Texte
Néhémie 8:10
En bref
La joie, soutient Simpson, est la différence la plus nette entre le christianisme et toute autre religion — et la parole de Néhémie en fait le secret de la force. Il distingue l’allégresse qui s’appuie sur les circonstances de la joie de Christ habitant au-dedans, et montre que cette joie est une force pour le service, une endurance dans l’épreuve, et le témoignage le plus persuasif que porte le croyant.
« La joie de l’Éternel sera votre force. » Néh. 8:10.
Il n’y a pas de différence plus nette entre le christianisme et toutes les autres religions que l’élément de la joie.
Le visage naturel du paganisme est sombre, et souvent profondément triste. La véritable expression d’un visage consacré, c’est le rayonnement et la joie. Il est vrai que cela ne se réalise pas toujours comme il le faudrait, mais lorsque le Saint-Esprit resplendit dans le cœur consacré, le visage en reflète la gloire et, comme celui d’Étienne, ressemble souvent au visage d’un ange. Le reporter d’un journal hebdomadaire fit un jour cette remarque, en décrivant les réunions de l’une de nos joyeuses conventions : « une chose caractérisait tous les visages, leur merveilleuse allégresse. » Assurément, il devrait toujours en être ainsi ! Regardez ces deux sœurs, nées d’une même mère, bercées dans un même berceau, instruites dans une même école, et pourtant séparées aujourd’hui par une distance bien plus grande que ne saurait la mesurer aucune lieue. La sœur cadette est riche, prospère, admirée par un large cercle d’amis, aimée de chaque membre de sa famille, et comblée de toutes les jouissances que peuvent procurer le rang social ou une ample fortune. L’autre est pauvre ; sa vie est une lutte contre les circonstances, son temps est rempli de labeur et de soucis ; ses amis les plus chers méconnaissent souvent son attitude religieuse et lui reprochent grossièrement les choses mêmes qui sont les plus hauts services et les plus grands sacrifices de son amour. Et pourtant son visage resplendit d’une joie profonde et limpide, auprès de laquelle celui de l’autre paraît terne et fade. La fille de la richesse et de la prospérité s’est tellement habituée à ce qui l’entoure que cela n’est pas plus pour elle que les humbles circonstances de l’autre ne le sont pour celle-ci. Les luxes extérieurs ont émoussé son appétit depuis longtemps, et aucune source plus profonde ne s’est ouverte dans son cœur vide. Regardez-la quand les circonstances changent ! Elle n’a pas d’autres ressources. Le deuil et la mort la trouvent sans consolation, et lorsqu’elle perd la terre, elle perd tout ce qu’elle avait, et la séparation est d’autant plus terrible que la possession fut plus agréable. Mais l’autre a une source intérieure de paix et de bonheur que les vicissitudes extérieures ne peuvent atteindre. Ses épreuves la jettent plus entièrement sur cette source cachée de joie, et lorsque tout le reste est enténébré, vous pouvez souvent voir son visage comme le visage d’un ange ; et lorsque, de tous côtés, autour de son lit de mort, on entend des sanglots et des pleurs, sa voix s’élève, mélodieuse de louange, et son visage resplendit de la gloire réfléchie du jour éternel.
Pourquoi n’en serait-il pas ainsi ? « Dieu est lumière, et il n’y a point en lui de ténèbres. » Le Dieu bienheureux ne peut être que la source de la félicité. Son Fils bien-aimé, notre Modèle et notre Sauveur, est le Prince de la paix, et l’Époux royal, que Dieu « a oint d’une huile de joie au-dessus de ses égaux » ; et assurément son salut doit être un salut joyeux ; son contact doit apporter la joie et la lumière du soleil, et ceux qui le suivent doivent être fidèles à son propre idéal de cette heureuse compagnie dont il est dit : « Ils iront à Sion avec chants de triomphe, et une joie éternelle couronnera leur tête ; l’allégresse et la joie s’approcheront, la douleur et les gémissements s’enfuiront. » En parcourant la terre du regard, nous découvrons que Dieu a mis la beauté et la joie partout où il l’a pu. Il nous a créés pour être heureux, et il a envoyé la rédemption pour restaurer et consommer notre joie ; ainsi son grand salut est inséparablement lié à un esprit qui se réjouit. Il est vrai qu’il peut s’abaisser jusqu’à la tristesse ; il entrera dans la demeure la plus affligée et dans la nuit la plus noire, mais il ne peut habiter avec la morosité. Il doit bannir la tristesse aussi bien que le péché, et vivre dans la lumière de la joie.
