L’Éternel notre justice
George Whitefield

Sermon · 40 min de lecture · Modéré

L’Éternel notre justice

Portrait de George Whitefield George Whitefield

Texte

Jérémie 23:6

En bref

La propre justice, dit Whitefield, est la dernière idole qu’on arrache du cœur. Il lui oppose la doctrine qui a façonné tout son ministère : la justice de Christ imputée au croyant, de sorte que le Seigneur lui-même est notre justice. Un sermon destiné à dépouiller l’auditeur de tout autre recours que Christ.

« L’Éternel notre justice. »

Quiconque connaît la nature du genre humain en général, ou le penchant de son propre cœur en particulier, doit reconnaître que la propre justice est la dernière idole qu’on arrache du cœur : étant nés une fois sous une alliance des œuvres, il nous est naturel à tous de recourir à une alliance des œuvres pour notre salut éternel. Et nous avons contracté, par notre chute loin de Dieu, un orgueil si diabolique que nous voudrions, sinon entièrement, du moins en partie, nous glorifier d’être la cause de notre propre salut. Nous crions contre le papisme, et à très juste titre ; mais nous sommes tous papistes, ou du moins, j’en suis sûr, nous sommes tous arminiens par nature ; et il n’est donc pas étonnant que tant d’hommes naturels embrassent ce système. Il est vrai que nous désavouons la doctrine du mérite, que nous avons honte de dire ouvertement que nous méritons quelque bien de la main de Dieu ; c’est pourquoi, comme l’observe excellemment l’apôtre, « nous cherchons », nous faisons un détour, « à établir notre propre justice, et », comme les pharisiens d’autrefois, « nous ne voulons pas nous soumettre entièrement à la justice qui vient de Dieu par Jésus-Christ notre Seigneur ».

C’est là le plus grave, quoique, hélas ! le plus commun des maux qu’on ait jamais vus sous le soleil. Un mal contre lequel on ne saurait assez s’élever en aucun siècle, et surtout en cette lie des temps où nous vivons. Car il en est du peuple comme des sacrificateurs ; et il est à craindre que, même dans les lieux où la vérité telle qu’elle est en Jésus fut autrefois éminemment prêchée, beaucoup de ministres aient si tristement dégénéré de leurs pieux ancêtres que les doctrines de la grâce, et surtout la Justice personnelle et toute-suffisante de Jésus, ne soient que trop rarement et trop légèrement mentionnées. De là vient que la charité de plusieurs se refroidit ; et j’ai souvent pensé que, si la chose était possible, cette seule considération suffirait à faire sortir de leurs tombeaux nos vénérables pères, qui feraient retentir comme un tonnerre à leurs oreilles leur fatale erreur.

La justice de Jésus-Christ est l’un de ces grands mystères dans lesquels les anges désirent plonger leurs regards, et elle semble être l’une des premières leçons que Dieu enseigna aux hommes après la chute. Car que furent les habits que Dieu fit pour en revêtir nos premiers parents, sinon des figures de l’application des mérites de la justice de Jésus-Christ au cœur des croyants ? Il nous est dit que ces habits furent faits de peaux de bêtes ; et, comme les bêtes ne servaient pas alors de nourriture aux hommes, nous pouvons à bon droit en conclure que ces bêtes furent immolées en sacrifice, en mémoire du grand sacrifice, Jésus-Christ, qui devait être offert dans la suite. Et les peaux des bêtes ainsi immolées ayant été mises sur Adam et Ève, ils apprirent par là comment leur nudité devait être couverte de la justice de l’Agneau de Dieu.

C’est là ce qu’on veut dire lorsqu’il nous est dit : « Abraham crut à l’Éternel, et cela lui fut imputé à justice. » En un mot, c’est de cela que la loi et les prophètes ont parlé, et particulièrement Jérémie, dans les paroles du texte : « L’Éternel notre justice. »

Je me propose, par la grâce divine :

I. De considérer qui nous devons entendre par le mot Éternel.

II. Comment l’Éternel est la justice de l’homme.

III. J’examinerai quelques-unes des principales objections qu’on oppose d’ordinaire à cette doctrine.

IV. Je montrerai quelques très fâcheuses conséquences qui découlent naturellement de la négation de cette doctrine.

V. Je conclurai par une exhortation à tous de venir à Christ par la foi, afin qu’ils puissent dire avec le prophète, dans le texte : « L’Éternel notre justice. »

I. J’ai à considérer qui nous devons entendre par le mot Éternel. L’Éternel notre justice.

Si quelques ariens ou sociniens sont attirés par la curiosité d’entendre ce que veut dire ce discoureur, qu’ils aient honte de nier la divinité de ce Seigneur qui a racheté de pauvres pécheurs par son sang précieux. Car la personne mentionnée dans le texte, sous le titre de l’Éternel, est Jésus-Christ. V. 5 : « Voici, les jours viennent, dit l’Éternel, Où je susciterai à David un germe juste; Il régnera en roi et prospérera, Il pratiquera la justice et l’équité dans le pays. En son temps (v. 6), Juda sera sauvé, Israël aura la sécurité dans sa demeure; Et voici le nom dont on l’appellera: L’Éternel notre justice. » Par le germe juste, tous s’accordent à dire que nous devons entendre Jésus-Christ. C’est lui qui est appelé l’Éternel dans notre texte. S’il en est ainsi, n’y eût-il dans la Bible aucun autre texte pour prouver la divinité de Christ, celui-ci suffit : car si le mot Éternel peut à juste titre appartenir à Jésus-Christ, il faut qu’il soit Dieu. Et, comme vous l’avez dans la marge de vos Bibles, le mot Éternel est dans l’original Jéhovah, qui est le titre essentiel de Dieu lui-même. Venez donc, ariens, baisez le Fils de Dieu, prosternez-vous devant lui, et honorez-le comme vous honorez le Père. Apprenez des anges, ces étoiles du matin, et adorez-le comme vrai Dieu : car autrement vous êtes aussi idolâtres que ceux qui adorent la Vierge Marie. Et quant à vous, sociniens, qui dites que Christ n’était qu’un simple homme, et qui pourtant faites profession de le tenir pour votre Sauveur, selon vos propres principes vous êtes maudits : car si Christ n’est qu’un simple homme, il n’est qu’un bras de chair ; et il est écrit : « Maudit soit celui qui se confie en un bras de chair. » Mais j’espère qu’il n’y a point ici de tels monstres ; ou du moins qu’après ces considérations ils auront honte de répandre encore de si monstrueuses absurdités. Car il est clair que, par le mot Éternel, nous devons entendre le Seigneur Jésus-Christ, qui prend ici pour lui-même le titre de Jéhovah, et qui doit donc être vrai Dieu de vrai Dieu ; ou, comme l’exprime pieusement l’apôtre, « Dieu béni éternellement ».

