Sermon · 33 min de lecture · Modéré

Christ, sagesse, justice, sanctification et rédemption du croyant

Portrait de George Whitefield George Whitefield

Texte

1 Corinthiens 1:30

En bref

Whitefield voit dans ce verset l’un des plus riches de toute la Bible, et le prêche comme l’Évangile tout entier en miniature: Christ fait pour le croyant sagesse, justice, sanctification et rédemption — un don quadruple, chaque part en son ordre, et le tout découlant de l’amour éternel du Père.

De tous les versets du livre de Dieu, celui que je viens de vous lire est, je crois, l’un des plus riches de sens: quelle bonne nouvelle il apporte aux croyants! De quels précieux privilèges il les investit! Comme il les conduit ici à la source de tous ces biens, je veux dire à l’amour, à l’amour éternel de Dieu le Père! « Or, c’est par lui que vous êtes en Jésus-Christ, lequel, de par Dieu, a été fait pour nous sagesse, justice et sanctification et rédemption. »

Sans vous renvoyer au contexte, je veux, à partir de ces paroles,

Premièrement, vous montrer la source d’où découlent toutes les bénédictions auxquelles les élus de Dieu ont part en Jésus-Christ: « lequel, de par Dieu, a été fait pour nous ». Et,

Deuxièmement, je considérerai quelles sont ces bénédictions: « sagesse, justice et sanctification et rédemption ».

Premièrement, je voudrais vous montrer la source d’où découlent toutes les bénédictions auxquelles les élus de Dieu ont part en Jésus: « lequel, de par Dieu, a été fait pour nous »; c’est du Père qu’il est ici question. Non que Jésus-Christ ne soit pas Dieu lui aussi; mais Dieu le Père est la source de la Divinité; et si nous considérons Jésus-Christ dans son office de Médiateur, Dieu le Père est plus grand que lui. Il y eut un pacte éternel entre le Père et le Fils: « J’ai fait alliance avec mon élu, j’ai juré à David, mon serviteur »; or David était une figure de Christ, avec qui le Père fit alliance: s’il voulait obéir et souffrir, et s’offrir lui-même en sacrifice pour le péché, il « verra une postérité et prolongera ses jours; Et l’œuvre de l’Éternel prospérera entre ses mains ». C’est à ce pacte que notre Seigneur se réfère dans la glorieuse prière rapportée au dix-septième chapitre de Jean; et c’est pourquoi il prie pour tous ceux que le Père lui a donnés, ou plutôt il les réclame avec une pleine assurance: « Père, je veux que là où je suis ceux que tu m’as donnés soient aussi avec moi. » C’est pour cette même raison que l’apôtre éclate en louanges à Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ; car il a aimé les élus d’un amour éternel, ou, comme le dit notre Seigneur, « avant la fondation du monde »; et c’est pourquoi, pour leur montrer à qui ils sont redevables de leur salut, notre Seigneur, au vingt-cinquième chapitre de Matthieu, se représente lui-même disant: « Venez, vous qui êtes les enfants bénis de mon Père; prenez possession du royaume qui vous a été préparé dès la fondation du monde. » Et de même, répondant à la mère des fils de Zébédée, il dit: « cela ne dépend pas de moi, et ne sera donné qu’à ceux à qui mon Père l’a réservé ». Aussi l’apôtre, parlant ici des privilèges du chrétien, de peur que les croyants ne sacrifient à leur propre filet, ou ne s’imaginent devoir leur salut à leur propre fidélité ou au bon usage de leur libre arbitre, les invite-t-il à regarder en arrière vers l’amour éternel de Dieu le Père: « lequel, de par Dieu, a été fait pour nous », etc.

Plût à Dieu que l’on considérât davantage ce point de doctrine, et que l’on s’appliquât davantage à l’étude de l’alliance de la rédemption entre le Père et le Fils! Nous n’aurions pas alors tant de disputes contre la doctrine de l’élection, et nous ne l’entendrions pas condamner (même par des hommes de bien) comme une doctrine de démons. Pour ma part, je ne vois pas comment on peut parvenir à une véritable humilité d’esprit sans la connaître; et bien que je ne dise pas que quiconque nie l’élection soit un méchant homme, je dirai pourtant, avec ce doux chantre, M. Trail, que c’est un fort mauvais signe: un tel homme, quel qu’il soit, ne peut, je pense, se connaître véritablement lui-même; car si nous nions l’élection, nous devons, en partie du moins, nous glorifier en nous-mêmes; or notre rédemption est ainsi ordonnée que nulle chair ne se glorifie devant Dieu; et c’est pourquoi l’orgueil de l’homme s’oppose à cette doctrine, parce que, selon cette doctrine et nulle autre, « celui qui se glorifie doit se glorifier uniquement dans le Seigneur ». Mais que dirai-je? L’élection est un mystère qui brille d’un éclat si resplendissant que, pour employer les paroles de quelqu’un qui a bu à longs traits à l’amour qui élit, elle éblouit les yeux faibles de certains des chers enfants de Dieu eux-mêmes; toutefois, qu’ils le sachent ou non, toutes les bénédictions qu’ils reçoivent, tous les privilèges dont ils jouissent ou jouiront par Jésus-Christ, découlent de l’amour éternel de Dieu le Père: « Or, c’est par lui que vous êtes en Jésus-Christ, lequel, de par Dieu, a été fait pour nous sagesse, justice et sanctification et rédemption. »

