Le chemin du lieu très saint
Élevé à la perfection par les souffrances

Chapitre 7 · 10 min de lecture · 13 min d’écoute

Élevé à la perfection par les souffrances

« Il convenait que celui pour qui et par qui sont toutes choses, et qui voulait conduire à la gloire beaucoup de fils, élevât à la perfection par les souffrances le Prince de leur salut. »

HÉBREUX 2:10.

IL n’est point de livre qui puisse, comme la Bible, soutenir l’épreuve de la douleur et de la souffrance. D’autres livres peuvent nous charmer aux heures ensoleillées, quand le cœur est joyeux ; mais aux jours sombres et couverts, nous les rejetons et nous nous tournons avec empressement vers nos Bibles. La raison en est que ce Livre est né dans le feu. Il est trempé des larmes de ceux qui l’ont écrit ou de ceux à qui il s’adressait.

Prenez, par exemple, cette épître. Elle était destinée à adoucir l’amère angoisse de ces chrétiens hébreux, exposés à la double furie de la tempête. Il y avait d’abord l’opposition et la persécution inévitables que devaient affronter tous les disciples du Nazaréen, non seulement de la part des païens, mais surtout de la part de leurs compatriotes, qui les tenaient pour des apostats.

Il y avait ensuite la douleur d’être retranchés des rites splendides du Temple, avec son service quotidien, ses fêtes solennelles, son cérémonial magnifique. Seuls ceux d’entre nous qui, dès l’enfance, ont eu coutume d’adorer dans quelque cathédrale splendide, avec ses orgues retentissantes, son chœur à pleine voix et le mystère de son architecture, qui saisit et captive tout le sens de la beauté, et qui se sont pourtant sentis contraints de se joindre au culte d’une poignée d’obscurs fidèles dans quelque modeste salle de réunion, peuvent comprendre combien douloureusement ceux à qui s’adressaient ces paroles regrettaient les associations religieuses de leurs jeunes années.

Et puis ce Messie souffrant, couronné d’épines, mourant ! Il semblait presque impossible d’admettre qu’il fût le Christ qu’attendait le désir de la nation. Les objections qui avaient déconcerté la foi des deux voyageurs d’Emmaüs se dressaient avec une force presque irrésistible : « les principaux sacrificateurs et nos magistrats… l’ont crucifié. Nous espérions que ce serait lui qui délivrerait Israël » (Luc 24:20).

Ces paroles ne cherchent nullement à atténuer les souffrances de Christ. Ce serait impossible et superflu. Il est Roi dans le royaume de la douleur ; sans égal dans sa peine ; souverain dans sa détresse. La terre a beau être pleine de souffrants, nul ne peut rivaliser avec notre Seigneur dans ses souffrances. La nature humaine est bornée. On en touche vite les limites, dans la joie comme dans la douleur. Le balancier ne va que deçà et delà. Mais qui mesurera la capacité de la nature de Christ ? C’est grâce à elle qu’il a pu goûter les douceurs d’une joie supérieure à celle de ses compagnons, et une douleur si excessive qu’elle justifie ce défi : « Regardez et voyez s’il est une douleur pareille à ma douleur, A celle dont j’ai été frappée! L’Éternel m’a affligée au jour de son ardente colère. » S’il est vrai, comme le dit Carlyle, que notre douleur est l’image renversée de notre noblesse, combien profonde a dû être la douleur du plus noble de notre race ! C’est à bon droit que la liturgie grecque, avec un pathétique infini, parle de ses « souffrances inconnues ».

Les souffrances de Christ nous feront-elles rejeter Christ ? Ah ! étrange aveuglement ! Autant rejeter le ciel à cause de son soleil, ou la nuit à cause de la lune, sa reine ; ou un diadème à cause de sa pierre royale ; ou le foyer à cause de la mère. Les souffrances de Christ sont le plus grand titre de gloire de l’Évangile. Il en porte lui-même les insignes dans le ciel, comme un général, au jour du triomphe, choisit sa décoration la plus précieuse pour la porter sur sa poitrine. Oui, et ce fut le choix délibéré de celui « pour qui et par qui sont toutes choses » — et qui devait donc avoir tous les moyens à sa disposition — que le sentier de la souffrance fût le chemin de son Fils à travers notre monde. Chaque piste de la création est aussi familière à l’Omniscience que les sentiers des collines au berger aux cheveux gris drapé dans son plaid. S’il l’avait voulu, le Père aurait pu conduire le Fils à la gloire par une autre route que le sentier épineux et semé de pierres de la souffrance. Mais les raisons de cette expérience étaient si impérieuses qu’il ne pouvait s’y soustraire. Rien d’autre n’eût été convenable. Ces raisons peuvent s’énoncer presque en une phrase.

