Le chemin du lieu très saint
La vie idéale

Chapitre 30 · 14 min de lecture · 18 min d’écoute

La vie idéale

« Recherchez la paix avec tous, et la sanctification, sans laquelle personne ne verra le Seigneur. Veillez à ce que nul ne se prive de la grâce de Dieu; à ce qu’aucune racine d’amertume, poussant des rejetons, ne produise du trouble, et que plusieurs n’en soient infectés. » HÉBREUX 12:14-15.

Que ces paroles sont belles et solennelles, comme la cadence ample de la musique même du ciel ! De toute évidence, elles n’émanent pas de ce monde frappé de douleur et déchiré par la guerre ; elles sont l’une des lois du royaume des cieux, destinées à modeler et à façonner notre vie sur la terre. Il se peut fort bien que ceux qui choisissent de leur obéir n’obtiennent ni nom ni renommée parmi les hommes ; mais ils gagneront quelque chose d’infiniment meilleur — la béatitude de la félicité, le sourire du Sauveur et la vision de Dieu.

Il y a parmi nous des âmes dont le monde n’est pas digne ; et pourtant le monde, dès qu’il les aperçoit, leur prépare son venin le plus amer ; des âmes qui ont retiré leur intérêt des ambitions et des projets, des agitations et des passions de leurs semblables, et qui vivent une vie retirée, cachée avec Christ en Dieu, contentes d’ignorer et d’être ignorées ; désireuses seulement de plaire à Dieu, de le connaître, ou plutôt d’être connues de lui, et de garder le parfait équilibre de leur être en lui, qui en est le centre, le pivot et la cause finale. Ces âmes-là, peut-être, comprendront le mieux le sens infini et la beauté de ces paroles profondes et bénies.

IL Y A NOTRE ATTITUDE ENVERS DIEU. « Recherchez la sanctification. » C’est aussi le mot que retient ici la version révisée anglaise. Et ce mot, à son tour, n’est que l’équivalent latin de « mise à part », comme le Sinaï parmi les montagnes ; le sabbat parmi les jours de la semaine ; les Lévites parmi les Juifs ; et les Juifs parmi les nations de la terre.

Mais il y a, après tout, une pensée plus profonde. Pourquoi des personnes, des lieux et des choses étaient-ils mis à part ? N’était-ce pas parce que Dieu était là ? Il descendit en puissance et en gloire sur le Sinaï ; c’est pourquoi il fallut fixer des limites autour de ses pentes inférieures. Il voulut se reposer le septième jour de toute son œuvre ; c’est pourquoi ce jour fut béni et sanctifié. Il choisit les Juifs pour être son peuple particulier, et les Lévites pour être ses sacrificateurs ; c’est pourquoi ils furent séparés de tous les autres. Il apparut à Moïse dans le buisson, embrasé de la lumière de la Shekinah ; c’est pourquoi ce lieu était une terre sainte, et le berger dut se déchausser. En d’autres termes, c’est la présence de Dieu qui rend saint. Il n’y a dans tout l’univers qu’un seul Être qui soit réellement saint. La sainteté est l’attribut de sa nature, et de sa nature seule. Nous ne pouvons jamais être saints en dehors de Dieu ; mais quand Dieu entre dans l’esprit de l’homme, il apporte avec lui la sainteté. Bien plus, la présence de Dieu dans l’homme, c’est la sainteté.

Une pièce ou un édifice public peut être inondé d’une délicieuse lumière de soleil. Mais cette lumière n’est pas la propriété de la pièce. Elle ne lui appartient pas. Vous ne pouvez la féliciter de la posséder. Car lorsque les ombres du soir s’amassent et voilent la face du soleil, la chambre est aussi obscure que possible. Elle n’est lumineuse qu’aussi longtemps que le soleil y demeure. Ainsi l’esprit humain n’a aucune sainteté en dehors de Dieu. La sainteté n’est pas un bénéfice, une propriété ou un attribut que l’un de nous puisse revendiquer. C’est la demeure en nous de la lumière et de la gloire de Dieu. Celui-là est saint en qui Dieu habite. Celui-là est plus saint en qui Dieu habite plus pleinement. Celui-là est le plus saint qui, quelque pauvre que soit son intelligence et humble sa condition terrestre, est le plus possédé et rempli de la présence de Dieu par le Saint-Esprit. Ne nous étonnons pas que l’apôtre appelle les croyants des saints, quand il pouvait dire d’eux : « votre corps est le temple du Saint-Esprit qui est en vous » (1 Corinthiens 3:16 ; 6:19).

