Chapitre 2 · 12 min de lecture · 16 min d’écoute
La Parole de Dieu
« Après avoir autrefois, à plusieurs reprises et de plusieurs manières, parlé à nos pères par les prophètes, Dieu, dans ces derniers temps, nous a parlé par le Fils » HÉBREUX 1:1, 2.
« DIEU. » Quel mot pourrait plus justement se tenir en tête de la première ligne du premier paragraphe de cette noble épître ! Tout édifice doit reposer sur lui comme sur son fondement ; tout arbre doit jaillir de lui comme de sa racine ; tout dessein et toute entreprise doivent prendre naissance en lui comme en leur source. « Au commencement, Dieu » : c’est là une devise digne d’être inscrite au début de tout traité, qu’il s’agisse d’un volume pesant ou d’une feuille éphémère. Et c’est par ce nom que nous commençons notre essai de recueillir quelques-unes des leçons ardentes qui furent d’abord adressées aux Hébreux persécutés et chancelants de l’âge primitif, mais que les croyants d’entre les païens ont toujours tenues en la plus haute estime à travers l’Église universelle. Le festin fut d’abord dressé pour les enfants de la race d’Abraham ; mais qui viendra nous contester le droit aux miettes ? Dans notre effort pour les recueillir, sois, ô Dieu, l’Alpha et l’Oméga, le Premier et le Dernier. Dans l’original grec, le mot « Dieu » est précédé de deux autres mots, qui décrivent la variété et la multiplicité de sa révélation à l’homme. Et le verset entier est plein d’intérêt, en ce qu’il expose l’origine et l’autorité de la Parole de Dieu, et qu’il illustre la grande loi qui apparaît en tant de parties des œuvres de Dieu, et qu’on a justement appelée la loi de L’UNITÉ DANS LA VARIÉTÉ.
Cette loi opère dans la nature, le plus ancien livre de Dieu. Nul homme réfléchi ne peut regarder autour de lui sans être arrêté par l’infinie variété qui l’accueille de toutes parts. « Toute chair n’est pas la même chair; . . . Il y a aussi des corps célestes et des corps terrestres; mais autre est l’éclat des corps célestes, autre celui des corps terrestres. . . . une étoile diffère en éclat d’une autre étoile. » Vous ne sauriez trouver deux visages pareils dans une foule, deux feuilles pareilles dans une forêt, ni deux fleurs pareilles dans les bois au printemps. On dirait que les moules dans lesquels sont façonnés les produits de la nature sont brisés et mis au rebut dès qu’un résultat a été obtenu. Et c’est là ce qui offre un champ si infini à la recherche et au plaisir, et qui interdit toute crainte de monotonie ou de lassitude de l’âme.
Et pourtant, au milieu de toute la variété de la nature, il règne une merveilleuse unité. Chaque partie de l’univers s’emboîte, par des liens subtils et délicats, avec toutes les autres. Vous ne pouvez troubler l’équilibre nulle part sans envoyer une secousse à travers le système tout entier. De même que, dans quelque majestueuse cathédrale gothique, la même idée se répète sous des formes plus hardies ou plus légères, de même les mêmes grandes pensées reviennent dans l’arbre et dans la fleur, dans la molécule et dans la planète, dans la diatomée et dans l’homme. Et tout cela parce que, si vous pénétrez jusqu’au cœur de la nature, vous rencontrez Dieu. « C’est de lui, par lui, et pour lui que sont toutes choses. » « Il y a diversité d’opérations, mais le même Dieu qui opère tout en tous. » L’unité qui règne dans le temple de la nature vient de ce qu’il est issu d’une seule pensée et a été accompli par une seule main : la pensée et la main de Dieu.
Cette loi opère aussi dans toutes les Écritures. On y trouve une aussi grande variété que dans la nature. Elles furent écrites à des époques différentes : les unes aux jours où Dieu parlait « à nos pères » ; les autres « dans ces derniers temps », pour nous. Dans les premiers chapitres, sous la direction de l’Esprit de Dieu, Moïse a recueilli des fragments d’une tradition sacrée qui passait de bouche en bouche sous les tentes des patriarches ; et les derniers chapitres furent écrits quand la ville sainte, Jérusalem, avait déjà été jetée à terre par la main cuirassée de Titus.
Elles furent écrites en des pays différents : celles-ci dans les déserts d’Arabie ; celles-là à l’ombre des pyramides ; d’autres au milieu des flots de vie qui parcouraient les plus grandes cités de la Grèce et de Rome. Vous pouvez discerner dans les unes la simple vie pastorale de la Palestine ; dans les autres, la magnificence de l’empire de Nebucadnetsar. Dans l’une, on entend le murmure de la mer Égée aux eaux bleues ; et dans plusieurs, le cliquetis des fers dans la cellule de la prison romaine.
