Texte
Luc 18:1
En bref
Ryle presse une seule question — « Priez-vous ? » — et l’appelle la marque la plus sûre d’un vrai chrétien, car la prière secrète est le seul devoir que nul autre que Dieu ne peut vous voir accomplir. Il répond aux excuses une à une, affirme qu’une âme sans prière est une âme sans Christ, et montre que l’écart entre un croyant florissant et un croyant affamé est presque toujours l’écart entre leurs prières. « La diligence dans la prière, écrit-il, est le secret d’une sainteté éminente. »
J’ai une question à vous poser. Elle tient en deux mots : PRIEZ-VOUS ?
C’est une question à laquelle nul autre que vous ne peut répondre. Que vous assistiez ou non au culte public, votre pasteur le sait. Que vous ayez ou non le culte de famille dans votre maison, vos proches le savent. Mais que vous priiez ou non dans le secret, c’est une affaire entre vous et Dieu.
Je vous en conjure, avec toute l’affection dont je suis capable, prêtez attention au sujet que je place devant vous. Ne dites pas que ma question serre de trop près. Si votre cœur est droit devant Dieu, elle n’a rien qui doive vous effrayer. N’écartez pas ma question en répondant que vous dites vos prières. Autre chose est de dire ses prières, autre chose est de prier. Ne me dites pas que ma question est inutile. Écoutez-moi quelques minutes, et je vous montrerai que j’ai de bonnes raisons de la poser.
La prière est le sujet le plus important de la religion pratique. Tous les autres viennent après elle. Lire la Bible, écouter des sermons, assister au culte public, s’approcher de la Table du Seigneur — ce sont là des choses très importantes. Mais aucune d’elles n’a autant d’importance que la prière secrète.
Je me propose, dans ces pages, de donner sept raisons évidentes pour lesquelles je tiens un langage si fort au sujet de la prière. J’appelle sur ces raisons l’attention de tout homme réfléchi entre les mains de qui ces pages pourront tomber. J’ose affirmer avec assurance qu’elles méritent d’être sérieusement pesées.
I. JE VOUS DEMANDE SI VOUS PRIEZ, PARCE QUE LA PRIÈRE EST ABSOLUMENT NÉCESSAIRE AU SALUT D’UNE ÂME.
Je dis absolument nécessaire, et je le dis à dessein. Je ne parle pas ici des petits enfants ni des simples d’esprit. Je ne prétends pas trancher le sort des païens. Je sais que là où il a été peu donné, il sera peu demandé. Je parle surtout de ceux qui se disent chrétiens, dans un pays comme le nôtre. Et de ceux-là, je dis qu’aucun homme, qu’aucune femme ne peut espérer être sauvé sans prier.
Je tiens au salut par grâce aussi fermement que quiconque. J’offrirais de grand cœur un pardon gratuit et entier au plus grand pécheur qui ait jamais vécu. Je n’hésiterais pas à me tenir à son lit de mort et à lui dire, dès cette heure même : « Crois au Seigneur Jésus, et tu seras sauvé. » (Actes 16:31.) Mais qu’un homme puisse obtenir le salut sans le demander, voilà ce que je ne puis voir dans la Bible. Qu’un homme reçoive le pardon de ses péchés sans même élever intérieurement son cœur pour dire : « Seigneur Jésus, accorde-le-moi », voilà ce que je ne puis trouver. Je trouve bien que personne ne sera sauvé par ses prières ; mais je ne trouve pas que, sans la prière, personne soit sauvé.
Il n’est pas absolument nécessaire au salut qu’un homme lise la Bible. Un homme peut n’avoir aucune instruction, ou être aveugle, et cependant avoir Christ dans son cœur. Il n’est pas absolument nécessaire qu’un homme entende la prédication publique de l’Évangile. Il peut vivre là où l’Évangile n’est pas prêché, ou être cloué au lit, ou sourd. Mais on ne peut en dire autant de la prière. Il est absolument nécessaire au salut qu’un homme prie.
Il n’y a pas de voie royale, ni vers la santé, ni vers le savoir. Premiers ministres et rois, pauvres et paysans, tous doivent également pourvoir aux besoins de leur propre corps et de leur propre esprit. Nul ne peut manger, boire ou dormir par procuration. Nul ne peut faire apprendre l’alphabet par un autre à sa place. Ce sont là des choses que chacun doit faire soi-même, ou elles ne se feront pas du tout.
Il en est de l’âme comme de l’esprit et du corps. Il y a certaines choses absolument nécessaires à la santé et au bien-être de l’âme. Chacun doit y veiller pour lui-même. Chacun doit se repentir pour lui-même. Chacun doit aller à Christ pour lui-même. Et chacun, pour lui-même, doit parler à Dieu et prier. Vous devez le faire vous-même, car nul autre ne peut le faire pour vous.
Être sans prière, c’est être sans Dieu, sans Christ, sans grâce, sans espérance et sans ciel. C’est être sur le chemin de l’enfer. Vous étonnerez-vous maintenant que je vous pose la question : PRIEZ-VOUS ?
II. JE VOUS DEMANDE ENCORE SI VOUS PRIEZ, PARCE QUE L’HABITUDE DE LA PRIÈRE EST L’UNE DES MARQUES LES PLUS SÛRES D’UN VRAI CHRÉTIEN.
Tous les enfants de Dieu sur la terre se ressemblent sur ce point. Dès l’instant où il y a quelque vie et quelque réalité dans leur religion, ils prient. De même que le premier signe de vie d’un enfant qui vient au monde est l’acte de respirer, ainsi le premier acte des hommes et des femmes, lorsqu’ils sont nés de nouveau, est de prier.
C’est là l’une des marques communes à tous les élus de Dieu : ils sont ceux « qui crient à lui jour et nuit ». (Luc 18:7.) Le Saint-Esprit, qui fait d’eux de nouvelles créatures, met en eux un sentiment d’adoption et leur fait pousser ce cri : « Abba! Père! » (Romains 8:15.) Le Seigneur Jésus, lorsqu’il leur donne la vie, leur donne une voix et une langue, et leur commande de n’être plus muets. Dieu n’a point d’enfants muets. Prier fait autant partie de leur nouvelle nature que crier fait partie de la nature d’un enfant. Ils voient leur besoin de miséricorde et de grâce. Ils sentent leur vide et leur faiblesse. Ils ne peuvent faire autrement qu’ils ne font. Il faut qu’ils prient.
J’ai considéré avec soin la vie des saints de Dieu dans la Bible. Je n’en trouve pas un dont l’histoire nous soit racontée avec quelque détail, de la Genèse à l’Apocalypse, qui n’ait été un homme de prière. Je trouve mentionné comme un trait distinctif des hommes pieux qu’ils invoquent Dieu « comme Père », qu’ils sont de « ceux qui invoquent en quelque lieu que ce soit le nom de notre Seigneur Jésus-Christ ». Je trouve consigné, comme un trait distinctif des méchants, ceci : « Ils n’invoquent point l’Éternel. » (1 Pierre 1:17 ; 1 Corinthiens 1:2 ; Psaumes 14:4.)
J’ai lu la vie de beaucoup de chrétiens éminents qui ont vécu sur la terre depuis les temps de la Bible. Les uns, je le vois, étaient riches, et les autres pauvres. Les uns étaient instruits, et les autres ne l’étaient pas. Les uns étaient épiscopaliens, et les autres étaient des chrétiens d’autres dénominations. Les uns étaient calvinistes, et les autres arminiens. Les uns aimaient à se servir d’une liturgie, et les autres à s’en passer. Mais il y a une chose, je le vois, qu’ils avaient tous en commun. Ils ont tous été des hommes de prière.
J’étudie les rapports des sociétés missionnaires de notre temps. Je vois avec joie que des hommes et des femmes perdus reçoivent l’Évangile en diverses parties du globe. Il y a des conversions en Afrique, en Nouvelle-Zélande, aux Indes, en Chine. Les convertis, naturellement, diffèrent les uns des autres à tous égards. Mais il est une chose frappante que j’observe dans toutes les stations missionnaires : les convertis prient toujours.
Je ne nie pas qu’un homme puisse prier sans cœur et sans sincérité. Je ne prétends pas un instant que le simple fait qu’un homme prie prouve tout au sujet de son âme. Ici comme dans toute autre partie de la religion, il peut y avoir illusion et hypocrisie.
Mais voici ce que je dis : ne pas prier est la preuve évidente qu’un homme n’est pas encore un vrai chrétien. Il ne peut sentir réellement ses péchés. Il ne peut aimer Dieu. Il ne peut se sentir débiteur envers Christ. Il ne peut aspirer à la sainteté. Il ne peut désirer le ciel. Il lui reste à naître de nouveau. Il lui reste à devenir une nouvelle créature. Il peut se vanter avec assurance d’élection, de grâce, de foi, d’espérance et de connaissance, et tromper les ignorants. Mais soyez assurés que tout cela n’est que vain discours, s’il ne prie pas.
Et je dis de plus que, de toutes les preuves de l’œuvre véritable de l’Esprit, l’habitude d’une prière secrète et cordiale est l’une des plus satisfaisantes qu’on puisse nommer. Un homme peut prêcher par de faux motifs. Un homme peut écrire des livres, faire de beaux discours, paraître zélé pour les bonnes œuvres, et être pourtant un Judas Iscariot. Mais il est rare qu’un homme entre dans sa chambre et répande son âme devant Dieu dans le secret, s’il n’est pas sérieux. Le Seigneur lui-même a mis son sceau sur la prière comme la meilleure preuve d’une conversion véritable. Lorsqu’il envoya Ananias vers Saul à Damas, il ne lui donna d’autre preuve du changement de son cœur que celle-ci : « Car il prie. » (Actes 9:11.)
