L’intercession, devoir de tout chrétien
George Whitefield

Sermon · 23 min de lecture · Modéré

L’intercession, devoir de tout chrétien

Portrait de George Whitefield George Whitefield

Texte

1 Thessaloniciens 5:25

En bref

Pourquoi y a-t-il si peu d’amour parmi les chrétiens ? Parce que, répond Whitefield, si peu d’entre eux prient les uns pour les autres. Il remet en lumière l’intercession comme la racine négligée de l’amour chrétien — pour qui prier, et comment — et la présente comme un devoir qu’aucun croyant ne peut laisser aux seuls pasteurs.

Si nous recherchons pourquoi l’on trouve si peu d’amour parmi les chrétiens, pourquoi le trait même auquel chacun devrait reconnaître que nous sommes les disciples du saint Jésus est presque banni du monde chrétien, nous découvrirons que cela tient, dans une large mesure, à ce que l’on néglige, ou que l’on ne pratique que superficiellement, cette excellente partie de la prière qu’est l’Intercession, c’est-à-dire l’acte d’implorer pour d’autres la grâce et la miséricorde divines.

Certains oublient ce devoir de prier pour autrui parce qu’ils se souviennent rarement de prier pour eux-mêmes ; et ceux-là mêmes qui sont assidus à prier leur Père qui est dans les cieux sont souvent si égoïstes dans leurs requêtes devant le trône de la grâce qu’ils n’étendent pas, comme ils le devraient, leurs demandes au bien de leurs frères chrétiens ; et par là ils restent en deçà de cette charité chrétienne, de cet amour sincère pour leurs frères, auquel leur sainte profession les oblige à aspirer, et sans lequel, quand même ils distribueraient tous leurs biens pour nourrir les pauvres, et livreraient même leur corps pour être brûlé, cela ne leur servirait de rien.

Puisqu’il en est ainsi, je m’efforcerai, à partir des paroles du texte (bien qu’elles eussent à l’origine une portée plus restreinte), de montrer :

I. Premièrement, qu’il est du devoir de tout chrétien de prier pour les autres aussi bien que pour lui-même.

II. Deuxièmement, je montrerai pour qui nous devons prier, et de quelle manière nous devons le faire. Et,

III. Troisièmement, je proposerai quelques motifs propres à exciter tous les chrétiens à abonder dans ce grand devoir de l’intercession.

I. Premièrement, je m’efforcerai de montrer qu’il est du devoir de tout chrétien de prier pour les autres aussi bien que pour lui-même.

Or la Prière est un devoir fondé sur la religion naturelle ; les païens eux-mêmes ne l’ont jamais négligée, bien que beaucoup de païens chrétiens parmi nous la négligent : et elle est si essentielle au christianisme que l’on pourrait tout aussi raisonnablement s’attendre à trouver un homme vivant sans souffle qu’un vrai chrétien sans l’esprit de prière et de supplication. Ainsi, saint Paul ne fut pas plus tôt converti que le Seigneur tout-puissant dit de lui : « Car il prie ». Et il en sera ainsi de tout enfant de Dieu dès qu’il le devient : c’est à juste titre que l’on a appelé la prière le cri naturel de l’âme nouvellement née.

Car il y a dans le cœur de tout vrai croyant une inclination céleste, une attraction divine, qui l’entraîne à converser avec Dieu aussi sensiblement que l’aimant attire l’aiguille.

Un profond sentiment de leur propre faiblesse et de la plénitude de Christ, une forte conviction de leur corruption naturelle et de la nécessité de la grâce qui renouvelle, ne les laisseront pas cesser de crier jour et nuit vers leur Rédempteur tout-puissant, afin que l’image divine qu’ils ont perdue en Adam soit, par sa médiation toute-puissante et par l’opération sanctifiante de son bienheureux Esprit, commencée, poursuivie et pleinement achevée, tant dans leur âme que dans leur corps.

