Texte
Colossiens 3:11
En bref
Trois petits mots, dit Ryle, sont « l’essence et la substance du christianisme ». Il suit Christ à travers les conseils de Dieu, à travers chaque livre de la Bible, à travers la justification, la sainteté, la consolation et l’espérance du croyant, et jusque dans le ciel. Puis il met en garde contre une religion sans Christ, ou Christ plus quelque chose, et presse les croyants de s’appuyer bien davantage sur lui.
« Christ est tout. »
LES paroles du texte placé en tête de ces pages sont peu nombreuses, brèves, et vite prononcées ; mais elles renferment de grandes choses. Comme ces paroles d’or : « Christ est ma vie », — « si je vis, ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi », — elles sont d’une richesse et d’une fécondité singulières. (Philippiens 1:21 ; Galates 2:20.)
Ces trois mots sont l’essence et la substance du christianisme. Si notre cœur peut vraiment y souscrire, notre âme se porte bien ; sinon, nous pouvons être certains qu’il nous reste encore beaucoup à apprendre.
Christ est le ressort principal du christianisme, tant doctrinal que pratique. Une juste connaissance de Christ est indispensable à une juste connaissance de la sanctification aussi bien que de la justification. Celui qui recherche la sainteté ne fera aucun progrès s’il ne donne pas à Christ la place qui lui revient.
Permettez-moi d’essayer de montrer à mes lecteurs en quel sens « Christ est tout » ; et de leur demander, pendant qu’ils lisent, de se juger eux-mêmes avec honnêteté, afin de ne pas faire naufrage au jugement du dernier jour.
I. Avant tout, comprenons bien que Christ est tout, dans tous les conseils de Dieu touchant l’homme.
(a) Il fut un temps où cette terre n’existait pas. Si solides que paraissent les montagnes, si illimitée que semble la mer, si hautes que paraissent les étoiles dans le ciel, — elles n’existaient pas autrefois. Et l’homme, avec toutes les hautes pensées qu’il a maintenant de lui-même, était une créature inconnue.
Et où était Christ alors ?
Déjà alors, Christ « était avec Dieu », « était Dieu », et était « égal avec Dieu ». (Jean 1:1 ; Philippiens 2:6.) Déjà alors, il était le Fils bien-aimé du Père : « tu m’as aimé avant la fondation du monde », dit-il. — « la gloire que j’avais auprès de toi avant que le monde fût. » — « J’ai été établie depuis l’éternité, Dès le commencement, avant l’origine de la terre. » (Jean 17:5, 24 ; Proverbes 8:23.) Déjà alors, il était le Sauveur prédestiné avant la fondation du monde (1 Pierre 1:20), et les croyants avaient été élus en lui. (Éphésiens 1:4.)
(b)
Et où était Christ alors ?
Écoutez ce que dit l’Écriture : « Toutes choses ont été faites par elle, et rien de ce qui a été fait n’a été fait sans elle. » (Jean 1:3.) « Car en lui ont été créées toutes les choses qui sont dans les cieux et sur la terre. » (Colossiens 1:16.) « Toi, Seigneur, tu as au commencement fondé la terre, Et les cieux sont l’ouvrage de tes mains. » (Hébreux 1:10.) « Lorsqu’il disposa les cieux, j’étais là; Lorsqu’il traça un cercle à la surface de l’abîme, Lorsqu’il fixa les nuages en haut, Et que les sources de l’abîme jaillirent avec force, Lorsqu’il donna une limite à la mer, Pour que les eaux n’en franchissent pas les bords, Lorsqu’il posa les fondements de la terre, J’étais à l’œuvre auprès de lui. » (Proverbes 8:27-30.) Faut-il nous étonner que le Seigneur Jésus, dans sa prédication, tire sans cesse des leçons du livre de la nature ? Quand il parlait des brebis, des poissons, des corbeaux, du blé, des lis, du figuier, de la vigne, — il parlait de choses qu’il avait lui-même faites.
(c)
Et où était Christ alors ?
Ce jour-là même, il fut révélé à nos premiers parents tremblants, comme l’unique espérance du salut. Le jour même de leur chute, il leur fut annoncé que la postérité de la femme écraserait un jour la tête du serpent, — qu’un Sauveur né d’une femme vaincrait le diable et ouvrirait à l’homme pécheur l’entrée de la vie éternelle. (Genèse 3:15.) Christ fut présenté comme la vraie lumière du monde, le jour même de la chute ; et depuis ce jour, aucun nom n’a jamais été révélé par lequel les âmes pussent être sauvées, si ce n’est le sien. C’est par lui que toutes les âmes sauvées sont entrées au ciel, depuis Adam jusqu’à nous ; et sans lui, nul n’a jamais échappé à l’enfer.
(d)
Et que fit Christ alors ?
Il quitta la gloire qu’il avait eue de toute éternité auprès du Père, et descendit dans le monde pour procurer un salut. Il prit sur lui notre nature, et naquit homme. En tant qu’homme, il accomplit parfaitement la volonté de Dieu, que nous avions tous laissée inaccomplie ; en tant qu’homme, il souffrit sur la croix la colère de Dieu que nous aurions dû souffrir. Il nous apporta une justice éternelle. Il nous racheta de la malédiction d’une loi violée. Il ouvrit une source pour tout péché et toute impureté. Il mourut pour nos péchés. Il ressuscita pour notre justification. Il monta à la droite de Dieu, et là il s’assit, attendant que ses ennemis deviennent son marchepied. Et il y siège maintenant, offrant le salut à tous ceux qui viendront à lui, intercédant pour tous ceux qui croient en lui, et dirigeant, par la volonté de Dieu, tout ce qui concerne le salut des âmes.
(e)
Et où sera Christ alors ? Et que fera-t-il ?
Christ lui-même sera Roi. Il reviendra sur cette terre, et fera toutes choses nouvelles. Il viendra sur les nuées du ciel avec puissance et une grande gloire, et les royaumes du monde deviendront les siens. Les nations lui seront données pour héritage, et les extrémités de la terre pour possession. Devant lui tout genou fléchira, et toute langue confessera qu’il est Seigneur. Sa domination sera une domination éternelle, qui ne passera point, et son règne un règne qui ne sera jamais détruit. (Matthieu 24:30 ; Apocalypse 11:15 ; Psaumes 2:8 ; Philippiens 2:10, 11 ; Daniel 7:14.)
(f)
Et où sera Christ alors ?
