Le chemin du lieu très saint
La gloire de l’office de Christ

Chapitre 4 · 12 min de lecture · 15 min d’écoute

La gloire de l’office de Christ

« Il a hérité d’un nom plus excellent. » HÉBREUX 1:4.

MÊME sans l’Écriture, nous aurions été portés à conclure à l’existence d’autres ordres d’êtres intelligents et spirituels en dehors de l’homme. De même que l’ordre de la création s’élève jusqu’à l’homme depuis l’organisme vivant le plus humble, à travers bien des degrés divers d’existence, de même, assurément, la série doit se prolonger au-delà de l’homme, rang après rang d’existence spirituelle, jusqu’aux marches mêmes du trône éternel. L’esprit divin doit être aussi fécond en formes de vie spirituelles qu’il l’a été en formes de vie naturelles.

Mais nous ne sommes pas réduits aux conjectures. De toutes les parties de l’Écriture viennent des témoignages de l’existence des anges. Ils se réjouirent quand le monde fut fait, et ils nous sont dépeints introduisant par leurs chants cette nouvelle création après laquelle nous soupirons. Ils montèrent la garde à la porte d’un paradis perdu ; et à chacune des douze portes de la nouvelle Jérusalem se tient un ange (Apocalypse 21:12). Ils foulèrent les plaines de Mamré et chantèrent sur les champs de Bethléhem. L’un prépara le repas d’Élie sur le sable du désert ; un autre fit sortir Pierre de la prison ; et un troisième traversa la tempête comme l’éclair pour se tenir près du hamac où dormait l’apôtre Paul (Actes 27:23, 24).

Mais, dans l’esprit du pieux Hébreu, la plus grande œuvre que les anges eussent jamais accomplie se rattachait au don de la loi. Les enfants d’Israël avaient reçu la loi « d’après des commandements d’anges » (Actes 7:53). Il était donc nécessaire, pour montrer la supériorité de l’Évangile sur la loi, de commencer par montrer la supériorité de celui par qui l’Évangile avait été donné sur tous les ordres d’esprits lumineux et bienheureux qui, en leurs rangs étincelants et avec leurs vingt mille chars, allaient et venaient sur le front du Sinaï pendant que le décalogue était donné (Psaume 68:18).

Il n’est pas difficile de prouver la supériorité du Seigneur sur les anges. Elle est double : dans sa nature et dans son office.

Dans sa nature. « Il a hérité d’un nom plus excellent que le leur » (v. 4). Au verset 7, tiré du Psaume 104:4 (version révisée anglaise, en marge), où ils sont expressément désignés comme messagers et serviteurs, ils sont comparés aux vents et aux flammes : aux vents, pour leur rapidité et leur invisibilité ; aux flammes, à cause de leur ardent amour. Mais quel abîme entre leur nature, qu’on peut ainsi comparer aux éléments de la création, et la nature de cet Être glorieux qu’ils reçoivent l’ordre d’adorer, et à qui s’adresse le titre sublime de Fils ! (Hébreux 1:6 ; Psaume 97:7.)

Dans son office. Au verset 14, ils sont présentés comme des esprits au service de Dieu, « envoyés pour exercer un ministère en faveur de ceux qui doivent hériter du salut ». Cette liturgie du service est un fait littéral. Quand nous luttons contre des difficultés écrasantes ; quand nous suivons seuls le défilé de montagne, sombre et sauvage ; quand nous sommes en péril ou dans un besoin pressant, nous sommes entourés de formes invisibles, semblables à celles qui accompagnèrent le chemin de Jésus, le servant au désert, le fortifiant dans le jardin, planant autour de sa croix, veillant sur son tombeau et l’accompagnant jusque dans sa demeure. Elles suivent l’allure des trains les plus rapides où nous voyageons. Elles traversent sans se souiller l’air le plus sombre. Elles aplanissent les plus lourdes difficultés. Elles remplissent de lumière, comme d’une garnison, les sépulcres les plus obscurs. Elles nous portent sur leurs mains, de peur que notre pied ne heurte contre une pierre. Bien des délivrances d’un péril imminent, bien des secours inattendus, bien des pensées lumineuses et saintes murmurées à notre oreille, sans que nous sachions d’où ni comment, sont dus à ces esprits lumineux et aimants. « Que le bon Seigneur me pardonne, dit l’évêque Hall, d’avoir, entre autres offenses, tant laissé s’effacer de ma mémoire la présence de ses saints anges. » Mais, si précieux que soit leur office, il ne mérite pas d’être nommé d’un même souffle que celui de Christ, tel qu’il nous est présenté dans ce chapitre.