Voilà avec quelle ardeur, avec quelle insistance, tous les chrétiens sincères prient pour eux-mêmes ; mais comme ils n’ont pas un sentiment aussi vif, aussi durable et aussi profond des besoins de leurs frères chrétiens, ils sont pour la plupart trop négligents et trop défaillants dans leurs prières pour eux. Tandis que, si l’amour de Dieu était répandu dans nos cœurs, et si nous aimions notre prochain de la manière dont le Fils de Dieu, notre Sauveur, nous a aimés, et selon son commandement et son exemple, nous ne pourrions qu’être aussi pressants pour leur bien spirituel et temporel que pour le nôtre, et désirer aussi ardemment, et nous efforcer aussi ardemment, que d’autres aient part aux bienfaits de la mort et de la passion de Jésus-Christ, aussi bien que nous-mêmes.

Que personne ne pense que ce soit là un degré peu commun de charité, un haut sommet de perfection auquel tous ne peuvent atteindre : car, s’il nous est commandé à tous : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (c’est-à-dire tout homme), et même de « donner notre vie pour les frères » ; alors il est du devoir de tous de prier pour leur prochain autant que pour eux-mêmes, et, par tous les actes et toutes les marques possibles d’amour et d’affection envers lui, de montrer en tout temps qu’ils sont prêts à donner même leur vie pour lui, s’il plaisait jamais à Dieu de les y appeler.

Notre bienheureux Sauveur, de même qu’il nous a laissé « un exemple », afin que nous suivions « ses traces » en toute autre chose, l’a fait plus particulièrement en ceci : car dans cette prière divine, parfaite et inimitable (rapportée au chapitre 17 de saint Jean) qu’il fit juste avant sa passion, nous trouvons peu de demandes pour lui-même, mais beaucoup pour le bien de ses disciples ; et dans ce modèle parfait qu’il a bien voulu nous prescrire, il nous est enseigné à dire, non pas mon, mais « Notre Père », pour nous rappeler que, toutes les fois que nous nous approchons du trône de la grâce, nous devons prier non pas pour nous seuls, mais pour tous nos frères en Christ.

L’intercession est donc assurément un devoir qui incombe à tous les chrétiens.

II. Pour qui nous devons intercéder, et comment ce devoir doit s’accomplir, voilà ce qu’il nous faut maintenant considérer.

1. Et d’abord, notre intercession doit être universelle. « J’exhorte donc, avant toutes choses, à faire des prières, des supplications, des requêtes, des actions de grâces, pour tous les hommes », dit l’apôtre. Car, comme la miséricorde de Dieu s’étend sur toutes ses œuvres, comme Jésus-Christ est mort pour racheter un peuple de toutes les nations et de toutes les langues, ainsi nous devons prier pour que « tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité ». Beaucoup de précieuses promesses sont faites dans les saintes Écritures, que l’Évangile sera publié par toute la terre, que « la terre sera remplie de la connaissance de l’Éternel, Comme le fond de la mer par les eaux qui le couvrent » ; c’est pourquoi notre devoir n’est pas de borner nos demandes à notre propre nation, mais de prier pour que toutes ces nations qui sont maintenant assises dans les ténèbres et dans l’ombre de la mort voient briller sur elles, aussi bien que sur nous, le glorieux Évangile. Mais vous n’avez pas besoin que personne vous enseigne cela, puisque vous avez vous-mêmes appris de Dieu, et de Jésus-Christ lui-même, à prier pour que son règne vienne ; et une partie du sens de cette demande, c’est « que l’on connaisse sur la terre ta voie, Et parmi toutes les nations ton salut ».

2. Après la prière pour tous les hommes, nous devons, selon la règle de saint Paul, prier pour les rois ; en particulier pour notre souverain actuel, le roi George, et pour tous ceux qui sont élevés en autorité sous lui : afin que nous menions une vie paisible et tranquille, en toute piété et honnêteté. Car si nous considérons combien le fardeau du gouvernement est lourd, et combien le bien de tout peuple dépend du zèle et de la conduite pieuse de ceux qui le gouvernent ; si nous mettons devant nos yeux les nombreux dangers et les nombreuses difficultés auxquels les gouvernants sont exposés par leur rang, et les tentations continuelles de luxe et de complaisance envers eux-mêmes auxquelles ils sont soumis, non seulement nous les plaindrons, mais nous prierons pour eux : afin que celui qui a préservé Esther, David et Josias « des souillures du monde » au milieu des grandeurs d’une cour, et qui a fait réussir leurs desseins, les garde, eux aussi, saints et irrépréhensibles, et fasse prospérer sur eux toute l’œuvre de leurs mains. Mais

