Chapitre 3 · 8 min de lecture · 11 min d’écoute
La dignité de Christ
« étant le reflet de sa gloire et l’empreinte de sa personne, et soutenant toutes choses par sa parole puissante, a fait la purification des péchés et s’est assis à la droite de la majesté divine dans les lieux très hauts, devenu d’autant supérieur aux anges » HÉBREUX 1:3, 4.
LE FILS. « nous a parlé par le Fils » Dieu a beaucoup de fils, mais un seul Fils. Lorsque, au matin de sa résurrection, notre Seigneur rencontra les femmes effrayées, il dit : « je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. » Mais, dans sa bouche, ces paroles signifiaient infiniment plus de lui-même qu’elles ne pourraient jamais signifier d’un homme, si saint ou si filial fût-il. Nulle aile de créature ne réussira jamais à nous faire franchir l’abîme qui sépare toute vie créée de toute vie incréée. Mais nous pouvons accepter avec révérence le fait, si souvent souligné, que Jésus est « le Fils unique, qui est dans le sein du Père » (Jean 1:18). Il est Fils dans un sens absolument unique.
Ce terme, tel que notre Seigneur l’employait et tel que les Juifs le comprenaient, signifiait non seulement une relation divine, mais une égalité divine. C’est pourquoi, en une occasion, les Juifs cherchèrent à le faire mourir, parce qu’il disait que Dieu était son Père, se faisant égal à Dieu (Jean 5:18). Et lui, bien loin de corriger cette opinion, comme il l’aurait fait sur-le-champ si elle avait été erronée, continua de la confirmer et d’en établir la vérité. L’impression que Jésus de Nazareth laissait à tous ceux qui le connaissaient était celle d’une extrême humilité ; mais il y avait là un point sur lequel il ne pouvait rabattre un iota ni un trait de lettre de ses prétentions, sous peine d’être infidèle à la connaissance qu’il avait de lui-même et à la voix répétée de Dieu. Et c’est ainsi qu’il mourut, parce qu’il affirma, au milieu de l’horreur affectée de ses juges, qu’il était le Christ, le Fils de Dieu. « Il n’a point regardé comme une proie à arracher d’être égal avec Dieu. » C’était son droit.
Sa dignité est développée plus encore dans les paroles qui suivent. Il est LE RAYON DE LA GLOIRE DIVINE, car c’est ainsi qu’on pourrait rendre le mot traduit par reflet. Nous n’avons jamais vu le soleil lui-même, mais seulement son rayon venu de loin, qui a quitté sa surface quelques minutes auparavant. Mais le rayon est de même constitution que l’astre dont il vient ; si vous en démêlez la trame, vous apprendrez quelque chose de la nature même du soleil ; ils vivent dans une perpétuelle et glorieuse unité. Et en considérant l’intimité de cette union, nous nous rappelons ces paroles familières qui nous disent que, bien que personne n’ait jamais vu Dieu, il a été révélé dans la Parole faite chair. Nous entendons notre Maître redire les vieilles paroles, profondes et mystérieuses : « Moi et le Père nous sommes un. Nous viendrons, et nous ferons notre demeure. » Et nous pouvons entrer dans les sentiments de l’hymne du soir de l’Église primitive, chantée sur les rives du Bosphore :
« Salut, Lumière joyeuse, épanchée de sa pure gloire,
Lui, le Père immortel, céleste et bienheureux. »
Il est aussi L’EMPREINTE DE LA NATURE DIVINE. L’allusion est ici à l’empreinte que laisse un sceau dans la cire fondue ; et de même que l’image formée sur la cire est la ressemblance exacte du coin, bien que sur une autre substance, de même Christ est la ressemblance exacte du Père dans notre chair humaine. Et c’est ainsi qu’il a pu dire : « Celui qui m’a vu a vu le Père. » La vie de Jésus est la vie de Dieu transposée dans les termes de notre vie humaine ; de sorte que nous pouvons comprendre l’être même et la nature de Dieu en les voyant reproduits devant nous, autant que cela est possible, dans le caractère et la vie de Jésus. Ces deux images se complètent l’une l’autre. Vous pourriez conclure de la première que, comme le rayon n’est qu’une partie du soleil, Christ n’est qu’une partie de Dieu ; mais cette erreur est corrigée par la seconde, car une empreinte doit avoir la même étendue que le sceau. Vous pourriez conclure de la seconde que, comme l’empreinte peut être faite sur une matière très inférieure, la nature de Christ était un véhicule bien indigne de la gloire divine ; mais cette erreur est corrigée par la première, car un rayon est de la même trame que le soleil. De même étendue que Dieu, de même nature que Dieu : tel est Jésus-Christ.
Il est donc supérieur aux anges (v. 4). Si haute que fût l’estime en laquelle les croyants hébreux avaient coutume de tenir ces esprits lumineux et bienheureux, ils ne devaient pas un instant être comparés à celui dont les droits majestueux sont le thème de ces paroles ardentes.
