Texte
Galates 2:20
En bref
Lisant la maison d’Abraham comme une parabole, Simpson va au-delà du renvoi d’Ismaël — la délivrance du croyant du péché qui habite en lui — jusqu’à l’autel plus difficile de Morija, où le moi lui-même, fût-il sanctifié, doit être déposé comme Isaac. Le moi, avertit-il, est un ennemi plus subtil que le péché et bien plus cher au cœur. Ce n’est que lorsque le « moi » orgueilleux et volontaire est mort que le Christ ressuscité peut vraiment vivre en nous, de sorte que la vie n’est plus la nôtre, mais « c’est Christ qui vit en moi ».
L’histoire d’Abraham, d’Ismaël et d’Isaac est une parabole qui illustre ce texte. Le renvoi d’Ismaël, cette épître même le déclare très clairement, est une allégorie qui représente l’expérience spirituelle du croyant lorsqu’il meurt à la loi et au péché par la croix de Jésus-Christ, et qu’il entre dans la vie de résurrection de son Seigneur ressuscité. Mais il y a quelque chose de plus que l’expérience d’Ismaël et notre délivrance de la puissance du péché qui habite en nous. Dans le récit patriarcal, elle fut suivie de l’offrande d’Isaac sur le mont Morija, et l’on ne saurait douter que cela représente l’expérience spirituelle plus profonde où doit parvenir le cœur pleinement consacré, lorsque le moi, même sanctifié, est déposé sur l’autel comme Isaac sur la montagne, et que nous devenons morts désormais, non seulement au péché, mais à ce qui est pire que le péché, c’est-à-dire au moi.
Il est un ennemi à la force cachée
Que le chrétien peut bien craindre ;
Bien plus subtil que le péché inné,
Et bien plus cher au cœur.
C’est la puissance de l’égoïsme,
Le moi superbe et volontaire ;
Et pour que mon Seigneur vive en moi,
Mon moi lui-même doit mourir.
Telle est la leçon de l’offrande d’Isaac et de l’expérience de Paul. « J’ai été crucifié avec Christ », voilà la mort au péché ; « et pourtant je vis », voilà la vie nouvelle dans la puissance de sa résurrection ; « ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi », voilà l’offrande d’Isaac, la délivrance du moi, et la substitution du Christ lui-même au moi, fût-il nouveau ; une substitution si complète que la foi même par laquelle cette vie est entretenue n’est plus notre propre assurance, soutenue par nous-mêmes, mais la « foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi, c’est-à-dire à ma place, et comme mon substitut.
I. LES FORMES DU MOI.
Nous lisons dans le livre de Josué ce qui est dit des trois fils d’Anak, qui formaient les Anakim, cette race de géants qui occupait la ville d’Hébron avant la conquête de Caleb, et qui était la terreur des Israélites. Littéralement, Anak signifie « au long cou », et représente l’orgueil, l’assurance, l’obstination et la suffisance. Le premier des Anakim peut être appelé
- La volonté propre, la disposition à dominer, et surtout à se dominer soi-même ; l’esprit qui ne souffre aucune autre volonté et qui est à lui-même sa propre loi et son propre dieu. C’est pourquoi le premier pas dans la vie consacrée est l’abandon sans condition. Il est indispensable pour briser la puissance du moi en son centre, et pour établir à jamais la souveraineté absolue de la volonté de Dieu dans le cœur et dans la vie du chrétien. Nous ne pouvons demeurer dans la sainteté, et nous ne pouvons être entièrement employés par Dieu, tant que la volonté propre n’a pas été si complètement crucifiée que nous ne puissions même pas penser un seul instant à agir contrairement à sa volonté ou sans ses ordres. C’est là l’obéissance, et l’obéissance est la loi de la vie chrétienne ; elle doit être absolue, sans discussion et sans aucune exception possible. « Vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous commande. »
Il est vrai que, dans la vie de foi, Dieu exige de nous l’exercice continuel d’une volonté très forte, et il ne fait aucun doute que la foi elle-même est, pour une large part, l’exercice d’une volonté sanctifiée et intensifiée ; mais pour cela il faut que notre volonté soit entièrement abandonnée et que la volonté de Dieu soit invariablement acceptée à sa place ; alors nous pouvons y mettre toute la force et toute l’énergie de notre être, et la vouloir comme Dieu la veut, et parce qu’il la veut. En un mot, c’est une volonté échangée : la tyrannie despotique d’Anak échangée contre la souveraineté sage, bienfaisante, et pourtant plus absolue encore, de Dieu.
