Sermon · 1 h 3 min de lecture · Modéré
Sûreté, plénitude et doux rafraîchissement en Christ
Jonathan EdwardsTexte
Ésaïe 32:2
En bref
« Comme l’ombre d’un grand rocher dans une terre altérée. » Des quatre images d’Ésaïe — un abri contre le vent, un refuge contre la tempête, des courants d’eau dans un lieu desséché, l’ombre d’un grand rocher —, Edwards tire ce que Christ est pour l’âme qui vient à lui : la sûreté, la plénitude et un doux rafraîchissement. Un sermon de consolation, à lire lentement.
« Un homme sera comme un abri contre le vent, Et un refuge contre la tempête, Comme des courants d’eau dans un lieu desséché, Comme l’ombre d’un grand rocher dans une terre altérée. »
Nous pouvons observer dans ces paroles :
1. La personne qui fait ici l’objet de la prophétie et de l’éloge, à savoir le Seigneur Jésus-Christ, le Roi dont parle le verset précédent, qui régnera selon la justice. Ce Roi est abondamment annoncé dans l’Ancien Testament, et tout particulièrement dans cette prophétie d’Ésaïe. De temps à autre, les prophètes prononçaient de glorieuses prédictions touchant ce grand Roi qui devait venir : il n’est aucun sujet dont les prophètes de l’Ancien Testament parlent d’un style aussi magnifique et aussi élevé que du Messie. Ils virent son jour et se réjouirent, et sondèrent ces choses avec soin, de concert avec les anges. 1 Pierre 1:11, 12 : « voulant sonder l’époque et les circonstances marquées par l’Esprit de Christ qui était en eux, et qui attestait d’avance les souffrances de Christ et la gloire dont elles seraient suivies. Il leur fut révélé que ce n’était pas pour eux-mêmes, mais pour vous, qu’ils étaient les dispensateurs de ces choses, que vous ont annoncées maintenant ceux qui vous ont prêché l’Évangile par le Saint-Esprit envoyé du ciel, et dans lesquelles les anges désirent plonger leurs regards. »
Il nous est dit ici qu’« un homme sera comme un abri contre le vent », etc. Il y a une insistance dans ces paroles : c’est « un homme » qui doit être cela. Si ces choses avaient été dites de Dieu, il n’y aurait rien là d’étrange sous l’Ancien Testament ; car Dieu est fréquemment appelé l’abri de son peuple, un refuge au temps de la détresse, un rocher fort et une haute tour. Mais ce qui est si remarquable, c’est qu’elles sont dites d’« un homme ». C’est que cette prophétie regarde le Fils de Dieu incarné.
2. Les choses qui sont ici prédites de lui, et les éloges qui lui sont donnés. Il sera « comme un abri contre le vent, Et un refuge contre la tempête » : c’est-à-dire qu’il sera la sûreté et la défense de son peuple, vers lequel il s’enfuira pour être protégé au temps du danger et de la détresse. C’est vers lui qu’ils s’enfuiront, comme celui qui se trouve dehors et voit se lever un terrible orage se hâte de gagner quelque abri pour se mettre en sûreté ; de sorte que, si furieuse que soit la tempête, il est en sûreté au-dedans, et que le vent et la pluie, si impétueusement qu’ils battent le toit et les murs, ne l’incommodent en rien.
Il sera « comme des courants d’eau dans un lieu desséché ». C’est une allusion aux déserts d’Arabie, pays extrêmement chaud et sec. On peut y voyager bien des jours sans voir trace d’une rivière, d’un ruisseau ou d’une source, rien qu’un désert sec et brûlé ; si bien que les voyageurs sont près d’être consumés par la soif, comme le furent les enfants d’Israël lorsqu’ils étaient dans ce désert, quand ils défaillaient parce qu’il n’y avait point d’eau. Or, quand un homme trouve Jésus-Christ, il est semblable à celui qui a voyagé dans ces déserts jusqu’à être presque consumé par la soif, et qui trouve enfin une rivière d’eau fraîche et limpide. Et Christ était figuré par le fleuve d’eau qui jaillit du rocher pour les enfants d’Israël dans ce désert : il est comparé à un fleuve parce qu’il y a en lui une telle abondance et une telle plénitude.
Il est « comme l’ombre d’un grand rocher dans une terre altérée ». L’allusion vise encore le désert d’Arabie. Il n’est pas dit « comme l’ombre d’un arbre », parce qu’en certains endroits de ce pays il n’y a, sur une vaste étendue, que du sable sec et des rochers, sans un seul arbre en vue ; le soleil frappe les sables d’une chaleur extrême, et tout l’ombrage qu’on puisse y trouver, où les voyageurs puissent se reposer et s’abriter du soleil brûlant, est sous quelque grand rocher. Ceux qui viennent à Christ trouvent un repos et un rafraîchissement pareils à ceux que trouve, à l’ombre d’un grand rocher, le voyageur las dans ce pays chaud et désolé.
Nous nous proposons de traiter trois propositions qui expliquent les diverses parties du texte.
I. Il y a en Jésus-Christ un fondement abondant de paix et de sûreté pour ceux qui sont dans la crainte et le danger. « Un homme sera comme un abri contre le vent, Et un refuge contre la tempête. »
II. Il y a en Christ de quoi satisfaire et contenter pleinement l’âme indigente et altérée. Il sera « comme des courants d’eau dans un lieu desséché ».
III. Il y a en Jésus-Christ un repos paisible et un doux rafraîchissement pour celui qui est las. Il sera « comme l’ombre d’un grand rocher dans une terre altérée ».
I. Il y a en Jésus-Christ un fondement abondant de paix et de sûreté pour ceux qui sont dans la crainte et le danger.
Les craintes et les dangers auxquels les hommes sont sujets sont de deux sortes : temporels et éternels. Les hommes sont souvent dans la détresse par crainte de maux temporels. Nous vivons dans un monde mauvais, où nous sommes exposés à une multitude de chagrins et de calamités. Une grande part de notre vie se passe à nous affliger de maux présents ou passés, et à craindre ceux qui sont à venir. Quelles pauvres créatures en détresse sommes-nous, lorsqu’il plaît à Dieu d’envoyer ses jugements parmi nous ! S’il visite un lieu par une maladie mortelle et qui se répand, quelle terreur saisit nos cœurs ! Si quelqu’un tombe malade et tremble pour sa vie, ou si nos proches sont sur le point de mourir, ou dans bien d’autres dangers, que notre condition est craintive ! Or il y a un fondement suffisant de paix et de sûreté pour ceux qui sont éprouvés par de telles craintes et amenés dans de tels dangers. Car Christ est un refuge dans toute détresse ; il y a en lui un fondement d’appui raisonnable et de paix, quoi qui nous menace. Celui dont le cœur est ferme, confiant en Christ, n’a pas à craindre les mauvaises nouvelles. « Des montagnes entourent Jérusalem ; ainsi Christ entoure ceux qui le craignent. »
Mais c’est l’autre sorte de crainte et de danger que nous avons principalement en vue : la crainte et le danger de la colère de Dieu. Les craintes d’une conscience terrifiée, l’attente effrayante des fruits funestes du péché et du ressentiment d’un Dieu irrité, voilà ce qui est infiniment le plus redoutable. Si les hommes sont exposés à ces choses et ne sont pas endormis, ils en seront plus terrifiés que par la crainte d’aucun mal extérieur. Les hommes sont dans une condition des plus déplorables, étant par nature exposés à la colère de Dieu ; et s’ils sentent combien leur cas est sombre, ils seront dans des craintes terribles et de lugubres attentes.
Il plaît à Dieu de rendre certains d’entre eux sensibles à leur véritable condition. Il leur fait voir l’orage qui les menace, combien les nuées sont noires et chargées de tonnerre, que c’est une tempête de feu, qu’ils risquent d’en être bientôt surpris, qu’ils n’ont rien pour s’en abriter, et qu’ils sont en danger d’être emportés par l’ardeur de sa colère.
C’est une condition effrayante que celle d’un homme frappé du sentiment de ce que la colère de Dieu a de redoutable, quand son cœur est pénétré de la conviction que le grand Dieu n’est pas réconcilié avec lui, qu’il le tient pour coupable de tels et tels péchés, et qu’il est assez irrité contre lui pour le condamner à jamais. Il est terrible de se coucher et de se lever, il est terrible de manger et de boire, et d’aller et venir, sous la colère de Dieu, jour après jour. En pareil cas, on est près d’avoir peur de tout ; on craint de rencontrer la colère de Dieu partout où l’on va. On n’a point de paix dans l’esprit, mais un bruit effrayant retentit à ses oreilles ; l’âme est affligée, battue de la tempête, et nul ne la console ; le courage est près de défaillir, et l’esprit près de sombrer sous la crainte ; car comment un pauvre ver supporterait-il la colère du grand Dieu ? et que ne donnerait-il pas pour la paix de la conscience ? que ne donnerait-il pas s’il pouvait trouver la sûreté ? Quand de telles craintes atteignent un haut degré, ou durent longtemps, elles affaiblissent beaucoup le cœur et l’amènent à une attitude et à une disposition tremblantes.
