenu a dit avec Josué dans sa vieillesse : « Aucune de toutes les bonnes paroles prononcées sur vous par l’Éternel, votre Dieu, n’est restée sans effet ; toutes se sont accomplies pour vous. » Mon frère, si vous avez une promesse divine, vous n’avez pas besoin de la plaider avec un « si » ; vous pouvez la plaider avec certitude. Si, pour la miséricorde que vous demandez maintenant, vous avez la parole solennellement engagée de Dieu, il n’y aura guère de place pour la précaution touchant la soumission à sa volonté. Vous connaissez sa volonté : cette volonté est dans la promesse ; plaidez-la. Ne lui laissez aucun repos jusqu’à ce qu’il l’accomplisse. Il entendait l’accomplir, sinon il ne l’aurait pas donnée. Dieu ne donne pas ses paroles simplement pour apaiser notre tapage, et nous tenir dans l’espérance pour un temps, avec l’intention de nous éconduire à la fin ; mais quand il parle, il parle parce qu’il entend agir.
Un troisième argument dont on peut user est celui qu’employa Moïse, le grand nom de Dieu. Avec quelle force il argumenta avec Dieu, en une occasion, sur ce terrain! « Et que feras-tu pour ton grand nom? Les Égyptiens diront: L’Éternel n’avait pas le pouvoir de mener ce peuple dans le pays qu’il avait juré de lui donner: c’est pour cela qu’il l’a égorgé dans le désert. » Il est des occasions où le nom de Dieu est très étroitement lié à l’histoire de son peuple. Parfois, se fiant à une promesse divine, un croyant est amené à suivre une certaine ligne de conduite. Or, si le Seigneur ne se montrait pas aussi bon que sa promesse, non seulement le croyant est trompé, mais le monde méchant, regardant la scène, dirait : « Ah! ah! Où est ton Dieu? » Prenez le cas de notre respecté frère, M. Muller, de Bristol. Depuis bien des années, il a déclaré que Dieu exauce la prière, et, ferme dans cette conviction, il a poursuivi la construction de maison après maison pour l’entretien des orphelins. Or, je conçois fort bien que, s’il était réduit à un point de manque de ressources pour l’entretien de ces mille ou deux mille enfants, il pourrait fort bien user de cette supplication : « Et que feras-tu pour ton grand nom? » Et vous, dans quelque dure épreuve, lorsque vous avez bien reçu la promesse, vous pouvez dire : « Seigneur, tu as dit : “Six fois il te délivrera de l’angoisse, Et sept fois le mal ne t’atteindra pas.” J’ai dit à mes amis et à mes voisins que je mets ma confiance en toi, et si tu ne me délivres pas maintenant, où est ton nom? Lève-toi, ô Dieu, et fais cette chose, de peur que ton honneur ne soit jeté dans la poussière. » Joint à cela, nous pouvons employer cet autre argument : les paroles dures dites par les insulteurs. Ézéchias fit bien, lorsqu’il prit la lettre de Rabschaké et l’étendit devant le Seigneur. Cela l’aidera-t-il? Elle est pleine de blasphème, cela l’aidera-t-il? « Où sont les dieux d’Arpad et de Sepharvaïm? Où sont les dieux des villes que j’ai renversées? Qu’Ézéchias ne vous abuse point, en disant que l’Éternel vous délivrera. » Cela produit-il quelque effet? Oh! oui, ce fut une chose heureuse que Rabschaké écrivît cette lettre, car elle provoqua le Seigneur à secourir son peuple. Parfois l’enfant de Dieu peut se réjouir lorsqu’il voit ses ennemis se mettre tout à fait hors d’eux et se prendre à insulter. « Maintenant, dit-il, ils ont insulté le Seigneur lui-même ; ce n’est pas moi seul qu’ils ont assailli, mais le Très-Haut en personne. Maintenant, ce n’est plus le pauvre et insignifiant Ézéchias avec sa petite troupe de soldats, mais c’est Jéhovah, le Roi des anges, qui est venu combattre contre Rabschaké. Or, que feras-tu maintenant, ô soldat vantard du fier Sennachérib? Ne seras-tu pas entièrement détruit, puisque Jéhovah lui-même est entré dans la mêlée? » Tous les progrès que fait le papisme, toutes