Texte
Hébreux 11:13-14
En bref
Les patriarches reconnurent « qu’ils étaient étrangers et voyageurs sur la terre », et Edwards nous invite à vivre de même. Comme un voyageur qui se repose à l’auberge sans jamais s’y établir, nous devons tenir d’une main légère les douceurs du monde et monter vers le ciel, où Dieu est le soleil et où les joies terrestres ne sont que des « rayons épars ». Il termine en exhortant les chrétiens à voyager ensemble.
reconnaissant qu’ils étaient étrangers et voyageurs sur la terre. Ceux qui parlent ainsi montrent qu’ils cherchent une patrie.
L’apôtre expose ici les excellences de la grâce de la foi par les effets glorieux et l’heureuse issue qu’elle eut chez les saints de l’Ancien Testament. Il avait parlé en particulier, dans la partie précédente du chapitre, d’Abel, d’Énoch, de Noé, d’Abraham et de Sara, d’Isaac et de Jacob. Après avoir énuméré ces exemples, il fait remarquer que « C’est dans la foi qu’ils sont tous morts, sans avoir obtenu les choses promises; mais ils les ont vues et saluées de loin, reconnaissant qu’ils étaient étrangers », etc. — Dans ces paroles, l’apôtre semble avoir plus particulièrement en vue Abraham et Sara, et leurs parents, qui sortirent avec eux de Charan et d’Ur en Chaldée, comme il ressort du verset 15, où l’apôtre dit : « S’ils avaient eu en vue celle d’où ils étaient sortis, ils auraient eu le temps d’y retourner. »
Deux choses peuvent être observées ici :
1. Ce que ces saints confessèrent d’eux-mêmes, à savoir qu’ils étaient étrangers et voyageurs sur la terre. — Ainsi avons-nous, au sujet d’Abraham, ce témoignage particulier : « Je suis étranger et habitant parmi vous ». Et tel semble avoir été le sentiment commun des patriarches, à en juger par ce que Jacob dit à Pharaon : « Jacob répondit à Pharaon: Les jours des années de mon pèlerinage sont de cent trente ans. Les jours des années de ma vie ont été peu nombreux et mauvais, et ils n’ont point atteint les jours des années de la vie de mes pères durant leur pèlerinage. » « Car je suis un étranger chez toi, Un habitant, comme tous mes pères. »
2. La conséquence que l’apôtre en tire, à savoir qu’ils cherchaient une autre patrie comme leur demeure. « Ceux qui parlent ainsi montrent qu’ils cherchent une patrie. » En confessant qu’ils étaient étrangers, ils déclaraient clairement que ce pays n’est pas le leur, que ce n’est pas ici le lieu où ils sont chez eux. Et en se confessant voyageurs, ils déclaraient clairement que ce n’est pas ici leur demeure fixe, mais qu’ils ont en vue une autre patrie, qu’ils cherchent et vers laquelle ils voyagent.
I. Que cette vie doit être employée par nous de telle sorte qu’elle ne soit qu’un voyage ou un pèlerinage vers le ciel
Je voudrais faire observer ici :
1. Que nous ne devons pas nous reposer dans le monde et dans ses jouissances, mais désirer le ciel. Nous devons chercher « premièrement le royaume » de Dieu. Nous devons, par-dessus toutes choses, désirer un bonheur céleste : être avec Dieu, et habiter avec Jésus-Christ. Bien qu’entourés de jouissances extérieures, établis dans nos familles, parmi des amis et des parents qui nous sont chers ; bien que nous ayons des compagnons dont la société fait nos délices, et des enfants en qui nous voyons maintes qualités prometteuses ; bien que nous vivions auprès de bons voisins et que nous soyons généralement aimés là où l’on nous connaît, nous ne devons pourtant pas prendre notre repos en ces choses comme en notre portion. Loin de nous y reposer, nous devons désirer les quitter toutes, au temps marqué par Dieu. Nous ne devons les posséder, en jouir et en user que dans la pensée de les quitter promptement, dès que nous y sommes appelés, et de les échanger volontiers et joyeusement contre le ciel.
