Le chemin du lieu très saint
La foi et ses exploits

Chapitre 27 · 11 min de lecture · 14 min d’écoute

La foi et ses exploits

« Or la foi est une ferme assurance des choses qu’on espère, une démonstration de celles qu’on ne voit pas. » HÉBREUX 11:1.

LA société repose sur la foi que l’homme a en l’homme. L’ouvrier, qui peine toute la semaine pour le salaire qu’il croit devoir recevoir ; le voyageur, qui prend un billet pour une ville lointaine parce qu’il croit aux indications de l’horaire des trains ; le marin, qui gouverne sa barque avec une précision infaillible par temps sombre parce qu’il croit aux cartes et aux tables de la marine marchande ; tout le système du crédit monétaire, par lequel des sommes immenses circulent de main en main sans qu’on fasse usage d’une seule pièce de monnaie — tout cela illustre l’immense importance de la foi dans les affaires des hommes. Rien, par conséquent, n’est plus désastreux pour un individu ou pour une communauté que de voir son crédit compromis ou sa confiance ébranlée.

Il semble que trois conditions préalables soient nécessaires à la foi. Premièrement, quelqu’un doit prendre un engagement ou faire une promesse. Deuxièmement, il faut qu’il y ait de bonnes raisons de croire à l’intégrité et aux ressources de la personne qui a pris l’engagement. Troisièmement, il s’ensuit une paisible assurance qu’il en sera bien ainsi ; en fait, le croyant peut compter sur la chose promise comme n’étant pas moins sûre que s’il en avait déjà la possession effective. Et cette dernière disposition d’esprit est précisément celle qu’indique l’auteur de cette épître, lorsque, guidé par le Saint-Esprit, il affirme que la foi est une ferme assurance des choses qu’on espère, la persuasion ou la conviction de celles qu’on ne voit pas. En d’autres termes, la foi est la faculté de rendre réel l’invisible.

Ces trois conditions se trouvent remplies dans la foi chrétienne. La même faculté est mise en jeu à l’égard des choses de Dieu. Au point de départ, nous sommes certains qu’une Voix a parlé à l’homme dans la page de l’Écriture ; non pas des voix, mais une Voix. Ensuite, nous sommes certains que celui qui parle est infiniment digne de foi. Notre assurance repose sur plusieurs fondements : nous constatons que ses paroles se sont toujours vérifiées dans l’expérience des générations passées ; nous les avons vues accompagnées de phénomènes miraculeux, qui révélaient par leur bienfaisance et leur puissance la bonté et la gloire de celui qui les opérait ; nous découvrons dans notre propre cœur l’assentiment de notre nature morale à leur évidente vérité ; et pour toutes ces raisons nous estimons que la Voix qui parle mérite notre créance. C’est pourquoi, enfin, nous comptons sur tout ce qui a été promis aussi sûrement que si nous le voyions, et nous pouvons le tenir pour certainement nôtre.

Insistons encore sur ce qui a été dit. Nous regardons les paroles que Dieu nous adresse dans les Écritures comme entièrement différentes de toutes les autres paroles qui peuvent, sur les lèvres des hommes, réclamer notre attention ; non seulement à cause du caractère des miracles qui les accompagnent, mais parce qu’elles nous touchent comme nulle autre parole ne le fait, et qu’elles suscitent l’assentiment et l’adhésion spontanés de notre nature morale, fût-ce parfois pour notre propre condamnation. Il faut bien que ce soit le Livre de Dieu, celui qui s’accorde si exactement avec les meilleurs sentiments et les meilleures intuitions de notre nature morale ; et non seulement de la nôtre, mais de celle des plus nobles et des meilleurs de notre race

« Dieu, Dieu, l’Éternel, parle, et convoque la terre, Depuis le soleil levant jusqu’au soleil couchant. » Et si nous en sommes une fois assurés, alors il n’y a plus de limite à la confiance paisible qui non seulement tient la promesse pour digne de foi, mais commence déjà à jouir par anticipation des biens qu’elle offre. La maxime de l’expérience humaine est celle-ci : voir, c’est croire ; mais pour l’enfant de Dieu, c’est l’inverse qui est vrai : croire, c’est voir. Nous sommes aussi sûrs de ce que Dieu a promis que nous le serions si nous le voyions déjà devant nos yeux. La vue ne pourrait nous rendre plus certains que nous ne le sommes que Dieu nous aime ; qu’il y a une maison du Père avec ses nombreuses demeures ; et qu’un jour notre mortalité doit revêtir l’immortalité, pour vivre à jamais dans un état d’existence absolument sans péché, sans douleur et sans nuit.

