Sermon · 1 h 22 min de lecture · Modéré

L’excellence de Christ

Portrait de Jonathan Edwards Jonathan Edwards

Texte

Apocalypse 5:5-6

En bref

Jean est invité à regarder un Lion, et il se retourne pour voir un Agneau. Edwards part de ce moment pour déployer l’« admirable conjonction d’excellences diverses » qui est en Christ — une majesté infinie avec une condescendance infinie, la justice avec la grâce, la souveraineté avec l’obéissance —, d’abord dans sa personne, puis dans son humiliation, puis dans son exaltation. Son sermon le plus aimé, et le plus doux.

« Et l’un des vieillards me dit: Ne pleure point; voici, le lion de la tribu de Juda, le rejeton de David, a vaincu pour ouvrir le livre et ses sept sceaux. Et je vis, au milieu du trône et des quatre êtres vivants et au milieu des vieillards, un agneau qui était là comme immolé. »

Introduction

Les visions et les révélations que l’apôtre Jean reçut touchant les événements futurs de la providence de Dieu sont introduites ici par une vision du livre des décrets de Dieu, par lesquels ces événements ont été préordonnés. Ce livre est représenté (Apocalypse 5:1) dans la main droite de celui qui était assis sur le trône, « écrit en dedans et en dehors, scellé de sept sceaux. » Les livres, sous la forme qu’on leur donnait autrefois, étaient de larges feuilles de parchemin ou de papier, ou de quelque matière semblable, jointes ensemble par un bord, puis roulées ensemble, et enfin scellées, ou attachées de quelque manière, pour les empêcher de se déployer et de s’ouvrir. De là vient qu’il est parlé d’un rouleau de livre, Jérémie 36:2. Il semble que ce soit un tel livre que Jean vit ici en vision; c’est pourquoi il est dit « écrit en dedans et en dehors, » c’est-à-dire sur les pages intérieures, et aussi sur l’une des pages extérieures, à savoir celle dans laquelle on l’enveloppait lorsqu’on roulait le livre. Et il est dit « scellé de sept sceaux, » pour signifier que ce qui y était écrit était parfaitement caché et secret; ou que les décrets de Dieu touchant les événements futurs sont scellés, et fermés à toute possibilité d’être découverts par les créatures, jusqu’à ce qu’il plaise à Dieu de les faire connaître. Nous voyons que le nombre sept est souvent employé dans l’Écriture comme le nombre de la perfection, pour signifier le degré suprême, le plus parfait, de toute chose; ce qui vient probablement de ce que, le septième jour, Dieu contempla les œuvres de la création achevées, et se reposa et se réjouit en elles, comme en des œuvres complètes et parfaites.

Quand Jean vit ce livre, il nous dit qu’il « vit un ange puissant, qui criait d’une voix forte: Qui est digne d’ouvrir le livre, et d’en rompre les sceaux? Et personne dans le ciel, ni sur la terre, ni sous la terre, ne put ouvrir le livre ni le regarder. » Et qu’il pleura beaucoup, parce que « personne ne fut trouvé digne d’ouvrir le livre ni de le regarder. » Puis il nous dit comment ses larmes furent séchées, à savoir que « l’un des vieillards lui dit: “Ne pleure point; voici, le lion de la tribu de Juda a vaincu” », etc., comme dans le texte. Bien qu’aucun homme ni aucun ange, ni aucune simple créature, ne se trouvât capable de rompre les sceaux, ni digne d’être admis au privilège de lire le livre, il fut pourtant déclaré, pour la consolation de ce disciple bien-aimé, que Christ se trouvait à la fois capable et digne. Et nous avons, dans les chapitres suivants, le récit de la manière dont il le fit effectivement, ouvrant les sceaux dans l’ordre, l’un après l’autre, et révélant ce que Dieu avait décrété devoir arriver dans la suite. Et nous avons dans ce chapitre le récit de sa venue, lorsqu’il prit le livre de la main droite de celui qui était assis sur le trône, et des louanges joyeuses qui lui furent chantées à cette occasion dans le ciel et sur la terre.

On pourrait relever bien des choses dans les paroles du texte; mais il suffit à mon présent dessein de remarquer les deux appellations distinctes qui sont données ici à Christ.

Il est appelé un Lion. Voici, le Lion de la tribu de Juda. Il semble être appelé le Lion de la tribu de Juda par allusion à ce que Jacob dit sur son lit de mort, en bénissant cette tribu: lorsqu’il en vint à bénir Juda, il le compara à un lion, Genèse 49:9. « Juda est un jeune lion. Tu reviens du carnage, mon fils! Il ploie les genoux, il se couche comme un lion, Comme une lionne: qui le fera lever? » Il y a aussi une allusion à l’étendard du camp de Juda dans le désert, sur lequel figurait un lion, selon l’ancienne tradition des Juifs. C’est en grande partie à cause des exploits de David que la tribu de Juda, dont David était issu, est comparée à un lion dans la bénédiction prophétique de Jacob; mais c’est plus encore en vue de Jésus-Christ, qui était lui aussi de cette tribu, qui descendait de David, et qui est appelé dans notre texte « le rejeton de David »; et c’est pourquoi Christ est appelé ici « le lion de la tribu de Juda. »

Il est appelé un Agneau. On avait annoncé à Jean un Lion qui avait vaincu pour ouvrir le livre, et il s’attendait probablement à voir un lion dans sa vision; mais tandis qu’il l’attend, voici qu’un Agneau paraît pour ouvrir le livre, créature d’une espèce extrêmement différente de celle du lion. Le lion est un dévorateur, un animal accoutumé à faire de terribles carnages; et nulle créature ne devient plus facilement sa proie que l’agneau. Et Christ est représenté ici non seulement comme un Agneau, créature très exposée à être égorgée, mais comme « un agneau qui était là comme immolé, » c’est-à-dire portant les marques visibles de ses blessures mortelles.

Ce que je voudrais tirer de ces paroles, pour le sujet de mon présent discours, est donc ceci —

Il y a en Jésus-Christ une admirable conjonction d’excellences diverses.

Le lion et l’agneau, bien qu’ils soient des créatures d’espèces très différentes, ont pourtant chacun leurs excellences propres. Le lion excelle en force, et dans la majesté de son aspect et de sa voix; l’agneau excelle en douceur et en patience, outre l’excellente nature de cet animal, bon à manger, fournissant de quoi nous vêtir, et propre à être offert en sacrifice à Dieu. Or nous voyons que Christ, dans le texte, est comparé à l’un et à l’autre, parce que les diverses excellences de l’un et de l’autre se rencontrent merveilleusement en lui. — En traitant ce sujet, je voudrais

Premièrement, montrer en quoi consiste cette admirable conjonction d’excellences diverses en Christ. Deuxièmement, montrer comment cette admirable conjonction d’excellences paraît dans les actes de Christ. Troisièmement, en faire l’application.

Première partie

Premièrement, je voudrais montrer en quoi consiste cette admirable conjonction d’excellences diverses en Jésus-Christ. Elle paraît en trois choses:

A) Il y a en Christ une conjonction d’excellences qui, selon notre manière de concevoir, sont très différentes les unes des autres.

B) Il y a en lui une conjonction d’excellences réellement si diverses qu’autrement elles nous auraient paru absolument incompatibles dans un même sujet.

C) Des excellences si diverses s’exercent en lui envers les hommes, qu’autrement il aurait paru impossible de les exercer envers un même objet.

A) Il y a en Christ une conjonction d’excellences qui, selon notre manière de concevoir, sont très différentes les unes des autres. Telles sont les diverses perfections et excellences divines que Christ possède. Christ est une personne divine, et il a donc tous les attributs de Dieu. La différence entre ces attributs est surtout relative, et tient à notre manière de les concevoir. Et ceux qui, en ce sens, sont les plus divers se rencontrent dans la personne de Christ. J’en citerai deux exemples.

En Jésus-Christ se rencontrent une élévation infinie et une condescendance infinie.

Christ, en tant que Dieu, est infiniment grand et élevé au-dessus de tout. Il est plus élevé que les rois de la terre, car il est le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs. Il est plus élevé que les cieux, et plus élevé que les plus hauts anges du ciel. Il est si grand que tous les hommes, tous les rois et tous les princes, sont devant lui comme des vers de poussière; toutes les nations sont comme une goutte d’un seau, comme la fine poussière d’une balance; oui, et les anges eux-mêmes ne sont rien devant lui. Il est si élevé qu’il est infiniment au-dessus de tout besoin de nous; au-dessus de notre portée, en sorte que nous ne pouvons lui être d’aucune utilité; et au-dessus de nos conceptions, en sorte que nous ne pouvons le comprendre. Proverbes 30:4 — « Quel est son nom, et quel est le nom de son fils? Le sais-tu? » Notre intelligence, quelque effort que nous fassions pour l’étendre, ne peut s’élever jusqu’à sa gloire divine. Job 11:8 — « Elle est aussi haute que les cieux: que feras-tu? » Christ est le Créateur et le grand Possesseur du ciel et de la terre. Il est le Seigneur souverain de tout. Il règne sur l’univers entier, et fait tout ce qui lui plaît. Sa connaissance est sans bornes. Sa sagesse est parfaite, et nul ne peut la déjouer. Sa puissance est infinie, et nul ne peut lui résister. Ses richesses sont immenses et inépuisables. Sa majesté est infiniment redoutable.

Et pourtant il est d’une condescendance infinie. Nul n’est si bas ni si inférieur que la condescendance de Christ ne suffise pour le regarder avec grâce. Il condescend non seulement aux anges, s’abaissant pour regarder ce qui se fait dans le ciel, mais il condescend aussi à de si pauvres créatures que les hommes; et cela non seulement pour prendre garde aux princes et aux grands, mais à ceux qui sont du rang et de la condition les plus humbles, « les pauvres aux yeux du monde, » Jacques 2:5. Ceux que leurs semblables méprisent communément, Christ ne les méprise pas. 1 Corinthiens 1:28 — « Dieu a choisi les choses viles du monde et celles qu’on méprise. » Christ condescend à prendre garde aux mendiants, Luc 16:22, et aux gens des nations les plus méprisées. En Jésus-Christ, il n’y a « ni barbare ni Scythe, ni esclave ni libre » (Colossiens 3:11). Celui qui est si élevé condescend à regarder avec grâce les petits enfants, Matthieu 19:14. « Laissez les petits enfants, et ne les empêchez pas de venir à moi. » Bien plus, sa condescendance suffit pour regarder avec grâce les créatures les plus indignes et les plus pécheresses, celles qui n’ont aucun mérite, et celles qui ont des démérites infinis.

Oui, sa condescendance est si grande qu’elle suffit non seulement pour accorder quelque regard de grâce à de telles créatures, mais pour tout ce qui peut être un acte de condescendance. Sa condescendance est assez grande pour devenir leur ami, leur compagnon, pour unir leurs âmes à lui dans un mariage spirituel. Elle va jusqu’à prendre leur nature, à devenir l’un d’eux, afin d’être un avec eux. Oui, elle est assez grande pour qu’il s’abaisse plus bas encore pour eux, jusqu’à s’exposer à la honte et aux crachats; oui, jusqu’à se livrer pour eux à une mort ignominieuse. Et quel acte de condescendance peut-on concevoir de plus grand? Tel est pourtant l’acte auquel sa condescendance a consenti, pour des êtres si bas et si vils, si méprisables et si indignes!

Une telle conjonction d’élévation infinie et d’humble condescendance, dans une même personne, est admirable. Nous voyons par de multiples exemples combien une position élevée tend à donner aux hommes une disposition toute contraire. Qu’un ver soit un peu élevé au-dessus d’un autre, parce qu’il a plus de poussière ou un plus gros tas de fumier, quel cas il fait de lui-même! Quelle distance il garde avec ceux qui sont au-dessous de lui! Et la moindre condescendance de sa part, il s’attend à ce qu’on en fasse grand cas et qu’on la reconnaisse hautement. Christ condescend à nous laver les pieds; mais combien les grands hommes (ou plutôt les plus gros vers) s’estimeraient avilis par des actes d’une condescendance bien moindre!

En Jésus-Christ se rencontrent une justice infinie et une grâce infinie.