Il est l’agent de la création. « par lequel il a aussi créé le monde ». Faire de rien ce qui se voit, voilà la création : c’est une œuvre divine ; et la création est attribuée à Christ. « … en lui ont été créées toutes les choses qui sont dans les cieux et sur la terre » « Toutes choses ont été faites par elle, et rien de ce qui a été fait n’a été fait sans elle. » (Colossiens 1:16 ; Jean 1:3). Mais le mot traduit ici et en 11:3 par monde signifie les siècles. Non seulement l’univers matériel a été fait par lui, mais chacun des grands âges de l’histoire du monde a été institué par Jésus-Christ.

Quand le génie aspire à l’immortalité, il laisse le nom de l’artiste gravé sur la pierre ou sur la toile ; et ainsi l’Inspiration, « trempant sa plume dans l’indélébile vérité, inscrit le nom de Jésus sur tout ce que nous voyons — sur le soleil et les étoiles, la fleur et l’arbre, le rocher et la montagne, les eaux instables et la terre ferme ; et aussi sur ce que nous ne voyons pas, et ne verrons pas tant que la mort n’aura pas ôté le voile — sur les anges et les esprits, sur la cité et les cieux du monde éternel ».

Cette pensée ressort clairement de la citation sublime qui est faite au verset 10, tirée du Psaume 102. Ce poème inspiré est manifestement adressé à l’Éternel : « Toi, Éternel, tu as au commencement fondé la terre, Et les cieux sont l’ouvrage de tes mains. » Mais ici, sans la moindre excuse, sans le moindre indice qu’on accommode ces paroles à un usage inférieur, il est appliqué directement à Christ. Remarquez la certitude de cet homme inspiré que Jésus est l’Éternel ! Quelle assurance de la divinité de son Seigneur ! Et quel splendide hommage à son immutabilité !

Remarquez comme l’épître retentit de l’immutabilité de Jésus, dans son amour humain (13:8), dans son sacerdoce (7:24), et ici dans sa nature divine (v. 10-12). Nous vivons dans un monde de changement. La terre n’est pas aujourd’hui ce qu’elle était il y a des siècles, ni ce qu’elle sera dans des siècles. Le soleil rayonne sa chaleur et la perd. La lune ne brûle plus et ne rougeoie plus comme autrefois ; elle n’est plus qu’une immense escarbille opaque qui renvoie de son disque la lumière du soleil. Des étoiles se sont éteintes, et d’autres s’éteindront. L’univers vieillit, comme des vêtements qui, à force d’usage, s’usent jusqu’à la corde. Mais l’usure du vêtement ne prouve nullement que la force de celui qui le porte décline ou que son énergie se relâche. Bien au contraire, c’est d’ordinaire au temps de la jeunesse ou de l’âge mûr le plus robuste que les vêtements s’usent le plus vite. Vous pliez et mettez de côté vos habits quand ils ont fait leur service ; mais vous êtes le même dans l’habit neuf que dans l’ancien. La création est le vêtement de Christ. Il s’enveloppe de ses amples plis. Sa décrépitude ne l’atteint pas. Et quand il l’aura toute mise de côté et remplacée par les nouveaux cieux et la nouvelle terre, il sera le même à jamais.

Avec quel intérêt nouveau ne pouvons-nous pas maintenant nous tourner vers l’antique récit qui raconte comment Dieu créa les cieux et la terre ! Ces syllabes sublimes : « Que la lumière soit! » furent prononcées par la voix qui trembla dans l’angoisse de la mort sur la croix. Les fleuves qui roulent, les mers qui se gonflent, les bois qui ondoient, les fleurs qui éclosent, les oiseaux qui chantent, les bêtes innombrables, les étoiles qui scintillent comme des diamants sur le pavillon de la nuit : tout cela nouvellement fait ; tout cela palpitant de la vie même de Dieu ; et tout cela très bon ; mais, avant tout et glorieusement, tout cela œuvre de ces mains qui furent clouées, impuissantes, à la croix, laquelle, de même que le fer qui le perça, était elle-même le fruit de sa volonté créatrice.

Il est le Dieu de la providence. « … soutenant toutes choses par sa parole puissante » (v. 3). Il est l’étai qui soutient la création. Christ, et non le destin. Christ, et non la nature. Christ, et non une loi abstraite et impersonnelle. La loi n’est que la méthode invariable de son action. « En lui toutes choses ont la vie, le mouvement, et l’être. » « … toutes choses subsistent en lui. » Il est sans cesse à l’œuvre, répétant à la vaste échelle de la création les actes de sa vie terrestre. Et s’il ne les accomplissait pas, ils resteraient à jamais inaccomplis. À sa parole, l’eau de pluie et la rosée deviennent jus de raisin ; de minces poignées de grain remplissent les granges de l’automne ; les tempêtes s’apaisent en calme ; les poissons sont conduits par les sentiers des mers ; les ruisseaux sont envoyés parmi les montagnes ; et les étoiles sont maintenues dans leur course, de sorte qu’« Il n’en est pas une qui fasse défaut ».