Un voyageur n’a pas coutume de se reposer dans ce qu’il rencontre en chemin, si commode et si agréable que ce soit. S’il traverse des lieux charmants, des prairies fleuries ou des bosquets ombragés, il n’y met pas son contentement : il ne fait qu’y jeter un regard passager, tout en poursuivant sa route. Les belles apparences ne le séduisent pas au point de lui faire abandonner la pensée d’aller plus loin. Non, il a dans l’esprit le terme de son voyage. S’il trouve dans une auberge un logement confortable, il ne songe nullement à s’y établir. Il considère que ces choses ne sont pas à lui, qu’il n’est qu’un étranger ; et lorsqu’il s’est restauré, ou qu’il s’est arrêté pour une nuit, il ne pense qu’à repartir. Et il lui est doux de penser qu’une si grande partie du chemin est déjà faite.
Ainsi devrions-nous désirer le ciel plus que les douceurs et les jouissances de cette vie. L’apôtre présente aux chrétiens, comme une pensée encourageante et consolante, qu’ils s’approchent de leur bonheur : « maintenant le salut est plus près de nous que lorsque nous avons cru. » — Nos cœurs doivent être détachés de ces choses, comme l’est celui d’un homme en voyage, afin que nous puissions nous en séparer joyeusement, chaque fois que Dieu nous appelle. « Voici ce que je dis, frères, c’est que le temps est court; que désormais ceux qui ont des femmes soient comme n’en ayant pas, ceux qui pleurent comme ne pleurant pas, ceux qui se réjouissent comme ne se réjouissant pas, ceux qui achètent comme ne possédant pas, et ceux qui usent du monde comme n’en usant pas, car la figure de ce monde passe. » — Ces choses ne nous sont que prêtées pour un peu de temps, afin de servir à un besoin présent ; mais nous devons attacher nos cœurs au ciel, comme à notre héritage pour toujours.
2. Nous devons chercher le ciel en marchant dans le chemin qui y conduit. C’est un chemin de sainteté. Nous devons choisir et désirer d’y aller par ce chemin et par nul autre, et renoncer à tous ces appétits charnels qui, comme autant de fardeaux, tendraient à nous retarder : « rejetons tout fardeau, et le péché qui nous enveloppe si facilement, et courons avec persévérance dans la carrière qui nous est ouverte ». Si agréable que soit la satisfaction d’un appétit quelconque, nous devons la rejeter, si elle est un obstacle ou une pierre d’achoppement sur le chemin du ciel.
Nous devons avancer dans le chemin de l’obéissance à tous les commandements de Dieu, aux difficiles comme aux faciles, en renonçant à toutes nos inclinations et à tous nos intérêts coupables. Le chemin du ciel va en montant ; il faut nous résoudre à gravir la colline, si rude et si fatigante que soit la montée, et si contraire qu’elle soit au penchant naturel de notre chair. Nous devons suivre Christ : le sentier qu’il a parcouru était le vrai chemin du ciel. Nous devons prendre notre croix et le suivre, dans la douceur et l’humilité de cœur, l’obéissance et la charité, l’ardeur à faire le bien, et la patience dans les afflictions. Le chemin du ciel est une vie céleste, une imitation de ceux qui sont au ciel, dans leurs saintes jouissances, aimant, adorant, servant et louant Dieu et l’Agneau. Quand même nous pourrions aller au ciel en satisfaisant nos convoitises, nous devrions préférer un chemin de sainteté et de conformité aux règles spirituelles de l’Évangile, qui sont des règles de renoncement à soi-même.
3. Nous devons avancer dans ce chemin avec labeur. — Les longs voyages s’accompagnent de peine et de fatigue, surtout s’ils traversent un désert. Ceux qui les entreprennent ne s’attendent qu’à souffrir privations et lassitude. — Ainsi devons-nous marcher dans ce chemin de sainteté, employant notre temps et nos forces à surmonter les difficultés et les obstacles qui s’y trouvent. Le pays que nous avons à traverser est un désert ; il y a bien des montagnes, des rochers et des lieux escarpés qu’il nous faut franchir ; il est donc nécessaire que nous y dépensions nos forces.
4. Notre vie tout entière doit être employée à parcourir cette route. — Nous devons commencer tôt. Ce doit être le premier souci de chacun, dès qu’il devient capable d’agir. Dès qu’on fait ses premiers pas dans le monde, on doit se mettre en route pour ce voyage. — Et nous devons avancer avec assiduité. Ce doit être « l’œuvre de chaque jour ». Nous devons penser souvent au terme de notre voyage, et faire notre tâche quotidienne d’avancer dans le chemin qui y mène. — Celui qui est en voyage pense souvent au lieu où il se rend ; son souci et son occupation de chaque jour sont d’avancer, et de mettre son temps à profit pour approcher du terme de sa route. Ainsi le ciel devrait-il occuper sans cesse nos pensées ; et l’entrée ou le passage qui y mène immédiatement, à savoir la mort, devrait nous être présent. — Nous devons persévérer dans ce chemin aussi longtemps que nous vivrons.