Comme Christ est une personne divine, il est infiniment saint et juste, il hait le péché et il est disposé à infliger au péché le châtiment qu’il mérite. Il est le Juge du monde, et le Juge infiniment juste, et il n’acquittera nullement le méchant et ne tiendra point le coupable pour innocent.

Et pourtant il est infiniment plein de grâce et de miséricorde. Bien que sa justice soit si rigoureuse à l’égard de tout péché et de toute transgression de la loi, il a cependant une grâce suffisante pour tout pécheur, et même pour le premier des pécheurs. Et elle ne suffit pas seulement à faire miséricorde aux plus indignes et à leur accorder quelque bien, mais à leur accorder le plus grand bien; oui, elle suffit à leur accorder tout bien, et à tout faire pour eux. Il n’est aucun bienfait, aucune bénédiction qu’ils puissent recevoir, si grande soit-elle, que la grâce de Christ ne suffise à accorder au plus grand pécheur qui ait jamais vécu. Et non seulement cela, mais sa grâce est si grande que rien n’est de trop comme moyen de procurer ce bien. Elle suffit non seulement pour faire de grandes choses, mais aussi pour souffrir afin de les faire; et non seulement pour souffrir, mais pour souffrir à l’extrême, jusqu’à la mort, le plus terrible des maux naturels; et non seulement la mort, mais la mort la plus ignominieuse et la plus douloureuse, la plus terrible à tous égards que les hommes pussent infliger; oui, et des souffrances plus grandes que celles que les hommes pouvaient infliger, eux qui ne pouvaient tourmenter que le corps. Il endura dans son âme des souffrances qui étaient les fruits plus immédiats de la colère de Dieu contre les péchés de ceux pour qui il s’engage.

B) Il se rencontre dans la personne de Christ des excellences réellement si diverses qu’autrement on les aurait crues absolument incompatibles dans un même sujet; des excellences qui ne sont réunies en aucune autre personne, qu’elle soit divine, humaine ou angélique; et que ni les hommes ni les anges n’auraient jamais imaginé pouvoir se rencontrer dans une même personne, si on ne les avait vues dans la personne de Christ. J’en donnerai quelques exemples.

Dans la personne de Christ se rencontrent une gloire infinie et la plus profonde humilité. Une gloire infinie et la vertu d’humilité ne se rencontrent en aucune autre personne qu’en Christ. Elles ne se rencontrent en aucune personne créée, car aucune personne créée n’a une gloire infinie; et elles ne se rencontrent en aucune autre personne divine que Christ. Car, bien que la nature divine ait une horreur infinie de l’orgueil, l’humilité ne peut cependant pas proprement être attribuée à Dieu le Père ni au Saint-Esprit, qui n’existent que dans la nature divine; parce qu’elle est une excellence propre seulement à une nature créée; car elle consiste fondamentalement dans le sentiment d’une petitesse et d’une bassesse relatives devant Dieu, ou de la grande distance qui sépare Dieu du sujet de cette vertu; or ce serait une contradiction de supposer rien de tel en Dieu.

Mais en Jésus-Christ, qui est à la fois Dieu et homme, ces deux excellences diverses sont doucement unies. Il est une personne infiniment exaltée en gloire et en dignité. Philippiens 2:6 — « Lequel, existant en forme de Dieu, n’a point regardé comme une proie à arracher d’être égal avec Dieu. » Un honneur égal à celui du Père lui est dû. Jean 5:23 — « Afin que tous honorent le Fils comme ils honorent le Père. » Dieu lui-même lui dit: « Ton trône, ô Dieu, est éternel, » Hébreux 1:8. Et les anges du ciel lui rendent le même respect suprême et le même culte divin qu’à Dieu le Père, Hébreux 1:6: « Que tous les anges de Dieu l’adorent. »

Mais, bien qu’il soit ainsi au-dessus de tout, il est pourtant le plus bas de tous en humilité. Il n’y eut jamais, ni parmi les hommes ni parmi les anges, un si grand exemple de cette vertu que Jésus. Nul ne sentit jamais aussi vivement la distance entre Dieu et lui-même, ni n’eut un cœur aussi humble devant Dieu, que l’homme Jésus-Christ. Matthieu 11:29. Quel merveilleux esprit d’humilité parut en lui, lorsqu’il était ici sur la terre, dans toute sa conduite! Dans son contentement au sein de son humble condition extérieure, vivant content dans la famille de Joseph le charpentier et de Marie sa mère, pendant trente années, puis choisissant l’humilité extérieure, la pauvreté et le mépris plutôt que la grandeur terrestre; en lavant les pieds de ses disciples, et dans toutes ses paroles et toute sa conduite envers eux; en soutenant joyeusement la condition de serviteur pendant toute sa vie, et en se soumettant à une humiliation si immense dans sa mort!

Dans la personne de Christ se rencontrent une majesté infinie et une douceur transcendante. Ce sont encore là deux qualités qui ne se rencontrent en aucune autre personne qu’en Christ. La douceur, à proprement parler, est une vertu propre seulement à la créature: nous ne trouvons presque jamais la douceur mentionnée comme un attribut divin dans l’Écriture, du moins pas dans le Nouveau Testament; car elle semble désigner un calme et une tranquillité d’esprit, procédant de l’humilité, chez des êtres changeants qui sont naturellement exposés à être troublés par les assauts d’un monde orageux et injuste. Mais Christ, étant à la fois Dieu et homme, possède à la fois une majesté infinie et une douceur suprême.

Christ était une personne d’une majesté infinie. C’est de lui qu’il est parlé en Psaumes 45:4 — « Vaillant guerrier, ceins ton épée sur ta cuisse, avec ta gloire et ta majesté. » C’est lui qui est puissant, qui est porté sur les cieux, et dont la majesté s’élève jusqu’aux nues. C’est lui qui est redoutable depuis ses saints lieux; qui est plus puissant que la voix des grandes eaux, oui, que les flots impétueux de la mer; devant qui marche un feu qui dévore ses ennemis tout autour; en présence de qui la terre tremble et les montagnes se fondent; qui est assis au-dessus du cercle de la terre, dont les habitants sont comme des sauterelles; qui menace la mer et la dessèche, et qui fait tarir les fleuves; dont les yeux sont comme une flamme de feu; loin de la face duquel, et loin de la gloire de sa force, les méchants seront punis d’une ruine éternelle; qui est le bienheureux et seul Souverain, le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs, qui a le ciel pour trône et la terre pour marchepied, qui est le Très-Haut, dont la demeure est éternelle, dont le règne est un règne éternel, et dont la domination n’aura point de fin.

Et pourtant il fut le plus merveilleux exemple de douceur et d’humble tranquillité d’esprit qui ait jamais existé, conformément aux prophéties à son sujet, Matthieu 21:4-5 — « Or, ceci arriva afin que s’accomplît ce qui avait été annoncé par le prophète: Dites à la fille de Sion: Voici, ton roi vient à toi, Plein de douceur, et monté sur un âne, Sur un ânon, le petit d’une ânesse. » Et conformément à ce que Christ déclare de lui-même, Matthieu 11:29 — « Je suis doux et humble de cœur. » Et conformément à ce qui parut dans sa conduite: car on ne vit jamais sur la terre un tel exemple de douceur sous les injures et les outrages, et envers des ennemis; lui qui, injurié, ne rendait point d’injures. Il avait un merveilleux esprit de pardon, était prêt à pardonner à ses pires ennemis, et pria pour eux avec des prières ferventes et efficaces. Avec quelle douceur il parut au milieu du cercle des soldats qui le méprisaient et se moquaient de lui! Il se tut, et n’ouvrit point la bouche, mais alla comme un agneau qu’on mène à la boucherie. Ainsi Christ est un Lion en majesté et un Agneau en douceur.

Dans la personne de Christ se rencontrent la plus profonde révérence envers Dieu et l’égalité avec Dieu. Christ, lorsqu’il était sur la terre, parut plein d’une sainte révérence envers le Père. Il lui rendait le culte le plus révérencieux, le priant dans des attitudes de révérence. C’est ainsi que nous lisons que, « s’étant mis à genoux, il pria, » Luc 22:41. Cela convenait à Christ, en tant qu’il avait pris la nature humaine; mais en même temps il existait dans la nature divine, par laquelle sa personne était à tous égards égale à la personne du Père. Dieu le Père n’a aucun attribut, aucune perfection que le Fils n’ait au même degré et avec la même gloire. Ces choses ne se rencontrent en aucune autre personne qu’en Jésus-Christ.

Dans la personne de Christ sont réunies une dignité infinie de recevoir le bien, et la plus grande patience à endurer le mal.

Il était parfaitement innocent, et ne méritait aucune souffrance. Il ne méritait rien de la part de Dieu par une faute qui lui fût propre, et il ne méritait aucun mal de la part des hommes. Bien plus, non seulement il était innocent et ne méritait pas de souffrir, mais il était infiniment digne: digne de l’amour infini du Père, digne d’un bonheur infini et éternel, et infiniment digne de toute l’estime, de tout l’amour et de tout le service possibles de la part de tous les hommes.

Et pourtant il fut parfaitement patient sous les plus grandes souffrances qui aient jamais été endurées en ce monde. Hébreux 12:2 — « Il a souffert la croix, méprisé l’ignominie. » Il ne souffrit pas de la part de son Père pour ses propres fautes, mais pour les nôtres; et il souffrit de la part des hommes, non pour ses fautes, mais pour les choses mêmes à cause desquelles il était infiniment digne de leur amour et de leur honneur; ce qui rendit sa patience d’autant plus merveilleuse et plus glorieuse. 1 Pierre 2:20-24 — « En effet, quelle gloire y a-t-il à supporter de mauvais traitements pour avoir commis des fautes? Mais si vous supportez la souffrance lorsque vous faites ce qui est bien, c’est une grâce devant Dieu. Et c’est à cela que vous avez été appelés, parce que Christ aussi a souffert pour vous, vous laissant un exemple, afin que vous suiviez ses traces, lui qui n’a point commis de péché, et dans la bouche duquel il ne s’est point trouvé de fraude; lui qui, injurié, ne rendait point d’injures, maltraité, ne faisait point de menaces, mais s’en remettait à celui qui juge justement; lui qui a porté lui-même nos péchés en son corps sur le bois, afin que morts aux péchés nous vivions pour la justice; lui par les meurtrissures duquel vous avez été guéris. » Il n’y a nulle part une telle conjonction d’innocence, de dignité et de patience dans les souffrances qu’en la personne de Christ.

Dans la personne de Christ sont réunis un esprit d’obéissance extraordinaire et une domination suprême sur le ciel et la terre.

Christ est le Seigneur de toutes choses à deux égards: il l’est en tant que Dieu-homme et Médiateur, et ainsi sa domination lui est assignée et donnée par le Père. La tenant par délégation de Dieu, il est pour ainsi dire le lieutenant du Père. Mais il est Seigneur de toutes choses à un autre égard, à savoir en tant qu’il est Dieu (par sa nature originelle); et ainsi il est, de droit naturel, le Seigneur de tous, et souverain sur tout autant que le Père. Ainsi il a la domination sur le monde, non par délégation, mais de son propre droit. Il n’est pas un Dieu subalterne, comme le supposent les ariens, mais, à tous égards et en tout sens, le Dieu suprême.

Et pourtant, dans la même personne, se trouve le plus grand esprit d’obéissance aux commandements et aux lois de Dieu qui ait jamais existé dans l’univers; ce qui parut dans son obéissance ici-bas en ce monde. Jean 14:31 — « J’agis selon l’ordre que le Père m’a donné. » — Jean 15:10 — « De même que j’ai gardé les commandements de mon Père, et que je demeure dans son amour. » La grandeur de son obéissance paraît dans sa perfection, et dans le fait qu’il obéit à des commandements d’une difficulté extrême. Jamais personne ne reçut de Dieu des commandements aussi difficiles, et qui fussent une si grande épreuve de l’obéissance, que Jésus-Christ. L’un des commandements que Dieu lui donna fut qu’il se livrât à ces terribles souffrances qu’il endura. Voyez Jean 10:18 — « Personne ne me l’ôte, mais je la donne de moi-même. » « Tel est l’ordre que j’ai reçu de mon Père. » Et Christ obéit parfaitement à ce commandement de Dieu. Hébreux 5:8 — « Bien qu’il fût Fils, il a appris l’obéissance par les choses qu’il a souffertes. » Philippiens 2:8 — « Il s’est humilié lui-même, se rendant obéissant jusqu’à la mort, même jusqu’à la mort de la croix. » Jamais il n’y eut chez l’homme ou chez l’ange un tel exemple d’obéissance, bien qu’il fût en même temps le Seigneur suprême des anges et des hommes.