Deuxièmement, j’en viens à montrer quelles sont ces bénédictions qui sont ici, par Christ, assurées aux élus. Et,

1. Premièrement, Christ leur est fait sagesse; mais en quoi consiste la vraie sagesse? Si je le demandais à certains d’entre vous, peut-être me répondriez-vous: à satisfaire la convoitise de la chair, et à dire à son âme: mange, bois, et réjouis-toi. Mais ce n’est là que la sagesse des bêtes; elles ont autant de goût et d’appétit pour les plaisirs des sens que le plus grand épicurien de la terre. D’autres me diraient que la vraie sagesse consiste à ajouter maison à maison et champ à champ, et à donner son propre nom à ses terres: mais ce ne peut être la vraie sagesse; car souvent la richesse se fait des ailes, et, comme l’aigle, s’envole vers les cieux. La Sagesse elle-même nous l’assure: « la vie d’un homme ne dépend pas de ses biens, fût-il dans l’abondance »; vanité, vanité, tout cela n’est que vanité; car si les richesses ne quittent pas leur possesseur, leur possesseur doit bientôt les quitter; « car les riches aussi doivent mourir, et laisser à d’autres leurs biens »; leurs richesses ne peuvent leur procurer le rachat du tombeau, vers lequel nous nous hâtons tous à grands pas.

Mais peut-être méprisez-vous les richesses et les plaisirs, et placez-vous donc la sagesse dans la science des livres: mais il vous est possible de compter le nombre des étoiles et de leur donner à toutes des noms, et d’être pourtant de purs insensés; les savants ne sont pas toujours sages; bien plus, notre savoir ordinaire, tant vanté, ne fait des hommes qu’autant d’insensés accomplis. Aussi, pour ne pas vous tenir plus longtemps en suspens, et pour vous humilier du même coup, je vous enverrai à l’école d’un païen, apprendre ce qu’est la vraie sagesse: « Connais-toi toi-même », disait l’un des sages de la Grèce; voilà certainement la vraie sagesse, et c’est là cette sagesse dont parle le texte, et que Jésus-Christ est fait pour tous les pécheurs élus: ils sont amenés à se connaître eux-mêmes, de sorte qu’ils n’ont pas d’eux-mêmes une plus haute opinion qu’ils ne le doivent. Autrefois ils étaient ténèbres, maintenant ils sont lumière dans le Seigneur; et dans cette lumière ils voient leurs propres ténèbres; ils se lamentent maintenant sur eux-mêmes, créatures déchues par nature, morts par leurs offenses et par leurs péchés, fils et héritiers de l’enfer, et enfants de colère; ils voient maintenant que toute leur justice n’est que comme un vêtement souillé; qu’il n’y a rien de sain dans leur âme; qu’ils sont pauvres et misérables, aveugles et nus; et qu’il n’y a sous le ciel aucun autre nom qui ait été donné par lequel ils puissent être sauvés, que celui de Jésus-Christ. Ils voient la nécessité de s’attacher à un Sauveur, et contemplent la sagesse de Dieu qui l’a établi pour être Sauveur; ils sont aussi rendus disposés à accepter le salut aux conditions mêmes de notre Seigneur, et à le recevoir comme leur tout en tous; c’est ainsi que Christ leur est fait sagesse.

2. Deuxièmement, justice: « lequel, de par Dieu, a été fait pour nous sagesse, justice ». Toute la justice personnelle de Christ leur est transférée et comptée comme leur appartenant. Ils sont rendus capables de saisir Christ par la foi, et Dieu le Père efface leurs transgressions comme une nuée épaisse: il ne se souvient plus de leurs péchés ni de leurs iniquités; ils deviennent justice de Dieu en Jésus-Christ, qui est « la fin de la loi, pour la justification de tous ceux qui croient ». En un sens, Dieu ne voit plus maintenant de péché en eux; toute l’alliance des œuvres est accomplie en eux; ils sont réellement justifiés, acquittés, et regardés comme justes aux yeux de Dieu; ils sont parfaitement agréés dans le bien-aimé; ils ont tout pleinement en lui; l’épée flamboyante de la colère de Dieu, qui auparavant s’agitait de tous côtés, est maintenant écartée, et le libre accès à l’arbre de vie leur est donné; ils sont rendus capables d’étendre le bras de la foi, de cueillir, et de vivre éternellement. C’est pourquoi l’apôtre, pénétré du sentiment de ce bienheureux privilège, éclate en ce langage triomphant: « C’est Christ qui justifie; qui les condamnera? » Le péché condamne-t-il? La justice de Christ délivre les croyants de sa culpabilité: Christ est leur Sauveur, et il est devenu une propitiation pour leurs péchés: qui donc accusera les élus de Dieu? La loi condamne-t-elle? Parce que la justice de Christ leur est imputée, ils sont morts à la loi en tant qu’alliance des œuvres; Christ l’a accomplie pour eux et à leur place. La mort les menace-t-elle? Ils n’ont pas à craindre: l’aiguillon de la mort, c’est le péché; et la puissance du péché, c’est la loi; mais Dieu leur a donné la victoire en leur imputant la justice du Seigneur Jésus.

