Le chemin du lieu très saint
La mort de la mort

Chapitre 8 · 11 min de lecture · 14 min d’écoute

La mort de la mort

« Ainsi donc, puisque les enfants participent au sang et à la chair, il y a également participé lui-même, afin que, par la mort, il anéantît celui qui a la puissance de la mort, c’est-à-dire le diable, et qu’il délivrât tous ceux qui, par crainte de la mort, étaient toute leur vie retenus dans la servitude. » HÉBREUX 2:14, 15.

NOUS craignons la mort d’une double crainte. Il y a d’abord la crainte instinctive, que partage aussi la création animale ; car les bêtes elles-mêmes tremblent à l’approche de la mort. Assurément cette crainte n’est pas coupable. Elle est souvent innée et involontaire, et elle afflige quelques-uns des plus nobles saints de Dieu, bien que sans doute ceux-ci confessent un jour qu’elle était tout à fait injustifiée, et que le moment de la dissolution fut calme, doux et béni.

C’est une opinion de plus en plus répandue parmi les hommes réfléchis que le moment de la mort, où l’esprit quitte son tabernacle terrestre, est probablement le moment le moins douloureux et le plus heureux de toute son histoire terrestre. Et s’il en est ainsi en général, combien plus doit-il en être ainsi pour ceux aux yeux desquels se lèvent les gloires du Paradis ! L’enfant dont les yeux se repaissent d’une perspective éclatante de fleurs et de fruits, qui l’invite à franchir la porte du jardin, remarque à peine la grossière boiserie de la porte elle-même, tandis qu’il s’élance au travers ; et probablement l’âme, découvrant la beauté du Roi et les gloires de sa demeure, est trop absorbée pour remarquer l’acte de mourir, jusqu’à ce qu’elle se trouve soudain libre de monter, de prendre son essor et de s’enivrer de la lumière naissante.

Mais il est une autre crainte de la mort, qui est spirituelle. Nous redoutons son mystère. Qu’est-ce que la mort ? Où conduit-elle ? Pourquoi vient-elle justement maintenant ? Quelle est la nature de la vie au-delà ? Nous voyons des mouvements de l’autre côté de l’épais rideau qui ondule de-ci de-là ; mais nous ne pouvons distinguer aucune forme. Les mourants ont conscience de visions et de sons que nous cherchons en vain à percevoir, l’œil et l’oreille tendus.

Nous redoutons ses adieux. Le poète païen chantait tristement l’abandon de la terre, du foyer et de la famille. Une longue habitude rend chers le sort le plus humble et les compagnons les plus rudes : à plus forte raison les cœurs fidèles et les âmes sœurs — il est dur de se séparer d’eux. Si seulement nous pouvions tous partir ensemble, ce ne serait rien. Mais ce détachement séparé, ce départ un à un, cette dérive loin du mouillage, tout seul ! Qui peut nier que ce soit une chose bien solitaire ?

Les hommes redoutent l’après-mort. « L’aiguillon de la mort, c’est le péché. » Le pécheur redoute de mourir, parce qu’il sait que, de l’autre côté de la mort, il lui faudra rencontrer le Dieu contre qui il a péché, et comparaître à son tribunal pour rendre compte et recevoir la juste rétribution de ses actes. Comment soutiendra-t-il cette gloire brûlante ? Comment répondra-t-il sur une seule chose entre mille ? Comment l’homme serait-il juste devant Dieu? Comment échappera-t-il à l’enfer et trouvera-t-il sa place parmi les foules heureuses et en fête de la Cité d’or ?

Bien des craintes de l’homme étaient connues de Christ. Et il savait qu’elles seraient ressenties par beaucoup de ceux qui devaient lui être étroitement unis comme des frères. Si donc il était poussé par des sentiments ordinaires de compassion envers les grandes masses de l’humanité, il devait être tout particulièrement ému de soulager ceux avec qui il avait une si étroite affinité, ainsi que le révèlent ces versets merveilleux. Lui et eux sont tous issus d’un seul (v. 11). Il les appelle frères par la bouche du psalmiste et du prophète (v. 12). Il prend place dans l’Église assemblée et chante en sa compagnie la louange de son Père (v. 12). Il s’associe même à eux dans leur humble confiance d’enfants (v. 13). Il ose affronter le regard de tous les mondes, quand il s’avance en les conduisant par la main (v. 13). Ô merveilleuse identification ! Ô association ravissante ! Bien plus étonnante que si un séraphin se liait d’amitié avec un ver ! Mais le prix de cette relation est en ceci : Jésus fera tout ce qu’il pourra pour adoucir cette crainte de la mort qui nous est plus ou moins commune à tous.