En la personne de Christ s’unissent la souveraineté absolue et la parfaite soumission. C’est là une autre union sans égale.

Christ, en tant qu’il est Dieu, est le souverain absolu du monde, celui qui dispose souverainement de tous les événements. Les décrets de Dieu sont tous ses décrets souverains; l’œuvre de la création et toutes les œuvres de la providence divine sont ses œuvres souveraines. C’est lui qui opère toutes choses d’après le conseil de sa volonté. Colossiens 1:16-17. « Toutes choses sont par lui, et à travers lui, et pour lui. » Jean 5:17. « Mon Père agit jusqu’à présent; moi aussi, j’agis. » Matthieu 8:3. « Je le veux, sois pur. »

Et pourtant Christ fut le plus merveilleux exemple de soumission qui ait jamais paru dans le monde. Il fut absolument et parfaitement soumis lorsqu’il eut sous les yeux, toute proche et imminente, la perspective de ses terribles souffrances et de la coupe effroyable qu’il devait boire. La pensée et l’attente de ces choses rendirent son âme triste jusqu’à la mort, et le jetèrent dans une telle agonie que sa sueur devint comme de grosses gouttes, comme des caillots de sang, qui tombaient à terre. Mais dans de telles circonstances, il fut entièrement soumis à la volonté de Dieu. Matthieu 26:39. « Mon Père, s’il est possible, que cette coupe s’éloigne de moi! Toutefois, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux ». Verset 42. « Mon Père, s’il n’est pas possible que cette coupe s’éloigne sans que je la boive, que ta volonté soit faite! »

En Christ se rencontrent la suffisance à soi-même et une confiance et un appui entiers en Dieu, ce qui est une autre union propre à la personne de Christ.

En tant que personne divine, il se suffit à lui-même et n’a besoin de rien. Toutes les créatures dépendent de lui, mais lui ne dépend de personne: il est absolument indépendant. Qu’il procède du Père dans sa génération éternelle ne prouve aucune dépendance proprement dite à l’égard de la volonté du Père; car cette procession était naturelle et nécessaire, et non arbitraire.

Et pourtant Christ se confia entièrement en Dieu: ses ennemis le disent de lui: « Il s’est confié en Dieu; que Dieu le délivre », Matthieu 27:43. Et l’apôtre témoigne, 1 Pierre 2:23, « qu’il s’en remettait à Dieu. »

C) Il se manifeste en lui, envers les hommes, des excellences si diverses qu’il aurait autrement semblé impossible de les exercer envers un même objet; en particulier ces trois-ci: la justice, la miséricorde et la vérité. Ce sont celles-là mêmes que mentionne Psaumes 85:11. « La bonté et la fidélité se rencontrent, La justice et la paix s’embrassent. »

La stricte justice de Dieu, et même sa justice vengeresse, et cela contre les péchés des hommes, n’a jamais été aussi glorieusement manifestée qu’en Christ. Il a montré un égard infini pour l’attribut de la justice de Dieu en ce que, voulant sauver des pécheurs, il a consenti à subir de si extrêmes souffrances plutôt que de laisser leur salut porter atteinte à l’honneur de cet attribut. Et en tant qu’il est le Juge du monde, il exerce lui-même une stricte justice: il ne tient point le coupable pour innocent, et il n’acquittera nullement le méchant au jour du jugement.

Et pourtant, avec quel éclat se déploie en lui une miséricorde infinie envers les pécheurs! Quelle grâce et quel amour glorieux et ineffables il a exercés et exerce encore envers les hommes pécheurs! Bien qu’il soit le juste Juge d’un monde pécheur, il est aussi le Sauveur du monde. Bien qu’il soit un feu dévorant pour le péché, il est la lumière et la vie des pécheurs. Romains 3:25-26. « C’est lui que Dieu a destiné, par son sang, à être, pour ceux qui croiraient, victime propitiatoire, afin de montrer sa justice, parce qu’il avait laissé impunis les péchés commis auparavant, au temps de sa patience, afin, dis-je, de montrer sa justice dans le temps présent, de manière à être juste tout en justifiant celui qui a la foi en Jésus. »

De même, l’immuable vérité de Dieu, dans les menaces de sa loi contre les péchés des hommes, n’a jamais été manifestée comme elle l’est en Jésus-Christ; car jamais il n’y eut d’épreuve aussi grande de l’inaltérable vérité de Dieu dans ces menaces que lorsque le péché vint à être imputé à son propre Fils. Et l’on a vu déjà en Christ un accomplissement réel et complet de ces menaces, tel qu’on ne l’a jamais vu et qu’on ne le verra jamais en aucun autre cas; car l’éternité qu’il faudra pour accomplir ces menaces sur les autres ne s’achèvera jamais. Christ a montré, dans ses souffrances, un égard infini pour cette vérité de Dieu. Et lorsqu’il jugera le monde, il fera de l’alliance des œuvres, qui contient ces menaces redoutables, la règle de son jugement. Il veillera à ce qu’elle ne soit pas enfreinte d’un seul iota ni d’un seul trait de lettre: il ne fera rien de contraire aux menaces de la loi ni à leur plein accomplissement. Et pourtant, en lui, nous avons un grand nombre de grandes et précieuses promesses, des promesses de pleine délivrance de la peine de la loi. Et la promesse qu’il nous a faite, c’est la vie éternelle. Et en lui toutes les promesses de Dieu sont oui et amen.

Deuxième partie

Deuxièmement, montrons comment cette admirable union d’excellences paraît dans les actes de Christ, [à savoir:]

A) Elle paraît dans ce que Christ a fait en prenant notre nature.

Dans cet acte, son infinie condescendance a paru de façon merveilleuse: que celui qui était Dieu devienne homme; que la Parole devienne chair et prenne une nature infiniment inférieure à sa nature première! Et elle paraît plus remarquablement encore dans l’humble condition de son incarnation: il fut conçu dans le sein d’une pauvre jeune femme, dont la pauvreté se montra en ceci que, lorsqu’elle vint offrir les sacrifices de sa purification, elle apporta ce que la loi n’autorisait qu’en cas de pauvreté, comme en Luc 2:24. « Selon ce qui est prescrit dans la loi du Seigneur, deux tourterelles ou deux jeunes pigeons. » Cela n’était permis que si la personne était trop pauvre pour offrir un agneau. Lévitique 12:8.

Et bien que son infinie condescendance ait ainsi paru dans la manière de son incarnation, sa dignité divine y parut aussi; car bien qu’il ait été conçu dans le sein d’une pauvre vierge, il y fut conçu par la puissance du Saint-Esprit. Et sa dignité divine parut encore dans la sainteté de sa conception et de sa naissance. Bien qu’il ait été conçu dans le sein d’une femme de la race corrompue des hommes, il fut conçu et naquit sans péché, comme l’ange le dit à la bienheureuse Vierge, Luc 1:35. « Le Saint-Esprit viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre. C’est pourquoi le saint enfant qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu. »

Son infinie condescendance parut merveilleusement dans la manière de sa naissance. Il vint au monde dans une étable, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans l’hôtellerie. L’hôtellerie était occupée par d’autres, que l’on regardait comme des personnes de plus grande considération. La bienheureuse Vierge, pauvre et méprisée, fut écartée, laissée dehors. Bien qu’elle fût dans un tel dénuement, ceux qui s’estimaient supérieurs à elle ne voulurent pas lui céder la place; et ainsi, à l’heure de l’enfantement, elle fut contrainte de se réfugier dans une étable; et quand l’enfant fut né, il fut emmailloté et couché dans une crèche. Là, Christ était couché, petit enfant, et là il parut éminemment comme un agneau.

Et pourtant ce faible enfant, né ainsi dans une étable et couché dans une crèche, était né pour vaincre Satan, ce lion rugissant, et pour triompher de lui. Il venait soumettre les puissantes forces des ténèbres et les livrer publiquement en spectacle, et ainsi rétablir la paix sur la terre, manifester la bienveillance de Dieu envers les hommes et rendre gloire à Dieu dans les lieux très hauts, selon que le but de sa naissance fut proclamé par les chants joyeux des glorieuses armées d’anges qui apparurent aux bergers au moment même où l’enfant était couché dans la crèche; et par là sa dignité divine fut manifestée.

B) Cette admirable union d’excellences paraît dans les actes et les divers épisodes de la vie de Christ.

Bien que Christ ait vécu dans une humble condition extérieure, où paraissaient surtout sa condescendance et son humilité, et où sa majesté était voilée, sa dignité et sa gloire divines ont pourtant, dans beaucoup de ses actes, brillé à travers le voile, et il est apparu avec éclat qu’il n’était pas seulement le Fils de l’homme, mais le grand Dieu.

Ainsi, dans les circonstances de son enfance, sa condition humble parut au dehors; et pourtant il y eut alors de quoi faire éclater sa dignité divine: des mages furent poussés à venir d’Orient pour l’honorer, conduits par une étoile miraculeuse, et ils vinrent, se prosternèrent, l’adorèrent et lui offrirent de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Son humilité et sa douceur parurent merveilleusement dans sa soumission à sa mère et à celui qui passait pour son père, lorsqu’il était enfant. En cela il parut comme un agneau. Mais sa gloire divine éclata et resplendit lorsque, à l’âge de douze ans, il discuta avec les docteurs dans le temple. En cela il parut, dans une certaine mesure, comme le Lion de la tribu de Juda.

Et de même, après qu’il fut entré dans son ministère public, son humilité et sa douceur admirables se manifestèrent en ce qu’il choisit de paraître dans une si humble condition extérieure, et s’en contenta, alors qu’il était si pauvre qu’il n’avait pas où reposer sa tête et dépendait, pour sa subsistance, de la charité de quelques-uns de ceux qui le suivaient, comme on le voit en Luc 8, au début. Quelle douceur, quelle condescendance, quelle familiarité dans sa manière d’agir avec ses disciples, dans ses entretiens avec eux, les traitant comme un père ses enfants, et même comme des amis et des compagnons! Quelle patience à supporter tant d’affliction et d’opprobre, et tant d’injustices de la part des scribes, des pharisiens et d’autres! En ces choses il parut comme un Agneau.