les paroles fausses que profèrent les athées spéculatifs et ainsi de suite, devraient être employés par les chrétiens comme un argument auprès de Dieu, pour qu’il secoure l’Évangile. Seigneur, vois comme ils outragent l’Évangile de Jésus! Tire ta main droite de ton sein! Ô Dieu, ils te défient! L’Antéchrist s’insinue dans la place où ton Fils fut jadis honoré, et des chaires mêmes où l’Évangile fut jadis prêché, le papisme est maintenant proclamé. Lève-toi, ô Dieu, réveille ton zèle, que tes saintes ardeurs s’enflamment! Ton antique ennemi prévaut de nouveau. Voici la prostituée de Babylone qui, une fois encore, montée sur sa bête écarlate, s’avance en triomphe! Viens, Jéhovah, viens, Jéhovah, et montre une fois de plus ce que ton bras nu peut faire! C’est là une manière légitime de plaider avec Dieu, pour l’amour de son grand nom.
Ainsi pouvons-nous aussi plaider les douleurs de son peuple. Cela se fait fréquemment. Jérémie est le grand maître de cet art. Il dit : « Ses princes étaient plus éclatants que la neige, Plus blancs que le lait; Ils avaient le teint plus vermeil que le corail; Leur figure était comme le saphir. Leur aspect est plus sombre que le noir. » « Les nobles fils de Sion, Estimés à l’égal de l’or pur, Sont regardés, hélas! Comme des vases de terre, Ouvrage des mains du potier! » Il parle de toutes leurs douleurs et de toutes leurs angoisses durant le siège. Il en appelle au Seigneur pour qu’il regarde sa Sion souffrante ; et bientôt ses cris plaintifs sont entendus. Rien n’est aussi éloquent auprès du père que le cri de son enfant ; oui, il y a une chose plus puissante encore, et c’est un gémissement — lorsque l’enfant est si malade qu’il ne peut même plus pleurer, et qu’il reste à geindre de ce gémissement qui marque une souffrance extrême et une faiblesse intense. Qui peut résister à ce gémissement? Ah! et lorsque l’Israël de Dieu sera abaissé si bas qu’à peine pourra-t-il crier, mais qu’on n’entendra plus que ses gémissements, alors vient le temps de la délivrance du Seigneur, et il ne manquera pas de montrer qu’il aime son peuple. Chers amis, chaque fois que vous serez, vous aussi, amenés dans la même condition, vous pourrez plaider vos gémissements ; et quand vous verrez une Église abaissée bien bas, vous pourrez user de ses douleurs comme d’un argument pour que Dieu revienne et sauve le reste de son peuple.
Frères, il est bon de plaider auprès de Dieu le passé. Ah, vous, peuple expérimenté de Dieu, vous savez le faire. Voici comment David s’y prit : « Tu es mon secours, ne me laisse pas, ne m’abandonne pas. » Il plaide la miséricorde de Dieu envers lui depuis sa jeunesse. Il parle d’avoir été remis à son Dieu dès sa naissance même, puis il plaide : « Ne m’abandonne pas, ô Dieu! Même dans la blanche vieillesse. » Moïse aussi, parlant avec Dieu, dit : « Tu as fait monter ce peuple hors du pays d’Égypte. » Comme s’il voulait dire : « Ne laisse pas ton ouvrage inachevé ; tu as commencé de bâtir, achève. Tu as livré la première bataille ; Seigneur, mène la campagne à son terme! Poursuis jusqu’à ce que tu remportes une victoire complète. » Que de fois nous avons crié dans notre détresse : « Seigneur, tu m’as délivré dans telle ou telle rude épreuve, quand il semblait qu’aucun secours ne fût proche ; tu ne m’as encore jamais abandonné. J’ai dressé ma pierre d’Ében-Ézer en ton nom. Si tu avais eu l’intention de me quitter, pourquoi m’as-tu montré de telles choses? As-tu amené ton serviteur jusqu’en ce lieu pour le couvrir de honte? » Frères, nous avons affaire à un Dieu immuable, qui fera dans l’avenir ce qu’il a fait dans le passé, parce qu’il ne se détourne jamais de son dessein, et ne peut être contrarié dans son projet ; le passé devient ainsi un moyen très puissant d’obtenir de lui des bénédictions.