« Courons avec persévérance dans la carrière qui nous est ouverte. » Bien que la route soit difficile et pénible, il nous faut tenir bon avec patience, et accepter d’endurer les épreuves. Bien que le voyage soit long, nous ne devons pas nous arrêter en chemin, mais persévérer jusqu’à ce que nous parvenions au lieu que nous cherchons. Nous ne devons pas non plus nous laisser décourager par la longueur et les difficultés du chemin, comme le furent les enfants d’Israël, ni vouloir rebrousser chemin. Toute notre pensée et tout notre dessein doivent être de presser le pas jusqu’à ce que nous soyons arrivés.
5. Nous devons croître continuellement en sainteté, et, à cet égard, nous approcher de plus en plus du ciel. — Nous devons nous efforcer de nous approcher du ciel en devenant plus célestes, en ressemblant de plus en plus aux habitants du ciel, quant à la sainteté et à la conformité à Dieu ; quant à la connaissance de Dieu et de Christ ; quant à la claire vue de la gloire de Dieu, de la beauté de Christ et de l’excellence des choses divines, à mesure que nous approchons de la vision béatifique. — Nous devons travailler à croître continuellement dans l’amour divin — afin qu’il soit dans nos cœurs une flamme grandissante, jusqu’à ce qu’ils montent tout entiers dans cette flamme — dans l’obéissance et une conduite céleste, afin que nous fassions la volonté de Dieu sur la terre comme les anges la font dans le ciel ; dans la consolation et la joie spirituelle ; dans une communion sensible avec Dieu et avec Jésus-Christ. Notre sentier devrait être « comme la lumière resplendissante, Dont l’éclat va croissant jusqu’au milieu du jour ». Nous devons avoir faim et soif de la justice, d’un accroissement de justice : « désirez, comme des enfants nouveau-nés, le lait spirituel et pur, afin que par lui vous croissiez ». La perfection du ciel doit être notre but : « je fais une chose: oubliant ce qui est en arrière et me portant vers ce qui est en avant, je cours vers le but, pour remporter le prix de la vocation céleste de Dieu en Jésus-Christ. »
6. Toutes les autres affaires de la vie doivent être entièrement subordonnées à celle-ci. — Quand un homme est en voyage, tous les pas qu’il fait sont subordonnés au dessein d’atteindre le terme de sa route. Et s’il emporte avec lui de l’argent ou des provisions, c’est pour subvenir aux besoins de son voyage. Ainsi devons-nous subordonner entièrement toutes nos autres occupations, et toutes nos jouissances temporelles, à cette grande affaire du voyage vers le ciel. Lorsqu’une chose que nous possédons devient pour nous une entrave et un obstacle, nous devons l’abandonner sur-le-champ. L’usage de nos biens et de nos jouissances terrestres doit se faire dans cette vue, et de telle manière qu’ils nous fassent avancer sur notre chemin vers le ciel. Ainsi devons-nous manger, boire, nous vêtir, et mettre à profit la conversation et la compagnie de nos amis. Et quelle que soit l’affaire que nous entreprenons, quel que soit le dessein où nous nous engageons, nous devons nous demander si cette affaire ou cette entreprise nous fera avancer sur notre chemin vers le ciel. Et si ce n’est pas le cas, nous devons renoncer à notre dessein.
II. Pourquoi la vie du chrétien est-elle un voyage, ou un pèlerinage ?
1. Ce monde n’est pas notre demeure permanente. Notre séjour ici-bas est fort court. Les jours de l’homme sur la terre sont comme une ombre. Dieu n’a jamais voulu que ce monde fût notre patrie. Il ne nous a pas non plus donné ces commodités temporelles à cette fin. Si Dieu nous a donné d’amples biens, des enfants ou d’autres amis chers, ce n’est nullement dans le dessein que nous en soyons pourvus ici-bas comme pour une demeure fixe ; mais dans le dessein que nous en usions pour le temps présent, et que nous les quittions ensuite en très peu de temps. Lorsque nous sommes appelés à quelque occupation séculière, ou chargés du soin d’une famille, si nous employons notre vie à quelque autre fin qu’à un voyage vers le ciel, tout notre labeur sera perdu. Si nous passons notre vie à poursuivre un bonheur temporel, comme les richesses ou les plaisirs des sens, le crédit et l’estime des hommes, la joie que nous donnent nos enfants et la perspective de les voir bien élevés et bien établis, etc.—toutes ces choses n’auront que bien peu de prix pour nous. La mort fera voler en éclats toutes nos espérances et mettra fin à ces jouissances. Il en sera de nous comme de l’homme dont il est écrit : « le lieu qu’il habitait ne le connaîtra plus », et : « L’œil qui le regardait ne le regardera plus ». Nous devons être enlevés pour toujours à toutes ces choses ; et nul ne sait quand : ce sera peut-être peu après que nous en aurons été mis en possession. Et alors, que deviendront tous nos emplois et toutes nos jouissances de ce monde, quand nous serons couchés dans le tombeau silencieux ? Job 14:12 : « Ainsi l’homme se couche et ne se relèvera plus, Il ne se réveillera pas tant que les cieux subsisteront ».
