Chapitre 31 · 10 min de lecture · 13 min d’écoute
Le Sinaï et Sion
« Vous vous êtes approchés de la montagne de Sion, de la cité du Dieu vivant, … des myriades qui forment le chœur des anges, de l’assemblée des premiers-nés … du juge qui est le Dieu de tous, des esprits des justes parvenus à la perfection, de Jésus … et du sang de l’aspersion qui parle mieux que celui d’Abel. » HÉBREUX 12:22-24.
À quelle splendeur ces chrétiens hébreux avaient été accoutumés — des parvis de marbre, des foules de Lévites vêtus de blanc, de magnifiques vêtements, l’apparat et la pompe du symbole, de la cérémonie et du psaume chanté en chœur ! Et à quel contraste ils étaient réduits — une réunion dans quelque salle ou quelque école, avec les membres pauvres, affligés et persécutés d’une secte méprisée et haïe ! C’était là, certes, un changement, et l’écrivain inspiré le savait bien ; et dans ces paroles magnifiques, sublime aboutissement et couronnement de toute son argumentation, il s’applique à montrer que, pour chacune des choses auxquelles ils avaient renoncé, ils étaient entrés en possession d’une contrepartie spirituelle, d’une réalité, d’une substance éternelle, qui était une compensation mille fois comptée.
« Vous vous êtes approchés. » Il refuse d’admettre la pensée qu’il s’agisse d’une expérience future, réservée à quelque grand jour où les parvis célestes seront remplis par les multitudes des esprits rachetés et glorifiés. Qu’il doive y avoir de grands jours de fête sacrée dans cet état bienheureux, l’Apocalypse de l’apôtre bien-aimé le montre clairement. Mais ce n’est à aucun d’eux que ces paroles font allusion. Remarquez ce temps, qui dit une chose déjà présente : « Vous vous êtes approchés. » Persécutés, las, humiliés, ces chrétiens hébreux étaient déjà venus à la montagne de Sion, à la cité du Dieu vivant, et aux foules en fête des rachetés. Qu’ils ne les vissent pas de leurs yeux, et ne pussent les toucher de la main des sens, n’était pas une raison de douter qu’ils fussent venus à ces glorieuses réalités. Et ce qui était vrai d’eux est vrai de chaque lecteur de ces lignes qui est uni au Seigneur Jésus par une foi vivante.
NOUS APPARTENONS À LA MONTAGNE DE SION. « Vous ne vous êtes pas approchés d’une montagne qu’on pouvait toucher et qui était embrasée par le feu, … mais vous vous êtes approchés de la montagne de Sion. » À l’appel de ces deux mots, deux montagnes se dressent devant nous. D’abord le Sinaï, austère et nu, fendu par la tempête, crevassé par le tremblement de terre, centre et foyer des vastes défilés de grès qui avaient conduit la foule des pèlerins, étape après étape, jusqu’à ce qu’elle fît halte à son pied.
Mais, si grandiose que fût le Sinaï par sa nature, il dut l’être bien davantage en ce jour mémorable où tous les éléments de la terreur semblaient converger. Il y avait l’éclair fourchu jaillissant de la noirceur des nuées menaçantes. Il y avait les ténèbres de minuit ; le fracas du tonnerre, dont les échos roulaient en masses sonores le long de ces couloirs retentissants ; le tourbillon de la tempête, et le bruit des paroles qu’ils supplièrent de ne plus entendre. Et tout cela fut fait pour enseigner au peuple la majesté, la spiritualité et la sainteté de Dieu. Le résultat fut la terreur, jetée dans le cœur des pécheurs, tremblants devant le contraste entre la grandeur et la sainteté de Dieu et le souvenir de leurs propres murmures et de leurs propres manquements. Moïse lui-même dit : « Je suis épouvanté et tout tremblant! »
En contraste avec cette montagne se dresse la montagne de Sion, le vieux rocher gris sur lequel s’élevaient le palais de David et le Temple de Dieu — lieux sacrés pour la pensée juive par leurs saints souvenirs et leurs associations divines. « L’Éternel a choisi Sion, Il l’a désirée pour sa demeure : C’est mon lieu de repos à toujours; J’y habiterai, car je l’ai désirée. » Pour le Juif pieux, la montagne de Sion était la joie de toute la terre, la montagne de la sainteté, la ville du grand roi. Ses palais, gris de vieillesse, étaient connus pour être la demeure et le séjour de Dieu. L’aspect même de ses collines chenues devait frapper d’effroi le cœur de ses ennemis. Et ses fils faisaient fièrement le tour de ses remparts, comptant ses tours, observant son rempart, examinant ses palais, tandis que les pères racontaient à leurs enfants les récits de sa gloire qu’ils avaient eux aussi reçus dans leur enfance (Psaume 48).