Je sais qu’il peut se passer bien des choses dans l’esprit d’un homme avant qu’il soit amené à prier. Il peut avoir bien des convictions, des désirs, des souhaits, des sentiments, des intentions, des résolutions, des espérances et des craintes. Mais tout cela ne constitue que des preuves fort incertaines. On les trouve chez les impies, et souvent elles n’aboutissent à rien. En bien des cas, elles ne durent pas plus que la nuée du matin et la rosée qui se dissipe. Une prière réelle et sincère, jaillie d’un esprit brisé et contrit, vaut toutes ces choses réunies.
Je sais que le Saint-Esprit, qui appelle les pécheurs hors de leurs mauvaises voies, les conduit en bien des cas par des degrés très lents à la connaissance de Christ. Mais l’œil de l’homme ne peut juger que d’après ce qu’il voit. Je ne puis appeler personne justifié avant qu’il ne croie. Je n’ose dire que quelqu’un croit avant qu’il ne prie. Je ne puis concevoir une foi muette. Le premier acte de la foi sera de parler à Dieu. La foi est à l’âme ce que la vie est au corps. La prière est à la foi ce que le souffle est au corps. Comment un homme peut vivre sans respirer, cela dépasse mon entendement ; et comment un homme peut croire sans prier, cela dépasse aussi mon entendement.
Ne soyez jamais surpris d’entendre les ministres de l’Évangile insister beaucoup sur l’importance de la prière. C’est le point sur lequel ils veulent vous amener. Ils veulent savoir si vous priez. Vos vues sur la doctrine peuvent être justes. Votre amour du protestantisme peut être ardent et sans équivoque. Mais tout cela peut n’être encore que connaissance de tête et esprit de parti. Ils veulent savoir si vous connaissez réellement le trône de la grâce, et si vous savez parler à Dieu aussi bien que parler de Dieu.
Désirez-vous savoir si vous êtes un vrai chrétien ? Alors soyez assurés que ma question est de la toute première importance — PRIEZ-VOUS ?
III. JE VOUS DEMANDE SI VOUS PRIEZ, PARCE QU’IL N’Y A DANS LA RELIGION AUCUN DEVOIR AUSSI NÉGLIGÉ QUE LA PRIÈRE SECRÈTE.
Nous vivons en des jours où la profession religieuse abonde. Il y a plus de lieux de culte public qu’il n’y en eut jamais. Il y a plus de gens pour les fréquenter qu’il n’y en eut jamais. Et pourtant, malgré toute cette religion publique, je crois que la prière secrète est très largement négligée. C’est l’une de ces transactions secrètes entre Dieu et nos âmes que nul œil ne voit, et c’est pourquoi l’on est tenté de la négliger et de la laisser de côté.
Je crois que des milliers de personnes ne prononcent jamais un seul mot de prière. Elles mangent. Elles boivent. Elles dorment. Elles se lèvent. Elles s’en vont à leur travail. Elles rentrent chez elles. Elles respirent l’air de Dieu. Elles voient le soleil de Dieu. Elles foulent la terre de Dieu. Elles jouissent des bienfaits de Dieu. Elles ont un corps qui doit mourir. Elles ont devant elles le jugement et l’éternité. Mais jamais elles ne parlent à Dieu. Elles vivent comme les bêtes qui périssent. Elles se conduisent comme des créatures sans âme. Elles n’ont pas un mot à dire à Celui qui tient dans sa main leur vie, leur souffle et toutes choses, et de la bouche duquel elles doivent un jour recevoir leur sentence éternelle. Que cela paraît effrayant ! Et pourtant, si seulement l’on connaissait les secrets des hommes, combien cela se révélerait commun.
Je crois qu’il y en a des dizaines de milliers dont les prières ne sont qu’une pure formalité, une suite de mots récités machinalement, sans une pensée pour leur sens. Certains débitent quelques phrases hâtives apprises à la nursery lorsqu’ils étaient enfants. D’autres se contentent de réciter le Credo, oubliant qu’il ne contient pas une seule demande. D’autres y ajoutent l’Oraison dominicale, mais sans le moindre désir que ses demandes solennelles soient exaucées.
Beaucoup, même parmi ceux qui se servent de bonnes formules, marmonnent leurs prières une fois couchés, ou pendant qu’ils se lavent ou s’habillent le matin. On peut penser ce que l’on veut, mais qu’on en soit bien certain : aux yeux de Dieu, ce n’est pas là prier. Des paroles prononcées sans le cœur sont aussi parfaitement inutiles à nos âmes que les battements de tambour des sauvages devant leurs idoles. Là où le cœur est absent, il peut y avoir un travail des lèvres et un travail de la langue, mais il n’y a rien que Dieu écoute ; il n’y a pas de prière. Saul, je n’en doute pas, fit mainte longue prière avant que le Seigneur ne le rencontrât sur le chemin de Damas. Mais ce ne fut que lorsque son cœur fut brisé que le Seigneur dit : « Car il prie ».
Cela vous surprend-il ? Écoutez-moi, et je vous montrerai que ce n’est pas sans raison que je parle ainsi. Pensez-vous que mes affirmations sont outrées et injustifiables ? Accordez-moi votre attention, et je vous montrerai bientôt que je ne fais que vous dire la vérité.
Avez-vous oublié qu’il n’est naturel à personne de prier ? Car « l’affection de la chair est inimitié contre Dieu ». (Romains 8:7.) Le désir du cœur de l’homme est de s’éloigner de Dieu et de n’avoir rien à faire avec Lui. Ce qu’il éprouve envers Lui n’est pas de l’amour, mais de la crainte. Pourquoi donc un homme prierait-il, s’il n’a aucun sentiment réel du péché, aucune perception réelle de ses besoins spirituels, aucune foi profonde aux choses invisibles, aucun désir de la sainteté et du ciel ? De toutes ces choses, l’immense majorité des hommes ne sait rien et ne ressent rien. Les multitudes marchent dans la voie large. Je ne puis oublier cela. C’est pourquoi je le dis hardiment : je crois que peu de gens prient.
Avez-vous oublié qu’il n’est pas de bon ton de prier ? C’est une de ces choses que beaucoup auraient plutôt honte d’avouer. Il y en a des centaines qui aimeraient mieux monter à l’assaut d’une brèche ou conduire une troupe d’enfants perdus que de confesser publiquement qu’ils ont l’habitude de prier. Il y en a des milliers qui, obligés de dormir dans la même chambre qu’un étranger, se coucheraient sans faire de prière. Être bien habillé, aller au théâtre, passer pour intelligent et agréable, tout cela est de bon ton ; prier ne l’est pas. Je ne puis oublier cela. Je ne puis croire qu’une habitude soit commune quand tant de gens semblent avoir honte de l’avouer. Aussi je crois que peu de gens prient.
Avez-vous oublié la vie que mènent beaucoup de gens ? Pouvons-nous vraiment croire que des hommes prient nuit et jour contre le péché, quand nous les voyons s’y précipiter ? Pouvons-nous supposer qu’ils prient contre le monde, quand ils sont entièrement absorbés et accaparés par ses poursuites ? Pouvons-nous penser qu’ils demandent réellement à Dieu la grâce de Le servir, quand ils ne montrent pas le moindre désir de Le servir ? Oh ! non, il est clair comme le jour que la grande majorité des hommes, ou bien ne demandent rien à Dieu, ou bien ne pensent pas ce qu’ils disent lorsqu’ils demandent, ce qui revient exactement au même. La prière et le péché ne vivront jamais ensemble dans le même cœur. La prière consumera le péché, ou le péché étouffera la prière. Je ne puis oublier cela. Je regarde la vie des hommes. Je crois que peu de gens prient.
Avez-vous oublié la mort que meurent beaucoup de gens ? Combien, à l’approche de la mort, semblent entièrement étrangers à Dieu ! Non seulement ils ignorent tristement son Évangile, mais ils sont tristement dépourvus de la faculté de Lui parler. Il y a une gaucherie et une timidité terribles dans leurs efforts pour s’approcher de Lui. Ils semblent entreprendre une chose toute nouvelle. On dirait qu’ils ont besoin d’être présentés à Dieu, et qu’ils ne Lui ont jamais parlé auparavant. Je me souviens avoir entendu parler d’une dame qui désirait vivement qu’un pasteur vînt la visiter dans sa dernière maladie. Elle souhaitait qu’il priât pour elle. Il lui demanda pour quoi il devait prier. Elle ne le savait pas et ne put le dire. Elle était absolument incapable de nommer une seule chose qu’elle désirât qu’il demandât à Dieu pour son âme. Tout ce qu’elle semblait vouloir, c’était la forme des prières d’un pasteur. Je le comprends fort bien. Les lits de mort sont de grands révélateurs de secrets. Je ne puis oublier ce que j’ai vu des malades et des mourants. Cela aussi me porte à croire que peu de gens prient.
Je ne puis voir votre cœur. Je ne connais pas votre histoire intime dans les choses spirituelles. Mais d’après ce que je vois dans la Bible et dans le monde, je suis certain de ne pouvoir vous poser une question plus nécessaire que celle qui est devant vous—PRIEZ-VOUS ?