Et pourtant, dans le même temps, il faisait éclater de bien des manières sa majesté et sa gloire divines, en particulier dans les miracles qu’il accomplissait, qui étaient manifestement des œuvres divines, révélaient une puissance toute-puissante et le déclaraient ainsi le Lion de la tribu de Juda. Ses œuvres merveilleuses et miraculeuses montraient clairement qu’il était le Dieu de la nature; car il paraissait par elles qu’il avait toute la nature entre ses mains, et qu’il pouvait la saisir, en arrêter et en changer le cours comme il lui plaisait. En guérissant les malades, en ouvrant les yeux des aveugles, en débouchant les oreilles des sourds et en guérissant les boiteux, il montrait qu’il était le Dieu qui a formé l’œil et créé l’oreille, et l’auteur de la structure du corps humain. Par les morts qui se levaient à son commandement, il paraissait qu’il était l’auteur et la source de la vie, et qu’il est « Dieu, le Seigneur, à qui appartiennent les issues de la mort. » En marchant sur la mer pendant une tempête, quand les vagues étaient soulevées, il se montra ce Dieu dont parle Job 9:8. « Qui marche sur les hauteurs de la mer. » En apaisant la tempête et en calmant la fureur de la mer par son commandement puissant, lorsqu’il dit: « Silence! Tais-toi! », il montra qu’il commande à l’univers et qu’il est ce Dieu qui accomplit toutes choses par sa parole puissante, qui dit, et la chose arrive, qui ordonne, et elle existe; Psaumes 65:8. « Qui apaise le mugissement des mers, le mugissement de leurs flots. » Et Psaumes 107:29. « Il arrêta la tempête, ramena le calme, Et les ondes se turent. » Et Psaumes 89:9-10. « Éternel, Dieu des armées! Qui est comme toi puissant, ô Éternel? Ta fidélité t’environne. Tu domptes l’orgueil de la mer; Quand ses flots se soulèvent, tu les apaises. » En chassant les démons, Christ parut de façon remarquable comme le Lion de la tribu de Juda, et montra qu’il était plus fort que le lion rugissant qui cherche qui il dévorera. Il leur commandait de sortir, et ils étaient forcés d’obéir. Ils le redoutaient terriblement; ils tombent devant lui et le supplient de ne pas les tourmenter. Par sa parole puissante, il contraint toute une légion d’entre eux à lâcher prise; et ils ne pouvaient pas même entrer dans les pourceaux sans sa permission. Il montra la gloire de son omniscience en disant aux hommes leurs pensées, comme cela nous est souvent rapporté. Il parut en cela être ce Dieu dont parle Amos 4:13. « Qui fait connaître à l’homme ses pensées. » Ainsi, au milieu de sa bassesse et de son humiliation, sa gloire divine parut dans ses miracles, Jean 2:11. « Tel fut, à Cana en Galilée, le premier des miracles que fit Jésus. Il manifesta sa gloire. »

Et bien que Christ parût d’ordinaire sans gloire extérieure et dans une grande obscurité, il rejeta pourtant un jour le voile et parut dans sa majesté divine, autant qu’elle pouvait se manifester extérieurement à des hommes dans cette condition fragile, lorsqu’il fut transfiguré sur la montagne. L’apôtre Pierre, 2 Pierre 1:16-17, fut « témoin oculaire de sa majesté, quand il a reçu de Dieu le Père honneur et gloire, quand la gloire magnifique lui fit entendre une voix qui disait: Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toute mon affection; et ils entendirent cette voix venant du ciel, lorsqu’ils étaient avec lui sur la sainte montagne. »

Et dans le temps même où Christ avait coutume de paraître avec tant de douceur, de condescendance et d’humilité dans ses entretiens familiers avec ses disciples, se montrant en cela l’Agneau de Dieu, il avait aussi coutume de paraître comme le Lion de la tribu de Juda, avec une autorité et une majesté divines, lorsqu’il reprenait si sévèrement les scribes, les pharisiens et les autres hypocrites.

C) Cette admirable union d’excellences paraît de façon remarquable lorsqu’il s’offre lui-même en sacrifice pour les pécheurs dans ses dernières souffrances.

Comme c’était là la plus grande chose de toute l’œuvre de la rédemption, le plus grand acte de Christ dans cette œuvre, c’est aussi dans cet acte surtout que paraît cette admirable union d’excellences dont nous avons parlé. Jamais Christ n’a autant paru comme un agneau que lorsqu’il fut immolé: « Semblable à un agneau qu’on mène à la boucherie », Ésaïe 53:7. Alors il fut offert à Dieu comme un agneau sans défaut et sans tache; alors surtout il parut être l’antitype de l’agneau de la Pâque: 1 Corinthiens 5:7. « Christ, notre Pâque, a été immolé. » Et pourtant, dans cet acte, il parut d’une manière toute particulière comme le Lion de la tribu de Juda; oui, dans cet acte plus que dans tous les autres, à bien des égards, comme on peut le voir dans les points suivants.

Christ était alors au plus bas degré de son humiliation, et pourtant c’est par là, plus que par toute autre chose, que paraît sa gloire divine.

L’humiliation de Christ fut grande lorsqu’il naquit dans une si humble condition, d’une pauvre vierge, et dans une étable. Son humiliation fut grande lorsqu’il fut soumis à Joseph le charpentier et à Marie sa mère, puis lorsqu’il vécut dans la pauvreté, au point de n’avoir pas où reposer sa tête, et qu’il endura les outrages si nombreux et si amers qu’il endura tandis qu’il allait prêchant et faisant des miracles. Mais jamais son humiliation ne fut aussi grande que dans ses dernières souffrances, depuis son agonie dans le jardin jusqu’à ce qu’il expire sur la croix. Jamais il ne fut exposé à une telle ignominie qu’alors; jamais il ne souffrit autant dans son corps, ni ne connut autant de tristesse dans son âme; jamais il n’exerça autant sa condescendance, son humilité, sa douceur et sa patience que dans ces dernières souffrances; jamais sa gloire et sa majesté divines ne furent couvertes d’un voile si épais et si sombre; jamais il ne s’est dépouillé lui-même, ni ne s’est anéanti, autant qu’en ce temps-là.

Et pourtant jamais sa gloire divine ne fut autant manifestée, par aucun de ses actes, qu’en se livrant à ces souffrances. Quand le fruit en vint à paraître, et que le mystère et les fins en furent dévoilés dans leur issue, alors la gloire de cet acte parut; alors il parut comme l’acte le plus glorieux que Christ ait jamais accompli envers la créature. Cet acte est célébré par les anges et les armées du ciel avec des louanges particulières, comme étant glorieux au-dessus de tous les autres, ainsi que vous pouvez le voir dans le contexte (Apocalypse 5:9-12): « Et ils chantaient un cantique nouveau, en disant: Tu es digne de prendre le livre, et d’en ouvrir les sceaux; car tu as été immolé, et tu as racheté pour Dieu par ton sang des hommes de toute tribu, de toute langue, de tout peuple, et de toute nation; tu as fait d’eux un royaume et des sacrificateurs pour notre Dieu, et ils régneront sur la terre. Je regardai, et j’entendis la voix de beaucoup d’anges autour du trône et des êtres vivants et des vieillards, et leur nombre était des myriades de myriades et des milliers de milliers. Ils disaient d’une voix forte: L’agneau qui a été immolé est digne de recevoir la puissance, la richesse, la sagesse, la force, l’honneur, la gloire, et la louange. »

Jamais, par aucun acte, il ne donna une si grande manifestation de son amour pour Dieu, et pourtant jamais il ne manifesta autant son amour pour ceux qui étaient ennemis de Dieu que dans cet acte.

Christ n’a jamais rien fait qui manifestât si éminemment son amour pour le Père que de donner sa vie, au milieu de souffrances si inexprimables, par obéissance à son commandement et pour défendre l’honneur de son autorité et de sa majesté; et jamais simple créature ne donna un tel témoignage d’amour pour Dieu.

Et pourtant ce fut la plus grande expression de son amour pour les hommes pécheurs, qui étaient ennemis de Dieu; Romains 5:10. « Lorsque nous étions ennemis, nous avons été réconciliés avec Dieu par la mort de son Fils. » La grandeur de l’amour de Christ pour de tels hommes ne paraît en rien autant qu’en ceci: c’est un amour qui meurt. Ce sang de Christ qui tomba à terre en grosses gouttes, dans son agonie, fut versé par amour pour les ennemis de Dieu et pour les siens. Cette honte et ces crachats, ce tourment du corps, et cette tristesse extrême, jusqu’à la mort, qu’il endura dans son âme, c’est ce qu’il subit par amour pour des rebelles contre Dieu, afin de les sauver de l’enfer et de leur acquérir la gloire éternelle. Jamais Christ ne montra aussi éminemment son égard pour l’honneur de Dieu qu’en s’offrant lui-même en victime à la Justice. Et pourtant, en cela plus qu’en tout, il manifesta son amour pour ceux qui avaient déshonoré Dieu, au point d’attirer sur eux-mêmes une culpabilité telle que rien de moins que son sang ne pouvait l’expier.

Jamais Christ ne se montra si éminemment pour la justice divine, et pourtant jamais il ne souffrit autant de la Justice divine, que lorsqu’il s’offrit lui-même en sacrifice pour nos péchés.

Dans les grandes souffrances de Christ, son égard infini pour l’honneur de la justice de Dieu parut d’une manière toute singulière, car c’est par égard pour elle qu’il s’humilia ainsi.

Et pourtant, dans ces souffrances, Christ fut la cible des coups vengeurs de cette même justice de Dieu. La justice vengeresse déploya alors toute sa force contre lui, à cause de notre culpabilité; ce qui lui fit suer du sang, le fit crier sur la croix, et probablement lui déchira les organes vitaux, lui brisa le cœur, source du sang, ou quelques autres vaisseaux sanguins, et, par une violente fermentation, changea son sang en eau. Car le sang et l’eau qui sortirent de son côté, lorsqu’il fut percé par la lance, semblent avoir été du sang épanché hors des vaisseaux; et ainsi il a pu y avoir une sorte d’accomplissement littéral de Psaumes 22:15. « Je suis comme de l’eau qui s’écoule, Et tous mes os se séparent; Mon cœur est comme de la cire, Il se fond dans mes entrailles. » Et telle fut la voie et le moyen par lesquels Christ prit la défense de l’honneur de la justice de Dieu, à savoir en subissant ainsi ses terribles exécutions. Car, dès lors qu’il s’était porté garant pour les pécheurs et s’était substitué à eux, la justice divine ne pouvait recevoir l’honneur qui lui était dû autrement que par ses souffrances sous les coups de ses vengeances.

En cela parurent les diverses excellences qui se rencontraient dans la personne de Christ, à savoir son égard infini pour la justice de Dieu, et un tel amour pour ceux qui s’y étaient exposés qu’il fut amené à se livrer ainsi à elle en sacrifice.

Jamais la sainteté de Christ ne brilla avec autant d’éclat que dans ses dernières souffrances, et pourtant jamais il ne fut à ce point traité comme coupable.

Jamais la sainteté de Christ ne fut soumise à une épreuve comme celle d’alors, et par conséquent jamais elle ne fut aussi grandement manifestée. Éprouvée dans cette fournaise, elle en sortit comme l’or, ou comme un argent sept fois épuré. Sa sainteté parut alors par-dessus tout dans sa poursuite constante de l’honneur de Dieu et dans son obéissance envers lui. Car le don qu’il fit de lui-même jusqu’à la mort fut, de loin, le plus grand acte d’obéissance qu’aucun être ait jamais rendu à Dieu depuis la fondation du monde.

Et pourtant Christ fut alors traité, au plus haut degré, comme l’aurait été un méchant. Il fut arrêté et lié comme un malfaiteur. Ses accusateurs le représentèrent comme le plus scélérat des misérables. Dans ses souffrances avant sa crucifixion, il fut traité comme s’il avait été le pire et le plus vil des hommes; puis il fut livré à un genre de mort que seuls les pires malfaiteurs avaient coutume de subir, ceux qui étaient les plus abjects et coupables des crimes les plus noirs. Et il souffrit de la part de Dieu lui-même comme un coupable, à cause de notre culpabilité qui lui était imputée; car celui qui n’a point connu le péché, Dieu l’a fait devenir péché pour nous; il fut assujetti à la colère comme s’il avait été lui-même pécheur. Il est devenu malédiction pour nous.

Jamais Christ ne manifesta si grandement sa haine du péché, en tant qu’il est contre Dieu, qu’en mourant pour ôter le déshonneur que le péché avait fait à Dieu; et pourtant jamais il ne fut à ce point soumis aux terribles effets de la haine de Dieu contre le péché, et de sa colère contre lui, qu’en ce moment-là. En cela paraissent ces diverses excellences qui se rencontrent en Christ, à savoir l’amour pour Dieu et la grâce envers les pécheurs.

Jamais il ne fut traité comme indigne autant que dans ses dernières souffrances, et pourtant c’est principalement à cause d’elles qu’il est reconnu digne.

Il y fut traité comme s’il n’avait pas été digne de vivre: ils s’écrient: « Ote, ôte, crucifie-le! » Jean 19:15. Et ils lui préfèrent Barabbas. Et il souffrit de la part du Père comme quelqu’un dont les fautes étaient infinies, à cause de nos fautes qui avaient été mises sur lui.

Et pourtant c’est surtout par cet acte, par lequel il se soumit à ces souffrances, qu’il a acquis ce mérite, et c’est principalement à cause de lui qu’il a été reconnu digne de la gloire de son exaltation. Philippiens 2:8-9. « Il s’est humilié lui-même, se rendant obéissant jusqu’à la mort; c’est pourquoi aussi Dieu l’a souverainement élevé. » Et nous voyons que c’est principalement à ce titre qu’il est exalté comme digne par les saints et les anges dans le contexte: « L’agneau qui a été immolé », disent-ils, « est digne. » Cela montre en lui une admirable union d’une dignité infinie, et d’une condescendance et d’un amour infinis envers ceux qui sont infiniment indignes.

