Remplis de l’Esprit
A. B. Simpson

Sermon · 25 min de lecture · Modéré

Remplis de l’Esprit

Portrait de A. B. Simpson A. B. Simpson

Texte

Éphésiens 5:18

En bref

« Soyez remplis de l’Esprit » — et Simpson s’attache au mot rempli, si plein qu’il ne reste aucune place vide. Ce remplissage, montre-t-il, n’est ni une influence, ni une sensation, ni un ensemble de vérités, mais une Personne vivante ; toute l’essence du christianisme est le Christ qui habite en nous. Il en retrace la nature, les conditions et la permanence, appelant le cœur à demi rempli à être pleinement possédé, afin que des fleuves d’eau vive coulent du plus profond de l’être.

Le mot qui domine ces deux versets est « rempli ». C’est le grec plaroo qui signifie remplir tout à fait, si plein qu’il ne restera aucune place vide. Telle est la pensée que, avec l’aide du Saint-Esprit, nous désirons graver dans ce message. Il ne s’agit pas d’avoir une mesure du Saint-Esprit et de bien connaître le Christ, mais d’être entièrement rempli et possédé par le Saint-Esprit, et totalement perdu dans la vie et la plénitude de Jésus. C’est la plénitude du remplissage qui constitue l’essence même de la parfaite bénédiction. Une source à demi pleine ne deviendra jamais un jaillissement. Un fleuve à demi plein ne deviendra jamais une force motrice. Un cœur à demi rempli ne connaîtra jamais « la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence » ni la puissance qui jaillit du plus profond de l’être, comme des « fleuves d’eau vive ».

I. LA NATURE DE CE REMPLISSAGE.

  1. Tout est lié à une Personne vivante. Nous ne sommes pas remplis d’une influence ; nous ne sommes pas remplis d’une sensation ; nous ne sommes pas remplis d’un ensemble d’idées et de vérités ; nous ne sommes pas remplis d’une bénédiction, mais nous sommes remplis d’une Personne. Cela est fort étrange et frappant. C’est tout autre chose que tout autre enseignement. Les systèmes humains de philosophie et de religion traitent tous principalement de vérités intellectuelles, de conditions morales ou d’actes extérieurs. La philosophie grecque était un système d’idées ; le confucianisme est un système de morale ; le judaïsme est un système de lois et de cérémonies ; le christianisme, lui, est tout entier centré sur une Personne vivante, et son essence même est la vie du Christ lui-même habitant en nous. Il n’en fut pas seulement la Tête et le Fondateur, mais il en est à jamais le Cœur vivant et la Substance, et le Saint-Esprit est simplement l’agent et le canal par lequel il entre, possède et opère dans le cœur consacré. Cela ramène la vie chrétienne à une grande simplicité. Nous n’avons pas besoin d’être remplis dans une multitude de compartiments, ni par une multitude d’expériences, d’idées ou d’influences différentes, mais, au centre de notre être, de le recevoir dans sa vie personnelle et sa plénitude ; et alors il se répand dans chaque partie et vit sa propre vie dans toutes les expériences et activités variées de notre vie aux mille facettes.

    Dans un même jardin nous plantons la semence vivante et l’arrosons de la même grande source, et voici ! elle jaillit spontanément avec toute la beauté et la fécondité variées du lis et de la rose, de la plante à feuillage et de l’arbre fruitier, du jasmin grimpant et de la vigne qui s’étend. Nous n’avons qu’à ouvrir la source fertilisante, et la vie spontanée de la nature éclate dans toute sa belle diversité.

    Telle est, sous une simple image, la conception que le Christ se fait d’une vie plus profonde. Notre être est le sol, il est la semence, son Saint-Esprit est la Source des eaux vives, et « le fruit de l’Esprit, c’est l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bénignité, la fidélité, la douceur, la tempérance ».