Christ lui-même sera le Juge. Le Père « a remis tout jugement au Fils ». — « Lorsque le Fils de l’homme viendra dans sa gloire », — « il s’assiéra sur le trône de sa gloire. Toutes les nations seront assemblées devant lui. Il séparera les uns d’avec les autres, comme le berger sépare les brebis d’avec les boucs. » — « Car il nous faut tous comparaître devant le tribunal de Christ, afin que chacun reçoive selon le bien ou le mal qu’il aura fait, étant dans son corps. » (Jean 5:22 ; Matthieu 25:32 ; 2 Corinthiens 5:10.)
Or, si quelque lecteur de ces pages fait peu de cas de Christ, qu’il sache aujourd’hui même qu’il est bien loin de ressembler à Dieu ! Vous êtes d’un avis, et Dieu est d’un autre. Vous êtes d’un sentiment, et Dieu est d’un autre. Vous trouvez suffisant d’accorder à Christ un peu d’honneur, — un peu de révérence, — un peu de respect. Mais dans tous les conseils éternels de Dieu le Père, dans la création, la rédemption, la restauration et le jugement, — en tout cela, Christ est « tout ».
Assurément, nous ferons bien de méditer ces choses. Assurément, ce n’est pas en vain qu’il est écrit : « Celui qui n’honore pas le Fils n’honore pas le Père qui l’a envoyé. » (Jean 5:23.)
II. En second lieu, comprenons bien que « Christ est tout » dans les livres inspirés qui composent la Bible.
Dans chaque partie des deux Testaments, on trouve Christ, — d’une manière obscure et indistincte au commencement, — plus claire et plus nette au milieu, — pleine et entière à la fin, — mais réelle et substantielle partout.
Le sacrifice et la mort de Christ pour les pécheurs, le royaume de Christ et sa gloire à venir, voilà la lumière que nous devons projeter sur tout livre de l’Écriture que nous lisons. La croix de Christ et la couronne de Christ sont le fil que nous devons tenir ferme, si nous voulons trouver notre chemin à travers les difficultés de l’Écriture. Christ est la seule clef qui ouvrira bien des passages obscurs de la Parole. Certaines personnes se plaignent de ne pas comprendre la Bible. Et la raison en est fort simple. Elles ne se servent pas de la clef. Pour elles, la Bible est comme les hiéroglyphes d’Égypte. C’est un mystère, uniquement parce qu’elles ne se servent pas de la clef.
C’est Christ crucifié qui était représenté dans chaque sacrifice de l’Ancien Testament. Chaque animal immolé et offert sur un autel était une confession concrète qu’on attendait un Sauveur qui mourrait pour les pécheurs, — un Sauveur qui ôterait le péché de l’homme en souffrant à sa place, comme son Substitut et le Porteur de son péché. (1 Pierre 3:18.) Il est absurde de supposer qu’un massacre dénué de sens de bêtes innocentes, sans aucun but précis en vue, pût plaire au Dieu éternel !
C’est vers Christ qu’Abel regardait lorsqu’il offrit un sacrifice plus excellent que celui de Caïn. Non seulement le cœur d’Abel était meilleur que celui de son frère, mais il montra qu’il connaissait le sacrifice substitutif et qu’il avait foi en une expiation. Il offrit les premiers-nés de son troupeau, avec leur sang, et déclara ainsi sa conviction que sans effusion de sang il n’y a point de pardon. (Hébreux 11:4.)
C’est de Christ qu’Énoch prophétisa aux jours de la méchanceté débordante qui précéda le déluge. — « Voici, » dit-il, « le Seigneur est venu avec ses saintes myriades, pour exercer un jugement contre tous. » (Jude 15.)
C’est vers Christ qu’Abraham regardait lorsqu’il habitait sous des tentes dans le pays de la promesse. Il crut qu’en sa postérité, — en un descendant de sa famille, — toutes les nations de la terre seraient bénies. Par la foi il vit le jour de Christ, et il s’en réjouit. (Jean 8:56.)
C’est de Christ que Jacob parla à ses fils, lorsqu’il était sur son lit de mort. Il désigna la tribu dont il naîtrait, et annonça ce rassemblement des peuples autour de lui qui doit encore s’accomplir. « Le sceptre ne s’éloignera point de Juda, Ni le bâton souverain d’entre ses pieds, Jusqu’à ce que vienne le Schilo, Et que les peuples lui obéissent. » (Genèse 49:10.)
C’est Christ qui était la substance de la loi cérémonielle que Dieu donna à Israël par la main de Moïse. Le sacrifice du matin et du soir, — l’effusion continuelle du sang, — l’autel, — le propitiatoire, — le souverain sacrificateur, — la Pâque, — le jour des expiations, — le bouc émissaire : — tout cela, c’étaient autant d’images, de types et d’emblèmes de Christ et de son œuvre. Dieu eut compassion de la faiblesse de son peuple. Il lui enseigna « Christ » ligne après ligne, et, comme nous enseignons les petits enfants, par des figures. C’est en ce sens tout particulièrement que « la loi a été comme un pédagogue pour » conduire les Juifs « à Christ ». (Galates 3:24.)
C’est vers Christ que Dieu dirigeait l’attention d’Israël par tous les miracles quotidiens qui s’accomplissaient sous ses yeux dans le désert. La colonne de nuée et de feu qui le guidait, — la manne du ciel qui le nourrissait chaque matin, — l’eau du rocher frappé qui le suivait, — tout cela, et chaque chose en particulier, était une figure de Christ. Le serpent d’airain, en cette occasion mémorable où le fléau des serpents brûlants fut envoyé contre eux, était un emblème de Christ. (1 Corinthiens 10:4 ; Jean 3:14.)
C’est de Christ que tous les Juges étaient des types. Josué, et David, et Gédéon, et Jephthé, et Samson, et tous les autres que Dieu suscita pour délivrer Israël de la captivité, — tous étaient des emblèmes de Christ. Si faibles, si inconstants et si fautifs que fussent certains d’entre eux, ils furent donnés comme figures de choses meilleures dans un avenir lointain. Tous devaient rappeler aux tribus ce Libérateur bien plus élevé qui devait encore venir.
C’est Christ que figurait le roi David. Oint et choisi quand bien peu lui rendaient honneur, — méprisé et rejeté par Saül et par toutes les tribus d’Israël, — persécuté et contraint de fuir pour sauver sa vie, — homme de douleur toute sa vie, et pourtant vainqueur à la fin ; — en toutes ces choses, David représentait Christ.