3. Troisièmement, vous devez prier d’une manière plus particulière pour ceux que le Saint-Esprit a « établis évêques » sur vous. C’est ce que saint Paul demande, encore et encore, aux Églises auxquelles il écrit. Il dit dans le texte : « Frères, priez pour nous » ; et encore, dans son épître aux Éphésiens : « Faites en tout temps par l’Esprit toutes sortes de prières et de supplications », et : « Priez pour moi, afin qu’il me soit donné, quand j’ouvre la bouche, de faire connaître hardiment et librement le mystère de l’Évangile ». Et ailleurs, pour exprimer l’ardeur de cette requête et la grande importance de leurs prières pour lui, il exhorte l’Église à « combattre » (ou, selon la force du mot original, à être dans l’agonie) « avec moi, en adressant à Dieu des prières en ma faveur ». Et certes, si le grand saint Paul, ce vase d’élection, ce favori du ciel, avait besoin des prières les plus instantes de ses convertis chrétiens, combien plus les ministres ordinaires de l’Évangile ont-ils besoin de l’intercession de leurs troupeaux respectifs !

Et je ne puis m’empêcher d’insister d’une manière plus particulière sur cette partie de votre devoir, parce que c’est une chose de si grande importance : car, sans aucun doute, beaucoup de bien est souvent retenu à bien des gens parce qu’ils négligent de prier pour leurs ministres, un bien qu’ils auraient reçu s’ils avaient prié pour eux comme ils le devaient. Sans compter que l’on se plaint souvent du manque de pasteurs diligents et fidèles. Mais comment mériteraient-ils de bons pasteurs, ceux qui ne veulent pas prier Dieu avec ardeur pour en obtenir ? Si nous ne voulons pas prier le maître de la moisson, peut-on s’attendre à ce qu’il envoie des ouvriers dans sa moisson ?

D’ailleurs, quelle ingratitude que de ne pas prier pour vos ministres ! Car veilleront-ils et travailleront-ils à la parole et à l’enseignement pour vous et pour votre salut, et vous, en retour, ne prierez-vous pas pour eux ? Si quelqu’un accorde des bienfaits à votre corps, vous trouvez juste, convenable, et de votre strict devoir, de prier pour lui ; et ceux qui chaque jour nourrissent et fortifient votre âme n’auraient-ils point de place dans vos prières ? Ajoutez à tout cela que prier pour vos ministres sera une preuve manifeste que vous croyez que, si Paul plante et si Apollos arrose, c’est pourtant Dieu seul qui fait croître. Et vous trouverez aussi que c’est le meilleur moyen que vous puissiez employer pour avancer votre propre bien ; car Dieu, en réponse à vos prières, peut leur accorder une double portion de son Saint-Esprit, par laquelle ils seront rendus capables de vous dispenser de plus larges mesures de connaissance dans les choses spirituelles, et de dispenser plus habilement la parole de la vérité.

Si seulement les hommes observaient constamment cette règle, et, quand leurs ministres prient Dieu en leur nom, le suppliaient humblement d’exaucer toutes leurs demandes ; ou, quand ils leur parlent au nom de Dieu, priaient pour que le Saint-Esprit descende sur tous ceux qui écoutent la parole, nous verrions un effet bienfaisant plus visible de leur doctrine, et un plus grand amour mutuel entre les ministres et leur peuple. Car alors les mains des ministres seraient soutenues par les intercessions du peuple, et le peuple n’oserait jamais dénigrer ni calomnier ceux qui sont le sujet constant de ses prières.