Or, pour de telles personnes, il y a en Jésus-Christ un fondement abondant de paix et de sûreté, et cela paraîtra par les choses suivantes :
1. Christ s’est engagé à sauver tous ceux-là de ce qu’ils craignent, s’ils viennent à lui. C’est l’affaire même de son office ; l’œuvre à laquelle il s’est engagé avant la fondation du monde. C’est ce qu’il a toujours eu dans ses pensées et dans ses intentions ; il s’est engagé de toute éternité à être le refuge de ceux qui craignent la colère de Dieu. Sa sagesse est telle qu’il n’entreprendrait jamais une œuvre à laquelle il ne suffirait pas. S’il y en avait dont le cas fût si terrible qu’il ne pût les défendre, ou qui fussent si coupables qu’il ne convînt pas qu’il les sauvât, jamais il ne se serait engagé pour eux. Ceux qui sont dans la détresse et dans une crainte angoissante, s’ils viennent à Jésus-Christ, ont de quoi être soulagés de leurs craintes : Christ leur a promis qu’il les protégera ; ils viennent sur son invitation ; Christ a engagé sa foi pour leur sûreté s’ils veulent s’attacher à lui ; et il s’est engagé par alliance envers Dieu le Père à sauver ces âmes affligées et angoissées qui viennent à lui.
Christ, par son propre acte libre, s’est fait le garant de ceux-là ; il s’est volontairement mis à leur place ; et si la justice a quelque chose contre eux, il s’est engagé à en répondre pour eux. Par son propre acte, il s’est engagé à être responsable pour eux ; de sorte que, s’ils se sont exposés à la colère de Dieu et aux coups de la justice, ce n’est pas leur affaire, mais la sienne, de savoir comment répondre ou satisfaire pour ce qu’ils ont fait. Qu’ils aient mérité autant de colère qu’on voudra, ils sont aussi en sûreté que s’ils n’en avaient jamais mérité aucune ; parce qu’il s’est engagé à tenir leur place, qu’il y en ait plus ou moins. S’ils sont en Jésus-Christ, l’orage tombe naturellement sur lui, et non sur eux ; comme, lorsque nous sommes sous un bon abri, l’orage qui, sans cela, fondrait sur nos têtes, tombe sur l’abri.
2. Il est choisi et établi par le Père pour cette œuvre. Il n’y a point lieu de craindre ni de douter que le Père approuve cette entreprise de Jésus-Christ, qu’il l’accepte comme garant, ou qu’il veuille bien que sa colère soit répandue sur son propre Fils bien-aimé, au lieu de nous, misérables pécheurs. Car il y eut à ce sujet un accord avec lui avant que le monde fût ; c’était une chose qui tenait fort au cœur de Dieu, que son Fils Jésus-Christ entreprît cette œuvre, et c’est le Père qui l’a envoyé dans le monde. C’est tout autant l’acte de Dieu le Père que celui du Fils. C’est pourquoi, lorsque Christ fut près du temps de sa mort, il dit au Père qu’il avait achevé l’œuvre qu’il lui avait donnée à faire. Christ est souvent appelé l’élu de Dieu, ou son choisi, parce qu’il fut choisi par le Père pour son œuvre ; et l’oint de Dieu, car les mots Messie et Christ signifient oint, parce qu’il est établi par Dieu et rendu propre à cette œuvre.
3. Si nous sommes en Jésus-Christ, la justice et la loi ont leur cours à l’égard de nos péchés, sans que nous en souffrions. Le fondement de la crainte et de la détresse du pécheur, c’est la justice et la loi de Dieu ; elles sont contre lui, et elles sont immuables, elles doivent avoir leur cours. Il ne disparaîtra pas de la loi un seul iota ou un seul trait de lettre qui ne s’accomplisse ; le ciel et la terre seront détruits plutôt que la justice n’ait pas lieu ; il n’y a aucune possibilité que le péché échappe à la justice.
Et pourtant, si l’âme angoissée et tremblante qui craint la justice voulait s’enfuir vers Christ, il serait pour elle un abri sûr. La justice et la menace de la loi auront leur cours aussi pleinement, tandis que cet homme est en sûreté et intact, que s’il devait être éternellement détruit. Christ porte le coup de la justice, et la malédiction de la loi tombe pleinement sur lui ; Christ porte toute la vengeance qui revient au péché que cet homme a commis, et il n’est pas besoin qu’elle soit portée deux fois. Ses souffrances temporelles, en raison de la dignité infinie de sa personne, équivalent pleinement aux souffrances éternelles d’une simple créature. Et puis ses souffrances répondent pour celui qui s’enfuit vers lui aussi bien que si elles étaient les siennes propres ; car, en vérité, elles sont les siennes en vertu de l’union qui existe entre Christ et lui. Christ s’est fait un avec eux ; il est la tête, et ils sont les membres. Si donc Christ souffre pour le croyant, il n’est pas besoin que celui-ci souffre ; et qu’a-t-il à craindre ? Sa sûreté n’est pas seulement compatible avec la justice absolue, elle l’est aussi avec la teneur de la loi. La loi laisse une juste place à une chose telle que la satisfaction offerte par un garant. Si la fin du châtiment, qui est de maintenir l’autorité de la loi et la majesté du gouvernement, est pleinement assurée par les souffrances de Christ comme son garant, alors la loi de Dieu, selon son interprétation vraie et équitable, a son cours dans les souffrances de Christ autant qu’elle l’aurait dans les siennes propres. La menace « tu mourras » est proprement accomplie dans la mort de Christ, à l’entendre équitablement. Si donc ceux qui ont peur veulent aller à Jésus-Christ, ils n’ont rien à craindre de la menace de la loi. La menace de la loi ne les regarde en rien.
4. Ceux qui viennent à Christ n’ont pas à craindre la colère de Dieu pour leurs péchés ; car l’honneur de Dieu ne souffrira pas de ce qu’ils échappent au châtiment et sont rendus heureux. L’âme blessée sent qu’elle a outragé la majesté de Dieu, et regarde Dieu comme le vengeur de son honneur ; comme un Dieu jaloux dont on ne se moque pas, un Dieu infiniment grand qui ne souffrira pas d’être outragé, qui ne souffrira pas que son autorité et sa majesté soient foulées aux pieds, qui ne souffrira pas qu’on abuse de sa bonté. Une telle vue de Dieu terrifie les âmes réveillées. Elles pensent combien elles ont excessivement péché, comment elles ont péché contre la lumière, contre des appels et des avertissements fréquents et longtemps répétés ; comment elles ont méprisé la miséricorde et se sont rendues coupables de changer la grâce de Dieu en dissolution, prenant prétexte de la miséricorde de Dieu pour continuer à pécher contre lui ; et elles craignent que Dieu ne soit si outragé du mépris et du dédain qu’elles ont jetés sur lui que, jaloux de son honneur, il ne leur pardonne jamais, mais les punisse. Mais si elles vont à Christ, l’honneur de la majesté et de l’autorité de Dieu ne sera nullement atteint par leur délivrance et leur bonheur. Car ce que Christ a fait a pleinement réparé l’honneur de Dieu. C’est un plus grand honneur pour l’autorité et la majesté de Dieu qu’une personne si glorieuse ait voulu souffrir ce que la loi exigeait plutôt que de les voir lésées. C’est assurément une merveilleuse manifestation de l’honneur de la majesté de Dieu, que de voir une personne infinie et éternelle mourir parce que cette majesté avait été lésée. Et puis Christ, par son obéissance, par cette obéissance qu’il a entreprise à cause de nous, a honoré Dieu infiniment plus que les péchés d’aucun de nous ne l’ont déshonoré, si nombreux et si grands qu’ils soient. Quel grand honneur pour la loi de Dieu, qu’une si grande personne veuille s’y soumettre et lui obéir ! Dieu hait nos péchés, mais pas plus qu’il ne prend plaisir en l’obéissance que Christ a accomplie à notre compte. C’est pour lui une odeur agréable, une odeur de repos. Dieu est abondamment dédommagé, il ne désire rien de plus ; la justice de Christ est d’une dignité et d’un mérite infinis.
5. Christ est une personne si chère au Père que ceux qui sont en Christ n’ont nullement à craindre de n’être pas acceptés à cause de lui. Si Christ est accepté, ils doivent par conséquent être acceptés, car ils sont en Christ, comme membres, comme parties, comme une même chose avec lui. Ils sont le corps de Christ, sa chair et ses os. Ceux qui sont en Jésus-Christ sont un seul esprit avec lui ; et c’est pourquoi, si Dieu aime Jésus-Christ, il doit nécessairement accepter ceux qui sont en lui et qui sont de lui. Or Christ est une personne extrêmement chère au Père ; l’amour du Père pour le Fils est réellement infini. Dieu aime nécessairement le Fils ; Dieu pourrait aussi bien cesser d’être que cesser d’aimer le Fils. Il est l’élu de Dieu, en qui son âme prend plaisir ; il est son Fils bien-aimé, en qui il a mis toute son affection ; il l’a aimé avant la fondation du monde, et a mis en lui un plaisir infini de toute éternité.
Une conscience terrifiée peut donc trouver ici le repos, et l’abondante assurance qu’elle est en sûreté en Christ, qu’il n’y a pas le moindre danger qu’elle ne soit pas acceptée, et que Dieu sera en paix avec elle en Christ.
