Êtes-vous né de nouveau ?
J. C. Ryle

Sermon · 11 min de lecture · Accessible

Êtes-vous né de nouveau ?

Portrait de J. C. Ryle J. C. Ryle

Texte

Jean 3:3

En bref

« Si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu. » Ryle refuse de laisser quiconque se reposer sur un « j’appartiens à l’Église, et je suppose que je le suis », et se tourne vers les marques claires de la nouvelle naissance que pose la première épître de Jean — une vie qui ne fait plus du péché sa pratique, qui croit, qui aime, qui triomphe du monde et qui se garde. Il les présente non pour tourmenter mais pour éprouver, afin que le lecteur sache, et n’espère pas seulement, s’il est né de Dieu.

C’est là l’une des questions les plus importantes de la religion. Jésus-Christ dit : « si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu »—Jean 3:3.

Êtes-vous né de nouveau ? Il ne suffit pas de répondre : « J’appartiens à l’Église ; et je suppose que je le suis. » Des milliers de chrétiens de nom n’ont aucune des marques et aucun des signes de la nouvelle naissance que l’Écriture nous a donnés.

Voudriez-vous connaître les marques et les signes de la nouvelle naissance ? Prêtez-moi votre attention, et je vous les montrerai dans la première épître de Jean.

Premièrement, Jean dit : « Quiconque est né de Dieu ne pratique pas le péché » ; et encore : « quiconque est né de Dieu ne pèche point »—1 Jean 3:9 ; 5:18. L’homme né de nouveau, ou régénéré, ne commet pas le péché par habitude. Il ne pèche plus de tout son cœur, de toute sa volonté et de tout son penchant, comme le fait l’homme non régénéré. Il fut sans doute un temps où il ne se demandait pas si ses actions étaient coupables ou non, et où il n’éprouvait jamais de chagrin après avoir fait le mal. Il n’y avait point de querelle entre lui et le péché ; ils étaient amis. Maintenant il hait le péché, il le fuit, il le combat, il le tient pour son plus grand fléau, il gémit sous le fardeau de sa présence, il s’afflige lorsqu’il tombe sous son influence, et il soupire après le jour où il en sera entièrement délivré. En un mot, le péché ne lui plaît plus, et ne lui est même plus indifférent ; il est devenu la chose abominable qu’il hait. Il ne peut empêcher qu’il habite en lui. S’il disait qu’il n’a point de péché, la vérité ne serait point en lui (1 Jean 1:8). Mais il peut dire qu’il l’abhorre de tout son cœur, et que le grand désir de son âme est de ne plus commettre de péché du tout. Il ne peut empêcher que de mauvaises pensées s’élèvent en lui, ni que des manquements, des omissions et des défauts paraissent, tant dans ses paroles que dans ses actions. Il sait, comme le dit Jacques, que « Nous bronchons tous de plusieurs manières » (Jacques 3:2). Mais il peut dire en vérité, et comme sous le regard de Dieu, que ces choses sont pour lui un chagrin et une douleur de chaque jour, et que tout son être refuse d’y consentir.

Je place cette marque devant vous. Que dirait de vous l’apôtre ? Êtes-vous né de nouveau ?

Deuxièmement, Jean dit : « Quiconque croit que Jésus est le Christ, est né de Dieu »—1 Jean 5:1.

L’homme né de nouveau, ou régénéré, croit donc que Jésus-Christ est le seul Sauveur par qui son âme puisse être pardonnée ; qu’il est la personne divine désignée par Dieu le Père dans ce but même, et qu’en dehors de lui il n’y a absolument point de Sauveur. En lui-même il ne voit qu’indignité, mais en Christ il voit le fondement de la plus entière confiance ; et, se confiant en lui, il croit que tous ses péchés sont pardonnés. Il croit qu’à cause de l’œuvre accomplie de Christ et de sa mort sur la croix, il est tenu pour juste aux yeux de Dieu, et qu’il peut envisager la mort et le jugement sans effroi. Il peut avoir ses craintes et ses doutes. Il vous dira peut-être parfois qu’il lui semble n’avoir point de foi du tout. Mais demandez-lui s’il veut faire reposer ses espérances de vie éternelle sur sa propre bonté, sur ses propres amendements, sur ses prières, sur son pasteur ou sur son Église, et voyez ce qu’il vous répondra. Demandez-lui s’il veut abandonner Christ et placer sa confiance dans quelque autre voie religieuse. Soyez-en sûrs, il vous dira que, tout faible et mauvais qu’il se sente, il n’abandonnerait pas Christ pour le monde entier. Soyez-en sûrs, il vous dira qu’il a trouvé en Christ un prix, une convenance à son âme qu’il n’a trouvés nulle part ailleurs, et qu’il lui faut s’attacher à lui.