Dans ses dernières souffrances, Christ a souffert au plus haut point de la part de ceux-là mêmes envers qui il accomplissait alors le plus grand acte de son amour.

Jamais il n’a tant souffert de la part de son Père (non par l’effet d’une haine contre lui, mais par haine de nos péchés), car son Père l’abandonna alors, c’est-à-dire lui retira les consolations de sa présence; et c’est alors qu’« il a plu à l’Éternel de le briser par la souffrance », selon Ésaïe 53:10. Et pourtant, jamais il n’a donné à Dieu une si grande preuve d’amour qu’en ce moment-là, comme nous l’avons déjà remarqué.

De même, jamais Christ n’a tant souffert de la main des hommes qu’en ce temps-là; et pourtant jamais son amour pour les hommes ne s’est exercé à un si haut degré. Jamais il n’a été si mal traité par ses disciples, qui se souciaient si peu de ses souffrances qu’ils ne voulurent pas veiller une heure avec lui dans son agonie; et, lorsqu’il fut arrêté, tous l’abandonnèrent et prirent la fuite, excepté Pierre, qui le renia avec des serments et des imprécations. Et c’est pourtant alors qu’il souffrait, qu’il versait son sang et livrait son âme à la mort pour eux. Bien plus, il versait probablement alors son sang pour quelques-uns de ceux mêmes qui versaient le sien, pour qui il pria pendant qu’ils le crucifiaient, et qui furent probablement amenés plus tard à Christ par la prédication de Pierre. (Comparez Luc 23:34; Actes 2:23, 36, 37, 41; Actes 3:17 et Actes 4.) Voilà qui montre une admirable rencontre de la justice et de la grâce dans la rédemption accomplie par Christ.

C’est dans ses dernières souffrances, plus qu’en aucun autre temps, que Christ fut livré au pouvoir de ses ennemis; et c’est pourtant par elles, plus que par toute autre chose, qu’il remporta la victoire sur ses ennemis.

Jamais Christ ne fut autant entre les mains de ses ennemis qu’au temps de ses dernières souffrances. Ils avaient cherché à lui ôter la vie auparavant; mais, chaque fois, ils avaient été retenus, et Christ leur avait échappé; et la raison qui en est donnée, c’est que son heure n’était pas encore venue. Mais maintenant il leur était permis d’accomplir sur lui leur volonté: il était, dans une large mesure, livré à la malice et à la cruauté des hommes méchants comme des démons. C’est pourquoi, lorsque les ennemis de Christ vinrent l’arrêter, il leur dit, en Luc 22:53: « J’étais tous les jours avec vous dans le temple, et vous n’avez pas mis la main sur moi. Mais c’est ici votre heure, et la puissance des ténèbres. »

Et pourtant, c’est principalement par le moyen de ces souffrances qu’il a vaincu et renversé ses ennemis. Jamais Christ n’a écrasé la tête de Satan aussi efficacement que lorsque Satan lui écrasait le talon. L’arme avec laquelle Christ a combattu le diable et remporté sur lui la victoire la plus complète et le triomphe le plus glorieux, ce fut la croix, l’instrument et l’arme même par lesquels le diable pensait avoir renversé Christ et attiré sur lui une destruction ignominieuse. Colossiens 2:14-15: « Il a effacé l’acte dont les ordonnances nous condamnaient… en le clouant à la croix; il a dépouillé les dominations et les autorités, et les a livrées publiquement en spectacle, en triomphant d’elles par la croix. » Dans ses dernières souffrances, Christ a sapé les fondements mêmes du royaume de Satan; il a vaincu ses ennemis sur leur propre territoire et les a battus avec leurs propres armes, comme David trancha la tête de Goliath avec l’épée même de Goliath. Le diable avait, pour ainsi dire, englouti Christ, comme le grand poisson engloutit Jonas; mais ce fut pour lui un poison mortel: Christ lui fit une blessure mortelle jusque dans ses entrailles. Il fut bientôt malade de sa bouchée et fut contraint de faire de lui ce que le poisson fit de Jonas. Aujourd’hui encore, il a le cœur malade de ce qu’il avala alors comme sa proie. Dans ces souffrances de Christ fut posé le fondement de toute la glorieuse victoire qu’il a déjà remportée sur Satan, par le renversement de son royaume païen dans l’Empire romain, et de tous les succès que l’Évangile a connus depuis; et aussi de toute la victoire à venir, plus glorieuse encore, qui doit être remportée sur la terre. Ainsi s’accomplit de la manière la plus éclatante l’énigme de Samson, Juges 14:14: « De celui qui mange est sorti ce qui se mange, et du fort est sorti le doux. » Ainsi le vrai Samson fait-il plus pour la destruction de ses ennemis par sa mort que par sa vie: en se livrant lui-même à la mort, il renverse le temple de Dagon et fait périr des milliers de ses ennemis, au moment même où ils se divertissent de ses souffrances; et ainsi celui dont l’arche était la figure renverse Dagon et lui brise la tête et les mains dans son propre temple, au moment même où on l’y amène comme le captif de Dagon. (1 Samuel 5:1-4)

Ainsi Christ a paru en même temps, et dans le même acte, à la fois comme un lion et comme un agneau. Il a paru comme un agneau entre les mains de ses ennemis cruels, comme un agneau dans les griffes et entre les mâchoires dévorantes d’un lion rugissant; bien plus, il fut un agneau réellement immolé par ce lion. Et pourtant, au même moment, comme le Lion de la tribu de Juda, il vainc Satan et triomphe de lui, détruisant son propre destructeur, comme Samson fit du lion qui rugissait contre lui, quand il le déchira comme on déchire un chevreau. Et jamais Christ n’a paru autant comme un lion, détruisant ses ennemis avec une force glorieuse, que lorsqu’il fut mené comme un agneau à la boucherie. C’est dans sa plus grande faiblesse qu’il fut le plus fort; et c’est quand il souffrit le plus de la part de ses ennemis qu’il couvrit ses ennemis de la plus grande confusion.

Ainsi cette admirable union d’excellences diverses s’est manifestée en Christ lorsqu’il s’est offert lui-même à Dieu dans ses dernières souffrances.

D) Elle se manifeste encore dans ses actes, dans son état présent d’exaltation dans le ciel. Il est vrai que, dans son état d’exaltation, il paraît surtout dans la manifestation des excellences qui le font comparer à un lion; mais il paraît encore comme un agneau, Apocalypse 14:1: « Je regardai, et voici, l’agneau se tenait sur la montagne de Sion »; de même que, dans son état d’humiliation, il paraissait principalement comme un agneau, et pourtant ne paraissait pas sans manifester sa majesté et sa puissance divines, comme le Lion de la tribu de Juda. Bien que Christ soit maintenant à la droite de Dieu, élevé comme Roi du ciel et Seigneur de l’univers, cependant, comme il demeure dans la nature humaine, il excelle encore en humilité. Bien que l’homme Jésus-Christ soit la plus élevée de toutes les créatures dans le ciel, il les surpasse toutes en humilité autant qu’en gloire et en dignité, car nul ne voit autant que lui la distance qui sépare Dieu de lui. Et bien qu’il paraisse maintenant dans le ciel avec une si glorieuse majesté et une si glorieuse domination, il paraît pourtant comme un agneau dans la manière condescendante, douce et tendre dont il traite ses saints là-haut; car il est toujours un Agneau, même au sein du trône de son exaltation; et celui qui est le Berger de tout le troupeau est lui-même un Agneau, et il marche devant eux dans le ciel comme tel. Apocalypse 7:17: « Car l’agneau qui est au milieu du trône les paîtra et les conduira aux sources des eaux de la vie, et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux. » Bien que dans le ciel tout genou fléchisse devant lui, et que les anges se prosternent devant lui pour l’adorer, il traite pourtant ses saints avec une condescendance, une douceur et une tendresse infinies. Et dans ses actes envers les saints sur la terre, il paraît encore comme un agneau, manifestant un amour et une tendresse extrêmes dans son intercession pour eux, en homme qui a fait l’expérience de l’affliction et de la tentation. Il n’a pas oublié ce que sont ces choses, ni comment avoir compassion de ceux qui y sont exposés. Et il manifeste encore ses excellences d’agneau dans sa manière d’agir envers ses saints sur la terre, par une patience, un amour, une douceur et une compassion admirables. Voyez-le les instruire, pourvoir à leurs besoins, les soutenir et les consoler; venir souvent vers eux et se manifester à eux par son Esprit, afin de souper avec eux, et eux avec lui. Voyez-le les admettre à une douce communion, leur donner de venir à lui avec hardiesse et confiance, et réjouir leur cœur. Et dans le ciel Christ paraît encore, pour ainsi dire, avec les marques de ses blessures sur lui, et ainsi il paraît comme un agneau qui était là comme immolé, tel qu’il fut représenté en vision à saint Jean, dans notre texte, lorsqu’il parut pour ouvrir le livre scellé de sept sceaux, ce qui fait partie de la gloire de son exaltation.

E) Enfin, cette admirable union d’excellences se manifestera dans les actes de Christ lors du dernier jugement.

Il paraîtra alors, plus qu’en aucun autre temps, comme le Lion de la tribu de Juda, dans une grandeur et une majesté infinies, lorsqu’il viendra dans la gloire de son Père, avec tous les saints anges, et que la terre tremblera devant lui et que les collines se fondront. C’est lui (Apocalypse 20:11) « qui sera assis sur un grand trône blanc, et devant la face duquel la terre et le ciel s’enfuiront. » Il paraîtra alors aux méchants de la manière la plus terrible et la plus effrayante. Les démons tremblent à la pensée de cette apparition; et quand elle aura lieu, les rois, les grands, les riches, les chefs militaires, les puissants, tous les esclaves et tous les hommes libres se cacheront dans les cavernes et dans les rochers des montagnes, et crieront aux montagnes et aux rochers de tomber sur eux, pour les cacher devant la face et devant la colère de l’agneau. Et nul ne peut dire ni concevoir les manifestations effrayantes de colère dans lesquelles il paraîtra alors à leur égard, ni le tremblement et l’épouvante, les cris et les grincements de dents avec lesquels ils se tiendront devant son tribunal et recevront la terrible sentence de sa colère.

Et pourtant, au même moment, il paraîtra comme un Agneau à ses saints; il les recevra comme des amis et des frères, les traitant avec une douceur et un amour infinis. Il n’y aura rien en lui de terrible pour eux; mais envers eux il se revêtira tout entier de douceur et de tendresse. L’Église sera alors admise auprès de lui comme son épouse: ce sera le jour de ses noces. Tous les saints seront doucement invités à venir avec lui hériter le royaume, et à y régner avec lui pour toute l’éternité.

Troisième partie

A) Cette doctrine nous fait comprendre l’une des raisons pour lesquelles Christ est désigné, dans l’Écriture, par une si grande variété de noms et présenté sous une si grande variété d’images. C’est afin de mieux nous faire connaître et de mieux nous montrer cette variété d’excellences qui se rencontrent et s’unissent en lui. Plusieurs de ces noms sont mentionnés ensemble dans un seul verset, Ésaïe 9:5: « Car un enfant nous est né, un fils nous est donné, Et la domination reposera sur son épaule; On l’appellera Admirable, Conseiller, Dieu puissant, Père éternel, Prince de la paix. » Quelle merveilleuse union d’excellences, que la même personne soit un Fils, né et donné, et soit pourtant le Père éternel, sans commencement ni fin; qu’il soit un Enfant, et soit pourtant celui dont le nom est Conseiller et Dieu puissant! Celui en qui de telles choses sont unies mérite bien que son nom soit appelé Admirable.

