Le chemin du lieu très saint
Le châtiment

Chapitre 29 · 14 min de lecture · 18 min d’écoute

Le châtiment

« Car le Seigneur châtie celui qu’il aime, et il frappe de la verge tous ceux qu’il reconnaît pour ses fils. »

HÉBREUX 12:6.

IL est à peine possible de supposer que ces lignes puissent être lues par quelqu’un qui n’ait pas bu à la coupe amère de l’affliction. Certains ont peut-être même soutenu un grand combat d’afflictions. Escadron après escadron s’est rangé en bataille, et ses régiments se sont brisés sur l’âme vouée à l’épreuve. L’affliction nous est venue sous des formes diverses, mais, sous une forme ou sous une autre, elle nous est venue à tous. Peut-être nos forces physiques et notre santé ont-elles été affaiblies en chemin ; ou bien nous avons été torturés d’une angoisse indicible dans notre esprit ou dans notre corps ; ou encore il nous a fallu voir nos bien-aimés glisser lentement hors de l’étreinte de notre affection, condamnée à se tenir là, paralysée et impuissante. Pour certains, l’affliction est venue dans le gain du pain quotidien, obtenu avec peine et douleur, tandis que le souci n’a jamais été longtemps absent de leur cœur, ni le besoin de leur foyer. Pour d’autres, des maisons qui étaient aussi pleines de voix joyeuses que les bois au printemps de choristes à la douce voix sont maintenant vides et silencieuses. Ah ! que les nuances du chagrin sont infinies ! que la gamme de la douleur est étendue ! Combien peuvent s’écrier avec le psalmiste : « Toutes tes vagues et tous tes flots passent sur moi ! »

Nous voyons clairement la raison de toute cette souffrance. Le cours de la nature est disloqué. Le péché de l’homme a mis en collision avec la volonté et la loi de Dieu non seulement l’homme lui-même, mais tout le cours de la nature ; de sorte qu’elle soupire et souffre les douleurs de l’enfantement. L’égoïsme a aussi éloigné l’homme de ses semblables, le poussant à amasser pour lui-même tout ce sur quoi il peut mettre la main, oublieux des souffrances amères de ceux qui l’entourent et indifférent à leurs malheurs. Et derrière tout le cours de la nature, il y a l’activité incessante des esprits malfaisants qui, comme dans le cas de Job, peuvent comploter contre nous, se délectant de tout le mal qu’il leur est permis, pour quelque grande raison, d’accomplir à notre détriment.

Il y a différentes manières de porter l’affliction. Certains la méprisent (v. 5). Ils refusent de reconnaître en eux-mêmes aucune raison pour qu’elle leur soit infligée. Ils rejettent la leçon qu’elle devait leur enseigner. Ils s’endurcissent dans une indifférence stoïque, résolus à la supporter avec un courage provocant et désespéré. Certains perdent courage sous elle (v. 5). Ils deviennent abattus et découragés, ou perdent cœur et espérance. Comme Facile, ils sont vite intimidés, et sortent du Bourbier du Découragement au moindre prix pour eux-mêmes ; ou, comme Craintif et Méfiant, ils rebroussent chemin au rugissement du lion. Nous devons être soumis. Porter la coupe à nos lèvres avec douceur et soumission ; dire avec calme et confiance « Amen » à chaque vague et à chaque flot ; chercher avec amour à apprendre la leçon écrite sur la page de l’épreuve ; et nous incliner, comme les roseaux au bord du fleuve, devant l’ouragan de l’épreuve qui balaie tout. Mais cette voie, bien qu’elle soit la seule vraie et la seule sûre, n’est nullement facile.