Notre Père a entrepris une œuvre plus grande que sa création première. Il veut « conduire à la gloire beaucoup de fils ». Le chemin peut être rude et pénible, mais il aboutit à la gloire. Et c’est le chemin par lequel notre Père nous conduit ; car, puisque nous croyons au Fils, nous avons le droit de nous appeler fils (Jean 1:12). Et nous sommes nombreux. Beaucoup de fils, bien qu’il n’y ait qu’un seul Fils. Nous ne suivons pas solitaires le chemin étroit. Nous ne sommes qu’une partie d’une foule que personne ne peut compter. La gloire dont nous avons déjà parlé, et dans laquelle Jésus est entré, n’est pas pour lui seul, mais aussi pour nous. « beaucoup de fils » doivent être ses cohéritiers, régnant avec lui sur son trône, partageant ses richesses insondables et son règne éternel.

Mais tous ces fils doivent suivre le sentier de la souffrance. Depuis que le premier péché a apporté la souffrance à nos premiers parents, et le sang versé dans le premier foyer, il n’y a eu qu’un seul sort pour ceux qui veulent vivre pieusement. Leur route mène à la gloire ; mais chaque pouce en est taché de leur sang et arrosé de leurs larmes. Elle gravit le sommet de l’Hermon ; mais elle redescend aussitôt dans des plaines sombres, hantées par les démons. Elle conduit à la montagne des Oliviers, avec sa lumière de l’ascension ; mais elle traverse d’abord les ombrages de Gethsémané, le pressoir du Golgotha, la solitude et les ténèbres du tombeau.

« Le sentier de la douleur, et ce sentier seul,

Mène au pays où la douleur est inconnue. »

Quelle âme vraie n’a pas son désert de la tentation ; ses combats avec les sadducéens et les scribes ; son heure de lassitude et de veille ; ses larmes sur des villes pleines d’hommes rebelles ; ses déceptions venues des amis ; ses persécutions venues des ennemis ; le rejet, l’agonie, l’abandon, la solitude, les reniements, l’épreuve, les trahisons, les morts et les ensevelissements ? Tel est le breuvage que les plus nobles et les plus saints ont bu à la coupe d’or de la vie.

Prévoyant nos besoins, notre Père nous a donné un Chef. C’est un grand bienfait pour une troupe de pèlerins d’avoir un Grand-Cœur ; pour une armée, d’avoir un capitaine ; pour un exode, d’avoir un Moïse. Les chefs courageux, avisés et forts sont de bons dons de Dieu aux hommes. Et il fallait bien s’attendre à ce que Dieu plaçât un tel Être, comme Chef efficace, à la tête de la longue file des pèlerins qu’il est occupé à conduire à la gloire. Les fatigues semblent plus légères et la distance plus courte ; les traînards pressent le pas ; ceux qui s’égarent sont rappelés des chemins de traverse par la présence et la voix du Chef qui marche, efficace, royal et divin, à l’avant-garde. Héritiers de la gloire, las de la longue et pénible marche, souvenez-vous que vous faites partie d’une grande armée, et que le Prince, à la tête de la colonne, est depuis longtemps entré dans la cité ; et pourtant il est revenu, et passe le long des rangs comme une inspiration, tandis qu’ils peinent en avant.