Aussi devons-nous renoncer à vouloir combiner la religion et la mélancolie, car Christ ne veut qu’un peuple heureux. Le vieux judaïsme lui-même se revêtait d’habits de noces chaque fois qu’il le pouvait et s’avançait avec des chants d’allégresse. Sous la loi de Moïse, il y avait une succession constante de fêtes, et la nation tout entière était tenue, à intervalles rapprochés, de partir en une grande partie de campagne religieuse, afin de l’empêcher de s’enfoncer dans l’égoïsme et la mélancolie. Et lors de la fête qui clôturait l’année sacrée, on leur demandait de passer une semaine entière dans les réjouissances religieuses les plus pittoresques et les plus riantes, habitant sous des huttes rustiques et s’unissant dans des services de fête, des cantiques sacrés et des cérémonies qui devaient former un grand et impressionnant spectacle de réjouissance nationale.
C’était cette fête des Tabernacles que Néhémie et le peuple célébraient alors ; pourtant, comme certains d’entre nous, ils étaient venus la mine longue, et jugeaient convenable de marquer l’occasion par quelques larmes de circonstance, en songeant aux désolations de Sion qui venaient à peine d’être effacées et réparées. Mais Néhémie leur dit que ce n’était pas le temps du deuil, précisément parce que c’était un jour saint, et que la sainteté et les larmes n’allaient guère ensemble ; que les douleurs étaient passées, et qu’il n’y avait donc plus lieu de s’affliger, mais que c’était un jour de joie et de louange, et que l’esprit de louange était nécessaire, ne fût-ce qu’à leur propre préparation et à leur force pour les tâches dans lesquelles ils étaient engagés ; « car la joie de l’Éternel », déclare-t-il, « sera votre force ».
- Cela est vrai de nous aussi, même dans les devoirs ordinaires de la vie quotidienne. Que l’on peut accomplir de choses quand le cœur est léger et libre, et que la tâche la plus facile devient longue et pesante lorsqu’elle est ennuyeuse ! Cette mère peut peiner la moitié de la nuit, ce père peut suer tout le jour, pour la joie de savoir que c’est pour l’enfant de son amour. Écoutez les paroles des matelots tandis qu’ils hissent leurs lourds fardeaux dans la cale de ce navire au son de leur chœur retentissant, parfois de deux syllabes seulement ; et quand ce n’est qu’un « Ho ! Hé ! », ils le chantent, et ils le chantent à l’unisson, et les gros colis semblent des plumes dans leurs mains. Regardez les soldats tandis qu’ils marchent sur la longue route de plusieurs lieues ! Mais le battement du tambour ou le chœur de leurs chants de bataille allègent toute la peine du chemin.
Le vieux John Bunyan l’exprime heureusement lorsqu’il nous raconte comment il écrivit Le Voyage du pèlerin dans son ancien cachot de Bedford. « On me ramena donc en prison », poursuit-il, « et je m’assis et j’écrivis, et j’écrivis encore, parce que la joie me faisait écrire. » Le vieux cachot, avec ses maigres rayons de lumière, sa table grossière, son tabouret de bois, sa paillasse de paille, était pour lui un ciel, parce que la joie du pèlerin, de la demeure du pèlerin et de l’histoire du pèlerin débordait dans son cœur heureux. Oh ! combien nous avons besoin de cette joie au milieu du labeur et de la corvée des cent quarante-quatre heures de chaque semaine, à l’usine, à la boutique, derrière le comptoir, à la cuisine, au bureau, dans la rue, à la ferme, et nous pouvons ajouter, dans ce qui sont souvent les lieux plus difficiles de la vie publique, dans la monotonie lassante de la notoriété, et dans le grand monde bruyant et sans cœur ! Mais, grâce à Dieu ! les circonstances feront peu de différence là où les sources éternelles jaillissent du puits profond de sa joie dans le cœur.
La joie de l’Éternel est notre force sous les fardeaux de la vie,
Et donne à chaque devoir une saveur céleste ;
Elle met en douce musique la tâche de celui qui peine,
Et adoucit la couche où le travailleur se repose.
David a magnifiquement exprimé ce mélange de la vie ordinaire et de la joie céleste dans l’un des Psaumes, où il dit : « Tes statuts sont le sujet de mes cantiques, dans la maison où je suis étranger. » Les statuts ne sont que des préceptes du devoir quotidien, et David y trouvait sa joie en les mettant en musique et en les transformant en une louange incessante. Voilà, en un mot, le sens du cent dix-neuvième Psaume. Il traite tout entier du devoir, et pourtant c’est le plus exquisément construit du Psautier hébreu. Comme on l’a bien dit, c’est le devoir mis en musique.