II. Comment l’Éternel doit être la justice de l’homme, c’est ce qu’il faut considérer ensuite.

Et c’est, en un mot, par imputation. Car il plut à Dieu, après avoir fait toutes choses par la parole de sa puissance, de créer l’homme à son image. Et si infinie fut la condescendance de Celui qui est haut et élevé, qui habite l’éternité, que, bien qu’il eût pu exiger l’obéissance perpétuelle de l’homme et de sa postérité, il lui plut cependant de s’obliger lui-même, par une alliance ou un accord fait avec ses propres créatures, à leur donner l’immortalité et la vie éternelle, à la condition d’une obéissance sans péché. Car lorsqu’il est dit : « le jour où tu en mangeras, tu mourras », nous pouvons à bon droit en conclure qu’aussi longtemps qu’il demeurerait obéissant et n’en mangerait pas, il vivrait certainement. Le troisième chapitre de la Genèse nous donne un récit complet, mais affligeant, de la manière dont nos premiers parents rompirent cette alliance, et se trouvèrent ainsi avoir besoin d’une justice meilleure que la leur, afin d’obtenir désormais d’être agréés de Dieu. Car que devaient-ils faire ? Ils étaient autant que jamais sous une alliance des œuvres. Et bien qu’après leur désobéissance ils fussent sans force, ils étaient obligés non seulement de faire, mais de continuer à faire toutes les choses que le Seigneur avait exigées d’eux, et cela de la manière la plus parfaite ; et non seulement cela, mais encore de donner satisfaction à la justice infiniment offensée de Dieu pour la transgression dont ils s’étaient déjà rendus coupables. C’est ici que s’ouvre la scène étonnante de la Philanthropie divine, je veux dire de l’amour de Dieu pour l’homme. Car voici, ce que l’homme ne pouvait faire, Jésus-Christ, le Fils de l’amour de son Père, entreprend de le faire pour lui. Et afin que Dieu fût juste en justifiant l’impie, bien « qu’il fût en forme de Dieu, et qu’il n’eût donc point regardé comme une usurpation d’être égal avec Dieu, il prit cependant la forme d’un serviteur », c’est-à-dire la nature humaine. Dans cette nature il obéit, et accomplit ainsi toute la loi morale à notre place ; il mourut aussi d’une mort douloureuse sur la croix, et devint ainsi malédiction pour ceux, ou à la place de ceux, que le Père lui avait donnés. Comme Dieu, il donna satisfaction, en même temps qu’il obéissait et souffrait comme homme ; et, étant Dieu et homme en une seule personne, il acquit une justice pleine, parfaite et suffisante pour tous ceux à qui elle devait être imputée.

Nous voyons donc ici le sens du mot justice. Il implique l’obéissance active aussi bien que l’obéissance passive du Seigneur Jésus-Christ. D’ordinaire, quand nous parlons des mérites de Christ, nous ne mentionnons que la seconde, — sa mort ; tandis que la première, — sa vie et son obéissance active, est également nécessaire. Christ n’est pas un Sauveur tel qu’il nous le faut, à moins que nous ne joignions l’une et l’autre. Christ n’est pas seulement mort, mais il a vécu ; il n’a pas seulement souffert, mais il a obéi pour de pauvres pécheurs, ou à leur place. Et l’une et l’autre ensemble composent cette justice complète qui doit nous être imputée, comme la désobéissance de nos premiers parents est devenue la nôtre par imputation. C’est en ce sens, et en nul autre, que nous devons entendre le parallèle que l’apôtre Paul établit, au cinquième chapitre de l’épître aux Romains, entre le premier et le second Adam. C’est ce qu’il appelle ailleurs le fait « que nous devenions en lui justice de Dieu ». C’est en ce sens que le prophète veut que nous entendions les paroles du texte ; c’est pourquoi, Jér 33:16 : « Elle (c’est-à-dire l’Église elle-même) sera appelée (ayant cette justice qui lui est imputée) : L’Éternel notre justice. » Passage digne, je pense, de la plus profonde méditation de tous les fils et de toutes les filles d’Abraham.

Nombreuses sont les objections que le cœur orgueilleux des hommes déchus oppose sans cesse à cette doctrine salutaire, à cette doctrine divine, à cette doctrine qui sauve les âmes. J’en viens maintenant

III. À répondre à quelques-unes de celles qui me paraissent les plus considérables.

Et, premièrement, ils disent, parce qu’ils veulent passer pour amis de la morale, « Que la doctrine d’une justice imputée « détruit les bonnes œuvres et mène à la licence ».

Et qui sont, je vous prie, les personnes qui avancent d’ordinaire cette objection ? Sont-ce des hommes pleins de foi, des hommes réellement soucieux des bonnes œuvres ? Non ; quelles que soient les rares exceptions, s’il y en a même aucune, il est notoire que ce sont généralement des hommes corrompus d’entendement, réprouvés en ce qui concerne la foi. Le meilleur titre que je puisse leur donner est celui de moralistes profanes, ou de moralistes faussement ainsi nommés. Car j’en appelle à l’expérience des siècles présents aussi bien que des siècles passés : l’iniquité n’a-t-elle pas abondé, et n’abonde-t-elle pas le plus, là où la doctrine de la justice personnelle et entière de Christ est le plus décriée et le plus rarement mentionnée ? Les principes arminiens, étant antichrétiens, ont toujours conduit et conduiront toujours à des pratiques antichrétiennes. Et jamais réformation ne s’est accomplie dans l’Église que par la prédication de la doctrine d’une justice imputée. C’est, comme l’appelle l’homme de Dieu, Luther, « Articulus stantis aut cadentis Ecclesiae », l’article par lequel l’Église demeure debout ou tombe. Et bien que les prédicateurs de cette doctrine soient d’ordinaire flétris par ceux de l’autre parti des noms injurieux d’antinomiens, de séducteurs, et que sais-je encore, je crois pourtant que, si l’on devait juger de la vérité de la doctrine de part et d’autre par la vie des prédicateurs ou de ceux qui en font profession, notre côté de la question l’emporterait à tous égards.