Il les surpasse par la gloire de sa nature divine. Ouvrez le Psaume 2, l’un des plus grandioses drames en miniature de toute la littérature. Composé probablement à l’occasion de quelque événement marquant du règne de David, il y a dans son langage un éclat, une sublimité, qu’aucun monarque terrestre ne saurait épuiser. Nous ne sommes donc pas surpris de voir l’Église primitive l’appliquer à Christ (Actes 4:25). En le lisant, nous entendons d’abord le grondement de la foule et la calme décision du trône ; puis notre attention se fixe sur celui qui s’avance, portant le seing divin apposé au décret qui le déclare Fils. Jamais rien de semblable ne fut dit à un ange, si élevé qu’il fût par son caractère ou si dévoué dans son service. Il est donc tout à fait convenable que les fils de lumière qui n’ont point péché l’adorent ; et lorsque nous entendons l’ordre donné : « Que tous les anges de Dieu l’adorent! », nous sommes plus frappés encore par la distance immense qui sépare leur nature de la sienne.
L’adorons-nous assez ? Durant sa vie terrestre, il recevait sans cesse des marques expressives d’hommage, que, à la différence de Pierre dans la maison de Corneille, il ne repoussait pas. Le geste presque instinctif du petit groupe dont il se sépara sur la montagne des Oliviers, lors de son ascension, fut de l’adorer (Luc 24:52). Et à peine fut-il entré dans sa demeure qu’il jaillit de l’Église un flot d’adoration qui n’a fait que s’élargir et s’approfondir avec les siècles. Les épîtres, et particulièrement le livre de l’Apocalypse, abondent en expressions d’adoration envers Christ. Et les cris des martyrs mourants durent rendre familier à l’esprit païen l’hommage que les chrétiens rendaient à Christ. Du culte qu’on lui offrait dans les catacombes, ou dans les réunions secrètes, parmi les antres et les cavernes, le paganisme demeurait forcément ignorant. Mais la conduite et les exclamations des serviteurs de Jésus, traduits devant les tribunaux païens et exposés aux morts les plus cruelles, étaient de notoriété publique.
Il y a quelques années, on découvrit sous les ruines du palais du Palatin une esquisse grossière, tracée selon toute probabilité de la main d’un esclave païen au deuxième siècle. Une figure humaine à tête d’âne y est représentée attachée à la croix, tandis qu’une autre figure, vêtue d’une tunique, se tient d’un côté, faisant un geste qui était chez les païens l’expression habituelle de l’adoration. Sous cette caricature courait l’inscription, grossièrement écrite : Alexamenos adore son Dieu. Mais quel hommage rendu au culte qu’on offrait en ces premiers jours à notre Sauveur, au milieu des railleries, des sarcasmes et de la persécution !
Les hymnes qui nous sont parvenues résonnent du même esprit. Pline écrit à l’empereur pour lui dire que les chrétiens d’Asie Mineure avaient coutume de se réunir pour chanter des louanges à Christ comme à un Dieu. À l’aube de chaque matin, le croyant de ces temps primitifs répétait en particulier le Gloria in Excelsis, comme son hymne de supplication et de louange : « Toi seul es saint ; toi seul es le Seigneur ; toi seul, ô Christ, avec le Saint-Esprit, es le Très-Haut dans la gloire de Dieu le Père. » L’Église primitive ne se contentait pas d’admirer Christ : elle l’adorait.
N’est-ce pas là une grande lacune dans nos dévotions particulières ? Nous sommes si enclins à concentrer nos pensées sur nous-mêmes, et à rendre grâces pour ce que nous avons reçu. Nous n’oublions pas assez souvent nos petits besoins et nos petites inquiétudes pour laisser descendre notre mince ruisseau jusqu’à ce que nous soyons emportés dans le grand océan de louange qui se brise sans cesse en musique autour de la personne de Jésus. La louange est l’un des plus grands actes dont nous soyons capables, et c’est celui qui ressemble le plus au service du ciel. Là-haut, on ne demande rien, car on a tout, et en abondance ; mais, à travers les cycles de la gloire, les habitants de ces mondes lumineux les remplissent de louange. Et pourquoi les tâches terrestres ne s’accompliraient-elles pas sur la même musique ? Nous sommes les sacrificateurs de la création ; il nous appartient de recueillir et d’exprimer les sentiments qui demeurent muets, mais qui attendent notre offrande à l’autel de Dieu.
Qu’une part de nos dévotions particulières et publiques soit toujours consacrée à la louange de Jésus ; alors nous éclaterons en quelque hymne, en quelque psaume ou en quelque cantique spirituel, chantant et louant Christ avec les anges, les archanges et toutes les armées des rachetés. Sur ce front jadis couronné d’épines, tressons nos lauriers. Dans cette oreille jadis accoutumée aux menaces et au mépris, versons la plénitude de notre dévotion et de notre adoration. Ainsi recevrons-nous et donnerons-nous des pensées nouvelles de la dignité suprême du Seigneur Jésus. « Tu es digne, … de recevoir… l’honneur. »
Chapitre 3 terminé
La dignité de Christ