6. Dieu a rendu un témoignage public que Christ a fait et souffert assez, et qu’il en est satisfait, en le ressuscitant des morts. Christ, lorsqu’il était dans sa passion, était entre les mains de la justice ; il était le prisonnier de Dieu pour les croyants, et il plut à Dieu de le briser par la souffrance et de l’abaisser dans un état d’humiliation ; et lorsqu’il le ressuscita des morts, il le mit en liberté, déclarant par là que c’était assez. Si Dieu n’était pas satisfait, pourquoi mit-il Christ en liberté si tôt ? Il était entre les mains de la justice ; pourquoi Dieu ne répandit-il pas sur lui plus de colère, et ne le retint-il pas plus longtemps dans les chaînes des ténèbres ? Dieu le ressuscita et lui ouvrit les portes de la prison, parce qu’il ne désirait rien de plus. Et maintenant, assurément, l’accès à la faveur de Dieu est libre pour tous les pécheurs par ce Sauveur ressuscité ; il a été fait assez, et Dieu est satisfait ; comme il l’a déclaré et scellé par la résurrection de Christ, qui est vivant, qui vit aux siècles des siècles, et qui intercède pour les pauvres âmes angoissées qui viennent à lui.
7. Christ tient entre ses propres mains la dispensation de la sûreté et de la délivrance, de sorte que nous n’avons pas à craindre de n’être pas en sûreté, si nous sommes unis à lui. Dieu lui a donné tout pouvoir dans le ciel et sur la terre, pour donner la vie éternelle à quiconque vient à lui. Il a été donné pour chef suprême à l’Église, et l’œuvre du salut est remise entre ses mains ; il peut sauver qui il lui plaît, et défendre par sa propre puissance ceux qui sont en lui. Quel plus grand motif de confiance Dieu aurait-il pu nous donner que de remettre au Médiateur qui est mort pour nous, et qui intercède pour nous, la dispensation de la chose même qu’il est mort pour acquérir et pour laquelle il intercède ?
8. L’amour, la compassion et la disposition pleine de grâce de Christ sont tels que nous pouvons être sûrs qu’il est enclin à recevoir tous ceux qui viennent à lui. S’il ne le faisait pas, il manquerait à son propre engagement, et aussi à sa promesse envers le Père et envers nous ; et sa sagesse et sa fidélité ne le permettront pas. Mais il est si plein d’amour et de bonté qu’il n’est disposé à rien d’autre qu’à nous recevoir et à nous défendre, si nous venons à lui. Christ est extrêmement prompt à avoir pitié de nous ; ses bras sont ouverts pour nous recevoir ; il prend plaisir à recevoir les âmes angoissées qui viennent à lui, et à les protéger ; il voudrait les rassembler comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes ; c’est une œuvre dans laquelle il se réjouit extrêmement, parce qu’il prend plaisir aux actes d’amour, de pitié et de miséricorde.
Je prendrai occasion de ce qui vient d’être dit pour inviter ceux qui craignent la colère de Dieu à venir à Jésus-Christ. Vous êtes, en vérité, dans une condition terrible. Il est lugubre d’avoir la colère de Dieu suspendue sur nos têtes, sans savoir combien tôt elle tombera sur nous. Et vous sentez en quelque mesure que c’est une condition terrible ; vous êtes pleins de crainte et de trouble, et vous ne savez où fuir pour trouver du secours ; votre esprit est comme battu par la tempête. Mais qu’il est lamentable que vous passiez votre vie dans une telle condition, quand Christ voudrait vous abriter comme une poule abrite ses poussins sous ses ailes, si seulement vous le vouliez ; et que vous meniez une vie si craintive et si angoissée, quand il a été pourvu si abondamment à votre sûreté en Jésus-Christ !
Que vous seriez heureux si seulement vos cœurs se laissaient persuader de s’attacher à Jésus-Christ ! Alors vous seriez hors de tout danger : quels que fussent les orages et les tempêtes au-dehors, vous pourriez reposer en sûreté au-dedans ; vous pourriez entendre le vent s’engouffrer et le tonnerre gronder au-dehors, tandis que vous êtes en sûreté dans cet abri. Oh ! laissez-vous persuader de vous cacher en Jésus-Christ ! Quelle plus grande assurance de sûreté pouvez-vous désirer ? Il s’est engagé à vous défendre et à vous sauver, si vous voulez venir à lui : il regarde cela comme son œuvre ; il s’y est engagé avant que le monde fût, et il a donné sa fidèle promesse, qu’il ne rompra pas ; et si seulement vous voulez fuir là, sa vie répondra pour la vôtre ; il répondra pour vous, vous n’aurez rien d’autre à faire que de reposer tranquillement en lui ; vous pouvez rester en place, et regarder ce que le Seigneur va faire pour vous. S’il y a quelque chose à souffrir, la souffrance est à Christ, vous n’aurez rien à souffrir ; s’il y a quelque chose à faire, l’œuvre est à Christ, vous n’aurez rien d’autre à faire que de rester en place et de la contempler.
Vous serez certainement accepté du Père si votre âme saisit Jésus-Christ. Christ est choisi et oint par le Père, et envoyé pour cette fin même : sauver ceux qui sont dans le danger et la crainte ; et il est grandement aimé de Dieu, et même infiniment, et il acceptera ceux qui sont en lui. La justice et la loi ne seront pas contre vous, si vous êtes en Christ ; cette menace, « le jour où tu en mangeras, tu mourras », prise en son sens propre, ne vous atteindra pas. La majesté et l’honneur de Dieu ne sont pas contre vous. Vous n’avez pas à craindre de n’être pas justifié, si vous venez à lui ; il y a un acte de justification déjà prononcé et déclaré, par la résurrection de Christ, pour tous ceux qui viennent à Christ, et dès l’instant où vous venez, vous êtes par là déclaré libre. Si vous venez à Christ, ce sera un signe certain que Christ vous a aimé de toute éternité, et qu’il est mort pour vous ; et vous pouvez être sûr que, s’il est mort pour vous, il ne perdra pas la fin de sa mort, car la dispensation de la vie lui est confiée.
Vous n’avez donc pas à demeurer dans une condition si dangereuse ; il y a du secours pour vous. Vous n’avez pas à rester si longtemps dehors dans l’orage, puisqu’il y a près de vous un si bon abri, dont les portes sont ouvertes pour vous recevoir. Oh ! hâtez-vous donc vers cet homme qui est un abri contre le vent et un refuge contre la tempête !
Que cette vérité porte aussi les croyants à estimer davantage le Seigneur Jésus-Christ. Considérez que c’est lui, et lui seul, qui vous défend de la colère, et qu’il est une défense sûre ; votre défense est une haute tour ; votre ville de refuge est imprenable. Il n’est point de rocher comme votre rocher. Nul n’est semblable à Christ, « au Dieu d’Israël, Il est porté sur les cieux pour venir à ton aide, Il est avec majesté porté sur les nuées. Le Dieu d’éternité est un refuge, Et sous ses bras Éternels est une retraite. » Celui en qui vous vous confiez est un bouclier pour tous ceux qui se confient en lui. Oh ! estimez ce Sauveur qui garde votre âme en sûreté, tandis que des milliers d’autres sont emportés par la fureur de la colère de Dieu, et ballottés en enfer par des tempêtes furieuses et brûlantes ! Oh ! combien votre cas est meilleur que le leur ! et à qui le devez-vous, sinon au Seigneur Jésus-Christ ? Souvenez-vous de ce qu’était autrefois votre cas, et de ce qu’il est maintenant, et estimez Jésus-Christ.
Et que les chrétiens qui sont dans le doute et dans la crainte au sujet de leur état s’enfuient de nouveau vers Jésus-Christ, qui est un abri contre le vent et un refuge contre la tempête. La plupart des chrétiens craignent par moments de ne pas finir par échouer. De tels doutes viennent toujours de quelque défaut dans l’exercice de la foi, et le meilleur remède est que l’âme recoure de nouveau à cet abri ; le même acte qui, au commencement, a donné consolation et paix, donnera de nouveau la paix. Ceux qui voient clairement la suffisance de Christ, et combien il est sûr de se remettre à lui pour être sauvé de ce qu’on craint, se reposeront dans l’assurance que Christ les défendra ; soyez donc dirigés, en de tels moments, à faire comme le psalmiste. Psaume 56:4, 5 : « Quand je suis dans la crainte, En toi je me confie. Je me glorifierai en Dieu, en sa parole; Je me confie en Dieu, je ne crains rien: Que peuvent me faire des hommes? »
II. Il y a en Christ de quoi satisfaire et contenter pleinement l’âme indigente et altérée.
Tel est le sens de ces paroles du texte : « comme des courants d’eau dans un lieu desséché », dans un désert sec et brûlé, où l’eau manque cruellement, et où les voyageurs sont près de périr de soif, tel qu’était ce désert dans lequel les enfants d’Israël errèrent. Cette comparaison est employée ailleurs dans les Écritures. Psaume 63:2 : « O Dieu! Tu es mon Dieu, je te cherche; Mon âme a soif de toi, mon corps soupire après toi, Dans une terre aride, desséchée, sans eau. » Psaume 143:6 : « J’étends mes mains vers toi; Mon âme soupire après toi, comme une terre desséchée. » Ceux qui voyagent dans une telle terre, qui errent dans un tel désert, ont un besoin extrême d’eau ; ils sont près de périr faute d’en avoir ; et ainsi ils en ont une grande soif et un ardent désir.