    Là-bas, dans le grand Ouest, s’étendent des millions d’hectares de terre stérile. Ils sont une immense virtualité, mais en pratique infertiles et à l’abandon. Sous le sol de ces Saharas gisent des richesses inexploitées ; il ne manque qu’un seul élément pour les rendre féconds. Cet élément, c’est l’eau. Que le torrent de la montagne soit détourné vers cette vallée, que les canaux d’irrigation étendent leur réseau sur tous ces vastes champs, et voici ! vous contemplez un paradis, aussi ravissant que les rues de Salt Lake City ou que certains doux villages et bourgs de Californie, d’une luxuriance de beauté que nulle de nos terres de l’Est ne saurait montrer. Le sol était vide et stérile jusqu’à ce qu’il fût rempli de la semence et des sources ; alors la transformation surgit dans une luxuriance spontanée. Ainsi le cœur humain ne se constitue ni ne se suffit à lui-même ; il n’est qu’une virtualité nue et stérile. Il peut lutter de son mieux pour se développer, mais il ne produira, comme ces déserts de l’Ouest, que l’armoise et le palmier rabougri qui les couvrent aujourd’hui. Mais donnez-lui deux choses. Déposez dans ce sol le Christ vivant, et inondez-le de l’eau de la plénitude de l’Esprit, et voici ! il atteint la réalisation de sa véritable vocation, et la promesse de sa propre et simple parabole s’accomplit parfaitement : « Celui qui demeure en moi et en qui je demeure porte beaucoup de fruit, car sans moi vous ne pouvez rien faire. »

    Comprendrons-nous donc, bien-aimés, que Dieu a fait de chacun de nous, non un monde de puissance et de perfection se suffisant à lui-même, mais simplement une capacité pour le recevoir, un vase pour contenir sa plénitude, un sol pour recevoir sa Semence vivante et ses ruisseaux fertilisants, et pour produire, en union avec lui, les fruits de la grâce ? Et comprendrons-nous, d’autre part, que Dieu a tellement constitué le Christ et le Saint-Esprit, qui n’est autre que l’Esprit du Christ, qu’ils répondent et satisfont parfaitement aux capacités et aux possibilités de notre être ; de sorte que, si nous ne sommes rien sans lui, sa vie et sa grâce ont pareillement besoin de nous pour leur plein développement ? En son Fils vivant Dieu a versé toute sa plénitude, si bien qu’« en lui habite corporellement toute la plénitude de la divinité ». Le Saint-Esprit est désormais devenu le grand Réservoir et le système de conduites et de canaux par lesquels sa plénitude se répand en nous, et il n’y a rien que Dieu requière d’un homme, ni dont l’homme puisse jamais avoir besoin dans les exigences variées de la vie, que le Christ ne possède pour nous ; et nous pouvons obtenir un ajustement exact à chacun de nos besoins, simplement en le recevant. Tel est le sens de cette belle parole : « Et nous avons tous reçu de sa plénitude, et grâce pour grâce ; car la loi a été donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ. » Tous les autres systèmes ne nous donnaient que les idées des choses, ou les commandements et les lois qui les exigent de nous. Mais le Christ apporte la puissance de les réaliser, et il est lui-même la réalité et la substance dans nos cœurs et nos vies. Il est le grand Homme typique. Mais il est plus qu’un modèle ou un type, montrant ce que nous devrions être et réclamant notre imitation. Il est aussi la Tête vivante et le Progéniteur de la vie même qu’il manifeste, l’engendrant en chacun de nous par une communication vivante de son être même, et se reproduisant en nous par la puissance même de sa propre vie, puis nourrissant et alimentant cette vie par le Saint-Esprit tiré de son propre être.

    La Personne du Christ, dès lors, est bien plus qu’un modèle. Elle est une puissance, une semence, une source d’Eau vive, que dis-je, la substance et le soutien mêmes de la vie qu’il exige de nous.

  2. Cette Personne est la véritable plénitude de chaque partie de notre vie. L’idée de remplissage implique l’universalité et l’achèvement dans la mesure où il nous remplit. Nous ne sommes pas remplis à moins de l’être en chaque partie. C’est précisément ce que le Christ se propose de faire dans notre plein salut.