C’est de Christ que parlèrent tous les prophètes, d’Ésaïe à Malachie. Ils voyaient comme au moyen d’un miroir, d’une manière obscure. Ils s’arrêtaient tantôt sur ses souffrances, tantôt sur la gloire dont elles seraient suivies. (1 Pierre 1:11.) Ils n’ont pas toujours marqué pour nous la distinction entre le premier avènement de Christ et son second avènement. Comme deux flambeaux placés sur une même ligne droite, l’un derrière l’autre, ils voyaient parfois les deux avènements à la fois, et en parlaient d’une seule haleine. Le Saint-Esprit les poussait tantôt à écrire sur les temps de Christ crucifié, tantôt sur le royaume de Christ aux derniers jours. Mais Jésus mourant ou Jésus régnant, telle est la pensée que vous trouverez toujours au premier plan de leur esprit.
C’est de Christ, ai-je à peine besoin de le dire, que tout le Nouveau Testament est rempli. Les Évangiles, c’est « Christ » vivant, parlant et se mouvant parmi les hommes. Les Actes, c’est « Christ » prêché, publié et proclamé. Les Épîtres, c’est « Christ » dont on écrit, que l’on explique et que l’on exalte. Mais d’un bout à l’autre, du premier mot jusqu’au dernier, il n’y a qu’un seul Nom au-dessus de tout autre, et ce Nom est Christ.
J’adjure chaque lecteur de ces pages de se demander souvent ce qu’est la Bible pour lui. Est-ce une Bible où vous n’avez rien trouvé de plus que de bons préceptes de morale et de sages conseils ? Ou est-ce une Bible où vous avez trouvé Christ ? Est-ce une Bible où « Christ est tout » ? Sinon, je vous le dis franchement, vous vous êtes jusqu’ici servi de votre Bible avec bien peu de profit. Vous ressemblez à un homme qui étudie le système solaire et qui laisse de côté, dans ses études, le soleil, centre de tout. Il n’est pas étonnant que votre Bible vous paraisse un livre ennuyeux !
III. En troisième lieu, comprenons bien que « Christ est tout » dans la religion de tous les vrais chrétiens sur la terre.
En disant cela, je tiens à me prémunir contre tout malentendu. Je tiens pour absolument nécessaires l’élection de Dieu le Père et la sanctification de Dieu l’Esprit pour opérer le salut de quiconque est sauvé. Je tiens qu’il y a une harmonie et un accord parfaits dans l’action des trois Personnes de la Trinité pour amener un homme à la gloire, et que toutes trois coopèrent et accomplissent une œuvre commune pour le délivrer du péché et de l’enfer. Tel est le Père, tel est le Fils, et tel est le Saint-Esprit. Le Père est miséricordieux, le Fils est miséricordieux, le Saint-Esprit est miséricordieux. Les mêmes Trois qui dirent au commencement : « Faisons », dirent aussi : « Rachetons et sauvons. » Je tiens que quiconque parvient au ciel attribuera toute la gloire de son salut au Père, au Fils et au Saint-Esprit, trois Personnes en un seul Dieu.
Mais en même temps, je vois dans l’Écriture la preuve claire que la pensée de la bienheureuse Trinité est que Christ soit exalté de façon éminente et distincte dans l’œuvre du salut des âmes. Christ est présenté comme la « Parole », par laquelle l’amour de Dieu envers les pécheurs est manifesté. L’incarnation de Christ et sa mort expiatoire sur la croix sont la grande pierre angulaire sur laquelle repose tout le plan du salut. Christ est le chemin et la porte par lesquels seuls on peut s’approcher de Dieu. Christ est la racine sur laquelle tous les pécheurs élus doivent être greffés. Christ est l’unique lieu de rencontre entre Dieu et l’homme, entre le ciel et la terre, entre la sainte Trinité et le pauvre enfant d’Adam, pécheur. C’est Christ que Dieu le Père a « marqué de son sceau » et désigné pour communiquer la vie à un monde mort. (Jean 6:27.) C’est à Christ que le Père a donné un peuple qui doit être amené à la gloire. C’est de Christ que l’Esprit rend témoignage, et c’est à lui qu’il conduit toujours une âme pour qu’elle y trouve pardon et paix. En un mot, il a plu au Père que « toute plénitude habitât » en Christ. (Colossiens 1:19.) Ce que le soleil est au firmament des cieux, Christ l’est dans le vrai christianisme.
Je dis ces choses en guise d’explication. Je veux que mes lecteurs comprennent clairement qu’en disant « Christ est tout », je n’entends pas exclure l’œuvre du Père et de l’Esprit. Montrons maintenant ce que j’entends vraiment par là.
(a)
Par lui seul nous pouvons avoir la paix avec un Dieu saint. Par lui seul nous pouvons être admis en la présence du Très-Haut et nous y tenir sans crainte. En lui « nous avons, par la foi en lui, la liberté de nous approcher de Dieu avec confiance. » En lui seul Dieu peut être juste tout en justifiant l’impie. (Éphésiens 3:12 ; Romains 3:26.)
Avec quoi un mortel peut-il se présenter devant Dieu ? Que pouvons-nous apporter, pour plaider notre acquittement, devant cet Être glorieux aux yeux de qui les cieux mêmes ne sont pas purs ?
Dirons-nous que nous avons fait notre devoir envers Dieu ? Dirons-nous que nous avons fait notre devoir envers notre prochain ? Mettrons-nous en avant nos prières ? — notre régularité ? — notre moralité ? — nos amendements ? — notre assiduité à l’église ? Demanderons-nous d’être acceptés à cause de l’une de ces choses ?
Laquelle de ces choses soutiendra l’examen pénétrant de l’œil de Dieu ? Laquelle d’entre elles nous justifiera réellement ? Laquelle nous fera traverser le jugement sans encombre et nous déposera en sûreté dans la gloire ?
Aucune, aucune, aucune ! Prenez n’importe lequel des dix commandements, et examinons-nous à sa lumière. Nous l’avons transgressé maintes et maintes fois. Sur mille choses, nous ne pouvons répondre à Dieu sur une seule. — Prenez n’importe lequel d’entre nous, scrutez de près ses voies, — et nous ne sommes rien que des pécheurs. Il n’y a qu’un seul verdict : nous sommes tous coupables, — tous nous méritons l’enfer, — tous nous devrions mourir. Avec quoi pouvons-nous nous présenter devant Dieu ?