Il est vrai que cette doctrine, comme toute autre doctrine de la grâce, peut être pervertie. Et peut-être la conduite peu chrétienne de quelques-uns, qui ont parlé de la justice imputée de Christ, de la justification par la foi et d’autres choses semblables, sans jamais l’avoir sentie imputée à leur propre âme, a-t-elle donné ainsi aux ennemis du Seigneur occasion de blasphémer. Mais c’est là une manière d’argumenter très peu sûre aussi bien que très peu loyale. La seule question devrait être celle-ci : Cette doctrine d’une justice imputée retranche-t-elle en elle-même l’occasion des bonnes œuvres, ou penche-t-elle vers la licence ? À quoi nous pouvons hardiment répondre : Nullement. Elle exclut, il est vrai, les œuvres de toute part dans la cause de notre justification aux yeux de Dieu ; mais elle exige les bonnes œuvres comme preuve que cette justice nous est imputée, et comme témoignage déclaratif de notre justification aux yeux des hommes. Et alors, comment la doctrine d’une justice imputée peut-elle être une doctrine qui mène à la licence ?

Ce n’est que calomnie. L’apôtre Paul, dans son épître aux Romains, met cette objection dans la bouche d’un incrédule ; et nul autre que des incrédules, qui n’ont jamais senti dans leur âme la puissance de la résurrection de Christ, ne la reprendra. C’est pourquoi, malgré cette objection, nous pouvons hardiment dire avec le prophète, dans le texte : « L’Éternel est notre justice. »

Mais Satan (et il n’est pas étonnant que ses serviteurs l’imitent) se déguise souvent en ange de lumière ; c’est pourquoi (tant l’incrédulité et l’arminianisme font dire aux hommes de choses perverses), afin de parer leurs objections des plus belles couleurs, quelques-uns allèguent « que notre Sauveur n’a point prêché une telle doctrine ; que dans son sermon sur la montagne il ne parle que de morale » ; et que, par conséquent, la doctrine d’une justice imputée tombe entièrement.

Mais assurément les hommes qui avancent cette objection n’ont jamais lu, ou n’ont jamais compris, ce bienheureux discours de notre Seigneur, où la doctrine d’une justice imputée est si clairement enseignée que celui qui court, s’il a des yeux qui voient, peut la lire.

Notre Seigneur recommande bien, il est vrai, la morale et les bonnes œuvres (comme le feront tous les ministres fidèles), et il dégage la loi morale de bien des gloses corrompues que les pharisiens, savants dans la lettre, y avaient ajoutées. Mais il est remarquable qu’avant d’en venir là, il parle de la piété intérieure, telle que la pauvreté en esprit, la douceur, les saintes larmes, la pureté du cœur, et surtout la faim et la soif de la justice ; et qu’ensuite il recommande les bonnes œuvres comme une preuve que sa justice nous est imputée, et que ces grâces et ces dispositions divines sont produites dans nos cœurs. « Que votre lumière (c’est-à-dire la lumière divine dont j’ai parlé auparavant) luise ainsi devant les hommes, par une vie sainte ; afin qu’ils voient vos bonnes œuvres, et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux. » Et il ajoute aussitôt : « Ne croyez pas que je sois venu pour abolir la loi morale : je suis venu non pour abolir (pour en ôter la force comme règle de vie), mais pour accomplir (pour y obéir dans toute son étendue, et en donner le sens complet. ») Et il continue en montrant combien la loi morale est d’une étendue infinie. De sorte que notre Seigneur, au lieu d’écarter une justice imputée dans son sermon sur la montagne, non seulement la confirme, mais répond encore à l’objection qui précède, en faisant des bonnes œuvres une preuve et un témoignage que cette justice est imputée à nos âmes. Que celui donc qui a des oreilles pour entendre entende ce que dit le prophète dans les paroles du texte : « L’Éternel notre justice. »

Mais de même que Satan, lorsqu’il attaqua Christ dans le désert, non seulement cita l’Écriture, mais appuya d’elle une tentation après l’autre, ainsi ses enfants suivent d’ordinaire la même méthode en traitant cette doctrine. C’est pourquoi ils élèvent contre la doctrine d’une justice imputée une autre objection, tirée de l’exemple du jeune homme dont parle l’Évangile.

Nous pouvons la formuler ainsi : « L’évangéliste Marc, disent-ils, au chapitre 10, parle d’un jeune homme qui vint à Christ en courant, et lui demanda ce qu’il devait faire pour hériter la vie éternelle. Christ le renvoya aux commandements, pour savoir ce qu’il devait faire pour hériter la vie éternelle. Il est donc clair que les œuvres devaient être, en partie du moins, la cause de sa justification ; et par conséquent la doctrine d’une justice imputée n’est pas conforme à l’Écriture. » Voilà l’objection dans toute sa force : et bien peu de force dans toute sa plénitude. Car si j’avais à prouver la nécessité d’une justice imputée, je ne sais guère comment je pourrais apporter un meilleur exemple pour l’établir.

Regardons de plus près ce jeune homme, et la conduite de notre Seigneur envers lui. Marc 10:17, l’évangéliste nous dit : « Comme Jésus se mettait en chemin, un homme accourut (il semble que ce fût quelque noble ; chose rare, en vérité, que de voir un tel homme accourir à Christ !), et non seulement cela, mais se jetant à genoux devant lui (peut-être beaucoup de gens de son rang savent-ils à peine aujourd’hui quand ils se sont mis à genoux devant Christ), il l’interrogea, disant : Bon maître, que dois-je faire pour hériter la vie éternelle? » Alors Jésus, pour voir s’il le croyait ou non ce qu’il était réellement, vraiment et proprement Dieu, lui dit : « Pourquoi m’appelles-tu bon? Il n’y a de bon que Dieu seul. » Et, pour répondre directement à sa question, il lui dit : « Tu connais les commandements: Tu ne commettras point d’adultère; tu ne diras point de faux témoignage; tu ne feras tort à personne; honore ton père et ta mère. » C’était une réponse directe à sa question, à savoir que la vie éternelle ne devait pas s’obtenir par ses propres œuvres. Car notre Seigneur, en le renvoyant aux commandements, ne laissait nullement entendre (comme l’insinuent ceux qui font l’objection) que sa moralité le recommanderait à la faveur et à la miséricorde de Dieu ; mais il voulait par là faire de la loi le pédagogue qui le conduirait à lui-même ; afin que le jeune homme, voyant comment il avait violé chacun de ces commandements, fût par là convaincu de l’insuffisance de sa propre justice, et par conséquent de la nécessité absolue de chercher une justice meilleure, sur laquelle il pût s’appuyer pour la vie éternelle.