Pourquoi donc l’écrivain sacré nous ordonne-t-il de « rechercher la sanctification », comme s’il s’agissait d’une acquisition ? Parce que, bien que la sainteté soit l’envahissement de l’esprit de l’homme par l’Esprit de Dieu, il y a pourtant certaines conditions très importantes que nous devons observer si nous voulons obtenir ce don béni et en jouir.

Ne faites aucun quartier au moi. Il s’affirme sans cesse sous l’une ou l’autre de ses formes changeantes comme Protée. Ne vous attendez pas à en être débarrassé. Même si vous dites l’avoir vaincu, il se cache alors sous le sourire de votre complaisance envers vous-même. Il peut se montrer dans l’orgueil religieux, dans le désir d’exceller en vertu, dans la satisfaction avec laquelle nous nous entendons louer pour notre humilité. Il faudra une vigilance incessante, car là où est le moi, Dieu ne peut venir. Il ne partagera pas sa gloire avec un autre. Au moment où nous nous laissons aller au sommeil, nous pouvons nous attendre à entendre ce cri : « Ton ennemi est sur toi ! » ; car il envahira nos cabinets de prière et nos lieux de plus profonde retraite.

Il est impossible de lire les épîtres de l’apôtre Pierre sans être frappé du caractère solennel et redoutable de la vie chrétienne, du besoin constant de vigilance, de l’urgence de la diligence, de la maîtrise de soi et du renoncement. Oh ! que nous ayons cette sainte sensibilité ! Toujours exercer la surveillance de soi ; ne jamais nous épargner ; être miséricordieux envers les autres parce que sans pitié envers nous-mêmes ; nous exercer continuellement à garder une conscience sans reproche devant Dieu et devant les hommes.

Cédez à Dieu. Il cherche toujours, dans notre nature, le point de moindre résistance. Aidez-le à le trouver ; et quand il l’a trouvé, ayez soin de le laisser suivre sa voie bénie. « Faites ce qu’il vous dira. » Mettez en œuvre ce que Dieu opère en vous. Traduisez les pensées de Dieu dans la langue courante de l’obéissance quotidienne. Soyez aussi docile à son toucher que l’argile dans les mains du potier, afin de réaliser chaque idéal qui est dans son cœur. Ne soyez pas comme un cheval ou un mulet, mais que votre bouche soit sensible au moindre mouvement du dessein divin à votre égard. Et si vous trouvez difficile de garder cette attitude, ne manquez pas de confier votre difficulté au Saint-Esprit, et comptez sur lui pour garder votre cœur ferme et inébranlable, affermi et obéissant.

Prenez-y du temps. « Recherchez. » Cette habitude ne s’acquiert pas d’un bond ni d’un saut. Elle ne peut être formée dans sa perfection qu’après des années de discipline personnelle et de culture vigilante de soi. Demeurer toujours en Christ, céder à Dieu, tenir toutes les fenêtres de notre être ouvertes à son gracieux envahissement, nous tourner vers lui naturellement, et avant tout, au milieu des périls et des tentations, en tout temps de douleur et d’épreuve, cela n’est pas naturel ; mais cela peut devenir une seconde nature par une diligence habituelle.

Mais il faudra nécessairement du temps avant que cesse le sentiment de l’effort et que l’âme se tourne vers Dieu naturellement et spontanément « à chaque heure de pensée éveillée ». Et si nous voulons acquérir cette attitude bénie et perpétuelle de l’âme, il nous faut prendre le temps de l’acquérir, comme pour acquérir toute autre chose vraiment précieuse. Ce ne doit pas être un à-côté, ni l’œuvre des heures creuses ou de loisir, ni un passe-temps, mais l’objet sérieux de la vie, le dessein qui enfilera toutes les perles variées du collier de la vie et donnera à l’ensemble une belle unité.

