Chapitre 26 · 11 min de lecture · 14 min d’écoute
Se retirer
« mon juste vivra par la foi; mais, s’il se retire, mon âme ne prend pas plaisir en lui. » HÉBREUX 10:38. (Lire les versets 19 à 39.)
DEPUIS quelque temps déjà, l’épître brûle d’une ardeur toujours croissante ; et voici qu’elle éclate maintenant en une remontrance véhémente, qui dut saisir et épouvanter ceux des chrétiens hébreux qui hésitaient encore entre le judaïsme et le christianisme. Comme nous avons eu plus d’une fois l’occasion de le remarquer, la grande question, pour certains d’entre eux, était devenue de savoir s’ils retourneraient à l’un ou s’ils iraient de l’avant avec l’autre. Le cérémonial splendide, l’âge vénérable et les antiques souvenirs du judaïsme luttaient avec force pour les détourner de la simplicité et des exigences spirituelles de la foi plus récente. Mais assurément ce mouvement de recul serait arrêté, et l’élan vers Christ accéléré, par ces sublimes remontrances qui remuent l’âme.
LA TRIPLE CONCLUSION DÉJÀ ATTEINTE se résume en trois propositions capitales.
Nous pouvons entrer avec assurance dans le lieu très saint par le sang de Jésus. Le lieu très saint était la chambre de la communion la plus intime avec Dieu. Y entrer, c’était parler à Dieu face à face. Et ce qui y correspond pour nous, c’est le droit de faire de notre Dieu notre confident et notre ami, à l’oreille secrète de qui nous pouvons verser toute l’histoire de notre péché, de notre douleur et de notre besoin. Le souvenir d’un péché récent n’a pas même à nous troubler, car le sang de Jésus est le gage du pardon et de l’acceptation de ceux qui se repentent et qui croient. Nous pouvons aller sans cesse, et même demeurer, là où les souverains sacrificateurs d’Israël ne pouvaient pénétrer qu’une fois l’an.
Jésus a inauguré une route nouvelle et vivante. Le voile du temple se déchira quand Jésus mourut, pour montrer que le chemin qui mène à Dieu était désormais libre pour l’homme, sans obstacle ni empêchement, et sans l’intervention d’un prêtre humain. Des prêtres ont tenté de le barrer et d’obliger les hommes à leur payer un péage pour l’ouvrir. Mais leurs prétentions sont fausses. Ils n’ont nul pouvoir de ce genre. Le chemin demeure ouvert aujourd’hui encore à tout chercheur tremblant. Il est nouveau, car, bien que des myriades l’aient foulé, il est aussi frais que jamais pour chaque nouveau pied sacerdotal. Il est vivant, car c’est par le Sauveur vivant que nous venons à Dieu. « Nul ne vient au Père que par moi. » Arrêtons-nous ici pour remarquer que le voile, avec son travail d’art, était un symbole du corps de Christ. « … au travers du voile, c’est-à-dire, de sa chair. » Nous nous approchons de Dieu par la mort de ce Fils de l’homme qui, dans une douleur véritablement humaine, fut suspendu à la croix pour nous.
Nous avons un grand sacrificateur. Nous appartenons à la maison de Dieu par la foi ; mais nous avons besoin d’un sacrificateur. Les sacrificateurs ont besoin d’un sacrificateur. Et nous en avons un, toujours vivant pour intercéder en notre faveur, et pour offrir nos prières sur l’autel d’or, mêlées au parfum abondant de son propre et précieux mérite. Telles sont les trois conclusions qui récapitulent les vérités posées et démontrées jusqu’ici.
LA TRIPLE EXHORTATION FONDÉE SUR LES CONCLUSIONS PRÉCÉDENTES. « … approchons-nous » (v. 22). « Retenons fermement » (v. 23). « Veillons les uns sur les autres » (v. 24). Et chacune de ces trois exhortations tourne autour de l’un des trois mots qui se trouvent si souvent réunis dans les épîtres : la foi, l’espérance et la charité.