En raison de cette même union merveilleuse, Christ est représenté par une grande variété de choses sensibles qui sont, à quelque égard, excellentes. Ainsi, en certains endroits, il est appelé un Soleil, comme en Malachie 4:2; en d’autres, une Étoile, Nombres 24:17. Et il est tout particulièrement représenté par l’Étoile du matin, qui surpasse en éclat toutes les autres étoiles et qui annonce le jour, Apocalypse 22:16. Et de même que, dans notre texte, il est comparé à un lion dans un verset et à un agneau dans le suivant, de même il est parfois comparé à une gazelle ou à un faon de biche, autre créature on ne peut plus différente du lion. Ainsi, en certains endroits, il est appelé un rocher; en d’autres, il est comparé à une perle. En certains endroits, il est appelé un homme de guerre et le Prince de notre salut; en d’autres, il est représenté comme un époux. Au deuxième chapitre du Cantique des cantiques, au premier verset, il est comparé à une rose et à un lis, fleurs douces et belles; deux versets plus loin, il est comparé à un arbre qui porte un fruit doux. En Ésaïe 53:2, il est appelé un rejeton qui sort d’une terre desséchée; mais ailleurs, au lieu de cela, il est appelé l’arbre de vie, qui croît (non dans une terre sèche ou stérile, mais) « dans le paradis de Dieu. » Apocalypse 2:7. B) Que la considération de cette merveilleuse rencontre d’excellences diverses en Christ vous amène à l’accepter et à vous attacher à lui comme à votre Sauveur. De même que toutes sortes d’excellences se rencontrent en lui, de même se rencontrent en lui toutes sortes d’arguments et de motifs pour vous engager à le choisir comme votre Sauveur, et tout ce qui peut encourager les pauvres pécheurs à venir à lui et à mettre en lui leur confiance: sa plénitude et sa pleine suffisance comme Sauveur éclatent glorieusement dans cette variété d’excellences dont nous avons parlé.

L’homme déchu est dans un état de misère extrêmement grande, et il y est sans secours; c’est une pauvre et faible créature, semblable à un nouveau-né jeté dans son sang le jour de sa naissance. Mais Christ est le lion de la tribu de Juda; il est fort, bien que nous soyons faibles; il a vaincu pour faire en notre faveur ce qu’aucune autre créature n’aurait pu faire. L’homme déchu est une créature vile et méprisable, un ver digne de mépris; mais Christ, qui s’est chargé de nous, est infiniment honorable et digne. L’homme déchu est souillé, mais Christ est infiniment saint; l’homme déchu est haïssable, mais Christ est infiniment aimable; l’homme déchu est l’objet de l’indignation de Dieu, mais Christ lui est infiniment cher. Nous avons terriblement provoqué Dieu, mais Christ a accompli cette justice qui est infiniment précieuse aux yeux de Dieu.

Et il n’y a pas ici seulement une force infinie et une dignité infinie, mais une condescendance infinie, un amour et une miséricorde aussi grands que sa puissance et sa dignité. Si vous êtes un pauvre pécheur angoissé, dont le cœur est près de défaillir dans la crainte que Dieu n’ait jamais pitié de vous, vous n’avez pas à craindre d’aller à Christ, de peur qu’il ne soit incapable ou peu désireux de vous secourir. Il y a ici un fondement solide et un trésor inépuisable pour répondre aux besoins de votre pauvre âme; et il y a ici une grâce et une douceur infinies pour inviter et enhardir une pauvre âme indigne et craintive à venir à lui. Si Christ vous accepte, vous n’avez pas à craindre de n’être pas en sûreté, car il est un Lion puissant pour vous défendre. Et si vous venez, vous n’avez pas à craindre de n’être pas accepté, car il est comme un Agneau pour tous ceux qui viennent à lui, et il les reçoit avec une grâce et une tendresse infinies. Il est vrai qu’il a une majesté redoutable: il est le grand Dieu, infiniment élevé au-dessus de vous. Mais voici de quoi encourager et enhardir le pauvre pécheur: Christ est homme aussi bien que Dieu; il est créature aussi bien que Créateur, et il est la plus humble et la plus modeste de cœur de toutes les créatures du ciel et de la terre. Voilà qui peut bien rendre la pauvre créature indigne hardie à venir à lui. Vous n’avez pas besoin d’hésiter un seul instant; vous pouvez courir à lui et vous jeter sur lui. Vous serez certainement reçu par lui avec grâce et douceur. Bien qu’il soit un lion, il ne sera un lion que pour vos ennemis; pour vous, il sera un agneau. On n’aurait pu concevoir, si cela ne s’était réalisé dans la personne de Christ, qu’il pût y avoir en un Sauveur tant de choses propres à inviter et à encourager les pécheurs à se confier en lui. Quelle que soit votre situation, vous n’avez pas à craindre de venir à un tel Sauveur. Quelque méchante créature que vous soyez, il y a ici assez de dignité; quelque pauvre, vile et ignorante créature que vous soyez, il n’y a aucun danger d’être méprisé, car, bien qu’il soit tellement plus grand que vous, il est aussi immensément plus humble que vous. Quiconque parmi vous est père ou mère ne méprisera pas l’un de ses enfants qui vient à lui dans la détresse: bien moins encore y a-t-il à craindre que Christ vous méprise, si vous venez à lui de tout votre cœur. Permettez-moi ici de plaider un peu avec l’âme pauvre, chargée et angoissée.

Que craignez-vous, pour n’oser confier votre âme à Christ? Craignez-vous qu’il ne puisse vous sauver, qu’il ne soit pas assez fort pour vaincre les ennemis de votre âme? Mais comment pourriez-vous désirer quelqu’un de plus fort que le « Dieu puissant », comme Christ est appelé en Ésaïe 9:5? Est-il besoin d’une force plus grande qu’une force infinie? Craignez-vous qu’il ne veuille pas s’abaisser assez pour prêter à votre personne une attention bienveillante? Mais alors, regardez-le, tel qu’il se tenait au milieu du cercle des soldats, exposant son visage béni à leurs coups et à leurs crachats! Voyez-le lié, le dos découvert, livré à ceux qui le frappaient! Et voyez-le suspendu à la croix! Pensez-vous que celui qui a eu assez de condescendance pour s’abaisser jusque-là, et cela pour ceux qui le crucifiaient, refusera de vous accepter si vous venez à lui? Ou bien craignez-vous que, s’il vous accepte, Dieu le Père ne l’accepte pas pour vous? Mais considérez: Dieu rejettera-t-il son propre Fils, en qui est son infinie délectation, et cela de toute éternité, et qui lui est si étroitement uni que, s’il le rejetait, il se rejetterait lui-même?

Que pourriez-vous désirer trouver en un Sauveur qui ne soit pas en Christ? Ou en quoi pourriez-vous désirer qu’un Sauveur fût autre que Christ n’est? Quelle excellence lui manque-t-il? Qu’y a-t-il de grand ou de bon, qu’y a-t-il de vénérable ou d’attirant, qu’y a-t-il d’adorable ou d’aimable, ou que pouvez-vous imaginer qui soit encourageant, et qui ne se trouve pas dans la personne de Christ? Voudriez-vous que votre Sauveur fût grand et honorable, parce que vous ne voulez pas être redevable à une personne de peu? Et Christ n’est-il pas une personne assez honorable pour que vous puissiez dignement dépendre de lui? N’est-il pas une personne assez élevée pour être chargée d’une œuvre aussi honorable que votre salut? Voudriez-vous non seulement un Sauveur de haut rang, mais aussi qu’il fût, malgré son élévation et sa dignité, abaissé à une humble condition, afin qu’il fît l’expérience des afflictions et des épreuves, et qu’il apprît, par les choses qu’il a souffertes, à avoir compassion de ceux qui souffrent et qui sont tentés? Et Christ n’a-t-il pas été assez abaissé pour vous? N’a-t-il pas assez souffert? Voudriez-vous qu’il eût l’expérience non seulement des afflictions que vous souffrez maintenant, mais aussi de cette colère effrayante que vous redoutez pour l’avenir, afin qu’il sache avoir compassion de ceux qui en sont menacés et qui la craignent? Cette expérience, Christ l’a faite, et elle lui en a donné un sentiment mille fois plus grand que celui que vous en avez, ou que tout homme vivant en a. Voudriez-vous que votre Sauveur fût proche de Dieu, afin que sa médiation fût efficace auprès de lui? Et pouvez-vous désirer qu’il soit plus proche de Dieu que ne l’est Christ, qui est son Fils unique, de la même essence que le Père? Et voudriez-vous qu’il soit non seulement proche de Dieu, mais aussi proche de vous, afin que vous ayez libre accès auprès de lui? Et voudriez-vous qu’il vous soit plus proche qu’en partageant votre nature, et en vous étant uni par une union spirituelle si étroite qu’elle est justement représentée par l’union de la femme à son mari, du sarment à la vigne, du membre à la tête; bien plus, au point d’être un seul esprit avec vous? Car c’est ainsi qu’il vous sera uni, si vous l’acceptez. Voudriez-vous un Sauveur qui ait donné quelque témoignage grand et extraordinaire de miséricorde et d’amour envers les pécheurs, par ce qu’il a fait aussi bien que par ce qu’il dit? Et pouvez-vous penser ou concevoir de plus grandes choses que celles que Christ a faites? N’était-ce pas une grande chose pour lui, qui était Dieu, de prendre la nature humaine, d’être non seulement Dieu, mais homme désormais pour toute l’éternité? Mais regarderiez-vous le fait de souffrir pour les pécheurs comme un témoignage d’amour envers eux plus grand encore que le simple fait d’agir, quelque extraordinaire que soit ce qu’il a fait? Et désireriez-vous qu’un Sauveur souffrît pour les pécheurs plus que Christ n’a souffert? Que lui manque-t-il, ou qu’ajouteriez-vous si vous le pouviez, pour le rendre plus apte à être votre Sauveur?