    Il remplit toutes les exigences de notre salut, toutes les conditions liées à notre rédemption, à notre réconciliation, à notre justification. Il prend l’acte d’accusation dressé contre nous et le remplit de sa propre et précieuse expiation, et de son propre sang il y écrit : « Réglé pour toujours. » Il prend la loi violée et le triste et humiliant registre de nos manquements, de nos omissions et de nos transgressions, et le remplit de sa propre justice parfaite, et il écrit sur tout notre dossier : « Christ est la fin de la loi, pour la justification de tous ceux qui croient », « agréés dans le bien-aimé » ; « Celui qui n’a point connu le péché, il l’a fait devenir péché pour nous, afin que nous devenions en lui justice de Dieu. »

    Et ainsi « Vous avez tout pleinement en lui ». « Par une seule offrande, il a amené à la perfection pour toujours ceux qui sont sanctifiés », et nous sommes aussi pleinement sauvés que si nous n’avions jamais péché.

    Or, bien-aimés, l’essentiel est de bien saisir, ici même, que cela est complet, et, dès le seuil, de commencer à entrer dans la plénitude du Christ en nous reconnaissant pleinement justifiés et sauvés pour toujours de tout péché et de toute transgression passés, par la parfaite rédemption de Jésus-Christ. Le manque de plénitude dans notre expérience ultérieure tient en grande partie aux doutes et aux limites que nous laissons s’introduire ici. L’œuvre du Christ pour notre rédemption était achevée, et lorsque nous l’acceptons, c’est un salut complet et éternel.

    De même, le Christ remplit le besoin plus profond de la sanctification. Il y a pourvu dans son expiation et dans les ressources de sa grâce. Tout est enveloppé en lui, et doit être reçu comme un don gratuit et parfait par lui seul. « C’est par lui que vous êtes en Jésus-Christ, lequel, de par Dieu, a été fait pour nous... sanctification. » La sanctification est-elle la mort du moi pécheur ? Eh bien, celui-ci a déjà été crucifié avec lui sur la Croix, et nous n’avons qu’à le lui remettre par un abandon sans réserve, et il le mettra à mort et l’ensevelira pour toujours dans son tombeau. La sanctification est-elle une vie nouvelle de pureté, de justice, de paix et de joie dans le Saint-Esprit ? Avec plus de force encore il est vrai que le Christ lui-même doit être notre vie, notre paix, notre pureté, et notre joie pleine et débordante ?

    De même, il est la plénitude de la vie de notre cœur. Il n’est pour nous aucun lieu aussi sacré que nos affections, aucun lieu que le grand adversaire de nos âmes revendique autant, ni qu’il soit aussi impossible de régler par notre propre force et notre propre volonté. Mais le Christ nous donnera son cœur aussi bien que son Esprit, et aimera en nous de l’amour qui aime « le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force, et de toute ta pensée », et qui aime « les uns les autres, comme je vous ai aimés ». Oh, quelle bénédiction que nous ayons Quelqu’un qui remplira réellement toutes les exigences délicates, infiniment difficiles et variées de ces sensibilités et de ces affections, qui portent en elles un tel monde de possibilités pour notre bonheur ou notre malheur, comme pour ceux d’autrui.

    De même, le Christ remplira tous les besoins de notre vie intellectuelle. Nos facultés mentales ne connaîtront jamais toute la richesse de leur puissance et de leur efficacité spirituelle avant de devenir simplement les vases de sa vie vivifiante, et avant que ces cerveaux qui sont les nôtres soient déposés à ses pieds comme les encensoirs destinés à contenir son feu sacré. Il pensera en nous, se souviendra en nous, jugera en nous, donnera netteté et clarté à nos conceptions de la vérité, nous accordera la langue de feu, l’image qui à la fois illumine et attendrit, l’accent et le ton de la persuasion et de la sympathie, le don de l’expression prompte et de la parole, et tout l’équipement nécessaire pour faire de nous des ouvriers « qui n’ont point à rougir, qui dispensent droitement la parole de la vérité ». Non, certes, sans une attention diligente et fidèle à son enseignement sage et saint, tandis qu’il nous conduit dans son œuvre à voir tout ensemble nos propres manquements et son dessein plein pour nous. Nous devons être enseignés de Dieu, et l’enseignement est parfois très graduel, voire lent ; mais « il vous conduira dans toute la vérité » et « achèvera ce qui concerne » notre éducation et notre préparation à son œuvre et à sa volonté ; et l’esprit que le Saint-Esprit vivifie et emploie accomplira pour Dieu des résultats que jamais l’éclat du génie humain ni l’érudition du savoir humain ne sauraient approcher.