La contrepartie de cette cité est à nous encore, à nous pour toujours. Le halo de gloire s’est effacé de ces pierres antiques, et il est passé se poser sur la véritable cité de Dieu, dont les fondements sont la Justice, les murailles la Paix et les portes la Louange ; qui s’élève au-delà des brumes et des nuées du temps, dans la lumière qui ne vient ni du soleil ni de la lune, mais de la face de Dieu. En d’autres termes, il existe quelque part dans cet univers une sainte société d’âmes, pures et belles, l’élite de la famille humaine, rassemblées dans une demeure que la main de l’homme n’a jamais bâtie et que le péché de l’homme n’a jamais souillée. Ses murailles sont de jaspe, ses portes de perle. « Il n’entrera chez elle rien de souillé, ni personne qui se livre à l’abomination et au mensonge. »
Les patriarches entrevirent cette cité au cours de leur pèlerinage ; elle brillait devant leurs yeux, les invitant toujours à aller de l’avant, et leur interdisant de retourner au pays d’où ils étaient sortis. Et le voyant de Patmos la contempla qui descendait du ciel d’auprès de Dieu, baignée de la gloire divine.
C’est à cette cité que nous sommes venus. Elle est descendue dans nos cœurs ; jour après jour, nous parcourons ses rues ; nous vivons dans sa lumière, nous respirons son atmosphère, nous jouissons de ses droits. Nous n’avons dans notre expérience aucune contrepartie du mont Sinaï, avec son tonnerre et sa terreur ; mais, Dieu soit loué, nous avons la réalité de la montagne de Sion, avec ses privilèges bénis et saints. Le Sinaï, c’est la loi, temporaire et intermédiaire ; Sion, c’est l’Évangile, éternel et permanent. Le Sinaï est plein de résolutions et de vœux humains, faits pour être brisés ; Sion, c’est l’élection de la grâce. Le Sinaï est terrible par le tonnerre de la loi ; Sion est tendre par les appels de l’amour du cœur de Dieu.
NOUS APPARTENONS À UNE GRANDE FOULE EN FÊTE. Le Juif converti pouvait regretter les vastes foules qui se rassemblaient aux fêtes annuelles, quand les tribus de l’Éternel montaient à Jérusalem, tandis que parents et connaissances vivaient ensemble dans une douce intimité, en allant avec la foule à la maison de Dieu. Mais, pour l’œil de la foi ouvert, les salles où ils s’agenouillaient pour adorer étaient aussi remplies de multitudes brillantes et en fête que la montagne d’autrefois était pleine de chevaux et de chars de feu. Et ces multitudes sont aussi pour nous.
Il y a des myriades qui forment le chœur des anges. Des myriades. Mille milliers servent notre Seigneur ; dix mille millions se tiennent en sa présence. Lors donc que l’esprit sanctifié gravit les marches de l’autel de la vraie dévotion, il traverse une vaste armée d’esprits pleins de sympathie, tous consacrés au même Maître et unis dans le même acte d’adoration. Écoutez ! N’entendez-vous pas la voix de beaucoup d’anges autour du trône, à mesure que vous approchez ?
Il y a aussi l’assemblée des premiers-nés. Nous rencontrons l’Église des rachetés chaque fois que nous adorons Dieu sincèrement. Nous pouvons appartenir à quelque petite fraction de l’Église visible, ignorée et inconnue de la grande masse de nos frères croyants. Nous pouvons être privés de toute communion extérieure et de tout commerce fraternel avec les saints, prisonniers de la chambre du malade, ou exilés volontaires en quelque lieu solitaire pour l’amour de l’Évangile ; mais rien ne peut nous exclure de la communion vivante avec les âmes saintes de toutes les communions, sectes, dénominations et appellations.
