Le chemin du lieu très saint
À la dérive

Chapitre 5 · 13 min de lecture · 17 min d’écoute

À la dérive

« … nous devons d’autant plus nous attacher aux choses que nous avons entendues, de peur que nous ne soyons emportés loin d’elles. » HÉBREUX 2:1.

LE SALUT est un grand mot ; et c’est l’un des mots clefs de cette épître. Ceux qui doivent hériter du salut (1:14) ; un si grand salut (2:3) ; le Prince de leur salut (2:10) ; un salut éternel (5:9) ; des choses favorables au salut (6:9) ; un salut parfait (7:25) ; et son apparition, sans péché une seconde fois, pour le salut (9:28).

Tantôt, c’est du salut de la peine du péché qu’il est parlé. On emploie alors le temps passé, pour désigner cet acte final et bienheureux par lequel, grâce à la foi au sang de Jésus, nous sommes placés pour toujours hors d’atteinte de la crainte du jugement et du châtiment ; de sorte que nous sommes au vent de la tempête, qui s’est épuisée sur la tête de notre substitut et de notre représentant au Calvaire, et qui ne peut donc jamais fondre sur nous. « … c’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi » (Éphésiens 2:8).

Tantôt, c’est du salut de la puissance du péché. Le présent est alors employé, pour désigner le long et graduel processus par lequel nous sommes affranchis du mal, qui s’est si profondément infiltré dans tout notre être. « Pour nous qui sommes en voie d’être sauvés, la parole de la croix est une puissance de Dieu » (1 Corinthiens 1:18). Tantôt, c’est le salut de tous les maux, physiques et autres, qui est sous-entendu. On fait alors appel au temps futur, qui peint ses splendides fresques sur les brumes si épaisses suspendues devant nos yeux, et qui nous parle de la résurrection à la ressemblance de notre Sauveur, et de notre présentation dans sa demeure, irréprochables et dans l’allégresse. « … nous savons que, lorsque cela sera manifesté, nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu’il est. » (1 Jean 3:2). « maintenant le salut est plus près de nous que lorsque nous avons cru. La nuit est avancée, le jour approche. » (Romains 13:11, 12).

Dans le passage qui nous occupe, le mot « salut » embrasse le processus tout entier, depuis son commencement jusqu’à sa fin ; bien qu’il soit peut-être plus particulièrement teinté de la première pensée mentionnée ci-dessus. Et si nous développons l’image que suggère la manière dont la version révisée anglaise rend le premier verset de ce chapitre, nous pouvons comparer le salut à un grand port devant lequel nous risquons de passer à la dérive par une coupable négligence. « nous devons d’autant plus nous attacher aux choses que nous avons entendues, de peur que nous ne soyons emportés loin d’elles. » « comment échapperons-nous en négligeant un si grand salut ! »

CONSIDÉREZ LE PLAN DU SALUT DE DIEU COMME UN GRAND PORT. Après une nuit de tempête, nous sommes descendus au port, contre les bras duquel les vagues en furie sont venues se briser avec un fracas de tonnerre et dans des nuages d’embruns. Au-dehors, la mer était agitée et bouillonnante ; les nuées couraient en hâte à travers le ciel ; les vents hurlaient comme les Furies des fables antiques. Mais à l’intérieur de ces murailles glorieuses, les barques qui y étaient entrées pendant la nuit se tenaient en sûreté ; les marins se reposaient, ou réparaient les déchirures des voiles et des agrès, tandis que les eaux demeuraient paisibles, à l’abri de la tempête qui faisait rage au-dehors. Un tel refuge, un tel port, est un emblème bien choisi du salut, où les âmes battues par la tempête trouvent abri et paix.

Il est grand par son étendue. Assez vaste pour embrasser un monde perdu. De la place pour que des flottes entières d’âmes y mouillent à l’ancre. Assez d’espace pour chaque navire de la race d’Adam lancé des rivages du temps. « Il est lui-même une victime expiatoire … du monde entier. » « … celui qui veut … » Déjà il commence à se remplir. Là, un vaisseau autrefois monté par sept démons, un navire pirate, mais capturé par notre Emmanuel ; et à sa proue, le nom : Marie de Magdala. Ici, un autre, démâté et presque fracassé, arraché à la fureur du gouffre à la dernière heure ; sur sa proue, ces mots : Le brigand mourant Et là, un autre encore, longtemps employé à saper les murailles mêmes du port, et qui fait maintenant flotter une flamme en haut de son mât : Premier des pécheurs et moindre des saints. Et tout autour, une forêt de mâts, « une foule, que personne ne pouvait compter, de toute nation, de toute tribu, de tout peuple, et de toute langue. »

Il est grand par ses fondements. La condition essentielle, quand on construit une digue, est d’obtenir un fondement qui puisse rester inébranlable au milieu des mers les plus grosses. Il faut percer le sable mouvant jusqu’au roc de granit. Mais ce port a des fondements assez puissants pour inspirer un puissant encouragement à ceux qui y ont cherché un refuge : la promesse, et, comme si cela ne suffisait pas, le serment de Dieu (Hébreux 6:17, 18). Écoutez comme la tempête du jugement se lève là-bas, en mer ! « Quand les fondements sont renversés, Le juste, que ferait-il? » Ne craignez rien ! Il n’y a pas lieu de s’alarmer. Les vagues peuvent emporter quelques coquilles de moules, ou arracher le lichen marin qui a incrusté les moulures des murailles ; mais il serait plus facile d’arracher de leur base les collines éternelles que d’ébranler une seule pierre de ces fondements.