4. Après nos ministres, nos amis réclament une place dans nos intercessions ; mais alors nous ne devons pas nous contenter de prier pour eux en termes généraux, mais adapter nos prières à leur situation particulière. Quand Marie fut frappée de lèpre par Dieu, Moïse cria et dit : « O Dieu, je te prie, guéris-la! » Et quand le notable vint s’adresser à Jésus-Christ en faveur de son enfant, il dit : « Ma petite fille est à l’extrémité, viens, impose-lui les mains, afin qu’elle soit sauvée et qu’elle vive. » De même, quand nos amis se trouvent dans quelque situation affligeante, nous devons nous efforcer de prier pour eux en ayant particulièrement égard à cette situation. Par exemple, un ami est-il malade ? Nous devons prier pour que, si tel est le bon plaisir de Dieu, cette maladie ne soit point à la mort ; mais que, s’il en est autrement, Dieu lui donne la grâce de si bien recevoir sa visitation qu’au terme de cette vie douloureuse il demeure avec lui dans la vie éternelle. Un ami est-il dans le doute sur une affaire importante ? Nous devons exposer son cas devant Dieu, comme Moïse le fit pour les filles de Tselophchad, et prier pour que le Saint-Esprit de Dieu le conduise dans toute la vérité et lui donne toute direction opportune. Est-il dans le besoin ? Nous devons prier pour que sa foi ne défaille jamais, et qu’au temps marqué par Dieu il soit secouru. Et dans tous les autres cas, nous ne devons pas prier pour nos amis seulement en termes généraux, mais adapter nos demandes à leurs souffrances et à leurs afflictions particulières ; car autrement nous risquons de ne jamais demander peut-être les choses dont nos amis ont le plus besoin.

Il faut avouer qu’une telle manière de faire obligera souvent certains à s’écarter des formules dont ils se servent ; mais si nous nous y accoutumons, et si nous avons un sentiment profond de ce que nous demandons, les plus illettrés ne manqueront pas de mots convenables pour s’exprimer.

Nous trouvons dans la sainte Écriture bien des exemples illustres du succès de cette sorte d’intercession particulière ; mais aucun n’est plus remarquable que celui du serviteur d’Abraham, au livre de la Genèse, qui, envoyé pour chercher une épouse au fils de son maître, Isaac, pria en sa faveur de la manière la plus particulière. Et la suite du récit nous apprend combien sa prière fut remarquablement exaucée. Si les chrétiens d’aujourd’hui priaient pour leurs amis de la même manière particulière, et avec la même foi que le serviteur d’Abraham pria pour son maître, ils recevraient sans aucun doute, en bien des cas, des réponses aussi visibles, et auraient autant de raisons que lui d’en bénir Dieu. Mais

5. De même que nous devons ainsi intercéder pour nos amis, de même aussi devons-nous prier pour nos ennemis. « … bénissez ceux qui vous maudissent (dit Jésus-Christ), et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent. » Ce commandement, il l’a appuyé de la manière la plus forte par son propre exemple : dans les angoisses et les affres mêmes de la mort, il pria jusque pour ses meurtriers : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font. » C’est là, il faut bien l’avouer, un devoir difficile ; il n’est pourtant pas impraticable pour ceux qui ont renoncé aux choses de cette vie présente (dont l’amour désordonné est la source de toutes les inimitiés), et qui, connaissant les terribles malheurs prononcés contre ceux qui scandalisent les petits de Christ, peuvent, par une pitié véritable et dans le sentiment du danger où ils sont, prier pour ceux par qui de tels scandales arrivent.

6. Enfin, et pour conclure ce point, nous devons intercéder pour tous ceux qui sont affligés de quelque manière que ce soit, dans leur esprit, dans leur corps ou dans leurs biens ; pour tous ceux qui désirent nos prières et qui en ont besoin, et pour tous ceux qui ne prient pas pour eux-mêmes.