    De même, il remplira les besoins de notre corps, car son corps a été constitué, par la résurrection d’entre les morts, en source perpétuelle d’énergie physique, suffisante pour chaque membre de son corps qu’est l’Église, et adaptée à chaque fonction physique et à chaque épreuve qui survient sous la pression de la vie humaine, dans l’expérience d’un monde où chaque pas est assailli par les éléments de la maladie, de la souffrance et du danger physique. Le Christ est la véritable vie d’un corps racheté, et son Saint-Esprit peut tellement vivifier ces corps mortels, tandis qu’il habite en nous, qu’ils recevront une vigueur surnaturelle directement dérivée de notre Chef exalté.

    De même, le Christ remplira toutes les situations de la providence et tous les besoins qui surgissent dans nos occupations séculières et les circonstances de notre vie quotidienne. Il n’en est pas une seule qui ne puisse être reconnue comme venant de lui, et destinée à prouver dans quelque direction nouvelle sa toute-suffisance. Oh, si nous avions la foi de voir Dieu en toute chose telle qu’elle nous aborde jour après jour, chaque chapitre de l’histoire de notre vie serait un nouveau récit du roman de l’amour céleste, dans sa puissance magique de transformer les ténèbres en lumière, la difficulté en triomphe, la tristesse en joie, et le terrestre en céleste ; et le Christ pourrait se manifester dans sa grâce et sa puissance à d’innombrables témoins qui n’entendent jamais parler de lui du haut d’une chaire, et ne lisent l’histoire de sa grâce en rien d’autre que dans des vies humaines, en qui ils peuvent ainsi le contempler.

    De même, le Christ remplira nos capacités de bonheur. Il est la plénitude de notre paix et de notre joie. Il est le véritable partage des âmes qu’il a faites ; et, entièrement rempli de lui, il n’y a plus de place ni pour le souci ni pour la crainte.

    Enfin, le Christ remplira ce besoin fondamental dont dépend toute autre expérience de sa plénitude, à savoir la foi qui le reçoit. Cela aussi n’est que la vie du Christ en nous, et notre plus haute part dans la vie de foi est d’abandonner tellement jusqu’à nos efforts les plus élevés et les plus ardus pour nous confier à Dieu, et de nous risquer avec une telle hardiesse, que nous puissions recevoir la foi même de Dieu et revendiquer que « tout est possible à celui qui croit ».

  3. Être rempli du Christ, ce n’est pas seulement être rempli de la vie divine en chaque partie, c’est aussi être rempli à chaque instant. C’est le recevoir dans les instants successifs de notre existence consciente et demeurer dans sa plénitude. Car ce n’est pas un réservoir, mais une source. C’est une vie continuelle, active, toujours en mouvement, avec un écoulement aussi nécessaire que son afflux ; et si nous ne puisons pas sans cesse à la source vivante l’approvisionnement nouveau, nous deviendrons ou stagnants ou vides. Ce n’est donc pas tant une plénitude perpétuelle qu’un remplissage perpétuel.