Nous devons venir au nom de Jésus, — sans nous appuyer sur aucun autre fondement, — sans invoquer d’autre plaidoyer que celui-ci : « Christ est mort sur la croix pour les impies, et je me confie en lui. Christ est mort pour moi, et je crois en lui. »
Le vêtement de notre Frère aîné, — la justice de Christ, — voilà la seule robe qui puisse nous couvrir et nous permettre de nous tenir sans honte dans la lumière du ciel.
Le nom de Jésus est le seul nom par lequel nous obtiendrons l’entrée par la porte de la gloire éternelle. Si nous nous présentons à cette porte en notre propre nom, nous sommes perdus, nous ne serons pas admis, nous frapperons en vain. Si nous venons au nom de Jésus, c’est là un passeport et un Schibboleth, et nous entrerons et nous vivrons.
La marque du sang de Christ est la seule marque qui puisse nous sauver de la destruction. Quand, au dernier jour, les anges sépareront les enfants d’Adam, si nous ne sommes pas trouvés marqués de ce sang expiatoire, mieux eût valu pour nous n’être jamais nés.
Oh ! n’oublions jamais que Christ doit être « tout » pour l’âme qui veut être justifiée ! — Il nous faut consentir à aller au ciel comme des mendiants, — sauvés par la grâce gratuite, simplement comme des croyants en Jésus, — ou nous ne serons jamais sauvés.
Y a-t-il parmi les lecteurs de ce livre une âme insouciante et mondaine ? Y en a-t-il un qui pense atteindre le ciel en disant précipitamment, au dernier moment : « Seigneur, aie pitié de moi », sans Christ ? Ami, vous semez pour vous-même la misère, et à moins de changer, vous vous réveillerez dans un malheur sans fin.
Y a-t-il parmi les lecteurs de ce livre une âme orgueilleuse et formaliste ? Y en a-t-il un qui pense se rendre lui-même propre au ciel, et assez bon pour passer l’inspection par ses propres œuvres ? — Frère, vous bâtissez une Babel, et jamais vous n’atteindrez le ciel dans votre état présent.
Mais y a-t-il parmi les lecteurs de ce livre quelqu’un de fatigué et de chargé ? Y en a-t-il un qui désire être sauvé et qui se sent un vil pécheur ? Je dis à celui-là : « Viens à Christ, et il te sauvera. Viens à Christ, et décharge sur lui le fardeau de ton âme. Ne crains pas, crois seulement. »
Craignez-vous la colère ? Christ peut vous délivrer de la colère à venir. — Craignez-vous la malédiction d’une loi transgressée ? Christ peut vous racheter de la malédiction de la loi. — Vous sentez-vous loin ? Christ a souffert pour vous amener à Dieu. — Vous sentez-vous impur ? Le sang de Christ peut laver tout péché ! — Vous sentez-vous imparfait ? Vous aurez tout pleinement en Christ. — Vous sentez-vous comme si vous n’étiez rien ? Christ sera pour votre âme « tout et en tous ». — Jamais saint n’atteignit le ciel avec un autre récit que celui-ci : j’ai été lavé et blanchi « dans le sang de l’agneau ». (Apocalypse 7:14.)
(b)
Je ne voudrais pas que personne se méprenne sur ma pensée. Je n’entends pas un instant déprécier l’œuvre de l’Esprit. Mais voici ce que je dis : nul homme n’est jamais saint avant d’être venu à Christ et d’être uni à lui. Jusque-là, ses œuvres sont des œuvres mortes, et il n’a aucune sainteté. — Il faut d’abord que vous soyez joints à Christ, et alors vous serez saints. Sans lui, — séparés de lui, — « vous ne pouvez rien faire ». (Jean 15:5.)
Et nul ne peut croître en sainteté s’il ne demeure en Christ. Christ est la grande racine d’où chaque croyant doit tirer sa force pour avancer. L’Esprit est son don particulier, le don qu’il a acquis pour son peuple. Un croyant ne doit pas seulement avoir « reçu le Seigneur Jésus-Christ », mais encore marcher « en lui », être enraciné et fondé « en lui ». (Colossiens 2:6-7.)
Voulez-vous être saint ? Alors Christ est la manne dont vous devez vous nourrir chaque jour, comme Israël autrefois dans le désert. Voulez-vous être saint ? Alors Christ doit être le rocher où vous devez boire chaque jour l’eau vive. Voulez-vous être saint ? Alors il vous faut avoir sans cesse les regards sur Jésus, — regarder à sa croix, et y puiser de nouveaux motifs de marcher plus près de Dieu, — regarder à son exemple, et le prendre pour modèle. En le regardant, vous deviendriez semblable à lui. En le regardant, votre visage resplendirait sans que vous le sachiez. Regardez moins à vous-même et davantage à Christ, et vous verrez les péchés qui vous enveloppent se détacher de vous et vous quitter, et vos yeux s’éclairer chaque jour davantage. (Hébreux 12:2 ; 2 Corinthiens 3:18.)
Le vrai secret pour monter hors du désert, c’est d’en monter appuyé « sur son bien-aimé ». (Cantique 8:5.) Le vrai moyen d’être fort, c’est de reconnaître notre faiblesse et de sentir que Christ doit être tout. Le vrai moyen de croître dans la grâce, c’est de recourir à Christ comme à une source pour les besoins de chaque minute. Nous devrions user de lui comme la femme du prophète usa de l’huile, — non seulement pour payer nos dettes, mais aussi pour en vivre. Nous devrions nous efforcer de pouvoir dire : « si je vis maintenant dans la chair, je vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi. » (2 Rois 4:7 ; Galates 2:20.)
Je plains ceux qui s’efforcent d’être saints sans Christ ! Votre travail est entièrement vain. Vous mettez votre argent dans un sac percé. Vous versez de l’eau dans un crible. Vous roulez une énorme pierre ronde vers le haut d’une colline. Vous bâtissez une muraille avec un mortier sans consistance. Croyez-moi, vous commencez par le mauvais bout. Il vous faut d’abord venir à Christ, et il vous donnera son Esprit sanctificateur. Il vous faut apprendre à dire avec Paul : « Je puis tout par celui qui me fortifie. » (Philippiens 4:13.)