2. Le monde à venir a été destiné à être notre demeure fixe et éternelle. C’est là qu’il fut résolu que nous serions établis ; et là seulement se trouvent une habitation durable et un héritage durable. L’état présent est court et passager ; mais notre état dans l’autre monde est éternel. Et tels nous y serons d’abord, tels nous y demeurerons sans changement. Notre état dans le monde à venir étant donc éternel, il est d’une importance tellement plus grande que notre état ici-bas, que tous nos intérêts en ce monde devraient lui être entièrement subordonnés.
3. Le ciel est le seul lieu où notre fin suprême et notre bien suprême puissent être atteints. Dieu nous a faits pour lui-même. « C’est de lui, par lui, et pour lui que sont toutes choses. » C’est donc quand nous sommes amenés à Dieu que nous atteignons notre fin suprême ; or nous y sommes amenés quand nous sommes amenés au ciel, car c’est là le trône de Dieu, le lieu de sa présence particulière. On ne peut avoir en ce monde qu’une union très imparfaite avec Dieu, une connaissance très imparfaite de lui au milieu de beaucoup de ténèbres, une conformité très imparfaite à Dieu, mêlée de beaucoup d’éloignement. Ici-bas, nous ne pouvons servir et glorifier Dieu que d’une manière très imparfaite, notre service étant mêlé de péché, ce qui déshonore Dieu.—Mais quand nous parviendrons au ciel (si jamais nous y parvenons), nous serons amenés à une union parfaite avec Dieu, et nous aurons de lui une vue plus claire. Là, nous serons pleinement conformes à Dieu, sans qu’il reste en nous aucun péché ; car « nous le verrons tel qu’il est ». Là, nous servirons Dieu parfaitement, et nous le glorifierons d’une manière élevée, jusqu’à l’extrême limite des forces et de la capacité de notre nature. Alors nous nous donnerons parfaitement à Dieu ; nos cœurs seront des offrandes pures et saintes, présentées dans une flamme d’amour divin.
Dieu est le bien suprême de la créature raisonnable, et la jouissance de Dieu est le seul bonheur dont nos âmes puissent être rassasiées.—Aller au ciel pour jouir pleinement de Dieu est infiniment meilleur que les plus agréables commodités d’ici-bas. Pères et mères, maris, femmes ou enfants, ou la compagnie des amis de la terre, ne sont que des ombres ; mais la jouissance de Dieu est la substance. Ce ne sont là que des rayons épars ; mais Dieu est le soleil. Ce ne sont que des ruisseaux ; mais Dieu est la source. Ce ne sont que des gouttes ; mais Dieu est l’océan.—Il nous convient donc de ne passer cette vie que comme un voyage vers le ciel, de même qu’il nous convient de faire de la recherche de notre fin suprême et de notre vrai bien l’œuvre entière de notre vie, en y subordonnant tous les autres intérêts de la vie. Pourquoi travaillerions-nous pour quelque autre chose, ou y attacherions-nous notre cœur, sinon pour ce qui est notre vraie fin et notre vrai bonheur ?
4. Notre état présent, et tout ce qui s’y rapporte, est destiné par celui qui a fait toutes choses à être entièrement ordonné en vue d’un autre monde.—Ce monde a été fait pour être un lieu de préparation pour un autre. La vie mortelle a été donnée à l’homme afin qu’il fût préparé pour son état définitif. Et tout ce que Dieu nous a donné ici-bas nous est donné à cette fin. Le soleil brille, la pluie tombe sur nous, et la terre nous donne ses produits dans ce but. Les affaires civiles, ecclésiastiques et domestiques, et tous nos intérêts personnels, sont conçus et réglés en subordination à un monde à venir par celui qui a fait toutes choses et qui en dispose. C’est donc à ce monde que nous devons, nous aussi, les subordonner.