- La confiance en soi est le second de la race d’Anak. C’est l’esprit qui tire sa force de lui seul et qui dédaigne le bras de Dieu et le secours de sa grâce. Sous une forme plus douce, c’est l’esprit qui se fie à ses propres grâces ou vertus spirituelles, à sa moralité peut-être, à son courage, à sa foi, à sa pureté, à sa fermeté, à sa joie, et à ses émotions passagères d’espérance, d’enthousiasme ou de zèle. Il est tout aussi nécessaire de mourir à notre suffisance qu’à notre volonté propre. Si nous ne le faisons pas, nous connaîtrons bien des chutes et bien des échecs, jusqu’à ce que nous apprenions, avec l’ouvrier le plus triomphant et le plus fécond qui ait jamais suivi les traces de son Seigneur, que nous ne sommes pas « par nous-mêmes capables de concevoir quelque chose comme venant de nous-mêmes. Notre capacité, au contraire, vient de Dieu. » Le cœur sanctifié n’est pas une machine motrice qui se suffit à elle-même, mais simplement un ensemble de roues et de poulies qui dépendent absolument de la grande machine centrale, dont la force est continuellement nécessaire pour les mouvoir. Il n’est qu’une capacité de contenir Dieu ; qu’un vase destiné à être rempli de sa bonté, tenu et employé par sa main ; qu’une possibilité dont lui-même, par sa vie qui demeure en nous, est constamment la force motrice et l’énergie qui pousse. Le mot « consacrer » en hébreu signifie « remplir la main », et suggère admirablement l’image d’une main vide que Dieu lui-même doit continuellement remplir.
- La glorification de soi est la dernière et la plus impie de ces tribus cananéennes. Elle s’empare du trône même de Jéhovah et réclame la gloire qui n’est due qu’à lui seul. Parfois, c’est le désir de la louange des hommes. Parfois, c’est quelque chose de plus subtil : un orgueil si orgueilleux qu’il ne daigne pas se soucier de l’approbation d’autrui, et dont la suprême délectation est dans la conscience qu’il a de lui-même et de sa supériorité, de son habileté ou de sa bonté. Les métaphysiciens ont parfois fait cette heureuse distinction, que la vanité est un vice inférieur à l’orgueil. La vanité ne recherche que la louange des autres, mais l’orgueil dédaigne l’opinion des autres et se repose dans la conscience satisfaite de sa propre excellence. Quelle que soit sa forme, la racine et le principe sont les mêmes. C’est le moi impie, assis sur le trône de Dieu, et réclamant l’honneur et la gloire qui n’appartiennent qu’à lui seul.
Ces trois formes du moi sont illustrées par trois exemples très solennels dans la Parole de Dieu. Saül, le premier roi d’Israël, est un effrayant monument du péril de la volonté propre. Sa chute commença par un seul acte de désobéissance, une désobéissance qui semblait ne porter que sur une simple question de détail, mais qui était en réalité un acte de volonté propre, la substitution de son propre choix à l’ordre exprès de Dieu. Le prophète Samuel caractérise son péché en ces termes très expressifs : « Voici, l’obéissance vaut mieux que les sacrifices, et l’observation de sa parole vaut mieux que la graisse des béliers. Car la désobéissance est aussi coupable que la divination (ou le culte des démons), et la résistance ne l’est pas moins que l’idolâtrie et les théraphim. Puisque tu as rejeté la parole de l’Éternel, il te rejette aussi comme roi. » Il ressort de ces paroles que l’essence même du péché de Saül résidait dans cet élément d’obstination et de résistance qui avait osé substituer ses propres idées et ses propres préférences à la parole de Jéhovah. Dès ce moment, son obéissance fut nécessairement conditionnelle et, par conséquent, sans valeur, et Dieu envoya son prophète choisir un autre roi, qui, bien que plein d’imperfections humaines, possédait cette seule chose sur laquelle Dieu pouvait pleinement compter, à savoir la résolution d’obéir à Dieu dès qu’il comprenait pleinement sa volonté. C’est pourquoi Dieu appelle David « homme selon mon cœur, qui accomplira toutes mes volontés ». David commit bien des fautes et bien des péchés sombres et terribles, mais ce fut sous l’effet d’une forte tentation, et lorsqu’il était aveuglé par la passion et la précipitation, jamais avec le dessein de désobéir à Dieu, ni, sur le moment, avec la conscience qu’il transgressait. La triste, si triste histoire de la descente de Saül et de sa ruine finale et tragique devrait suffire à nous faire trembler devant le péril qui attend l’âme obstinée, et à nous amener à nous écrier : « Toutefois, que ma volonté ne se fasse pas, mais la tienne. »
Nous avons un exemple tout aussi frappant du péril de la confiance en soi en Simon Pierre. Fort de son enthousiasme passager, et ignorant la faiblesse réelle de son propre cœur, il pensait sincèrement ce qu’il disait lorsqu’il s’écria : « Quand tous les hommes te renieraient, moi, je ne te renierai jamais. » Mais hélas ! le reniement honteux, le regard de reproche de Jésus, les larmes amères de la repentance et les tristes jours de la crucifixion qui suivirent durent lui enseigner la leçon de son néant, et la nécessité de marcher désormais, la tête inclinée, dans la seule force du Seigneur.