Une telle foi est engendrée dans nos âmes, avant tout, par l’étude de la Parole de Dieu ; celle-ci s’adresse, nous l’avons vu, à notre conscience morale, qui, à mesure qu’elle se développe davantage, est de plus en plus satisfaite du Livre qui l’a appelée à l’existence et qui a tant fait pour son éducation. Mais parfois la foi semble nous être donnée à l’égard d’une affaire particulière qui n’est pas directement indiquée dans l’Écriture, mais que nous nous sentons en mesure de réclamer — oui, et plus nous prions et y réfléchissons, plus nous nous sentons en mesure de la réclamer ; et lorsque nous voyons une telle conviction se former dans notre cœur, nous pouvons en être parfaitement sûrs. « … si quelqu’un dit à cette montagne: Ote-toi de là et jette-toi dans la mer, et s’il ne doute point en son cœur, mais croit que ce qu’il dit arrive, il le verra s’accomplir. » Ainsi l’enfant de Dieu peut commencer à louer pour des bénédictions dont il n’y a aucun signe extérieur, aussi sûr de les recevoir que si elles s’étaient déjà levées sur l’horizon, comme le petit nuage, pas plus grand que la main d’un homme, en réponse à la prière d’Élie. « … nous possédons la chose que nous lui avons demandée. »

Voulez-vous une foi plus grande ? Considérez alors les promesses, qui sont sa nourriture naturelle ! Lisez l’histoire des œuvres puissantes de Dieu aux jours d’autrefois. Ouvrez votre cœur à Dieu, afin qu’il y fasse briller sa présence qui révèle. Demandez-lui de vous donner cette faculté merveilleuse à laquelle rien n’est impossible. Rejetez loin de vous tout ce qui pourrait contrarier la croissance de votre cœur dans la foi et dans l’amour.

LA FOI GRANDIT LES HOMMES. Parcourez cette liste de héros. Vous devez reconnaître que ceux dont les noms y sont mentionnés se tiennent aux premiers rangs de notre race, brillant comme des étoiles. Mais leur titre à une telle considération n’était certainement pas le génie naturel. Énoch, par exemple, et sa lignée, issus de Seth, ont pu être inférieurs à beaucoup de ceux de la famille de Caïn, pour ce qui est des simples réalisations intellectuelles ou artistiques. Mais sa foi l’éleva hors des rangs de la médiocrité jusqu’à une sorte de primauté parmi les hommes ; et si la foi devenait le principe souverain de votre vie et de la mienne, elle agrandirait et enrichirait de même tout notre être.

LA FOI AGIT PUISSAMMENT SUR NOTRE VIE HUMAINE ORDINAIRE. Pour la plupart des hommes, vous pouvez déterminer à peu près comment ils agiront en des circonstances données ; vous pouvez énumérer les influences en jeu et leur poids. Mais vous ne pouvez jamais en être sûr dans le cas du chrétien, parce que sa foi rend réelles bien des choses dont le monde qui l’entoure ne se soucie aucunement. Le tyran, désireux de sauver quelque jeune confesseur chrétien, l’aborde avec des flatteries et des promesses, choses qui attirent la jeunesse, et s’étonne de constater qu’elles n’ont aucun charme pour lui ; il l’aborde ensuite avec la souffrance, l’opprobre et la mort, choses qui attristent les jeunes cœurs, et n’est pas moins stupéfait de découvrir qu’elles ne lui causent aucune frayeur. La cause en est inexplicable, et on la met sur le compte de l’obstination ; mais en réalité les yeux de ce jeune cœur sont ouverts sur un monde dont le tyran ne s’est formé aucune idée. La foi n’est pas indifférente au temps, mais elle a plus souci de l’éternité. La foi ne sous-estime pas la puissance de l’homme, mais elle exalte la toute-puissance. La foi n’est pas insensible à la douleur présente, mais elle la met en balance avec la joie à venir. Contre les gains mal acquis, elle place le trésor éternel ; contre la haine des hommes, la rémunération ; contre la lassitude de la course, la couronne d’amarante ; contre les larmes des semailles d’hiver, les cris de joie des gerbes d’automne ; contre l’incommodité de la tente, la cité permanente. Aucun de ces hommes n’aurait mené la noble vie qui fut la sienne, n’eussent été la rémunération et les lueurs de la cité d’or qui leur furent accordées au milieu des douleurs et des détresses de leur vie.