    Il est vrai qu’il y a des expériences périodiques d’élévation spirituelle qui font partie du plan de Dieu pour notre vie en Christ, et qui sont sans doute destinées à nous hausser à un plan plus élevé d’union permanente avec lui. Il y a les Pentecôtes et les secondes Pentecôtes, les grandes crues et les marées débordantes, qui toutes ont leur place nécessaire dans l’économie spirituelle. Mais il y a la réception continuelle, souffle après souffle et instant après instant, dans les longs intervalles entre ces expériences plus marquées, qui est plus nécessaire encore à la fermeté et à la santé spirituelles. Dieu veut nous voir attentifs à toutes ses approches, et ouverts à tous « le meilleur don du ciel, la rosée, les meilleures eaux qui sont en bas, les meilleurs fruits du soleil, les meilleurs fruits de chaque mois, les meilleurs produits de la terre et de ce qu’elle renferme ». De telles vies découvriront qu’il n’est aucun instant de l’existence, ni aucune partie de notre être, qui ne puisse être quelque ministre de Dieu et puiser en lui quelque bénédiction.

II. LES EFFETS DU REMPLISSAGE DIVIN.

  1. C’est le secret de la sainteté. Il y a une mesure de la vie du Saint-Esprit dans toute âme régénérée, mais c’est lorsque chaque partie de notre être est remplie de son amour et possédée pour sa gloire que nous sommes entièrement sanctifiés ; et c’est cette plénitude divine qui exclut et tient au dehors la puissance du péché et du moi, de même que ce fut la nuée descendant sur le tabernacle qui ne laissa aucune place à Moïse au-dedans.

    Voulez-vous une pureté continuelle de cœur, de pensée et de sentiment, et une entière conformité à la volonté de Dieu ? « Soyez remplis de l’Esprit » ; « nous avons tous reçu de sa plénitude, et grâce pour grâce ». Laissez l’eau céleste s’écouler dans chaque canal d’irrigation, le long de chaque parterre et de chaque plante, jusqu’à ce que toutes les grâces de notre vie chrétienne soient réapprovisionnées par sa grâce et fleurissent comme le jardin du Seigneur. Demeurez seulement en lui et gardez sa demeure en vous, et vous porterez tout le fruit de l’Esprit.

  2. C’est le secret du bonheur. Un cœur à demi plein n’est plein qu’assez pour prendre conscience de son manque. C’est lorsque le bétail est rassasié qu’il se couche dans les verts pâturages. « Je vous ai dit ces choses, afin que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite. »
  3. C’est le secret de la puissance. Le courant électrique peut tellement remplir un petit fil qu’il deviendra une force capable de faire tourner les grandes roues de l’usine, et l’écluse débordante du ruisseau du village a assez de puissance pour actionner une vingtaine d’usines tout le long des berges de la rivière, mais c’est simplement parce qu’il déborde. Seuls les cœurs pleins accomplissent une œuvre efficace pour Dieu. Seul le débordement de notre bénédiction bénit les autres.

III. LES CONDITIONS POUR ÊTRE REMPLI.

  1. Il a promis de remplir ceux qui ont faim. « Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés ! » Beaucoup de ceux qui lisent ces lignes aspirent sans doute à cette expérience et songent avec découragement à tout ce qui leur manque encore. Cher ami, ce désir profond est le commencement même de la bénédiction que tu cherches, et déjà le Saint-Esprit est à l’œuvre pour préparer ton cœur à la réponse à ton cri. Aucune âme ne trouve la plénitude de Jésus aussi promptement que celle qui a la conscience la plus profonde de ses échecs et de ses besoins. Rends grâce à Dieu pour ce désir intense qui ne te laissera pas te reposer en deçà de sa bénédiction.