Notre Chef est parfait. Bien entendu, il ne s’agit pas ici de ses qualités morales ou spirituelles. En celles-ci il possède la stature de l’Homme parfait, et il a rempli, dans chaque détail, l’idéal que Dieu se fait de l’homme. Mais il aurait pu être tout cela sans être parfaitement adapté à l’œuvre de conduire beaucoup de fils, à travers la souffrance, jusqu’à la gloire. Il aurait pu être parfait de caractère et désireux de nous aider ; mais s’il n’avait jamais goûté la mort, comment pourrait-il apaiser nos craintes quand nous foulons le bord du Jourdain ? S’il n’avait jamais été tenté, comment pourrait-il secourir ceux qui sont tentés ? S’il n’avait jamais pleuré, comment pourrait-il étancher nos larmes ? S’il n’avait jamais souffert, jamais eu faim, jamais connu la lassitude sur la colline Difficulté, jamais frayé son chemin à travers les fondrières du chagrin, comment aurait-il pu être un souverain sacrificateur miséricordieux et fidèle, plein de compassion pour les ignorants et les égarés ? Mais, grâces à Dieu, notre Chef est un Chef parfait. Il est parfaitement adapté à sa tâche. Son brevet, contresigné par la voix de l’inspiration, le déclare pleinement qualifié.

Mais cette parfaite efficacité, nous l’avons vu, est le fruit de la souffrance. D’aucune autre manière concevable il n’aurait pu être aussi efficacement qualifié pour être notre Chef qu’il l’a été par l’épreuve de la souffrance. Chaque angoisse, chaque larme, chaque frisson, tout était nécessaire pour compléter son équipement à nous secourir. Et nous pouvons en conclure que la souffrance nous est parfois envoyée pour nous qualifier à devenir, dans notre pauvre mesure, les guides et les consolateurs de nos frères qui chancellent dans la marche. La prochaine fois que nous souffrirons, croyons que ce n’est pas l’effet du hasard, ni du destin, ni de la négligence des hommes, ni de la malveillance de l’enfer ; mais que peut-être Dieu perfectionne en nous l’aptitude à consoler et à secourir les autres.

N’y a-t-il pas, dans votre entourage, certaines personnes vers qui vous vous tournez naturellement aux heures d’épreuve et de douleur ? Elles semblent toujours dire le mot juste, donner le conseil même que vous désiriez ; mais vous ne vous rendez pas compte du prix qu’elles ont dû payer avant de devenir si habiles à panser les plaies béantes et à sécher les larmes. Si vous examiniez leur passé, vous découvririez qu’elles ont souffert plus que la plupart. Elles ont vu se dénouer lentement quelque cordon d’argent auquel était suspendue la lampe de la vie. Elles ont vu le vase d’or de la joie se briser à leurs pieds, et son contenu se répandre. Elles se sont tenues près des marées descendantes, des ricins qui se flétrissent et des soleils couchés en plein midi ; mais tout cela était nécessaire pour faire d’elles les gardes-malades, les médecins, les prêtres des hommes. Les caisses qui arrivent des pays lointains sont bien grossières ; mais elles renferment des épices qui embaument l’air des parfums de l’Orient. Ainsi la souffrance est rude et pénible à porter ; mais elle cache une discipline, une éducation, des possibilités qui non seulement nous rendent plus nobles, mais nous rendent parfaitement aptes à aider les autres. Ne vous irritez pas, ne serrez pas les dents, n’attendez pas avec obstination que la souffrance passe ; mais tirez-en tout ce que vous pourrez, pour vous-même comme pour votre service envers votre génération, selon la volonté de Dieu.

La souffrance forme la sympathie ; elle adoucit l’esprit, allège le toucher, assourdit le pas ; elle habitue l’esprit à lire de loin les symptômes d’une douleur inexprimée ; elle apprend à l’âme à compter les promesses qui, comme les constellations du cercle arctique, brillent avec le plus d’éclat à travers la nuit d’hiver ; elle donne à l’esprit une profondeur, une délicatesse, une richesse qu’il ne pourrait acquérir autrement. Par la souffrance, il a été élevé à la perfection.

Ses souffrances ont acheté notre pardon. Il a souffert la mort pour tous. Mais ses souffrances ont fait plus encore : elles l’ont rendu capable de comprendre par expérience, et d’apaiser avec la tendresse de celui qui a souffert, tous les chagrins et toutes les douleurs que connaissent les plus faibles et les plus las de la grande famille de Dieu.

Loin donc de le rejeter à cause de ses douleurs, c’est là ce qui nous attirera plus vite à ses côtés. Et, au milieu de nos joyeux cantiques, cette note dominera : « Il fallait que le Christ souffrît. » « au milieu du trône… un agneau qui était là comme immolé. »

Chapitre 7 terminé

Élevé à la perfection par les souffrances

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