Nous ne manquons pas non plus d’une leçon de choses aussi vivante et aussi saisissante pour la dernière forme de la volonté propre, l’orgueil qui se glorifie de ses propres exploits ou de ses propres mérites. « N’est-ce pas ici Babylone la grande, que j’ai bâtie ? » s’écrie Nebucadnetsar à l’heure de son triomphe, tandis qu’il contemple cette splendide cité, qui était vraiment un modèle de gloire humaine, et qu’il parcourt en imagination l’empire plus puissant encore dont elle était la métropole, un empire qui comprenait littéralement le monde. Si jamais un mortel avait pu avoir sujet de se glorifier de la magnificence terrestre, c’était bien Nebucadnetsar, car Dieu lui-même l’avait comparé, lui et son royaume, à une majestueuse tête d’or, et avait symbolisé sa puissance sous la figure d’un lion ailé, réunissant en une seule image splendide la majesté et la souveraineté de l’aigle et du lion. Mais à l’instant même où cette parole pleine de vaine gloire parvint aux oreilles de Dieu, la réponse tomba du ciel comme le glas du jugement, annonçant qu’« on va t’enlever le royaume. On te chassera du milieu des hommes, tu auras ta demeure avec les bêtes des champs », « jusqu’à ce que tu saches que le Très-Haut domine sur le règne des hommes et qu’il le donne à qui il lui plaît. » Telle est la gloire que recherche le cœur charnel ; mais celui-là même qui suit Dieu peut mêler sa propre ambition et son propre honneur à son œuvre pour Dieu, et ainsi diminuer son utilité et perdre sa propre récompense.
Il n’est pas, dans le long panorama de la Bible, de tableau plus pitoyable que celui de ce prophète morose et grognon, assis hors des portes de Ninive sous un ricin desséché, le visage brûlé et enflé par le soleil ardent et les yeux rougis par des larmes inutiles ; demandant à Dieu de mourir, parce que son ministère avait été déshonoré ; et offrant le spectacle d’une mélancolie et d’un dépit ridicules, tandis que tout autour de lui des millions d’êtres se réjouissaient et louaient Dieu pour la miséricorde qui venait de les délivrer d’une effroyable catastrophe. Pauvre Jonas ! Dieu lui avait confié le ministère le plus honorable qui eût encore été accordé à un être humain. Premier missionnaire en pays étranger, il avait été envoyé prêcher au plus puissant empire de la surface du globe et à la cité impériale du monde, l’orgueilleuse Ninive ! Sa prédication avait réussi comme jamais mortel n’avait réussi. La ville entière était prosternée face contre terre au marchepied de la miséricorde, dans la repentance et la prière, à cause de ses paroles, et le cœur de la nation, pour un moment du moins, était tourné vers Dieu. Et pourtant toute son œuvre avait été si pleine de lui-même, il était si entièrement absorbé par son propre crédit, sa réputation et son honneur, que, lorsque Dieu écouta les cris repentants des Ninivites et révoqua la sentence que Jonas lui-même avait prononcée, rendant sa prophétie nulle et non avenue, de sorte qu’au lieu de voir sa parole s’accomplir il serait probablement tourné en ridicule par la suite comme un fanatique et un vain alarmiste, le pauvre Jonas fut dégoûté et exaspéré, et, comme un enfant gâté, il sortit, se jeta face contre terre et demanda à Dieu de le faire mourir, simplement parce que Dieu, par sa miséricorde, avait ruiné sa réputation de vrai prophète. Il ne pouvait voir, comme Dieu le voyait, l’indicible horreur et l’angoisse qui avaient été détournées. Il ne pouvait voir la joie du cœur divin à exercer la miséricorde et à entendre les cris repentants du peuple. Il ne pouvait voir le grand principe de grâce qui est à la base des menaces divines. Il ne pouvait voir cette grande et magnanime pitié qui s’émouvait pour les cent vingt mille petits enfants de la grande capitale, ou pour les bêtes muettes qui auraient gémi dans leur agonie si Ninive était tombée.