Il est dit que Christ est un fleuve d’eau, parce qu’il y a en lui une telle plénitude, une provision si abondante pour satisfaire l’âme indigente et pleine de désir. Quand quelqu’un a une soif extrême, ce n’est pas une petite gorgée d’eau qui le satisfera ; mais quand il arrive à un fleuve, il y trouve la plénitude, il peut y boire à longs traits. Christ est semblable à un fleuve, en ce qu’il a de quoi suffire non seulement à une âme altérée, mais qu’en la désaltérant la source n’est pas diminuée ; il n’en reste pas moins pour ceux qui viennent après. Un homme altéré ne diminue pas sensiblement un fleuve en étanchant sa soif. Christ est semblable à un fleuve sous un autre rapport. Un fleuve coule continuellement ; de nouvelles eaux arrivent sans cesse de la source, de sorte qu’un homme peut vivre à ses bords et être pourvu d’eau toute sa vie. Ainsi Christ est une source qui coule toujours ; il pourvoit continuellement aux besoins de son peuple, et la source ne s’épuise pas. Ceux qui vivent de Christ peuvent recevoir de lui de nouvelles provisions pendant toute l’éternité ; ils peuvent avoir un accroissement de félicité qui est nouveau, et toujours nouveau, et qui ne prendra jamais fin.
Pour éclaircir cette seconde proposition, je rechercherai :
1. Ce que l’âme de tout homme désire naturellement et nécessairement.
Premièrement. L’âme de tout homme désire nécessairement le bonheur. C’est un appétit universel de la nature humaine, qui se trouve pareillement chez les bons et chez les méchants ; il est aussi universel que l’essence même de l’âme, parce qu’il découle nécessairement et immédiatement de cette essence. Il n’est pas seulement naturel à tout le genre humain, mais aussi aux anges ; il est universel parmi tous les êtres raisonnables et intelligents, au ciel, sur la terre ou en enfer, parce qu’il découle nécessairement d’une nature intelligente. Il n’y a point, et il ne peut y avoir, d’être raisonnable sans amour et sans désir du bonheur. Il est impossible qu’il soit fait une créature qui aime la misère, ou qui n’aime pas le bonheur, puisque cela implique une contradiction manifeste ; car la notion même de la misère est d’être dans un état que la nature abhorre, et la notion du bonheur est d’être dans l’état le plus conforme à la nature.
C’est pourquoi ce désir du bonheur doit être invincible, et ne peut jamais être changé ; il ne peut jamais être vaincu, ni diminué en aucune manière. Jeunes et vieux aiment également le bonheur, bons et méchants, sages et insensés ; bien qu’il y ait une grande diversité dans les idées que les hommes se font du bonheur. Les uns pensent qu’il se trouve dans une chose, les autres dans une autre ; mais quant au désir du bonheur en général, il n’y a point de diversité. Il y a des appétits particuliers qui peuvent être réprimés, tenus en bride et vaincus, mais cet appétit général du bonheur ne peut jamais l’être.
Secondement. L’âme de tout homme désire un bonheur qui soit égal à la capacité de sa nature. L’âme de l’homme est semblable à un vase ; la capacité de l’âme est comme la grandeur ou la contenance du vase. C’est pourquoi, même si l’homme a beaucoup de plaisir et de bonheur, si le vase n’est pas plein, le désir ne cessera pas. Toute créature est sans repos jusqu’à ce qu’elle jouisse de ce qui est égal à la capacité de sa nature. Nous pouvons l’observer chez les bêtes ; quand elles ont ce qui convient à leur nature et ce qui est proportionné à leur capacité, elles sont contentes. L’homme est d’une telle nature qu’il est capable d’un degré de bonheur extrêmement grand ; il est fait d’une nature infiniment plus élevée que les bêtes, et il lui faut donc, pour être satisfait, un bonheur infiniment plus élevé. Les plaisirs des sens extérieurs, qui contentent les bêtes, ne contenteront pas l’homme. Il a d’autres facultés, d’une nature plus élevée, qui ont besoin de quelque chose pour les remplir ; si les sens sont rassasiés, mais que les facultés de l’âme ne soient pas remplies, l’homme sera dans un état de désir et d’inquiétude.
C’est plus particulièrement en raison de la faculté de l’entendement que l’âme est capable d’un si grand bonheur, et désire tant. L’entendement est une faculté d’une étendue extrême ; il s’étend au-delà des limites de la terre, au-delà des limites de la création. Puisque nous sommes capables de comprendre immensément plus que nous ne comprenons, qui peut dire jusqu’où l’entendement des hommes est capable de s’étendre ? et à mesure que l’entendement s’agrandit, le désir s’agrandit avec lui. Il faut donc un objet incompréhensible pour satisfaire l’âme ; elle ne se contentera jamais de ce dont elle peut voir la fin, et de cela seulement ; elle ne sera jamais satisfaite d’un bonheur dont elle peut trouver le fond. Un homme peut sembler trouver quelque temps son contentement dans un objet fini, mais après en avoir fait un peu l’expérience, il découvre qu’il lui manque quelque chose d’autre. Cela paraît très clairement par l’expérience de ce monde inquiet et toujours avide. Chacun demande : « Qui nous fera voir le bonheur? »
2. Les hommes, dans leur état de chute, sont dans un très grand besoin de ce bonheur. Ils en jouissaient autrefois, mais le genre humain est tombé dans un état très bas ; nous sommes naturellement de pauvres créatures dénuées de tout. Nous sommes venus nus dans le monde, et nos âmes aussi bien que nos corps sont dans une condition malheureuse et misérable ; nous sommes si loin d’avoir une nourriture qui convienne à notre nature, que nous convoitons avidement les carouges que mangeaient les pourceaux.
La pauvreté de l’homme dans sa condition naturelle paraît dans son esprit mécontent et avide ; elle montre que l’âme est bien vide, quand, comme la sangsue, elle crie : « Donne! Donne! », et ne dit jamais : « C’est assez ! » Nous sommes naturellement semblables au fils prodigue, car nous étions riches autrefois, mais nous avons quitté la maison de notre père, nous avons dissipé notre bien, et nous sommes devenus de pauvres misérables, affamés, mourant de faim. Les hommes, dans leur condition naturelle, peuvent trouver de quoi flatter leurs sens, mais il n’y a rien pour nourrir l’âme ; cette partie plus noble et plus essentielle périt faute de nourriture. Ils peuvent mener chaque jour joyeuse et brillante vie, ils peuvent choyer leur corps, mais l’âme ne peut être nourrie à une table somptueuse ; ils peuvent boire le vin dans de larges coupes, sans que la partie spirituelle en soit rafraîchie. Les facultés supérieures ont besoin d’être pourvues aussi bien que les inférieures. La vraie pauvreté et la vraie misère consistent dans le manque des choses dont notre partie spirituelle a besoin.
3. Les pécheurs qui sont pleinement réveillés sentent leur grand besoin. Des multitudes d’hommes ne sentent pas leur condition misérable et indigente. Il y en a beaucoup qui sont ainsi pauvres, et qui se croient riches et enrichis. À la vérité, il n’est point d’homme naturel qui ait un vrai contentement : ils sont tous sans repos, et crient : « Qui nous fera voir le bonheur? » mais des multitudes ne sentent pas combien leur condition est extrêmement nécessiteuse. Mais l’âme pleinement réveillée voit qu’elle est très loin du vrai bonheur, que les choses qu’elle possède ne la rendront jamais heureuse ; qu’avec tous ses biens extérieurs, elle est malheureuse, misérable, pauvre, aveugle et nue. Elle sent la courte durée et l’incertitude de ces choses, et leur impuissance à satisfaire une conscience troublée. Il lui faut autre chose pour lui donner paix et soulagement. Si vous disiez à un tel homme qu’il pourrait avoir un royaume, cela ne l’apaiserait pas ; il désire que ses péchés soient pardonnés, et être en paix avec son Juge. Il est pauvre, et il devient comme un mendiant ; il vient et crie au secours. Il n’a pas soif parce qu’il voit déjà où se trouve le vrai bonheur, mais parce qu’il voit qu’il ne l’a pas, et qu’il ne peut le trouver. Il est sans consolation, et ne sait où la trouver, mais il y aspire. Oh ! que ne donnerait-il pas, s’il pouvait trouver quelque paix et quelque consolation qui le satisfassent !
Telles sont ces âmes affamées et altérées que Christ invite si souvent à venir à lui. Ésaïe 55:1, 2 : « Vous tous qui avez soif, venez aux eaux, Même celui qui n’a pas d’argent! Venez, achetez et mangez, Venez, achetez du vin et du lait, sans argent, sans rien payer! Pourquoi pesez-vous de l’argent pour ce qui ne nourrit pas? Pourquoi travaillez-vous pour ce qui ne rassasie pas? Écoutez-moi donc, et vous mangerez ce qui est bon, Et votre âme se délectera de mets succulents. » « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive ; et que celui qui a soif vienne; que celui qui veut, prenne de l’eau de la vie, gratuitement. »
4. Il y a en Jésus-Christ de quoi satisfaire et contenter pleinement de telles âmes.
Premièrement. L’excellence de Christ est telle que sa découverte contente et satisfait l’âme au plus haut point. L’âme est en quête de ce qui est le plus excellent. L’âme charnelle s’imagine que les choses terrestres sont excellentes ; l’un pense que les richesses sont ce qu’il y a de plus excellent, un autre fait le plus grand cas des honneurs, et à un autre le plaisir charnel paraît le plus excellent ; mais l’âme ne peut trouver son contentement dans aucune de ces choses, parce qu’elle trouve bientôt la fin de leur excellence. Les mondains s’imaginent qu’il y a une vraie excellence et un vrai bonheur dans les choses qu’ils poursuivent. Ils pensent que, s’ils pouvaient seulement les obtenir, ils seraient heureux ; et quand ils les obtiennent et ne peuvent y trouver le bonheur, ils le cherchent dans quelque autre chose, et sont toujours à sa poursuite.
