Chapitre 23 · 10 min de lecture · 13 min d’écoute
Le sang de Christ
« sans effusion de sang il n’y a pas de pardon. » HÉBREUX 9:22.
TOUT autour de cette antique fenêtre ouverte sur le passé (v. 15-28) court le cordon rouge du sang. Douze fois au moins revient ce mot solennel, ce mot redoutable. Le diable lui-même semble admettre qu’il est revêtu de quelque puissance mystérieuse ; sinon, pourquoi obligerait-il tant de ses misérables partisans à en entrelarder chacune des phrases qu’ils prononcent ? L’homme ne peut regarder le sang ni en parler sans une solennité involontaire, à moins d’avoir fait violence à quelques-uns des instincts les plus profonds de son être, ou d’en être venu, par l’habitude, au mépris. Et nous sentons, en lisant ce chapitre, que nous sommes parvenus au cœur même du plus profond de tous les mystères, de la plus solennelle de toutes les solennités, de la plus redoutable de toutes les tragédies, de tous les martyres et de tous les rites sacrificiels. Ôtez vos souliers de vos pieds, car le lieu sur lequel nous nous tenons ensemble maintenant est une terre sainte.
On reconnaît de plus en plus que le sang est l’un des constituants les plus importants du corps humain. La recherche scientifique, et toute autre recherche, incline de plus en plus à confirmer les antiques maximes, qui ont peut-être été énoncées dans les collèges d’Égypte, où Moïse apprit la science la plus avancée de son temps, avant même d’être frappées du sceau de l’inspiration : « le sang, c’est la vie » ; « la vie de la chair est dans le sang » (Deutéronome 12:23 ; Lévitique 17:11). Nous savons que les globules rouges du sang remplissent une fonction importante : ils portent l’oxygène de l’air pour consumer les tissus usés et allumer des feux dans toutes les parties de l’organisme humain. Mais qui pourrait dire toutes les fonctions mystérieuses des innombrables disques incolores qui flottent au fil des courants du sang, et qui sont peut-être intimement liés à l’essence même de notre vitalité ? Ce qui est certain, c’est qu’un sang appauvri signifie une vie décrépite ; un sang vicié, la corruption et la maladie ; un sang qui s’écoule, une vie qui décline. Le premier soin du médecin est de prendre le pouls du sang ; et la maladie la plus mortelle est l’empoisonnement du sang. Le sang, c’est la vie. Et le sang répandu, c’est la vie qui s’épanche de sa source et de son principe.
Il n’y a donc rien dans l’homme de plus précieux que le sang. S’il donne cela, il donne le meilleur de ce qu’il a à donner. Son sang, c’est sa vie — son tout ; et c’est un acte noble que celui d’un homme prêt à faire pour d’autres ce don suprême. C’est là ce qui éclaire la diablerie de la guerre et jette une lueur passagère de noblesse sur la soldatesque la plus grossière et la plus rude : ces hommes sont prêts à sacrifier leur vie dans des torrents de sang pour repousser l’ennemi loin du foyer, de la maison et de la patrie. Voilà pourquoi des femmes ont gardé comme un trésor des mouchoirs trempés dans le sang qui, sur le billot du bourreau, avait coulé des veines des martyrs de la liberté ou de la religion. Voilà pourquoi les hommes montrent sans frémir les taches de sang sur les lames tirées pour la sainte cause de la liberté, ou sur les drapeaux en lambeaux qui conduisirent le combat contre les bataillons du paganisme ou du papisme. Voilà pourquoi l’historien de l’Église ne se juge pas trop délicat pour évoquer souvent le sang qui coula à flots à la veille des Vêpres siciliennes et au jour de la sombre Saint-Barthélemy. Non, nous nous glorifions du sang que des hommes nobles ont répandu comme de l’eau sur la terre. Aucun de nous n’est trop sensible pour s’arrêter avec exultation sur cette expression.