Et quel privilège est-ce là! Les anges pouvaient bien dire aux humbles bergers, à la naissance de Christ: « Voici, je vous annonce une bonne nouvelle, le sujet d’une grande joie »; pour vous qui croyez en Christ, « il vous est né un Sauveur ». Et les anges peuvent bien se réjouir de la conversion des pauvres pécheurs; car le Seigneur est leur justice; ils ont la paix avec Dieu par la foi au sang de Christ, et ne viendront jamais en condamnation. Ô croyants! (car ce discours vous est destiné d’une manière toute particulière) relevez la tête; « réjouissez-vous toujours dans le Seigneur; je le répète, réjouissez-vous ». Christ vous est fait, de par Dieu, justice: que devriez-vous donc craindre? Vous êtes devenus justice de Dieu en lui; vous pouvez être appelés « L’Éternel notre justice ». De quoi donc auriez-vous peur? Qui vous séparera désormais de l’amour de Christ? « Sera-ce la tribulation, ou l’angoisse, ou la persécution, ou la faim, ou la nudité, ou le péril, ou l’épée? Non, j’ai l’assurance que ni la mort ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni les choses présentes ni les choses à venir, ni les puissances, ni la hauteur, ni la profondeur, ni aucune autre créature ne pourra vous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur », lequel, de par Dieu, vous a été fait justice.

C’est là un glorieux privilège, mais ce n’est que le commencement du bonheur des croyants. Car,

3. Troisièmement, Christ ne leur est pas seulement fait justice, mais aussi sanctification. Par sanctification, je n’entends pas une simple assistance hypocrite aux ordonnances extérieures, bien que des chrétiens bien instruits estimeront que c’est leur devoir et leur privilège d’assister constamment à toutes les ordonnances extérieures. Je n’entends pas non plus par sanctification une simple réforme extérieure, quelques convictions passagères, ou un peu de tristesse légale; car tout cela, un homme non sanctifié peut l’avoir; mais par sanctification j’entends un renouvellement total de l’homme tout entier. Par la justice de Christ, les croyants deviennent vivants selon la loi; par la sanctification, ils sont rendus vivants spirituellement; par l’une ils ont droit à la gloire, par l’autre ils sont rendus propres à la gloire. Ils sont donc sanctifiés tout entiers: l’esprit, l’âme et le corps.

Leur intelligence, auparavant enténébrée, devient maintenant lumière dans le Seigneur; leur volonté, auparavant contraire à celle de Dieu, ne fait maintenant plus qu’une avec elle; leurs affections sont maintenant attachées aux choses d’en haut; leur mémoire est maintenant remplie des choses divines; leur conscience naturelle est maintenant éclairée; leurs membres, qui étaient auparavant livrés comme instruments à l’impureté et à l’iniquité, pour arriver à l’iniquité, sont maintenant de nouvelles créatures; « Les choses anciennes sont passées; voici, toutes choses sont devenues nouvelles » dans leur cœur: le péché n’a plus désormais de pouvoir sur eux; ils sont délivrés de sa puissance, sinon de sa présence en eux; ils sont saints de cœur et de vie, dans toute leur conduite; ils sont rendus participants de la nature divine, et c’est de Jésus-Christ qu’ils reçoivent la grâce; et chaque grâce qui est en Christ est copiée et transcrite dans leur âme; ils sont transformés à sa ressemblance; il est formé au dedans d’eux; ils demeurent en lui, et lui en eux; ils sont conduits par l’Esprit, et en portent les fruits; ils savent que Christ est leur Emmanuel, Dieu avec eux et en eux; ils sont les temples vivants du Saint-Esprit. Et c’est pourquoi, étant une sainte habitation pour le Seigneur, la Trinité tout entière habite et marche en eux; dès ici-bas, ils sont assis ensemble avec Christ dans les lieux célestes, et sont vitalement unis à lui, leur Chef, par une foi vivante; leur Rédempteur, leur Créateur, est leur époux; ils sont chair de sa chair, os de ses os; ils s’entretiennent, ils marchent avec lui, comme un homme s’entretient et marche avec son ami; en un mot, ils sont un avec Christ, comme Jésus-Christ et le Père sont un.

C’est ainsi que Christ est fait sanctification pour les croyants. Et oh! quel privilège est-ce là! Être changés de bêtes en saints, et, de diaboliques qu’ils étaient, être rendus participants de la nature divine; être transportés du royaume de Satan dans le royaume du Fils bien-aimé de Dieu! Se dépouiller du vieil homme, qui se corrompt, et revêtir l’homme nouveau, créé selon Dieu dans une justice et une sainteté que produit la vérité! Oh! quelle bénédiction ineffable est-ce là! Je demeure presque saisi d’étonnement à la contempler. L’apôtre pouvait bien exhorter les croyants à se réjouir dans le Seigneur; en vérité, ils ont sujet de se réjouir toujours, oui, de se réjouir sur un lit de mort; car le royaume de Dieu est en eux; ils sont transformés de gloire en gloire, comme par le Seigneur, l’Esprit. Cela peut bien être un mystère pour l’homme naturel, car c’est un mystère même pour l’homme spirituel, un mystère qu’il ne peut sonder. Vos yeux ne sont-ils pas souvent éblouis, ô enfants de Dieu, à regarder votre propre éclat, quand la lampe du Seigneur resplendit et que votre Rédempteur fait lever sur vos âmes la lumière de sa face bénie? N’êtes-vous pas dans l’étonnement quand vous sentez l’amour de Dieu répandu dans vos cœurs par le Saint-Esprit, et que Dieu vous tend le sceptre d’or de sa miséricorde et vous invite à demander ce que vous voudrez, et cela vous sera accordé? Cette paix de Dieu, qui garde et gouverne vos cœurs, ne dépasse-t-elle pas les limites extrêmes de votre intelligence? Et la joie que vous éprouvez n’est-elle pas ineffable? N’est-elle pas pleine de gloire? J’en suis persuadé; et dans votre communion secrète, quand l’amour du Seigneur afflue dans vos âmes, vous êtes pour ainsi dire engloutis, ou, pour employer l’expression de l’apôtre, « remplis jusqu’à toute la plénitude de Dieu ». N’êtes-vous pas prêts à vous écrier avec Salomon: « Le Seigneur habiterait-il donc véritablement ainsi avec les hommes! » Comment se fait-il que nous soyons ainsi tes fils et tes filles, ô Seigneur Dieu tout-puissant!