Voilà comment rendre le devoir aisé et agréable à Dieu. J’ai connu une servante dont la vie était intolérable, et dont la maîtresse passait pour une petite tyranne, devenir si heureuse dans cette même maison et auprès de cette même femme, après avoir reçu le baptême du Saint-Esprit, qu’elle n’aurait échangé sa place contre aucune autre ; et sa maîtresse vint elle-même lui demander ce qui s’était passé, et devint une chercheuse sincère par le fait de cette belle transformation.
Bien-aimés, portons la joie de l’Éternel dans les lieux sombres, dans les lieux difficiles et dans les lieux bas, dans les rues et les ruelles poussiéreuses et crasseuses de la vie ! Plantons des fleurs autour de la petite chaumière comme autour de la grande demeure ! Ayons le chant des oiseaux le long du chemin, et jusque dans la nuit, aussi bien que dans la cage dorée du salon et dans le plein soleil du jour ! Réjouissons-nous à jamais dans la lumière et parcourons les sentiers de la vie ordinaire si remplis de l’Esprit que, tels des hommes enivrés du vin du ciel, on nous entende nous « entretenir par des psaumes, par des hymnes et par des cantiques spirituels, chantant à Dieu dans nos cœurs sous l’inspiration de la grâce » ; et alors il sera vrai que, « quoi que nous fassions, en parole ou en œuvre », nous ferons « tout au nom du Seigneur Jésus, en rendant par lui des actions de grâces à Dieu ».
- La joie de l’Éternel est notre force dans les épreuves de la vie. Il y a deux manières de supporter une épreuve : l’une est l’esprit d’endurance stoïque, l’autre passe par les forces contraires d’une joie sainte et victorieuse. C’est ainsi que Christ a enduré la croix pour la joie qui lui était réservée, et qu’il a pu mépriser l’ignominie et ne pas même laisser l’odeur du feu demeurer sur ses vêtements. Nous lisons, au premier chapitre de l’épître aux Colossiens, la prière de l’apôtre pour une assemblée de saints qui avaient déjà atteint une telle mesure de sainteté qu’ils étaient rendus participants de l’héritage des saints dans la lumière ; mais il y avait pour eux quelque chose de plus haut et de meilleur, à savoir qu’ils soient « fortifiés à tous égards par sa puissance glorieuse, en sorte que vous soyez toujours et avec joie persévérants et patients ». « Persévérants » pour endurer les épreuves qui viennent de la main de Dieu, et « patients » pour endurer celles qui viennent des hommes, et les endurer les unes et les autres avec une joie réelle. En vérité, il n’y a rien à endurer quand le cœur est plein de joie. Elle nous élève tout entiers au-dessus de l’épreuve, et nous ne nous apercevons pas que nous sommes affligés ou lésés. La félicité du vrai sacrifice de soi consiste à être si rempli de Dieu que nous ne consentons à aucun sacrifice. Quel luxe de grâce que d’être ainsi élevé au-dessus de tout ce qui pourrait seulement éprouver le cœur ! On n’ôte pas les rochers du fond du fleuve, mais les marées bénies montent si haut que les navires voguent bien au-dessus d’eux dans le courant de la grande joie de Dieu. Et c’est ainsi que l’apôtre explique ses sacrifices pour les Philippiens : « Et même si je sers de libation pour le sacrifice et pour le service de votre foi, je m’en réjouis, et je me réjouis avec vous tous. »
Les chrétiens hébreux furent félicités d’avoir pu accepter « avec joie l’enlèvement de leurs biens ». Ce n’est pas là une expérience très commune. Certaines bonnes femmes perdent leur sanctification à cause d’un service de vaisselle brisé par une servante négligente, ou du café renversé sur la nappe ou la robe neuve, ou des taches sur les petites robes d’enfants étourdis ; et certains hommes se mettent fort en colère à cause des erreurs ou des manquements d’employés ou de serviteurs qui nuisent à leurs affaires ou leur font perdre de grosses sommes d’argent.
Sir Isaac Newton perdit un jour tous les calculs de vingt-cinq années par l’incendie d’une liasse de papiers, dû à l’étourderie d’un petit chien, et le monde se souvient de lui avec plus d’admiration que pour toutes ses découvertes, parce qu’il se contenta de répondre : « Pauvre bête ! Tu sais bien peu le mal que tu as fait. »
La joie de l’Éternel compte toujours sur quelque chose de meilleur que ce que nous perdons, et se souvient qu’il y a en haut Quelqu’un qui est le grand Rémunérateur et Restaurateur, et qui donnera mille fois plus, un jour, pour une seule victoire de patience et d’amour, que ne vaut le monde entier aujourd’hui.