Oh ! puissent tous ceux qui m’entendent mettre à part chaque jour quelque temps pour s’acquitter comme il convient de ce devoir si nécessaire ! Et afin de vous y porter,

Je vais maintenant passer,

III. À montrer les avantages de l’intercession quotidienne, et à vous présenter quelques considérations propres à vous exciter à la pratiquer. Et

1. Premièrement, elle remplira vos cœurs d’amour les uns pour les autres. Celui qui chaque jour intercède de tout son cœur, devant le trône de la grâce, pour tous les hommes, ne peut manquer d’être en peu de temps rempli d’amour et de charité envers tous ; et l’exercice fréquent de cet amour, de cette manière, élargira insensiblement son cœur et le rendra participant de cette surabondance d’amour qui est en Jésus-Christ notre Seigneur ! L’envie, la malice, la vengeance et toutes les dispositions infernales de ce genre ne sauraient jamais habiter longtemps dans le sein d’un intercesseur rempli de grâce ; il sera au contraire rempli de joie, de paix, de douceur, de patience et de toutes les autres grâces du Saint-Esprit. En exposant souvent devant Dieu les besoins de son prochain, il en sera touché comme s’il les ressentait lui-même ; il se réjouira avec ceux qui se réjouissent, et pleurera avec ceux qui pleurent. Chaque bénédiction accordée à d’autres, au lieu d’exciter en lui l’envie, sera regardée comme une réponse à son intercession particulière, et remplira son âme d’une joie ineffable et glorieuse.

Abondez donc en actes d’intercession, générale et particulière ; et quand vous entendez parler des fautes de votre prochain, au lieu de les raconter à d’autres et de les étaler devant eux, déposez-les en secret devant Dieu, et suppliez-le de les corriger et de les réparer. Quand vous entendez parler d’un pécheur notoire, au lieu de penser que vous faites bien de vous irriter, suppliez Jésus-Christ de le convertir et de faire de lui un monument de sa grâce gratuite ; vous ne sauriez imaginer quel heureux changement cette pratique opérera dans votre cœur, et combien vous croîtrez de jour en jour dans un esprit d’amour et de douceur envers tous les hommes !

Mais de plus, pour vous exciter à la pratique constante de ce devoir de l’intercession, considérez les nombreux exemples que la sainte Écriture nous donne de sa puissance et de son efficacité. De grandes et excellentes choses y sont rapportées comme les fruits de cette divine occupation. Elle a arrêté des fléaux, elle a ouvert et fermé le ciel, et elle a souvent détourné la fureur de Dieu de dessus son peuple. Comme la maison d’Abimélec fut délivrée du mal que Dieu avait envoyé parmi eux, à l’intercession d’Abraham ! Lorsque « Phinées se leva pour intervenir », avec quelle promptitude la plaie s’arrêta ! Lorsque Daniel humilia et affligea son âme, et intercéda pour l’héritage du Seigneur, avec quelle rapidité un ange fut dépêché pour lui dire : « tes paroles ont été entendues » ! Et, pour ne citer plus qu’un exemple, comme Dieu se reconnaît pour ainsi dire vaincu par l’importunité de Moïse, lorsque celui-ci intercédait pour son peuple idolâtre : « Maintenant laisse-moi », dit Dieu !

Voilà qui montre suffisamment, j’oserais presque dire, la toute-puissance de l’intercession, et comment nous pouvons, comme Jacob, lutter avec Dieu, et par une sainte violence l’emporter, tant pour nous-mêmes que pour les autres. Et sans aucun doute, c’est aux intercessions secrètes et victorieuses du petit nombre d’âmes justes qui demeurent encore parmi nous que nous devons que Dieu ait jusqu’ici épargné cette nation si misérablement pécheresse : car s’il ne restait pas quelques fidèles de cette sorte, qui, comme Moïse, se tiennent à la brèche, nous serions bientôt détruits comme le fut Sodome, et réduits en cendres comme Gomorrhe.