La soumission dans l’affliction n’est possible que lorsque nous pouvons y voir la main du Père des esprits (v. 9). Aussi longtemps que nous regardons aux causes secondes, aux hommes ou aux choses, comme à l’origine et à la source de nos peines, nous serons tour à tour remplis d’une indignation brûlante et d’un chagrin sans espoir. Mais quand nous en venons à comprendre que rien ne peut nous arriver sans que notre Père le permette, et que, même si nos épreuves prennent naissance dans quelque source inférieure, elles deviennent pourtant la volonté de Dieu pour nous dès l’instant où il leur est permis de nous atteindre à travers le rempart de sa présence qui nous environne, alors nous sourions à travers nos larmes ; nous baisons la main chérie qui se sert d’un autre comme de sa verge ; nous comprenons que la douleur de chaque instant prend sa source dans le cœur de notre Père ; et nous sommes en repos. Judas peut sembler préparer la coupe et la porter à nos lèvres ; mais c’est néanmoins la coupe que notre Père nous donne à boire, et ne la boirions-nous pas ? Une grande part de l’angoisse se retire des épreuves de la vie dès que nous discernons la main de notre Père ; alors…

L’affliction devient châtiment. Il y a une grande différence entre les deux. L’affliction peut venir d’une source malveillante et hostile ; le châtiment est l’œuvre du Père, qui se penche avec tendresse sur ses petits enfants, désirant ôter de leur caractère tout ce qui est disgracieux et impie, et obtenir en eux une entière conformité à son caractère et à sa volonté. Mais, avant que vous puissiez vous approprier la consolation de ces paroles, permettez-moi de vous demander instamment, mon lecteur, si vous êtes un enfant ? Nul n’est enfant, au sens où nous en parlons maintenant, sinon ceux qui sont nés dans la famille divine par la régénération, par la grâce du Saint-Esprit. De cette naissance, la foi est le signe et le gage certains ; car il est écrit : « Ceux qui croient en son nom sont nés, non du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu. » Êtes-vous un enfant ? L’Esprit rend-il témoignage à votre esprit que vous êtes né de Dieu ? Pouvez-vous lever les yeux vers sa face et crier : « Abba! Père! » ? S’il en est ainsi, vous êtes environné des soins tendres et aimants de votre Père. Rien ne peut vous atteindre sans franchir le cordon de sa protection. Si donc l’affliction pose sa main rude sur votre bras pour vous arrêter, soyez sûr qu’elle a dû d’abord en obtenir la permission de celui qui vous aime infiniment, et qui consent à vous exposer à la douleur, vous et lui-même, à cause de l’immense profit auquel son cœur est attaché.

Tout châtiment a un but. Rien n’est aussi absolument écrasant dans la douleur que de se sentir dériver à la merci de quelque vague de hasard qui nous emporte vers un rivage inconnu. Mais un grand calme descend sur nous quand nous comprenons que la vie est une école, où notre Père lui-même nous instruit, nous donnant nos leçons à mesure qu’il voit que nous en avons besoin. Le sergent instructeur a un but dans chaque exercice ; le professeur de musique, un objet dans chaque gamme ; le cultivateur, une fin dans chaque méthode de culture. « On ne foule pas la nielle avec le traîneau, Et la roue du chariot ne passe pas sur le cumin; Mais on bat la nielle avec le bâton, Et le cumin avec la verge. » Ainsi Dieu a un but dans chaque douleur qu’il nous permet de ressentir. Il n’y a rien de fortuit, d’arbitraire ou de capricieux dans sa manière d’agir envers les siens.

Les desseins que sert le châtiment sont très variés. Nous savons, bien entendu, que la peine de nos péchés a été placée sur la tête de notre grand Substitut ; et que, par conséquent, nous sommes à jamais affranchis de leurs conséquences pénales. Mais, bien qu’il en soit ainsi, le châtiment suit souvent nos fautes ; non que nous expiions la faute par la souffrance, mais afin que nous soyons contraints de la voir sous son vrai jour. Au milieu de la douleur que nous endurons, nous sommes obligés de passer en revue notre passé. La négligence, le manque de vigilance, l’absence de prière qui agissaient en nous défilent lentement devant notre esprit. Nous voyons où nous nous étions égarés pendant de longs mois ou de longues années. Nous découvrons combien profondément et sans relâche nous avions attristé le Saint-Esprit de Dieu. Nous trouvons qu’un éloignement avait élargi la brèche entre Dieu et nos âmes, éloignement qui, s’il était allé plus loin, aurait entraîné la ruine morale. Peut-être ne voyons-nous jamais notre vrai caractère avant que la lumière ne s’éteigne sur le paysage, que les nuages ne couvrent le ciel, et que le vent ne se lève en gémissant autour de la maison de notre vie.