IV. JE VOUS DEMANDE SI VOUS PRIEZ, PARCE QUE LA PRIÈRE EST UN ACTE DE RELIGION AUQUEL NOUS SOMMES GRANDEMENT ENCOURAGÉS.
Tout, du côté de Dieu, concourt à rendre la prière facile, si seulement les hommes veulent s’y essayer. Tout est prêt de son côté. Chaque objection est prévenue. Chaque difficulté est prévue. Les chemins tortueux sont redressés et les lieux raboteux aplanis. Il ne reste aucune excuse à celui qui ne prie pas.
Il est un chemin par lequel tout homme, si pécheur et si indigne qu’il soit, peut s’approcher de Dieu le Père. Jésus-Christ a ouvert ce chemin par le sacrifice qu’Il a offert pour nous sur la croix. La sainteté et la justice de Dieu n’ont pas à effrayer les pécheurs ni à les tenir à distance. Qu’ils crient seulement à Dieu au nom de Jésus, qu’ils invoquent seulement le sang expiatoire de Jésus, et ils trouveront Dieu sur le trône de la grâce, disposé et prêt à les entendre. Le nom de Jésus est pour nos prières un passeport qui ne fait jamais défaut. En ce nom, un homme peut s’approcher de Dieu avec hardiesse et demander avec confiance. Dieu s’est engagé à l’entendre. Pensez à cela. N’est-ce pas là un encouragement ?
Il est un Avocat et un Intercesseur qui attend toujours pour présenter les prières de ceux qui viennent à Dieu par Lui. Cet avocat, c’est Jésus-Christ. Il mêle nos prières à l’encens de sa propre intercession toute-puissante. Ainsi mêlées, elles montent comme un parfum d’agréable odeur devant le trône de Dieu. Si pauvres qu’elles soient en elles-mêmes, elles sont fortes et puissantes dans la main de notre Souverain Sacrificateur et Frère aîné. Un billet de banque sans signature au bas n’est qu’un morceau de papier sans valeur. Un trait de plume lui confère toute sa valeur. La prière d’un pauvre enfant d’Adam est en elle-même une chose bien faible, mais, une fois endossée par la main du Seigneur Jésus, elle a une grande efficace. Il y avait dans la ville de Rome un magistrat qui avait ordonné que ses portes fussent toujours ouvertes, afin de recevoir tout citoyen romain qui viendrait lui demander secours. De même, l’oreille du Seigneur Jésus est toujours ouverte au cri de tous ceux qui ont besoin de miséricorde et de grâce. C’est son office de les secourir. Leur prière fait ses délices. Pensez à cela. N’est-ce pas là un encouragement ?
Il y a le Saint-Esprit, toujours prêt à venir en aide à notre faiblesse dans la prière. C’est une part de son office particulier que de nous assister dans nos efforts pour parler à Dieu. Nous n’avons pas à être abattus et angoissés par la crainte de ne pas savoir que dire. L’Esprit nous donnera des paroles, si nous recherchons son aide. Les prières du peuple du Seigneur sont l’inspiration de l’Esprit du Seigneur, l’œuvre du Saint-Esprit qui habite en eux comme l’Esprit de grâce et de supplication. Assurément, le peuple du Seigneur peut bien espérer être exaucé. Ce ne sont pas seulement eux qui prient, c’est le Saint-Esprit qui plaide en eux. Pensez à cela. N’est-ce pas là un encouragement ?
Il y a des promesses infiniment grandes et précieuses pour ceux qui prient. Que voulait dire le Seigneur Jésus lorsqu’il prononçait des paroles comme celles-ci : « Demandez, et l’on vous donnera; cherchez, et vous trouverez; frappez, et l’on vous ouvrira. Car quiconque demande reçoit, celui qui cherche trouve, et l’on ouvre à celui qui frappe. » (Matthieu 7:7, 8.) « Tout ce que vous demanderez avec foi par la prière, vous le recevrez. » (Matthieu 21:22.) « Tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils. Si vous demandez quelque chose en mon nom, je le ferai. » (Jean 14:13, 14.) Que voulait dire le Seigneur lorsqu’il prononça les paraboles de l’Ami qui vient à minuit et de la Veuve importune ? (Luc 11:5, 18:1.) Méditez ces passages. Si ce n’est pas là un encouragement à prier, les mots n’ont plus de sens.
Il y a dans l’Écriture des exemples merveilleux de la puissance de la prière. Rien ne semble trop grand, trop ardu ou trop difficile pour la prière. Elle a obtenu des choses qui paraissaient impossibles et hors d’atteinte. Elle a remporté des victoires sur le feu, l’air, la terre et l’eau. La prière a ouvert la mer Rouge. La prière a fait jaillir l’eau du rocher et descendre le pain du ciel. La prière a arrêté le soleil. La prière a fait tomber le feu du ciel sur le sacrifice d’Élie. La prière a changé en folie le conseil d’Achitophel. La prière a renversé l’armée de Sanchérib. Marie Stuart, reine d’Écosse, pouvait bien dire : « Je crains les prières de John Knox plus qu’une armée de dix mille hommes. » La prière a guéri les malades. La prière a ressuscité les morts. La prière a obtenu la conversion des âmes. « L’enfant de tant de prières, disait un vieux chrétien à la mère d’Augustin, ne périra jamais. » La prière, la peine et la foi peuvent tout. Rien ne semble impossible quand un homme a l’esprit d’adoption. « Maintenant laisse-moi », telle est la parole remarquable de Dieu à Moïse, au moment où Moïse allait intercéder pour les enfants d’Israël. (Exode 32:10.) Aussi longtemps qu’Abraham demanda miséricorde pour Sodome, le Seigneur ne cessa d’accorder. Il ne cessa d’accorder que lorsqu’Abraham cessa de prier. (Genèse 18:17-33.) Pensez à cela. N’est-ce pas là un encouragement ?
De quoi les hommes peuvent-ils avoir besoin de plus pour les amener à faire un pas quelconque dans la religion, que de ce que je viens de vous dire de la prière ? Que pourrait-on faire de plus pour rendre facile le chemin du propitiatoire et ôter du chemin du pécheur toute occasion de chute ? Assurément, si les démons de l’enfer avaient une telle porte ouverte devant eux, ils bondiraient d’allégresse et feraient retentir de joie l’abîme lui-même.
Mais où cachera-t-il sa tête, au dernier jour, celui qui néglige de si glorieux encouragements ? Que pourra-t-on bien dire en faveur de celui qui, après tout cela, meurt sans prière ? Assurément, il m’est permis de souhaiter ardemment que vous ne soyez pas cet homme-là. Assurément, j’ai bien le droit de vous demander : PRIEZ-VOUS ?
V. JE VOUS DEMANDE SI VOUS PRIEZ, PARCE QUE LA DILIGENCE DANS LA PRIÈRE EST LE SECRET D’UNE SAINTETÉ ÉMINENTE.
Sans contredit, il existe une grande différence entre les vrais chrétiens. Il y a une immense distance entre les premiers et les derniers rangs de l’armée de Dieu.
Tous combattent le même bon combat, mais combien certains combattent plus vaillamment que d’autres ! Tous font l’œuvre du Seigneur ; mais combien certains en font plus que d’autres ! Tous sont lumière dans le Seigneur ; mais combien certains brillent plus vivement que d’autres ! Tous courent la même course ; mais combien certains avancent plus vite que d’autres ! Tous aiment le même Seigneur et Sauveur ; mais combien certains l’aiment plus que d’autres ! Je le demande à tout vrai chrétien : n’en est-il pas ainsi ? Ces choses ne sont-elles pas vraies ?
Il est des enfants du Seigneur qui semblent ne jamais pouvoir avancer depuis le jour de leur conversion. Ils sont nés de nouveau, mais ils restent des nourrissons toute leur vie. Vous entendez de leur bouche la même vieille expérience. Vous remarquez chez eux le même manque d’appétit spirituel, le même manque d’intérêt pour tout ce qui dépasse leur propre petit cercle, que vous remarquiez il y a dix ans. Ce sont bien des pèlerins, mais des pèlerins semblables aux Gabaonites d’autrefois ; leur pain est toujours sec et moisi, leurs souliers toujours vieux, et leurs vêtements toujours usés et déchirés. (Josué 9:3-15.) Je le dis avec tristesse et avec douleur ; mais je le demande à tout vrai chrétien : n’est-ce pas la vérité ?