Oui, la joie de l’Éternel est notre force dans les épreuves de la vie,
Et élève le cœur brisé au-dessus du chagrin et du souci ;
Comme le chant du rossignol, elle sait chanter dans les ténèbres,
Et se réjouir quand le figuier est desséché et dénudé.
- La joie de l’Éternel est notre force contre la tentation. « Regardez comme un sujet de joie complète », dit Jacques, « les diverses épreuves auxquelles vous pouvez être exposés. » L’une des raisons en est que c’est la meilleure façon de les affronter. Le diable a toujours raison d’une âme mélancolique. L’abattement amènera toujours la reddition. Satan est si peu habitué à la joie dans sa propre demeure qu’un visage heureux le met toujours en fuite. Amalek s’empara de l’arrière-garde du camp d’Israël, des découragés qui traînaient derrière et se plaignaient de la chaleur et de la rude route qu’ils avaient à parcourir. De telles gens trouvent toujours le chemin plus difficile avant d’arriver au bout. Les serpents brûlants, qui étaient les éclaireurs du diable, piquèrent les multitudes murmurantes, et ce fut un regard levé vers le serpent d’airain qui les guérit. Les armées de Josaphat marchèrent au combat et à la victoire avec des cris de foi et des chants de louange ; ainsi, aujourd’hui encore, la joie de l’Éternel est le meilleur équipement pour le grand combat. Mais l’apôtre veut dire aussi, sans doute, que la tentation n’est pas un motif d’abattement, mais plutôt une grande occasion de progrès spirituel. Elle est la mise à l’épreuve de notre armure et un signe évident que le diable voit en nous quelque chose qui vaut la peine d’être dérobé, et nous pouvons être bien assurés que là où l’armée de l’ennemi est campée, là aussi l’armée de l’Éternel est proche. « L’épreuve de notre foi produit la patience ; et que la patience accomplisse parfaitement son œuvre. » Traversons toute la discipline et apprenons tout ce qu’elle a à nous enseigner, et « après avoir été éprouvés, nous recevrons la couronne de vie, que le Seigneur a promise à ceux qui l’aiment ».
Avançons donc dans les combats qui nous attendent sans crainte ni nuage, et lorsque nous ne pouvons ressentir la joie, mais que nous sommes « attristés pour un peu de temps par diverses épreuves », regardons-le « comme un sujet de joie complète », et disons : « Je veux me réjouir en l’Éternel, je veux me réjouir dans le Dieu de mon salut. »
La joie de l’Éternel est notre force contre la tentation,
Et y voit l’épreuve de la patience et de la grâce ;
Elle marche au combat avec des cris de salut,
Et chevauche sur ses ennemis dans les chars de la louange.
- La joie de l’Éternel est notre force pour le corps. « Un cœur joyeux est un bon remède. » Telle est l’ordonnance divine pour un corps affaibli. À l’inverse, l’abattement et la dépression de l’esprit sont la cause de la nervosité, des maux de tête, des crève-cœur et d’une faible vitalité physique. Un mot d’encouragement et un élan d’espérance et de joie briseront souvent le pouvoir de la maladie.
Je me souviens d’un homme mourant que je visitai dans les toutes premières années de mon ministère, abandonné par ses médecins et déclaré à l’article de la mort, si bien qu’ils renoncèrent au cas et s’attendaient à sa mort dans la nuit. Mais comme je le visitais, pour la dernière fois, croyais-je, et que je le conduisais tendrement au Sauveur, et qu’il acceptait l’Évangile et se remplissait de la paix de Dieu et de la joie du salut, il vint sur lui un tel baptême de gloire et une telle inspiration du ravissement même du ciel, qu’il nous retint des heures durant auprès de son lit, tandis qu’il criait et chantait ce que nous crûmes tous être le commencement des chants du ciel ; et nous lui fîmes nos adieux longtemps après minuit, persuadés que notre prochaine rencontre serait là-haut. Mais si puissant fut l’élan de cette âme que son corps, à son insu, rejeta le pouvoir de la maladie, et le lendemain matin il était convalescent, à la stupéfaction de ses médecins, et en quelques jours entièrement guéri. Je ne savais rien, à cette époque, de la Guérison divine, mais je fus simplement témoin, avec étonnement et ravissement, de la joie divine guérissant la maladie. Bien des fois depuis, j’ai vu la guérison et la joie de Jésus venir ensemble à l’âme et au corps, et la nuit des pleurs se changer en un matin de joie. Bien des fois j’ai vu le cerveau obscurci et malade s’illuminer de la joie de l’Éternel, et être sauvé de la folie par un baptême de sainte allégresse.