Tout ce qu’il pouvait voir, c’était la réputation de Jonas comme vrai prophète, ou ce que les gens pourraient dire en découvrant que sa parole ne s’était pas accomplie ; et avec ce seul petit ver qui rongeait la racine, sa paix et son bonheur, comme son propre ricin, se flétrirent, et Dieu dut faire de lui une sorte de spécimen desséché de l’égoïsme, pour montrer la bassesse et la misère de la vie du moi qui mêle sa propre gloire à l’œuvre sacrée du Dieu glorieux ; cette vie du moi qui, depuis les jours de Jonas, a empêché Dieu d’employer bien des hommes doués, qui a flétri l’Église de Christ et rendu vain le ministère de milliers de serviteurs, parce que Dieu ne pouvait les employer sans donner aux hommes la gloire qu’il ne donnera jamais à un autre. Dieu avait tenté de faire mourir Jonas avant de l’envoyer à Ninive, car il connaissait le poison secret de son cœur ; et c’est pourquoi il le plongea trois jours et trois nuits dans la mer et l’ensevelit dans les entrailles d’une baleine ; mais Jonas en ressortit, comme bien d’autres sortent de l’expérience de la sanctification avec un grand moi, souverain même dans l’âme purifiée du péché. Oh ! élevons du fond du cœur cette prière :
Oh ! être sauvé de moi-même, cher Seigneur,
Oh ! être perdu en toi !
Oh ! que ce ne soit plus moi,
Mais Christ qui vit en moi !
II. LES EFFETS DU MOI.
- Il déshonore Dieu et dresse un rival sur son trône. Le diable n’était pas entièrement menteur lorsqu’il dit à nos premiers parents : « vous serez comme des dieux ». C’est précisément ce que l’homme déchu cherche à être : un dieu pour lui-même. Telle est l’essence du péché d’égoïsme : il met l’homme à la place de Dieu en faisant de lui sa propre loi et sa propre fin. Chaque fois qu’une personne agit, soit parce que telle est sa volonté égoïste, soit pour son propre intérêt, pris purement comme une fin, elle prétend être son propre dieu et désobéit directement au premier commandement : « Tu n’auras pas d’autres dieux devant ma face. » De plus, en prenant la place de Dieu, elle le fait dans un esprit tout opposé à celui de Dieu, car Dieu est amour, et l’amour est tout le contraire de l’égoïsme. Elle singe ainsi Dieu et prouve en même temps, par sa dissemblance avec lui, son incapacité absolue à occuper son trône.
- Il conduit à tous les autres péchés et ramène toute la puissance de la nature charnelle. Car, tant que le moi seul s’efforce de garder le cœur, il trouve le péché et Satan trop forts pour lui. Une perfection du moi n’est possible pour aucun homme. Il faut plus que le « moi » pour qu’il y ait victoire. Au septième chapitre des Romains, l’apôtre nous dit ce que « moi-même » je puis faire, et c’est lutter sans résultat. Au huitième, c’est ce que « Christ en moi » peut faire, et c’est la victoire et l’amour éternel. L’homme ou la femme qui ne va pas plus loin que de recevoir la pureté adamique, si toutefois une telle chose est même comprise dans l’Évangile, connaîtra bientôt le chapitre suivant de l’histoire d’Adam, c’est-à-dire la tentation et la chute. Mais celui qui reçoit Christ pour qu’il habite en lui et garde son cœur par sa grande puissance s’élèvera « à la mesure de la stature parfaite de Christ ».
- La vie du moi ramène sous la domination de Satan. La chute de Satan lui-même commença probablement par une forme d’amour de soi. Créé pour dépendre de Dieu à chaque instant, il devint probablement indépendant ; et, contemplant sa propre perfection et pensant qu’elle était quelque chose qui lui appartenait, il se sépara de Dieu, puis tomba inévitablement dans la rébellion contre lui et dans une rivalité éternelle, dans la désobéissance et dans tout ce qui peut être l’opposé du divin et du saint. Et il en est encore ainsi : toute âme qui se constitue elle-même ou s’occupe de ses propres vertus, et qui cherche à être indépendante de Jésus, soit comme la source de sa force, soit comme la fin suprême de son être, tombera sous la puissance de Satan et partagera son effroyable descente. Où trouver une illustration plus triste de l’aboutissement du moi que dans l’histoire de Saül ? Elle commença avec Saül et finit avec Satan. Le premier chapitre est la volonté propre ; le dernier est la nuit terrible d’En-Dor et la journée sanglante de mort et de ruine sur la montagne de Guilboa.