III. Instruction que nous offre cette considération, que la vie est un voyage, ou un pèlerinage, vers le ciel
1. Cette doctrine peut nous enseigner la modération dans le deuil que nous menons pour la perte d’amis chers qui, de leur vivant, ont employé leur vie à de justes fins.—S’ils ont mené une vie sainte, leur vie a été un voyage vers le ciel. Et pourquoi serions-nous immodérés dans notre deuil, quand ils sont parvenus au terme de leur voyage ? La mort, bien qu’elle nous apparaisse sous un aspect effrayant, est pour eux une grande bénédiction. Leur fin est heureuse, et meilleure que leur commencement. Pour eux, « le jour de la mort » vaut mieux « que le jour de la naissance ». Tant qu’ils vivaient, ils désiraient le ciel, et le préféraient à ce monde et à toutes ses jouissances. C’est après lui qu’ils soupiraient ardemment ; et pourquoi nous affligerions-nous de ce qu’ils l’ont obtenu ?—Maintenant ils sont arrivés dans la maison de leur Père. Ils y trouvent mille fois plus de consolation, maintenant qu’ils sont arrivés chez eux, qu’ils n’en trouvaient durant leur voyage. En ce monde, ils ont enduré bien des labeurs et des peines ; c’était un désert qu’ils traversaient. Il y avait sur le chemin bien des difficultés, des montagnes et des lieux raboteux. Il était pénible et fatigant de suivre la route ; ils ont eu bien des jours et des nuits de lassitude ; mais à présent ils sont parvenus à leur repos éternel. « Et j’entendis du ciel une voix qui disait: Écris: Heureux dès à présent les morts qui meurent dans le Seigneur! Oui, dit l’Esprit, afin qu’ils se reposent de leurs travaux, car leurs œuvres les suivent. » Ils jettent un regard en arrière sur les difficultés, les douleurs et les dangers de la vie, et se réjouissent de les avoir tous surmontés.
Nous sommes enclins à regarder la mort comme leur malheur, et à nous lamenter de ce que ceux qui nous étaient si chers soient dans la sombre tombe, qu’ils y soient changés en corruption et en vers, enlevés à leurs chers enfants et à leurs jouissances, etc., comme s’ils étaient dans une situation terrible. Mais cela tient à notre infirmité ; ils sont dans un état heureux, inconcevablement bienheureux. Ils ne mènent pas deuil, mais se réjouissent d’une joie extrême : leur bouche est remplie de chants d’allégresse, et ils s’abreuvent aux fleuves de délices. Ils n’éprouvent aucun mélange de regret d’avoir échangé leurs jouissances terrestres et la compagnie des mortels contre le ciel. Leur vie ici-bas, même dans les meilleures conditions, était accompagnée de beaucoup de choses contraires et affligeantes ; mais maintenant toute adversité a pris fin : « ils n’auront plus faim, ils n’auront plus soif, et le soleil ne les frappera point, ni aucune chaleur. Car l’agneau qui est au milieu du trône les paîtra et les conduira aux sources des eaux de la vie, et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux. »
Il est vrai que nous ne les reverrons plus en ce monde ; mais nous devons considérer que nous voyageons vers le même lieu ; et pourquoi nous briserions-nous le cœur de ce qu’ils y sont arrivés avant nous ! Nous les suivons, et nous espérons, dès que nous serons parvenus au terme de notre voyage, être de nouveau avec eux, dans une condition meilleure. Un certain degré de deuil pour nos proches, quand ils nous ont quittés, n’est pas incompatible avec le christianisme, mais lui est tout à fait conforme ; car tant que nous sommes chair et sang, nous avons des penchants et des affections naturels. Mais nous avons de justes raisons pour que notre deuil soit mêlé de joie. « Nous ne voulons pas, frères, que vous soyez dans l’ignorance au sujet de ceux qui dorment, afin que vous ne vous affligiez pas comme les autres qui n’ont point d’espérance » : (c’est-à-dire) qu’ils ne devaient pas s’affliger comme les païens, qui n’avaient aucune connaissance d’un bonheur à venir. C’est ce qui ressort du verset suivant : « Car, si nous croyons que Jésus est mort et qu’il est ressuscité, croyons aussi que Dieu ramènera par Jésus et avec lui ceux qui sont morts. »
