Le chemin du lieu très saint
Le secours miséricordieux et fidèle de Christ

Chapitre 9 · 12 min de lecture · 15 min d’écoute

Le secours miséricordieux et fidèle de Christ

« un souverain sacrificateur miséricordieux et fidèle dans le service de Dieu. » HÉBREUX 2:17.

T’ÉTONNES-TU que ton Seigneur ait été tenté et rempli de tristesse ? C’est en vérité la merveille de l’éternité ; et pourtant elle n’est pas si merveilleuse, quand nous considérons les êtres qu’il a choisi de secourir, d’aider et de sauver, et dont chacun de nous fait partie.

S’il avait choisi de venir en aide aux anges déchus, pour les relever de leur état de perdition, il aurait sans aucun doute pris sur lui leur nature et serait descendu dans l’abîme, s’identifiant à leurs misères et frayant, par ses souffrances, un chemin à travers le grand gouffre infranchissable qui sépare leur état de perdition du Paradis. Mais en vérité, ce n’est pas à des anges qu’il est venu en aide, mais à la postérité d’Abraham ; il n’avait donc pas d’autre choix que de se rendre semblable en tous points à la nature de ceux dont, dans son infinie miséricorde et sa grâce, il s’est fait le frère.

Il est deux choses dont tu as besoin, lecteur ; et non pas toi seulement, mais tous les hommes : la réconciliation, et le secours à l’heure de la tentation. Ces besoins instinctifs de l’âme sont aussi puissants et aussi irrépressibles que le besoin qu’a le corps de sommeil ou de nourriture ; et ils sont aussi évidents au milieu de notre luxe et de notre raffinement que dans les forêts primitives, ou au bord des fleuves historiques de l’Antiquité — le Nil, l’Indus, l’Euphrate.

Pour répondre à ces deux besoins, les hommes ont établi l’un d’entre eux prêtre. Ce mot a pour nos oreilles une résonance sinistre, parce qu’il a été associé à l’immoralité et à la cruauté. Le monde n’a jamais vu de tyrans plus dépourvus de scrupules ni plus rapaces que ses prêtres, qu’ils fussent de Baal ou de Moloch, du judaïsme ou de la papauté. À travers les siècles, il a semblé impossible aux hommes de recevoir un pouvoir dans le domaine spirituel sans en abuser au détriment de ceux qui recherchaient leur aide. Étudiez l’histoire de ce sacerdoce qui fit mourir Christ parce qu’il jetait une lumière trop vive sur ses hypocrisies et ses scélératesses, et vous aurez l’histoire de toutes les prêtrises qui ont obscurci le monde de leurs crimes et abreuvé son sol du sang des plus nobles et des plus saints des hommes.

Et pourtant l’idée du prêtre est naturelle et belle. Il est naturel que des hommes conscients que le péché leur barre l’accès à la présence d’un Dieu saint, et qu’il exige un sacrifice pour obtenir la paix, disent à l’un de leurs semblables : « Nos mains sont tachées de sang et noircies par le labeur ; nos vêtements sont souillés d’impureté et de poussière ; nos vies sont trop affairées pour que nous puissions consacrer du temps aux rites qui seuls peuvent rendre le pécheur capable de paraître sous le regard de Dieu : fais pour nous ce que nous ne pouvons faire nous-mêmes ; prépare-toi par les rites sacrés, par la veille et par le jeûne du péché, afin de pouvoir te tenir dans la chambre d’audience du Très-Saint ; et quand tu auras acquis le droit d’être reçu par lui, parle pour nous, fais l’expiation pour nous, fais la réconciliation de nos péchés ; puis reviens vers nous, secourant et bénissant ceux qui ne peuvent atteindre à ta position, mais doivent toujours lutter de leur mieux contre le monde fort, rude et mauvais dans lequel ils sont condamnés à vivre. »

Telle semble être la pensée qui sous-tend ce vaste système qui a bâti des temples dans tous les pays, dressé des autels sur tous les sols, et établi un sacerdoce chez les races les plus dégradées comme chez les plus civilisées du genre humain.

Et il y a une grande beauté dans l’œuvre et le ministère d’un vrai prêtre. Il ne serait pas toujours occupé à l’œuvre plus sombre d’immoler des troupeaux de brebis laineuses, seul moyen, en ces jours grossiers, de mesurer le prix du péché ; le vrai prêtre aurait une autre tâche, et peut-être plus selon son cœur. Il serait le berger des âmes craintives qui l’entourent ; il écouterait les confessions murmurées au-dessus de la tête des victimes muettes ; il aurait compassion des égarés et des rebelles ; il consolerait ceux qui traversent des heures de douleur, jusqu’à ce que les visages assombris par les larmes commencent à briller d’une sainte lumière ; il arrêterait la main orgueilleuse de l’oppresseur, comme le fit Ambroise en des temps sans loi, pour arracher le pauvre au coup du bras bardé de fer. Jamais il ne chercherait son propre intérêt ; jamais il ne consulterait son aise, son plaisir ou son gain ; jamais il ne se reposerait tant qu’un pauvre égaré serait encore au loin dans la neige ou dans la lande. Oui, et plus encore : il serait le porte-parole des âmes, priant pour ceux qui ne priaient pas pour eux-mêmes, priant pour ceux qui ne savaient ni quoi ni comment demander, intercédant pour toute la race des hommes. Ah ! combien de fois un tel homme a-t-il dû, sous le poids du fardeau, se retirer loin des foules affairées en quelque lieu solitaire, pour répandre devant Dieu la longue litanie des besoins, des douleurs et des tentations qu’on avait déversés dans son cœur. Idéal charmant ; mais, hélas ! si rarement réalisé !