Je place cette marque devant vous. Que dirait de vous l’apôtre ? Êtes-vous né de nouveau ?

Troisièmement, Jean dit : « quiconque pratique la justice est né de lui »—1 Jean 2:29.

L’homme né de nouveau, ou régénéré, est donc un homme saint. Il s’efforce de vivre selon la volonté de Dieu, de faire les choses qui plaisent à Dieu, d’éviter les choses que Dieu hait. Son but et son désir sont d’aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa pensée et de toute sa force, et d’aimer son prochain comme lui-même. Son souhait est de regarder continuellement à Christ comme à son modèle aussi bien qu’à son Sauveur, et de se montrer l’ami de Christ en faisant tout ce que Christ commande. Sans doute il n’est pas parfait. Personne ne vous le dira plus vite que lui-même. Il gémit sous le fardeau de la corruption qui habite en lui et qui s’attache à lui. Il trouve en lui un principe mauvais qui fait constamment la guerre à la Grâce et qui cherche à l’entraîner loin de Dieu. Mais il n’y consent pas, bien qu’il ne puisse en empêcher la présence. Malgré tous ses manquements, la pente et l’inclination ordinaires de sa marche sont saintes — ses actions sont saintes, ses goûts saints, et ses habitudes saintes. Malgré tous ces écarts et ces détours, tel un navire qui louvoie contre un vent contraire, le cours général de sa vie va dans une seule direction — vers Dieu et pour Dieu. Et bien qu’il se sente parfois si abattu qu’il se demande s’il est même chrétien, il pourra en général dire avec le vieux John Newton : « Je ne suis pas ce que je devrais être, je ne suis pas ce que je voudrais être. Je ne suis pas ce que j’espère être dans un autre monde ; mais pourtant je ne suis plus ce que j’étais autrefois, et par la Grâce de Dieu je suis ce que je suis. »

Je place aussi cette marque devant vous. Que dirait de vous l’apôtre ? Êtes-vous né de nouveau ?

Quatrièmement, Jean dit : « Nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons les frères »—1 Jean 3:14.

L’homme né de nouveau, ou régénéré, a donc un amour particulier pour tous les vrais disciples de Christ. Comme son Père qui est dans les cieux, il aime tous les hommes d’un grand amour général, mais il a un amour particulier pour ceux qui sont d’un même esprit que lui. Comme son Seigneur et Sauveur, il aime le pire des pécheurs et pourrait pleurer sur eux ; mais il a un amour tout spécial pour ceux qui sont croyants. Il ne se sent jamais autant chez lui que lorsqu’il est en leur compagnie. Il n’est jamais aussi heureux que lorsqu’il se trouve parmi les saints et les hommes excellents de la terre. D’autres peuvent rechercher, dans la société qu’ils choisissent, le savoir, ou l’esprit, ou l’agrément, ou la richesse, ou le rang. L’homme régénéré estime la Grâce. Ceux qui ont le plus de Grâce, et qui ressemblent le plus à Christ, sont ceux qu’il aime le plus. Il sent qu’ils sont membres de la même famille que lui. Il sent qu’ils sont ses compagnons d’armes, combattant le même ennemi. Il sent qu’ils sont ses compagnons de voyage, cheminant sur la même route. Il les comprend, et ils le comprennent. Lui et eux peuvent être fort différents à bien des égards — par le rang, par la condition, par la fortune. Qu’importe ? Ils sont le peuple de Jésus-Christ. Ils sont les fils et les filles de son Père. Dès lors, il ne peut s’empêcher de les aimer.

Je place aussi cette marque devant vous. Que dirait de vous l’apôtre ? Êtes-vous né de nouveau ?

Cinquièmement, Jean dit : « tout ce qui est né de Dieu triomphe du monde »—1 Jean 5:4.