2. Si notre vie ne doit être qu’un voyage vers le ciel, combien emploient mal leur vie ceux qui la passent à voyager vers l’enfer !—Certains hommes passent leur vie entière, depuis leur enfance jusqu’au jour de leur mort, à descendre le large chemin qui mène à la perdition. Non seulement ils se rapprochent de l’enfer à mesure que le temps passe, mais chaque jour ils deviennent plus mûrs pour la perdition ; ils ressemblent davantage aux habitants du monde infernal. Tandis que d’autres avancent avec ardeur dans le chemin étroit et resserré qui mène à la vie, et gravissent laborieusement la colline vers Sion, à l’encontre des inclinations et des penchants de la chair, ceux-là courent d’une course rapide vers la mort éternelle. Telle est l’occupation de chaque jour pour tous les méchants, et la journée entière y est employée. Dès qu’ils s’éveillent le matin, ils se remettent en marche sur le chemin de l’enfer, et y emploient chaque instant de leur veille. Ils commencent dès leurs premiers jours. « Les méchants sont pervertis dès le sein maternel, Les menteurs s’égarent au sortir du ventre de leur mère. » Ils y persévèrent avec constance. Beaucoup d’entre eux, qui vivent jusqu’à la vieillesse, ne s’en lassent jamais ; vécussent-ils jusqu’à cent ans, ils ne cesseront de voyager sur le chemin de l’enfer jusqu’à ce qu’ils y arrivent. Et tous les intérêts de la vie sont subordonnés à cette occupation. Le méchant est esclave du péché ; ses forces et ses facultés sont employées au service du péché, et à se rendre propre à l’enfer. Et tous ses biens, il en use de manière à les faire servir à la même fin. Les hommes passent leur temps à s’amasser un trésor de colère pour le jour de la colère. Ainsi font tous les impurs, qui vivent en secret dans des pratiques lascives ; tous les malveillants ; tous les profanes, qui négligent les devoirs de la religion. Ainsi font tous les injustes, et ceux qui sont frauduleux et oppressifs dans leurs affaires. Ainsi font tous les médisants et les calomniateurs ; tous les avares, qui attachent leur cœur principalement aux richesses de ce monde. Ainsi font les piliers de taverne et ceux qui fréquentent la mauvaise compagnie, et bien d’autres sortes de gens qu’on pourrait nommer. Ainsi la masse du genre humain se hâte sur le large chemin de la perdition, qui est, pour ainsi dire, rempli de la multitude qui s’y engage d’un commun accord. Et chaque jour, de ce large chemin, ils tombent par milliers dans l’enfer. Des multitudes se précipitent sans cesse dans le grand étang de feu et de soufre, comme un fleuve puissant déverse sans relâche ses eaux dans l’océan.
3. Il s’ensuit que, lorsque des hommes se convertissent, ils ne font que commencer leur œuvre et se mettre en route sur le chemin qu’ils ont à parcourir.—Jusque-là, ils n’ont jamais rien fait de cette œuvre à laquelle leur vie entière devrait être consacrée. Avant leur conversion, ils ne font jamais un seul pas dans cette voie. C’est lorsqu’un homme est amené à Christ qu’il se met pour la première fois en route ; et, loin d’avoir achevé son œuvre, c’est alors seulement que commencent son soin et son labeur dans l’œuvre et l’affaire du chrétien, auxquelles il doit consacrer le reste de sa vie.
Ils agissent mal, ceux qui, une fois convertis et parvenus à l’espérance d’être en bon état, ne luttent plus avec autant d’ardeur qu’auparavant, lorsqu’ils étaient sous le coup du réveil. Ils devraient désormais, aussi longtemps qu’ils vivront, se montrer aussi ardents et laborieux, aussi vigilants et attentifs que jamais ; bien plus, ils devraient croître de plus en plus. Ce n’est pas une excuse légitime que de dire qu’ils ont maintenant obtenu la conversion. Ne devrions-nous pas mettre autant de diligence à servir et à glorifier Dieu qu’à être heureux nous-mêmes ? Et si nous avons obtenu la grâce, nous devons pourtant lutter autant pour obtenir les autres degrés qui sont devant nous que nous l’avons fait pour obtenir ce petit degré qui est derrière. L’apôtre nous dit qu’il oubliait ce qui était derrière et se portait vers ce qui était devant.