Mais Jésus-Christ possède une vraie excellence, et une si grande excellence que, lorsqu’on vient à la voir, on ne regarde pas plus loin, mais l’esprit s’y repose. Il voit en lui une gloire transcendante et une douceur ineffable ; il voit que jusqu’ici il poursuivait des ombres, mais que maintenant il a trouvé la substance ; qu’auparavant il cherchait le bonheur dans le ruisseau, mais que maintenant il a trouvé l’océan. L’excellence de Christ est un objet à la mesure des désirs naturels de l’âme, et suffit à en remplir la capacité. C’est une excellence infinie, telle que l’esprit la désire, dans laquelle il ne peut trouver de bornes ; et plus l’esprit s’y accoutume, plus elle lui paraît excellente. Chaque découverte nouvelle fait paraître cette beauté plus ravissante, et l’esprit n’en voit point la fin ; il y a ici assez de place pour que l’esprit aille toujours plus profond, sans jamais toucher le fond. L’âme est extrêmement ravie quand elle contemple pour la première fois cette beauté, et elle ne s’en lasse jamais. L’esprit n’en éprouve jamais de satiété, mais l’excellence de Christ est toujours fraîche et nouvelle, et elle est aussi propre à réjouir après avoir été contemplée mille ou dix mille ans qu’au premier instant où on l’a vue. L’excellence de Christ est un objet approprié aux facultés supérieures de l’homme ; elle est propre à occuper la faculté de la raison et de l’entendement, et il n’est rien de si digne à quoi l’entendement puisse s’employer que cette excellence ; aucun autre objet n’est si grand, si noble et si élevé.
Cette excellence de Jésus-Christ est la nourriture qui convient à l’âme raisonnable. L’âme qui vient à Christ s’en nourrit et en vit ; c’est le pain qui est descendu du ciel, afin que celui qui en mange ne meure point ; c’est la nourriture des anges, c’est ce vin et ce lait qui sont donnés sans argent, sans rien payer. Ce sont là les mets succulents dont l’âme croyante se délecte ; ici l’âme altérée peut être satisfaite, et l’âme affamée comblée de biens. La joie et le contentement qu’on trouve ici surpassent toute intelligence, et sont une joie ineffable et glorieuse. Il est impossible que ceux qui ont goûté à cette source et en connaissent la douceur l’abandonnent jamais. L’âme a trouvé le fleuve d’eau de la vie, et elle ne désire point d’autre breuvage ; elle a trouvé l’arbre de vie, et elle ne désire point d’autre fruit.
Secondement. La manifestation de l’amour de Christ donne à l’âme un abondant contentement. Cet amour de Christ est extrêmement doux et satisfaisant ; il vaut mieux que la vie, parce que c’est l’amour d’une personne d’une telle dignité et d’une telle excellence. La douceur de son amour dépend beaucoup de la grandeur de son excellence ; plus la personne est aimable, plus son amour est désirable. Combien doit être doux l’amour de cette personne qui est le Fils éternel de Dieu, qui est d’une dignité égale à celle du Père ! Quel grand bonheur ce doit être que d’être l’objet de l’amour de celui qui est le Créateur du monde, en qui toutes choses subsistent, qui est élevé à la droite de Dieu et établi chef sur les principautés et les puissances dans les lieux célestes, qui a toutes choses sous ses pieds, qui est le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs, et le reflet de la gloire du Père ! Assurément, être aimé de lui suffit à satisfaire l’âme d’un ver de terre.
Cet amour de Christ est encore extrêmement doux et satisfaisant par sa grandeur ; c’est un amour qui va jusqu’à mourir ; un amour tel qu’on n’en vit jamais auparavant, et que nul autre ne peut égaler. Il y a eu des exemples d’un très grand amour entre un ami terrestre et un autre ; il y eut un amour sans pareil entre David et Jonathan. Mais il n’y eut jamais d’amour comme celui que Christ a pour les croyants. La nature satisfaisante de cet amour vient aussi de ses doux fruits. Les précieux bienfaits que Christ accorde à son peuple, et les précieuses promesses qu’il lui a données, sont le fruit de cet amour ; la joie et l’espérance sont les ruisseaux constants qui coulent de cette source, de l’amour de Christ.
Troisièmement. Il y a en Christ de quoi satisfaire et contenter l’âme altérée et pleine de désir, en tant qu’il est le chemin qui mène au Père ; non seulement par la plénitude d’excellence et de grâce qu’il possède en sa propre personne, mais en ce que par lui nous pouvons venir à Dieu, être réconciliés avec lui, et être rendus heureux dans sa faveur et son amour. La pauvreté et l’indigence de l’âme dans son état naturel consistent en ce qu’elle est séparée de Dieu, car Dieu est la richesse et le bonheur de la créature. Mais nous sommes naturellement éloignés de Dieu ; et Dieu est éloigné de nous ; notre Créateur n’est pas en paix avec nous. Mais en Christ il y a un chemin pour une libre communication entre Dieu et nous ; pour que nous venions à Dieu, et que Dieu se communique à nous par son Esprit. Jean 14:6 : « Jésus lui dit: Je suis le chemin, la vérité, et la vie. Nul ne vient au Père que par moi. » Éphésiens 2:13, 18, 19 : « Mais maintenant, en Jésus-Christ, vous qui étiez jadis éloignés, vous avez été rapprochés par le sang de Christ. Car par lui nous avons les uns et les autres accès auprès du Père, dans un même Esprit. Ainsi donc, vous n’êtes plus des étrangers, ni des gens du dehors; mais vous êtes concitoyens des saints, gens de la maison de Dieu. » Christ, étant ainsi le chemin qui mène au Père, est le chemin du vrai bonheur et du vrai contentement. Jean 10:9 : « Je suis la porte. Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé; il entrera et il sortira, et il trouvera des pâturages. » J’en prendrai donc occasion d’inviter les âmes indigentes et altérées à venir à Jésus. « Le dernier jour, le grand jour de la fête, Jésus, se tenant debout, s’écria: Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive. » Vous qui n’êtes pas encore venus à Christ, vous êtes dans une condition pauvre et nécessiteuse ; vous êtes dans un désert brûlé, dans une terre aride, desséchée. Et si vous êtes pleinement réveillés, vous sentez que vous êtes dans la détresse, et près de défaillir faute de quelque chose qui satisfasse vos âmes. Venez à celui qui est « comme des courants d’eau dans un lieu desséché ». Il y a en lui abondance et plénitude ; il est comme un fleuve qui coule toujours, vous pouvez en vivre éternellement sans jamais manquer de rien. Venez à celui qui a une excellence capable de donner à votre âme un plein contentement, qui est une personne d’une gloire transcendante et d’une beauté ineffable, que votre âme peut contempler éternellement sans lassitude et sans satiété. Acceptez l’amour que vous offre celui qui est le Fils unique de Dieu, et son élu, en qui son âme prend plaisir. Par Christ, venez à Dieu le Père, dont vous vous êtes éloignés par le péché. Il est le chemin, la vérité, et la vie ; il est la porte : si quelqu’un entre par lui, il sera sauvé.
III. Il y a en Jésus-Christ un repos paisible et un doux rafraîchissement pour ceux qui sont las. Il est « comme l’ombre d’un grand rocher dans une terre altérée ».
La comparaison employée dans le texte est très belle et très expressive. Le désert d’Arabie, sec, stérile et brûlé, est une très vive image de la misère que les hommes se sont attirée par le péché. Il n’a d’autres habitants que des lions, des tigres et des serpents brûlants ; il est stérile et desséché, sans rivière ni source ; c’est une terre de sécheresse, où il pleut rarement, une terre extrêmement chaude et inhospitalière. Les rayons brûlants du soleil, qui sont près de consumer les forces des voyageurs, sont une juste image de la terreur de la conscience et du sentiment intérieur du déplaisir de Dieu. Et comme il n’y a point d’autre ombre où les voyageurs puissent se reposer, sinon, çà et là, celle d’un grand rocher, c’est une juste image de Jésus-Christ, qui est venu nous racheter de notre misère. Christ est souvent comparé à un rocher, parce qu’il est un fondement sûr pour ceux qui bâtissent, et parce qu’il est un rempart et une défense sûrs. Ceux qui habitent au sommet d’un rocher habitent un lieu très facile à défendre ; nous lisons de tel homme que « Des rochers fortifiés seront sa retraite ». Il peut aussi être comparé à un rocher en ce qu’il est éternel et immuable. Un grand rocher demeure ferme, immobile, et n’est pas brisé par les vents et les orages, d’âge en âge ; c’est pourquoi Dieu choisit un rocher pour être un emblème de Christ dans le désert, quand il en fit jaillir l’eau pour les enfants d’Israël ; et l’ombre d’un grand rocher est une très juste image du rafraîchissement donné aux âmes lasses par Jésus-Christ.