Nous pouvons même user de notre propre indignité comme argument auprès de Dieu. « De celui qui mange est sorti ce qui se mange, et du fort est sorti le doux. » David, en un endroit, plaide ainsi : « Que tu pardonneras mon iniquité, car elle est grande. » C’est là une manière de raisonner fort singulière ; mais, interprétée, elle signifie : « Seigneur, pourquoi t’occuperais-tu de petites choses? Tu es un grand Dieu, et voici un grand pécheur. Il y a en moi une aptitude à la manifestation de ta grâce. La grandeur de mon péché fait de moi une estrade pour la grandeur de ta miséricorde. Que la grandeur de ton amour se voie en moi. » Moïse semble avoir la même pensée à l’esprit lorsqu’il demande à Dieu de montrer sa grande puissance en épargnant son peuple pécheur. La puissance par laquelle Dieu se retient est grande, en vérité. Ô frères et sœurs, il existe une manière de se glisser au bas du trône, de se blottir tout bas en criant : « Ô Dieu, ne me brise pas — je suis un roseau froissé. Oh! ne foule pas ma petite vie, elle n’est maintenant qu’une mèche qui fume. Me feras-tu la chasse? Sortiras-tu, comme dit David, contre “un chien mort, une puce”? Me poursuivras-tu comme une feuille emportée par la tempête? M’épieras-tu, comme dit Job, comme si j’étais une vaste mer, ou un grand monstre marin? Non ; mais parce que je suis si petit, et parce que la grandeur de ta miséricorde peut se montrer en un être si insignifiant et pourtant si vil, c’est pourquoi, ô Dieu, aie pitié de moi. »
Il y eut une occasion où la Divinité même de Jéhovah fit une supplication triomphante en faveur du prophète Élie. En cette auguste occasion, lorsqu’il eut sommé ses adversaires de voir si leur dieu pouvait leur répondre par le feu, vous pouvez à peine deviner quelle agitation dut régner ce jour-là dans l’esprit du prophète. Avec quel âpre sarcasme il dit : « Criez à haute voix, puisqu’il est dieu; il pense à quelque chose, ou il est occupé, ou il est en voyage; peut-être qu’il dort, et il se réveillera. » Et tandis qu’ils se faisaient des incisions avec des couteaux et sautaient sur l’autel, oh! quel mépris cet homme de Dieu dut abaisser sur leurs efforts impuissants et sur leurs cris ardents mais inutiles! Mais songez comme son cœur dut palpiter, n’eût été la force de sa foi, lorsqu’il répara l’autel de Dieu qui était renversé, rangea le bois, et immola le taureau. Écoutez-le crier : « Versez de l’eau dessus. Vous ne me soupçonnerez pas de cacher du feu ; versez de l’eau sur la victime. » Quand ils l’eurent fait, il leur ordonne : « Faites-le une seconde fois » ; et ils le firent une seconde fois ; puis il dit : « Faites-le une troisième fois. » Et lorsque tout fut couvert d’eau, trempé et saturé de part en part, alors il se lève et crie à Dieu : « Ô Dieu, que l’on sache que toi seul es Dieu. » Ici tout était mis à l’épreuve. L’existence même de Jéhovah était maintenant, pour ainsi dire, mise en jeu, aux yeux des hommes, par ce hardi prophète. Mais combien le prophète fut bien exaucé! Le feu descendit et dévora non seulement le sacrifice, mais aussi le bois, et les pierres, et jusqu’à l’eau même qui était dans les rigoles, car Jéhovah Dieu avait répondu à la prière de son serviteur. Nous pouvons parfois faire de même, et lui dire : « Oh! par ta Divinité, par ton existence, si vraiment tu es Dieu, montre-toi maintenant pour le secours de ton peuple! »