    Une caravane d’Orient fut surprise un jour dans le désert par l’épuisement de sa réserve d’eau. Les fontaines habituelles étaient toutes taries, l’oasis n’était qu’un désert, et elle fit halte une heure avant le coucher du soleil pour constater, après une journée de chaleur brûlante, qu’elle périssait faute d’eau. En vain explora-t-on les puits accoutumés, car ils étaient tous à sec. La consternation était sur tous les visages et le désespoir dans tous les cœurs, lorsqu’un des anciens s’approcha du cheik et lui conseilla de détacher deux belles biches qu’il ramenait chez lui en présent pour son épouse, et de les laisser parcourir le désert en quête d’eau. Leur langue pendait de soif et leur poitrine haletait de détresse. Mais tandis qu’on les menait aux abords du camp, puis qu’on les lâchait sur la plaine sans bornes, elles levèrent haut la tête, humèrent l’air de leurs naseaux dilatés, et alors, d’un instinct infaillible, d’une course aussi droite qu’une flèche et d’une vitesse aussi rapide que le vent, elles s’élancèrent à travers le désert. Des cavaliers rapides les suivaient de près, et une heure ou deux plus tard revinrent en hâte avec l’heureuse nouvelle que l’eau avait été trouvée, et le camp se dirigea avec des cris de joie vers les fontaines heureusement découvertes.

    Ainsi, aujourd’hui encore, il est une biche capable de toujours trouver les sources d’eau vive. C’est le cœur qui a faim et soif de Dieu. Rends grâce à Dieu, bien-aimé, si tu as en ton âme cet instinct spirituel profond ! Suis-le tandis qu’il te conduit au Trône de la grâce, pour attendre, crier et recevoir, jusqu’à ce que tu puisses dire : « rassasié de faveurs et comblé des bénédictions de l’Éternel ».

  2. Les vides sont toujours remplis. « Il a rassasié de biens les affamés, et il a renvoyé les riches à vide. » « Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux ! » « N’ayant rien, et nous possédons toutes choses. » Tel est le paradoxe de la grâce. Nous ne pouvons jamais être remplis avant d’avoir fait de la place à Dieu. Toute grande bénédiction commence par un grand sacrifice, une grande séparation, un grand dépouillement. « Il les a fait sortir pour les faire entrer. » Abraham doit laisser à Lot le choix avant de pouvoir recevoir son plein héritage. Isaac doit être offert sur le mont Morija avant que Dieu puisse en faire le siège de son temple futur. Moïse doit renoncer aux honneurs et aux perspectives de sa principauté égyptienne avant de pouvoir recevoir sa grande mission, l’honneur durable de l’œuvre de sa vie. Le cœur doit être vidé de soi et du monde avant de pouvoir être rempli de Jésus et du Saint-Esprit. Sans doute chacun de nous est-il aussi plein qu’il peut l’être, parce que les places que Dieu ne remplit pas sont bourrées d’autre chose et que Dieu n’y trouve pas de place. Sommes-nous disposés à être vidés ? « Faites dans cette vallée des fosses, des fosses ! » demeure l’ordre du prophète, « et cette vallée se remplira d’eau ». Sommes-nous dans la vallée de l’humiliation, et avons-nous creusé dans la vallée les fosses plus profondes encore du besoin et de l’insuffisance consciente ? Dans la mesure où nous pouvons dire : « je ne suis pas capable par moi-même », nous pourrons ajouter : « ma capacité vient de Dieu ». Avons-nous non seulement chassé le vieux moi-volonté pirate et son équipage de mondanité et de péché, mais aussi toute la cargaison de notre propre force, de notre propre foi et de notre propre expérience religieuse, et fait de la place au Christ pour qu’il soit notre Tout en tous et toujours ? Cessons-nous habituellement de compter sur nous-mêmes en toute chose, rendant ainsi nécessaire que Dieu assume la responsabilité et fournisse la compétence ; et, dans cet esprit de renoncement à soi et de dépendance absolue, devenons-nous chaque jour plus pauvres et plus riches ?
  3. Le cœur ouvert sera rempli. « Ouvre ta bouche, et je la remplirai. » Nous savons ce qu’il en est du calice de la fleur qui referme ses pétales, et aussi qui s’ouvre à la lumière du soleil, à la rosée et à l’ondée rafraîchissante. Le cœur a ses susceptibilités et ses sensibilités réceptives, mais souvent il est si crispé par l’incrédulité, le doute, la crainte et la conscience de soi qu’il ne peut recevoir l’amour que Dieu attend de répandre. Ne savons-nous pas ce que c’est que d’aborder les gens, le cœur plein d’amour, et de les trouver tout crispés et le cœur verrouillé ? Nous prenons aussitôt conscience de la répulsion et sentons toutes les sources de notre amour obstruées et refoulées sur nos propres cœurs endoloris. Ils ne peuvent nous recevoir. C’est comme la mère qui retrouve son enfant longtemps perdu après des années de séparation, mais l’enfant ne peut reconnaître sa mère ; et tandis qu’elle cherche à éveiller sa réponse et à déverser les flots débordants de son cœur qui éclate, et ne trouve aucune reconnaissance, mais seulement le regard morne de l’étrangeté et de la méfiance, et voit toutes ses caresses et les tendres débordements de son affection repoussés et accueillis par une froide indifférence, voire un mouvement de recul, son cœur se brise de chagrin et de déception, et elle pleure et sanglote dans l’angoisse.