(c)
Une âme sauvée connaît bien des douleurs. Le croyant a un corps comme les autres hommes, — faible et fragile. Il a un cœur comme les autres hommes, — et souvent un cœur plus sensible encore. Il a, comme les autres, des épreuves et des pertes à supporter, — et souvent davantage. Il a sa part de deuils, de morts, de déceptions, de croix. Il a le monde à combattre, — une place à remplir dans la vie sans reproche, — des parents inconvertis à supporter avec patience, — des persécutions à endurer, — et une mort à mourir.
Et qui est suffisant pour ces choses ? Qu’est-ce qui rendra un croyant capable de supporter tout cela ? Rien d’autre que la « consolation en Christ ». (Philippiens 2:1.)
Jésus est vraiment le frère né pour le malheur. Il est l’ami plus attaché qu’un frère, et lui seul peut consoler son peuple. Il peut compatir à leurs faiblesses, car il a souffert lui-même. (Hébreux 4:15.) Il sait ce qu’est la douleur, car il fut un homme de douleur. Il sait ce qu’est un corps endolori, car son corps fut torturé par la souffrance. Il s’écria : « Et tous mes os se séparent ». (Psaumes 22:15.) Il sait ce que sont la pauvreté et la lassitude, car il fut souvent fatigué et n’avait pas un lieu où reposer sa tête. Il sait ce qu’est la dureté des siens, car ses frères mêmes ne croyaient pas en lui. Il fut sans honneur dans sa propre maison.
Et Jésus sait parfaitement comment consoler son peuple affligé. Il sait verser de l’huile et du vin sur les blessures de l’esprit, — combler le vide des cœurs déserts, — dire à propos une parole à celui qui est las, — guérir le cœur brisé, — refaire lui-même tout notre lit dans la maladie, — s’approcher de nous quand nous défaillons, et nous dire : « Ne crains pas! » « Je suis ton salut! » (Lamentations 3:57.)
Nous disons que la sympathie est douce. Il n’est point de sympathie pareille à celle de Christ. Dans toutes nos afflictions, il est affligé. Il connaît nos douleurs. Dans toutes nos souffrances, il souffre, et, comme le bon Médecin, il ne nous mesurera pas une seule goutte de douleur de trop. David dit un jour : « Quand les pensées s’agitent en foule au-dedans de moi, Tes consolations réjouissent mon âme. » (Psaumes 94:19.) Bien des croyants, j’en suis sûr, pourraient en dire autant. Si le Seigneur lui-même ne s’était tenu près de nous, les eaux profondes « auraient passé sur notre âme » (Psaumes 124:5.)
La manière dont un croyant vient à bout de toutes ses épreuves paraît merveilleuse. Comment il est porté au travers du feu et des eaux par où il passe, voilà qui semble dépasser toute compréhension. Mais la véritable explication est simplement celle-ci, — que Christ n’est pas seulement justification et sanctification, mais aussi consolation.
Oh, vous qui désirez une consolation qui ne fasse jamais défaut, je vous recommande à Christ ! En lui seul il n’y a point de mécompte. Les riches sont déçus dans leurs trésors. Les savants sont déçus dans leurs livres. Les maris sont déçus dans leurs femmes. Les femmes sont déçues dans leurs maris. Les parents sont déçus dans leurs enfants. Les hommes d’État sont déçus lorsque, après bien des luttes, ils parviennent à la place et au pouvoir. Ils découvrent, à leurs dépens, qu’il y a là plus de peine que de plaisir, — que ce n’est que déception, contrariété, tracas incessants, soucis, vanité et tourment d’esprit. Mais jamais homme ne fut déçu en Christ.
(d)
Il se trouve peu d’hommes et de femmes, je suppose, qui ne nourrissent quelque espérance au sujet de leur âme. Mais les espérances de l’immense majorité ne sont que de vaines chimères. Elles ne reposent sur aucun fondement solide. Nul homme vivant, si ce n’est le véritable enfant de Dieu, — le chrétien sincère et sans partage, — ne peut rendre une raison sensée de l’espérance qui est en lui. Nulle espérance n’est raisonnable si elle n’est scripturaire.
Un vrai chrétien a une bonne espérance quand il regarde en avant : l’homme du monde n’en a aucune. Un vrai chrétien voit de la lumière dans le lointain : l’homme du monde ne voit que ténèbres. Et quelle est l’espérance d’un vrai chrétien ? C’est simplement celle-ci, — que Jésus-Christ revient, qu’il revient sans péché, — qu’il revient avec tout son peuple, — qu’il revient pour essuyer toute larme, — qu’il revient pour ressusciter du tombeau ses saints endormis, — qu’il revient pour rassembler toute sa famille, afin qu’ils soient pour toujours avec lui.
Pourquoi le croyant est-il patient ? Parce qu’il attend la venue du Seigneur. Il peut supporter des choses dures sans murmurer. Il sait que le temps est court. Il attend paisiblement le Roi.
Pourquoi est-il modéré en toutes choses ? Parce qu’il s’attend à voir bientôt revenir son Seigneur. Son trésor est dans le ciel : ses biens sont encore à venir. Le monde n’est pas son lieu de repos, mais une hôtellerie ; et une hôtellerie n’est pas la maison. Il sait que celui qui doit venir viendra bientôt, et qu’il ne tardera pas. Christ vient, et cela suffit.
C’est là vraiment une « bienheureuse espérance » ! (Tite 2:13.) Maintenant, c’est le temps de l’école, — alors, les vacances éternelles. Maintenant, c’est le ballottement sur les flots d’un monde agité, — alors, le port tranquille. Maintenant, c’est la dispersion, — alors, le rassemblement. Maintenant, c’est le temps des semailles, — alors, la moisson. Maintenant, c’est la saison du travail, — alors, le salaire. Maintenant, c’est la croix, — alors, la couronne.
Les gens parlent des « espérances » et des attentes qu’ils fondent sur ce monde. Nul n’a des espérances aussi solides qu’une âme sauvée. Elle peut dire : « Oui, mon âme, confie-toi en Dieu! Car de lui vient mon espérance. » (Psaumes 62:6.)
Dans toute religion vraie et salutaire, Christ est tout : tout dans la justification, — tout dans la sanctification, — tout dans la consolation, — tout dans l’espérance. Heureux l’enfant de sa mère qui sait cela, et bien plus heureux encore celui qui le sent aussi. Oh, si les hommes voulaient s’éprouver eux-mêmes, et voir ce qu’ils en connaissent pour leur propre âme !