Si vous êtes enfants de Dieu, et savez ce que c’est que d’être en communion avec le Père et avec le Fils; si vous marchez par la foi et non par la vue, je suis assuré que tel est souvent le langage de votre cœur.

Mais regarde en avant, et vois s’étendre devant toi une perspective sans bornes de bonheur éternel, ô croyant! Ce que tu as déjà reçu n’est que les prémices, comme la grappe de raisin rapportée du pays de Canaan; seulement un gage et une arrhe de biens encore infiniment meilleurs à venir: la moisson doit suivre; ta grâce doit un jour être engloutie dans la gloire. Ton grand Josué, ton souverain sacrificateur miséricordieux, t’accordera une large entrée dans la terre promise, ce repos qui attend les enfants de Dieu: car Christ n’est pas seulement fait pour les croyants sagesse, justice et sanctification, mais aussi rédemption.

Mais avant d’aborder l’explication et la contemplation de ce privilège,

Premièrement, apprenez de là la grande erreur de ces écrivains et de ces ecclésiastiques qui, tout en parlant de sanctification et de sainteté intérieure (comme en effet ils le font parfois, quoique d’une manière fort vague et superficielle), en font généralement la cause de notre justification, alors qu’ils devraient la considérer comme en étant l’effet. « Or, c’est par lui que vous êtes en Jésus-Christ, lequel, de par Dieu, a été fait pour nous sagesse, justice, (et ensuite) sanctification. » Car la justice de Christ, c’est-à-dire ce que Christ a fait à notre place, hors de nous, est la seule cause de notre acceptation aux yeux de Dieu, et de toute sainteté opérée en nous: c’est vers elle, et non vers la lumière intérieure ou quoi que ce soit d’opéré au dedans, que les pauvres pécheurs doivent se tourner pour être justifiés aux yeux de Dieu. C’est à cause de la seule justice de Christ, et non de quoi que ce soit d’opéré en nous, que Dieu nous regarde avec faveur; notre sanctification, au mieux, n’est pas complète en cette vie: bien que nous soyons délivrés de la puissance du péché, nous ne sommes pas affranchis de sa présence en nous; or non seulement la domination, mais la présence même du péché en nous est interdite par la loi parfaite de Dieu: car il n’est pas dit: tu ne céderas pas à la convoitise, mais « Tu ne convoiteras point ». De sorte que, tant que le principe de la convoitise demeure au moindre degré dans notre cœur, si saints que nous soyons par ailleurs, nous ne pouvons, à cause de lui, espérer être agréés de Dieu. Nous devons donc d’abord chercher une justice hors de nous, à savoir la justice de notre Seigneur Jésus-Christ: c’est pour cette raison que l’apôtre la mentionne et la place avant la sanctification, dans les paroles du texte. Et quiconque enseigne une autre doctrine ne prêche pas la vérité qui est en Jésus.

Deuxièmement, on peut aussi réfuter par là les antinomiens et les hypocrites formalistes, qui parlent de Christ hors d’eux, mais ne savent rien, par expérience, d’une œuvre de sanctification opérée au dedans d’eux. Quelles que soient leurs prétentions, puisque Christ n’est pas en eux, le Seigneur n’est pas leur justice, et ils n’ont aucune espérance bien fondée de la gloire: car si la sanctification n’est pas la cause, elle est pourtant l’effet de notre acceptation auprès de Dieu: « lequel, de par Dieu, a été fait pour nous justice et sanctification ». Celui donc qui est réellement en Christ est une nouvelle créature; ce n’est pas retourner à une alliance des œuvres que de regarder dans notre cœur et, voyant qu’il est changé et renouvelé, d’en tirer une assurance consolante et bien fondée de la sûreté de notre état: non, c’est au contraire ce à quoi l’Écriture nous dirige; c’est à ce que nous portons des fruits que nous devons juger si nous avons jamais eu véritablement part à l’Esprit de Dieu. « Nous savons (dit Jean) que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons les frères. » Et nous aurons beau parler de la justice de Christ et nous récrier contre les prédicateurs légalistes, si nous ne sommes pas saints de cœur et de vie, si nous ne sommes pas sanctifiés et renouvelés par l’Esprit dans notre intelligence, nous nous séduisons nous-mêmes, nous ne sommes que des hypocrites formalistes: car nous ne devons pas séparer ce que Dieu a joint; nous devons garder le juste milieu entre les deux extrêmes: ne pas tant insister, d’une part, sur Christ hors de nous, que nous excluions Christ en nous, comme preuve que nous sommes à lui et comme préparation au bonheur à venir; ni, d’autre part, nous appuyer tellement sur une justice inhérente, ou une sainteté opérée en nous, que nous excluions la justice de Jésus-Christ hors de nous. Mais,