Il en est d’autres, parmi les enfants du Seigneur, qui semblent toujours avancer. Ils croissent comme l’herbe après la pluie ; ils se multiplient comme Israël en Égypte ; ils vont de l’avant comme Gédéon, parfois fatigués, mais poursuivant toujours. (Juges 8:4.) Sans cesse ils ajoutent grâce sur grâce, foi à la foi, force à la force. Chaque fois que vous les rencontrez, leur cœur semble plus large, et leur stature spirituelle plus haute et plus robuste. Chaque année, ils paraissent voir davantage, savoir davantage, croire davantage et sentir davantage dans leur religion. Non seulement ils ont de bonnes œuvres pour prouver la réalité de leur foi, mais ils en sont zélés. Non seulement ils font le bien, mais ils ne se lassent point de bien faire. Ils entreprennent de grandes choses, et ils accomplissent de grandes choses. Quand ils échouent, ils recommencent ; et quand ils tombent, ils sont bientôt relevés. Et pendant tout ce temps, ils se regardent comme de pauvres serviteurs inutiles, et s’imaginent qu’ils ne font rien du tout. Ce sont eux qui rendent la religion aimable et belle aux yeux de tous. Ils arrachent la louange même aux inconvertis, et gagnent l’estime même des égoïstes de ce monde. Cela fait du bien de les voir, d’être avec eux, de les entendre. Quand vous les rencontrez, vous pourriez croire que, comme Moïse, ils viennent tout juste de sortir de la présence de Dieu. (Exode 34:29-35.) Quand vous les quittez, vous vous sentez réchauffé par leur compagnie, comme si votre âme s’était tenue près d’un feu. Je sais que de telles personnes sont rares. Je demande seulement : n’en existe-t-il pas beaucoup de semblables ?
Or, comment expliquer la différence que je viens de décrire ? D’où vient que certains croyants sont tellement plus lumineux et plus saints que d’autres ? Je crois que cette différence, dix-neuf fois sur vingt, provient de différentes habitudes touchant la prière secrète. Je crois que ceux qui ne sont pas éminemment saints prient peu, et que ceux qui sont éminemment saints prient beaucoup.
J’ose dire que cette opinion surprendra quelques lecteurs. Je ne doute guère que beaucoup ne regardent la sainteté éminente comme une sorte de don spécial, auquel un petit nombre seulement peut prétendre aspirer. Ils l’admirent de loin, dans les livres. Ils la trouvent belle quand ils en voient un exemple près d’eux. Mais qu’elle soit à la portée d’autres que de quelques rares élus, une telle pensée ne semble jamais leur venir à l’esprit. En un mot, ils la considèrent comme une sorte de monopole accordé à quelques croyants privilégiés, mais certainement pas à tous.
Or, je crois que c’est là une erreur des plus dangereuses. Je crois que la grandeur spirituelle, aussi bien que la grandeur naturelle, dépend à un haut degré de l’usage fidèle de moyens qui sont à la portée de chacun. Je ne dis pas, bien entendu, que nous ayons le droit d’attendre un don miraculeux de facultés intellectuelles ; mais je dis bien que, lorsqu’un homme est une fois converti à Dieu, ses progrès dans la sainteté seront en grande partie à la mesure de sa propre diligence dans l’usage des moyens que Dieu a établis. Et j’affirme avec assurance que le principal moyen par lequel la plupart des croyants sont devenus grands dans l’Église de Christ, c’est l’habitude d’une prière secrète assidue.
Parcourez la vie des plus brillants et des meilleurs serviteurs de Dieu, qu’ils soient dans la Bible ou non. Voyez ce qui est écrit de Moïse, de David, de Daniel et de Paul. Remarquez ce qui est rapporté de Luther et de Bradford, les Réformateurs. Observez ce que l’on raconte des dévotions secrètes de Whitefield, de Cecil, de Venn, de Bickersteth et de McCheyne. Citez-moi un seul, dans toute la noble compagnie des saints et des martyrs, qui n’ait pas porté cette marque de la manière la plus éclatante : ils étaient des hommes de prière. Soyez-en sûrs, la prière est une puissance.
La prière obtient des effusions nouvelles et continuelles de l’Esprit. Lui seul commence l’œuvre de la grâce dans le cœur d’un homme. Lui seul peut la faire avancer et la faire prospérer. Mais le bon Esprit aime à être supplié. Et ceux qui demandent le plus recevront le plus de son influence.
La prière est le remède le plus sûr contre le diable et contre les péchés qui nous enveloppent. Il ne tiendra jamais ferme, le péché contre lequel on prie de tout son cœur. Le diable ne gardera jamais longtemps sa domination sur nous, si nous supplions le Seigneur de le chasser. Mais alors, il nous faut exposer tout notre cas devant notre céleste Médecin, si nous voulons qu’il nous accorde chaque jour du soulagement.
Désirez-vous croître dans la grâce et être un chrétien consacré ? Soyez bien certain, si vous le désirez, que vous ne sauriez avoir de question plus importante que celle-ci : PRIEZ-VOUS ?
VI. JE VOUS DEMANDE SI VOUS PRIEZ, PARCE QUE LA NÉGLIGENCE DE LA PRIÈRE EST L’UNE DES PLUS GRANDES CAUSES DE RÉTROGRADATION.
Il arrive que l’on recule dans la religion après avoir fait une belle profession. On peut bien courir pendant un temps, comme les Galates, puis se détourner à la suite de faux docteurs. On peut professer bien haut tant que les sentiments sont chauds, comme le fit Pierre, puis, à l’heure de l’épreuve, renier son Seigneur. On peut perdre son premier amour, comme les Éphésiens. On peut se refroidir dans son zèle à faire le bien, comme Jean Marc, le compagnon de Paul. On peut suivre un apôtre pendant un temps, puis, comme Démas, retourner au monde. Toutes ces choses, on peut les faire.
C’est une chose misérable que d’être un rétrograde. De tous les malheurs qui peuvent atteindre un homme, je crois que c’est le pire. Un navire échoué, un aigle à l’aile brisée, un jardin envahi par les mauvaises herbes, une harpe sans cordes, une église en ruine : tous ces spectacles sont tristes, mais un rétrograde est plus triste encore. Une conscience blessée — une âme écœurée d’elle-même — une mémoire pleine de reproches — un cœur transpercé des flèches du Seigneur — un esprit brisé par l’accusation intérieure — tout cela est un avant-goût de l’enfer. C’est un enfer sur la terre. Elle est vraiment solennelle et grave, cette parole du sage : « Celui dont le cœur s’égare se rassasie de ses voies. » (Proverbes 14:14.)
Or, quelle est la cause de la plupart des rétrogradations ? Je crois qu’en règle générale l’une des principales causes est la négligence de la prière secrète. Sans doute, l’histoire secrète des chutes ne sera pas connue avant le dernier jour. Je ne puis que donner mon opinion comme ministre de Christ et comme observateur du cœur humain. Cette opinion, je le répète nettement, c’est que la rétrogradation commence généralement par la négligence de la prière secrète.
La Bible lue sans prière ; des sermons entendus sans prière ; des mariages contractés sans prière ; des voyages entrepris sans prière ; des demeures choisies sans prière ; des amitiés formées sans prière ; l’acte quotidien de la prière lui-même expédié à la hâte, ou accompli sans cœur : voilà le genre de pentes par lesquelles plus d’un chrétien descend jusqu’à un état de paralysie spirituelle, ou en arrive au point où Dieu permet qu’il fasse une chute terrible.
Voilà le processus qui forme les Lots qui s’attardent, les Samsons inconstants, les Salomons idolâtres de leurs femmes, les Asas inconséquents, les Josaphats trop accommodants, les Marthes trop affairées, dont on trouve un si grand nombre dans l’Église de Christ. Souvent l’histoire toute simple de ces cas est celle-ci : ils sont devenus négligents à l’égard de la prière secrète.
Soyez bien sûrs que l’on tombe en secret longtemps avant de tomber en public. On rétrograde à genoux longtemps avant de rétrograder ouvertement aux yeux du monde. Comme Pierre, on néglige d’abord l’avertissement du Seigneur qui nous dit de veiller et de prier ; puis, comme Pierre, on voit sa force s’évanouir, et à l’heure de la tentation on renie son Seigneur. (Matthieu 26:40-75.)
Le monde remarque leur chute, et s’en moque bruyamment. Mais le monde ne sait rien de la véritable raison. Les païens réussirent à faire offrir de l’encens à une idole par un chrétien bien connu, en le menaçant d’un châtiment pire que la mort. Ils triomphèrent grandement à la vue de sa lâcheté et de son apostasie. Mais les païens ignoraient le fait que l’histoire nous rapporte : ce matin-là même, il avait quitté sa chambre à la hâte, et sans achever ses prières habituelles.
Si vous êtes vraiment chrétien, j’espère que vous ne serez jamais un rétrograde. Mais si vous ne voulez pas devenir un chrétien rétrograde, souvenez-vous de la question que je vous pose : PRIEZ-VOUS ?
VII. JE VOUS DEMANDE ENFIN SI VOUS PRIEZ, PARCE QUE LA PRIÈRE EST L’UN DES MEILLEURS MOYENS DE BONHEUR ET DE CONTENTEMENT.
Nous vivons dans un monde où le chagrin abonde. Tel a toujours été son état depuis que le péché y est entré. Il ne peut y avoir de péché sans chagrin. Et tant que le péché n’aura pas été chassé du monde, c’est en vain que l’on s’imaginerait pouvoir échapper au chagrin.
Certains, sans aucun doute, ont une plus large coupe de chagrin à boire que d’autres. Mais on en trouve peu qui vivent longtemps sans chagrins ou sans soucis d’une sorte ou d’une autre. Nos corps, nos biens, nos familles, nos enfants, nos parents, nos serviteurs, nos amis, nos voisins, nos occupations dans le monde : toutes ces choses, chacune et ensemble, sont des sources de souci. Les maladies, les deuils, les pertes, les déceptions, les départs, les séparations, l’ingratitude, la calomnie : tout cela est chose commune. Nous ne pouvons traverser la vie sans les rencontrer. Un jour ou l’autre, elles nous trouvent. Plus nos affections sont grandes, plus nos afflictions sont profondes ; et plus nous aimons, plus nous avons à pleurer.