    Le cœur de Dieu déverse son amour sur mainte âme qui ne peut, ne veut le recevoir. Elle ne connaît pas son Père. Son visage lui est étranger. Il semble n’y avoir aucun accès au cœur terrestre et engourdi, et l’amour même de Dieu a lieu de s’écrier : « Combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble sa couvée sous ses ailes, et vous ne l’avez pas voulu ! » J’ai vu un homme mourir pendant des mois simplement parce qu’il ne pouvait avaler plus d’un seul grain de nourriture ou d’une goutte d’eau. Le larynx spirituel de bien des chrétiens est tout aussi rétréci, et des millions meurent de faim au milieu de l’abondance, parce que leur cœur n’est pas ouvert pour recevoir Dieu. Il faut la confiance, l’assurance, l’amour qui s’approche et saisit, la foi qui accepte et reçoit, et le calme de l’esprit qui demeure ouvert assez longtemps pour être entièrement rempli.

  4. De même, nous sommes remplis en attendant le Seigneur dans la prière, et surtout dans une prière continue et persévérante. C’est après avoir attendu le Seigneur qu’ils furent tous remplis du Saint-Esprit. La prière n’est pas seulement une demande, mais aussi une réception. Beaucoup d’entre nous n’attendent pas assez longtemps devant le Seigneur pour être remplis. Tu peux prendre ton déjeuner en une demi-heure, mais tu ne peux pas être rempli du Saint-Esprit aussi vite. Il devrait y avoir des temps d’attente particulière devant le Seigneur dans ce but même, puis une demeure incessante dans le Seigneur pour le paisible réapprovisionnement, instant après instant. L’un peut se comparer aux grandes pluies d’orage qui font déborder le fleuve, et l’autre à l’humidité incessante de l’air et aux rosées du matin et du soir. Aucun enfant de Dieu qui, dans un esprit convenable et avec un entier abandon de soi et une entière confiance, attend de Dieu le plein baptême de son Saint-Esprit ne sera jamais déçu ; mais nous sortirons assurément de tels moments rafraîchis et débordants de l’amour et de la vie de Dieu, et nous constaterons que des influences particulières de puissance et de bénédiction suivront de tels moments, tant dans notre propre vie que dans celle des autres.
  5. Le service de Dieu et des autres est peut-être la condition la plus efficace pour recevoir continuellement la plénitude de l’Esprit. À mesure que nous répandons la bénédiction, Dieu la déverse en nous. Nous avons, dans l’une de nos institutions, une pompe actionnée par la vapeur. Nous avons un moyen de toujours savoir quand le réservoir du toit est plein. Il y a en bas un petit indicateur qui se met à couler et une petite clochette qui se met à sonner. Alors nous savons que le débordement a commencé et que le signal a retenti. Tant que la pompe est silencieuse, nous savons qu’il n’est pas plein ; mais ce petit signal, et le filet d’eau qui l’accompagne s’écoulant du robinet ouvert, valent bien un télégramme envoyé du toit lointain. Ainsi pouvons-nous toujours dire, dans l’Église de Dieu, quand elle n’est pas pleine. Il y a des chrétiens dont la clochette ne sonne qu’une fois en très longtemps, et dont le débordement est si faible et si rare qu’il fournirait à peine une bonne gorgée à un pauvre voyageur assoiffé.