1. Il y a en Christ un repos paisible et un plein rafraîchissement pour les pécheurs qui sont las et chargés du fardeau du péché. Le péché est la chose la plus mauvaise et la plus odieuse, et aussi la plus malfaisante et la plus funeste ; c’est le poison le plus mortel ; plus que toute autre chose, il met la vie en péril et met l’âme en danger, il expose à la perte de tout bonheur et à la souffrance de toute misère, et il attire la colère de Dieu. Tous les hommes ont ce mal terrible attaché à eux, collé à leur âme, régnant sur elle, la tenant en sa possession et sous son commandement absolu : il pend au cœur comme une vipère, ou plutôt il le tient comme un lion tient sa proie.
Et pourtant il y a des multitudes qui ne sentent pas leur misère. Ils sont plongés dans un tel sommeil qu’ils ne sont guère inquiets dans cette condition ; elle ne leur pèse guère ; ils sont si abrutis qu’ils ne savent ni quel est leur état, ni ce qu’ils vont vraisemblablement devenir. Mais il y en a d’autres à qui le sentiment est assez rendu pour qu’ils éprouvent la douleur et voient approcher la destruction, et le péché pèse comme un lourd fardeau sur leur cœur ; c’est un fardeau qui pèse sur eux jour et nuit ; ils ne peuvent le déposer pour se reposer, mais il les accable continuellement. Il leur est fortement attaché, et il est près de les faire sombrer ; c’est un continuel travail du cœur que de se soutenir sous ce fardeau. Ainsi lisons-nous de ceux qui sont « fatigués et chargés ». Ou plutôt, c’est comme la chaleur brûlante d’un désert aride, où le soleil frappe et brûle tout le long du jour ; où ils n’ont rien pour se défendre ; où ils ne peuvent trouver aucune ombre pour se rafraîchir. S’ils se couchent pour se reposer, c’est comme se coucher sur le sable brûlant, où rien n’écarte la chaleur.
Il peut être à propos de rechercher ici qui sont ceux qui sont las et chargés du fardeau du péché, et en quel sens un pécheur peut être las et chargé du péché. Les pécheurs ne sont pas lassés du péché par quelque aversion pour lui, ou quelque dégoût qu’ils en auraient. Il n’est aucun pécheur qui soit chargé du péché au sens où l’homme pieux porte son péché intérieur comme son fardeau quotidien et le plus lourd, parce qu’il l’a en horreur et qu’il aspire à s’en débarrasser ; il voudrait en être bien loin, et n’avoir plus rien à faire avec lui ; il est près de s’écrier comme Paul : « Misérable que je suis! Qui me délivrera du corps de cette mort? » L’homme non régénéré n’a rien de semblable, car le péché fait encore ses délices ; il l’aime tendrement. S’il est sous la conviction, son amour pour le péché en général n’est pas mortifié ; il l’aime autant que jamais, il le cache encore sous sa langue comme un morceau délicieux. Mais il y a une différence entre être las et chargé à cause du péché, et être las du péché. Les pécheurs réveillés sont las à cause du péché, mais ils ne sont pas proprement las du péché.
C’est pourquoi ils ne sont las que de la culpabilité du péché ; la culpabilité qui s’attache à leur conscience, voilà ce grand fardeau. Dieu a mis la sensibilité dans leur conscience, qui auparavant était comme une chair cautérisée, et c’est la culpabilité qui les fait souffrir. La souillure du péché et sa nature mauvaise, en tant qu’il est une offense faite à un Dieu saint, plein de grâce et glorieux, ne sont pas un fardeau pour eux. Mais c’est le lien entre le péché et le châtiment, entre le péché et la colère de Dieu, qui en fait un fardeau. Leur conscience est lourdement chargée de culpabilité, laquelle est une obligation au châtiment ; ils voient la menace et la malédiction de la loi jointes à leurs péchés, et ils voient que la justice de Dieu et sa vengeance sont contre eux. Ils sont chargés de leurs péchés, non parce qu’il y a en eux quelque chose d’odieux, mais parce qu’il y a l’enfer en eux. C’est là l’aiguillon du péché, par lequel il pique la conscience, et tourmente et lasse l’âme.
La culpabilité de tels et tels grands péchés pèse sur l’âme, et l’homme ne voit aucun moyen de s’en débarrasser, mais il a des jours pénibles et des nuits pénibles ; il est parfois près de dire comme le psalmiste : « Oh! Si j’avais les ailes de la colombe, Je m’envolerais, et je trouverais le repos; Voici, je fuirais bien loin, J’irais séjourner au désert; Je m’échapperais en toute hâte, Plus rapide que le vent impétueux, que la tempête. » Mais quand les pécheurs viennent à Christ, il ôte ce qui était leur fardeau, à savoir leur péché et leur culpabilité, ce qui pesait si lourdement sur leur cœur, ce qui tourmentait si fort leur esprit.
Premièrement. Il ôte la culpabilité du péché, dont l’âme auparavant ne voyait pas comment il lui était possible d’être délivrée, et qui, si elle n’était pas ôtée, menait à la destruction éternelle. Quand le pécheur vient à Christ, elle est ôtée tout d’un coup, et l’âme est laissée libre ; elle est soulagée de son fardeau, délivrée de sa servitude, et elle est comme un oiseau échappé du filet des oiseleurs. L’âme voit en Christ un chemin vers la paix avec Dieu, un chemin par lequel la loi peut recevoir satisfaction et la justice être satisfaite, et lui cependant échapper ; un chemin merveilleux, en vérité, mais pourtant certain et glorieux. Et quel repos cela donne à l’âme lasse, de se voir ainsi délivrée, de voir que le fondement de ses angoisses et de ses craintes est entièrement ôté, que la colère de Dieu cesse, qu’elle est amenée dans un état de paix avec Dieu, et qu’il n’y a plus lieu de craindre l’enfer, mais qu’elle est à jamais en sûreté ! Combien il est rafraîchissant pour l’âme d’être ainsi délivrée d’un coup de ce qui faisait tant son trouble et sa terreur, et d’être soulagée de ce qui était tant son fardeau ! C’est comme arriver à une ombre fraîche après avoir voyagé dans un désert sec et brûlant, et avoir presque défailli sous la chaleur accablante. Et puis Christ ôte aussi le péché lui-même, et mortifie cette racine d’amertume qui est la cause de tous les tumultes et de toutes les agitations intérieures de l’esprit, qui le rendent semblable à la mer agitée qui ne peut se calmer ; et il le laisse dans un calme parfait. Quand la culpabilité est ôtée et le péché mortifié, alors le fondement de la crainte, du trouble et de la douleur est enlevé, et l’âme est laissée dans la paix et la sérénité.
Secondement. Christ met de la force et un principe de vie nouvelle dans l’âme lasse qui vient à lui. Le pécheur, avant de venir à Christ, est comme un malade affaibli et abattu, dont la nature est consumée par quelque violente maladie : il est plein de douleur, et si faible qu’il ne peut ni marcher ni se tenir debout. C’est pourquoi Christ est comparé à un médecin. « Ce que Jésus ayant entendu, il dit: Ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin de médecin, mais les malades. » Quand il vient et prononce la parole, il met un principe de vie en celui qui auparavant était comme mort : il donne un principe de vie spirituelle et le commencement de la vie éternelle ; il fortifie l’esprit en lui communiquant sa propre vie et sa propre force, il renouvelle la nature et la crée de nouveau, et fait de l’homme une nouvelle créature.
De sorte que les esprits défaillants et abattus sont maintenant ranimés, et ce principe de vie spirituelle est une source continuelle de rafraîchissement, comme un puits d’eau vive. « Celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura jamais soif, et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau qui jaillira jusque dans la vie éternelle. » Christ donne son Esprit, qui calme l’âme, et qui est comme une brise rafraîchissante. Il donne cette force par laquelle il fortifie les mains languissantes et les genoux affaiblis.
Troisièmement. Christ donne à ceux qui viennent à lui une consolation et une joie telles qu’elles suffisent à leur faire oublier tout leur labeur et toute leur peine passés. Un peu de vraie paix, un peu des joies de l’amour de Christ manifesté, et un peu de la véritable et sainte espérance de la vie éternelle suffisent à compenser toute cette peine et toute cette lassitude, et à en effacer le souvenir de l’esprit. Cette paix qui résulte de la vraie foi surpasse toute intelligence, et cette joie est une joie ineffable. Il y a dans cette joie quelque chose de particulièrement doux et rafraîchissant, qui ne se trouve pas dans les autres joies ; et qu’est-ce qui peut soutenir plus efficacement l’esprit, ou donner un plus raisonnable sujet de se réjouir, que la perspective d’une gloire éternelle dans la jouissance de Dieu, fondée sur la propre promesse de Dieu en Christ ? Si nous venons à Christ, nous pouvons être rafraîchis non seulement en nous reposant à son ombre, mais en mangeant de son fruit : ces choses sont les fruits de cet arbre. « J’ai désiré m’asseoir à son ombre, Et son fruit est doux à mon palais. » Avant de passer au point suivant de cette proposition, je voudrais m’adresser à ceux qui sont las, pour les porter à se reposer à l’ombre de Christ.