IV. J’ajouterai encore une chose, et j’aurai fini. Comprenons bien que Christ sera tout dans le ciel.
Je ne puis m’étendre longuement sur ce point. Je n’en aurais pas la force, quand même j’en aurais la place et le loisir. Je ne sais guère décrire les choses invisibles et un monde inconnu. Mais je sais ceci, que tous les hommes et toutes les femmes qui parviendront au ciel trouveront que là aussi « Christ est tout ».
Comme l’autel dans le temple de Salomon, Christ crucifié sera le grand objet du ciel. Cet autel frappait les regards de quiconque franchissait les portes du temple. C’était un grand autel d’airain, large de vingt coudées, — aussi large que la façade même du temple. (2 Chroniques 3:4 ; 4:1.) De même Jésus remplira les regards de tous ceux qui entreront dans la gloire. Au milieu du trône, entouré d’anges et de saints en adoration, il y aura « un agneau qui était là comme immolé ». Et de ce lieu, « l’agneau est son flambeau ». (Apocalypse 5:6 ; 21:23.)
La louange du Seigneur Jésus sera le cantique éternel de tous les habitants du ciel. Ils diront d’une voix forte : « L’agneau qui a été immolé est digne ». « A celui qui est assis sur le trône, et à l’agneau, soient la louange, l’honneur, la gloire, et la force, aux siècles des siècles! » (Apocalypse 5:12, 13.)
Le service du Seigneur Jésus sera une occupation éternelle pour tous les habitants du ciel. Nous serons de ceux qui « le servent jour et nuit dans son temple ». (Apocalypse 7:15.) Bénie soit la pensée qu’enfin nous le servirons sans distraction, et que nous travaillerons pour lui sans lassitude !
La présence de Christ lui-même sera une jouissance éternelle pour les habitants du ciel. Nous serons de ses serviteurs qui « verront sa face », nous entendrons sa voix, et nous parlerons avec lui comme un ami parle à son ami. (Apocalypse 22:3-4.) Douce est la pensée que, quels que soient ceux qui manqueront au festin des noces, le Maître lui-même y sera. Sa présence comblera tous nos besoins. (Psaumes 17:15.)
Quelle douce et glorieuse demeure le ciel sera pour ceux qui auront aimé le Seigneur Jésus-Christ d’un amour sincère ! Ici-bas, nous vivons par la foi en lui, et nous trouvons la paix, bien que nous ne le voyions pas. Là-haut, nous le verrons face à face, et nous trouverons qu’il est tout aimable. Alors se vérifiera pleinement cette parole : « Ce que les yeux voient est préférable à l’agitation des désirs » ! (Ecclésiaste 6:9.)
Mais hélas, combien sont peu faits pour le ciel bien des gens qui parlent d’« aller au ciel » quand ils mourront, alors qu’ils n’ont manifestement aucune foi qui sauve, et aucune connaissance réelle de Christ. Vous ne rendez à Christ aucun honneur ici-bas. Vous n’avez point de communion avec lui. Vous ne l’aimez pas. Hélas ! que pourriez-vous faire dans le ciel ? Ce ne serait pas une place pour vous. Ses joies ne seraient pas des joies pour vous. Son bonheur serait un bonheur où vous ne pourriez entrer. Ses occupations seraient une lassitude et un fardeau pour votre cœur. Oh, repentez-vous, et changez avant qu’il soit trop tard !
J’espère avoir maintenant montré combien sont profonds les fondements de cette petite expression : « Christ est tout ».
Je pourrais aisément ajouter à ce que j’ai dit, si la place le permettait. Le sujet n’est pas épuisé ; je n’ai fait qu’en effleurer la surface. Il y a là des mines de précieuse vérité, que j’ai laissées inexplorées.
Je pourrais montrer comment Christ doit être tout dans une Église visible. De splendides édifices religieux, de nombreux offices religieux, des cérémonies somptueuses, des troupes d’hommes ordonnés, tout, tout n’est rien aux yeux de Dieu, si le Seigneur Jésus lui-même, dans tous ses offices, n’est pas honoré, magnifié et exalté. Cette Église n’est qu’un cadavre sans vie, où Christ n’est pas « tout ».
Je pourrais montrer comment Christ doit être tout dans un ministère. La grande œuvre que les hommes ordonnés sont appelés à accomplir, c’est d’élever Christ. Nous devons être comme la perche à laquelle fut suspendu le serpent d’airain. Nous sommes utiles aussi longtemps que nous exaltons le grand objet de la foi, mais pas au-delà. Nous devons être des ambassadeurs chargés de porter à un monde rebelle des nouvelles du Fils du Roi ; et si nous enseignons aux hommes à penser davantage à nous et à notre charge qu’à lui, nous ne sommes pas dignes de notre place. L’Esprit n’honorera jamais le ministre qui ne rend pas témoignage de Christ, — qui ne fait pas de Christ « tout ».
Je pourrais montrer combien le langage de la Bible semble s’épuiser à décrire les divers offices de Christ. Je pourrais faire voir combien semblent innombrables les figures employées pour déployer la plénitude de Christ. Le Souverain Sacrificateur, le Médiateur, le Rédempteur, le Sauveur, l’Avocat, le Berger, le Médecin, l’Époux, la Tête, le Pain de vie, la Lumière du monde, le Chemin, la Porte, le Cep, le Rocher, la Source, le Soleil de justice, le Précurseur, le Garant, le Chef, le Prince de la vie, l’Amen, le Tout-Puissant, l’Auteur et le Consommateur de la foi, l’Agneau de Dieu, le Roi des saints, l’Admirable, le Dieu puissant, le Conseiller, le Gardien des âmes, — tous ces noms, et bien d’autres encore, sont donnés à Christ dans l’Écriture. Chacun est une source d’instruction et de consolation pour quiconque veut bien y boire. Chacun fournit matière à une méditation profitable.
Mais j’espère en avoir assez dit pour éclairer le point que je désire graver dans l’esprit de tous ceux qui liront ces pages. J’espère en avoir assez dit pour montrer l’immense importance des conclusions pratiques par lesquelles je souhaite maintenant achever ce sujet.
(1) Christ est-il tout ? Alors APPRENONS L’ENTIÈRE INUTILITÉ D’UNE RELIGION SANS CHRIST.
Il n’y a que trop d’hommes et de femmes baptisés qui, dans la pratique, ne savent absolument rien de Christ. Leur religion se réduit à quelques notions vagues et à des formules creuses. « Ils espèrent n’être pas pires que les autres. Ils restent fidèles à leur église. Ils tâchent de faire leur devoir. Ils ne font de mal à personne. Ils espèrent que Dieu leur fera miséricorde. Ils se fient au Tout-Puissant pour pardonner leurs péchés et les prendre au ciel quand ils mourront. » Voilà à peu près toute leur religion.