Il est vrai qu’il y a une cause plus profonde et une puissance plus divine que la simple influence naturelle de la joie. La maladie incurable ne peut céder qu’au contact réel de la toute-puissance divine, mais la joie est le canal par lequel coulent les eaux de la guérison, et le débordement de la vie de Christ dans l’âme et le corps à la fois. Si vous voulez vivre au-dessus de vos conditions physiques, si vous voulez renouveler sans cesse votre force et « prendre le vol comme les aigles, courir et ne point vous lasser, marcher et ne point vous fatiguer », si vous voulez porter dans vos veines l’entrain et la vigueur d’une jeunesse et d’une fraîcheur infatigables, si vous voulez connaître, dès ici-bas, dans toute sa plénitude, l’avant-goût de la vie de résurrection dans votre corps, si vous voulez être armé contre les traits d’infirmité et de douleur du diable, et rejeter ses flèches de sur votre corps comme le fer chauffé repousse l’eau qui ne peut s’y poser, alors, bien-aimés, « Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur ; je le répète, réjouissez-vous. »
Pour revenir à notre image : la plus humble ménagère sait que l’eau ne peut demeurer sur une plaque de fourneau chauffée au rouge, mais qu’elle y saute et y danse, affolée, et s’en échappe en explosions d’une effervescence impuissante. Ainsi le diable s’efforcera en vain de jeter de l’eau froide sur votre vie et votre œuvre, et jusque sur votre corps, si vous demeurez toujours dans la blanche ardeur de la joie céleste.
- La joie de l’Éternel est notre force pour le service et le témoignage. Elle rend tout notre travail aisé et délicieux. Elle donne un ressort perpétuel dans les champs les plus rudes du service chrétien. Elle accompagne le missionnaire des villes et l’ouvrier qui veille toute la nuit dans les tripots et les taudis, et ôte la répugnance naturelle devant les êtres dégradés et impurs, l’horreur de la crasse et de la vermine, la peur des hommes violents et méchants, et tout ce que les scènes environnantes ont de repoussant et de hideux ; et elle fait du travail qui serait naturellement révoltant une parfaite fascination, et permet au cœur consacré de dire : « Mais je ne fais pour moi-même aucun cas de ma vie, comme si elle m’était précieuse, pourvu que j’accomplisse ma course avec joie, et le ministère que j’ai reçu du Seigneur Jésus, d’annoncer la bonne nouvelle de la grâce de Dieu. »
Non seulement elle donne un mobile contraignant à notre service, mais elle lui confère aussi une efficacité et une puissance divines. Elle illumine le visage de la lumière du ciel, et attendrit le cœur d’accents de tendresse et d’amour. Elle donne à nos paroles un poids et une force persuasive que les hommes ne peuvent contredire. Ils savent que nous possédons un secret qui leur est étranger, et notre joie éveille en eux le désir de partager notre bonheur. Un visage rayonnant et un esprit radieux valent une tonne de logique, de rhétorique et d’élocution. Une pauvre sainte infirme, se levant dans une réunion et racontant ce que Dieu a fait pour son âme, avec un visage divinement beau dans toute sa simplicité, amènera plus d’âmes à Christ que l’éloquence d’une douzaine de diplômés d’université dépourvus de la joie de l’Éternel.
Un pasteur érudit donna un jour une série de conférences sur les « Preuves du christianisme », dans le but particulier de convaincre et de convertir un sceptique riche et influent de son assemblée. Le monsieur assista à ses conférences et fut converti, et quelques jours plus tard le pasteur osa lui demander laquelle des conférences l’avait impressionné de façon décisive. « Les conférences ! répondit le monsieur. Mon cher monsieur, je ne me rappelle même pas les sujets de vos conférences, et je ne saurais dire qu’elles aient eu la moindre influence décisive sur mon esprit. J’ai été converti par le témoignage d’une chère vieille femme de couleur qui assistait à ces réunions et qui, tandis qu’elle gravissait les marches en clopinant tout près de moi, avec son visage radieux, brillant comme le ciel, avait coutume de dire : “Mon Jésus béni ! mon Jésus béni !”, et, se tournant vers moi, elle demandait : “Aimez-vous mon Jésus béni ?” ; et voilà, monsieur, quelle fut ma preuve du christianisme. »
Béni soit le Seigneur ! nous pouvons tous briller ainsi, lumières « ardentes » autant que « brillantes », embrasant les cœurs de la contagion de notre joie. Le monde est en quête du bonheur, et s’il en trouve le secret sous une forme authentique, il cherchera à se l’approprier. Charles Finney nous raconte comment les bons diacres avaient coutume de lui demander, dans la réunion de prière à laquelle il assistait au temps de son impiété, s’il ne voulait pas qu’ils priassent pour lui. « Non, disait-il, je serais bien fâché que vous priiez pour moi. Car, d’abord, si j’étais converti par vos prières, je serais aussi malheureux que vous ; et ensuite, je ne crois pas que vos prières aient le moindre pouvoir d’opérer ma conversion, et je soupçonne que vous seriez vous-mêmes fort surpris qu’il en fût ainsi, car vous priez de la même manière mélancolique pour un réveil depuis que je suis arrivé dans cette ville, et je vois bien, à vos tons et à vos visages, que vous n’avez aucune idée qu’il vienne jamais. Quand je serai converti, je veux une religion qui me rende heureux, et un Dieu qui fasse ce que je lui demande. »
Bien-aimés, que le Seigneur nous garde de la mélancolie religieuse, et nous envoie travailler pour lui avec des visages rayonnants, des accents victorieux et des cœurs débordant d’une joie contagieuse. Alors, comme Étienne, nous pourrons regarder en face nos ennemis et les confondre par notre seule contenance, et contraindre le monde à « nous reconnaître pour avoir été avec Jésus ».