Voilà ce que notre Seigneur se proposait. Le jeune homme, étant plein de sa propre justice et désireux de se justifier lui-même, dit : « j’ai observé toutes ces choses dès ma jeunesse » ; mais s’il s’était connu lui-même, il aurait confessé : J’ai violé toutes ces choses dès ma jeunesse. Car, supposé qu’il n’eût pas commis l’adultère en fait, n’avait-il jamais convoité une femme dans son cœur ? Quoi ! s’il n’avait pas réellement tué son prochain, ne s’était-il jamais mis en colère sans cause, ou n’avait-il jamais parlé inconsidérément de ses lèvres ? S’il l’avait fait, en violant l’un des moindres commandements au moindre degré, il était devenu passible de la malédiction de Dieu : car « Maudit est quiconque (dit la loi) n’observe pas tout ce qui est écrit dans le livre ». C’est pourquoi, comme nous l’avons observé plus haut, notre Seigneur était si loin de parler contre cette doctrine qu’il traita le jeune homme de cette manière tout exprès pour le convaincre de la nécessité d’une justice imputée.

Mais peut-être répliqueront-ils qu’il est dit : « Jésus, l’ayant regardé, l’aima. » Et après ? Il pouvait l’aimer d’un amour humain, sans que ce jeune homme eût pour autant part à son sang. C’est ainsi qu’il est dit que Christ s’étonna, qu’il pleura sur Jérusalem et dit : « Oh ! si tu avais connu, Moi. » Mais de tels passages ne doivent se rapporter qu’à sa nature humaine. Et il y a une grande différence entre l’amour dont Christ aima ce jeune homme et celui dont il aima Marie, Lazare et leur sœur Marthe. Pour éclaircir ceci par une comparaison : un ministre du Seigneur Jésus-Christ, voyant chez beaucoup de personnes bien des dispositions aimables, telles que l’empressement à entendre la parole, une tenue décente au culte public et une vie extérieurement irréprochable, ne peut s’empêcher de les aimer dans cette mesure ; mais il y a pourtant une grande différence entre l’amour qu’un ministre éprouve pour de telles personnes, et cet amour divin, cette union et cette sympathie de l’âme, qu’il éprouve pour ceux dont il est assuré qu’ils sont réellement nés de nouveau, nés de Dieu. Appliquez ceci au cas de notre Seigneur, comme une faible image de ce qu’il était. Considérez ce qui a été dit du cas du jeune homme en général ; et alors, si vous teniez jusqu’ici à cette objection, au lieu d’en triompher, vous vous en irez tout triste, comme lui. La réponse de notre Sauveur à ce jeune homme nous convainc de plus en plus de la vérité de l’affirmation du prophète dans le texte, que « l’Éternel est notre justice ».

Mais il reste encore une quatrième et grande objection, tirée du chapitre 25 de Matthieu, « où notre Seigneur est représenté récompensant certaines personnes de la vie éternelle, parce qu’elles ont nourri ceux qui avaient faim, vêtu ceux qui étaient nus, et autres choses semblables. Leurs œuvres furent donc une cause de leur justification ; par conséquent, la doctrine d’une justice imputée n’est pas conforme à l’Écriture ».

C’est là, je le confesse, l’objection la plus spécieuse que l’on oppose à la doctrine que nous soutenons d’après le texte ; et, afin d’y répondre de la manière la plus claire et la plus brève possible, nous confessons avec l’article de l’Église d’Angleterre « qu’encore que les bonnes œuvres ne nous justifient pas, elles suivent cependant la justification, comme ses fruits ; et que, bien qu’elles procèdent de la foi en Christ et d’une âme renouvelée, elles recevront une récompense de grâce, non de dette ; et que, par conséquent, plus nous abondons en ces bonnes œuvres, plus grande sera notre récompense quand Jésus-Christ viendra pour le jugement ».

Prenons ces considérations avec nous, et elles nous aideront beaucoup à répondre à l’objection qui est maintenant devant nous. Car voici ce que dit Matthieu : « Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite: Venez, vous qui êtes bénis de mon Père; prenez possession du royaume qui vous a été préparé dès la fondation du monde. Car j’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger; j’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire; j’étais étranger, et vous m’avez recueilli; j’étais nu, et vous m’avez vêtu; j’étais malade, et vous m’avez visité; j’étais en prison, et vous êtes venus vers moi. Je vous récompenserai donc, parce que vous avez fait ces choses par amour pour moi, et que vous avez montré par là que vous êtes mes vrais disciples. » Et il est évident que ces personnes ne s’appuyaient pas sur ces bonnes actions pour leur justification aux yeux de Dieu. « Car quand t’avons-nous vu avoir faim, disent-ils, et t’avons-nous donné à manger; ou avoir soif, et t’avons-nous donné à boire? Quand t’avons-nous vu étranger, et t’avons-nous recueilli; ou nu, et t’avons-nous vêtu? Quand t’avons-nous vu malade, ou en prison, et sommes-nous allés vers toi? » Langage et questions tout à fait déplacés chez des personnes qui s’appuieraient sur leur propre justice pour être agréées et absoutes aux yeux de Dieu.

Mais alors ils répliquent contre toi : « Dans la dernière partie du chapitre, il est clair que Jésus-Christ rejette et damne les autres pour n’avoir pas fait ces choses. Si donc il damne ceux-là pour n’avoir pas fait, il sauve ceux-ci pour avoir fait ; et par conséquent la doctrine d’une justice imputée ne vaut rien. »

Mais ce n’est nullement une conséquence ; car Dieu peut justement damner tout homme pour avoir omis le moindre devoir de la loi morale, et pourtant il n’est en lui-même obligé de donner aucune récompense à qui que ce soit, supposé qu’il ait fait tout ce qu’il peut. Nous sommes des serviteurs inutiles ; nous n’avons pas fait, à beaucoup près, tout ce que nous avions le devoir de faire : tel doit être le langage des âmes les plus saintes qui vivent ; et c’est pourquoi, par nous-mêmes ou en nous-mêmes, nous ne pouvons être justifiés aux yeux de Dieu. Telle était la disposition des âmes pieuses dont nous venons de parler. Pénétrées de ce sentiment, elles étaient si loin de s’appuyer sur leurs œuvres pour leur justification aux yeux de Dieu, qu’elles étaient remplies, pour ainsi dire, d’une sainte rougeur, à la pensée que notre Seigneur daignât mentionner, et bien plus encore récompenser, leurs pauvres œuvres de foi et leurs travaux de charité. Je suis persuadé que leur cœur se soulèverait d’une sainte indignation contre ceux qui allèguent ce passage comme une objection à l’affirmation du prophète, que « l’Éternel est notre justice ».