Le grand trouble d’un tel état devrait, semble-t-il, être pour vous un motif d’accepter l’offre d’un soulagement et d’un remède. Vous êtes las, et sans doute seriez-vous heureux de trouver le repos ; mais vous devez ici considérer :
Premièrement. Qu’il n’y a point de remède, sinon en Jésus-Christ ; il n’est rien d’autre qui vous donnera la vraie tranquillité. Si vous pouviez vous envoler au ciel, vous ne l’y trouveriez pas ; si vous preniez les ailes de l’aurore, et que vous alliez habiter aux extrémités de la terre, en quelque lieu solitaire du désert, vous ne pourriez fuir votre fardeau. De sorte que, si vous ne venez pas à Christ, il vous faudra ou bien demeurer toujours las et chargé, ou bien, ce qui est pire, retourner à votre ancien sommeil de mort, à un état d’hébétude ; et non seulement cela, mais il vous faudra être éternellement accablé par la colère de Dieu.
Secondement. Considérez que Christ est un remède tout proche. Vous n’avez pas à souhaiter les ailes d’une colombe pour fuir bien loin et trouver le repos ; Christ est tout près, si seulement vous le sentiez. Romains 10:6, 7, 8 : « Mais voici comment parle la justice qui vient de la foi: Ne dis pas en ton cœur: Qui montera au ciel? C’est en faire descendre Christ; ou: Qui descendra dans l’abîme? C’est faire remonter Christ d’entre les morts. Que dit-elle donc? La parole est près de toi, dans ta bouche et dans ton cœur. Or, c’est la parole de la foi, que nous prêchons. » Il n’est pas besoin d’accomplir quelque grande œuvre pour parvenir à ce repos ; le chemin qui y mène est uni ; il ne s’agit que d’y aller, il ne s’agit que de s’asseoir à l’ombre de Christ. Christ n’exige point d’argent pour qu’on achète de lui le repos ; il nous appelle à venir gratuitement, et pour rien. Si nous sommes pauvres et n’avons point d’argent, nous pouvons venir. Christ a envoyé ses serviteurs inviter les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux. Christ n’a pas besoin d’être payé pour vous accepter et vous donner le repos. C’est son œuvre de Médiateur que de donner le repos à ceux qui sont las ; c’est l’œuvre pour laquelle il a été oint, et dans laquelle il prend plaisir. « L’esprit du Seigneur, l’Éternel, est sur moi, Car l’Éternel m’a oint pour porter de bonnes nouvelles aux malheureux; Il m’a envoyé pour guérir ceux qui ont le cœur brisé, Pour proclamer aux captifs la liberté, Et aux prisonniers la délivrance. »
Troisièmement. Christ n’est pas seulement un remède à votre lassitude et à votre trouble, mais il vous donnera en abondance ce qui leur est contraire : la joie et les délices. Ceux qui viennent à Christ n’arrivent pas seulement à un lieu de repos après avoir erré dans un désert, mais ils arrivent à une salle de festin, où ils peuvent se reposer et où ils peuvent se rassasier. Ils peuvent cesser leurs troubles et leurs peines d’autrefois, et entrer dans une vie de délices et de joies spirituelles.
Christ ne délivre pas seulement des craintes de l’enfer et de la colère, mais il donne l’espérance du ciel et la jouissance de l’amour de Dieu. Il délivre des tumultes intérieurs et de la douleur intérieure, de cette culpabilité de la conscience qui est comme un ver qui ronge au-dedans, et il donne les délices et une gloire intérieure. Il nous fait sortir d’un désert plein de fosses, de sécheresse et de serpents brûlants et volants ; et il nous fait entrer dans un pays agréable, un pays où coulent le lait et le miel. Il nous délivre de la prison, il nous relève du fumier, il nous fait asseoir avec les princes, et nous donne en partage un trône de gloire. C’est pourquoi, si quelqu’un est las, si quelqu’un est en prison, si quelqu’un est en captivité, si quelqu’un est dans le désert, qu’il vienne au bienheureux Jésus, qui est comme l’ombre d’un grand rocher dans une terre altérée. Ne tardez pas ; levez-vous, et venez.
2. Il y a en Christ un repos paisible et un doux rafraîchissement pour ceux du peuple de Dieu qui sont las.
Les saints eux-mêmes, tant qu’ils demeurent dans cet état imparfait, et qu’il reste tant de péché dans leur cœur, sont encore sujets à beaucoup de troubles et de chagrins, et à beaucoup de lassitude, et ont souvent besoin de recourir de nouveau à Jésus-Christ pour trouver le repos. Je mentionnerai trois cas dans lesquels Christ est un remède suffisant.
Premièrement. Il y a en Christ du repos et un doux rafraîchissement pour ceux qui sont lassés par les persécutions. Le sort de l’Église de Dieu en ce monde a été, la plupart du temps, d’être persécutée. Elle a eu de temps à autre quelques intervalles lumineux de paix et de prospérité extérieure, mais en général il en a été autrement. Cela s’est accordé avec la première prophétie touchant Christ : « Je mettrai inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et sa postérité ». Ces deux postérités ont été en inimitié depuis le temps d’Abel. Satan a nourri une grande malice contre l’Église de Dieu, et de même ceux qui sont sa postérité. Et souvent le peuple de Dieu a été persécuté jusqu’à l’extrême, soumis aux tourments les plus raffinés que l’esprit ou l’art pût inventer, et des milliers d’entre eux ont été tourmentés jusqu’à la mort.
Mais même dans un tel cas, il y a du repos et du rafraîchissement à trouver en Jésus-Christ. Quand leurs cruels ennemis ne leur ont laissé aucun repos en ce monde ; quand, comme ce fut souvent le cas, ils ne pouvaient ni fuir, ni éviter en aucune manière la rage de leurs adversaires, mais que beaucoup d’entre eux étaient tourmentés peu à peu, jour après jour, afin que leurs tourments fussent prolongés, le repos a pourtant été trouvé, même alors, en Christ. On en a souvent fait l’expérience ; les martyrs ont souvent montré clairement que la paix et le calme de leur esprit n’étaient point troublés au milieu des plus grands tourments du corps, et parfois ils se sont réjouis et ont chanté des louanges sur le chevalet et dans le feu. S’il plaît à Christ d’envoyer son Esprit pour manifester son amour, et s’il parle à l’âme en ami, cela la soutiendra même dans les plus grands tourments extérieurs que l’homme puisse infliger. Christ est la joie de l’âme, et si seulement l’âme est réjouie et remplie de la lumière divine, une telle joie, nul ne peut la ravir ; quelle que soit la misère extérieure, l’esprit la supportera.
Secondement. Il y a en Christ du repos pour le peuple de Dieu lorsqu’il est éprouvé par les afflictions. Si une personne souffre d’une grande faiblesse corporelle, ou de quelque maladie qui cause des douleurs fréquentes et violentes, de telles choses épuiseront une créature aussi faible que l’homme. Ce peut être pour un tel homme une consolation et un appui efficace de penser qu’il a un Médiateur qui sait par expérience ce qu’est la douleur ; qui, par sa douleur, lui a acquis un soulagement et des délices éternels ; et qui fera que ses brèves souffrances produiront des délices infiniment plus grandes, qui lui seront accordées quand il se reposera de ses travaux et de ses chagrins.
Si une personne est réduite à de grandes extrémités quant à sa subsistance extérieure, et que la pauvreté lui apporte une foule de difficultés et de détresses, ce peut être pourtant pour elle une pensée qui soutient et qui rafraîchit, de songer qu’elle a un Sauveur compatissant qui, lorsqu’il était sur la terre, était si pauvre qu’il n’avait pas où reposer sa tête, qui s’est fait pauvre pour l’enrichir, qui lui a acquis des richesses durables, et qui fera que sa pauvreté produira pour elle, au-delà de toute mesure, un poids éternel de gloire.
Si Dieu, dans sa providence, appelle son peuple à pleurer des proches perdus, et s’il répète ses coups et lui enlève l’un après l’autre ceux qui lui étaient chers, c’est une pensée qui soutient et qui rafraîchit, de songer que Christ a déclaré qu’il tiendrait lieu de tous les proches à ceux qui se confient en lui. Ils sont pour lui comme sa mère, sa sœur et son frère ; il les a pris dans une relation très proche avec lui-même ; et dans toute autre dispensation affligeante de la providence, c’est une grande consolation pour une âme croyante de penser qu’elle a un intercesseur auprès de Dieu, que par lui elle peut s’approcher avec assurance du trône de la grâce, et qu’en Christ nous avons les plus grandes et les plus précieuses promesses, à savoir que toutes choses concourent au bien et aboutiront à la félicité éternelle. Le peuple de Dieu, chaque fois qu’il est brûlé par les afflictions comme par les rayons ardents du soleil, peut recourir à celui qui est comme l’ombre d’un grand rocher, et y être efficacement abrité et doucement rafraîchi.