Et quel est le meilleur moyen de garder la sérénité dans un monde tel que celui-ci ? Comment traverserons-nous cette vallée de larmes avec le moins de douleur ? Je ne connais pas de meilleur moyen que l’habitude de tout porter à Dieu dans la prière.
Tel est le conseil simple que donne la Bible, dans l’Ancien Testament comme dans le Nouveau. Que dit le psalmiste ? « Et invoque-moi au jour de la détresse; Je te délivrerai, et tu me glorifieras. » (Psaumes 50:15.) « Remets ton sort à l’Éternel, et il te soutiendra, Il ne laissera jamais chanceler le juste. » (Psaumes 55:23.) Que dit l’apôtre Paul ? « Ne vous inquiétez de rien; mais en toute chose faites connaître vos besoins à Dieu par des prières et des supplications, avec des actions de grâces. Et la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera vos cœurs et vos pensées en Jésus-Christ. » (Philippiens 4:6, 7.) Que dit l’apôtre Jacques ? « Quelqu’un parmi vous est-il dans la souffrance? Qu’il prie. » (Jacques 5:13.)
Telle fut la pratique de tous les saints dont l’histoire nous est rapportée dans les Écritures. C’est ce que fit Jacob lorsqu’il craignait son frère Ésaü. C’est ce que fit Moïse lorsque le peuple était prêt à le lapider dans le désert. C’est ce que fit Josué lorsque Israël eut été battu devant les hommes d’Aï. C’est ce que fit David lorsqu’il était en danger à Keïla. C’est ce que fit Ézéchias lorsqu’il reçut la lettre de Sennachérib. C’est ce que fit l’Église lorsque Pierre fut mis en prison. C’est ce que fit Paul lorsqu’il fut jeté au cachot à Philippes.
La seule manière d’être vraiment heureux dans un monde tel que celui-ci, c’est de remettre sans cesse tous nos soucis à Dieu. C’est de vouloir porter eux-mêmes leurs fardeaux qui rend si souvent les croyants tristes. S’ils veulent bien dire leurs peines à Dieu, il les rendra capables de les porter aussi aisément que Samson porta les portes de Gaza. (Juges 16:3.) S’ils sont résolus à les garder pour eux, ils découvriront un jour que la sauterelle même leur devient un fardeau.
Il est un ami toujours prêt à nous secourir, si nous voulons bien épancher devant lui notre chagrin—un ami qui eut pitié des pauvres, des malades et des affligés, lorsqu’il était sur la terre—un ami qui connaît le cœur de l’homme, car il a vécu trente-trois ans comme homme parmi nous—un ami qui sait pleurer avec ceux qui pleurent, car il fut un homme de douleur, habitué à la souffrance—un ami qui peut nous secourir, car il n’y eut jamais de douleur terrestre qu’il ne pût guérir. Cet ami, c’est Jésus-Christ. Le chemin du bonheur, c’est d’ouvrir toujours notre cœur devant lui. Oh ! si nous étions tous semblables à ce pauvre esclave chrétien qui, menacé et châtié, ne répondait que ces mots : « Il faut que je le dise au Seigneur. »
Jésus peut rendre heureux ceux qui se confient en lui et qui l’invoquent, quelle que soit leur condition extérieure. Il peut leur donner la paix du cœur dans une prison, le contentement au sein de la pauvreté, la consolation au milieu des deuils, la joie au bord de la tombe. Il y a en lui une puissante plénitude pour tous ses membres qui croient—une plénitude toute prête à se répandre sur quiconque voudra la demander par la prière. Oh ! si les hommes pouvaient comprendre que le bonheur ne dépend pas des circonstances extérieures, mais de l’état du cœur.
La prière peut alléger nos croix, si lourdes soient-elles. Elle peut faire descendre à nos côtés Celui qui nous aidera à les porter. La prière peut nous ouvrir une porte quand notre chemin semble fermé d’une haie. Elle peut faire descendre Celui qui dira : « Voici le chemin, marchez-y! » (Ésaïe 30:21.) La prière peut laisser entrer un rayon d’espérance quand toutes nos perspectives terrestres semblent obscurcies. Elle peut faire descendre Celui qui dira : « Je ne te délaisserai point, et je ne t’abandonnerai point. » (Hébreux 13:5) La prière peut nous obtenir du soulagement quand ceux que nous aimons le plus nous sont enlevés et que le monde nous paraît vide. Elle peut faire descendre Celui qui peut combler de lui-même le vide de notre cœur, et dire aux flots qui s’agitent au-dedans : « Silence! Tais-toi! » (Marc 4:39.) Oh ! si les hommes ne ressemblaient pas tant à Agar dans le désert, aveugles devant le puits d’eaux vives tout proche d’eux. (Genèse 21:14-19.)
Je veux que vous soyez heureux. Je sais que je ne puis vous poser de question plus utile que celle-ci : PRIEZ-VOUS ?
Et maintenant, il est grand temps pour moi de mettre fin à ce traité. J’espère avoir placé devant vous des choses qui seront sérieusement méditées. Je prie Dieu de tout cœur que cette méditation soit bénie pour votre âme.
Permettez-moi d’adresser un dernier mot À CEUX QUI NE PRIENT PAS. Je n’ose supposer que tous ceux qui lisent ces pages soient des gens qui prient. Si vous êtes de ceux qui ne prient pas, souffrez que je vous parle aujourd’hui de la part de Dieu.
Lecteur qui ne priez pas, je ne puis que vous avertir, mais je vous avertis de la manière la plus solennelle. Je vous avertis que vous êtes dans une position d’un danger effroyable. Si vous mourez dans votre état présent, vous êtes une âme perdue. Vous ne ressusciterez que pour être éternellement malheureux. Je vous avertis que, de tous ceux qui font profession d’être chrétiens, vous êtes absolument sans excuse. Il n’y a pas une seule bonne raison que vous puissiez alléguer pour vivre sans prière.
Il est inutile de dire que vous ne savez pas prier. La prière est l’acte le plus simple de toute la religion. C’est simplement parler à Dieu. Il n’y faut, pour commencer, ni instruction, ni sagesse, ni science des livres. Il n’y faut que le cœur et la volonté. Le plus faible petit enfant sait crier quand il a faim. Le plus pauvre mendiant sait tendre la main pour demander l’aumône, et n’attend pas d’avoir trouvé de belles paroles. Le plus ignorant des hommes trouvera quelque chose à dire à Dieu, pour peu qu’il en ait seulement le désir.
Il est inutile de dire que vous n’avez pas de lieu commode pour prier. Chacun peut trouver un lieu assez retiré, s’il y est disposé. Notre Seigneur pria sur une montagne ; Pierre, sur le toit ; Isaac, dans les champs ; Nathanaël, sous le figuier ; Jonas, dans le ventre de la baleine. Tout lieu peut devenir une chambre secrète, un oratoire, un Béthel, et être pour nous la présence de Dieu.
Il est inutile de dire que vous n’avez pas le temps. Il y a du temps en abondance, si l’on veut bien l’employer. Le temps peut être court, mais il est toujours assez long pour la prière. Daniel avait sur les bras les affaires d’un royaume, et pourtant il priait trois fois par jour. (Daniel 2:48 ; 6:10.) David régnait sur une nation puissante, et pourtant il dit : « Le soir, le matin, et à midi, je soupire et je gémis, Et il entendra ma voix. » (Psaumes 55:18.) Quand on veut vraiment du temps, on peut toujours en trouver.
Il est inutile de dire que vous ne pouvez pas prier avant d’avoir la foi et un cœur nouveau, et que vous devez rester assis à les attendre. C’est ajouter péché sur péché. C’est déjà bien assez d’être inconverti et en chemin vers l’enfer. C’est pire encore de dire : « Je le sais, mais je ne crierai pas pour obtenir miséricorde. » C’est là un genre d’argument que rien n’autorise dans l’Écriture. « Invoquez-le, tandis qu’il est près », dit Ésaïe. (Ésaïe 55:6.) « Apportez avec vous des paroles, Et revenez à l’Éternel », dit Osée. (Osée 14:2.) « Repens-toi », dit Pierre à Simon le magicien, « et prie le Seigneur ». (Actes 8:22.) Si vous voulez la foi et un cœur nouveau, allez, et criez au Seigneur pour les obtenir. La simple tentative de prier a souvent été ce qui a vivifié une âme morte.
Oh ! lecteur qui ne priez pas, qui êtes-vous donc, et qu’êtes-vous, pour ne vouloir rien demander à Dieu ? Avez-vous fait alliance avec la mort et avec l’enfer ? Êtes-vous en paix avec le ver et le feu ? N’avez-vous point de péchés à faire pardonner ? N’avez-vous aucune crainte du tourment éternel ? N’avez-vous aucun désir du ciel ? Oh ! si vous vouliez vous réveiller de votre folie présente. Oh ! si vous vouliez considérer votre fin dernière. Oh ! si vous vouliez vous lever et invoquer Dieu. Hélas ! un jour vient où beaucoup prieront à grands cris : « Seigneur, Seigneur, ouvre-nous », mais trop tard ; où beaucoup crieront aux rochers de tomber sur eux et aux collines de les couvrir, qui n’auront jamais crié à Dieu. (Matthieu 25:11 ; Apocalypse 6:16.) En toute affection, je vous avertis : prenez garde que ce ne soit là la fin de votre âme. Le salut est tout près de vous. Ne perdez pas le ciel faute de l’avoir demandé.