Ainsi, je pense, nous avons loyalement répondu à ces grandes objections qu’on oppose d’ordinaire à la doctrine d’une justice imputée. Si je m’arrêtais ici, je pense pouvoir dire : « nous sommes plus que vainqueurs par celui qui nous a aimés. » Mais il y a une manière d’argumenter que j’ai toujours admirée, parce que je l’ai toujours trouvée très convaincante : c’est de montrer les absurdités qui découlent de la négation d’une proposition particulière qui est en discussion.

IV. C’est le point suivant que je me suis proposé. Et jamais de plus grandes absurdités, ni en plus grand nombre, ne découlèrent de la négation d’une doctrine que celles qui découleront de la négation de la doctrine de la justice imputée de Christ.

Et premièrement, si nous nions cette doctrine, nous changeons la vérité, je veux dire la parole de Dieu, autant qu’il est en nous, en mensonge, et nous renversons complètement tous ces passages de l’Écriture qui disent que nous sommes sauvés par grâce ; que cela ne vient pas des œuvres, afin que personne ne se glorifie ; que le salut est le don gratuit de Dieu, et que celui qui se glorifie ne doit se glorifier que dans le Seigneur. Car si la justice personnelle et entière de Jésus-Christ n’est pas la seule cause de mon acceptation auprès de Dieu, si quelque œuvre faite par moi ou prévue en moi devait le moins du monde y être jointe, ou être regardée par Dieu comme une cause déterminante et impulsive de l’acquittement de mon âme, alors j’ai en moi-même de quoi me glorifier. Or, toute vanterie est exclue dans la grande œuvre de notre rédemption ; mais cela ne peut être si nous sommes ennemis de la doctrine d’une justice imputée. Il serait sans fin d’énumérer combien de textes de l’Écriture doivent être faux, si cette doctrine n’est pas vraie. Qu’il suffise d’affirmer en général que, si nous nions une justice imputée, nous pouvons tout aussi bien nier d’un seul coup la révélation divine ; car elle est l’alpha et l’oméga, le commencement et la fin du livre de Dieu. Il nous faut ou ne pas croire ce livre, ou croire ce que le prophète a dit dans le texte, « que l’Éternel est notre justice ».

Mais de plus : j’ai observé, au commencement de ce discours, que nous sommes tous arminiens et papistes par nature ; car, comme le dit quelqu’un, « l’arminianisme est la porte de derrière du papisme ». Et ici je me hasarde à affirmer en outre que, si nous nions la doctrine d’une justice imputée, quel que soit le nom que nous nous donnions, nous sommes réellement papistes dans notre cœur, et ne méritons pas d’autre titre de la part des hommes.

Messieurs, qu’en pensez-vous ? Supposez que je vinsse vous dire qu’il vous faut intercéder auprès des saints, pour qu’ils intercèdent pour vous auprès de Dieu ; ne diriez-vous pas que c’est à juste titre que quelques-uns me tiennent pour un missionnaire papiste, et que d’autres m’ont, à bon droit, chassé de leurs synagogues ? Je suppose que vous le diriez. Et pourquoi ? Parce que, diriez-vous, l’intercession de Jésus-Christ suffisait par elle-même, sans l’intercession des saints, et qu’il était blasphématoire de joindre la leur à la sienne, comme s’il n’était pas suffisant.

Supposez que je prisse un détour un peu plus long, et que je vous disse que la mort de Christ ne suffisait pas sans que notre mort y fût ajoutée ; qu’il vous faut mourir aussi bien que Christ, joindre votre mort à la sienne, et qu’alors elle suffirait. Ne pourriez-vous pas alors, avec une sainte indignation, jeter de la poussière en l’air, et m’appeler à juste titre « un prédicateur de doctrines étrangères » ? Et alors, s’il est non seulement absurde, mais blasphématoire, de joindre l’intercession des saints à l’intercession de Christ, comme si son intercession ne suffisait pas, ou notre mort à la mort de Christ, comme si sa mort ne suffisait pas, jugez vous-mêmes s’il n’est pas également absurde, également blasphématoire, de joindre notre obéissance, en tout ou en partie, à l’obéissance de Christ, comme si celle-ci ne suffisait pas. Et s’il en est ainsi, quelles absurdités ne découleront pas de la négation de cette vérité que l’Éternel, quant à son obéissance active et passive, est notre justice ?

Je mentionnerai encore une absurdité qui découle de la négation de cette doctrine, et j’aurai fini.

Je me souviens de l’histoire d’un certain prélat qui, après avoir employé en vain bien des arguments pour convaincre le comte de Rochester des réalités invisibles d’un autre monde, prit congé de sa seigneurie à peu près en ces termes : « Eh bien, milord, s’il n’y a point d’enfer, je suis en sûreté ; mais s’il y avait un enfer, que deviendrez-vous ? » J’applique ceci à ceux qui s’opposent à la doctrine que nous soutenons maintenant. S’il n’existe point de doctrine d’une justice imputée, ceux qui la tiennent, et qui portent des fruits pour la sainteté, sont en sûreté ; mais s’il en existe une (comme il en existe certainement une), que deviendrez-vous, vous qui la niez ? Il n’est pas difficile de le déterminer. Votre part sera dans l’étang de feu et de soufre aux siècles des siècles. Puisque vous voulez vous appuyer sur vos œuvres, c’est par vos œuvres que vous serez jugés. Elles seront pesées dans la balance du sanctuaire, et elles seront trouvées légères. C’est donc par vos œuvres que vous serez condamnés ; et vous, étant hors de Christ, vous trouverez que Dieu est, pour vos pauvres âmes misérables, un feu dévorant.