L’homme né de nouveau, ou régénéré, ne fait pas de l’opinion du monde sa règle du bien et du mal. Il ne craint pas d’aller à contre-courant des voies, des idées et des coutumes du monde. « Que diront les hommes ? » n’est plus pour lui une question décisive. Il triomphe de l’amour du monde. Il ne trouve aucun plaisir aux choses que la plupart de ceux qui l’entourent appellent le bonheur. Il ne peut goûter leurs divertissements : ils le lassent ; ils lui paraissent vains, sans profit et indignes d’un être immortel. Il triomphe de la crainte du monde. Il consent à faire bien des choses que tous ceux qui l’entourent jugent pour le moins inutiles. Ils le blâment : cela ne l’ébranle pas. Ils le tournent en ridicule : il ne cède pas. Il aime la louange de Dieu plus que la louange des hommes. Il craint d’offenser Dieu plus que de déplaire aux hommes. Il a calculé la dépense. C’est désormais peu de chose pour lui d’être blâmé ou loué. Il n’est plus l’esclave de la mode et de la coutume. Plaire au monde n’est pour lui qu’une considération tout à fait secondaire. Son premier but est de plaire à Dieu.

Je place aussi cette marque devant vous. Que dirait de vous l’apôtre ? Êtes-vous né de nouveau ?

Sixièmement, Jean dit : « celui qui est né de Dieu se garde lui-même »—1 Jean 5:18.

L’homme né de nouveau, ou régénéré, prend grand soin de son âme. Il s’efforce non seulement de se garder du péché, mais aussi de se garder de tout ce qui peut y conduire. Il prend garde aux compagnies qu’il fréquente. Il sent que les mauvaises compagnies corrompent le cœur, et que le mal se communique bien plus aisément que le bien, de même que la maladie est plus contagieuse que la santé. Il prend garde à l’emploi de son temps : son principal désir à cet égard est de l’employer avec profit. Il prend garde aux amitiés qu’il noue : il ne lui suffit pas que les gens soient bons, aimables et d’un heureux naturel ; tout cela est fort bien ; mais feront-ils du bien à son âme ? Il veille sur ses habitudes et sur sa conduite de chaque jour : il s’efforce de se rappeler que son propre cœur est trompeur, que le monde est plein de méchanceté, et que le diable travaille sans cesse à lui nuire ; c’est pourquoi il voudrait sincèrement être toujours sur ses gardes. Il désire vivre comme un soldat en pays ennemi, porter continuellement son armure, et être prêt contre la tentation. Il découvre par expérience que son âme est toujours entourée d’ennemis, et il s’applique à être un homme vigilant, humble et adonné à la prière.

Je place aussi cette marque devant vous. Que dirait de vous l’apôtre ? Êtes-vous né de nouveau ?

Telles sont les six grandes marques de la nouvelle naissance. Que chacun de ceux qui m’ont suivi jusqu’ici les relise avec attention et les prenne à cœur.

Je sais qu’il existe une immense différence, d’une personne à l’autre, dans la profondeur et la netteté de ces marques. Chez certains, elles sont faibles, ternes, à peine visibles, et presque impossibles à discerner. Chez d’autres, elles sont hardies, nettes, claires, évidentes et indubitables, si bien que chacun peut les lire. Certaines de ces marques sont plus visibles chez les uns, et d’autres plus visibles chez les autres. Il arrive rarement qu’elles soient toutes également manifestes dans une seule et même âme. Tout cela, je suis tout prêt à l’admettre.

Mais, après avoir fait toutes ces concessions, nous trouvons ici, peintes à grands traits, six marques de la naissance de Dieu. Voici un apôtre inspiré, écrivant l’une des dernières épîtres générales à l’Église de Christ, qui nous dit que l’homme né de Dieu Ne commet pas le péché, Croit que Jésus est le Christ, Pratique la justice, Aime les frères, Triomphe du monde, et Se garde lui-même. Je prie le lecteur de bien observer tout cela.

Que dirons-nous donc de ces choses ? Ce que peuvent en dire ceux qui soutiennent que la régénération n’est qu’une admission aux privilèges extérieurs de l’Église, je ne le sais vraiment pas. Pour moi, je le dis hardiment, je ne puis arriver qu’à une seule conclusion. Cette conclusion, c’est que ceux-là seuls sont nés de nouveau qui portent ces six marques ; et que tous les hommes et toutes les femmes qui n’ont pas ces marques ne sont pas nés de nouveau. Et je crois fermement que c’est là la conclusion à laquelle l’apôtre a voulu nous conduire.

Lecteur, avez-vous ces marques ? Êtes-vous né de nouveau ?

L’Écriture dans ce sermon Jean 3:3

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