4: Quatrièmement, poursuivons maintenant et considérons l’autre anneau, ou plutôt l’extrémité, de la chaîne d’or des privilèges du croyant: la rédemption. Mais il nous faut regarder très haut; car son sommet, comme l’échelle de Jacob, atteint le ciel, où tous les croyants monteront pour être placés à la droite de Dieu. « Lequel, de par Dieu, a été fait pour nous sagesse, justice et sanctification et rédemption. »

Voilà bien une chaîne d’or! Et, ce qui vaut mieux que tout, aucun anneau n’en pourra jamais être arraché à l’autre. N’y eût-il pas d’autre texte dans le livre de Dieu, celui-ci suffirait à prouver la persévérance finale des vrais croyants: car jamais encore Dieu n’a justifié un homme qu’il n’ait sanctifié, ni sanctifié un homme qu’il n’ait pleinement racheté et glorifié. Non! quant à Dieu, sa voie, ses œuvres sont parfaites; il a toujours poursuivi et achevé l’œuvre qu’il avait commencée; il en fut ainsi dans la première création, il en est de même dans la nouvelle: quand Dieu dit: « Que la lumière soit », la lumière est, dont l’éclat va croissant jusqu’au milieu du jour, jusqu’à ce que les croyants entrent dans leur repos éternel, comme Dieu est entré dans le sien. Ceux que Dieu a justifiés, il les a en effet glorifiés: car si la dignité d’un homme n’a pas été la cause pour laquelle Dieu lui a donné la justice de Christ, son indignité ne sera pas non plus une cause pour qu’il la lui retire; Dieu ne se repent pas de ses dons et de son appel. Et je ne puis croire qu’ils aient une idée claire de la justice de Christ, ceux qui nient la persévérance finale des saints; je crains qu’ils n’entendent la justification dans ce sens étroit où je l’entendais moi-même il y a quelques années, comme n’impliquant rien de plus que la rémission des péchés: or elle ne signifie pas seulement la rémission des péchés passés, mais aussi un droit d’alliance à tous les biens à venir. Si Dieu nous a donné son Fils unique, comment ne nous donnera-t-il pas aussi toutes choses avec lui? Aussi l’apôtre, après avoir dit: « Lequel, de par Dieu, a été fait pour nous justice », ne dit-il pas: peut-être nous sera-t-il fait sanctification et rédemption; mais: « il a été fait »; car il y a entre ces bienheureux privilèges un lien éternel et indissoluble. Comme l’obéissance de Christ est imputée aux croyants, ainsi sa persévérance dans cette obéissance doit leur être imputée aussi; et c’est faire preuve d’une grande ignorance de l’alliance de grâce et de rédemption que d’y objecter.

Par le mot de rédemption, il nous faut entendre non seulement une délivrance complète de tout mal, mais aussi la pleine jouissance de tout bien, dans le corps comme dans l’âme. Je dis bien: dans le corps comme dans l’âme; car le Seigneur est aussi pour le corps; les corps des saints, en cette vie, sont les temples du Saint-Esprit; Dieu fait alliance avec la poussière des croyants; après la mort, bien que les vers les détruisent, dans leur chair pourtant ils verront Dieu. Je crains, à vrai dire, qu’il n’y ait de nos jours quelques sadducéens, ou du moins quelques hérétiques, qui disent, soit qu’il n’y a point de résurrection du corps, soit que la résurrection est déjà arrivée, à savoir dans notre régénération. De là vient que l’on nie la venue de notre Seigneur dans la chair au jour du jugement; et, par conséquent, il nous faudrait rejeter le sacrement de la cène du Seigneur. Car pourquoi annoncerions-nous la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne pour juger, s’il est déjà venu juger nos cœurs et ne doit pas venir une seconde fois? Mais tout cela n’est que le raisonnement d’hommes ignorants et mal affermis, qui certainement ne comprennent ni ce qu’ils disent, ni ce qu’ils affirment. Que nous devions suivre notre Seigneur dans la régénération, avoir part à une nouvelle naissance, et que Christ doive entrer dans nos cœurs, nous le confessons volontiers; et nous espérons, quand nous parlons de ces choses, ne rien dire de plus que ce que nous savons et éprouvons. Mais il est clair aussi que Jésus-Christ viendra plus tard pour le jugement, et qu’il est monté au ciel avec le corps qu’il avait ici-bas sur la terre; car il dit, après sa résurrection: « touchez-moi et voyez: un esprit n’a ni chair ni os, comme vous voyez que j’ai ». Et il est clair que la résurrection de Christ était le gage de la nôtre; car l’apôtre dit: « Christ est ressuscité des morts, il est les prémices de ceux qui sont morts; et comme tous meurent en Adam et sont sujets à la mortalité, de même tous ceux qui sont en Christ, le second Adam, qui a représenté les croyants comme leur chef d’alliance, seront assurément rendus à la vie, c’est-à-dire ressusciteront avec leur corps au dernier jour ».