Combien Christ paraît comme l’Agneau de Dieu dans les invitations qu’il vous adresse à venir à lui et à vous confier en lui! Avec quelle douce grâce et quelle bonté il vous appelle et vous invite, de temps à autre, comme en Proverbes 8:4: « Hommes, c’est à vous que je crie, Et ma voix s’adresse aux fils de l’homme. » Et en Ésaïe 55:1-3: « Vous tous qui avez soif, venez aux eaux, Même celui qui n’a pas d’argent! Venez, achetez et mangez, Venez, achetez du vin et du lait, sans argent, sans rien payer! » Qu’il est plein de grâce ici, lorsqu’il invite tous ceux qui ont soif, et qu’il répète ainsi son invitation encore et encore: « Venez aux eaux… Venez, achetez et mangez… Venez! » Remarquez l’excellence du festin qu’il vous invite à accepter: « Venez, achetez du vin et du lait! » Votre pauvreté, qui ne vous laisse rien pour payer, ne sera pas un obstacle: « Venez, vous qui n’avez pas d’argent, venez sans argent, sans rien payer! » Quels arguments et quels reproches pleins de grâce il emploie envers vous! « Pourquoi pesez-vous de l’argent pour ce qui ne nourrit pas? Pourquoi travaillez-vous pour ce qui ne rassasie pas? Écoutez-moi donc, et vous mangerez ce qui est bon, Et votre âme se délectera de mets succulents. » Comme s’il disait: Il est tout à fait inutile que vous continuiez à peiner et à vous épuiser pour ce qui ne pourra jamais répondre à vos besoins, en cherchant le repos dans le monde et dans votre propre justice. J’ai pourvu abondamment pour vous à ce qui est vraiment bon, à ce qui comblera pleinement vos désirs et répondra à votre but, et je suis prêt à vous accepter: vous n’avez rien à craindre. Si vous voulez venir à moi, je m’engage à pourvoir à tous vos besoins et à faire de vous une créature heureuse. Comme il le promet au troisième verset: « Prêtez l’oreille, et venez à moi, Écoutez, et votre âme vivra: Je traiterai avec vous une alliance éternelle, Pour rendre durables mes faveurs envers David. » Et de même en Proverbes 9, au commencement. Que l’invitation y est pleine de grâce et de douceur! « Que celui qui est stupide entre ici! » Quelque pauvre, ignorante et aveugle créature que vous soyez, vous serez le bienvenu. Et dans les paroles qui suivent, Christ présente ce qu’il a préparé pour vous: « Venez, mangez de mon pain, Et buvez du vin que j’ai mêlé. » Vous êtes dans un état misérable, mourant de faim, et vous n’avez rien pour nourrir votre âme qui périt; vous avez cherché quelque chose, mais vous demeurez dans le dénuement. Écoutez comme Christ vous appelle à manger de son pain et à boire du vin qu’il a mêlé! Et combien Christ paraît comme un agneau en Matthieu 11:28-30: « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos. Prenez mon joug sur vous et recevez mes instructions, car je suis doux et humble de cœur; et vous trouverez du repos pour vos âmes. Car mon joug est doux, et mon fardeau léger. » Ô toi, pauvre âme angoissée, qui que tu sois, considère que Christ nomme ton cas même lorsqu’il appelle ceux qui sont fatigués et chargés! Comme il vous promet, à plusieurs reprises, le repos si vous venez à lui! Au verset 28, il dit: « Je vous donnerai du repos. » Et au verset 29: « Vous trouverez du repos pour vos âmes. » Voilà ce qu’il vous faut. Voilà la chose que vous cherchez en vain depuis si longtemps. Oh! combien le repos vous serait doux, si seulement vous pouviez l’obtenir! Venez à Christ, et vous l’obtiendrez. Et écoutez comment Christ, pour vous encourager, se présente lui-même comme un agneau! Il vous dit qu’il est doux et humble de cœur; et vous craindriez de venir à un tel Sauveur! Et encore, Apocalypse 3:20: « Voici, je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui, je souperai avec lui, et lui avec moi. » Christ ne condescend pas seulement à vous appeler à lui, mais il vient à vous; il vient à votre porte, et là il frappe. Il pourrait envoyer un officier pour vous saisir comme un rebelle et un vil malfaiteur; mais au lieu de cela, il vient frapper à votre porte, et il demande que vous le receviez dans votre maison comme votre Ami et votre Sauveur. Et non seulement il frappe à votre porte, mais il s’y tient et attend, tandis que vous tardez et refusez. Et ce n’est pas tout: il vous promet ce qu’il fera pour vous si vous le laissez entrer, à quels privilèges il vous admettra: il soupera avec vous, et vous avec lui. Et encore, Apocalypse 22:16-17: « Je suis le rejeton et la postérité de David, l’étoile brillante du matin. Et l’Esprit et l’épouse disent: Viens. Et que celui qui entend dise: Viens. Et que celui qui a soif vienne; que celui qui veut, prenne de l’eau de la vie, gratuitement. » Avec quelle grâce Christ place ici devant vous sa propre excellence, si attirante et si pleine de charme! Et comme il condescend à vous faire connaître non seulement sa propre invitation, mais aussi l’invitation de l’Esprit et de l’épouse, afin de vous encourager par tous les moyens à venir! Et comme il invite quiconque le veut, afin qu’il « prenne de l’eau de la vie, gratuitement, » qu’il la prenne comme un don gratuit, si précieuse qu’elle soit, et bien qu’elle soit l’Eau de la vie.

Si vous venez à Christ, il se montrera à vous comme un Lion, dans sa puissance et sa domination glorieuses, pour vous défendre. Toutes ces excellences qui le font paraître comme un lion seront à vous, et seront employées pour vous, à votre défense, pour votre sûreté et pour l’avancement de votre gloire; il sera comme un lion pour combattre contre vos ennemis. Celui qui vous touche ou vous offense provoquera sa colère, comme celui qui excite un lion. À moins que vos ennemis ne puissent vaincre ce Lion, ils ne pourront ni vous détruire ni vous nuire; à moins qu’ils ne soient plus forts que lui, ils ne pourront faire obstacle à votre bonheur. Ésaïe 31:4. « Car ainsi m’a parlé l’Éternel: Comme le lion, comme le lionceau rugit sur sa proie, Et, malgré tous les bergers rassemblés contre lui, Ne se laisse ni effrayer par leur voix, Ni intimider par leur nombre; De même l’Éternel des armées descendra Pour combattre sur la montagne de Sion et sur sa colline. »

C) Que ce qui vient d’être dit serve à vous porter à aimer le Seigneur Jésus-Christ, et à le choisir pour votre ami et votre partage. Comme il y a en Christ une si admirable rencontre d’excellences diverses, ainsi il y a en lui tout ce qui peut le rendre digne de votre amour et de votre choix, et tout ce qui peut les gagner et les attacher. Tout ce qui est ou peut être désirable dans un ami se trouve en Christ, et cela au plus haut degré qu’on puisse désirer.

Voudriez-vous choisir pour ami une personne d’une grande dignité? C’est une chose qui plaît aux hommes que d’avoir pour amis des personnes bien au-dessus d’eux, parce qu’ils se considèrent comme honorés par leur amitié. Ainsi, combien une humble servante serait-elle touchée d’être l’objet de l’amour tendre de quelque grand et excellent prince! Mais Christ est infiniment au-dessus de vous, et au-dessus de tous les princes de la terre, car il est le Roi des rois. Une personne aussi honorable s’offre à vous, dans l’amitié la plus proche et la plus tendre.

Et voudriez-vous avoir un ami qui soit non seulement grand, mais bon? En Christ, une grandeur infinie et une bonté infinie se rencontrent, et reçoivent l’une de l’autre éclat et gloire. Sa grandeur est rendue aimable par sa bonté. Plus quelqu’un est grand sans la bonté, plus le mal est grand; mais quand une bonté infinie est jointe à la grandeur, elle en fait une grandeur glorieuse et adorable. De même, d’autre part, sa bonté infinie reçoit de l’éclat de sa grandeur. Celui qui possède une grande intelligence et une grande capacité, et qui a en même temps une disposition bonne et excellente, est à bon droit plus estimé qu’un être inférieur et moindre qui aurait la même bienveillance et la même bonne volonté. Certes, la bonté est excellente en quelque sujet qu’elle se trouve; elle est la beauté et l’excellence mêmes, et rend excellents tous ceux qui la possèdent; et pourtant elle ne l’est jamais tant que lorsqu’elle est jointe à la grandeur. Les mêmes qualités excellentes de l’or rendent le corps où elles résident plus précieux et de plus grande valeur quand elles s’y trouvent en de plus grandes dimensions qu’en de moindres. Et quel spectacle glorieux que de voir celui qui est le grand Créateur et le Seigneur suprême du ciel et de la terre, plein de condescendance, de tendre pitié et de miséricorde envers les petits et les indignes! Sa toute-puissance, sa majesté infinie et sa suffisance en lui-même rendent d’autant plus surprenants son amour et sa grâce immenses. Et combien sa condescendance et sa compassion rendent chères sa majesté, sa puissance et sa domination, et rendent agréables ces attributs qui, autrement, ne seraient que terribles! Ne désireriez-vous pas que votre ami, tout grand et honorable qu’il soit, fût d’une telle condescendance et d’une telle grâce, et qu’ainsi vous fût ouvert un libre accès auprès de lui, afin que son élévation au-dessus de vous ne vous empêchât pas de jouir librement de son amitié? — Et voudriez-vous non seulement que la grandeur et la majesté infinies de votre ami fussent, pour ainsi dire, adoucies et tempérées par la condescendance et la grâce, mais désireriez-vous aussi que votre ami fût rapproché de vous? Voudriez-vous un ami bien au-dessus de vous, et pourtant, pour ainsi dire, à votre niveau? Bien qu’il plaise aux hommes d’avoir un ami proche et cher d’une dignité supérieure, il y a aussi en eux un penchant à désirer que leur ami partage leur condition. Tel est Christ. Bien qu’il soit le grand Dieu, il s’est pourtant, pour ainsi dire, abaissé jusqu’à se mettre à votre niveau, en devenant homme comme vous, afin d’être non seulement votre Seigneur, mais votre frère, et d’être d’autant plus propre à être le compagnon d’un tel ver de terre. C’est l’une des fins pour lesquelles Christ a pris sur lui la nature humaine: que son peuple eût l’avantage d’un commerce plus familier avec lui que ne l’aurait permis la distance infinie de la nature divine. Et c’est pour cette raison que l’Église soupirait après l’incarnation de Christ, Cantique des cantiques 8:1. « Oh! Que n’es-tu mon frère, Allaité des mamelles de ma mère! Je te rencontrerais dehors, je t’embrasserais, Et l’on ne me mépriserait pas. » L’un des desseins de Dieu dans l’Évangile est de nous amener à faire de Dieu l’objet d’un attachement sans partage, afin qu’il occupe tout notre regard, de toute manière, et que, quelle que soit l’inclination naturelle qui est dans nos âmes, il en soit le centre; afin que Dieu soit tout en tous. Or il y a dans la créature une inclination non seulement à adorer un Seigneur et Souverain, mais aussi à se complaire en quelqu’un comme en un ami, à aimer quelqu’un et à trouver ses délices en lui, quelqu’un avec qui l’on puisse converser comme avec un compagnon. Et la vertu et la sainteté ne détruisent ni n’affaiblissent cette inclination de notre nature. Mais Dieu a ainsi disposé l’œuvre de notre rédemption qu’une personne divine puisse être l’objet même de cette inclination de notre nature. Et c’est à cette fin qu’une telle personne est descendue vers nous, a pris notre nature, est devenue l’un de nous, et s’appelle notre ami, notre frère et notre compagnon. Psaumes 122:8. « A cause de mes frères et de mes amis, Je désire la paix dans ton sein. »

Mais n’est-ce pas assez, pour vous inviter et vous encourager à un libre accès auprès d’un ami si grand et si élevé, qu’il soit plein d’une grâce infiniment condescendante, et qu’il ait aussi pris votre propre nature et soit devenu homme? Voudriez-vous encore, pour vous enhardir et vous gagner davantage, qu’il fût un homme d’une douceur et d’une humilité admirables? Eh bien, tel est Christ! Non seulement il est devenu homme pour vous, mais il est de loin le plus doux et le plus humble de tous les hommes, le plus grand exemple de ces aimables vertus qui ait jamais été ou qui sera jamais. Et outre celles-là, il possède toutes les autres excellences humaines dans la plus haute perfection. Celles-ci, à vrai dire, n’ajoutent rien à proprement parler à ses excellences divines. Christ n’a pas plus d’excellence en sa personne depuis son incarnation qu’il n’en avait auparavant, car l’excellence divine est infinie, et l’on n’y peut rien ajouter. Pourtant ses excellences humaines sont, pour nous, des manifestations supplémentaires de sa gloire et de son excellence, et de nouveaux titres à notre estime et à notre amour, à nous dont l’intelligence est finie. Bien que ses excellences humaines ne soient que des communications et des reflets de ses excellences divines, et bien que cette lumière, ainsi réfléchie, reste infiniment en deçà de la source divine de la lumière dans sa gloire immédiate, le reflet ne brille pourtant pas sans ses avantages propres, tel qu’il est présenté à notre regard et à notre affection. La gloire de Christ dans les qualités de sa nature humaine nous apparaît en des excellences qui sont de notre espèce, qui s’exercent à notre manière et selon notre mode, et qui sont ainsi, à certains égards, particulièrement propres à nous inviter à le connaître et à attirer notre affection. La gloire de Christ telle qu’elle apparaît dans sa divinité, bien que beaucoup plus éclatante, éblouit davantage nos yeux et dépasse la force de notre vue ou de notre intelligence; mais telle qu’elle brille dans les excellences humaines de Christ, elle est davantage mise à la portée de nos pensées et accordée à notre nature et à notre manière, tout en gardant une ressemblance avec la même beauté divine et une saveur de la même douceur divine. Mais comme les excellences divines et humaines se rencontrent ensemble en Christ, elles se font valoir et se recommandent l’une l’autre à nos yeux. Cela contribue à nous rendre chères la majesté et la sainteté divines de Christ, que ce soient les attributs de quelqu’un qui a notre nature, de l’un d’entre nous, devenu notre frère, et le plus doux et le plus humble des hommes. Cela nous encourage à contempler ces perfections divines, si hautes et si grandes qu’elles soient, puisque nous y avons un intérêt étroit et la liberté d’en jouir pleinement. Et d’autre part, combien la douceur, l’humilité, l’obéissance, la résignation et les autres excellences humaines de Christ paraissent plus glorieuses et plus surprenantes, quand nous considérons qu’elles se trouvent en une personne aussi grande que le Fils éternel de Dieu, le Seigneur du ciel et de la terre!