Tout cela, Jésus-Christ l’est, et plus encore. Les mots manquent, en vérité, pour dire tout ce qu’il est en lui-même, ou tout ce qu’il peut être pour ceux qui se confient en lui. Et c’est pour cela qu’il est capable d’apporter un secours si béni à tous ceux qui en ont besoin. Considérons ce secours.

C’EST UN SECOURS SOUVERAIN ET INATTENDU. Des anges sont tombés. Ils étaient autrefois les pairs du ciel. Ils en chantaient les cantiques, en cueillaient les fleurs d’amarante et en buvaient la paisible félicité. Ils aimaient son Roi et le servaient, comme le rayon de soleil, d’un éclat sans souillure et d’une direction sans détour. Mais, hélas ! ils tombèrent du ciel en enfer. Et pour eux il n’y a point de secours, autant que nous puissions le savoir. « ce n’est pas à des anges qu’il vient en aide. »

Mais il a mis son cœur en nous, pauvres enfants de la poussière, créatures des instants passagers du temps, qui étions tombés par le même péché de volonté propre. Quel sujet de méditation ! Nous ne pouvons percer ce mystère, ni en comprendre toute la portée. Mais nous pouvons, avec une foi et une joie émerveillées, accepter la coupe débordante d’une grâce imméritée, inattendue, que rien ne nous valait, et en boire à longs traits la félicité.

C’EST UN SECOURS HUMAIN. « rendu semblable… à ses frères. » La singularité de cette expression atteste la préexistence et la gloire de Christ, et montre quel abaissement il lui fallut consentir avant de pouvoir être semblable à l’homme. Il a dû être rendu semblable à l’homme, c.-à-d., il n’était pas semblable à l’homme dans la constitution originelle de son être. Nous ne pouvons résoudre le mystère de la sainte incarnation. Et pourtant cette pensée n’a jamais été tout à fait étrangère au cœur de l’homme. Plus d’un mythe grec ou hindou reposait sur le besoin instinctif de la présence de Dieu dans une chair humaine, besoin qui donna naissance à la croyance qu’une telle chose avait eu lieu et pourrait se reproduire. Jusque dans les hautes terres de la Galatie, l’explication la plus spontanée des miracles de Paul fut que les dieux étaient descendus sous une forme humaine.

Mais, bien qu’un si profond mystère repose sur ce sujet, l’union du Tout-Puissant avec une vie humaine n’est du moins pas plus incompréhensible que l’union d’un principe spirituel et immatériel, comme l’âme, avec un organisme matériel, comme le corps humain. Quand les secrets de notre propre nature auront été démêlés, il sera bien temps d’exiger du Tout-Puissant que, lorsqu’il revêt notre nature, il se dépouille de tout mystère. Quelle disposition exquise que le secours de Dieu nous vienne par le Fils de l’homme ; que notre Auxiliaire verse de vraies larmes humaines et ressente une vraie pitié humaine ! Tout Juif qu’il fût, enfant du plus exclusif et du plus intolérant des peuples, l’humanité, qui est plus grande que le judaïsme, nous fait oublier toute autre chose, sinon qu’il est notre Frère.

C’EST UN SECOURS DE SOUVERAIN SACRIFICATEUR. Le sens complet de cette expression apparaîtra à mesure que nous avancerons. Qu’il suffise de dire ici que tout ce que les hommes ont cherché, mais en vain, à réaliser dans les sacerdoces humains est réalisé en lui avec une beauté qui les surpasse infiniment. Et il n’y a pas d’autre moyen de détacher les hommes des sacerdoces humains qui les trompent que de leur présenter le sacerdoce tout glorieux et immaculé de Christ.

Il sert à peu de chose de se contenter de dénoncer les prêtres qui reviennent dans l’Angleterre protestante par mille canaux secrets, ou les gens qui vont à eux. Il y a dans leur cœur un besoin qui les pousse. Il ne sert à rien de lutter contre la nature. Mais satisfaites-la ; donnez-lui sa vraie nourriture ; comblez ses besoins par la réalité ; et elle consentira volontiers à laisser le faux pour le vrai, le diamant de strass pour les pierres de Golconde, l’humain pour le divin. Les hommes ont besoin d’un prêtre ; et ils retournent aux momeries de Rome parce que le sacerdoce de Jésus a été trop chichement présenté dans nos chaires.