Voici donc, ô croyants, un degré, le plus bas il est vrai, de cette rédemption à laquelle vous aurez part un jour: je veux dire la rédemption de vos corps; car il faut que ce corps corruptible revête l’incorruptibilité, et que ce corps mortel revête l’immortalité. Vos corps, aussi bien que vos âmes, ont été donnés à Jésus-Christ par le Père; ils ont été leurs compagnons dans les veilles, dans les jeûnes et dans la prière: vos corps donc, aussi bien que vos âmes, Jésus-Christ les ressuscitera au dernier jour. Ne craignez donc pas, ô croyants, de regarder dans la tombe: car pour vous elle n’est rien d’autre qu’un dortoir consacré, où vos corps dormiront en paix jusqu’au matin de la résurrection; alors la voix de l’archange retentira, la trompette de Dieu donnera l’alarme universelle: « Levez-vous, morts, et venez au jugement »; la terre, l’air, le feu et l’eau rendront vos atomes dispersés, et, dans le corps comme dans l’âme, vous serez toujours avec le Seigneur. Je ne doute pas que plusieurs d’entre vous ne gémissent sous des corps infirmes, et ne se plaignent souvent que le corps mortel appesantisse l’âme immortelle; c’est du moins mon cas; mais prenons un peu patience, et nous serons délivrés de nos prisons terrestres; bientôt ces tentes d’argile seront détruites, et nous serons revêtus de notre domicile céleste. Un jour, nos corps seront rendus spirituels, et loin d’entraver nos âmes par leur faiblesse, ils deviendront forts; si forts qu’ils pourront soutenir, au-delà de toute mesure, un poids éternel de gloire. D’autres encore ont peut-être des corps difformes, décharnés aussi par la maladie et usés par le travail et par l’âge; mais attendez un peu, jusqu’à ce que vienne votre bienheureuse transformation par la mort: alors vos corps seront renouvelés et rendus glorieux, semblables au corps glorieux de Christ; nous pouvons nous en faire quelque faible idée d’après le récit qui nous est donné de la transfiguration de notre Seigneur sur la montagne, où il est dit: « Ses vêtements devinrent resplendissants, et son visage plus éclatant que le soleil. » Le croyant peut donc bien éclater dans le langage triomphant de l’apôtre: « O mort, où est ton aiguillon! O sépulcre, où est ta victoire! »

Mais qu’est-ce que la rédemption du corps, en comparaison de la rédemption de la meilleure partie de nous-mêmes, nos âmes? Il me faut donc vous dire, à vous croyants, ce que l’ange dit à Jean: « Monte plus haut »; et considérons aussi clairement que nous le pouvons, à une telle distance, la rédemption que Christ a acquise pour vous et dont il vous mettra bientôt en possession effective. Déjà vous êtes justifiés, déjà vous êtes sanctifiés, et par là affranchis de la culpabilité et de la domination du péché; mais, comme je l’ai fait remarquer, l’être même du péché et sa présence en vous demeurent encore; Dieu juge bon de laisser quelques Amalécites dans le pays, pour tenir son Israël en haleine. Le chrétien le plus parfait, j’en suis persuadé, doit reconnaître, avec l’un de nos Articles, « que la corruption de la nature demeure même chez les régénérés; que la chair convoite toujours contre l’esprit, et l’esprit contre la chair ». De sorte que les croyants ne peuvent accomplir les choses de Dieu avec la perfection qu’ils désirent; cela afflige leur âme juste jour après jour et, avec le saint apôtre, les fait s’écrier: « Qui nous délivrera du corps de cette mort! » Je rends grâces à Dieu: notre Seigneur Jésus-Christ le fera, mais pas complètement avant le jour de notre départ; alors l’être même du péché sera détruit, et un terme éternel sera mis à la corruption innée qui habite en nous. Et n’est-ce pas là une grande rédemption? Je suis sûr que les croyants l’estiment telle: car rien n’afflige autant le cœur d’un enfant de Dieu que les restes du péché qui habite en lui. De plus, les croyants sont souvent attristés par diverses épreuves; Dieu voit qu’il leur est nécessaire et bon d’être ainsi; et bien qu’ils soient parfois hautement favorisés et ravis dans la communion de Dieu jusqu’au troisième ciel, souvent pourtant un ange de Satan est envoyé pour les souffleter, de peur qu’ils ne s’enorgueillissent de l’abondance des révélations. Mais ne vous lassez point, ne perdez pas courage: le temps de votre rédemption complète approche. Au ciel, le méchant cessera de vous tourmenter, et vos âmes fatiguées jouiront d’un repos éternel; les traits enflammés du malin ne peuvent atteindre ces régions bienheureuses: Satan ne viendra plus jamais se présenter parmi les fils de Dieu, ni les troubler, ni les accuser, une fois que le Seigneur Jésus-Christ aura fermé la porte. Vos âmes justes sont maintenant affligées jour après jour par la conduite impie des méchants; l’ivraie croît à présent parmi le froment; des loups viennent en vêtements de brebis: mais la rédemption dont parle le texte délivrera vos âmes de toute inquiétude à cet égard; un jour vous jouirez d’une parfaite communion des saints; rien d’impur ni de non sanctifié n’entrera dans le lieu très saint qui vous est préparé là-haut. De cela, et de tout mal quel qu’il soit, vous serez délivrés quand votre rédemption sera enfin rendue complète dans le ciel; et non seulement cela, mais vous entrerez dans la pleine jouissance de tout bien. Il est vrai que tous les saints n’auront pas le même degré de bonheur, mais tous seront aussi heureux que leur cœur peut le désirer. Croyants, vous jugerez les mauvais anges, et vous converserez familièrement avec les bons; vous serez à table avec Abraham, Isaac et Jacob, et avec tous les esprits des justes parvenus à la perfection; et, pour résumer tout votre bonheur en un mot, vous verrez Dieu, le Père, le Fils et le Saint-Esprit; et, en voyant Dieu, vous lui deviendrez de plus en plus semblables, et vous irez de gloire en gloire, jusque dans toute l’éternité.