Enfin, le grand argument chrétien, c’est les souffrances, la mort, le mérite, l’intercession de Jésus-Christ. Frères, je crains que nous ne comprenions pas ce dont nous disposons lorsqu’il nous est permis de plaider auprès de Dieu pour l’amour de Christ. Je rencontrai cette pensée l’autre jour : elle m’était quelque peu nouvelle, mais je crois qu’elle n’aurait pas dû l’être. Lorsque nous demandons à Dieu de nous entendre en plaidant le nom de Christ, nous voulons ordinairement dire : « Ô Seigneur, ton cher Fils mérite cela de toi ; fais-moi ceci à cause de ce qu’il mérite. » Mais si nous le savions, nous pourrions aller par la ville : « Monsieur, passez à mon bureau, usez de mon nom, et dites qu’on vous remette telle chose. » J’entrerais et userais de votre nom, et j’obtiendrais ma demande comme un droit et une nécessité. C’est là, en substance, ce que Jésus-Christ nous dit : « Si tu as besoin de quoi que ce soit de Dieu, tout ce que le Père possède m’appartient ; va et use de mon nom. » Supposez que vous donniez à un homme votre carnet de chèques signé de votre propre nom et laissé en blanc, à remplir comme il l’entendrait ; ce serait à peu près ce que Jésus a fait par ces paroles : « Si vous demandez quelque chose en mon nom, je le ferai. » Si j’avais un bon nom au bas du chèque, je serais assuré de le faire encaisser en le portant au banquier ; ainsi, lorsque vous avez le nom de Christ, envers qui la justice même de Dieu est devenue débitrice, et dont les mérites ont des titres auprès du Très-Haut, lorsque vous avez le nom de Christ, il n’est nul besoin de parler avec crainte et tremblement et le souffle retenu. Oh! ne vacillez pas, et que votre foi ne chancelle point! Lorsque vous plaidez le nom de Christ, vous plaidez ce qui ébranle les portes de l’enfer, ce à quoi obéissent les armées du ciel, et Dieu lui-même ressent la puissance sacrée de cette divine supplication.
Frères, vous feriez mieux si vous songiez parfois davantage, dans vos prières, aux douleurs et aux gémissements de Christ. Présentez au Seigneur ses blessures, parlez au Seigneur de ses cris, faites que les gémissements de Jésus crient de nouveau depuis Gethsémané, et que son sang parle de nouveau depuis ce Calvaire glacé. Parlez ouvertement, et dites au Seigneur qu’avec de telles douleurs, de tels cris et de tels gémissements à plaider, vous ne pouvez accepter un refus : de tels arguments vous feront réussir.
III. Si le Saint-Esprit nous enseigne comment ordonner notre cause, et comment remplir notre bouche d’arguments, le résultat sera que NOTRE BOUCHE SERA REMPLIE DE LOUANGES. L’homme qui a la bouche pleine d’arguments dans la prière aura bientôt la bouche pleine de bénédictions en réponse à la prière. Cher ami, vous avez la bouche pleine ce matin, n’est-ce pas? De quoi? Pleine de plaintes? Priez le Seigneur de vous rincer la bouche de cette noire matière, car elle vous servira de peu, et elle sera amère dans vos entrailles un de ces jours. Oh! ayez la bouche pleine de prière, toute pleine, pleine d’arguments au point qu’il n’y ait de place pour rien d’autre. Puis venez avec cette bienheureuse bouchée, et vous vous en irez bientôt avec tout ce que vous aurez demandé à Dieu. Faites seulement vos délices de lui, et il vous donnera ce que désire votre cœur.