- Il est fatal à l’esprit d’amour et d’harmonie. Il est l’opposé de l’amour et la source des querelles, de l’intolérance, de la suspicion, de l’esprit de secte, de l’envie, de la jalousie et de toute la race des péchés et des griefs sociaux qui affligent la vie chrétienne et l’Église de Dieu. Il est la mère des querelles et des sectarismes de l’Église depuis le tout commencement. Là où il domine, il ne peut y avoir ni véritable unité, ni heureuse coopération. Vous ne pourrez jamais avoir une Église harmonieuse ou une famille heureuse là où le moi prédomine dans le cœur des gens. Le secret même de la coopération chrétienne et d’une vie d’Église heureuse se trouve dans ces mots : « vous supportant les uns les autres avec charité », vous efforçant de conserver l’unité de l’esprit par le lien de la paix, « par honneur, usez de prévenances réciproques ».
- Il gâte notre œuvre pour Dieu. La volonté propre cherchera à faire passer de force les chars de la puissance et de la grâce de Dieu sur nos propres voies de garage, et Dieu ne le permettra jamais. La confiance en soi cherchera à édifier le royaume de Christ par des moyens humains et des instruments non sanctifiés, et aura la présomption d’aller là où Dieu n’a pas envoyé et de faire ce que Dieu ne nous a pas rendus capables de faire par son Saint-Esprit. Le résultat, c’est une œuvre grossière, souillée par la mondanité et le péché, passagère et stérile, comme l’est une grande partie de l’œuvre chrétienne d’aujourd’hui, dans toutes les Églises de Christ. Et, plus que tous les autres, l’esprit de glorification de soi cherchera à se servir de la chaire, de la tribune de l’orgue, des listes de souscription, du journal religieux, de l’œuvre de bienfaisance, de la mission même qui gagne les âmes, comme d’un moyen de mettre en valeur quelque brillante personnalité, ou de glorifier quelque homme ou quelque femme riche, ou de flatter la suffisance spirituelle de quelque ouvrier à succès ; et Dieu est dégoûté de cet esprit d’idolâtrie, et son Saint-Esprit se retire, attristé pour l’honneur de Jésus. Tant que nous ne sommes pas si abandonnés à notre Maître que lui, et lui seul, puisse être glorifié dans notre œuvre, le Seigneur ne peut nous confier beaucoup de service pour lui ; sinon, ce service deviendra simplement le haut du temple d’où le diable nous précipitera.
- Le moi nous rend malheureux. Il est une racine d’amertume dans tout cœur où il règne. Le secret de la joie est caché dans le sein de l’amour, et les bras du moi sont bien trop courts pour jamais l’atteindre. Ce n’est que lorsque nous demeurerons en Dieu et Dieu en nous, et que nous apprendrons à trouver notre bonheur à être perdus en lui et à vivre pour sa gloire et pour son peuple, que nous connaîtrons jamais les douceurs de la félicité divine. Le monde entier ne peut remplir ce cœur affamé. Tous nos trésors spirituels ne font que se corrompre si nous les amassons pour nous-mêmes. Seule l’eau qui coule est une eau vive. Et ce n’est que lorsqu’elle est versée dans d’autres vases vides qu’elle devient du vin. L’homme qui fait sa propre volonté est toujours un homme misérable. Il obtient ce qu’il veut et n’en jouit pas, et il souhaite, après l’avoir obtenu, ne l’avoir jamais eu, car cela le mène d’ordinaire au bord d’un précipice. L’homme qui se suffit à lui-même ne peut jamais connaître les sources qui se trouvent en dehors de son petit cœur ; et l’homme qui se glorifie lui-même, comme le pauvre Hérode, est rongé des vers de la corruption et du remords dont Dieu nourrit toujours l’âme impie qui ose réclamer les honneurs qui ne sont dus qu’à lui seul.