« Que la joie de l’Éternel soit la force de notre service,
Comme elle parle en nos visages et nos accents d’amour,
Comme elle gagne le monde attristé à la plénitude de Jésus,
Et attire les cœurs affamés à éprouver son salut. »
II. Le secret de cette joie.
- Elle jaillit de l’assurance du salut. C’est la joie du salut. Son chant joyeux est celui-ci :
« Assurance bénie : Jésus est à moi,
Oh ! quel ravissement de gloire divine !
Héritier du salut, acquis de Dieu,
Né de son Esprit, lavé dans son sang.
Voici mon histoire, voici mon chant :
Louer mon Sauveur tout au long du jour. »
Si vous voulez la connaître, vous devez accepter sa promesse avec une pleine assurance de foi, et vous reposer sur sa parole sans hésitation ni doute.
- C’est la joie du Saint-Esprit. « Le fruit de l’Esprit, c’est l’amour, la joie. » Elle n’est pas indigène au sol terrestre ; c’est une plante de naissance céleste. Elle appartient au royaume de Dieu, qui est « la justice, la paix et la joie, par le Saint-Esprit ». Pour la connaître, nous devons recevoir le baptême de l’Esprit de la Pentecôte dans un plein abandon et une foi simple. C’est le propre de tous ceux qui reçoivent ce baptême de connaître la joie de l’Éternel ; et tant que nous n’avons pas reçu cette source éternelle dans notre cœur, toutes nos tentatives de joie ne sont que des puits de surface ; ce sont des eaux souvent souillées, et dont le fond est souvent à sec. Voici le grand fleuve artésien, la « source d’eau » que Jésus donne, et « qui jaillira jusque dans la vie éternelle ».
- C’est la joie de la foi. « Que le Dieu de l’espérance vous remplisse de toute joie et de toute paix dans la foi. » Il y a certes un profond délice lorsque Dieu a exaucé la prière, et que la joie de l’accomplissement et de la possession déborde de reconnaissance ; mais il y a une joie plus enivrante lorsque le cœur se confie pour la première fois à sa promesse nue, et que, s’appuyant sur sa simple parole face à l’improbabilité naturelle, ou même à l’impossibilité apparente, il déclare : « quand le figuier ne fleurira pas et que la vigne ne produira rien, toutefois je veux me réjouir en l’Éternel, je veux me réjouir dans le Dieu de mon salut. » Si vous doutez de Dieu, ne vous étonnez pas que votre joie soit intermittente. Le témoignage de l’Esprit suit toujours l’acte de confiance. « À celui qui est ferme dans ses sentiments tu assures la paix, la paix, parce qu’il se confie en toi » ; mais il est tout aussi vrai que « si vous ne croyez pas, vous ne subsisterez pas ».
- La joie de l’Éternel est soutenue par sa parole et nourrie par ses promesses, « les plus grandes et les plus précieuses ». « Je me réjouis de ta parole », s’écrie le psalmiste, « comme celui qui trouve un grand butin. » Oh ! le riche délice de contempler, à la lumière du Saint-Esprit, le paysage céleste de la vérité s’ouvrir devant la vision spirituelle, comme quelque terre de promesse resplendissant dans la gloire du soleil, la Bible tout entière semblable à la vision que Moïse eut du sommet du Pisga ! Nous avons trouvé un grand butin, et il est tout entier à nous. « Nous avons reçu l’Esprit, afin que nous connaissions les choses que Dieu nous a données par sa grâce » ; et nous pouvons dire en vérité, comme encore le même psalmiste : « Tes préceptes sont la joie de mon cœur. » Qu’elle est douce, la voix par laquelle l’Esprit dit les promesses au cœur affligé et fait de cette parole précieuse une voix vivante de notre Bien-aimé !