Il a été grand par son prix. Près du pont tubulaire qui franchit le détroit de Menai se dresse une colonne qui rappelle les noms de ceux qui périrent pendant la construction de ce grand triomphe de l’art de l’ingénieur. Rien n’y est dit de l’argent dépensé, mais seulement des vies sacrifiées. Et de même, près du port de notre salut, tout près de son entrée, de sorte que chaque navire qui pénètre dans son enceinte puisse la lire, s’élève une autre colonne, portant cette inscription : « Consacré à la mémoire du Fils de Dieu, qui donna sa vie en sacrifice pour le péché du monde. » Être sauvé semble chose facile : « Tournez-vous vers moi, et vous serez sauvés. » Mais nous ne nous rappelons pas toujours tout ce qui s’est passé avant que cela devînt si facile : l’agonie et la sueur de sang ; la croix et la passion ; la mort précieuse et la sépulture.

Il a été grand par sa proclamation. Les Juifs faisaient grand cas de leur loi, à cause de la majesté de sa promulgation. Elle avait été prononcée du haut des rochers inaccessibles du Sinaï, avec ses escarpements surplombants, ses pics de grès rouge baignés de feu ; tandis que les tonnerres et les éclairs, les nuées épaisses et les sons de trompette étaient les sublimes accessoires de la scène. C’était aussi la croyance reçue que la loi avait été donnée par l’entremise des anges (Deutéronome 33:2 ; Actes 7:53 ; Galates 3:19 ; Hébreux 2:2). Et la pensée que ces êtres puissants et sans péché avaient été les intermédiaires de la volonté du Tout-Puissant servait, aux yeux de tous les Hébreux pieux, à rehausser la sainteté et la gloire de la loi.

Comparés à cela, combien simples les accessoires des paroles de Jésus ! Prononcées d’une voix douce et tendre, tombant comme les ondées légères sur l’herbe tendre, et distillant doucement comme la rosée ; n’effrayant pas les plus grands pécheurs et ne faisant pas sursauter les petits enfants, elles se glissaient dans l’oreille des hommes comme la mélodie de clochettes d’argent portée par un vent d’été. La barque ou le flanc de la colline était sa chaire ; les pauvres, son auditoire ; les incidents ordinaires de la nature ou de la vie, son texte.

Mais en réalité, la différence était immense. La proclamation de la loi s’était faite par des anges. La proclamation de l’Évangile se fit par le Fils. Si l’une fut auguste, que ne dut pas être l’autre ! Si l’une fut garantie par les sanctions les plus redoutables, que ne faudrait-il pas dire de l’autre ! Annoncé par le Seigneur, confirmé par les apôtres et par des témoins oculaires, attesté par le Tout-Puissant lui-même par des signes et des prodiges et par des dons du Saint-Esprit, comment oserions-nous le traiter avec mépris ou avec négligence ? Ou, si nous le faisons, notre châtiment ne sera-t-il pas proportionné à la grandeur de notre offense ? « … si la parole annoncée par des anges a eu son effet, et si toute transgression et toute désobéissance a reçu une juste rétribution, comment échapperons-nous en négligeant un si grand salut ? » « C’est pourquoi nous devons d’autant plus nous attacher aux choses que nous avons entendues, de peur que nous ne soyons emportés loin d’elles. »

Il sera grand par ses châtiments. La tendance de notre époque est d’amoindrir le juste jugement de Dieu sur le péché. On semble penser communément que, parce que notre économie est une économie d’amour et de miséricorde, il y a d’autant moins lieu de redouter les conséquences du péché. Mais l’écrivain inspiré raisonne ici dans un sens exactement contraire. Justement parce que cet âge est un âge d’une si tendre miséricorde, les péchés commis contre son Roi sont plus mortels, et les châtiments plus lourds. Autrefois, aucune transgression, positive, et aucune désobéissance, négative, n’échappait à sa juste rétribution ; et aujourd’hui, il est moins probable encore qu’elles y échappent. La parole prononcée par le Fils est plus ferme encore (c’est-à-dire efficace pour assurer l’exécution du châtiment qu’elle annonce) que la parole des anges. Mes lecteurs, prenez garde ! « Celui qui a violé la loi de Moïse meurt sans miséricorde, sur la déposition de deux ou de trois témoins; de quel pire châtiment pensez-vous que sera jugé digne celui qui aura foulé aux pieds le Fils de Dieu ! » (10:28, 29.)

LE DANGER AUQUEL NOUS SOMMES LE PLUS EXPOSÉS. « de peur que nous ne soyons emportés » (2:1). Pour un homme qui tourne résolument le dos à Christ, il y en a des centaines qui s’éloignent de lui à la dérive. L’océan de la vie est plein de courants, dont chacun peut nous entraîner au-delà de l’entrée du port, alors même que nous en semblons le plus près, et nous emporter loin en haute mer.