Permettez-moi de parler À CEUX QUI ONT UN RÉEL DÉSIR DU SALUT, mais qui ne savent quelles démarches entreprendre, ni par où commencer. Je ne puis m’empêcher d’espérer que quelques lecteurs se trouvent dans cet état d’esprit, et n’y en eût-il qu’un seul, je dois lui offrir un conseil affectueux.
Dans tout voyage, il faut un premier pas. Il faut passer de l’immobilité à la marche en avant. Les marches d’Israël, de l’Égypte à Canaan, furent longues et pénibles. Quarante ans s’écoulèrent avant qu’ils eussent passé le Jourdain. Pourtant il y eut quelqu’un qui se mit en mouvement le premier lorsqu’ils partirent de Ramsès pour Succoth. Quand un homme fait-il vraiment son premier pas pour sortir du péché et du monde ? Il le fait le jour où, pour la première fois, il prie de tout son cœur.
Dans toute construction, il faut que la première pierre soit posée et que le premier coup soit frappé. L’arche fut cent vingt ans en construction. Pourtant il y eut un jour où Noé porta la hache au premier arbre qu’il abattit pour la bâtir. Le temple de Salomon était un édifice glorieux. Mais il y eut un jour où la première pierre énorme fut posée profondément sur le mont Morija. Quand l’édifice de l’Esprit commence-t-il vraiment à paraître dans le cœur d’un homme ? Il commence, autant que nous en pouvons juger, lorsque, pour la première fois, il répand son cœur devant Dieu dans la prière.
Si vous désirez le salut et voulez savoir ce que vous devez faire, je vous conseille d’aller aujourd’hui même au Seigneur Jésus-Christ, dans le premier lieu retiré que vous pourrez trouver, et de le supplier dans la prière, avec ardeur et de tout votre cœur, de sauver votre âme.
Dites-lui que vous avez appris qu’il reçoit les pécheurs, et qu’il a dit : « je ne mettrai pas dehors celui qui vient à moi » (Jean 6:37.) Dites-lui que vous êtes un pauvre et vil pécheur, et que vous venez à lui sur la foi de sa propre invitation. Dites-lui que vous vous remettez tout entier et sans réserve entre ses mains : que vous vous sentez vil, impuissant et sans espoir en vous-même ; et qu’à moins qu’il ne vous sauve, vous n’avez aucune espérance d’être jamais sauvé. Suppliez-le de vous délivrer de la culpabilité, de la puissance et des conséquences du péché. Suppliez-le de vous pardonner et de vous laver dans son propre sang. Suppliez-le de vous donner un cœur nouveau et de mettre le Saint-Esprit dans votre âme. Suppliez-le de vous donner la grâce, la foi, la volonté et la force d’être son disciple et son serviteur dès ce jour et pour toujours. Oh ! lecteur, allez aujourd’hui même dire ces choses au Seigneur Jésus-Christ, si vous êtes vraiment sérieux au sujet de votre âme.
Dites-le-lui à votre manière, et avec vos propres mots. Si un médecin venait vous voir quand vous êtes malade, vous sauriez bien lui dire où vous avez mal. Si votre âme sent vraiment sa maladie, vous trouverez sûrement quelque chose à dire à Christ.
Ne doutez pas de sa volonté de vous sauver parce que vous êtes pécheur. C’est l’office de Christ de sauver les pécheurs. Il le dit lui-même : « Je ne suis pas venu appeler à la repentance des justes, mais des pécheurs. » (Luc 5:32.)
N’attendez pas sous prétexte que vous vous sentez indigne. N’attendez rien. N’attendez personne. L’attente vient du diable. Tel que vous êtes, allez à Christ. Plus vous êtes mauvais, plus vous avez besoin de recourir à lui. Vous ne vous amenderez jamais en vous tenant à l’écart.
Ne craignez pas parce que votre prière est balbutiante, vos paroles faibles et votre langage pauvre. Jésus peut vous comprendre. De même qu’une mère comprend les premiers bégaiements de son petit enfant, ainsi le Sauveur béni comprend les pécheurs. Il sait lire un soupir et découvrir un sens dans un gémissement.
Ne désespérez pas parce que vous n’obtenez pas de réponse sur-le-champ. Pendant que vous parlez, Jésus écoute. S’il diffère sa réponse, ce n’est que pour de sages raisons, et pour éprouver si vous êtes sincère. La réponse viendra sûrement. Si elle tarde, attendez-la. Elle viendra sûrement.
Oh ! lecteur, si vous avez quelque désir d’être sauvé, souvenez-vous du conseil que je vous ai donné en ce jour. Mettez-le en pratique avec droiture et de tout votre cœur, et vous serez sauvé.
Permettez-moi de m’adresser, en dernier lieu, À CEUX QUI PRIENT. J’ai la confiance que quelques-uns de ceux qui lisent ce traité savent bien ce qu’est la prière et ont reçu l’Esprit d’adoption. À tous ceux-là, j’adresse quelques mots de conseil et d’exhortation fraternels. L’encens offert dans le tabernacle devait être préparé d’une manière déterminée. Toute espèce d’encens ne convenait pas. Souvenons-nous-en, et veillons avec soin sur la matière et sur la manière de nos prières.
Frères qui priez, si je connais quelque chose du cœur d’un chrétien, vous êtes souvent las de vos propres prières. Jamais vous n’entrez aussi pleinement dans les paroles de l’apôtre : « quand je veux faire le bien, le mal est attaché à moi », que vous le faites parfois à genoux. (Romains 7:21.) Vous pouvez comprendre David quand il déclare haïr les pensées vaines. (Psaumes 119:113.) Vous pouvez partager les sentiments de ce pauvre Hottentot converti que l’on entendit prier ainsi : « Seigneur, délivre-moi de tous mes ennemis, et surtout de ce méchant homme — moi-même. » Il est peu d’enfants de Dieu qui ne trouvent souvent le temps de la prière un temps de combat. Le diable nourrit une colère toute particulière contre nous lorsqu’il nous voit à genoux. Pourtant, je crois que les prières qui ne nous coûtent aucune peine doivent être regardées avec une grande défiance. Je crois que nous sommes de bien pauvres juges de la valeur de nos prières, et que la prière qui nous plaît le moins est souvent celle qui plaît le plus à Dieu. Souffrez donc que, compagnon de lutte dans le combat chrétien, je vous adresse quelques mots d’exhortation. Il est au moins une chose que nous sentons tous : il faut prier. Nous ne pouvons y renoncer. Il faut persévérer.
Je recommande donc à votre attention l’importance de la révérence et de l’humilité dans la prière. N’oublions jamais ce que nous sommes, ni quelle chose solennelle c’est que de parler avec Dieu. Gardons-nous de nous précipiter en sa présence avec insouciance et légèreté. Disons-nous à nous-mêmes : « Je suis sur une terre sainte. Ce lieu n’est rien de moins que la porte des cieux. Si je ne pense pas ce que je dis, je me joue de Dieu. Si je conçois l’iniquité dans mon cœur, le Seigneur ne m’exaucera pas. » (Exode 3:5 ; Genèse 28:17 ; Psaumes 66:18.) Gardons présentes à l’esprit les paroles de Salomon : « Ne te presse pas d’ouvrir la bouche, et que ton cœur ne se hâte pas d’exprimer une parole devant Dieu; car Dieu est au ciel, et toi sur la terre ». (Ecclésiaste 5:2.) Quand Abraham parla à Dieu, il se nomma lui-même « poudre et cendre ». Quand Job parla à Dieu, il dit : « Voici, je suis trop peu de chose ». Faisons de même. (Genèse 18:27 ; Job 40:4.)
Je vous recommande l’importance de prier selon l’Esprit. J’entends par là que nous devons toujours travailler à avoir, dans nos prières, le secours direct de l’Esprit, et nous garder par-dessus tout du formalisme. Il n’est rien de si spirituel qui ne puisse devenir une forme, et cela est particulièrement vrai de la prière secrète. Nous pouvons prendre insensiblement l’habitude d’employer les mots les plus justes qui soient et de présenter les requêtes les plus conformes à l’Écriture, et cependant tout faire machinalement, sans rien sentir, et tourner chaque jour dans un vieux sentier battu. Je voudrais toucher ce point avec prudence et délicatesse. Je sais qu’il y a certaines choses dont nous avons besoin chaque jour, et qu’il n’y a rien de nécessairement formaliste à les demander dans les mêmes termes. Le monde, le diable et notre cœur sont chaque jour les mêmes. Il nous faut nécessairement repasser chaque jour par le même terrain. Mais voici ce que je dis : nous devons être très vigilants sur ce point. Si la charpente et l’esquisse de nos prières deviennent, par l’habitude, presque une forme, efforçons-nous que leur vêtement et leur remplissage soient, autant que possible, de l’Esprit. Quant à prier dans un livre pendant nos dévotions particulières, c’est une habitude que je ne saurais louer. Si nous pouvons dire à nos médecins l’état de notre corps sans livre, nous devrions pouvoir dire à Dieu l’état de notre âme. Je n’ai aucune objection à ce qu’une personne se serve de béquilles quand elle commence à se remettre d’un membre brisé. Mieux vaut user de béquilles que de ne pas marcher du tout. Mais si je la voyais toute sa vie sur des béquilles, je ne penserais pas qu’il y eût là matière à félicitations. J’aimerais la voir assez forte pour jeter ses béquilles.