Chers amis, connaissez-vous la joie qui se cache dans ces pages négligées, le miel que vous pourriez boire de ce jardin du Seigneur, ces fleurs de vérité et de promesse ? Oh ! prenez vos Bibles comme les vivantes lettres d’amour de son cœur pour vous, et demandez-lui de vous les dire dans la joie, la foi et l’illumination spirituelle, comme la douce manne de la vie de votre esprit et le miel jailli du Rocher des siècles !
- C’est la joie de la prière. Son élément est le lieu secret, et sa source le propitiatoire. Nulle vie sans prière ne saurait être heureuse. « Ceux qui se confient en l’Éternel prennent le vol comme les aigles. » « Demandez, et vous recevrez, afin que votre joie soit parfaite. »
« Voici le lieu où Jésus répand
L’huile de joie sur nos têtes ;
Le lieu plus doux que tout autre,
C’est le propitiatoire acquis par le sang. »
- C’est la joie de la douceur et de l’amour. « Les malheureux se réjouiront de plus en plus en l’Éternel », et l’esprit aimant découvre toujours qu’« il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir ». L’égoïsme est misère, l’amour est vie et joie. L’esprit doux, humble et discipliné trouvera toutes les fleurs écloses et les eaux coulant dans les vallées de l’humilité. Le cœur désintéressé ne manquera jamais d’éprouver la vérité de la promesse : « Si tu donnes ta propre subsistance à celui qui a faim, si tu rassasies l’âme indigente, l’Éternel rassasiera ton âme dans les lieux arides, et tu seras comme un jardin arrosé, comme une source dont les eaux ne tarissent pas. »
Bien-aimés, connaissez-vous la joie qui vient de se soumettre à la volonté de Dieu, ou de supporter patiemment l’injustice, de garder le silence sous la parole de reproche, de rendre le bien pour le mal, de la parole qui console le cœur affligé, de la coupe d’eau fraîche donnée à un autre, du sacrifice de votre propre agrément afin que l’épargne puisse lui être offerte ? Oh ! c’est alors que toutes les cloches de la joie se font entendre, sonnant doucement, et que le Maître murmure aux cœurs qui tremblent de son allégresse : « c’est à moi que vous les avez faites ».
- C’est la joie du service, et surtout celle de gagner des âmes. Tout vrai travail est un délice naturel, mais le travail pour Dieu, dans le véritable esprit et dans la puissance du Saint-Esprit, est le partage même de sa joie, à lui dont la nourriture et le breuvage étaient de faire la volonté de celui qui l’avait envoyé et d’achever son œuvre. Si vous voulez une vie élevée au-dessus de mille tentations et de mille soucis mesquins, soyez occupé pour votre Maître, et que chaque instant voie
« Quelque œuvre d’amour commencée,
Quelque acte de bonté accompli,
Quelque égaré cherché et gagné,
Quelque chose pour toi. »
Nous ne pouvons porter l’Eau vive à un autre cœur sans être nous-mêmes arrosés en chemin. Il n’est pas de joie plus exquise que celle de conduire une âme à Christ. Elle ressemble au ravissement étrange et instinctif de la mère penchée sur son nouveau-né. L’autre jour, une amie précieuse franchit les portes de l’éternité quelques instants après la naissance de son enfant ; mais à l’heure de son agonie, sa toute première parole fut : « Comment va mon enfant ? » Ce fut le premier frémissement de ce délice étrange qui est le contact même de l’amour que le Saint-Esprit nous donnera pour les âmes qu’il nous permet de gagner à Christ. C’est, en vérité, une maternité spirituelle, et elle a toute la joie et toute la douleur de l’amour d’une mère.
Bien-aimés, connaissez-vous l’extase de sentir la vie nouvelle d’un esprit immortel parcourir vos veines mêmes, lorsque, agenouillé auprès de quelqu’un qui vient de naître pour ne plus mourir, vous le déposez, comme un nouveau-né, dans le sein de votre Sauveur ? Vous pouvez connaître cette joie, et tout chrétien devrait la connaître au centuple. C’est la joie des anges, qui fait résonner toutes les harpes du ciel ; et il serait assurément étrange qu’elle ne fût pas la joie plus haute encore des saints rachetés.