LA FOI comporte deux éléments : la croyance, qui accepte certaines déclarations comme vraies, et la confiance en la personne qui fait l’objet de ces déclarations. L’une ne suffit pas sans l’autre. D’une part, nous ne pouvons nous confier en une personne sans savoir quelque chose d’elle ; d’autre part, notre connaissance ne nous servira de rien si elle ne conduit pas à la confiance, pas plus qu’il ne sert au misérable qui grelotte devant la Banque d’Angleterre de savoir que ses caves regorgent d’or. Une foi purement intellectuelle ne suffit pas. Adhérer à un credo ne sauve pas. Il nous faut passer de la croyance en des paroles à la confiance en la Parole. Par la foi, nous savons que Jésus est vivant, et par la foi aussi nous nous approprions cette vie. Par la foi, nous savons que Jésus a fait sur la croix la propitiation pour le péché ; et par la foi nous posons avec respect notre main sur sa tête bien-aimée et confessons notre péché. La foi est la main ouverte qui reçoit Christ. La foi est le conduit d’or par lequel sa plénitude vient jusqu’à nous. La foi est l’étroit canal par lequel la vie qui bat dans le cœur du Rédempteur entre dans nos âmes. La foi est l’attitude que nous prenons lorsque nous nous détournons de l’humain vers le divin.
Nous ne devrions nous contenter de rien de moins que de la plénitude de la foi. Le premier moyen de l’accroître, c’est de nous approcher de Dieu. Autrefois, le corps des sacrificateurs était baigné dans l’eau et aspergé de sang avant qu’ils n’entrent en la présence de Dieu. Cherchons-en l’équivalent spirituel. Délivrés du poids d’une culpabilité consciente, le cœur aussi sincère et sans fraude que la chair est propre une fois lavée d’une eau pure, approchons-nous de Dieu et demeurons en communion avec lui ; et dans cette attitude la foi grandira extrêmement. Elle ne restera plus assise dans la poussière, mais se revêtira de vêtements magnifiques. De simple fil, elle deviendra un câble. Elle ne sera plus l’attouchement tremblant d’une main de femme : elle saisira les colonnes du temple dans l’étreinte d’un Samson.
L’ESPÉRANCE est plus que la foi ; elle se rapporte particulièrement à l’avenir inconnu qu’elle rend réel et qu’elle fait agir sur notre vie de chaque jour. Le voile qui cache l’avenir ne s’entrouvre que frappé par la proue de notre barque qui avance ; il est donc naturel que nous nous demandions souvent ce qui se trouve au-delà.
La crainte est le prophète du malheur ; l’espérance, celui du bonheur. La crainte s’écrie : « Nous périrons certainement par la main de Saül » ; l’espérance répond : « Toute arme forgée contre nous sera sans effet. » La crainte s’écrie : « Qui nous roulera la pierre ? » L’espérance chante joyeusement : « Le Seigneur marchera devant nous, et il aplanira les chemins tortueux. » La crainte, née de l’incrédulité, s’écrie : « C’est un peuple plus grand et de plus haute taille que nous ; ce sont des villes grandes et fortifiées jusqu’au ciel » ; l’espérance partage déjà le pays et choisit son héritage. Mais l’espérance chrétienne est infiniment meilleure et plus sûre que celle de l’homme du monde. Dans l’espérance ordinaire, il y a toujours un élément d’incertitude ; elle peut être vouée à la désillusion et à la déception ; les choses peuvent ne pas tourner comme nous l’attendons ; et ainsi, étant le propre de la jeunesse, elle s’éteint à mesure qu’avancent les années. Mais l’espérance chrétienne repose sur la promesse de Dieu, et c’est pourquoi elle ne peut décevoir ; bien plus, elle est l’ancre de l’âme âgée, devenant plus brillante et plus durable à mesure que passent les années, parce que « celui qui a fait la promesse est fidèle ».
Mais comment pouvons-nous accroître notre espérance, de manière à ne jamais la laisser échapper, mais à la retenir fermement avec une constance inébranlable ? Rien ne la fortifiera plus vite que de considérer la fidélité de celui dont les promesses sont l’ancrage de l’espérance. A-t-il jamais manqué à ses engagements ? Les étoiles ne reviennent-elles pas à la place qui leur est assignée, à l’heure dite, à un cheveu près ? Les hommes de bien n’ont-ils pas rendu un témoignage unanime à la fidélité du Dieu qui garde son alliance ? Il n’a jamais laissé sa fidélité défaillir — et ne la laissera jamais défaillir. Notre espérance n’a donc pas à chanceler ; qu’elle soit forte et pleine de courage.