Je vous recommande l’importance de faire de la prière une affaire régulière de la vie. Je pourrais dire quelque chose du prix qu’il y a à avoir des heures régulières dans la journée pour la prière. Dieu est un Dieu d’ordre. Les heures du sacrifice du matin et du soir dans le temple juif n’avaient pas été fixées comme elles l’étaient sans raison. Le désordre est éminemment l’un des fruits du péché. Mais je ne voudrais placer personne sous le joug. Je dis seulement ceci : il est essentiel à la santé de votre âme de faire de la prière une partie des affaires de chaque vingt-quatre heures de votre vie. De même que vous accordez du temps au manger, au sommeil et aux affaires, accordez aussi du temps à la prière. Choisissez vous-mêmes vos heures et vos moments. À tout le moins, parlez avec Dieu le matin, avant de parler avec le monde ; et parlez avec Dieu le soir, après en avoir fini avec le monde. Mais tenez pour bien arrêté dans votre esprit que la prière est l’une des grandes choses de chaque jour. Ne la reléguez pas dans un coin. Ne lui donnez pas les restes et les rognures de vos devoirs. Quelle que soit l’autre chose dont vous faites une affaire, faites une affaire de la prière.
Je vous recommande l’importance de la persévérance dans la prière. Une fois l’habitude prise, n’y renoncez jamais. Votre cœur vous dira parfois : « Vous avez eu la prière en famille : quel grand mal y aurait-il à omettre la prière secrète ? » Votre corps vous dira parfois : « Vous êtes souffrant, ou somnolent, ou fatigué ; vous n’avez pas besoin de prier. » Votre esprit vous dira parfois : « Vous avez aujourd’hui des affaires importantes à régler ; abrégez vos prières. » Regardez toutes ces suggestions comme venant directement de Satan. Elles reviennent toutes à dire : « Négligez votre âme. » Je ne soutiens pas que les prières doivent toujours être de la même longueur ; mais je dis bien : ne laissez aucune excuse vous faire abandonner la prière. Paul a dit : « Persévérez dans la prière » et : « Priez sans cesse. » (Colossiens 4:2 ; 1 Thessaloniciens 5:17.) Il ne voulait pas dire qu’il faille être toujours à genoux, mais il voulait bien dire que nos prières doivent être comme l’holocauste perpétuel, fidèlement entretenu chaque jour ; qu’elles doivent être comme les semailles et la moisson, l’été et l’hiver, revenant sans cesse en leurs saisons régulières ; qu’elles doivent être comme le feu sur l’autel, qui ne consumait pas toujours des sacrifices, mais ne s’éteignait jamais entièrement. N’oubliez jamais que vous pouvez relier vos dévotions du matin et du soir par une chaîne ininterrompue de courtes prières jaillissantes tout au long du jour. Même en compagnie, ou dans les affaires, ou dans la rue même, vous pouvez envoyer en silence vers Dieu de petits messagers ailés, comme le fit Néhémie en la présence même d’Artaxerxès. (Néhémie 2:4.) Et ne pensez jamais que soit perdu le temps donné à Dieu. Une nation ne s’appauvrit pas parce qu’elle perd, en observant le sabbat, une année de jours ouvrables sur sept. Un chrétien ne trouve jamais qu’il est perdant, à la longue, à persévérer dans la prière.
Je vous recommande l’importance de l’ardeur dans la prière. Ce n’est pas qu’il faille crier, ou s’écrier, ou parler très fort, pour prouver qu’on est sincère. Mais il est désirable que nous soyons cordiaux, fervents et chaleureux, et que nous demandions comme si nous prenions réellement à cœur ce que nous faisons. Car il est écrit : « La prière fervente du juste a une grande efficace. » (Jacques 5:16.) Telle est la leçon que nous enseignent les expressions dont l’Écriture se sert au sujet de la prière. Elle est appelée « crier, frapper, lutter, travailler, combattre ». Telle est la leçon que nous enseignent les exemples de l’Écriture. Jacob en est un. Il dit à l’ange, à Penuel : « Je ne te laisserai point aller, que tu ne m’aies béni. » (Genèse 32:26.) Daniel en est un autre. Écoutez comme il plaidait auprès de Dieu : « Seigneur, écoute! Seigneur, pardonne! Seigneur, sois attentif! Agis et ne tarde pas, par amour pour toi, ô mon Dieu! » (Daniel 9:19.) Notre Seigneur Jésus-Christ en est un autre. Il est écrit de lui que, « dans les jours de sa chair », il a présenté « avec de grands cris et avec larmes des prières et des supplications ». (Hébreux 5:7.) Hélas ! que cela ressemble peu à beaucoup de nos supplications ! Combien elles paraissent molles et tièdes en comparaison ! Avec quelle vérité Dieu pourrait dire à beaucoup d’entre nous : « Vous ne désirez pas vraiment ce que vous demandez dans vos prières. » Efforçons-nous de corriger ce défaut. Frappons fort à la porte de la grâce, comme Miséricorde dans le Voyage du pèlerin, comme si nous devions périr à moins d’être exaucés. Tenons pour bien arrêté dans notre esprit que des prières froides sont un sacrifice sans feu. Souvenons-nous de l’histoire de Démosthène, le grand orateur, lorsqu’un homme vint le trouver pour lui demander de plaider sa cause. Il l’écouta sans attention, tandis que l’homme racontait son histoire sans ardeur. L’homme s’en aperçut et s’écria avec angoisse que tout était vrai. « Ah ! dit Démosthène, maintenant je vous crois. »
Je vous recommande l’importance de prier avec foi. Nous devrions nous efforcer de croire que nos prières sont entendues, et que si nous demandons des choses selon la volonté de Dieu, nous serons exaucés. C’est là le commandement formel de notre Seigneur Jésus-Christ : « Tout ce que vous demanderez en priant, croyez que vous l’avez reçu, et vous le verrez s’accomplir. » (Marc 11:24.) La foi est à la prière ce que la plume est à la flèche : sans elle, la prière n’atteindra pas le but. Nous devrions cultiver l’habitude de faire valoir les promesses dans nos prières.
Nous devrions emporter avec nous quelques promesses, et dire : « Seigneur, voici ta propre parole engagée. Fais pour nous comme tu l’as dit. » Telle était l’habitude de Jacob, de Moïse et de David. Le Psaume 119 est rempli de demandes faites « selon ta parole ». Par-dessus tout, nous devrions cultiver l’habitude d’attendre la réponse à nos prières. Nous devrions faire comme le négociant qui envoie ses navires en mer. Nous ne devrions pas être satisfaits tant que nous ne voyons pas quelque retour. Hélas ! il est peu de points sur lesquels les chrétiens restent autant en défaut que sur celui-ci. L’Église de Jérusalem fit sans cesse des prières pour Pierre en prison ; mais lorsque la prière fut exaucée, c’est à peine si l’on voulut y croire. (Actes 12:15.) C’est une parole solennelle que celle de Robert Traill : « Il n’est pas de marque plus sûre de légèreté dans la prière que lorsque les hommes ne se soucient pas de ce qu’ils obtiennent par la prière. »
Je vous recommande l’importance de la hardiesse dans la prière. Il y a dans les prières de certaines personnes une familiarité malséante que je ne saurais louer. Mais il existe une sainte hardiesse, qui est infiniment désirable. J’entends une hardiesse comme celle de Moïse, lorsqu’il supplie Dieu de ne pas détruire Israël. « Pourquoi, dit-il, les Égyptiens diraient-ils: “C’est pour leur malheur qu’il les a fait sortir, c’est pour les tuer dans les montagnes” ? Reviens de l’ardeur de ta colère. » (Exode 32:12.) J’entends une hardiesse comme celle de Josué, lorsque les enfants d’Israël eurent été battus devant les hommes d’Aï : « Et que feras-tu, dit-il, pour ton grand nom? » (Josué 7:9.) C’est par cette hardiesse-là que Luther se distinguait. Quelqu’un qui l’avait entendu prier disait : « Quel esprit, quelle confiance dans ses expressions mêmes ! Il suppliait avec une telle révérence, comme quelqu’un qui mendie auprès de Dieu, et pourtant avec une telle espérance et une telle assurance, comme s’il parlait à un père ou à un ami plein d’amour. » C’est cette hardiesse qui distinguait Bruce, un grand théologien écossais du dix-septième siècle. On disait de ses prières qu’elles étaient « comme des traits lancés jusqu’au ciel ». Ici encore, je le crains, nous restons tristement en défaut. Nous ne comprenons pas assez les privilèges du croyant. Nous ne plaidons pas aussi souvent que nous le pourrions : « Seigneur, ne sommes-nous pas ton propre peuple ? N’est-ce pas pour ta gloire que nous devons être sanctifiés ? N’est-ce pas pour ton honneur que ton Évangile doit s’étendre ? »
Je vous recommande l’importance de l’abondance dans la prière. Je n’oublie pas que notre Seigneur nous met en garde contre l’exemple des pharisiens, qui faisaient pour l’apparence de longues prières, et qu’il nous ordonne, quand nous prions, de ne pas multiplier de vaines paroles. Mais je ne puis oublier non plus qu’il a donné sa propre approbation aux dévotions amples et prolongées, en passant toute la nuit à prier Dieu. En tout cas, il n’est guère à craindre, de nos jours, que nous péchions par excès de prière. Ne faudrait-il pas plutôt craindre que beaucoup de croyants de cette génération ne prient trop peu ? Le temps que beaucoup de chrétiens consacrent réellement à la prière n’est-il pas, au total, bien petit ? Je crains qu’on ne puisse répondre à ces questions de façon satisfaisante. Je crains que les dévotions privées de beaucoup ne soient douloureusement maigres et restreintes, tout juste suffisantes pour prouver qu’ils sont vivants, et rien de plus. Ils semblent vraiment ne désirer que peu de chose de Dieu. Ils semblent n’avoir que peu à confesser, peu à demander, et peu de sujets de lui rendre grâces. Hélas ! cela est entièrement faux. Rien n’est plus commun que d’entendre des croyants se plaindre de ne pas avancer. Ils nous disent qu’ils ne croissent pas dans la grâce comme ils le voudraient. N’y a-t-il pas plutôt lieu de soupçonner que beaucoup ont tout autant de grâce qu’ils en demandent ? N’est-ce pas là la véritable explication pour beaucoup : ils ont peu, parce qu’ils demandent peu ? La cause de leur faiblesse se trouve dans leurs prières chétives, rabougries, écourtées, étriquées, précipitées, étroites et mesquines. Ils ne possèdent pas, parce qu’ils ne demandent pas. Oh ! nous ne sommes point à l’étroit en Christ, mais en nous-mêmes. Le Seigneur dit : « Ouvre ta bouche, et je la remplirai. » (Psaumes 81:11.) Mais nous ressemblons au roi d’Israël qui frappa trois fois contre terre et s’arrêta, alors qu’il aurait dû frapper cinq ou six fois. (2 Rois 13:14-19.)