Tout pouvoir lui a été donné dans le ciel et sur la terre. Pourquoi donc es-tu si triste ? Ton meilleur ami est le Seigneur de la providence. Ton frère est le premier ministre de l’univers, et il tient les clefs des greniers divins. Va à lui avec les sacs vides de ton besoin ; non seulement il les remplira, mais il les remplira gratuitement, sans argent, sans rien payer, comme le fit Joseph dans la vieille histoire du temps des pharaons.

Il est le Sauveur des pécheurs. « Il a fait la purification des péchés. » Nous aurons bien des occasions de nous arrêter sur ce fait glorieux. Jésus est le Sauveur, le Rédempteur et le souverain sacrificateur. C’est là son titre le plus glorieux ; dans cette œuvre, aucun ange, aucun esprit créé ne peut rivaliser avec lui. Dans l’œuvre du salut, il est seul. Aucun ange ne pouvait faire l’expiation du péché, ni plaider notre cause, ni nous affranchir de l’esclavage du mal.

Mais remarquez le caractère définitif de cet acte. « Il a fait la purification des péchés » (voir le grec). C’est accompli ; complet pour toujours ; fait irrévocablement et définitivement. Pourvu seulement que nous soyons un avec lui par une foi vivante, nos péchés, qui étaient nombreux, sont effacés, comme une inscription sur une ardoise, comme une tache sur une robe, comme un nuage dans l’azur du ciel. Disparus, comme une pierre dans l’abîme sans fond ! Disparus, pour ne jamais plus se dresser devant nous, ici-bas ni dans l’au-delà ! « Qui les condamnera? Christ est mort; bien plus, il est ressuscité, il est à la droite de Dieu, et il intercède pour nous! » (Romains 8:34).

Il est aussi Roi. Et sur quoi repose son royaume ? Quel est le fondement de cette royauté que nous chantons sans cesse dans les nobles paroles de l’Église primitive : « Tu es le Roi de gloire, ô Christ » ? C’est un double fondement.

Il est Roi en vertu de sa nature divine. « Ton trône, ô Dieu, est éternel. » Le Psaume 45 pouvait bien être intitulé le poème des lis, comme pour marquer ses beautés pures, choisies et incomparables. Il célébrait le mariage de Salomon ; mais, à la manière de ces chantres inspirés, ses auteurs passèrent bientôt du terrestre au céleste, du type passager du royaume terrestre aux réalités éternelles et impérissables de la royauté divine de Christ.

Il est aussi Roi en récompense de son obéissance jusqu’à la mort. « … se rendant obéissant jusqu’à la mort, même jusqu’à la mort de la croix. C’est pourquoi aussi Dieu l’a souverainement élevé » (Philippiens 2:8, 9). Satan lui offrit la souveraineté en échange d’un seul acte d’hommage, et Christ refusa, et descendit de la montagne vers la pauvreté, la honte et la mort ; mais par ces choses il s’est acquis un royaume qui n’en est encore qu’à son enfance, mais qui est destiné à demeurer debout quand tous les royaumes de ce monde seront tombés en poussière.

Lorsque Christ sortit de la croix et du tombeau, où il avait fait la purification de nos péchés, il sembla que lui étaient adressées des paroles que David avait recueillies des siècles auparavant : « Parole de l’Éternel à mon Seigneur: Assieds-toi à ma droite, Jusqu’à ce que je fasse de tes ennemis ton marchepied. » (v. 13 ; Psaume 110:1). C’est l’interprétation que l’apôtre Pierre, dans l’élan de l’inspiration de la Pentecôte, donna de ces paroles (Actes 2:34). Et c’est pourquoi il nous est dit : « Il fut enlevé au ciel, et il s’assit à la droite de Dieu » (Marc 16:19). « Il s’est assis à la droite de la majesté divine dans les lieux très hauts » (v. 3).

« Il s’est assis. » L’amour règne. L’Agneau est au milieu du trône. Contemplez sa majesté, et adorez-le avec les anges et les archanges et toute la multitude des rachetés. Prosternez-vous à ses pieds, en lui consacrant tout ce que vous êtes et tout ce que vous avez. Consolez-vous aussi en vous rappelant qu’il ne se serait pas assis pour se reposer de ses travaux dans la rédemption et dans la purification des péchés, s’ils n’avaient été si complètement achevés qu’il ne restait plus rien à faire. Tout est accompli ; et tout est très bon. Il s’est reposé de ses œuvres, parce qu’elles sont faites ; et c’est pourquoi il est entré dans son repos. Et ce mot « Jusqu’à ce que » est plein d’espérance. Dieu le prononce, et il nous encourage à attendre le temps où il aura détruit toute domination, toute autorité et toute puissance, et où la mort elle-même, le dernier ennemi, sera détruite (1 Corinthiens 15:24-26).

Chapitre 4 terminé

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