- L’amour de soi mène toujours à une chute. La sagesse dont on se vante doit être démontrée folie. Le bras orgueilleux doit être couché dans la poussière, comme celui de Pharaon. La vantardise de celui qui se suffit à lui-même, comme celle de Pierre, doit recevoir pour réponse son propre échec. Le chemin de la désobéissance, qui refuse la volonté sage et sainte de Dieu, doit être démontré une voie trompeuse. Toute idole doit être abolie, toute chose élevée abaissée, et nulle chair ne doit se glorifier en sa présence. Oh ! bien-aimés, si vous marchez selon votre propre volonté, par votre propre force, pour votre propre satisfaction et votre propre gloire, prenez garde ! Des épines jonchent votre chemin, des serpents se cachent sous vos pieds ; des abîmes béants, des précipices périlleux, des tempêtes furieuses, des ténèbres de minuit, bien des chagrins, bien des larmes, bien des chutes vous attendent. « Celui qui a confiance dans son propre cœur est un insensé. » « Telle voie paraît droite à un homme, Mais son issue, c’est la voie de la mort. »
Oh ! demandons à notre Dieu fidèle de nous sauver de ce tyran qui déshonore Dieu, qui nous mène en captivité sous Satan, qui flétrit l’amour, gâte l’œuvre de Dieu, empoisonne tout notre bonheur et nous précipite dans l’échec et la ruine ; et de nous montrer ainsi que nous ne sommes rien, afin que nous soyons heureux que Christ vive en nous et soit notre « tout en tous ».
III. LE REMÈDE CONTRE LE MOI.
- Dieu doit souvent laisser le moi suivre sa voie jusqu’à ce qu’il nous en guérisse efficacement en nous montrant la misère et l’échec qu’il entraîne. C’est là le seul bien que contiennent nos propres luttes : elles nous montrent la vanité de la lutte et nous préparent à nous abandonner plus vite à Dieu. Et ainsi, parfois, notre désobéissance même est tournée à notre profit, pour nous faire craindre de renouveler l’expérience ou de nous aventurer encore d’un seul pas au-delà de la volonté de notre Père. Gardons-nous toutefois de tenter nous-mêmes l’expérience, car il y a toujours un pas de trop, d’où l’on ne revient jamais.
- Dieu a placé autour de nous les bienheureuses contraintes d’autres cœurs et d’autres vies, comme des freins à notre égoïsme et comme des liens qui nous obligent presque à sortir de nous-mêmes, à travailler avec les autres et à vivre pour eux. Il n’a fait aucun homme indépendant de ses frères. « Nous sommes bien coordonnés ensemble » et ainsi nous nous élevons pour être un temple saint dans le Seigneur. Nous sommes ajustés les uns aux autres, chacun à son os, et, grâce à ce que fournit chaque jointure, le corps reçoit ce dont il a besoin et grandit jusqu’à la plénitude de sa stature. L’Église de Christ n’est pas une autocratie où un seul homme peut être dictateur ou juge, mais une communion où un seul est Maître. Toute œuvre qui dégénère en despotisme d’un seul homme se flétrit. Il est vrai que Dieu a des rangs d’ouvriers, mais ils sont tous en harmonie et unis par un amour céleste. L’homme qui ne peut travailler avec ses frères dans un réconfort et une harmonie mutuels a encore quelque chose à apprendre dans sa propre vie chrétienne. Certes, Dieu ne nous demande pas de travailler avec des hommes non sanctifiés ; mais il y a aujourd’hui, Dieu merci, bien assez d’hommes sanctifiés pour que tout cœur sincère puisse trouver une communion de service qui lui convienne ; et s’il veut enseigner chacun de nous à part, et veut que nous soyons indépendants de nos frères, en ce sens que nous ne devons pas nous appuyer sur eux au lieu de nous appuyer sur Dieu, il exige pourtant que nous soyons capables de coopérer avec eux pour Dieu, nous soumettant les uns aux autres dans la crainte de Dieu, l’un semant et l’autre moissonnant, et tous deux se réjouissant ensemble, « portant les fardeaux les uns des autres, et accomplissant ainsi la loi de Christ », « fidèles collègues ». Et ainsi, par d’innombrables expressions et images, il nous a enseigné la bienheureuse vérité de la coopération chrétienne dans un esprit de renoncement à soi, de confiance et d’amour mutuels. Recevons ces bienheureuses leçons et ces secours, et laissons-le immoler en nous le « moi » qui s’affirme, de sorte que nous puissions être de fidèles collègues et, comme les hommes de David, savoir « garder leur rang » dans la grande armée de Dieu.