LA CHARITÉ vient en dernier. Elle est la reine de toutes les grâces de la vie intérieure. L’amour est la passion du don de soi. Il ne s’arrête jamais pour demander ce qu’il peut se permettre, ni ce qu’il peut espérer recevoir ; mais toujours il répand son parfum, brise ses vases d’albâtre et verse le sang de son cœur. Il dépérirait jusqu’à mourir s’il ne pouvait donner. Il lui faut partager ce qu’il possède. Il est prodigue du service le plus coûteux. Un tel amour est dans le cœur de Dieu, et devrait être aussi en nous ; et nous pouvons l’accroître sensiblement en veillant les uns sur les autres et en fréquentant nos frères dans la foi. L’éloignement engendre la froideur et l’indifférence. Quand nous abandonnons l’assemblée de nos frères chrétiens, nous sommes enclins à nous envelopper dans le manteau glacé de l’indifférence. Mais quand nous voyons les autres dans le besoin et que nous les aidons ; quand nous sommes disposés à secourir et à sauver ; quand nous découvrons qu’il y a quelque chose d’attirant chez le moins aimable ; quand nous sentons la chaleureuse sympathie des autres — alors notre propre amour grandit par les exigences mêmes qu’on lui impose et par les occasions qu’il trouve de se manifester.
Recherchons ardemment ces dons excellents ; et, afin de les posséder et d’y abonder, invoquons la bienheureuse présence intérieure du Seigneur Jésus, dont l’entrée amène avec elle tout le cortège des douces grâces chrétiennes.
LA TRIPLE REMONTRANCE. En avant ! sinon, le châtiment (v. 26). Si un homme transgressait sans le savoir la loi de Moïse, il était pardonné ; mais s’il la méprisait délibérément, il mourait sans miséricorde. Que peuvent donc attendre ceux qui pèchent volontairement, non contre les obligations de fer du Sinaï, mais contre les paroles de grâce qui tombent des lèvres du Sauveur mourant ? Le cœur capable de se détourner de l’amour et du sang versé du Calvaire, de les ignorer et de les fouler impitoyablement aux pieds, est si dur, si désespéré, si rebelle au Saint-Esprit, qu’il s’expose au plus grave déplaisir de Dieu et ne peut plus attendre d’autre offrande pour ses péchés. Il n’est pas de sacrifice pour l’expiation du péché qui consiste à rejeter le Calvaire.
En avant ! sinon, les efforts passés sont réduits à néant (v. 32). Ces chrétiens hébreux avaient cruellement souffert lors de leur entrée dans la vie chrétienne : le martyre du saint Étienne ; les grands ravages exercés dans l’Église par Saul de Tarse ; les terribles famines qui frappèrent Jérusalem et répandirent partout le dénuement. Ils avaient même été exposés en spectacle aux opprobres et aux tribulations. Mais ils avaient accepté avec joie l’enlèvement de leurs biens, sans reculer devant l’épreuve. Retourner maintenant au judaïsme, ce serait annuler les avantages qu’ils auraient pu autrement retirer de leur amère expérience ; ce serait perdre la moisson de leurs larmes ; ce serait ruiner le respect dont ils étaient entourés ; et ce serait les priver de la récompense que le Seigneur pourrait leur donner, s’ils persévéraient seulement jusqu’à la fin. « N’abandonnez donc pas votre assurance, à laquelle est attachée une grande rémunération. »
En avant ! le Seigneur est proche (v. 36). Jésus était sur le point de venir dans la chute de Jérusalem, comme il viendra avant peu clore l’âge présent ; et tous les signes annonçaient la destruction prochaine de l’État juif par la puissance de Rome, qui conquérait tout. Quelle folie n’eût-ce donc pas été de retourner à ce qui était à la veille de sa dissolution : au temple qui allait être brûlé jusqu’au sol, à des sacrifices sur le point de cesser, à un sacerdoce bientôt dispersé aux quatre vents !
Il n’y avait qu’une seule voie : non pas retourner à une perdition certaine, à la ruine de toutes les plus nobles facultés de l’âme, à la honte, à la déception et à des regrets sans fin ; mais aller de l’avant, à travers la mauvaise et la bonne réputation, à travers la douleur, l’angoisse et le sang, jusqu’à ce que le serviteur fidèle soit justifié par l’approbation du Seigneur et accueilli dans le royaume d’une félicité sans fin.
Sommes-nous de ceux qui avancent pour sauver leur âme ? Ici, comme si souvent, le salut de l’âme est envisagé comme une œuvre progressive. Il est vrai qu’en un sens nous sommes sauvés dès que nous nous tournons pour la première fois vers la croix et que nous nous confions au Crucifié. Mais c’est seulement en restant dans le courant qui jaillit de la croix, seulement en demeurant dans une communion constante avec le Sauveur, seulement en nous soumettant habituellement aux influences bienfaisantes de l’Esprit divin, que le salut pénètre et guérit tout notre être. Alors on peut dire que l’âme est acquise, c’est-à-dire rendue à son type originel, tel qu’il fut conçu dans la pensée de Dieu avant qu’il façonnât en homme la poussière de la terre, qu’il soufflât en lui un souffle de vie, et que l’homme devînt une âme vivante.
Chapitre 26 terminé
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