Elles furent écrites par des hommes appartenant à des rangs, à des occupations et à des façons de penser fort divers : bergers et pêcheurs, guerriers et rois ; le psalmiste, le prophète et le sacrificateur ; les uns employant le majestueux hébreu sacré, d’autres le patois chaldéen, d’autres encore le grec poli ; toute la variété des styles, depuis la lettre amicale ou le proverbe sentencieux jusqu’à l’histoire nationale ou au traité soigneusement préparé, où la pensée et l’expression brillent comme dans la fournaise ; mais tous apportant leur part à la symétrie et à la beauté de l’ensemble.
Et pourtant, d’un bout à l’autre de la Bible, il règne une indubitable unité. Qu’est-ce qui aurait pu conduire l’humanité à regarder ces soixante-six petits écrits comme si manifestement liés entre eux qu’il fallût les relier ensemble sous une même couverture ? Il y a eu dans ces livres quelque chose de si unique qu’ils se sont toujours tenus debout et sont toujours tombés ensemble. En démembrer un, c’était les détacher tous. Croire en l’un a conduit à croire en tous. Leurs mains sont liées et enlacées si étroitement que là où l’un va, tous doivent suivre. Et bien que des hommes sages et habiles aient fait de leur mieux, jamais ils n’ont pu produire un seul traité qui possède cette qualité indéfinissable qui donne à ces livres leur mystérieuse unité ; qualité dont l’absence est fatale à la prétention de tout livre d’être compté parmi eux, ou de réclamer la vénération et l’hommage particuliers de l’humanité.
Le monde est plein de livres religieux ; mais l’homme qui a nourri sa vie religieuse de la Bible discernera en un instant la différence entre eux et les Écritures de l’Ancien et du Nouveau Testament. L’œil discerne aussitôt l’absence de vie dans la fleur artificielle ; la langue reconnaît immédiatement et sûrement l’absence ou la présence d’une certaine saveur soumise au goût ; et le cœur de l’homme, son sens moral, est prompt à discerner, dans tous les autres livres religieux, l’absence d’une certaine saveur qui imprègne la Bible, depuis la Genèse, le livre des commencements, jusqu’aux annonces de l’Apocalypse sur le prompt retour du Roi.
Et par la possession de cet attribut mystérieux, l’Ancien et le Nouveau Testament ne font qu’un. Vous ne pouvez pas dire qu’il s’en trouve davantage dans les paragraphes ardents de l’apôtre Paul que dans les splendides prophéties et les appels du grand prophète évangélique, Ésaïe. Il est assurément dans les Évangiles ; mais il n’est pas moins dans le récit de l’Exode. D’un bout à l’autre, il y a le silence sur des sujets qui ne font que satisfaire la curiosité, mais sur lesquels d’autres prétendues révélations se sont abondamment étendues. D’un bout à l’autre, aucune tentative d’instruire sur la science ou sur la nature, mais toute l’énergie tendue à exposer les droits de Dieu sur les hommes. D’un bout à l’autre, le cordon écarlate du sacrifice est clairement visible, et les livres y sont enfilés comme des perles sur un fil. Et d’un bout à l’autre, il y a toujours cette qualité subtile, mystérieuse, ineffable, qu’on appelle l’inspiration : terme qu’expliquent les paroles majestueuses de ce verset d’ouverture : « Dieu, ayant autrefois parlé aux pères, nous a parlé dans ces derniers temps. »
L’Écriture est la parole de Dieu à l’homme. C’est là ce qui lui donne son unité. « Dieu, Dieu, l’Éternel, parle, et convoque la terre, » Les secrétaires peuvent différer ; mais l’esprit qui inspire est le même. Les instruments peuvent varier ; mais, dans chaque cas, c’est le même thème que joue la même main de maître. Nous devrions lire la Bible comme des gens qui écoutent la parole même de Dieu. On a bien raison de l’appeler « la Parole de Dieu ».
Mais l’Écriture est la parole de Dieu dans l’homme. Le trésor céleste est dans des vases de terre. « Il a parlé aux pères dans les prophètes. . . Il nous a parlé dans son Fils. » Il est très remarquable d’étudier la vie de Jésus et d’écouter ce qu’il déclare sans cesse sur la source de ses paroles merveilleuses. Il s’était si complètement dépouillé lui-même qu’il ne tirait rien de lui-même ; mais il vivait par le Père, de la même manière que nous devons vivre par lui. Il déclara expressément que les paroles qu’il disait, il ne les disait pas de lui-même, mais que ses paroles comme ses œuvres procédaient du Père, qui demeurait en lui. Par ces lèvres d’argile, c’était le Dieu éternel qui parlait. On avait bien raison de l’appeler, lui aussi, « la Parole de Dieu » !