    Bien-aimés, continuons de répandre davantage de la bénédiction de Dieu, et voyons s’il ne déversera pas plus abondamment encore les flots de sa grâce. Soyons très pratiques à ce sujet. Toute bénédiction que nous avons reçue de Dieu est un dépôt sacré, et elle ne se poursuivra que dans la mesure où nous l’employons pour lui. Notre salut n’est pas à nous ; il appartient à toute âme périssante sur la face du globe qui n’a pas encore eu l’occasion d’accepter Jésus. Notre sanctification et notre grand secret de la plénitude de Jésus sont un dépôt sacré pour tout chrétien qui n’a pas encore reçu la plénitude de Dieu ; et si nous ne laissons pas briller cette lumière, elle deviendra sûrement obscure et nous ne saurons plus raconter l’histoire de notre bénédiction. Notre guérison appartient à quelque souffrant. Chacune de nos expériences est ajustée à quelque cœur, et nous permettra de répondre au besoin de quelque frère si seulement nous sommes fidèles aux occasions de la providence de Dieu. Oh, comme une vérité devient claire pour nous lorsque nous cherchons à la dire aux autres ! Oh, comme le baptême du Saint-Esprit devient réel lorsque nous sommes agenouillés aux côtés d’un autre pour le revendiquer en sa faveur ! Oh, comme les fleuves de la guérison du Christ coulent à travers notre chair même tandis que nous conduisons quelque pauvre souffrant dans la vérité ! Oh, comme la joie de notre salut grandit lorsque nous la voyons jaillir dans le cœur que nous venons de mener à la source ! Oh, la plénitude que Dieu brûle de partager avec tout vase qui a de la place pour la recevoir et de la promptitude à donner ! Puisque nous avons donc reçu sa plénitude, transmettons-la, buvant tandis que les eaux vives coulent par nos mains, jusqu’à ce que nous réalisions dans quelque mesure la grandeur et le bonheur de la grande promesse du Seigneur : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive. Celui qui croit en moi, des fleuves d’eau vive couleront de son sein, comme dit l’Écriture. »

Questions pour la réflexion

Que signifie vraiment, selon Simpson, le mot « rempli », et de qui sommes-nous remplis ?
C’est le grec plaroo, « remplir tout à fait, si plein qu’il ne restera aucune place vide ». Et nous sommes « non pas remplis d’une influence... d’une sensation... d’une bénédiction, mais... remplis d’une Personne » — le Christ lui-même, le Saint-Esprit étant « simplement l’agent et le canal par lequel il entre, possède et opère » en nous.
Quelle image Simpson emploie-t-il pour dépeindre notre être comme une capacité destinée au Christ ?
Le désert aride de l’Ouest rendu fécond par l’irrigation : le cœur est « le sol, il est la semence, son Saint-Esprit est la Source des eaux vives ». « Dieu a fait de chacun de nous... simplement une capacité pour le recevoir, un vase pour contenir sa plénitude, un sol pour recevoir sa Semence vivante ».
Dans quels domaines de la vie Simpson dit-il que le Christ remplit chaque partie ?
La justification et la sanctification, le cœur et les affections, l’intelligence, le corps, « les situations de la providence » et nos occupations quotidiennes, notre capacité de bonheur, et même « la foi qui le reçoit » — et il nous remplit « à chaque instant », de sorte que c’est « non pas tant une plénitude perpétuelle qu’un remplissage perpétuel ».
Quelles conditions Simpson donne-t-il pour être rempli ?
Il remplit ceux qui ont faim (le désir profond est « le commencement même de la bénédiction »), ceux qui sont vides (« nous ne pouvons jamais être remplis avant d’avoir fait de la place à Dieu » — faire « des fosses dans la vallée »), le cœur ouvert, ceux qui « attendent le Seigneur dans la prière », et ceux qui la répandent dans le service, car « à mesure que nous répandons la bénédiction, Dieu la déverse en nous ».

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