Bien plus, ceux qui sont convertis ont désormais une raison de plus de rechercher la grâce ; car ils ont entrevu quelque chose de son excellence. Celui qui a une fois goûté les bénédictions de Canaan a plus de raison de s’y hâter qu’il n’en avait auparavant. Et ceux qui sont convertis devraient s’efforcer d’obéir à cette parole : « appliquez-vous d’autant plus à affermir votre vocation et votre élection ». Tous ceux qui sont convertis n’en ont pas la certitude ; et ceux qui l’ont ne savent pas s’ils la garderont toujours ; et chercher et servir Dieu sans relâche, avec la plus grande diligence, voilà le moyen d’obtenir l’assurance et de la conserver.
IV. Exhortation à passer la vie présente de telle sorte qu’elle ne soit qu’un voyage vers le ciel
Travaillez à acquérir une disposition d’esprit telle que vous choisissiez le ciel pour votre héritage et votre demeure ; que vous y aspiriez ardemment, et que vous soyez prêts à échanger ce monde, avec toutes ses jouissances, contre le ciel. Travaillez à ce que votre cœur soit tellement occupé du ciel et des jouissances célestes que vous puissiez vous réjouir lorsque Dieu vous appelle à quitter vos meilleurs amis et vos meilleures consolations d’ici-bas pour le ciel, afin d’y jouir de Dieu et de Christ.
Laissez-vous persuader de voyager dans le chemin qui mène au ciel, c’est-à-dire dans la sainteté, le renoncement à soi-même, la mortification, l’obéissance à tous les commandements de Dieu, en suivant l’exemple de Christ ; dans la voie d’une vie céleste, à l’imitation des saints et des anges qui sont au ciel. Que ce soit là votre œuvre de chaque jour, du matin jusqu’au soir, et persévérez-y jusqu’à la fin ; que rien ne vous arrête ni ne vous décourage, que rien ne vous détourne de cette route. Et que toutes vos autres affaires soient subordonnées à celle-là. Considérez les raisons qui ont été exposées pour lesquelles vous devez passer ainsi votre vie : que ce monde n’est pas votre demeure permanente, que le monde à venir doit être votre séjour éternel, et que les jouissances et les affaires de ce monde ne nous sont données qu’en vue d’un autre. Et considérez encore, comme motif,
1. Combien le ciel est digne que votre vie soit tout entière employée à y voyager.—À quel meilleur usage pouvez-vous employer votre vie, que vous regardiez à votre devoir ou à votre intérêt ? Quel meilleur but pouvez-vous assigner à votre voyage que d’obtenir le ciel ? Vous êtes placés dans ce monde avec la liberté de choisir, afin de voyager par le chemin qu’il vous plaira ; et l’un de ces chemins mène au ciel. Or, pouvez-vous mieux diriger votre course que par ce chemin-là ? Tous les hommes ont quelque but en vivant. Certains recherchent avant tout les choses de ce monde ; ils passent leurs jours à les poursuivre. Mais le ciel, où se trouve à jamais la plénitude de la joie, n’est-il pas bien plus digne d’être recherché par vous ? Comment pourriez-vous mieux employer vos forces, user de vos ressources et passer vos jours qu’en parcourant la route qui conduit à la jouissance éternelle de Dieu, à sa glorieuse présence, à la nouvelle Jérusalem, à la céleste montagne de Sion, où tous vos désirs seront comblés, et où vous ne courrez aucun danger de jamais perdre votre bonheur ?—Nul homme n’est chez lui dans ce monde, qu’il choisisse le ciel ou non ; il n’y est qu’un passant. Où pourriez-vous mieux choisir votre demeure que dans le ciel ?
2. C’est le moyen de rendre la mort douce pour nous.—Passer notre vie de telle sorte qu’elle ne soit qu’un voyage vers le ciel, c’est le moyen d’être délivrés de la servitude et de trouver de la douceur dans la perspective et la pensée de la mort. Le voyageur songe-t-il au terme de son voyage avec crainte et terreur ? Lui est-il terrible de penser qu’il est presque arrivé au terme de son voyage ? Les enfants d’Israël furent-ils affligés, après quarante ans de marche dans le désert, lorsqu’ils furent presque parvenus en Canaan ? C’est là le moyen de pouvoir quitter le monde sans chagrin. Le voyageur s’afflige-t-il, une fois rentré chez lui, de laisser son bâton et sa charge de provisions qui devaient le soutenir en chemin ?