Les temps d’affliction conduisent à sonder les cœurs, et nous prenons de plus en plus conscience de péchés auxquels nous n’avions presque jamais pensé. Et même si l’offense est confessée et ôtée, aussi longtemps que dure l’affliction, il demeure une disposition humble du cœur et de l’esprit, des plus favorables à la croissance spirituelle. Nous ne pouvons oublier notre péché tant que le coup du Tout-Puissant pèse sur notre âme ; et nous sommes contraints de garder une habitude de sainte vigilance contre son retour.

C’est aussi dans l’affliction que nous apprenons cette communion aux souffrances de Christ et cette sympathie pour les autres qui sont si belles chez les vrais chrétiens. Ce n’est pas le type de caractère le plus élevé que celui qui, comme les peintures chinoises, n’a pas d’arrière-plan d’ombre. Christ lui-même n’a pu apprendre l’obéissance par les choses qu’il a souffertes, ou devenir un souverain sacrificateur parfait, que par l’épreuve de la tentation. Et combien peu pouvons-nous pénétrer dans les profondeurs intimes de son âme, à moins de fouler les sentiers ombragés, ou de nous prosterner dans les clairières retirées de Gethsémané ! Nous qui cherchons à apaiser les chagrins des hommes, il faut que nous soyons nous-mêmes habitués à la souffrance, et que nous devenions des hommes de douleur.

Soyez donc assuré qu’aucun instant de douleur ne vous est donné à porter dont on aurait pu vous dispenser. Chacun a été l’objet d’une considération divine avant qu’il lui fût permis de venir, et chacun sera ôté dès que sa mission nécessaire sera accomplie.

Une discipline particulière est la preuve d’un amour particulier (v. 6). Il nous en coûte beaucoup moins de jeter notre superflu à ceux que nous aimons que de leur causer de la peine. L’indulgence est le signe, non d’un amour intense, mais d’un amour mince. Le cœur qui aime vraiment et sagement supportera la douleur de causer de la douleur, courra le risque d’être mal jugé, ne reculera ni devant les fausses interprétations ni devant le reproche ; toutes choses devant lesquelles une affection moindre se déroberait prudemment. C’est parce que notre Père nous aime qu’il nous châtie. Il ne prendrait pas tant de peine pour nous si nous ne lui étions pas chers. C’est parce que nous sommes des fils qu’il s’applique à nous frapper de la verge. Mais oh ! combien il souffre lui-même en maniant ce fouet de petites cordes ! Pourtant, saluez chaque coup ; car chaque piqûre et chaque cuisson vous crie que vous êtes reçu dans le cercle intime de l’amour.

Lorsque des suppliants venaient à notre Seigneur pour implorer son secours et sa guérison, le plus souvent il se hâtait d’aller à eux. Mais une fois, il resta deux jours encore dans le lieu où il était. Il osa affronter le soupçon de négligence et le reproche aimant d’un amour endeuillé, parce qu’il aimait Marthe, et sa sœur, et Lazare. Il les aimait trop pour se contenter de faire pour eux de petites choses, ou de ne leur révéler que des fragments de sa grande gloire. Il désirait ardemment les enrichir de sa précieuse révélation de la vie de résurrection. Mais son but ne pouvait être atteint qu’au prix d’une douleur indicible, jusqu’à la mort même. Il fallait que Lazare mourût, et qu’il reposât deux jours dans le tombeau, avant que son plus puissant miracle pût s’accomplir. C’est ainsi qu’il laissa le nuage d’orage éclater sur la maison qu’il aimait, afin de pouvoir y faire jaillir une lumière qui se déploya en un arc-en-ciel de gloire aux mille couleurs.