C’est pourquoi le grand Stoddard, de Northampton, en Nouvelle-Angleterre, a bien intitulé un livre qu’il a écrit (et que je saisis cette occasion de vous recommander) : « La sûreté de paraître dans la justice de Christ ». Car pourquoi m’appuierais-je sur un roseau cassé, quand je puis avoir pour m’y tenir le rocher des siècles, qui ne peut jamais être ébranlé ?

Et maintenant, avant d’en venir à une application plus particulière, permettez-moi de m’écrier triomphalement, dans le langage de l’apôtre : « Où est le scribe? Où est le disputeur ? » Où est l’incrédule raisonneur de cette génération ? Peut-il y avoir rien de plus raisonnable, même selon votre propre manière d’argumenter, que la doctrine ici exposée ? N’avez-vous pas senti une puissance convaincante accompagner la parole ? Pourquoi donc ne voulez-vous pas croire au Seigneur Jésus-Christ, afin qu’il devienne l’Éternel votre justice ?

Mais il est temps que je serre de plus près vos consciences.

Mes frères, bien que quelques-uns puissent être offensés de cette doctrine et la tenir pour une folie, elle est précieuse, je n’en doute pas, à beaucoup d’entre vous, étant conforme au modèle des saines paroles qui vous a été transmis dès votre enfance ; et, venant d’une source d’où vous l’auriez le moins attendue, elle sera peut-être reçue avec plus de plaisir et de satisfaction. Mais permettez-moi de vous poser une question : Pouvez-vous dire : L’Éternel notre justice ? Je dis : l’Éternel notre justice. Car recevoir cette doctrine dans votre tête, sans recevoir dans votre cœur, d’une manière salutaire, le Seigneur Jésus-Christ par une foi vivante, ne fera qu’accroître votre damnation. Comme je vous l’ai souvent dit, je vous le redis encore : un Christ non appliqué n’est point du tout un Christ. Pouvez-vous donc, avec Thomas croyant, vous écrier : « Mon Seigneur et mon Dieu! » ? Christ est-il votre sanctification aussi bien que votre justice extérieure ? Car le mot justice, dans le texte, n’implique pas seulement la justice personnelle de Christ qui nous est imputée, mais aussi la sainteté produite en nous. Ces deux choses, Dieu les a unies. Il ne les a jamais séparées, il ne les sépare pas, il ne les séparera jamais. Si vous êtes justifiés par le sang, vous êtes aussi sanctifiés par l’Esprit de notre Seigneur. Pouvez-vous donc, en ce sens, dire : L’Éternel notre justice ? Avez-vous jamais été amenés à vous avoir en horreur pour vos péchés actuels et originels, et à avoir en dégoût votre propre justice ; car, comme l’exprime admirablement le prophète, « votre justice est comme un vêtement souillé ? Avez-vous jamais été amenés à voir et à admirer la toute-suffisance de la justice de Christ, et poussés par l’Esprit de Dieu à en avoir faim et soif ? Avez-vous jamais pu dire : Mon âme a soif de Christ, oui, de la justice de Christ ? Oh ! quand irai-je et paraîtrai-je devant la face de mon Dieu dans la justice de Christ ! Rien que Christ ! Rien que Christ ! Donne-moi Christ, ô Dieu, et je suis satisfait ! Mon âme te louera à jamais.

Ce langage a-t-il jamais été celui de votre cœur ? Et, après ces combats intérieurs, avez-vous jamais pu étendre le bras de la foi et embrasser le bienheureux Jésus dans votre âme, de sorte que vous puissiez dire : « Mon bien-aimé est à moi, et je suis à lui » ? S’il en est ainsi, ne craignez point, qui que vous soyez. Salut, salut à vous, âmes heureuses ! L’Éternel, le Seigneur Christ, le Dieu éternel, est votre justice. Christ vous a justifiés : qui est celui qui vous condamnera ? Christ est mort pour vous ; bien plus, il est ressuscité, et il est toujours vivant pour intercéder en votre faveur. Étant maintenant justifiés par sa grâce, vous avez la paix avec Dieu, et vous serez bientôt avec Jésus dans la gloire, recueillant dans votre corps et dans votre âme des fruits éternels et ineffables. Car il n’y a aucune condamnation pour ceux qui sont réellement en Jésus-Christ. « soit Paul, soit Apollos, soit la vie, soit la mort, Tout est à vous, si vous êtes à Christ, car Christ est à Dieu. Mes frères, mon cœur s’élargit pour vous ! Oh ! pensez à l’amour de Christ qui est mort pour vous ! Si l’Éternel est votre justice, que la justice de votre Seigneur soit continuellement dans votre bouche. Parlez, oh ! parlez de la justice de Christ, et recommandez-la, quand vous vous couchez et quand vous vous levez, à votre sortie et à votre entrée ! Pensez à la grandeur du don aussi bien qu’à celle du donateur ! Montrez à tout le monde en qui vous avez cru ! Que tous connaissent à vos fruits que l’Éternel est votre justice, et que vous attendez du ciel votre Seigneur ! Oh ! appliquez-vous à être saints, comme est saint celui qui vous a appelés et qui vous a lavés dans son propre sang ! Que la justice du Seigneur ne soit point blâmée à cause de vous. Que Jésus ne soit pas blessé dans la maison de ses amis ; mais croissez dans la grâce et dans la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, de jour en jour. Oh ! pensez à son amour mourant ! Que cet amour vous presse à l’obéissance ! Ayant été beaucoup pardonnés, aimez beaucoup. Demandez-vous toujours : Que ferai-je pour témoigner ma reconnaissance au Seigneur de ce qu’il m’a donné sa justice ? Que cette question, qui abaisse le moi et qui exalte Dieu, soit toujours dans votre bouche : « Pourquoi moi, Seigneur ? Pourquoi moi ? » Pourquoi suis-je pris, et d’autres laissés ? Pourquoi l’Éternel est-il ma justice ? Pourquoi est-il devenu mon salut, moi qui ai si souvent mérité de sa main la damnation ?

Mes amis, j’espère sentir en mon cœur quelque chose de l’amour discernant de Dieu ; c’est pourquoi il faut que je m’écarte un peu de mes félicitations envers vous, pour inviter les pauvres pécheurs sans Christ à venir à lui et à accepter sa justice, afin qu’ils aient la vie.