- L’amour de Jésus est le remède divinement prescrit pour la mort du moi. Paul l’exprime admirablement : « nous estimons que, si un seul est mort pour tous, tous donc sont morts; et qu’il est mort pour tous, afin que ceux qui vivent ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux. » Beaucoup d’entre nous ont vu un jour une jeune fille, belle, gâtée, habituée au luxe et égoïste, grandir entourée de richesse, d’affection, d’admiration et d’adulation, jusqu’à être entièrement gâtée et à devenir le centre du cercle où elle vivait, tout son être perverti par son égoïsme. Mais nous avons revu cette jeune fille des années plus tard, et nous ne l’aurions pas reconnue si nous n’avions suivi les étapes intermédiaires. Elle était maintenant une épouse et une mère aimante, pleine de renoncement, tout son être consacré au bonheur de ce mari dont elle avait suivi la fortune à travers la pauvreté, l’obscurité et la séparation d’avec tous ses anciens amis ; partageant sa pauvreté, peinant pour son bien-être, et soignant, en mère fidèle et aimante, les petits enfants qui étaient venus dans ses bras, avec cet amour qui ne se lasse jamais, qui ne trouve aucune tâche trop dure ni aucun travail trop humble. Qu’est-ce qui a fait toute la différence ? Qu’est-ce qui a chassé de son trône cette idole, le moi ? Rien d’autre que l’amour. Cet homme a gagné son cœur. Il est entré et a pris la place que le moi occupait ; le moi est chassé, et c’est lui qui règne. Telle est l’histoire toute simple de la mort du moi dans la vie chrétienne. C’est l’amour de Jésus qui l’a exclu, et jamais, tant que nous ne serons pas captivés par son affection et gagnés à une entière captivité à son amour, nous ne cesserons de vivre pour nous-mêmes. Alors, comme cette jeune femme, nous le suivrons n’importe où. Nous peinerons et souffrirons avec lui. Nous nous passerons volontiers de bien des choses dont nous pensions auparavant ne pouvoir nous passer, parce que son sourire est notre soleil, sa présence notre joie, son amour, répandu dans nos cœurs, notre ciel ; et nous ne pouvons parler ni penser de sacrifice ou de souffrance, tant notre cœur est rassasié de lui.
Bien-aimés, si vous voulez mourir au moi, il faut que vous vous épreniez de Jésus et que vous le laissiez devenir pour vous la réalité personnelle du doux Cantique de Salomon, où le cœur tout entier entre dans l’été d’un pays de Beulah et d’une « Hephzibah » de joie.
- Mais ce n’est pas seulement l’amour de Christ qu’il nous faut ; c’est le Christ vivant lui-même. Bien des gens éprouvent des touches de l’amour de Christ, mais pour eux c’est un Christ qui est là-haut, dans le ciel. L’apôtre parle de quelque chose de bien plus puissant. C’est Christ lui-même, qui vit au-dedans de nous et qui est assez grand pour chasser et tenir dehors le petit « moi ». Nul autre ne peut vraiment élever et garder le cœur au-dessus de la puissance du moi, sinon Jésus, le Seigneur puissant, le plus fort qui survient sur l’homme fort et bien armé, qui lui enlève les armes dans lesquelles il se confiait et pille tous ses biens, puis prend pour toujours le cœur qui lui a livré ses biens. Bienheureux Christ ! Il est capable, non seulement contre le péché, le chagrin et la maladie, mais il est capable pour vous et pour moi : capable d’être notre vie même, de sorte que, d’instant en instant, nous aurons conscience que lui, en nous, nous remplit de lui-même et triomphe du moi qui régnait auparavant. Plus vous essayez de combattre une pensée du moi, plus elle s’attache à vous. Dès l’instant où vous vous en détournez pour regarder à lui, il remplit toute la conscience et dissipe toute chose par sa propre présence. Demeurons en lui, et nous découvrirons qu’il n’y a rien d’autre à faire.
- C’est presque la même chose, mais une autre manière de le dire, que le baptême et la présence en nous du Saint-Esprit nous délivreront et nous garderont de la puissance du moi. Lorsque la nuée de gloire entra dans le tabernacle, il n’y eut plus de place pour que Moïse y demeure ; et lorsque nous sommes remplis de la présence céleste du bienheureux Esprit, nous sommes perdus en Dieu, le moi se cache, et nous pouvons dire, comme Job : « Mais maintenant mon œil t’a vu. C’est pourquoi je me condamne et je me repens Sur la poussière et sur la cendre. »
Bien-aimés, ces temples ont été élevés pour lui. Laissez-le les remplir si complètement que, comme ce temple oriental de verre de l’antique légende, le temple lui-même ne soit pas vu, mais seulement la glorieuse lumière du soleil, qui non seulement y brille, mais le traverse, tandis que les murs transparents demeurent tout à fait invisibles.