Si vous êtes visité d’une manière singulière par la souffrance, une souffrance que vous ne pouvez rattacher à aucune négligence ou insouciance persistante, alors tenez-vous pour l’un des favoris du ciel. Ce n’est pas, comme le pensent les hommes, l’enfant de la fortune et de la faveur terrestre, comblé de dons avec une prodigue profusion, qui est le plus aimé de Dieu ; mais le plus souvent, c’est l’enfant de la pauvreté et de la douleur, du malheur et du cœur brisé. « Si vous êtes exempts du châtiment auquel tous ont part, vous êtes donc des enfants illégitimes, et non des fils. » Oh ! vous qui échappez à la verge, commencez à vous demander sérieusement si vous êtes vraiment nés de nouveau !

La douleur est chargée de précieux fruits (v. 10, 11). « un sujet de tristesse, et non de joie; mais il produit plus tard… » Que de sens dans ce « plus tard » ! Qui estimera le centuple de bénédiction qui sort de chaque instant de douleur ? Les Psaumes sont des larmes cristallisées. Les Épîtres furent bien souvent écrites en prison. Les plus grands maîtres de l’humanité ont appris leurs leçons les plus secourables à l’école de la douleur. Les plus nobles caractères ont été forgés dans une fournaise. Des actes qui vivront à jamais, des chefs-d’œuvre de l’art, de la musique et de la littérature, sont nés en des temps d’orage et de tempête, d’agonie à déchirer le cœur. Et il en est de même de notre discipline terrestre. Les fruits les plus mûrs naissent de la douleur. « Le sentier de la douleur, et ce sentier seul, mène au pays où la douleur est inconnue. »

La sainteté est le produit de la douleur, lorsqu’elle est sanctifiée par la grâce de Dieu. Non que la douleur nous rende nécessairement saints, car c’est là la prérogative de l’Esprit divin ; et, de fait, bien des souffrants sont durs, plaintifs et disgracieux. Mais la douleur nous dispose à nous détourner des distractions de la terre pour recevoir ces influences de la grâce de Dieu qui agissent le plus puissamment là où l’âme est calme et tranquille, assise dans une chambre voilée et obscurcie, tandis que la souffrance travaille le corps ou l’esprit. Qui de nous ne se sent prêt à souffrir, si seulement ce précieux résultat doit en découler : « afin que nous participions à sa sainteté » ?

Le fruit est un autre produit (v. 11). Où, pensez-vous, le Vigneron des âmes voit-il le plus souvent le fruit qu’il aime tant, et entend-il les accents de la confiance la plus profonde ? Non là où ses dons sont le plus abondants, mais là où ils sont le plus maigres. Non dans les salles de l’ambition comblée ou du luxe rassasié, mais dans les chaumières de la pauvreté, et dans les chambres vouées à une douleur incessante. Fertile presque jusqu’au miracle est le sol de la douleur. Nécessaire au-delà de tout calcul est la serpe de la souffrance.

Comptez, si vous le voulez, les précieuses espèces de fruits. Il y a la patience, qui endure la volonté du Père ; et la confiance qui voit la main du Père derrière le rude déguisement ; et la paix, qui demeure tranquille, satisfaite du plan du Père ; et la justice, qui se conforme aux exigences du Père ; et l’amour, qui s’attache plus étroitement que jamais au cœur du Père ; et la douceur, qui use d’indulgence envers les autres, à cause de ce que nous avons appris sur nous-mêmes.

Et ce n’est pas pour bien longtemps. Jésus, qui a souffert la croix, l’ignominie et les crachats, est maintenant assis à la droite du trône de Dieu. Bientôt, nous aussi, nous sortirons de la grande tribulation, pour nous asseoir à ses côtés. Chaque larme effacée par un baiser ; chaque élan d’angoisse apaisé ; chaque souvenir de douleur calmé par le baume de félicité de Dieu. Les fruits seront à nous pour toujours. Mais la douleur et les gémissements, qui ont peut-être été nos compagnons de chaque jour jusqu’aux portes de la cité céleste, s’enfuiront dès que nous en franchirons le seuil, incapables de subsister dans cette gloire rayonnante. « Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur. » « J’estime que les souffrances du temps présent ne sauraient être comparées à la gloire à venir qui sera révélée pour nous. » « Car nos légères afflictions du moment présent produisent pour nous, au-delà de toute mesure, un poids éternel de gloire. » « Fortifiez donc vos mains languissantes et vos genoux affaiblis. »

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