3. Aucune part de votre vie ne vous sera agréable à vous rappeler, lorsque vous serez sur le point de mourir, sinon celle qui aura été passée de cette manière.—Si vous n’avez rien passé de votre vie de cette façon, votre vie entière vous sera terrible à envisager, à moins que vous ne mouriez sous l’empire de quelque grande illusion. Vous verrez alors que toute la part de votre vie qui aura été passée autrement est perdue. Vous verrez alors la vanité de tous les autres buts que vous avez pu vous proposer. La pensée de ce que vous avez possédé et goûté ici-bas ne vous sera point agréable, à moins que vous ne puissiez penser aussi que vous l’avez subordonné à ce but-là.
4. Considérez que ceux qui consentent à passer ainsi leur vie comme un voyage vers le ciel peuvent avoir le ciel.—Le ciel, si élevé et si glorieux qu’il soit, est accessible à de pauvres et indignes créatures telles que nous. Nous pouvons parvenir à cette glorieuse région qui est la demeure des anges, bien plus, le séjour du Fils de Dieu, et où se trouve la glorieuse présence du grand Jéhovah. Et nous pouvons l’avoir gratuitement, sans argent, sans rien payer : si seulement nous consentons à suivre la route qui y mène et à diriger notre course de ce côté aussi longtemps que nous vivrons, nous pouvons avoir, et nous aurons, le ciel pour notre éternel lieu de repos.
5. Que l’on considère que, si notre vie n’est pas un voyage vers le ciel, elle sera un voyage vers l’enfer. Tous les hommes, après avoir été ici-bas un peu de temps, s’en vont dans l’un des deux grands réceptacles de tous ceux qui quittent ce monde : l’un est le ciel, vers lequel un petit nombre, en comparaison, s’achemine ; l’autre est l’enfer, vers lequel la masse des hommes se presse. Et l’un ou l’autre doit être l’issue de notre course en ce monde.
Je conclurai en donnant quelques directions :
1. Travaillez à prendre conscience de la vanité de ce monde, à cause du peu de satisfaction dont on peut y jouir, de sa courte durée, et de son inutilité lorsque nous avons le plus besoin de secours, c’est-à-dire sur un lit de mort.—Tous les hommes qui vivent quelque temps considérable dans le monde pourraient en voir assez pour se convaincre de sa vanité, s’ils voulaient seulement y réfléchir.—Laissez-vous donc persuader de réfléchir, lorsque vous voyez et entendez, de temps à autre, la mort des autres. Travaillez à tourner vos pensées de ce côté. Voyez la vanité du monde dans un tel miroir.
2. Travaillez à être bien familiers avec le ciel.—Si vous ne lui êtes pas familiers, il est peu probable que vous passiez votre vie comme un voyage vers lui. Vous ne serez pas sensibles à sa valeur, et vous n’y aspirerez pas. À moins que votre esprit ne soit très familier avec un bien meilleur, il vous sera extrêmement difficile de détacher vos cœurs de ces choses, de n’en user qu’en les subordonnant à autre chose, et d’être prêts à vous en séparer pour l’amour de ce bien meilleur.—Travaillez donc à acquérir un sentiment vivant d’un monde céleste, à croire fermement à sa réalité, et à vous en entretenir beaucoup dans vos pensées.
3. Ne cherchez le ciel que par Jésus-Christ.—Christ nous dit qu’il est le chemin, la vérité, et la vie. Il nous dit qu’il est la porte des brebis. « Je suis la porte. Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé; il entrera et il sortira, et il trouvera des pâturages. » Si donc nous voulons mettre à profit notre vie comme un voyage vers le ciel, nous devons le chercher par lui, et non par notre propre justice, en espérant l’obtenir uniquement à cause de lui, en regardant à lui, en nous appuyant sur lui, qui nous l’a acquis par son mérite. Et n’attendez que de lui la force de marcher dans la sainteté, le chemin qui mène au ciel.
4. Que les chrétiens s’aident les uns les autres à accomplir ce voyage.—Il y a bien des manières dont les chrétiens pourraient grandement s’avancer les uns les autres sur leur chemin vers le ciel, comme par des entretiens religieux, &c. Qu’on les exhorte donc à faire ce voyage comme en compagnie, s’entretenant ensemble et s’assistant les uns les autres. La compagnie est fort désirable en voyage, mais en aucun autant qu’en celui-ci.—Qu’ils marchent unis, et qu’ils ne se querellent pas en chemin, ce qui serait se gêner les uns les autres ; mais qu’ils usent de tous les moyens possibles pour s’aider mutuellement à gravir la colline.—Ce serait le gage d’une marche plus heureuse, et d’une rencontre plus joyeuse dans la maison de leur Père, dans la gloire.
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