Mais je dois m’arrêter: les gloires du monde d’en haut se pressent si vite dans mon âme que je me perds à les contempler. Frères, la rédemption dont il est parlé est inexprimable; nous ne pouvons ici-bas la sonder; l’œil n’a point vu, l’oreille n’a point entendu, et il n’est point monté au cœur des hommes les plus saints qui vivent de concevoir combien elle est grande. Quand je vous en entretiendrais des siècles entiers, une fois arrivés au ciel, vous devriez dire avec la reine de Séba: « On ne nous en a pas dit la moitié, non, pas même la millième partie. » Tout ce que nous pouvons faire ici-bas, c’est de monter sur le mont Pisga et, par l’œil de la foi, de contempler de loin la terre promise: nous pouvons la voir, comme Abraham vit Christ, de loin, et nous en réjouir; mais ici-bas nous connaissons en partie. Béni soit Dieu, un temps vient où nous connaîtrons Dieu comme nous avons été connus, et où Dieu sera tout en tous. Seigneur Jésus, complète le nombre de tes élus! Seigneur Jésus, hâte ton règne!

Et maintenant, où sont les moqueurs de ces derniers jours, qui tiennent la vie des chrétiens pour une folie et leur fin pour sans honneur? Hommes malheureux! vous ne savez ce que vous faites. Si vos yeux étaient ouverts, et si vous aviez des sens pour discerner les choses spirituelles, vous ne diriez pas toute sorte de mal contre les enfants de Dieu, mais vous les estimeriez comme les hommes excellents de la terre, et vous envieriez leur bonheur: vos âmes en auraient faim et soif; vous aussi, vous deviendriez fous à cause de Christ. Vous vous vantez de votre sagesse; ainsi faisaient les philosophes de Corinthe: mais votre sagesse n’est que la sottise de la folie aux yeux de Dieu. À quoi vous servira votre sagesse, si elle ne vous rend pas sages à salut? Pouvez-vous, avec toute votre sagesse, proposer un plan plus cohérent sur lequel bâtir vos espérances de salut que celui qui vient de vous être exposé? Pouvez-vous, avec toute la force de la raison naturelle, trouver un meilleur moyen d’être agréés de Dieu que la justice du Seigneur Jésus-Christ? Est-il juste de penser que vos propres œuvres puissent en quelque mesure mériter ou procurer ce salut? Sinon, pourquoi ne voulez-vous pas croire en lui? Pourquoi ne voulez-vous pas vous soumettre à sa justice? Pouvez-vous nier que vous soyez des créatures déchues? Ne trouvez-vous pas que vous êtes pleins de désordres, et que ces désordres vous rendent malheureux? Ne trouvez-vous pas que vous ne pouvez changer vos propres cœurs? N’avez-vous pas pris mainte et mainte résolution, et vos corruptions n’ont-elles pas encore la domination sur vous? N’êtes-vous pas les esclaves de vos convoitises, et le diable ne vous tient-il pas captifs pour vous soumettre à sa volonté? Pourquoi donc ne voulez-vous pas venir à Christ pour être sanctifiés? Ne désirez-vous pas mourir de la mort des justes, et que votre fin soit semblable à la leur? Je suis persuadé que vous ne pouvez supporter la pensée d’être anéantis, bien moins encore celle d’être malheureux à jamais. Quoi que vous prétendiez, si vous dites la vérité, vous devez confesser que, dans vos moments plus lucides, votre conscience fait irruption en vous, que vous le vouliez ou non, et vous contraint même à croire que l’enfer n’est pas un feu en peinture. Pourquoi donc ne voulez-vous pas venir à Christ? Lui seul peut vous procurer une rédemption éternelle. Hâtez-vous, hâtez-vous d’aller à lui, pauvres pécheurs abusés. Vous manquez de sagesse: demandez-la à Christ. Qui sait s’il ne vous la donnera pas? Il le peut: car il est la sagesse du Père; il est cette sagesse qui était dès l’éternité. Vous n’avez aucune justice: allez donc à Christ: « Il est la fin de la loi, pour la justification de tous ceux qui croient. » Vous êtes impurs: fuyez vers le Seigneur Jésus: il est plein de grâce et de vérité, et tous ceux qui croient en lui peuvent recevoir de sa plénitude. Vous avez peur de mourir: que cela vous pousse vers Christ: il tient les clefs de la mort et du séjour des morts; car la rédemption est auprès de lui en abondance; lui seul peut ouvrir la porte qui mène à la vie éternelle.