Mais que savent ces gens, dans la pratique, de Christ ? Rien : absolument rien ! Quelle connaissance d’expérience ont-ils de ses offices et de son œuvre, de son sang, de sa justice, de sa médiation, de son sacerdoce, de son intercession ? Aucune : absolument aucune ! Interrogez-les sur la foi qui sauve,—interrogez-les sur la nouvelle naissance par l’Esprit,—interrogez-les sur la sanctification en Jésus-Christ. Quelle réponse obtiendrez-vous ? Vous êtes pour eux un barbare. Vous leur avez posé de simples questions bibliques. Mais ils n’en savent pas plus, par expérience, qu’un bouddhiste ou un Turc. Et pourtant telle est la religion de centaines et de milliers de gens qui portent le nom de chrétiens, dans le monde entier !
Si quelque lecteur de ces pages est un homme de cette sorte, je l’avertis clairement qu’un tel christianisme ne le mènera jamais au ciel. Il peut faire fort bonne figure aux yeux des hommes. Il peut passer très honorablement l’inspection au conseil de paroisse, au lieu de travail, à la Chambre des communes ou dans la rue. Mais il ne vous consolera jamais. Il ne satisfera jamais votre conscience. Il ne sauvera jamais votre âme.
Je vous avertis clairement que toutes les notions et toutes les théories d’un Dieu miséricordieux sans Christ, et autrement que par Christ, sont des illusions sans fondement et de vaines chimères. De telles théories sont une idole de pure invention humaine, tout autant que l’idole de Juggernaut ; elles sont toutes de la terre, terrestres. Elles ne sont jamais descendues du ciel. Le Dieu du ciel a marqué de son sceau et établi Christ comme le seul et unique Sauveur et le chemin de la vie, et tous ceux qui veulent être sauvés doivent consentir à être sauvés par lui, ou bien ils ne seront jamais sauvés.
Que chaque lecteur en prenne note. Je vous en avertis loyalement en ce jour. Une religion sans Christ ne sauvera jamais votre âme.
(2) Permettez-moi de dire autre chose. Christ est-il tout ? Alors APPRENEZ L’IMMENSE FOLIE QU’IL Y A À JOINDRE QUOI QUE CE SOIT À CHRIST EN MATIÈRE DE SALUT.
Il y a des multitudes d’hommes et de femmes baptisés qui font profession d’honorer Christ, mais qui en réalité le déshonorent grandement. Ils donnent à Christ une certaine place dans leur système religieux, mais non la place que Dieu entendait qu’il occupe. Christ seul n’est pas « tout et en tous » pour leur âme.—Non ! c’est ou bien Christ et l’Église,—ou Christ et les sacrements,—ou Christ et ses ministres consacrés,—ou Christ et leur propre repentance,—ou Christ et leur propre bonté,—ou Christ et leurs propres prières,—ou Christ et leur propre sincérité et leur charité, sur quoi, dans la pratique, ils font reposer leur âme.
Si quelque lecteur de ces pages est un chrétien de cette sorte, je l’avertis lui aussi clairement que sa religion est une offense pour Dieu. Vous changez le plan de salut de Dieu en un plan de votre propre invention. Vous détrônez en fait Christ, en donnant à un autre la gloire qui lui est due.
Peu m’importe qui enseigne une telle religion, et sur la parole de qui vous bâtissez. Qu’il soit pape ou cardinal, archevêque ou évêque, doyen ou archidiacre, prêtre ou diacre, épiscopalien ou presbytérien, baptiste ou indépendant, wesleyen ou frère de Plymouth, quiconque ajoute quoi que ce soit à Christ vous enseigne l’erreur.
Peu m’importe ce que vous ajoutez à Christ. Que ce soit la nécessité d’entrer dans l’Église de Rome, ou d’être épiscopalien, ou de devenir membre d’une Église libre, ou de renoncer à la liturgie, ou d’être baptisé par immersion,—quoi que vous ajoutiez en pratique à Christ en matière de salut, vous faites tort à Christ.
Prenez garde à ce que vous faites. Gardez-vous de donner aux serviteurs de Christ l’honneur qui n’est dû qu’à Christ. Gardez-vous de donner aux ordonnances du Seigneur l’honneur qui est dû au Seigneur. Gardez-vous de faire reposer le fardeau de votre âme sur quoi que ce soit d’autre que Christ, et Christ seul.
(3) Permettez-moi de dire autre chose. Christ est-il tout ?
QUE TOUS CEUX QUI VEULENT ÊTRE SAUVÉS S’ADRESSENT DIRECTEMENT À CHRIST.
Il y en a beaucoup qui entendent parler de Christ de leurs oreilles, et qui croient tout ce qu’on leur dit de lui. Ils admettent qu’il n’y a de salut qu’en Christ. Ils reconnaissent que Jésus seul peut les délivrer de l’enfer et les présenter irréprochables devant Dieu. Mais ils ne semblent jamais aller au-delà de cette reconnaissance générale. Jamais ils ne saisissent franchement Christ pour leur propre âme. Ils restent enlisés dans un état de souhaits, de désirs, d’émotions et de bonnes intentions, et ne vont jamais plus loin. Ils voient ce que nous voulons dire : ils savent que tout cela est vrai. Ils espèrent en recueillir un jour le plein bénéfice : mais pour le moment ils n’en retirent aucun bénéfice. Le monde est leur « tout ». La politique est leur « tout ». Le plaisir est leur « tout ». Les affaires sont leur « tout ». Mais Christ n’est pas leur tout.