C’est la dérive qui perd les hommes. La dérive du monde religieux. La dérive des vieilles habitudes et des vieilles fréquentations, qui, chez ces chrétiens hébreux, portait si fortement vers le judaïsme et les ramenait au système religieux dont ils étaient sortis. La dérive de notre propre nature mauvaise, toujours impatiente de nous emporter loin de Dieu vers ce qui est terrestre et sensuel. La dérive sous la pression de la tentation.

Le jeune homme qui sort d’un foyer pieux ne dit pas nettement et délibérément : « Je renie le Dieu de mon père. » Mais il se trouve au milieu d’un groupe de collègues qui n’ont aucun souci de la religion ; et, après une brève lutte, il relâche ses efforts et commence à dériver, jusqu’à ce que la côte du ciel recule si loin dans le lointain brumeux qu’il doute de l’avoir jamais vraiment vue.

L’homme d’affaires qui suit aujourd’hui sans vergogne les plus basses maximes de son commerce fut autrefois droit et noble de cœur. Il aurait rougi à la pensée que de telles choses pussent être faites par lui. Mais il commença par céder, sur des points tout à fait insignifiants, à la forte pression de la concurrence ; et une fois qu’il se fut laissé prendre par la marée, elle l’emporta bien au-delà de ce qu’il avait d’abord voulu.

Le chrétien de profession qui aujourd’hui fait à peine semblant d’ouvrir la Bible ou de prier n’en est pas venu d’un seul bond à une situation si terrible, mais en cédant à la pression des caprices constants de la vieille nature ; et c’est ainsi qu’il a dérivé vers une région arctique où il risque de périr, engourdi et glacé, à moins d’être secouru et lancé sur le chaud Gulf Stream de l’amour de Dieu.

Il est si facile, et tellement plus agréable, de se laisser dériver. Simplement s’étendre en arrière, renoncer à tout effort, et se laisser aller où veulent les eaux, tandis qu’elles se brisent avec musique sur les flancs de la barque qui se balance. Mais, hélas, combien indicible le remords, combien désastreux le résultat !

Êtes-vous à la dérive ? Vous pouvez aisément le savoir. Avez-vous conscience d’un effort, d’une résistance de chaque jour, de chaque heure, au courant qui vous entoure et qui est en vous ? Les choses de Dieu et du ciel se dessinent-elles plus clairement à vos yeux ? Les eaux écument-elles avec colère contre votre proue, tandis que vous vous frayez un passage au travers ? S’il en est ainsi, réjouissez-vous ! mais souvenez-vous que seule la force divine peut suffire à soutenir le combat et à maintenir la proue de la barque contre le courant. S’il n’en est pas ainsi, vous êtes à la dérive. Hélez le puissant Fils de Dieu ! Demandez-lui de monter à bord, de vous retenir et de vous amener au port.

UNE QUESTION SANS RÉPONSE. « comment échapperons-nous en négligeant … ? » Le marin qui refuse le canot de sauvetage et le port n’échappe pas. Celui qui attente à sa propre vie et arrache les bandages de ses plaies n’échappe pas. Le médecin qui tourne en ridicule les précautions ordinaires contre la peste n’échappe pas. « Comment donc échapperons-nous ? »

L’Israélite qui refusa d’asperger de sang les poteaux de la porte de sa maison échappa-t-il ? L’homme qui ramassa du bois le jour du sabbat échappa-t-il, bien qu’il eût pu alléguer que c’était sa première faute ? Le prince qui avait pris pour femme la Moabite échappa-t-il, bien qu’il fût d’un rang élevé ? Moïse et Aaron échappèrent-ils, bien qu’ils fussent les conducteurs du peuple ? Non ! Aucun d’eux n’échappa. « … toute transgression et toute désobéissance a reçu une juste rétribution. » « Comment donc échapperons-nous ? »

Est-il probable que nous échappions ? Nous avons négligé le seul nom qui ait été donné sous le ciel parmi les hommes, par lequel nous puissions être sauvés. Nous avons ajouté le mépris à la négligence, en refusant ce qu’il en a tant coûté à Dieu de donner. Nous avons bafoué son Fils unique, notre Seigneur ; et notre manque de respect envers lui ne peut être un petit crime aux yeux du Père infini. « Comment échapperons-nous ? »

Non, si vous négligez (et remarquez que négliger, c’est rejeter), il n’y a point d’échappatoire. Vous n’échapperez pas aux tempêtes de la douleur, de la tentation, ou du juste jugement de Dieu. Vous n’échapperez pas au châtiment mérité et nécessaire de vos péchés. Vous n’échapperez pas au ver qui ne meurt point, ni au feu qui ne s’éteint point. Là-bas, sans abri, au milieu de la fureur de la mer ; ou plus loin, mis en pièces sur les rochers : vous ferez naufrage et vous sombrerez corps et biens, sans avoir jamais été aperçus par les guetteurs célestes, ni accueillis dans le port du repos éternel des saints.

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