Ce n’est pas une pensée nouvelle, mais c’est une pensée juste, que toutes les choses dont Dieu s’est servi ont d’abord été sacrifiées. C’est un Sauveur sacrifié, celui qui s’est dépouillé lui-même et s’est anéanti, que Dieu a souverainement élevé, et à qui il a donné le nom qui est au-dessus de tout nom, « afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux, sur la terre et sous la terre ». C’est un Isaac sacrifié dont Dieu fit la postérité promise et l’ancêtre des tribus d’Israël. Et c’est sur ce même mont Morija où Isaac fut sacrifié que Dieu éleva plus tard son temple glorieux. Ainsi, ce n’est que lorsque notre Isaac est sur l’autel et que tout notre être est perdu en Dieu qu’il peut poser les fondements profonds et élever les murs éternels du temple vivant dont il est la gloire suprême et éternelle.
Je me reporte aujourd’hui, avec une indicible reconnaissance, à cette nuit solitaire et douloureuse où, trompé sur bien des points et imparfait en toutes choses, mon cœur fit sa première consécration complète ; et, ne sachant pas si ce ne serait pas la mort, au sens le plus littéral, avant la lumière du matin, je pus pourtant, dans un abandon sans réserve, dire pour la première fois :
« Jésus, j’ai pris ma croix,
Pour tout quitter et te suivre ;
Dénué, méprisé, délaissé,
Tu seras désormais mon Tout. »
Jamais peut-être mon cœur n’a connu un tel frisson de joie que lorsque, le dimanche matin suivant, je lus ces vers à l’assemblée et les chantai de tout mon cœur. Et si Dieu a bien voulu faire de ma vie, en quelque mesure, un petit temple pour sa demeure et pour sa gloire, et s’il veut jamais se servir de moi dans une mesure plus large, c’est à cause de cette heure-là, et ce sera encore dans la mesure où cette heure deviendra la note dominante d’une vie consacrée, crucifiée et dévouée à Christ.
Oh ! bien-aimés, venez, et laissez-le vous enseigner le degré suprême de la joie, la joie qui a appris à dire non seulement : « Mon bien-aimé est à moi », mais, mieux encore : « Je suis à mon bien-aimé » ; et nous découvrirons, comme avait coutume de le dire l’un de nos chers missionnaires en Chine, qu’« il veut bien entrer dans le cœur de chacun de nous et nous aimer jusqu’à la mort ».
Questions pour la réflexion
- Selon Simpson, quelle expérience plus profonde que la délivrance du péché l’offrande d’Isaac représente-t-elle ?
- La mort du moi : « le moi, même sanctifié, est déposé sur l’autel comme Isaac sur la montagne », et nous devenons morts désormais « non seulement au péché, mais à ce qui est pire que le péché, c’est-à-dire au moi ». Sa formule est Galates 2:20 : « ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi ».
- Quelles sont les trois « formes du moi » (les Anakim) que nomme Simpson ?
- La volonté propre — « la disposition à dominer », que seul guérit « l’abandon sans condition » ; la confiance en soi — l’esprit « qui tire sa force de lui seul », car il faut « mourir à notre suffisance » ; et la glorification de soi — qui « s’empare du trône même de Jéhovah ». Il les illustre par Saül, Pierre et Nebucadnetsar (ainsi que par Jonas).
- Quels effets Simpson attribue-t-il au moi ?
- Il « déshonore Dieu et dresse un rival sur son trône », « conduit à tous les autres péchés », « ramène sous la domination de Satan », est « fatal à l’esprit d’amour et d’harmonie », « gâte notre œuvre pour Dieu » et « nous rend malheureux » — car la joie est cachée dans le sein de l’amour, et « les bras du moi sont bien trop courts pour jamais l’atteindre ».
- Quel est, selon Simpson, le remède contre le moi ?
- Non pas nos propres luttes, mais l’amour de Jésus et sa présence en nous : comme une jeune fille égoïste entièrement transformée par l’amour pour son mari, « C’est l’amour de Jésus qui l’a exclu ». « C’est Christ lui-même, qui vit au-dedans de nous et qui est assez grand pour chasser et tenir dehors le petit “moi” » — car « Plus vous essayez de combattre une pensée du moi, plus elle s’attache à vous ».
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- Simpson, A. B. “La mort du moi.” Sermon. Ochorus, https://ochorus.com/fr/sermons/the-death-of-self/.
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- A. B. Simpson, “La mort du moi,” sermon, Ochorus, https://ochorus.com/fr/sermons/the-death-of-self/.
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