À un tel caractère sera accordée la vision de Dieu. « Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu! » Si vous aviez été auprès de Moïse pendant ses quarante jours au cœur de la nuée, lorsqu’il vit Dieu face à face, vous ne l’auriez pas vu si vous n’aviez pas été saint. Si vous vous étiez tenu auprès du martyr Étienne lorsqu’il contempla la gloire de Dieu, et le Fils de l’homme debout à côté de lui, vos yeux n’auraient rien discerné si vous n’aviez pas été saint. Oui, s’il vous était possible de franchir sans la sainteté la porte de perle, vous ne verriez pas l’éclat, pour ainsi dire, du saphir ; vous porteriez avec vous votre propre cercle de ténèbres, et la vision radieuse s’évanouirait à votre approche. « Sans la sanctification, personne ne verra le Seigneur. »

Le cœur a des yeux aussi bien que la tête ; et, faute de sainteté, ces yeux s’altèrent gravement, de sorte que ceux qui sont sages à leurs propres yeux ne voient pas, tandis que les simples, les humbles et les cœurs purs contemplent les choses cachées et préparées de Dieu. L’unique condition pour voir Dieu dans sa Parole, dans la nature, dans la vie quotidienne et dans la communion du cabinet de prière, c’est la sainteté du cœur, opérée en lui par sa propre présence. Recherchez la sanctification comme les hommes poursuivent le plaisir ; comme l’athlète court pour le prix ; comme l’adepte de la mode suit le sillage de la foule.

IL Y A NOTRE ATTITUDE ENVERS LES HOMMES. « Recherchez la paix. » L’œuvre de la justice est toujours la paix. Si vous êtes saint, vous serez en paix. La paix est rompue par le péché ; mais l’âme sainte porte aussitôt le péché au Sang. La paix est rompue par la tentation ; mais l’âme sainte a appris à placer Christ entre elle-même et le premier souffle du tentateur. La paix est rompue par le souci, le mécontentement et l’inquiétude ; mais le Seigneur entoure l’âme sainte comme les montagnes entourent Jérusalem, qui la protègent des vents cruels et recueillent la pluie ruisselant sur leurs larges flancs pour faire se réjouir et chanter les habitants des vallées. D’autres peuvent être agités et fiévreux, en proie à de folles alarmes ; mais il y a une paix parfaite pour l’âme qui possède Dieu et qui en est satisfaite.

Quand un homme est rempli de la paix de Dieu, il deviendra naturellement un enfant de paix. Il recherchera la paix avec ceux qui invoquent le Seigneur d’un cœur pur (2 Timothée 2:22). Il s’efforcera de conserver l’unité de l’esprit par le lien de la paix (Éphésiens 4:3). Il sèmera des moissons de paix en procurant la paix (Jacques 3:18). Toutes ses lettres, comme celles du grand apôtre, respireront des bénédictions de paix ; et son entrée dans une maison semblera l’incarnation vivante de l’antique formule de bénédiction : Que la paix soit sur cette maison! Il aura un merveilleux pouvoir d’éveiller une réponse chez les hommes animés du même esprit ; mais là où il n’en est pas ainsi, sa paix, vêtue de blanc et portée sur des ailes de colombe, reviendra à lui.

Mais il faut rechercher la paix de façon délibérée. Le tempérament de certains est si éprouvant ! Ils sont si portés à voir les choses sous un faux jour, à mal interpréter des actions innocentes et à s’obstiner sur des riens. D’où la nécessité de l’effort, de la patience et de la vigilance, afin que nous exercions une influence salutaire comme artisans de paix.

Évitez de prendre part à une querelle. Il faut être deux pour se quereller ; ne soyez jamais l’un des deux. Souvent une réponse douce calme la fureur, et là où elle n’y parvient pas, cédez devant celui qui fait le mal, laissez agir la colère, laissez-la s’épuiser sans que votre résistance la retienne ; elle se sera bientôt exhalée, pour faire place à la honte, à la pénitence et au regret.

Si vous êtes en butte à la malice des hommes, ne vous vengez pas vous-mêmes. Notre cause est celle de Dieu plus que la nôtre. C’est à lui de nous justifier ; et il le fera. Il peut permettre qu’un nuage passager repose sur nous dans quelque sage dessein ; mais en fin de compte il fera paraître notre justice comme la lumière, et notre droit comme le soleil à son midi. La non-résistance au mal est l’enseignement chéri de Christ (Matthieu 5:39 ; Romains 12:19 ; 1 Pierre 2:21). Défendez le vrai, le saint, le bien, à tout prix ; mais pensez très peu à défendre vos propres droits. Quels sont vos droits ? Êtes-vous autre chose qu’un pauvre pécheur qui a tout perdu ? Vous méritez d’être traité bien plus durement que vous ne l’avez jamais été au pire moment. Laissez Dieu vous justifier.