- C’est la joie du serviteur fidèle. Il y a un sens, dès ici-bas, où, chaque fois que nous sommes vrais envers Dieu et fidèles à l’appel du devoir et de l’occasion, son Esprit nous accorde une récompense présente et un baptême de joie, et murmure au cœur fidèle : « C’est bien, bon et fidèle serviteur ! Entre dans la joie de ton maître. »
- C’est la joie de l’espérance. « Nous nous glorifions dans l’espérance de la gloire de Dieu. » Elle est la lumière réfléchie du Lever de soleil qui vient et du Jour millénaire. Hormis la mort et la résurrection de Jésus et le baptême du Saint-Esprit, il n’est rien qui répande au-dedans du cœur une joie plus divine, et sur le front une lumière plus sainte, que la bienheureuse espérance de la Venue du Seigneur. Elle est, en vérité, « une lampe qui brille dans un lieu obscur », l’Étoile même du matin qui annonce le Soleil levant. Alors, dans cette bienheureuse espérance, « levons nos têtes, car notre délivrance approche ».
- Et enfin, c’est la joie de Christ lui-même en nous. « Je vous ai dit ces choses, afin que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite. » Voilà le secret le plus profond de la joie spirituelle : c’est Christ habitant au-dedans, se réjouissant lui-même dans le cœur comme il se réjouissait sur la terre jusque dans l’heure la plus sombre de sa vie, et comme maintenant, dans le ciel, il voit l’accomplissement de ses propres paroles messianiques du seizième psaume : « Aussi mon cœur est dans la joie, mon esprit dans l’allégresse, et mon corps repose en sécurité. Car tu ne livreras pas mon âme au séjour des morts, tu ne permettras pas que ton bien-aimé voie la corruption. Tu me feras connaître le sentier de la vie ; il y a d’abondantes joies devant ta face, des délices éternelles à ta droite. » C’est dans la plénitude de la joie qu’il règne maintenant, et ses marées gonflent et montent au même niveau dans chaque cœur où il habite.
En marchant le long de la plage océane, à des centaines de pieds du rivage, vous pouvez creuser un petit trou dans le sable sec, et il se remplira d’eau. Sous le sable, les eaux circulent et remplissent le creux jusqu’au niveau de leur source. De même, la vie qui est cachée avec Christ en Dieu est en contact constant avec la source de la vie ; et bien que le monde n’en voie pas toujours le débordement, les profondeurs du cœur ne cessent de se remplir, et nous n’avons qu’à faire de la place, et voici ! le vide, qu’il soit grand ou petit, se remplit à la mesure de la plénitude de Dieu. Voilà, bien-aimés, pourquoi nous vous supplions de recevoir le Christ qui habite au-dedans. Il est la source du Fleuve de l’Eau de la Vie qui coule du Trône de Dieu et de l’Agneau, et ceux dont les cœurs sont son temple peuvent chanter, quelque déchaînées que soient les tempêtes et quelque desséché que soit le figuier :
« Dieu est le Trésor de mon âme,
La source d’une joie durable ;
Une joie que le temps ne peut altérer,
Ni la mort elle-même détruire. »
Questions pour la réflexion
- Qu’est-ce qui, selon Simpson, distingue le plus nettement le christianisme de toutes les autres religions ?
- La joie : « Il n’y a pas de différence plus nette entre le christianisme et toutes les autres religions que l’élément de la joie. » Le visage du paganisme est « sombre, et souvent profondément triste », tandis que le visage consacré est « rayonnement et joie », comme celui d’Étienne ; Christ « ne veut qu’un peuple heureux ».
- Pour quelles choses Simpson dit-il que « la joie de l’Éternel sera votre force » ?
- Pour les fardeaux de la vie (elle fit écrire à Bunyan Le Voyage du pèlerin en prison, « parce que la joie me faisait écrire »), pour les épreuves (les endurer « avec joie »), pour la tentation (« un visage heureux » met toujours Satan « en fuite »), pour le corps (« un cœur joyeux est un bon remède »), et pour le service et le témoignage.
- Quel est, selon Simpson, le secret ou la source de cette joie ?
- Elle jaillit de « l’assurance du salut » et elle est « la joie du Saint-Esprit » (« le fruit de l’Esprit, c’est l’amour, la joie ») — elle est aussi la joie de la foi, de la prière, de la douceur et de l’amour, et de la conquête des âmes ; et, plus profonde que tout, « la joie de Christ lui-même en nous », le Christ habitant au-dedans, se réjouissant dans le cœur.
- Comment l’histoire du sceptique converti par « une chère vieille femme de couleur » illustre-t-elle la thèse de Simpson ?
- Les conférences d’un pasteur sur les « Preuves du christianisme » laissèrent le sceptique indifférent ; il fut gagné par le visage radieux d’une vieille femme qui demandait : « Aimez-vous mon Jésus béni ? » Comme le dit Simpson, « un visage rayonnant et un esprit radieux valent une tonne de logique » — la joie elle-même était la preuve.
Domaine public. Texte source de l’édition originale.