Pourquoi donc hésiterions-nous à parler du sang de Christ ? C’était un sang royal : « son propre sang » (v. 12) ; et il était roi en vérité. Il fut versé volontairement : il « s’est offert lui-même » (v. 14). C’était un sang pur, « le sang innocent », « sans tache » (v. 14). C’était un sang sacrificiel. Il mourut non comme un martyr, mais comme un Sauveur (v. 26). Il coula de sa tête ceinte d’épines, afin d’expier les péchés de la pensée ; de ses mains et de ses pieds, solidement cloués, afin d’expier les péchés de l’action et de la conduite ; de son côté, afin d’effacer les péchés de nos affections, et aussi pour nous dire son amour profond et ardent, qui ne pouvait être contenu dans les quatre cavités de son cœur, mais devait s’épancher en tombant sur la terre. Pourquoi aurions-nous honte du sang de Christ ? Nulle autre expression ne rassemble aussi aisément ni aussi pleinement toutes les pensées complexes qui se mêlent dans la mort de Christ. La vie ; la vie répandue ; la vie répandue avec violence ; la vie répandue avec violence, et en sacrifice ; la vie s’écoulant par la violence, et comme un sacrifice, pour devenir un flot auquel nous devons tous aussi nous pencher pour boire, si nous voulons avoir la vie en nous-mêmes (Jean 6:53-56).
« C’est lui […] qui est venu avec de l’eau et du sang; non avec l’eau seulement, mais avec l’eau et avec le sang » (1 Jean 5:6). Ô paroles précieuses, qui rappellent cet épisode à jamais inoubliable où, sous la pointe rude de la lance du soldat, il sortit du sang et de l’eau du cœur brisé du Sauveur (Jean 19:34) ! S’il n’y avait eu que de l’eau, nous étions perdus. L’eau pourrait suffire aux pécheurs respectables — aux débiteurs de cinquante deniers, aux pharisiens, qui ne sont pas pécheurs comme les autres hommes. Mais certains d’entre nous sentent que l’eau ne servirait absolument à rien. Nos péchés sont si profondément teints, si invétérés, si tenaces, que rien sinon le sang ne pouvait nous affranchir. Il faut que le sang fasse l’expiation pour nous. Il faut que le sang nous purifie. En d’autres termes, il faut qu’une vie soit répandue pour nous racheter, une vie telle que celle qui s’épancha de l’être même du Fils de Dieu.
Mais il y a un sens profond dans lequel ce sang coule, lave, purifie et nourrit l’âme à travers tous les âges. Comme le torrent du désert, il nous suit. Il « parle », plaidant auprès de Dieu pour l’homme, et auprès de l’homme pour Dieu (12:24). Il « purifie », non par un acte unique et passé, mais comme une expérience perpétuelle dans l’âme du croyant, ôtant le péché récent et réprimant les soulèvements de notre nature mauvaise (1 Jean 1:7). Il est le breuvage de toutes les âmes pieuses ; et sa présence et son efficacité perpétuelles sont bien symbolisées par le vin qui paraît encore sur la table de communion de l’Église, et qui dit à l’adorateur que le sang du Calvaire, versé une fois et qui ne sera plus jamais versé, est aussi frais et aussi efficace que jamais, aussi frais que le vin nouvellement versé dans la coupe. Que les hommes disent ce qu’ils voudront : l’effusion du sang de Christ est l’incarnation d’un fait éternel dans l’Être de Dieu, et une condition essentielle de la vie saine de l’homme.
Il purifie la conscience souillée plus complètement que la cendre d’une génisse ne purifiait la chair de celui qui était impur selon le cérémonial (v. 14). Pourquoi donc portez-vous partout avec vous la conscience perpétuelle du péché ? Confessez le péché à l’instant même, dès que vous en avez conscience. Réclamez le bénéfice du sang de l’aspersion, et allez aussitôt servir le Dieu vivant.
Il a ôté le péché des économies antérieures. C’est en vertu de la mort qui devait être soufferte au Calvaire que le Dieu saint a pu pardonner les offenses et agréer le service imparfait des saints de l’Ancien Testament. L’ombre de la croix s’est projetée en arrière aussi bien qu’en avant. Et c’est à cause de ce que Jésus a fait que sont sauvés tous ceux qui ont franchi la porte de perle, ou qui la franchiront (v. 15, et comparez Romains 4:24).