Ne donnez pas de sujet de scandale. Si vous savez que d’autres ont certaines susceptibilités, des points où ils peuvent être aisément blessés et irrités, évitez d’y toucher, si vous le pouvez sans trahir la sainte vérité de Dieu. Et si ton frère a contre toi quelque juste grief, ne te donne de repos ni jour ni nuit, ne t’attarde pas même au marchepied de la miséricorde divine ; mais va le trouver sur-le-champ, demande-lui pardon et fais une ample réparation, afin qu’il n’ait aucun sujet de reproche contre ta profession de foi, ni contre ton Seigneur (Matthieu 5:23).

Oh ! que nous ayons davantage de sa paix ! — sur le visage que l’impatience ne traverse jamais ; dans la voix qui ne s’élève jamais au-dessus des tons doux ; dans les manières jamais agitées ni moroses ; dans le geste calme et paisible, qui agit comme l’huile versée sur les flots furieux de la mer, lorsqu’ils écument autour des bastingages du navire et sont soudain apaisés.

IL Y A NOTRE ATTITUDE ENVERS NOS FRÈRES CHRÉTIENS. « Veillez à ce que nul ne se prive de la grâce de Dieu. » C’est une belle disposition que l’amour pour un Seigneur commun nous attire dans la communion de ses disciples ; et, de même qu’aucune vie individuelle ne se développe vraiment dans la solitude, de même aucun chrétien n’est dans le vrai ni en bonne santé s’il s’isole de la communion des saints. Mais nous n’y allons pas seulement pour notre satisfaction égoïste ; nous y allons afin de veiller les uns sur les autres, sans laisser ce soin aux officiers de l’armée, chacun faisant sa propre part.

Il y a trois dangers. Les traînards. Tel est le sens du mot rendu ici par « se prive ». L’image est empruntée à une troupe de voyageurs dont certains restent en arrière, comme lors de la retraite de Moscou, pour tomber en proie aux Cosaques, aux loups ou au terrible sommeil. Que ceux d’entre nous qui sont aux premiers rangs, forts et en bonne santé, retournent veiller sur les faibles qui s’attardent à leurs risques et périls.

La racine d’amertume. Il peut y avoir quelque mauvaise racine cachée dans un cœur, enfouie pour l’instant, mais qui portera pour beaucoup une terrible moisson de misère. Ainsi en fut-il autrefois en Israël, quand Acan conçut des pensées de convoitise, et attira le malheur sur lui-même, et le deuil sur l’armée dont il avait causé la défaite. Si nous découvrons la présence de telles racines d’amertume, arrachons-les, avec beaucoup d’examen de nos propres âmes, d’humilité et de prière, avant qu’elles puissent pousser et causer du trouble.

Les profanes et les esprits terrestres. Ésaü en est le type, lui « qui pour un mets vendit son droit d’aînesse ». Hélas ! n’y en a-t-il pas beaucoup de semblables ? Pour une satisfaction momentanée de la chair, ils ne perdent peut-être pas leur salut (il ne nous est pas dit que même Ésaü l’ait perdu) ; mais ils perdent leur pouvoir de conduire, d’enseigner, de recevoir la bénédiction et de la transmettre à l’Église.

Y en a-t-il de tels qui lisent ces lignes ? Qu’ils prennent garde ! De tels choix sont parfois irrévocables. Ainsi en fut-il d’Ésaü. Il pleura et cria comme un animal pris au piège ; mais il ne put changer la destinée qu’il s’était faite. Les mots « lieu à la repentance » ne se rapportent pas à son salut personnel, mais au changement de la décision qu’il avait prise étant jeune homme, et que son père avait ratifiée. Il ne pouvait revenir en arrière. Ce qu’il avait écrit, il l’avait écrit. Et ainsi, il peut venir un temps où vous donneriez tout ce que vous possédez pour retrouver l’ancien pouvoir de bénir et d’aider vos semblables ; mais vous découvrirez que, pour un seul instant de satisfaction sensuelle, la bienheureuse prérogative vous a échappé — pour ne jamais, jamais, jamais revenir. C’est pourquoi veillons avec ardeur et diligence, à la fois sur nous-mêmes et sur nos frères croyants dans l’Église de Dieu.

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