C’EST UN SECOURS MISÉRICORDIEUX ET FIDÈLE. Quand nous sommes dans le besoin, nous voulons un secours uni à la miséricorde. Le malade de l’hôpital n’aime pas être traité comme une montre cassée. Ah ! s’il pouvait être de nouveau chez lui, soigné par les mains douces de sa mère, qui lui semblent toujours si habiles, si délicates et si douces ! Nous avons besoin d’un secours miséricordieux, qui ne fait pas de reproches, qui n’est pas trop pressé pour écouter, et qui tient compte volontiers de toutes les circonstances atténuantes. Une telle miséricorde est dans le cœur de Jésus. Et son secours est toujours fidèle, aussi. Ce mot a une fine nuance de sens, presque perdue dans notre traduction : il donne l’idée de quelqu’un qui accourt au premier cri de détresse. Il ne sommeille ni ne dort. Il nous suit d’un regard qui ne se détourne pas de nous un seul instant. Il nous voit à travers la tempête. Il est assis près du métal en fusion. Il nous secourra dès l’aube du matin — c’est-à-dire au point du jour. Vous pouvez être privé de toute faculté de suivre une pensée, incapable de prononcer une seule phrase intelligible, éperdu d’angoisse et de remords ; mais si vous pouvez seulement gémir, il répondra aussitôt. « Il te fera grâce, quand tu crieras ».

C’EST UN SECOURS FONDÉ SUR LA RÉCONCILIATION POUR LE PÉCHÉ. Le péché est l’un des plus grands faits de notre histoire. Il est impossible de l’ignorer. Vous ne pouvez expliquer l’homme si vous n’en tenez pas compte. C’est pour cela que le monde s’est couvert de tout l’appareil des sacrifices ; et ce cri a retenti, monotone et désespéré : « Comment l’homme serait-il juste devant Dieu? »

Mais Jésus a répondu aux exigences de la conscience, échos de celles d’une loi violée, lorsque au Calvaire, comme souverain sacrificateur, il s’est offert lui-même en victime, et a accompli pour le péché du monde un sacrifice suffisant, satisfaisant et complet.

Toi qui es chargé, qui gémis sous le fardeau du péché, souviens-toi qu’il a porté lui-même tes péchés en son corps sur le bois. Approche-toi du Dieu saint en lui rappelant ce fait, et ose, à cause de lui, te tenir sans confusion et agréé sous son regard.

C’EST UN SECOURS PLEIN DE SYMPATHIE POUR CEUX QUI SONT TENTÉS. « ceux qui sont tentés. » Nous nous tenons tous dans ce cercle. Chacun est tenté, sous des formes plus subtiles, sinon plus grossières ; de façons extraordinaires, sinon ordinaires. Vous vous êtes efforcé, oh ! de tout votre cœur, d’être bon ; mais vous avez rencontré quelque rafale soudaine, et vous avez été vaincu. Tenté de désespérer ! Tenté de céder à la femme de Potiphar ! Tenté de devenir une brute ! Pas de pelouse sans le filet de l’oiseleur ! Pas de jour sans sa douleur ! Pas de nuit sans la peste qui marche dans les ténèbres ! Pas de rose sans épine !

N’avons-nous pas besoin de secours ? Assurément ; et il peut secourir ceux qui sont tentés, parce qu’il a souffert le pire de ce que peut faire la tentation. Non qu’il y ait jamais eu en lui le moindre signe ou la moindre pensée de céder ; mais il a souffert, sous l’épreuve, jusqu’à l’extrême angoisse.

Ô vous qui souffrez, vous qui êtes tentés, désolés et que nul ne console, appuyez votre tête sur le sein de l’Homme-Dieu, dont les pieds ont foulé chaque pouce de votre sentier épineux, et dont l’expérience de la puissance du mal le rend bien capable de vous fortifier pour tenir debout, de vous relever si vous êtes tombés, et de prononcer les paroles qui guériront la douleur de la blessure encore béante. S’il était impassible, s’il n’avait jamais pleuré ni combattu sous les ombrages du jardin, ni crié, abandonné, sur la croix, nous ne l’aurions pas senti aussi proche que nous le pouvons maintenant à toutes les heures de chagrin amer.

Ô Sauveur incomparable, sur qui Dieu notre Père a placé notre secours, nous pouvons nous passer de la sympathie humaine, du secours des prêtres, de la consolation et de l’appui de bien des saints offices ; mais toi, tu nous es indispensable, dans ta vie, ta mort, ta résurrection, ta fraternité et ta sympathique intercession devant le trône de Dieu !

Chapitre 9 terminé

Le secours miséricordieux et fidèle de Christ

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