Troisièmement. Il y a en Christ un repos paisible et un doux rafraîchissement pour le peuple de Dieu lorsqu’il est lassé par les assauts de Satan. Le diable, cet ennemi malicieux de Dieu et des hommes, fait tout ce qui est en son pouvoir pour obscurcir, entraver et tenter le peuple de Dieu, et lui rendre la vie pénible. Souvent il soulève des scrupules inutiles et sans fondement, il jette des doutes, il remplit l’esprit d’une crainte qui tourmente et qui tend à les entraver extrêmement dans la course chrétienne ; et souvent il soulève des brouillards et des nuées de ténèbres, il excite la corruption, et remplit par là l’esprit de souci et d’angoisse, et parfois il épuise l’âme. De sorte qu’ils peuvent dire avec le psalmiste : « De nombreux taureaux sont autour de moi, Des taureaux de Basan m’environnent. Ils ouvrent contre moi leur gueule, Semblables au lion qui déchire et rugit. »
En pareil cas, si l’âme s’enfuit vers Jésus-Christ, elle peut trouver le repos en lui, car il est venu dans le monde pour détruire Satan et pour arracher les âmes de ses mains. Et il a toutes choses sous ses pieds, qu’elles soient dans le ciel, sur la terre ou dans l’enfer, et c’est pourquoi il peut réprimer Satan quand il lui plaît. Et qu’il soit sans doute tout prêt à avoir pitié de nous dans de telles tentations, nous pouvons en être assurés, car il a été tenté et assailli par Satan aussi bien que nous. Il peut secourir ceux qui sont tentés, et il a promis qu’il écrasera Satan sous les pieds de son peuple. Que le peuple de Dieu, donc, lorsqu’il est éprouvé par l’une ou l’autre de ces sortes de lassitude, recoure à Jésus-Christ pour y trouver refuge et repos.
RÉFLEXIONS
1. Nous pouvons voir ici un grand sujet d’admirer la bonté et la grâce de Dieu envers nous dans notre état d’abaissement, en ce qu’il a pourvu ainsi à notre secours et à notre soulagement. Par notre propre péché contre Dieu, nous sommes plongés dans toute sorte de maux, et Dieu nous a pourvus d’un remède contre toute sorte de maux ; il ne nous a laissés sans secours dans aucune calamité. Par notre péché, nous nous sommes exposés à la colère, à une justice vengeresse ; mais Dieu a fait de très grandes choses pour que nous fussions sauvés de cette colère ; il n’a reculé devant aucun prix, si infini fût-il, afin que la loi reçût satisfaction sans que nous ayons à souffrir. Par nos péchés, nous nous sommes exposés à la terreur de la conscience, dans l’attente du terrible orage de la colère de Dieu ; mais Dieu nous a pourvus d’un abri contre l’orage ; il nous ordonne d’entrer dans ses chambres et de nous cacher jusqu’à ce que la colère soit passée. Par le péché, nous nous sommes rendus de pauvres créatures indigentes ; mais Dieu nous a pourvus de l’or éprouvé par le feu. Par le péché, nous nous sommes rendus nus ; et quand il passa près de nous, il remarqua notre dénuement, et nous a pourvus des vêtements blancs, afin que nous soyons vêtus. Nous nous sommes rendus aveugles, et Dieu, dans sa miséricorde envers nous, nous a pourvus d’un collyre, afin que nous voyions. Nous nous sommes privés de toute nourriture spirituelle ; nous sommes semblables au fils prodigue qui périssait de faim, et qui aurait bien voulu se remplir le ventre de carouges. Dieu a remarqué cette condition qui est la nôtre, et il nous a préparé un festin de mets succulents, et il a envoyé ses serviteurs inviter les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux. Par le péché, nous nous sommes amenés dans un désert aride et altéré ; mais Dieu a été miséricordieux, il a remarqué notre condition, et il nous a pourvus de courants d’eau, de l’eau sortie du rocher. Par le péché, nous nous sommes attiré un esclavage et une servitude misérables ; Dieu a pourvu à notre liberté. Nous nous sommes exposés à la lassitude ; Dieu nous a pourvus d’un lieu de repos. Par le péché, nous nous sommes exposés à beaucoup de troubles et d’afflictions extérieurs ; Dieu a eu pitié de nous, et en Christ il nous a pourvus d’une vraie consolation. Nous nous sommes exposés à notre grand ennemi, Satan lui-même, pour être tentés et assaillis par lui ; Dieu a eu pitié, et il nous a pourvus d’un Sauveur et d’un Prince du salut, qui a vaincu Satan et qui peut nous délivrer. Ainsi Dieu, en Christ, a suffisamment pourvu à notre secours contre toutes sortes de maux.
Combien nous devons bénir Dieu pour cette abondante provision qu’il a faite pour nous, pauvres et pécheurs que nous étions, si indignes et si ingrats ! Il n’a fait aucune provision semblable pour les anges déchus, qui sont laissés sans remède dans tous les malheurs et toutes les misères où ils sont plongés.
2. Nous devrions admirer l’amour de Christ pour les hommes, en ce qu’il s’est ainsi donné lui-même pour être le remède à tous leurs maux et la source de tous les biens. Christ s’est donné lui-même à nous pour être pour nous tout ce dont nous avons besoin. Nous avons besoin de vêtements, et Christ ne nous donne pas seulement des vêtements, mais il se donne lui-même pour être notre vêtement, afin que nous le revêtions. Galates 3:27 : « Vous tous, qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu Christ. » Romains 13:14 : « Mais revêtez-vous du Seigneur Jésus-Christ, et n’ayez pas soin de la chair pour en satisfaire les convoitises. »
Nous avons besoin de nourriture, et Christ s’est donné lui-même pour être notre nourriture ; il a donné sa propre chair pour être notre aliment, et son sang pour être notre breuvage, afin de nourrir notre âme. Ainsi Christ nous dit qu’il est le pain qui est descendu du ciel, et le pain de vie. « Je suis le pain de vie. Vos pères ont mangé la manne dans le désert, et ils sont morts. C’est ici le pain qui descend du ciel, afin que celui qui en mange ne meure point. Je suis le pain vivant qui est descendu du ciel. Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement; et le pain que je donnerai, c’est ma chair, que je donnerai pour la vie du monde. » Pour que nous puissions manger sa chair, il était nécessaire qu’il fût immolé, comme les sacrifices devaient être immolés avant de pouvoir être mangés ; et tel fut l’amour de Christ pour nous qu’il consentit à être immolé ; il alla comme une brebis à la boucherie, afin de nous donner sa chair pour être la nourriture de nos pauvres âmes affamées.
Nous avons besoin d’une demeure ; par le péché, nous nous sommes pour ainsi dire chassés nous-mêmes de notre maison et de notre foyer ; Christ s’est donné lui-même pour être la demeure de son peuple. Psaume 90:1 : « Seigneur! Tu as été pour nous un refuge, De génération en génération. » Il est promis au peuple de Dieu qu’il habitera à jamais dans le temple de Dieu et n’en sortira plus ; et il nous est dit que Christ est le temple de la nouvelle Jérusalem.
Christ se donne lui-même à son peuple pour être pour lui tout ce dont il a besoin, et tout ce qui contribue à son bonheur. Colossiens 3:11 : « Il n’y a ici ni Grec ni Juif, ni circoncis ni incirconcis, ni barbare ni Scythe, ni esclave ni libre; mais Christ est tout et en tous. » Et afin de pouvoir l’être, il n’a rien refusé de ce qui était nécessaire pour l’y préparer.
Quand il fut nécessaire qu’il s’incarnât, il ne le refusa pas, mais il devint homme et parut sous une forme de serviteur. Quand il fut nécessaire qu’il fût immolé, il ne le refusa pas, mais il se donna lui-même pour nous, et se donna lui-même à nous sur la croix.
Voilà un amour que nous devons admirer, que nous devons louer, et dans lequel nous devons nous réjouir, d’une joie pleine de gloire, à jamais.
Questions pour la réflexion
- Selon Edwards, quelles sont les trois choses que Christ est pour son peuple d’après ce texte ?
- « Un abri contre le vent » (la sûreté pour ceux qui sont dans la crainte et le danger), « des courants d’eau dans un lieu desséché » (la pleine satisfaction de l’âme indigente et altérée), et « l’ombre d’un grand rocher dans une terre altérée » (un repos paisible pour ceux qui sont las). Chose remarquable, ces choses sont dites d’« un homme » — du Fils de Dieu incarné.
- Pourquoi Edwards affirme-t-il que l’âme qui s’enfuit vers Christ n’a pas à craindre la colère ni la justice de Dieu ?
- Parce que « Christ s’est engagé à sauver tous ceux-là de ce qu’ils craignent » — « C’est l’affaire même de son office » —, et qu’il est « choisi et établi par le Père » pour cette œuvre. « La justice et la loi ont leur cours » pleinement sur Christ, le garant, de sorte qu’« il n’est pas besoin qu’elle soit portée deux fois » : l’orage « tombe sur l’abri », et non sur ceux qui sont cachés en lui.
- Pourquoi Edwards dit-il que Christ seul peut satisfaire le désir de l’âme ?
- Parce que toute âme désire un bonheur « égal à la capacité de sa nature », et que l’entendement, dont l’étendue est sans limite, a besoin d’« un objet incompréhensible ». L’excellence de Christ est « une excellence infinie, telle que l’esprit la désire, dans laquelle il ne peut trouver de bornes » : « auparavant il cherchait le bonheur dans le ruisseau, mais […] maintenant il a trouvé l’océan ».
- De quoi Christ, « l’ombre d’un grand rocher », donne-t-il le repos à ceux qui sont las ?
- Du fardeau de la culpabilité du péché (ôtée « tout d’un coup ») ; en mettant en eux « un principe de vie nouvelle » ; et en leur donnant « une consolation et une joie telles qu’elles suffisent à leur faire oublier tout leur labeur et toute leur peine passés ». Il rafraîchit aussi son propre peuple, lassé par la persécution, par l’affliction et par « les assauts de Satan ».
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- Edwards, Jonathan. “Sûreté, plénitude et doux rafraîchissement en Christ.” Sermon. Ochorus, https://ochorus.com/fr/sermons/safety-fulness-and-sweet-refreshment-in-christ/.
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