Si quelque lecteur de ces pages est un homme de cette sorte, je l’avertis lui aussi clairement : son âme est en mauvais état. Dans votre condition présente, vous êtes aussi véritablement sur le chemin de l’enfer que Judas Iscariot, ou Achab, ou Caïn. Croyez-moi, il faut une foi réelle en Christ, sinon Christ est mort en vain pour ce qui vous concerne. Ce n’est pas de regarder le pain qui nourrit l’affamé, mais de le manger réellement. Ce n’est pas de contempler le canot de sauvetage qui sauve le marin naufragé, mais d’y monter réellement. Savoir et croire que Christ est un Sauveur ne peut sauver votre âme, à moins qu’il n’y ait de réelles transactions entre vous et Christ. Il faut que vous puissiez dire : « Christ est mon Sauveur, parce que je suis venu à lui par la foi, et que je l’ai pris pour mien. »—« Une grande partie de la religion, disait Luther, tient à ce que l’on sache employer les pronoms possessifs. Ôtez-moi le mot “mon”, et vous m’ôtez Dieu ! »
Écoutez le conseil que je vous donne en ce jour, et mettez-le en pratique sans tarder. Ne restez plus immobiles, à attendre je ne sais quelles dispositions et quels sentiments imaginaires qui ne viendront jamais. N’hésitez plus, sous prétexte qu’il vous faudrait d’abord obtenir l’Esprit, puis venir à Christ. Levez-vous et venez à Christ tels que vous êtes. Il vous attend, et il est aussi disposé à sauver qu’il en est puissant. Il est le Médecin établi pour les âmes malades du péché. Agissez avec lui comme vous le feriez avec votre médecin pour la guérison d’une maladie de votre corps. Adressez-vous directement à lui, et dites-lui tous vos besoins. Apportez avec vous des paroles en ce jour, et criez avec force au Seigneur Jésus pour obtenir le pardon et la paix, comme le fit le brigand sur la croix. Faites comme cet homme ; criez : « Souviens-toi de moi » (Luc 23:42). Dites-lui que vous avez appris qu’il accueille les pécheurs, et que vous en êtes un. Dites-lui que vous voulez être sauvé, et demandez-lui de vous sauver. Ne vous donnez point de repos que vous n’ayez vous-même réellement goûté que le Seigneur est bon. Faites cela, et vous découvrirez tôt ou tard, si vous êtes vraiment sincère, que « Christ est tout ».
(4) Permettez-moi d’ajouter une dernière chose. Christ est-il tout ?
Alors QUE TOUT SON PEUPLE CONVERTI AGISSE AVEC LUI COMME S’IL LE CROYAIT VRAIMENT. QU’IL S’APPUIE SUR LUI ET SE CONFIE EN LUI BIEN PLUS QU’IL NE L’A JAMAIS FAIT JUSQU’ICI.
J’en appelle maintenant à chaque lecteur de ces pages qui est croyant, je le supplie, pour son propre bien, de s’assurer que Christ est réellement et pleinement son tout en tous. Gardez-vous de vous permettre de mêler à Christ quoi que ce soit qui vienne de vous.
Avez-vous la foi ? C’est une bénédiction inestimable. Heureux en vérité ceux qui sont disposés et prêts à se confier en Jésus. Mais prenez garde de ne pas faire de votre foi un Christ. Ne vous reposez pas sur votre propre foi, mais sur Christ.
L’œuvre de l’Esprit est-elle dans votre âme ? Rendez-en grâces à Dieu. C’est une œuvre qui ne sera jamais renversée. Mais oh ! prenez garde que, sans vous en apercevoir, vous ne fassiez de l’œuvre de l’Esprit un Christ ! Ne vous reposez pas sur l’œuvre de l’Esprit, mais sur Christ.
Avez-vous quelques sentiments religieux intérieurs, et l’expérience de la grâce ? Rendez-en grâces à Dieu. Des milliers de gens n’ont pas plus de sentiment religieux qu’un chat ou une bûche. Mais oh ! prenez garde de faire de vos sentiments et de vos impressions un Christ ! Ce sont de pauvres choses incertaines, et tristement dépendantes de notre corps et des circonstances extérieures. Ne faites pas reposer sur vos sentiments le poids d’un seul grain. Reposez-vous sur Christ seul.
Apprenez, je vous en conjure, à regarder de plus en plus au grand objet de la foi, Jésus-Christ, et à tenir votre esprit fixé sur lui. Ce faisant, vous verriez la foi et toutes les autres grâces grandir, quand bien même cette croissance vous serait sur le moment imperceptible. Celui qui veut se montrer habile archer doit regarder non la flèche, mais la cible.
Hélas, je crains qu’il ne reste encore beaucoup d’orgueil et d’incrédulité attachés au cœur de bien des croyants. Peu semblent comprendre combien ils ont besoin d’un Sauveur. Peu semblent saisir à quel point ils lui sont redevables. Peu semblent concevoir combien ils ont besoin de lui chaque jour. Peu semblent sentir avec quelle simplicité, comme un enfant, ils devraient suspendre leur âme à lui. Peu semblent savoir combien il est plein d’amour pour son pauvre peuple si faible, et combien il est prêt à le secourir ! Et c’est pourquoi peu semblent connaître la paix, et la joie, et la force, et le pouvoir de mener une vie pieuse, que l’on peut trouver en Christ.
Changez de méthode, lecteur, si votre conscience vous dit que vous êtes coupable : changez de méthode, et apprenez à vous confier davantage en Christ. Les médecins aiment voir les malades venir les consulter : c’est leur office de recevoir les souffrants, et, si possible, d’opérer des guérisons. L’avocat aime qu’on l’emploie : c’est sa vocation. Le mari aime que sa femme se confie en lui et s’appuie sur lui : c’est sa joie de la chérir et de veiller à son bien-être. Et Christ aime que son peuple s’appuie sur lui, se repose en lui, l’invoque, demeure en lui.
Apprenons tous à le faire, et efforçons-nous-y de plus en plus. Vivons de Christ. Vivons en Christ. Vivons avec Christ. Vivons pour Christ. Ce faisant, nous prouverons que nous comprenons pleinement que « Christ est tout ». Ce faisant, nous goûterons une grande paix, et nous parviendrons davantage à cette sanctification sans laquelle personne ne verra le Seigneur (Hébreux 12:14).
Domaine public. Texte source de l’édition originale.
Citer ce sermon
Copiez la référence dans le style dont vous avez besoin.
- MLA
- Ryle, J. C. “Christ est tout.” Sermon. Ochorus, https://ochorus.com/fr/sermons/christ-is-all/.
- Chicago
- Ryle, J. C. “Christ est tout.” Sermon. Ochorus. https://ochorus.com/fr/sermons/christ-is-all/.
- Chicago footnote
- J. C. Ryle, “Christ est tout,” sermon, Ochorus, https://ochorus.com/fr/sermons/christ-is-all/.
- BibTeX
- @misc{rylechrist, author = {Ryle, J. C.}, title = {{Christ est tout}}, howpublished = {Sermon}, publisher = {Ochorus}, url = {https://ochorus.com/fr/sermons/christ-is-all/} }