Mais pour le faire, il devait mourir. Il ne pouvait être la mort de la mort sans avoir personnellement goûté la mort. Il lui fallait accomplir la loi de la mort en mourant, avant de pouvoir abolir la mort. Notre David devait descendre dans la vallée d’Éla, lutter corps à corps avec notre géant ennemi, lui arracher sa force et le tuer de sa propre épée. Comme, dans l’ancienne fable, Prométhée ne pouvait tuer le Minotaure qu’en accompagnant la cargaison annuelle des victimes, ainsi Jésus devait-il accompagner les myriades de notre race dans les sombres confins du tombeau, afin que la mort fît en vain tout son possible, que le sépulcre perdît sa victoire, et que le sinistre geôlier se montrât impuissant à retenir la Résurrection et la Vie. Si Christ n’était pas mort, on aurait pu affirmer qu’en un lieu du moins la mort et le péché, le chaos et les ténèbres étaient souverains. « Il fallait donc qu’il souffrît, et qu’il ressuscitât des morts le troisième jour. » Et, tel un autre Samson emportant les portes de sa prison, il sortit, démontrant pour toujours que la lumière est plus forte que les ténèbres, le salut que le péché, la vie que la mort. Écoutez son cri de triomphe, lorsque par trois fois le Maître ressuscité et monté au ciel s’écrie : « J’étais mort; et voici, je suis vivant aux siècles des siècles. Je tiens les clefs de la mort et du séjour des morts. » La mort et l’enfer avaient choisi leur propre champ de bataille, le plus fort de tous ; et là, à l’heure de sa faiblesse, notre Roi les a vaincus, et il porte maintenant à sa ceinture, pour toujours, le trophée de la victoire. Alléluia !

Mais il ne pouvait mourir qu’en devenant homme. Peut-être n’y a-t-il dans l’univers aucune race qui puisse mourir, hormis la nôtre. De même, il n’y a peut-être dans le vaste univers de Dieu aucun autre lieu sillonné de tombes, couvert de l’ombre des ailes déployées de l’ange de la mort, ou marqué de la tache de la peste du péché. « le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort… la mort s’est étendue sur tous ». Pour mourir, Christ devait donc prendre sur lui notre nature humaine. Les autres meurent parce qu’ils sont nés ; Christ est né pour mourir. C’est comme s’il disait : « C’est de toi, mère humaine, que je dois naître ; je dois souffrir les maux, les douleurs et les chagrins de la vie mortelle ; je dois me hâter vers le terme assigné à la vie humaine ; je suis venu dans le monde pour mourir. » « puisque les enfants participent au sang et à la chair, il y a également participé lui-même, afin que, par la mort, il anéantît celui qui a la puissance de la mort, c’est-à-dire le diable, et qu’il délivrât tous ceux qui, par crainte de la mort, étaient toute leur vie retenus dans la servitude. »

PAR LA MORT, CHRIST A ANÉANTI CELUI QUI AVAIT LA PUISSANCE DE LA MORT. L’Écriture ne doute nullement de l’existence du diable. Et ceux qui connaissent bien leur propre vie intérieure, et les assauts soudains du mal auxquels nous sommes exposés, ne peuvent que reconnaître sa terrible puissance. Ce passage nous fait conclure que cette puissance était plus grande encore avant la mort de Jésus. « Il avait la puissance de la mort. » C’était l’une des armes principales de son arsenal infernal. La terreur qu’elle inspirait était si grande qu’elle poussait les hommes à céder à toutes les exigences des prêtres des fausses religions, avec leurs sombres impuretés et leurs rites hideux. C’est ainsi que de timides brebis sont chassées vers l’abattoir par des cris horribles et des coups.