LA FOI EST À LA PORTÉE DE TOUTES LES CONDITIONS. Dans cette liste figurent des femmes aussi bien que des hommes : Sara et Rahab, aussi bien qu’Abraham et Josué ; la veuve de Sunem, et le puissant prophète qui rendit la vie à son fils ; Moïse, l’élève de la sagesse de l’Égypte ; Gédéon, le laboureur ; Isaac, l’éleveur de troupeaux ; Jacob, l’habile éleveur de bétail ; Barak, le soldat ; David, le berger ; et Samuel, le prophète. Leurs occupations et leurs situations variaient à l’infini ; mais il n’en est pas un qui n’ait vécu sous l’influence de ce principe souverain. Quelle que soit la vocation légitime d’un homme, il peut y demeurer avec Dieu, sous l’influence de la foi. Comme le sapin ou le pin, la foi prospère en tout sol.

LA FOI S’ACCORDE AVEC DES DEGRÉS DE CONNAISSANCE TRÈS DIFFÉRENTS. Il serait difficile d’énumérer plus de variétés de connaissance religieuse que n’en résume ce catalogue de noms. L’idée qu’Abel se faisait du sacrifice devait différer grandement de celle de David. La connaissance de Dieu devait être bien plus profonde chez Moïse que chez Samson. Et, comparées aux claires vues de la vérité que possédaient ces chrétiens hébreux, celles des patriarches chenus du monde n’étaient que des corbeilles pleines de morceaux. Mais, malgré toutes ces différences, le même principe de foi jaillissait de chaque cœur. Et la femme qui toucha le bord du vêtement était animée du même esprit que celui qui, chez sa sœur, suscita l’étonnement de Jésus : « Femme, ta foi est grande ! »

LA FOI PEUT VAINCRE DES DIFFICULTÉS INSURMONTABLES. Il est difficile d’être seul de son avis ; mais la foi rendit Abel capable d’offrir un sacrifice plus excellent que celui de Caïn. Il est difficile de marcher constamment avec Dieu quand la méchanceté est grande sur la terre et que toute chair a corrompu sa voie ; mais ce n’est pas impossible, car Énoch marcha avec Dieu au bord même du déluge, et reçut le témoignage qu’il lui était agréable. Il est difficile de mener une vie de pèlerin, et ces difficultés furent sans doute ressenties aussi vivement par les patriarches ; mais ce que la foi a fait pour eux, elle le fera pour d’autres. Il est difficile, au milieu des soucis des affaires ou des charges publiques, de garder le cœur frais, pieux et jeune ; mais ce n’est pas impossible à la foi, qui entretint l’esprit de patriotisme et de piété dans le cœur de Joseph, bien qu’il fût fortement tenté de se laisser aller à devenir un grand seigneur égyptien. Il est difficile d’affronter la perte de toutes choses et le déplaisir des grands ; mais Moïse fit l’un et l’autre, sous l’empire de la foi en l’invisible.

Bien des difficultés se dressent devant nous tous. Des mers orageuses nous interdisent le passage ; de menaçantes forteresses barrent notre marche ; de puissants royaumes défient notre force ; des lions rugissent contre nous ; le feu dresse sur notre chemin sa barricade de flammes ; l’épée, les armées étrangères, les moqueries, le fouet, les chaînes et la prison — tout cela menace notre paix, assombrit notre horizon et essaie sur nous sa puissance ; mais la foi a déjà vaincu tout cela, et elle le fera encore. Nous rirons de l’impossible ; nous foulerons les rivages des mers, certains qu’elles doivent nous ouvrir un chemin ; nous entrerons dans les fosses des bêtes sauvages et dans les fournaises ardentes, sûrs qu’elles sont impuissantes à nous nuire ; nous échapperons au tranchant de l’épée, de faibles nous deviendrons forts, nous mettrons en fuite des armées étrangères et réduirons à néant toute la puissance de l’ennemi : et tout cela parce que nous croyons en Dieu. Comptez sur la fidélité de Dieu. Ne regardez pas aux vents et aux flots, mais à son caractère et à sa volonté. Retirez-vous seul avec lui, en pénétrant votre cœur et votre esprit de ses précieuses et très grandes promesses. Obéissez jusqu’à l’extrême limite de votre lumière. Marchez selon l’Esprit, dont l’un des fruits est la foi. Ainsi vous serez jugé digne de vous joindre à cette troupe dont les noms et les exploits débordent de cette page jusque dans les chroniques de l’éternité, et d’avoir part à son glorieux héritage.

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