Votre nom n’est peut-être inscrit sur aucune liste de communiants ni sur aucun registre d’église. Mais est-il écrit dans le livre de vie de l’agneau, dans le ciel ? S’il en est ainsi, réjouissez-vous ! Cela importe davantage que si les esprits vous étaient soumis. Et souvenez-vous que, chaque fois que vous adorez Dieu, vous gravissez les marches du vrai temple, en compagnie d’immenses armées d’âmes, qu’elles soient de ce côté-ci ou de l’autre côté du voile des sens. Ni la vie, ni la mort, ni rite, ni ordre ecclésiastique ne peuvent séparer ceux qui, parce qu’ils sont un avec Christ, sont pour toujours un les uns avec les autres.
Il y a aussi les esprits des justes parvenus à la perfection. Si l’expression précédente désigne plutôt les croyants du Nouveau Testament, celle-ci peut être prise comme décrivant les saints de l’Ancien Testament. Ou bien, si l’une désigne ceux qui servent encore Dieu sur la terre, l’autre se rapporte sans doute à ceux qui sont entrés dans la présence de Dieu et ont atteint leur accomplissement et leur félicité.
Qui peut être seul et désolé, qui peut se lamenter sur le passé, qui peut dénigrer le présent, dès que l’esprit est capable de se représenter cette joyeuse compagnie, sur la terre et dans le ciel, qui tourne autour du Sauveur comme les planètes autour du soleil central, et lui envoie des marées et des torrents d’amour et d’adoration ? Oui, qui pourrait s’empêcher de chanter, quand l’oreille perçoit les puissantes harmonies de toutes les créatures qui sont dans le ciel, sur la terre, sous la terre, disant : « A celui qui est assis sur le trône, et à l’agneau, soient la louange, l’honneur, la gloire, et la force, aux siècles des siècles! »
NOUS NOUS SOMMES APPROCHÉS DU SANG DE JÉSUS. Nous n’oserions approcher l’auguste Juge de tous, s’il n’y avait le médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ le juste. Et il ne pourrait accomplir l’œuvre pour laquelle il a été choisi, s’il n’avait versé son sang très précieux, qui a ratifié la nouvelle alliance, qui a lavé nos péchés, et qui maintenant ne cesse d’avoir la vertu de nous purifier d’une mauvaise conscience, effaçant chaque tache de culpabilité dès que l’âme confesse et cherche le pardon, avec des larmes de pénitence et des paroles de foi.
Il parle mieux que celui d’Abel. Celui-là était le sang du martyre ; celui-ci, celui du sacrifice. Celui-là maudissait, en criant de la terre ; celui-ci ne fait qu’implorer miséricorde. Celui-là dénonçait la colère ; celui-ci proclame l’amour qui réconcilie. Celui-là conduisit au châtiment qui marqua le meurtrier ; celui-ci aboutit au salut. Celui-là était pour la mort ; celui-ci est pour la vie.
Tout sang a un cri. Écoutez le cri du sang de Jésus. Il parle à l’homme de la part de Dieu. Il parle à Dieu en faveur de l’homme. Il nous dit qu’il n’y a aucune condamnation, aucune colère, aucun jugement ; parce que l’orage a éclaté et s’est épuisé sur le Calvaire. Et quand nous allons à notre Père, il plaide pour nous par les blessures de l’Agneau comme immolé.
Ô sang précieux ! si tu es meilleur que celui d’Abel, combien meilleur encore que tout le sang de toutes les bêtes jamais immolées ; que tous les sacrifices jamais offerts ; que toutes les larmes ou prières jamais présentées dans la force de la vertu humaine : nous ne pouvons, nous ne voulons pas te refuser, ni nous détourner de ton cri suppliant, ni rejeter celui qui parla autrefois du haut de la croix, et qui parle maintenant du haut des cieux !
Chapitre 31 terminé
Le Sinaï et Sion