Mais depuis que Jésus est mort, le diable et sa puissance sont anéantis. Réduits à l’impuissance, non pas supprimés. Il assaille encore le soldat chrétien, bien qu’armé de pied en cap ; il rôde, cherchant qui il dévorera, et il trompe les hommes pour leur perte. Satan n’est pas impuissant, bien qu’enchaîné. Il a reçu la blessure qui annule sa puissance, mais elle n’a pas encore eu pour effet de le détruire.

Sa puissance fut brisée à la croix et au tombeau de Jésus. L’heure de Gethsémané fut l’heure et la puissance des ténèbres. Et Satan dut voir la Résurrection avec désespoir. Ce fut le glas de sa destinée. Elle scella son sort. Le prince de ce monde fut jugé et chassé du siège de la puissance (Jean 12:31 ; 16:11). La tête du serpent fut écrasée sans remède.

Ne crains pas le diable, enfant de Dieu, ni la mort ! Ils font beaucoup de bruit, mais ils n’ont aucune puissance. Celui qui fait la brèche est monté devant toi, et il t’a frayé le chemin. Tiens-toi seulement tout près derrière lui. Écoute ! Il te donne le pouvoir sur toute la puissance de l’ennemi, et rien ne pourra te nuire (Luc 10:19). Aucun brigand ne te ravira de la main de ton Berger.

PAR LA MORT, CHRIST DÉLIVRE DE LA CRAINTE DE LA MORT. Un enfant avait coutume de jouer dans un grand et beau jardin, aux pelouses ensoleillées ; mais il y avait une partie du jardin, une longue allée sinueuse, où il ne s’aventurait jamais ; il redoutait même d’en approcher, parce qu’une sotte bonne lui avait raconté que des ogres et des lutins habitaient ses sombres profondeurs. Enfin son frère aîné apprit sa frayeur, et, un jour, après avoir joué avec lui, il le conduisit jusqu’à l’entrée ombragée du bosquet ; puis, le laissant là, saisi de terreur, il le parcourut d’un bout à l’autre en chantant, revint et raisonna l’enfant, lui prouvant que ses craintes étaient sans fondement. Enfin il prit la main du petit garçon, et ils le traversèrent ensemble ; et dès ce moment la crainte qui hantait ce lieu s’enfuit, et le souvenir de la présence de ce frère prit sa place. Voilà ce que Jésus a fait pour nous !

Ne craignez pas le mystère de la mort ! Jésus est mort, et il nous a montré qu’elle est la porte d’une autre vie, plus belle et plus bénie que celle-ci — une vie où les paroles humaines sont comprises, où les visages humains sourient, où les affections humaines demeurent encore. Les quarante jours de sa vie de résurrection ont résolu bien des problèmes et éclairé la plus grande partie du mystère. Mourir, c’est aller aussitôt être avec lui. Point d’abîme, point d’intervalle, point de longue attente dans un purgatoire. Absent du corps, présent auprès du Seigneur. Un moment ici, dans les conditions de la vie mortelle ; le moment suivant, au-delà des étoiles.

Ne craignez pas la solitude de la mort ! L’âme, dans la sombre vallée, prend conscience d’un autre à ses côtés : « tu es avec moi ». La mort ne peut nous séparer, même un instant, de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur. À l’heure de la mort, Jésus accomplit sa propre promesse : « je reviendrai, et je vous prendrai avec moi ». Et de l’autre côté, nous entrons dans un vaste cercle d’esprits aimants, qui accueillent le nouveau venu par des chants de fête (2 Pierre 1:11)

Ne craignez pas l’après-mort ! La malédiction et le châtiment du péché ont été portés par lui. La mort, sentence suprême prononcée contre les pécheurs, a été subie pour nous par notre Substitut. En lui, nous sommes vraiment passés de l’autre côté de la condamnation qui nous revient justement, comme membres d’une race pécheresse. Qui les condamnera? Christ est mort; bien plus, il est ressuscité. »

La mort ! Comment mourraient-ils, ceux qui sont déjà morts en Christ ? Ce que les autres appellent la mort, nous l’appelons le sommeil. Nous ne la redoutons pas plus que le sommeil. Nos corps se couchent, épuisés par la longue journée de travail, pour se réveiller dans l’énergie toute fraîche du matin éternel ; mais en attendant, l’esprit paraît devant sa gloire, irrépréhensible et dans l’allégresse.

Page 1 / 1 · 11 min restantes dans le chapitre
Précédent Suivant