En choisissant Christ pour votre ami et votre partage, vous obtiendrez ces deux bienfaits infinis.

Christ se donnera lui-même à vous, avec toutes ces excellences diverses qui se rencontrent en lui, pour que vous en jouissiez pleinement et éternellement. Il vous traitera désormais toujours comme son ami bien-aimé; et vous serez bientôt là où il est, vous contemplerez sa gloire et vous habiterez avec lui, dans la communion et la jouissance les plus libres et les plus intimes.

Quand les saints arriveront au ciel, ils ne se borneront pas à voir Christ et à avoir affaire à lui comme des sujets et des serviteurs avec un Seigneur et Souverain glorieux et plein de grâce; mais Christ les recevra comme des amis et des frères. C’est ce que nous pouvons apprendre de la manière dont Christ conversait avec ses disciples ici-bas: bien qu’il fût leur Seigneur souverain, et qu’il ne refusât pas, mais exigeât au contraire, leur respect et leur adoration suprêmes, il ne les traitait pourtant pas comme les souverains de la terre ont coutume de traiter leurs sujets. Il ne les tenait pas à une distance redoutable, mais conversait constamment avec eux dans la familiarité la plus amicale, comme un père au milieu d’une troupe d’enfants, et même comme avec des frères. Ainsi fit-il avec les douze, et ainsi fit-il avec Marie, Marthe et Lazare. Il dit à ses disciples qu’il ne les appelait pas serviteurs, mais amis; et nous lisons que l’un d’eux reposait sur son sein. Et sans aucun doute il ne traitera pas ses disciples avec moins de liberté et de tendresse dans le ciel. Il ne les tiendra pas à une plus grande distance parce qu’il est dans un état d’élévation; mais il les fera plutôt entrer avec lui dans cet état d’élévation. Tel sera l’usage que Christ fera de sa propre gloire: rendre ses amis bien-aimés participants avec lui, les glorifier dans sa gloire, comme il le dit à son Père, Jean 17:22-23. « Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, afin qu’ils soient un comme nous sommes un, moi en eux », etc. Nous devons considérer que, bien que Christ soit grandement élevé, il est élevé non comme une personne privée, pour lui seul, mais comme la tête de son peuple; il est élevé en leur nom et à cause d’eux, comme les prémices, et comme représentant toute la moisson. Il n’est pas élevé pour être à une plus grande distance d’eux, mais pour qu’ils soient élevés avec lui. L’élévation et l’honneur de la tête ne mettent pas une plus grande distance entre la tête et les membres; mais les membres gardent avec la tête la même relation et la même union qu’auparavant, et sont honorés avec la tête; et au lieu que la distance soit plus grande, l’union sera plus proche et plus parfaite. Quand les croyants arriveront au ciel, Christ les rendra conformes à lui-même: comme il est assis sur le trône de son Père, ainsi ils s’assiéront avec lui sur son trône, et seront, dans leur mesure, rendus semblables à lui.

Quand Christ allait monter au ciel, il consola ses disciples par la pensée qu’après un peu de temps il reviendrait et les prendrait avec lui, afin qu’ils fussent avec lui. Et nous ne devons pas supposer que, lorsque les disciples arrivèrent au ciel, ils le trouvèrent gardant une plus grande distance qu’il n’avait coutume de le faire. Non, sans aucun doute, il les embrassa comme des amis, et les accueillit dans la maison de son Père et de leur Père, et dans sa gloire et leur gloire. Ceux qui avaient été ses amis en ce monde, qui avaient été ici-bas avec lui et avaient partagé ensemble les douleurs et les épreuves, sont maintenant accueillis par lui dans le repos, pour prendre part à la gloire avec lui. Il les prit et les fit entrer dans ses appartements, et leur montra toute sa gloire, selon qu’il l’avait demandé dans sa prière, Jean 17:24. « Père, je veux que là où je suis ceux que tu m’as donnés soient aussi avec moi, afin qu’ils voient ma gloire, la gloire que tu m’as donnée. » Et il les conduisit à ses sources d’eaux vives, et les fit participer à ses délices, comme il le demande dans sa prière, Jean 17:13. « Afin qu’ils aient en eux ma joie parfaite, » et il les fit asseoir avec lui à sa table dans son royaume, et les fit participer avec lui à ses mets délicieux, selon sa promesse, Luc 22:30; il les conduisit dans sa maison du festin, et leur fit boire avec lui le vin nouveau dans le royaume de son Père céleste, comme il le leur avait annoncé en instituant la cène du Seigneur, Matthieu 26:29.

Oui, le commerce des saints avec Christ dans le ciel ne sera pas seulement aussi intime, et leur accès auprès de lui aussi libre, que celui des disciples sur la terre, mais, à bien des égards, beaucoup plus encore; car dans le ciel cette union vitale sera parfaite, qui est ici-bas extrêmement imparfaite. Tant que les saints sont en ce monde, il demeure en eux de grands restes de péché et de ténèbres qui les séparent ou les désunissent d’avec Christ; alors, tout cela sera ôté. Ce n’est pas ici le temps de cette pleine connaissance, ni de ces glorieuses manifestations d’amour, que Christ destine à son peuple dans l’avenir; c’est ce que semble signifier sa parole à Marie de Magdala, lorsqu’elle était prête à l’embrasser, quand elle le rencontra après sa résurrection; Jean 20:17. « Jésus lui dit: Ne me touche pas; car je ne suis pas encore monté vers mon Père. »

Quand les saints verront la gloire et l’élévation de Christ dans le ciel, elle remplira certes leurs cœurs d’une admiration plus grande et d’un respect plein d’adoration, mais elle ne les tiendra à l’écart par aucune crainte; elle ne servira qu’à accroître leur étonnement et leur joie, quand ils verront Christ daigner les admettre dans une si intime familiarité, et se communiquer à eux si librement et si pleinement. De sorte que, si nous choisissons Christ pour notre ami et notre partage, nous serons plus tard reçus auprès de lui de telle manière que rien ne nous empêchera de jouir de lui pleinement, jusqu’à rassasier les désirs les plus ardents de nos âmes. Nous pourrons nous livrer sans réserve à satisfaire notre appétit spirituel de ces saintes délices. Christ dira alors, comme dans Cantique des cantiques 5:1. « Mangez, amis, buvez, enivrez-vous d’amour! » Et tel sera notre festin pour toute l’éternité! Ce bonheur n’aura jamais de fin, et rien ne viendra interrompre notre jouissance ni nous y troubler le moins du monde!

Par votre union avec Christ, vous aurez avec Dieu le Père une union et une jouissance plus glorieuses que cela n’aurait pu être autrement. Car par là la relation des saints avec Dieu devient beaucoup plus proche; ils sont enfants de Dieu d’une manière plus élevée qu’ils n’auraient pu l’être autrement. Car, étant membres du propre Fils de Dieu, ils participent en quelque sorte à sa relation avec le Père: ils sont fils de Dieu non seulement par la régénération, mais par une sorte de communion à la filiation du Fils éternel. C’est ce qui semble être signifié en Galates 4:4-6. « Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme, né sous la loi, afin qu’il rachetât ceux qui étaient sous la loi, afin que nous reçussions l’adoption. Et parce que vous êtes fils, Dieu a envoyé dans nos cœurs l’Esprit de son Fils, lequel crie: Abba! Père! » L’Église est la fille de Dieu, non seulement parce qu’il l’a engendrée par sa parole et son Esprit, mais parce qu’elle est l’épouse de son Fils éternel.

Ainsi, étant membres du Fils, nous participons dans notre mesure à l’amour du Père pour le Fils, et à la complaisance qu’il trouve en lui. Jean 17:23. « Moi en eux, et toi en moi, … tu les as aimés comme tu m’as aimé. » Et Jean 17:26. « Afin que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux. » Et Jean 16:27. « Le Père lui-même vous aime, parce que vous m’avez aimé, et que vous avez cru que je suis sorti de Dieu. » Ainsi nous participerons, selon notre capacité, à la jouissance que le Fils a de Dieu, et nous aurons en nous sa joie parfaite, Jean 17:13. Et par ce moyen nous parviendrons à une jouissance de Dieu immensément plus haute, plus intime et plus pleine que cela n’aurait pu être autrement. Car il y a sans aucun doute une intimité infinie entre le Père et le Fils, qu’exprime le fait qu’il est dans le sein du Père. Et les saints, étant en lui, y participeront avec lui, dans leur mesure et à leur manière, ainsi qu’à la félicité qui en découle.

Et c’est ainsi qu’est ordonnée l’œuvre de notre rédemption: par elle nous sommes amenés à une sorte d’union avec Dieu, et de jouissance de lui, tant du Père que du Fils, immensément plus élevée que cela n’aurait pu être autrement. Car Christ étant uni à la nature humaine, nous avons l’avantage de jouir de lui plus librement et plus pleinement que nous ne l’aurions pu s’il était demeuré seulement dans la nature divine. De même, étant unis, comme ses membres, à une personne divine, nous pouvons avoir avec Dieu le Père, qui n’est que dans la nature divine, une union et un commerce plus intimes que cela n’aurait pu être autrement. Christ, qui est une personne divine, en prenant sur lui notre nature, descend de la distance et de la hauteur infinies où il est au-dessus de nous, et s’approche de nous; par là nous avons l’avantage de jouir pleinement de lui. Et, d’autre part, nous, étant en Christ, personne divine, nous montons pour ainsi dire jusqu’à Dieu, à travers la distance infinie, et avons par là l’avantage de jouir pleinement de lui aussi.

Tel était le dessein de Christ: que lui, son Père et son peuple fussent tous unis en un. Jean 17:21-23. « Afin que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et comme je suis en toi, afin qu’eux aussi soient un en nous, pour que le monde croie que tu m’as envoyé. Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, afin qu’ils soient un comme nous sommes un, moi en eux, et toi en moi, afin qu’ils soient parfaitement un. » Christ a fait en sorte que ceux que le Père lui a donnés fussent introduits dans la maison de Dieu, que lui, son Père et son peuple fussent comme une seule société, une seule famille; que l’Église fût pour ainsi dire admise dans la société de la bienheureuse Trinité.

Questions pour la réflexion

Quelle est l’« admirable conjonction » centrale qu’Edwards découvre en Christ à partir du Lion et de l’Agneau?
« Il y a en Jésus-Christ une admirable conjonction d’excellences diverses. » Le lion « excelle en force, et dans la majesté de son aspect », l’agneau « en douceur et en patience » — et « Christ, dans le texte, est comparé à l’un et à l’autre, parce que les diverses excellences de l’un et de l’autre se rencontrent merveilleusement en lui. »
Quelles excellences, qui sembleraient autrement incompatibles, se rencontrent en Christ selon Edwards?
« Une élévation infinie et une condescendance infinie »; « une justice infinie et une grâce infinie »; « une gloire infinie et la plus profonde humilité »; « une majesté infinie et une douceur transcendante »; « un esprit d’obéissance extraordinaire et une domination suprême sur le ciel et la terre »; et « une souveraineté absolue et une parfaite résignation » — des conjonctions qui ne se trouvent « en aucune autre personne ».
Comment, selon Edwards, cette conjonction est-elle apparue plus que jamais dans les dernières souffrances de Christ?
« Christ n’est jamais autant apparu comme un agneau que lorsqu’il fut immolé », et pourtant, « dans cet acte plus que dans tout autre », il apparut comme le Lion de Juda, triomphant de Satan par la croix même: « Christ n’a jamais écrasé si efficacement la tête de Satan que lorsque Satan lui blessa le talon. » Sa plus profonde humiliation fut sa plus haute gloire.
Quelle application Edwards tire-t-il avec insistance de cette conjonction d’excellences?
Que le pécheur doit « l’accepter, et s’attacher à lui comme à votre Sauveur », et l’aimer, puisque tout ce qu’on peut désirer dans un Sauveur se rencontre en Christ. « Bien qu’il soit un lion, il ne sera un lion que pour vos ennemis; mais il sera un agneau pour vous » — une force infinie pour défendre, une grâce infinie pour accueillir.

Domaine public. Texte source de l’édition originale.