Je vous recommande l’importance de la précision dans la prière. Nous ne devrions pas nous contenter de requêtes générales. Nous devrions exposer en détail nos besoins devant le trône de la grâce. Il ne devrait pas suffire de confesser que nous sommes pécheurs ; nous devrions nommer les péchés dont notre conscience nous dit que nous sommes le plus coupables. Il ne devrait pas suffire de demander la sainteté ; nous devrions nommer les grâces qui nous font le plus défaut, à ce que nous sentons. Il ne devrait pas suffire de dire au Seigneur que nous sommes dans la détresse ; nous devrions décrire notre détresse et toutes ses particularités. C’est ce que fit Jacob lorsqu’il craignait son frère Ésaü. Il dit à Dieu exactement ce qu’il redoute. (Genèse 32:11.) C’est ce que fit Éliézer, lorsqu’il cherchait une épouse pour le fils de son maître. Il expose devant Dieu précisément ce dont il a besoin. (Genèse 24:12.) C’est ce que fit Paul lorsqu’il eut une écharde dans la chair. Il pria le Seigneur. (2 Corinthiens 12:8.) Voilà la vraie foi et la vraie confiance. Nous devrions croire que rien n’est trop petit pour être nommé devant Dieu. Que penserions-nous du malade qui dirait à son médecin qu’il est souffrant, mais n’entrerait jamais dans les détails ? Que penserions-nous de l’épouse qui dirait à son mari qu’elle est malheureuse, mais n’en préciserait pas la cause ? Que penserions-nous de l’enfant qui dirait à son père qu’il est dans la peine, mais rien de plus ? Christ est le véritable époux de l’âme, le véritable médecin du cœur, le vrai père de tout son peuple. Montrons que nous le sentons en étant sans réserve dans nos entretiens avec lui. Ne lui cachons aucun secret. Disons-lui tout notre cœur.
Je vous recommande l’importance de l’intercession dans nos prières. Nous sommes tous égoïstes par nature, et notre égoïsme est fort enclin à s’attacher à nous, même lorsque nous sommes convertis. Il y a en nous une tendance à ne penser qu’à notre propre âme, à nos propres combats spirituels, à nos propres progrès dans la religion, et à oublier les autres. Contre cette tendance, nous avons tous besoin de veiller et de lutter, et non le moins dans nos prières. Nous devrions nous appliquer à avoir un esprit tourné vers le bien commun. Nous devrions nous exciter nous-mêmes à nommer d’autres noms que le nôtre devant le trône de la grâce. Nous devrions nous efforcer de porter dans notre cœur le monde entier, les païens, les Juifs, les catholiques romains, le corps des vrais croyants, les Églises protestantes professantes, le pays où nous vivons, l’assemblée à laquelle nous appartenons, la maison où nous séjournons, les amis et les parents auxquels nous sommes liés. Pour chacun d’eux et pour tous, nous devrions plaider. C’est là la plus haute charité. Ceux qui m’aiment le mieux sont ceux qui m’aiment dans leurs prières. C’est là ce qui fait la santé de notre âme. Cela élargit nos sympathies et dilate notre cœur. C’est là ce qui fait le bien de l’Église. Les rouages de toute la machinerie destinée à répandre l’Évangile sont mis en mouvement par la prière. Ceux qui intercèdent comme Moïse sur la montagne en font autant pour la cause du Seigneur que ceux qui combattent comme Josué au plus fort de la bataille. C’est là ressembler à Christ. Il porte les noms de son peuple, comme son Souverain Sacrificateur, devant le Père. Oh ! quel privilège que de ressembler à Jésus ! C’est là être un vrai soutien pour les pasteurs. S’il me fallait choisir une assemblée, donnez-moi un peuple qui prie.
Je vous recommande l’importance de la reconnaissance dans la prière. Je sais bien que demander à Dieu est une chose, et louer Dieu en est une autre. Mais je vois dans la Bible un lien si étroit entre la prière et la louange que je n’ose appeler véritable prière celle où la reconnaissance n’a aucune part. Ce n’est pas pour rien que Paul dit : « faites connaître vos besoins à Dieu par des prières et des supplications, avec des actions de grâces. » (Philippiens 4:6.) « Persévérez dans la prière, veillez-y avec actions de grâces. » (Colossiens 4:2.) C’est par miséricorde que nous ne sommes pas en enfer. C’est par miséricorde que nous avons l’espérance du ciel. C’est par miséricorde que nous vivons dans un pays de lumière spirituelle. C’est par miséricorde que nous avons été appelés par l’Esprit, et non abandonnés à récolter le fruit de nos propres voies. C’est par miséricorde que nous vivons encore et que nous avons l’occasion de glorifier Dieu, activement ou passivement. Assurément, ces pensées devraient se presser dans notre esprit chaque fois que nous parlons avec Dieu. Assurément, nous ne devrions jamais ouvrir les lèvres pour prier sans bénir Dieu pour cette libre grâce par laquelle nous vivons, et pour cette bonté qui dure à toujours. Jamais il n’y eut de saint éminent qui ne fût rempli de reconnaissance. Paul n’écrit presque jamais une épître sans commencer par l’action de grâces. Des hommes comme Whitefield au siècle dernier, et Bickersteth de notre temps, abondaient en actions de grâces. Oh ! lecteur, si nous voulons être des lumières brillantes et ardentes en notre temps, il nous faut entretenir un esprit de louange. Que nos prières soient des prières reconnaissantes.
Je vous recommande l’importance de la vigilance à l’égard de vos prières. La prière est le point de la religion où vous devez, plus que partout ailleurs, vous tenir sur vos gardes. C’est ici que la vraie religion commence ; c’est ici qu’elle fleurit, et c’est ici qu’elle dépérit. Dites-moi ce que sont les prières d’une personne, et je vous dirai bientôt l’état de son âme. La prière est le pouls spirituel. C’est par elle que la santé spirituelle peut être éprouvée. La prière est le baromètre spirituel. C’est par elle que nous pouvons savoir s’il fait beau ou mauvais temps dans notre cœur. Oh ! ayons continuellement l’œil sur nos dévotions privées. C’est ici le cœur même de notre christianisme pratique. Les sermons, les livres et les traités, les réunions de comités et la compagnie des gens de bien sont tous bons à leur manière, mais ils ne compenseront jamais la négligence de la prière en secret. Remarquez bien les lieux, les sociétés et les compagnons qui détraquent votre cœur pour la communion avec Dieu et qui rendent vos prières pesantes et laborieuses. Là, soyez sur vos gardes. Observez attentivement quels amis et quelles occupations laissent votre âme dans la disposition la plus spirituelle, et la plus prête à parler avec Dieu. À ceux-là, attachez-vous et tenez ferme. Si vous prenez soin de vos prières, rien n’ira jamais bien mal pour votre âme.
Je soumets ces points à votre méditation personnelle. Je le fais en toute humilité. Je ne connais personne qui ait plus besoin que moi-même qu’on les lui rappelle. Mais je crois qu’ils sont la vérité même de Dieu, et je désire, pour moi-même comme pour tous ceux que j’aime, que nous les ressentions davantage.
Je voudrais que les temps où nous vivons soient des temps de prière. Je voudrais que les chrétiens de notre époque soient des chrétiens qui prient. Je voudrais que l’Église soit une Église qui prie. Le désir de mon cœur et ma prière, en publiant ce traité, sont de répandre un esprit de prière. Je voudrais que ceux qui n’ont encore jamais prié se lèvent et invoquent Dieu, et je voudrais que ceux qui prient veillent à ne pas prier mal.
Domaine public. Texte source de l’édition originale.
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