Mais, pour vous exciter plus encore à cet exercice de l’intercession, considérez que, selon toute probabilité, c’est l’occupation fréquente des saints glorifiés eux-mêmes : car, bien qu’ils soient délivrés du fardeau de la chair et rendus à la glorieuse liberté des enfants de Dieu, comme leur bonheur ne peut être pleinement consommé avant la résurrection du dernier jour, quand tous leurs frères seront glorifiés avec eux, nous ne pouvons que penser qu’ils supplient souvent avec instance notre Père céleste d’accomplir bientôt le nombre de ses élus et de hâter la venue de son règne. Et nous, qui sommes sur la terre, ne serions-nous pas souvent occupés à cette divine œuvre, avec la glorieuse assemblée des esprits des justes parvenus à la perfection ? Puisque notre bonheur doit consister pour une si grande part dans la communion des saints au sein de l’Église triomphante, là-haut, n’intercéderons-nous pas souvent pour l’Église militante ici-bas, et ne demanderons-nous pas avec ardeur que nous soyons tous un, comme le saint Jésus et son Père sont un, afin que nous aussi soyons rendus parfaitement un ?

Pour vous provoquer à cette grande œuvre, à ce travail de la charité, souvenez-vous que c’est l’occupation incessante du saint et souverainement élevé Jésus lui-même, qui est assis à la droite de Dieu pour entendre toutes nos prières et pour intercéder continuellement en notre faveur ! De sorte que celui qui est constamment occupé à intercéder pour les autres fait sur la terre ce que le Fils éternel de Dieu fait sans cesse dans le ciel.

Représentez-vous donc, lorsque vous élevez des mains saintes dans la prière les uns pour les autres, que vous voyez les cieux ouverts, et le Fils de Dieu dans toute sa gloire, grand souverain sacrificateur de votre salut, plaidant pour vous le mérite tout-suffisant de son sacrifice devant le trône de son Père céleste ! Joignez alors vos intercessions aux siennes, et suppliez-le qu’elles puissent, par lui, monter comme l’encens, et être reçues comme un parfum de bonne odeur, agréable aux yeux de Dieu ! Cette pensée affermira votre foi, excitera dans vos prières une sainte ardeur, et vous fera lutter avec Dieu, comme le fit Jacob, lorsqu’il le vit face à face et que sa vie fut sauvée ; comme Abraham, lorsqu’il plaida pour Sodome ; et comme Jésus-Christ lui-même, lorsque, étant en agonie, il priait d’autant plus instamment, la nuit qui précéda son amère passion.

Et maintenant, frères, que dirai-je de plus, puisque vous êtes enseignés par Jésus-Christ lui-même à abonder dans l’amour, et dans cette bonne œuvre qui consiste à prier les uns pour les autres ? Quelque humbles que vous soyez, fussiez-vous aussi pauvres que Lazare, vous deviendrez alors les bienfaiteurs de tous les hommes ; des milliers, et vingt fois dix mille, seront alors bénis à cause de vous ! Et après avoir consacré ici-bas quelques années à ce divin exercice, vous serez transportés dans ce lieu de bonheur où vous avez si souvent souhaité que d’autres fussent élevés ; et vous serez élevés à vous asseoir à la droite de notre Intercesseur tout-puissant, toujours victorieux, dans le royaume de son Père céleste, dans le siècle à venir.

Toutefois, je ne puis m’empêcher de vous presser maintenant de ce devoir d’une manière toute particulière, parce que vous tous, au milieu desquels j’ai prêché jusqu’ici, selon toute probabilité, ne me reverrez plus : car je m’en vais maintenant loin de vous (sous la conduite, j’en ai la confiance, du très saint Esprit de Dieu), ne sachant pas ce qui m’arrivera ; j’ai donc besoin de vos intercessions les plus instantes, afin que rien ne me détourne de mon devoir, et que je ne fasse « pour moi-même aucun cas de ma vie, comme si elle m’était précieuse, pourvu que j’accomplisse ma course avec joie, et le ministère que j’ai reçu du Seigneur Jésus, d’annoncer la bonne nouvelle de la grâce de Dieu » !