Que le raisonneur abusé cesse donc de se vanter de sa prétendue raison. Quoi que vous en pensiez, c’est la chose la plus déraisonnable du monde que de ne pas croire en Jésus-Christ, celui que Dieu a envoyé. Pourquoi, pourquoi mourriez-vous? Pourquoi ne voulez-vous pas venir à lui pour avoir la vie? « Vous tous qui avez soif, venez aux eaux de la vie, et buvez gratuitement: venez, achetez sans argent, sans rien payer. » Si ces bienheureux privilèges dont parle le texte devaient s’acheter à prix d’argent, vous pourriez dire: nous sommes pauvres, nous ne pouvons acheter; ou, s’ils ne devaient être accordés qu’aux pécheurs de tel rang ou de telle condition, vous pourriez dire alors: comment des pécheurs tels que nous pourraient-ils espérer être si hautement favorisés? Mais ils doivent être donnés gratuitement par Dieu aux pires des pécheurs. « Pour nous », dit l’apôtre: pour moi, un persécuteur, pour vous, Corinthiens, qui étiez « impudiques, ivrognes, cupides, idolâtres ». Chaque pauvre pécheur peut donc dire: pourquoi pas pour moi? Christ n’a-t-il qu’une seule bénédiction? Qu’importe qu’il ait déjà béni des millions d’hommes en les détournant de leurs iniquités: il demeure toujours le même; il est toujours vivant pour intercéder, et par conséquent il vous bénira, vous aussi. Bien que, comme Ésaü, vous ayez été profanes et que vous ayez jusqu’ici méprisé le droit d’aînesse de votre Père céleste, maintenant encore, si vous croyez, « Christ sera fait pour vous, de par Dieu, sagesse, justice, sanctification et rédemption ».

Mais je dois me tourner de nouveau vers les croyants, pour l’instruction desquels, comme je l’ai déjà fait remarquer, ce discours était tout particulièrement destiné. Vous voyez, frères, vous qui avez part à la vocation céleste, quelles grandes bénédictions sont réservées pour vous en Jésus-Christ votre Chef, et à quoi vous avez droit en croyant en son nom. Prenez donc garde de marcher d’une manière digne de la vocation qui vous a été adressée. Pensez souvent combien vous êtes hautement favorisés; et souvenez-vous que ce n’est pas vous qui avez choisi Christ, mais que c’est Christ qui vous a choisis. Revêtez-vous, comme des élus de Dieu, d’humilité d’esprit; et glorifiez-vous, mais seulement dans le Seigneur; car vous n’avez rien que vous ne l’ayez reçu de Dieu. Par nature vous étiez aussi insensés, aussi légalistes, aussi impurs, et dans un état aussi digne de condamnation que les autres. Soyez donc compatissants, soyez courtois; et, puisque la sanctification est une œuvre progressive, gardez-vous de penser que vous avez déjà atteint le but. Que celui qui est saint se sanctifie encore, sachant que celui qui a le cœur le plus pur jouira un jour de la vision la plus claire de Dieu. Que le péché qui habite en vous soit votre fardeau de chaque jour; et ne vous contentez pas de le pleurer et de vous en lamenter, mais veillez à le soumettre chaque jour par la puissance de la grâce divine; et regardez sans cesse à Jésus, pour qu’il soit le consommateur aussi bien que le chef de votre foi. Ne bâtissez pas sur votre propre fidélité, mais sur l’immutabilité de Dieu. Gardez-vous de penser que vous tenez debout par la puissance de votre propre libre arbitre. L’amour éternel de Dieu le Père doit être votre seule espérance et votre seule consolation; que cela vous soutienne dans toutes vos épreuves. Souvenez-vous que Dieu ne se repent pas de ses dons et de son appel, et que Christ, vous ayant une fois aimés, vous aimera jusqu’à la fin. Que cela vous presse à l’obéissance, et vous fasse désirer et attendre ce temps bienheureux où il sera pour vous non seulement sagesse, justice et sanctification, mais aussi une rédemption complète et éternelle.

Gloire à Dieu dans les lieux très hauts!

Questions pour la réflexion

D’où viennent, selon Whitefield, toutes les bénédictions du croyant?
De la source de l’amour éternel de Dieu le Père — « l’alliance de la rédemption » entre le Père et le Fils. C’est pourquoi, soutient-il, « celui qui se glorifie doit se glorifier uniquement dans le Seigneur », et c’est pourquoi il défend l’élection comme le fondement de la vraie humilité.
Qu’entend Whitefield en disant que Christ nous est fait « sagesse »?
Que la vraie sagesse est de se « connaître soi-même »: Christ amène les élus à connaître leurs propres ténèbres et leur état de chute — « pauvres et misérables, aveugles et nus » —, à voir leur besoin d’un Sauveur et à contempler la sagesse de Dieu qui l’a établi pour être Sauveur.
Comment Whitefield relie-t-il la justice et la sanctification?
La justice est la propre justice de Christ imputée, si bien que le croyant est justifié et « a tout pleinement en lui »; la sanctification est un renouvellement total de l’homme tout entier. Point capital: la sainteté est l’effet, et non la cause, de la justification — il reprend ceux qui inversent les deux.
Selon Whitefield, que comprend finalement la « rédemption » du croyant?
Une délivrance complète de tout mal et la pleine jouissance de tout bien, dans le corps et dans l’âme — y compris la résurrection du corps et la persévérance finale des saints: une « chaîne d’or » de privilèges dont « pas un seul anneau ne pourra jamais être brisé ».
L’Écriture dans ce sermon 1 Corinthiens 1:30

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