Hélas ! mon cœur saigne presque ! Quelle multitude d’âmes précieuses sont maintenant devant moi ! Combien tôt toutes doivent être introduites dans l’éternité ! Et pourtant, ô pensée déchirante ! si Dieu redemandait maintenant toutes vos âmes, combien peu, toute proportion gardée, pourraient dire réellement : L’Éternel notre justice !

Et pensez-vous, ô pécheur, que vous pourrez subsister au jour du jugement, si Christ n’est pas votre justice ? Non, elle seule est l’habit de noces dans lequel vous devez paraître. Ô pécheurs sans Christ, je suis dans l’angoisse pour vous ! Les désirs de mon âme s’élargissent. Oh ! que ce soit ici un temps favorable ! Que l’Éternel soit votre justice ! Car où fuiriez-vous, si la mort vous trouvait nus ? En vérité, il n’y a point moyen de vous cacher de sa présence. Les misérables feuilles de figuier de votre propre justice ne couvriront pas votre nudité, quand Dieu vous appellera à comparaître devant lui. Adam les trouva inefficaces, et vous les trouverez telles aussi. Oh ! pensez à la mort ! Oh ! pensez au jugement ! Encore un peu de temps, et le temps ne sera plus ; et alors que deviendrez-vous, si l’Éternel n’est pas votre justice ? Pensez-vous que Christ vous épargnera ? Non, celui qui vous a formés n’aura point pitié de vous. Si vous n’êtes pas de Christ, si Christ n’est pas votre justice, Christ lui-même prononcera votre damnation. Et pouvez-vous supporter la pensée d’être damnés par Christ ? Pouvez-vous supporter d’entendre le Seigneur Jésus vous dire : « Retirez-vous de moi, maudits ; allez dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges. » Pourrez-vous, pensez-vous, habiter dans des flammes éternelles ? Votre chair est-elle d’airain, et vos os de fer ? Et quand ils le seraient ? Le feu de l’enfer, ce feu préparé pour le diable et pour ses anges, les pénétrera de part en part. Et pouvez-vous supporter d’être séparés de Christ ? Ô pensée qui transperce le cœur ! Demandez à ces saintes âmes qui pleurent parfois l’absence de leur Dieu, qui marchent dans les ténèbres et ne voient point de lumière, ne fût-ce que pour quelques jours ou quelques heures ; demandez-leur ce que c’est que de perdre la lumière et la présence de Christ. Voyez comme elles le cherchent avec douleur, et marchent tout le jour dans le deuil après lui ! Et s’il est si terrible de perdre la présence sensible de Christ pour un jour seulement, que sera-ce d’être banni loin de lui pour toute l’éternité !

Mais il en sera ainsi, si Christ n’est pas votre justice. Car il faut que la justice de Dieu soit satisfaite ; et, à moins que la justice de Christ ne vous soit imputée et appliquée ici-bas, il vous faudra dans l’autre monde satisfaire éternellement la justice divine dans les tourments de l’enfer ; bien plus, Christ lui-même vous condamnera à ce lieu de tourment. Et que cette pensée est déchirante ! Il me semble voir de pauvres misérables sans Christ, tout tremblants, debout devant le tribunal de Dieu, s’écriant : Seigneur, s’il faut que nous soyons damnés, que quelque ange, ou quelque archange, prononce la sentence de damnation ! Mais tout est vain. Christ lui-même prononcera la sentence irrévocable. Connaissant donc la terreur du Seigneur, laissez-moi vous persuader de vous attacher à Christ, et de ne jamais vous donner de repos que vous ne puissiez dire : « L’Éternel notre justice. » Qui sait si l’Éternel n’aura pas pitié de vous, s’il ne vous pardonnera pas abondamment ? Demandez à Dieu de vous donner la foi ; et, si le Seigneur vous la donne, vous recevrez par elle Christ, avec sa justice et son Tout. Vous n’avez pas à craindre la grandeur ou le nombre de vos péchés. Car êtes-vous pécheurs ? Moi aussi. Êtes-vous les premiers des pécheurs ? Moi aussi. Êtes-vous des pécheurs rétrogrades ? Moi aussi. Et pourtant l’Éternel (que sa grâce riche, gratuite et souveraine soit à jamais adorée !), l’Éternel est ma justice. Venez donc, ô jeune homme, qui (comme je le fis moi-même autrefois) jouez le rôle de l’enfant prodigue, et vous égarez au loin de la maison de votre Père céleste ; revenez, revenez à la maison, et laissez l’auge de vos pourceaux. Ne vous nourrissez plus des carouges des plaisirs sensuels : pour l’amour de Christ, levez-vous, et revenez à la maison ! Votre Père céleste vous appelle maintenant. Voyez là-bas la plus belle robe, la justice même de son Fils bien-aimé, qui vous attend. Voyez-la, regardez-la encore et encore. Considérez à quel prix elle a été achetée, au prix du sang même de Dieu. Considérez quel grand besoin vous en avez. Vous êtes perdus, ruinés, damnés pour toujours sans elle. Venez donc, pauvres prodigues coupables, revenez à la maison : en vérité, je ne m’irriterai pas, comme le frère aîné de l’Évangile ; non, je me réjouirai avec les anges du ciel. Et oh ! que Dieu abaisse maintenant les cieux, et qu’il descende ! Descends, ô Fils de Dieu, descends ; et, comme tu as fait éclater en moi une si grande miséricorde, oh ! que ton Esprit béni applique ta justice à quelques jeunes prodigues maintenant devant toi, et revête leurs âmes nues de ta plus belle robe !

Mais il faut que je dise un mot à vous aussi, jeunes filles, aussi bien qu’aux jeunes gens. J’en vois beaucoup parmi vous qui sont parées quant au corps ; mais vos âmes ne sont-elles pas nues ? Laquelle d’entre vous peut dire : L’Éternel est ma justice ? Laquelle d’entre vous s’est jamais souciée d’être revêtue de cette robe d’un prix inestimable, sans laquelle vous n’êtes, aux yeux de Dieu, rien de mieux que des sépulcres blanchis ? Que tant d’entre vous, jeunes filles, n’oublient donc pas plus longtemps leur principale et unique parure. Oh ! cherchez à ce que l’Éternel soit votre justice ; sinon, la brûlure viendra bientôt sur vous au lieu de la beauté !