Pendant que j’ai été ici, autant que je le sache, je n’ai pas manqué de vous annoncer toute la volonté de Dieu ; et bien que ma prédication ait pu être pour quelques-uns une odeur de mort, donnant la mort, j’ai pourtant la confiance qu’elle a été aussi pour d’autres une odeur de vie, donnant la vie ; c’est pourquoi j’espère ardemment que ceux-là ne manqueront pas de se souvenir de moi dans leurs prières. Quant à moi, les nombreuses bontés que j’ai reçues de vous sans les avoir méritées ne me permettront pas de vous oublier : du fond de l’abîme, j’en ai la confiance, mon cri montera donc jusqu’à Dieu ; et tandis que les vents et les tempêtes souffleront sur moi, c’est à l’Éternel que j’adresserai pour vous ma supplication. Car encore un peu de temps, et « il nous faut tous comparaître devant le tribunal de Christ » ; là, je devrai rendre un compte rigoureux de la doctrine que j’ai prêchée, et vous, du profit que vous en aurez tiré. Et oh ! puissé-je n’être jamais appelé comme un témoin prompt à déposer contre aucun de ceux dont j’ai sincèrement, quoique trop faiblement, désiré le salut et pour le salut desquels j’ai travaillé !

Il est vrai que quelques-uns m’ont blâmé, comme si j’agissais par des vues intéressées et égoïstes ; mais « il m’importe fort peu d’être jugé … par un tribunal humain » ; j’espère que mon œil est simple ; mais je vous en conjure, frères, par les compassions de Dieu en Jésus-Christ, priez qu’il le soit davantage ! Et que je croisse, de l’accroissement de la grâce, dans la connaissance et l’amour de Dieu, par Jésus-Christ notre Seigneur.

Et maintenant, frères, que dirai-je de plus ? Je voudrais prolonger bien davantage mon discours ; car je ne pourrai jamais exprimer pleinement le désir de mon âme envers vous ! Enfin donc, frères, tout ce qui est saint, « tout ce qui est pur », « tout ce qui est honorable », « tout ce qui mérite l’approbation » ; s’il y a « quelque consolation en Christ », « s’il y a quelque union d’esprit », s’il y a quelque espérance que nous paraissions, pour notre consolation mutuelle, devant le redoutable tribunal de Jésus-Christ, que ce que vous avez entendu « soit l’objet de vos pensées », ainsi que ce que vos pasteurs vous ont annoncé et vous annonceront encore ; et, demeurant sous leur ministère, « travaillez à votre salut avec crainte et tremblement » : de sorte que, soit que je ne doive jamais plus vous revoir, soit qu’il plaise à Dieu de me ramener un jour parmi vous, j’aie toujours la satisfaction de savoir que vous vous conduisez « d’une manière digne de l’Évangile de Christ ».

Je me persuade presque que je pourrais volontiers tout souffrir, pourvu que cela pût de quelque manière avancer le salut de vos âmes précieuses et immortelles ; et je vous en conjure, comme ma dernière requête : « Obéissez à vos conducteurs », eux « qui vous dirigent dans le Seigneur » ; et soyez toujours prêts à suivre leur ministère, comme c’est votre devoir impérieux. Ne pensez pas que je désire être élevé moi-même aux dépens de la réputation d’un autre ; pensez plutôt ceci : qu’il ne faut admirer outre mesure la personne d’aucun homme ; mais ayez pour tous vos ministres beaucoup d’estime et d’affection, comme ils le méritent justement à cause de leur œuvre.

Et maintenant, frères, « je vous recommande à Dieu et à la parole de sa grâce, à celui qui peut édifier et donner l’héritage avec tous les sanctifiés. » Que Dieu vous récompense de toutes vos œuvres de foi et de tous vos travaux de charité, et qu’il vous fasse abonder de plus en plus en toute bonne parole et en toute bonne œuvre envers tous les hommes. Qu’il convertisse véritablement tous ceux qui ont été convaincus, et qu’il réveille tous ceux qui sont morts dans leurs offenses et dans leurs péchés ! Qu’il affermisse tous ceux qui chancellent ! Et puissiez-vous tous avancer d’un degré de grâce à un autre, jusqu’à ce que vous parveniez à la mesure de la stature parfaite de Christ, et être ainsi rendus propres à paraître devant ce Dieu auprès de qui sont « d’abondantes joies », et à la droite duquel sont des « délices éternelles » ! Amen ! Amen !

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Whitefield, George. “L’intercession, devoir de tout chrétien.” Sermon. Ochorus, https://ochorus.com/fr/sermons/intercession-every-christians-duty/.
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