Et ici, les paroles des prophètes de l’Ancien Testament sont élevées au niveau des paroles de Jésus dans le Nouveau. Sans s’arrêter à faire la moindre distinction, notre auteur nous dit, sous l’enseignement de l’Esprit, que celui qui a parlé dans l’un a parlé aussi dans les autres. Pensons donc à l’Ancien Testament avec autant de révérence qu’au Nouveau. C’était la Bible de notre Sauveur. C’était la nourriture que Jésus aimait et dont il vivait. Il consentait à jeûner de toute autre nourriture, pourvu qu’il pût avoir celle-là. C’était son unique et suprême recours dans le combat contre le diable, et pour sceller ses arguments et ses exhortations auprès des hommes. Et nous en découvrons ici la raison. La voix de Dieu parlait dans les prophètes, dont le nom même les compare au jaillissement du geyser hors de sa source cachée.
Puisque Dieu parlait dans des hommes, il est clair qu’il les laissait exprimer ses pensées dans le langage, et selon la méthode, qui leur étaient le plus familiers. Ils parleront de la nature telle qu’ils avaient coutume de la trouver. Ils useront du mode d’expression, poésie ou prose, le plus habituel à leur tour d’esprit. Ils feront allusion aux événements qui se déroulaient autour d’eux, afin d’être aisément compris de leurs semblables. Mais, tout en étant ainsi laissés libres d’exprimer à leur manière les pensées de Dieu, il est très certain que l’Esprit divin a dû surveiller avec soin leurs paroles, afin qu’elles transmettent exactement ses messages aux hommes.
En bien des parties de la Bible, il y a une dictée absolue, mot pour mot. En d’autres, il y a une surveillance divine qui garde de l’erreur et qui guide dans le choix et la disposition des matériaux : comme lorsque Daniel cite des documents historiques, et que Moïse recueille les récits sacrés que sa mère lui avait appris au bord du Nil qui coulait. Dans toutes, il y a la pleine inspiration de l’Esprit de Dieu, par qui toute l’Écriture a été donnée. « c’est poussés par le Saint-Esprit que des hommes ont parlé de la part de Dieu, . . . voulant sonder l’époque et les circonstances marquées par l’Esprit de Christ qui était en eux » (2 Timothée 3:16 ; 2 Pierre 1:20, 21 ; 1 Pierre 1:11).
Nous n’avons pas à nier que d’autres hommes aient été illuminés ; mais la différence entre l’illumination et l’inspiration est aussi grande que la distance de l’orient à l’occident. Nous ne disons pas non plus que Dieu n’ait pas parlé en d’autres hommes, ou en ces hommes-là à d’autres moments ; mais nous disons bien que c’est seulement dans la Bible que Dieu a donné la révélation suprême de sa volonté, et la règle souveraine de notre foi et de notre conduite. Le cœur de l’homme en rend témoignage. Nous savons qu’il y a dans ces paroles un accent qui ne s’entend dans aucune autre voix. Les cordes supérieures de cet instrument lui donnent un timbre qu’aucun autre ne peut égaler.
La révélation de l’Ancien Testament fut donnée par fragments (ou par portions). C’est le sens du mot que l’ancienne version anglaise rend par à diverses reprises, et la version révisée anglaise par en diverses portions. Il ne se rapporte pas aux âges successifs sur lesquels elle s’étendit, mais aux nombreuses « portions » en lesquelles elle fut fragmentée. Aucun prophète ne pouvait à lui seul exprimer toute la vérité. Chacun reçut en dépôt une ou deux syllabes des puissantes phrases de la parole de Dieu. Au mieux, la vue de Dieu que saisissaient les prophètes et qu’ils transmettaient aux hommes, si vraie qu’elle fût, restait partielle et limitée.
Mais en Jésus, rien de cette révélation morcelée. C’est qu’« en lui habite corporellement toute la plénitude de la divinité. » Il a révélé le Père. Quiconque l’a vu a vu Dieu ; et entendre ses paroles, c’est recevoir la révélation pleine et entière de l’Infini.
La révélation antérieure se fit sous bien des formes. Le tremblement de terre, le feu, la tempête et le murmure doux et léger : chacun eut son ministère. Le symbole et la parabole, la vision et la métaphore, le type et la préfiguration historique servirent tour à tour le dessein divin, comme le rayon qui se brise en de nombreuses teintes prismatiques. Mais en Jésus, c’est l’éclat constant du pur rayon de sa gloire, une seule méthode de révélation, uniforme et invariable.
Ô Livre incomparable et glorieux, Parole de Dieu aux hommes, à nous ; toi qui révèles non seulement Dieu, mais nous-mêmes ; qui expliques des états d’âme dont nous n’avions pas la clef ; qui nous touches comme nul autre livre ne le peut, et dans des moments où toutes les autres voix s’affaiblissent et se taisent ; qui nous dis des faits que nous n’avions pu découvrir, mais que nous reconnaissons aussitôt pour la vérité ; pain de l’âme ; clef de la vie ; toi qui découvres des profondeurs nouvelles à mesure que nous montons plus haut dans l’expérience chrétienne : nous t’avons éprouvé trop longtemps pour douter que tu sois ce que Jésus a dit que tu étais, le don indispensable et précieux de Dieu.
Chapitre 2 terminé
La Parole de Dieu