Il ratifie l’alliance. Aux temps anciens, aucune alliance n’était ratifiée autrement que par le sang. Quand Dieu traita alliance avec Abraham, cinq victimes furent partagées par le milieu, formant une allée où passa le feu, symbole de la présence divine. « Il est nécessaire que la mort de celui qui fait l’alliance intervienne. » Et, conformément à cette antique coutume, la première alliance fut solennellement scellée par le sang (v. 18, 19). Combien doit être sûre et ferme cette alliance dans laquelle Dieu est entré, en notre faveur, avec notre Garant ! Le sang de Jésus est une affirmation solennelle qui ne peut être ni contredite ni transgressée. Toute la volonté de Dieu nous est ouverte depuis que Jésus est mort. Nous pouvons réclamer ce que nous voulons. Nous sommes ses héritiers, les héritiers des richesses de notre Frère aîné, Jésus.
Il ouvre le chemin du lieu très saint. Ce que le souverain sacrificateur faisait chaque année en miniature, Christ l’a fait une seule fois (v. 24, 25, 26). « c’est pour le péché qu’il est mort une fois pour toutes. » En vertu de son propre sang répandu, il est entré une fois pour toutes dans le véritable lieu très saint, comparaissant pour nous devant la face de Dieu comme notre souverain sacrificateur, et laissant le chemin ouvert à jamais à ceux qui osent le suivre. « les choses célestes elles-mêmes » ont besoin d’être purifiées, non à cause d’un mal qui leur serait inhérent, mais parce qu’elles sont sans cesse employées et foulées par des hommes pécheurs. Maintenant, cependant, bien qu’il en soit ainsi, il y a dans l’œuvre de Jésus une efficacité qui contrebalance constamment notre impureté, et qui nous rend possible de nous approcher de Dieu avec assurance et d’être agréés.
Il a aboli le péché. « une fois pour toutes. » « à la fin des siècles, il a paru une seule fois. » Non pour chaque économie, mais pour toutes les économies. Non pour un seul âge, mais pour tous les âges. Non pour un petit nombre, mais pour « plusieurs », mot qui embrasse l’immensité du nombre, que nul ne peut calculer, de la grande famille humaine. De même que le péché d’une année de toute une nation était emporté au désert par le bouc émissaire, et ôté, ainsi tout le péché de la race fut concentré sur la tête de Jésus. Il a été fait péché. Comme on pourrait imaginer un médecin attirant sur lui-même toutes les maladies de ses malades, ainsi Jésus attira à lui et prit sur lui tous les péchés du genre humain. Il fut la propitiation pour le monde entier. Et quand il mourut, il laissa tomber le péché comme une pierre dans les profondeurs de l’oubli. Et il a aboli le péché. Le mot grec est très fort : anéanti, réduit à néant, rendu comme s’il n’avait jamais été. Le péché, dans la pensée et le dessein de Dieu, est aussi entièrement effacé qu’une dette quand elle est payée. Alléluia ! dans le ciel et sur la terre (Apocalypse 5:9 ; 1:5). Mais si c’est là une vérité éternelle pour celui qui ne connaît pas nos distinctions de temps, elle ne deviendra pourtant efficace comme un fait que lorsque chaque pécheur, individuellement, se réclamera de cette merveilleuse provision, confessera son péché, et comprendra qu’il n’y a plus maintenant de condamnation, parce que l’Agneau de Dieu a emporté son péché et celui du monde. Oserez-vous maintenant tenir cela pour vrai à votre égard, non parce que vous le sentez, mais parce que Dieu le dit ? Osez répéter 1 Pierre 2:24 et Ésaïe 53:5, en remplaçant « nos » par « mes ».
Quelles merveilleuses apparitions que ces trois-là ! Il a paru une seule fois, à la fin des siècles, comme sacrifice. Il comparaît maintenant dans le ciel comme sacrificateur. Il apparaîtra une seconde fois, sans péché, pour le salut ; comme autrefois le souverain sacrificateur, à la fin du jour des expiations, sortait les mains étendues pour bénir le peuple. Oh ! puissions-nous l’attendre, afin de ne pas manquer la vision radieuse ni la tendre bénédiction de paix !
Chapitre 23 terminé
Le sang de Christ