On dit — je ne sais avec quelle vérité — que l’explication du texte : « Ouvre ta bouche, et je la remplirai », se trouverait dans une coutume orientale fort singulière. On raconte qu’il y a peu d’années — je me souviens que le fait fut rapporté — le roi de Perse ordonna au premier de ses grands, qui avait fait quelque chose qui l’avait fort satisfait, d’ouvrir la bouche ; et quand il l’eut fait, il se mit à lui mettre dans la bouche des perles, des diamants, des rubis et des émeraudes, jusqu’à l’avoir remplie autant qu’elle pouvait contenir, puis il le renvoya. On dit que cela se faisait parfois dans les cours orientales à l’égard des grands favoris. Or, assurément, que ce soit là ou non l’explication du texte, c’en est une illustration. Dieu dit : « Ouvre ta bouche avec des arguments », et alors il la remplira de miséricordes sans prix, de gemmes d’une valeur inexprimable. Un homme n’ouvrirait-il pas grand la bouche lorsqu’il devait se la faire remplir de la sorte? Assurément, le plus simple d’esprit d’entre vous serait assez sage pour cela. Oh! ouvrons donc grand la bouche lorsque nous avons à plaider avec Dieu. Nos besoins sont grands, que nos demandes soient grandes, et l’approvisionnement sera grand aussi. Vous n’êtes pas à l’étroit en lui ; vous êtes à l’étroit dans vos propres entrailles. Que le Seigneur vous donne de larges bouches dans la prière, une grande puissance, non dans l’usage du langage, mais dans l’emploi des arguments.
Ce que j’ai dit au chrétien s’applique en grande mesure à l’homme non converti. Que Dieu vous donne d’en voir la force, et de fuir dans une humble prière vers le Seigneur Jésus-Christ, et de trouver en lui la vie éternelle.
PORTION DES ÉCRITURES LUE AVANT LE SERMON — Nombres 14:1-21.
Questions pour la réflexion
- Que dit Spurgeon que le cri de Job enseigne sur l’instinct du croyant dans la détresse?
- « Les enfants de Dieu courent à la maison quand l’orage éclate. » Le premier cri de Job ne fut pas pour la guérison ni pour la richesse recouvrée, mais : « Oh! Si je savais où LE trouver! » — et le désir s’approfondit quand les autres consolations font défaut (« Vous êtes tous des consolateurs fâcheux ») et même quand Dieu retire sa présence sentie.
- Qu’entend Spurgeon par « ordonner notre cause » devant Dieu dans la prière?
- Venir « avec préméditation et préparation », non pas « en disant la première chose venue ». Comme David, qui « dirigeait sa prière » comme on vise une flèche, puis « levait les yeux » vers la réponse, cela signifie sentir la présence réelle de Dieu, plaider uniquement par Christ, et demander « avec une grande netteté » une chose définie.
- Pourquoi Spurgeon dit-il que nous devons « remplir la bouche d’arguments », puisque Dieu n’est pas lent à donner?
- « Les arguments dont il faut user sont pour notre propre bien, non pour le sien » — ils montrent que nous faisons cas de la miséricorde, nous enseignent qu’elle vient par la grâce, et « excitent notre ferveur ». Il énumère les supplications : les attributs de Dieu, ses promesses (« Tu as dit »), son grand nom, les reproches des ennemis, les douleurs de son peuple, le passé, notre propre indignité, et par-dessus tout « le nom de Christ ».
- Quel résultat Spurgeon promet-il à celui qui remplit sa bouche d’arguments?
- « L’homme qui a la bouche pleine d’arguments dans la prière aura bientôt la bouche pleine de bénédictions en réponse à la prière. » De même qu’un roi de Perse remplissait de joyaux la bouche ouverte d’un favori, Dieu dit : « Ouvre ta bouche, et je la remplirai » — « que nos demandes soient grandes, et l’approvisionnement sera grand aussi ».
Domaine public. Texte source de l’édition originale.