Et que vous dirai-je, à vous qui êtes d’âge mûr, marchands affairés, Marthes embarrassées de soins, qui, avec tous vos gains, n’avez pas encore gagné que l’Éternel soit votre justice ? Hélas ! quel profit tirerez-vous de tout votre travail sous le soleil, si vous ne vous assurez pas cette perle d’un prix inestimable ? Cette seule chose est si absolument nécessaire qu’elle seule peut vous tenir lieu de tout, quand toutes les autres choses vous seront ôtées. Ne travaillez donc plus avec tant d’inquiétude pour la nourriture qui périt, mais désormais cherchez à ce que l’Éternel soit votre justice, une justice qui vous donnera droit à la vie éternelle. Je vois aussi ici beaucoup de têtes blanchies, et peut-être la plupart d’entre elles ne peuvent-elles pas dire : L’Éternel est ma justice. Ô pécheur aux cheveux blancs, je pourrais pleurer sur vous ! Vos cheveux blancs, qui devraient être votre couronne, et dont peut-être vous vous glorifiez, sont maintenant votre honte. Vous ne savez pas que l’Éternel est votre justice : oh ! hâtez-vous donc, hâtez-vous, pécheurs âgés, et cherchez à avoir part à l’amour rédempteur ! Hélas ! vous avez déjà un pied dans la tombe, votre sablier est presque écoulé, votre soleil est sur le point de se coucher, et il se couchera et vous laissera dans des ténèbres éternelles, à moins que l’Éternel ne soit votre justice ! Fuyez donc, oh ! fuyez pour sauver votre vie ! N’ayez point peur. Tout est possible à Dieu. Si vous venez, fût-ce à la onzième heure, le Christ Jésus ne vous mettra point dehors. Cherchez donc à ce que l’Éternel soit votre justice, et suppliez-le de vous faire savoir comment un homme peut naître de nouveau quand il est vieux ! Mais je ne dois pas oublier les agneaux du troupeau. Les paître fut l’un des derniers commandements de mon Seigneur. Je sais qu’il s’irriterait contre moi si je ne leur disais pas que l’Éternel peut être leur justice, et que le royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent. Venez donc, petits enfants, venez à Christ ; le Seigneur Christ sera votre justice. Ne pensez pas que vous soyez trop jeunes pour être convertis. Peut-être beaucoup d’entre vous ont-ils neuf ou dix ans, et ne peuvent pourtant pas dire : L’Éternel est notre justice ; ce que beaucoup ont dit, bien que plus jeunes que vous. Venez donc pendant que vous êtes jeunes. Peut-être ne vivrez-vous pas jusqu’à la vieillesse. N’attendez pas les autres. Si vos pères et vos mères ne veulent pas venir à Christ, venez sans eux. Que les enfants les conduisent, et leur montrent comment l’Éternel peut être leur justice. Notre Seigneur Jésus-Christ aimait les petits enfants. Vous êtes ses agneaux ; il m’ordonne de vous paître. Je prie Dieu de vous rendre disposés de bonne heure à prendre l’Éternel pour votre justice.

Ici donc je pourrais conclure ; mais je ne dois pas oublier les pauvres nègres ; non, je ne le dois pas. Jésus-Christ était mort pour eux aussi bien que pour les autres. Et si je vous nomme les derniers, ce n’est pas que je méprise vos âmes, mais c’est que je voudrais que ce que je vais dire fasse une impression plus profonde sur vos cœurs. Oh ! si vous vouliez chercher à ce que l’Éternel soit votre justice ! Qui sait s’il ne se laissera pas trouver par vous ? Car en Jésus-Christ il n’y a ni homme ni femme, ni esclave ni libre ; vous aussi, vous pouvez être enfants de Dieu, si vous croyez en Jésus. N’avez-vous jamais lu l’histoire de l’eunuque qui appartenait à la reine de Candace ? Un nègre comme vous. Il crut. L’Éternel fut sa justice. Il fut baptisé. Croyez, vous aussi, et vous serez sauvés. Le Christ Jésus est aujourd’hui le même qu’il était hier, et il vous lavera dans son propre sang. Retournez donc chez vous, faites des paroles du texte une prière, et suppliez l’Éternel d’être votre justice. Ainsi soit-il, viens, Seigneur Jésus, viens bientôt dans toutes nos âmes ! Amen, Seigneur Jésus, Amen, et Amen !

Questions pour la réflexion

Pourquoi Whitefield appelle-t-il la propre justice « la dernière idole qu’on arrache du cœur » ?
Parce que, « étant nés une fois sous une alliance des œuvres, il nous est naturel à tous de recourir à une alliance des œuvres ». L’orgueil de la chute nous pousse à vouloir « nous glorifier d’être la cause de notre propre salut » : « nous sommes tous arminiens par nature », et « nous faisons un détour » pour « établir notre propre justice ».
Comment, selon Whitefield, l’Éternel devient-il notre justice — « en un mot, par imputation » ?
Christ, Dieu et homme, « obéit, et accomplit ainsi toute la loi morale à notre place » ; il « mourut aussi d’une mort douloureuse sur la croix, et devint ainsi malédiction » pour nous. Son obéissance active (sa vie) et son obéissance passive (sa mort), « l’une et l’autre ensemble composent cette justice complète qui doit nous être imputée ».
Comment Whitefield répond-il à l’accusation selon laquelle la justice imputée « mène à la licence » ?
« Elle exclut, il est vrai, les œuvres de toute part dans la cause de notre justification aux yeux de Dieu ; mais elle exige les bonnes œuvres comme preuve que cette justice nous est imputée. » Il fait observer que « jamais réformation ne s’est accomplie dans l’Église que par la prédication de la doctrine d’une justice imputée ».
Quelle question Whitefield pose-t-il avec insistance à ses auditeurs au sujet de cette doctrine ?
« Pouvez-vous dire : L’Éternel notre justice ? » — car « un Christ non appliqué n’est point du tout un Christ ». Le mot justice désigne à la fois la justice de Christ imputée et « la sainteté produite en nous » : « Si vous êtes justifiés par le sang, vous êtes aussi sanctifiés par l’Esprit », et Dieu « ne les séparera jamais ».

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L’Écriture dans ce sermon Jérémie 23:6

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Whitefield, George. “L’Éternel notre justice.” Sermon. Ochorus, https://ochorus.com/fr/sermons/the-lord-our-righteousness/.
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Whitefield, George. “L’Éternel notre justice.” Sermon. Ochorus. https://ochorus.com/fr/sermons/the-lord-our-righteousness/.
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